Chapitre 53 : Le bar des paumés

Les jours passaient, monotones. Les serpents marbreurs avaient été mangés ou congelés depuis longtemps, leurs dents arrachées, leurs écailles écaillées, lavées et mise dans des sacs et leurs peaux arrachées. Durant leur pêche fructueuse ils en avaient attrapés cinq et avaient de quoi se faire une belle fortune, assez pour changer de vie. En tout cas, cela pouvait leur donner un sérieux coup de pouce pour l'avenir… North Blue… Emiliae déroula une carte pour voir la région, il leur restait un sacré trajet à faire pour rejoindre leur destination…

Elle sortit sa vivre card puis fronça les sourcils. La vivre card pointait désormais à l'extrême ouest de leur position actuelle, c'était à l'opposé de leur destination ! A se demander ce que cet ourson fabriquait…

- Eh ! Enfoiré d'ourson !

- Quoi ? Tu veux ma photo ?

- Si tu oses mal me parler, je te ferai la peau.

Il déglutit difficilement. Si toutes les gonzesses du nouveau monde étaient comme elle, il préférait mourir seul et vieux, de préférence.

- Qu'est-ce que tu souhaites ? Demanda-t-il d'une petite voix

- Pourquoi est-ce qu'on ne va pas vers Aldomard ? C'est là qu'on veut aller.

N'en pouvant plus, il s'exclama :

- Ben t'as qu'à y aller à la nage ! Je suis pas le génie de la lampe. Moi je m'arrête à Rococo city ! Je suis peut être un ours, mais pas un suicidaire !

- Ce caillou est à deux semaines de navigation d'Aldomard… Froussard !

- La marine de north blue est plus vigilante ces temps-ci ! Je risque la corde. Et puis va te faire foutre ! Je ne suis qu'un ours, je… HIC !

Elle avait une fois de plus ressorti son poignard et se mit à jouer avec. Poporo sua à grosses gouttes. Il savait qu'elle était douée avec une lame et qu'elle pourrait le peler comme une pêche. Il risquait de se faire bouffer ! Il n'était qu'un ours…

Et pourtant ...

Deux mois plus tard, Aldomard était en vue. Emiliae et Franz descendirent du navire avec des hottes remplis d'écailles et autres qui changeraient leur vie. Leurs vêtements étaient des loques, mais qu'importe, c'était dans cette ville que leur histoire débutait.

Poporo leur dit adieu et bon vent de loin. Il se dépêcha de mettre les voiles vers des eaux où les marines ne passaient pas. Mais dans un coin de sa tête il se félicita de s'être débarrassé de ces deux-là, surtout de la fille, une vraie plaie et aigrie en plus.

Emiliae regardait la ville avec des yeux émerveillés. Il faisait froid, mais ce que cette ville était belle. Toute d'acier et de verre, il y avait même des jardins botaniques, des piscines chauffées, des bars, des écoles, des avenues et des boulevards, des immeubles et des musées… Et au loin il y avait une gigantesque horloge qui donnait l'heure à des kilomètres à la ronde. C'était une mégapole cet endroit. A Dressrosa, tout le monde l'agressait du regard, ici, personne ne s'intéresse à elle.

- Franz, on ne peut pas espérer mieux pour un nouveau départ.

- C'est vrai que c'est impressionnant.

Ils allèrent pour commencer dans le quartier des artisans afin de vendre leurs trouvailles, mais curieusement, aucun n'accepta leur marchandise, bien qu'elle soit de première qualité. Même en menaçant certaines personnes, même résultat. Enfin, ils apprirent que le quartier était géré par un homme et que c'était lui qui décidait pour toute la zone. Ils apprirent que l'homme s'appelait Givraltar Cornelli et qu'il était le chef de la confrérie des tatoueurs de North Blue. C'est donc légèrement énervés qu'ils firent irruption chez lui presque en défonçant la porte. Ce dernier semblait avoir l'âge d'Emiliae et il était assis derrière un bureau à savourer son thé.

- Oui, c'est pour quoi ?

Emiliae posa ses sacs à terre, sortit son poignard et fit mine de le lancer sur ce mec qu'elle ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam mais qui se réclamait des Cornelli. L'Ado se leva de sa chaise et sortit une lame typique du nord, une lame zigzag en granit marin, suffisamment aiguisée pour couper des icebergs en deux comme on couperait une feuille de papier…

- C'est une déclaration de guerre que vous me faites là ? Je sais pas qui vous êtes, mais si vous dérangez mon business, ça va morfler !

- Avant de te tuer, je veux juste savoir deux choses, commença Emiliae. Primo, pourquoi tu nous empêches de vendre notre gagne-pain et deuxio d'où que tu oses porter le nom des Cornelli ?! La famille de North Blue a été éradiquée il me semble !

Givraltar les regarda tour à tour d'un air grave. Il aurait jamais cru que cette fille qui avait tout l'air d'une bouseuse dans ses fringues trouées soit la donna du clan principal. Il pensait vivre suffisamment loin de Dressrosa pour pouvoir les berner. Mais c'était loupé…

- Je suis le chef de la confédération des Cornelli de North Blue, Givraltar Cornelli. On raconte qu'avant ma naissance, un clan très puissant dominait ces eaux, mais rares sont les Cornelli encore en vie pour en témoigner. Certains disent qu'ils se seraient révoltés, d'autres qu'on les aurait assassinés parce qu'ils posaient problème. Les Cornelli d'ici n'ont pas les cheveux rouges, c'est pour ça que je ne vous ai pas reconnu plus tôt, donna. Fit-il d'un faux air servile.

- Ecoutes Givra… non, G, on ne veut pas te causer d'ennuis. Commença Emiliae. Si on est venus ici, c'était aussi pour se faire oublier. Tu n'as rien à craindre de nous. On pourrait même s'entraider.

- Emiliae… Fit Franz. On ne peut pas lui faire confiance, il a l'air louche.

Givraltar cligna des yeux plusieurs fois, surpris.

- Attendez… Vous me dites que vous n'êtes pas là sur ordre de ceux de Dressrosa ? Que vous voulez… passer inaperçus ? C'est…

- La vérité. Fit simplement Emiliae

- Mais… comment vous croire ? On ne se connait pas après tout…

- C'est que…

- Emiliae ! Il pourrait être un espion, on pourrait être mis sur écoute, ils pourraient nous retrouver !

Elle savait qu'il y avait en effet des chances pour que ce gars soit sinon un espion, un opportuniste. Mais elle ne le croyait pas. Il avait aussi peur qu'eux de la marine et encore plus des Cornelli. Tant qu'ils ne gênaient pas ses affaires, il ne les torpillerait pas. Elle décida alors de lui raconter une partie de l'histoire, pas la vérité, mais un fragment pour convaincre. A ce moment-là, ils s'étaient fait un allier : G. Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il les avait vraiment bien aidés. Papiers, nouvelles identités…tout pour changer de vie… Il les avait même hébergés chez lui dans son appart au dernier étage d'une des plus grandes tours d'Aldomard, la vue était panoramique.

Il se chargea de vendre les écailles et peaux ainsi que dents de serpent marbreur au meilleur prix à différentes boutiques et en tira au moins cinq millions de béryls. Avec cet argent, G appela un de ses amis coiffeurs et un autre qui était modiste. Ils relookèrent Emiliae et Franz avec l'appétit du gain en tête.

Ils leur taillèrent du sur-mesure et le coiffeur fit des dreadlocks à Franz et demanda à Emiliae si cette dernière était vraiment prête à se séparer de sa sublime chevelure rouge.

- Pas de regrets ?

- Pas de regrets.

Les voilà complètement métamorphosés.

- Mais dis-moi, fit alors G, pourquoi cherches tu à devenir cantatrice ?

- A cause de mon fruit du démon. Avec ma voix, je peux envouter les gens, entre autre…

- Envouter les gens ? Incroyable. Ce serait bien si tu pouvais m'aider à gérer quelques clients en retard de paiement et autre… C'est un don inestimable.

Emiliae sourit, elle aimait bien G. Par contre Franz pas du tout, il le trouvait trop amical, trop arrangeant … Les choses allaient trop vites et ça n'était pas pour lui plaire…

- Maintenant que tu as de l'argent et des papiers, tu peux étudier le chant à l'école de musique si tu veux. Il te faudrait du piston, mais rassures toi, j'ai toutes les relations pour t'aider !

- Merci beaucoup, j'y réfléchirai, mais nous devons d'abord trouver le détenteur de cette vivre card… Il s'appellerait Carl Snow.

En un instant, le regard de G changea. Il parla sans réfléchir, mais d'effroi…

- N'allez pas là-bas… Articus blocks n'est pas un bon endroit. L'homme qui se fait appeler Carl Snow… est un monstre.

- Pourquoi le leur avoir caché ?

G tourna son regard vers le nouvel arrivant, Len Di, il portait beaucoup de bandages pour cacher le fait que son corps entier était tatoué en rouge. C'était le signe qu'il était un puissant assassin appartenant à la famille principale d'east blue. Et c'est G qui l'a tatoué.

- Et pourquoi pas ? Je te paris ce que tu veux que Carl Snow trempe dans la revente d'organes. A tous les coups…

- Je ne te parlais pas de ça, mais de ce qui concernait ce qui était arrivé à north blue, tu leur as menti.

- Eux aussi ne m'ont pas dit toute la vérité. Le maitre que le nord attend pour se réveiller est retenu quelque part à Dressrosa. Si je les aide, ils pourront sans doute m'aider à le localiser et à le convaincre. Et nous nous soulèverons de nouveau.

- La baronne sanglante est morte, Dressrosa s'est émoussée.

- Raison de plus… Pourquoi devons obéir à une force qui décline ? Prenons notre destin en main et nous aviserons ensuite.

- Toi…tu ignores à quel point la famille principale est dangereuse.

- Cette dona n'en avait pas l'air, elle m'a semblée plutôt ordinaire.

- Et si je te disais que le vieux chef de clan voulait en faire son successeur ?

- Alors là…ça change tout.

...

- Mais quel dépotoir ! s'écria alors Emiliae. Alors au final, j'ai fait tout ce chemin du nouveau monde jusqu'à la lointaine North Blue pour que mes nouveaux escarpins soient inutilisables ?!

Franz regarda la zone de haut en bas, avisant du nom de cette ville inachevée : Articus Blocs…Il y avait en effet des blocs de béton sale partout. Certains étaient délavés, d'autres attaqués par l'érosion mais en majeur partie, le tout était jonché de détritus en tout genre. C'est sûr qu'à Dressrosa c'était bien mieux, l'île était en général couverte de fleurs en cette saison où ici il faisait si froid.

C'était comme si quelqu'un avait débuté la construction pour en faire une ville moderne et que tout d'un coup, un désastre s'était produit et que tout le monde s'était enfui à cause d'une catastrophe quelconque….

- Alors voici donc Articus Blocs…

- Franz ... Fit alors Emiliae qui devait sans doute avoir remarqué des types louches qui les suivaient

- Je sais.

En deux temps trois mouvements, ils étaient cernés. Cependant, il ne leur fallut que peu de temps pour se débarrasser de ces pauvres types aux mines patibulaires qui avaient étés attirés par l'appât du gain.

Pour aller jusqu'à attirer de tels charognes, c'est qu'ils devaient être au bout du rouleau…Et la seule chose qui les séparait du gouffre était ce tout petit bout de papier qui les reliait à une personne inconnue dont pouvait dépendre leurs vies ...

- Ah. Je pense que nous sommes arrivés. Fit alors Emiliae.

Le papier pointa un bâtiment tout noir qui semblait avoir été rénové et sur la façade, il y avait de marqué au néon …

- Le bar des paumés ?! Mais bon sang ... C'est quoi ce délire Franz tu peux me le dire ?

- Je l'ignore ... Mais il semblerait que le destin se joue vraiment de nous ...

- Tu l'as dit. Entrons pour voir…

Cependant, c'était bien l'endroit où ils devaient aller. La preuve était que la vivre card avait cessé de bouger. Mais pendant un bref instant, le doute avait germé en eux. Et si c'était un piège ? Et si on nous avait trompés ? Après tout, nous n'avions pas besoin de rencontrer cet homme, il nous suffisait juste de faire comme nous l'avions toujours fait, c'est à dire travailler ensemble. Nous étions assez forts pour survivre à deux. Pensèrent-ils.

Et pourtant, une inexplicable force les poussa à entrer dans ce bar /boite de nuit et à y plonger la tête la première.

- Hey ! Est ce qu'il y aurait un type qui s'appellerait Carl Snow ici ? On est venu exprès dans ce trou pourri pour le voir ! fit alors Emiliae de but en blanc.

- Emiliae ! Tout le monde nous regarde.

Franz soupira…c'était la tension qui descendait. On n'allait pas les tuer pour un simple écart de conduite pas vrai ?

Quoi qu'il en soit, personne dans la pièce ne pipait mot. Le barman avait cessé de nettoyer les verres, la brune au bar se tournait vers eux en affichant un air sacrément ennuyé, les vieux dans la salle les scrutaient, des cigares dans la bouche sans chercher à en recracher la fumée, tout semblait s'être figé.

Et c'est à ce moment-là que l'on entendit des bruits de pas provenir de ce qu'il semblait être une remise. Quelqu'un ouvrit la porte et à vue d'œil, on pouvait affirmer qu'il était beaucoup plus puissant que les autres. Franz fronça les sourcils lorsqu'il vit Emiliae se tasser un peu sur elle-même. Elle aussi avait senti le danger que pouvait bien représenter cet homme. Pourtant, il était très calme. D'ailleurs, il ne semblait pas vouloir les attaquer, pour l'instant, il y avait de la curiosité dans son regard. Ils se jaugeaient mutuellement.

Pendant ce temps, Emiliae se mit à l'observer: Il était de taille moyenne, vêtu d'un élégant costard de couturier et portait de très belles chaussures de ville. Il détonnait dans cet endroit au milieu de tous ces bouseux. Mais ce qui la surprit le plus fut ces étranges cheveux bleus et son regard noisette à la fois doux et perçant. La pression de la salle monta d'un cran. Elle osa à peine respirer.

- Est ce que c'est toi Carl Snow ?!

Cet homme continuait de les observer calmement alors qu'ils étaient presque à bout de nerfs. Pouvions-nous lui faire confiance ? Au fond d'eux, ils espéraient ...

- Oui. Et qui le demande ?

La pression s'était dissipée et la terre se remit à tourner. A ce moment précis, Emiliae et Franz étaient loin d'ignorer la place que cet homme allait prendre dans leurs vies et surtout les nombreuses aventures qu'ils vivraient à ses côtés.

à suivre ...