Lundi 23 juin, 21h45:
Point de vue : Voight
« … provoquant des hallucinations, sensation d'étouffement, de suffocation … »
Je m'arrête de lire puis ferme le rapport tout en poussant un soupir. C'est le 3eme que j'entame et les descriptions sont les mêmes. Je me pose toujours cette même question : Que faire ? Prendre le risque de mettre des personnes trop impliquées sur cette affaire mais qui seraient d'une grande aide, ou alors les évincer et ne régler cette affaire qu'avec l'aide de mes agents, ce qui rendrait la tache encore plus compliquée ?
Mon téléphone se met à sonner m'interrompant dans ma réflexion :
« Justin ? …. Il y a un souci ? ….. Ok, je pars du bureau de toute façon, je passe faire un truc et je rentre. »
Moins de 5 minutes plus tard, je suis sur la route. Tout en conduisant, je continue de réfléchir aux éventuelles possibilités.
Je finis par arriver à destination assez vite. Je me gare en double file juste en face du bar puis parcours les quelques pas qui m'y séparent avant d'y entrer. Je porte directement mon regard en direction du bar à la recherche de la personne que je suis venu voir, mais je ne la trouve pas. Alors je balaye la pièce du regard, mais là non plus, je ne la vois toujours pas.
Je me dirige donc jusqu'à la table où se trouvent Alvin, Antonio, Ruzzek, Jay ainsi que Will :
- Hank, tu t'installes avec nous ? me propose Alvin.
- J'te remercie Al', je suis juste de passage.
Puis je me tourne vers Antonio :
- Je cherchais ta sœur, elle n'est pas là ?
- Vous venez juste de la louper, elle est partie voir Erin, m'informe-t-il.
Je le remercie en lui tapotant l'épaule :
- On se voit demain alors.
Je finis par me tourner vers Jay puis tends ma main en sa direction :
- Merci.
Il sait pourquoi je le remercie - il sait que je le remercie pour avoir sauvé la vie d'Erin cette nuit - puisque c'est sans un mot, mais tout de même avec un certain étonnement - qu'il serre ma main :
- On se revoit mercredi. Repose-toi bien.
- Chef …
- Jusqu'à mercredi, et c'est non négociable Jay.
Je quitte le bar sans plus attendre et je suis sur le point de monter dans mon véhicule lorsque j'entends qu'on m'appelle :
- CHEF !
Je me tourne et pousse un léger soupir en apercevant Jay venir jusqu'à moi :
- Je ne changerai pas d'avis Jay. Je …
- Je ne suis pas là pour ça, me coupe-t-il.
Je fronce les sourcils en apercevant son regard déterminé.
- Je voulais vous parler de James.
La surprise fait vite place à la méfiance parce que j'ai la nette impression qu'il en sait plus qu'il ne veut bien le dire :
- J'ignore ce qui s'est passé, tout ce que je sais c'est que s'il sort de prison, vous et Erin serez …
- Qui t'en a parlé ?
Je lui pose la question mais je suis presque sûr d'avoir la réponse, ce qu'il ne tarde pas à me confirmer :
- Erin ne pensait pas s'en sortir hier. Alors elle m'a dit certaines choses… Et elle m'a dit de vous prévenir que c'étaient les amis de James qui cherchaient à avoir sa peau.
Je me pince les lèvres puis tourne mon visage de gauche à droite, m'assurant qu'il n'y ait personne aux alentours.
- Certaines choses ? l'interrogeais-je en reportant mon attention sur lui.
- Pas tout. Simplement qu'il est son père biologique et que sans votre deal elle serait morte.
Elle n'est visiblement pas rentrée dans les détails. Pourtant, je sens qu'elle ne devra pas tarder à le faire, que ce soit avec Jay, ou avec le reste de l'équipe parce que j'ai la nette impression que James ne va pas tarder à refaire surface.
- Très bien, finissais-je par acquiescer, tu passeras au bureau demain.
- Je peux reprendre du service ?
- J'ai simplement dit que tu passais au bureau. On se voit demain.
Il est presque 23 heures quand je regagne mon domicile. Justin et Olive sont assis sur le canapé et sont en train de discuter.
- Comment tu te sens ? demandais-je à l'intention de ma belle fille.
- Je me suis bien reposée, affirme-t-elle avec un petit sourire, merci.
J'acquiesce d'un léger signe de tête, rassuré qu'elle se remette progressivement de cette longue nuit.
- Le médecin est passé, Daniel va bien, mais Erin a refusé de se faire examiner, m'informe mon fils.
Chose qui était à prévoir après la nuit qu'elle vient de passer.
- Antonio m'a dit que Gabby était là ?
- Elle n'est pas restée … Erin a préféré rester seule, me précise-t-il en remarquant mon regard interrogateur. Mais le médecin nous a dit qu'elle était sûrement encore en état de choc, qu'il fallait lui laisser le temps de se remettre.
Lui laisser du temps ? Combien de temps et surtout jusqu'à quand ?
Je pousse un soupir, craignant fortement qu'elle retombe dans ce cercle vicieux, cercle vicieux dont elle avait commencé à se sortir.
- Elle a mangé aujourd'hui ?
- Elle n'est pas sortie de la chambre.
Ce que j'entends ne fait que confirmer mes craintes. Est ce que les évènements de cette nuit ont été de trop et vont la faire replonger dans cette spirale ? Je ne l'espère pas, et je vais tout faire pour que ça ne se reproduise pas.
- Je peux entrer ?
N'entendant aucune réponse, je décide d'ouvrir quand même la porte. La chambre est plongée dans l'obscurité, une si grande obscurité que je parviens difficilement à entrevoir la silhouette d'Erin emmitouflée sous plusieurs couvertures :
- Erin ?
- Hmm ?
- Je peux entrer ?
- Hmm …
Je prends cette réponse pour un oui. Donc, toujours dans ce noir total, je me dirige jusqu'à son lit et m'assieds doucement sur le rebord:
- Tu veux un truc à manger ?
- Hmm hmm ..
Et je prends cette réponse pour un non.
- Il faudrait que tu manges Erin.
- Hmm …
La discussion s'avère plus difficile que je ne l'avais pensé. Je passe une main sur mon front faisant un immense effort pour garder mon calme et réfléchissant à comment poursuivre cette conversation sans encombre.
- Tu dois manger Erin.
- Hmm …
Je décide de quitter la pièce. Elle a passé une dure nuit la veille, je ne veux pas la brusquer ni la braquer, je préfère donc la laisser seule en espérant que demain soit meilleur.
Mardi 24 juin, 9h 10,
Bureau de l'Intelligence:
J'entends mes agents parler. De quoi ? Je n'en ai aucune idée, je suis bien trop préoccupé pour faire attention à ce qu'ils disent. Je vois juste Antonio montrer différentes photos à ses collègues qui l'écoutent attentivement. Je ne peux m'empêcher de les admirer face à leur patience et obstination :
- … Et on pourrait tous les choper, conclut Antonio.
Debout, à coté du tableau où sont affichés tous les suspects, il me fixe les sourcils froncés attendant probablement une réponse :
- On laisse tomber cette affaire.
Visiblement, ce n'était pas ce à quoi il s'attendait. Ni lui, ni aucun membre de mon équipe. Mais ils n'ont pas vraiment l'air étonné, non, ils paraissent plutôt déçus parce qu'ils avaient déjà un doute sur la finalité de cette mission, un doute qui n'a fait que s'accroitre ces derniers temps au vu de la complexité de cette affaire.
- On boucle tout et on passe le relai.
- Hank, t'en es sûr ?
Je fixe un court moment Alvin qui me soutient de regard. Je sais qu'il aurait voulu finir cette mission et surtout voulu leur passer les menottes, je l'aurais voulu autant que lui, mais il faut se rendre à l'évidence que cette affaire est devenue hors de notre portée.
- On ne peut plus rien faire Al'.
- Erin n'était pas d'accord pour y participer ?
Je commence à enlever toutes les photos qui sont affichées sur le tableau en ignorant la question que vient de me poser Alvin. Puis je sens une main se poser sur mon épaule :
- Rentre chez toi Hank. On s'en occupe.
Je pars m'isoler dans mon bureau pour réfléchir, chose que j'ai l'impression de faire constamment ces derniers temps :
- Hank ?
Alvin se trouve sur le pas de la porte, je lui fais signe d'entrer. Il ferme la porte derrière lui :
- Erin a parlé de James à Halstead, l'informais-je.
Il fronce les sourcils paraissant aussi surpris que moi lorsque Jay m'a dit la meme chose hier :
- Qu'est ce qu'elle lui a dit ?
- Apparemment, rien de compromettant. Ou alors c'est ce qu'il a essayé de me faire croire. Je ne sais pas trop, c'est pour ça que je lui ai demandé de passer au bureau aujourd'hui.
Il ne répond rien. Au lieu de ça, il paraît en pleine réflexion.
- Il faut commencer à assurer nos arrières Al'.
Il acquiesce sans un mot. L'étau se resserre et il le sait tout autant que moi. On en discute longuement : Que faire, et surtout comment le faire ?
- On ne peut pas faire ça Hank.
- Pourtant, c'est exactement ce qu'on doit faire Al'.
Comme souvent, nos points de vue divergent. Mais là, on n'a plus le choix. Si on ne règle pas cette histoire de la manière la plus radicale qui soit, on va le payer cher … Très cher.
- On ne peut plus se …
- Chef, vous vouliez me voir ?
Je quitte des yeux Alvin et porte mon attention sur Jay qui – après avoir toqué quelques coups contre la porte qu'il a ensuite ouverte sans attendre ma permission - se tient face à nous. Sa main sur la poignée, il nous fixe tour à tour. Je lui fais signe d'entrer et de fermer la porte derrière lui.
- Jay, il faut qu'on sache ce qu'Erin t'a exactement dit à propos de James.
