Ce chapitre, c'est un peu le point de non-retour. Le point où ça ne peut qu'aller mieux ou ne plus aller du tout, et c'est le point où Castiel craque. Il craque vraiment (et c'est normal) et Dean est injuste avec lui

Je ne vais rien dire d'autre, mis à part que vous pouvez en vouloir à Dean, cette fois. Moi aussi, je lui en veux, parce qu'il dépasse les limites. Mais ça va aller (je sais, c'est difficile à croire maintenant)

Merci encore (Chloé, si tu lis ça, je sais que tu ris, mais je ne sais vraiment pas quoi dire d'autre mis à part merci merci merci)

Bisous

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Castiel s'arrête à deux mètres du lit, et Dean, allongé sur le côté et enroulé dans un plaid, relève les yeux vers lui. Ils se regardent un moment, sans parler et sans bouger, jusqu'à ce que Castiel lui adresse un sourire tout doux, le sourire censé rassurer. "Charlie n'est pas de garde cette nuit, mais elle a laissé le numéro du psy qui la remplace, et aussi le numéro des urgences psychiatriques, si jamais tu-"

"Urgences psychiatriques?" répète Dean. "Rien que le nom fout la trouille."

"Je sais," avec un petit rire. "Tu… Dean, tu as le droit de changer d'avis, tu sais? A n'importe quel moment, tu peux changer d'avis et accepter de retourner à l'hôpital."

"Je ne vais pas changer d'avis."

"Tu vois… tu es toujours aussi têtu," lui fait remarquer Castiel. "Tu n'as pas perdu ça."

"Être têtu à ce point, Cas, c'est être con," en remontant la couverture sur lui.

Sans répondre, Castiel passe de l'autre côté du lit, grimpe dessus, hésite une seconde. "Je peux…?" demande-t-il, une main près de sa hanche.

Dean acquiesce, et Castiel s'allonge derrière lui, enroulant son bras autour de sa taille. "Je suis désolé que Gabriel… soit aussi-"

"Il a raison," coupe Dean. "Ne t'excuse pas, parce qu'il a raison, et parce qu'il faut que tu arrêtes de t'excuser à la place des autres, Cas. Tu n'as rien fait de mal. Tu essaies toujours de bien faire, et ce n'est pas ta faute si je passe mon temps à tout faire foirer."

"Dean…" laissant les mots en suspens.

"Tu sais," en se retournant pour lui faire face. "Tu sais ce que je voudrais?"

Il attrape sa main pour la serrer dans la sienne. "Je voudrais que tu puisses arrêter de m'aimer, que tu ne sois plus amoureux de moi."

"Pourquoi?" demande Castiel, la voix à peine audible.

"Parce que tu pourrais être libre, au lieu de t'accrocher à moi," les yeux dans les yeux. "Cas, je… je ne suis plus rien, je ne ressens rien et je suis vide. Je suis vide."

"Tu ne ressens pas rien," en se mordant l'intérieur de la joue. "La douleur, ce n'est pas rien. Pourquoi tu ne veux pas lâcher prise, Dean? Pourquoi tu ne veux pas pleurer?"

"Peut-être que je n'ai pas envie de pleurer."

"Si," simplement. "Moi aussi, je voudrais que tu puisses être libre. Je voudrais savoir quoi faire pour toi. C'est vraiment ce que je voudrais."

Dean pose son autre main sur sa joue, délicatement, seulement pour sentir sa peau contre la sienne. "Il y a tellement de choses que je veux pour toi, Cas," dit-il. "Tellement de choses."

"Mais je ne veux rien d'autre qu-"

"Je t'en supplie," l'index sur sa bouche. "Ne dis pas ça. Ne dis pas ça."

Il y a un silence, et Castiel ferme brièvement les yeux, avale difficilement sa salive quand Dean retire sa main. "Charlie a dit que tu ne voulais pas aller faire une prise de sang, et… pourquoi?"

"Je n'ai pas envie d'aller à l'hôpital," répond Dean. "Je n'ai… je n'irai pas."

"Le docteur Singer pourrait essayer de-"

"C'est le docteur Singer que je ne veux pas voir," en le coupant. "Je n'irai pas."

Castiel fronce les sourcils, à la fois surpris mais vraiment certain de comprendre ce que Dean essaie de dire, sans le dire vraiment. "D'accord," après un moment.

"J'ai envie de boire," admet Dean, enroué. "Je crois que j'ai plus envie de boire que de prendre des amphétamines. J'ai… c'est presque insupportable, en fait."

"Pourquoi tu ne le fais pas?"

"Je ne sais pas," en roulant sur le dos pour regarder le plafond.

"Est-ce que Charlie a raison quand elle dit que si tu… si tu craques, si tu replonges, tu ne voudras pas te sevrer une troisième fois?"

"Charlie parle un peu trop," avec un soupir.

"Ça ne répond pas à ma question."

"Je ne sais pas, Cas," dans un souffle. "Je n'en sais rien. Peut-être que je n'aurai pas la force, et je… peut-être que je ne l'ai déjà plus."

"Mais tu ne bois pas," fait Castiel.

"Non."

"Alors-"

"Je sais que tu as eu Rufus au téléphone," l'interrompt Dean. "J'ai deviné quand il a enlevé toutes les bières du mini frigo, et quand il a commencé à manger des chewing-gum à la menthe pour ne pas sentir l'alcool. Et il me surveille, aussi."

"Il m'a appelé, parce qu'il t'aime bien," sans lâcher sa main. "Peut-être que tu devrais faire une pause, et rester un peu à la maison, le temps de-"

"Le temps de quoi?" amer. "Je pourrais passer des jours ici, ça ne changerait rien. J'aurais envie de boire de toute façon. Quoique je fasse, j'aurais envie de boire."

"Peut-être que j'ai eu tort de convaincre Charlie de te laisser rentrer."

"Tu n'as pas eu tort," catégorique.

"Et si tu replonges?" demande Castiel. "Tu vas me dire que ce n'est rien, que ça n'a pas d'importance, mais… Dean. Et si tu replonges? Je suis censé… te regarder faire, te regarder boire et te détruire?"

Dean prend une inspiration avant de parler. "Tu crois qu'il reste encore quelque chose à détruire? Regarde-moi, Cas. Regarde-moi."

"Je te regarde," en se redressant sur un coude. "Quand on s'est rencontrés, tu as dit… tu m'as dit de laisser tomber. Qu'il n'y avait rien à faire pour toi et que tu ne voulais pas être sauvé. Je n'y ai pas cru à ce moment-là, et tu attends de moi que j'y crois maintenant? Tu attends de moi que je laisse tomber? Tu n'es pas vide et on peut encore réparer, Dean, on peut-"

"Réparer?" répète Dean, comme s'il n'en comprenait même pas le sens. "Je n'ai jamais été réparé, et on ne peut pas réparer ça. On ne peut pas."

"Alors ce que ton père-"

"Laisse mon père en dehors de ça," le ton plus dur, en repoussant les couvertures pour se lever. "N'en parle pas."

Penchant la tête sur le côté, Castiel tique. Parce que Dean réagit.

"Il n'est pas en dehors de ça," en secouant la tête. "Ton père n'est pas en dehors de ça, et tu as gardé cette photo. Qu'est-ce que ça te fait ressentir? Est-ce que-"

"Arrête," siffle Dean, les dents serrées. "Arrête ça, Castiel."

"Je ne suis plus Cas?"

Dean se tait, soupire, puis se retourne vers le dressing. "J'ai dit qu'on n'en parlerait pas, et je ne veux pas en parler," en débouclant sa ceinture avant d'attraper un bas de survêtement. "Je n'ai rien à dire, et je n'aurai plus jamais rien à dire là-dessus. S'il te plaît, Cas, oui… laisse tomber."

"Tu peux me dire ça les yeux dans les yeux?" insiste Castiel.

"Non," en enfilant un t-shirt.

"Et alors, qu'est-ce qu-" coupé par le vibreur du téléphone de Dean, sur la table de nuit.

Celui-ci s'approche pour jeter un œil à l'écran, mais ne prend pas l'appareil. Castiel se penche. "Ça fait trois fois que Violette t'appelle."

"Laisse sonner," avec un vague geste de la main.

Il a peine le dos tourné que Castiel s'empare du téléphone, puis décroche.

"Dean?" fait Violette, l'inquiétude transperçant dans sa voix.

"C'est Castiel, je suis-"

Dean gronde. "Mais Cas, qu'est-ce que tu ne comprends pas quand je te dis de laisser sonner?"

"Violette?" l'ignorant royalement.

"Oui, je… s'il te plaît, je veux juste savoir que Dean va bien."

"Attends une seconde," en éloignant le combiné de son oreille pour relever les yeux vers Dean. "Qu'est-ce que je lui dis? Je ne vais pas mentir, alors tu vas devoir le faire toi-même."

"Raccroche."

"Non."

"Cas… raccroche ce putain de téléphone."

"Je ne vais pas raccrocher ce putain de téléphone," sans vraiment savoir d'où lui vient l'obstination.

Ils se regardent un court moment, et contre toute attente, Dean finit par céder. Il attrape brusquement le téléphone. "C'est moi," fait-il, sa voix étonnamment plus douce.

"Seigneur Dieu, mais… Dean, ça ne va pas de me faire peur comme ça?" rétorque Violette. "Tu n'as pas répondu au téléphone depuis une semaine, et Castiel n'a même pas eu besoin de parler, ce matin, pour que je comprenne que ça ne va plus pour toi."

"Je-"

"Si tu ouvres la bouche pour me mentir, je voudrais que tu te taises," en le coupant.

Dean fronce les sourcils, mais se tait. Il recule pour s'appuyer contre le mur, évitant soigneusement le regard de Castiel.

"Qu'est-ce qui ne va pas?" demande Violette. "Tu veux que je rentre? Je peux… je peux tout laisser tomber, et-"

"Ne laisse pas tout tomber," spontanément.

"Toi non plus, alors."

"Violette, j'ai… on ne pourrait pas se parler plus tard?" légèrement tremblant.

"Dans ton langage, ça veut dire jamais," et Dean peut presque l'imaginer secouer la tête. "Tu m'as promis, Dean… tu as promis de prendre soin de toi. Tu as dit que tu allais guérir."

"On ne peut pas compter sur ce que je dis. On ne peut pas compter sur moi."

"C'est faux," simplement. "Tu as traversé l'enfer et tu es encore là. On peut compter sur toi, Dean, et je… sans toi, je n'aurais jamais trouvé la force d'au moins essayer d'avancer. Tu peux ne plus aller bien, mais ça ne veut pas dire que ça n'ira plus jamais, et tout ce que tu as dit… qu'il y avait une vie après ça, que ça pouvait avoir du sens, et… est-ce que tu as l'impression de te noyer?"

"Violette," sans répondre, vraiment très proche du point de rupture.

"Ne laisse pas la douleur te détruire. C'est ce que tu m'as dit," lui rappelle Violette. "Benjamin est mort, et tu m'as dit de tout ressentir, de lâcher prise pour ne pas m'autodétruire. Pourquoi tu ne peux pas appliquer tes propres conseils? Pourquoi tu-"

"Je n'ai rien à ressentir, Violette, je-"

"Non, ne mens pas, ne… je te crois pas. Ce n'est pas à moi que tu vas réussir à faire croire que tu ne ressens rien," plus vivement. "Je l'entends dans ta voix, et je te connais, Dean, je sais ce que tu fais. Je vais rentrer. Je vais-"

"Non," coupe Dean. "Tu es en train de faire quelque chose qui compte pour toi, et… j'appellerai si ça peut te rassurer, j'appellerai plus qu'avant, même, mais ne laisse pas tout tomber. Reste dans le fin fond du désert, d'accord?"

Violette a un petit rire, à l'autre bout du fil. "Je t'ai déjà dit mille fois que je ne suis pas dans le désert," fait-elle. "Mais… tu me promets? Si tu ne m'appelles pas, je te jure que je vais débarquer, et tu sais que je ne mens pas. D'accord?"

"Oui," après une seconde. "Oui, d'accord. Je promets."

"D'accord," répète Violette. "Prend soin de toi."

"Toi aussi?"

"Moi aussi," avant de raccrocher.

Dean se décolle du mur, puis repose le téléphone sur la table de nuit, adressant un trop bref regard à Castiel.

"Dean?"

"Ça va," mécaniquement. "Violette est comme toi, tu sais. Vous attendez seulement que je dise ce que vous voulez entendre, et les promesses… vous me faites faire des promesses que je ne pourrai jamais tenir."

"Ce n'est pas-"

"Laisse tomber," en prenant la direction du salon.

"Dean, tu-" levant le bras dans le vide, sans pouvoir le retenir.

.

Les jours qui suivent se ressemblent. Tous les mêmes. Tous dans cet espèce de brouillard silencieux derrière lequel Dean se cache. Tous comme une succession de pas en arrière, de mots qui ne se disent pas et de regards qui ne s'échangent plus. Tous les jours, tous ces jours où Dean a de plus en plus de mal à respirer.

Et Castiel n'arrête jamais d'essayer. Il essaie de toutes ses forces, s'accroche de toutes ses forces, ne craque pas.

Ne craque pas.

Dean referme la porte derrière lui, puis avance jusque dans la cuisine, les deux mains dans les poches de sa veste. Il relève les yeux, retient un mouvement de recul, surpris, en croisant le regard de Chuck.

"Qu'est-ce que tu-"

"Je passais dans le coin," explique Chuck, assis derrière le comptoir.

Totalement immobile, Dean s'abstient de lui faire remarquer qu'il habite à beaucoup trop de kilomètres d'ici pour passer dans le coin par hasard. Il le fixe un moment, un très long moment qui semble durer des heures, avant de finalement détourner les yeux. "D'accord," répond-il.

Castiel, de l'autre côté du comptoir, se racle la gorge pour attirer son attention. "Pourquoi est-ce que tu rentres plus tard que prévu?"

"Je ne… j'ai-" cloué sur place parce qu'il sent le regard de Chuck sur lui et que ça bouscule vraiment trop le peu d'équilibre qu'il arrive encore à garder.

Il regarde le plafond, juste une seconde, referme son poing, toujours dans sa poche. Fais deux pas.

"Dean?" fait Chuck, qui capte son regard pour ne plus le lâcher, alors que Dean s'approche encore et hésite une seconde, puis pose un petit sachet en plastique sur le plan de travail. Il est fermé, transparent, et il y a six comprimés blancs à l'intérieur, et Castiel craque, laissant presque tomber le verre qu'il a entre les mains.

Trop conscient, Dean l'ignore et se retourne.

"Attends," l'arrête Castiel. "Attends."

"Quoi?" avant de lui faire face. "Tu veux me traîner aux urgences pour faire une prise de sang?"

"C'est ce que je dois faire?"

"Qu'est-ce que ça change?" l'air distrait, comme s'il n'avait vraiment pas envie d'être là.

"Qu'est-ce que ça change?" répète Castiel, en même temps qu'il sent enfin la colère monter en lui. "Tu peux acheter des amphétamines, et ensuite me demander ce que ça change? Tu peux foutre en l'air des mois et des mois, et ensuite me demander ce que ça change, Dean?"

Celui-ci soutient son regard un bref instant. "Oui," finit-il par dire. "Oui, je peux."

Castiel casse son verre en le reposant dans l'évier, et Chuck amorce un mouvement pour se lever. "Je vais-"

"Non," coupe Dean, avec un petit geste. "C'est moi qui m'en vais," en se retournant une nouvelle fois.

Il fait quelques pas vers la sortie, mais Castiel se précipite pour s'interposer, le dos contre la porte et une main devant lui, l'empêchant d'avancer. "Reste," le ton catégorique.

"C'est un ordre?" en croisant les bras. "T'es en train de me donner un ordre, Cas?"

"Je te demande de rester," répond Castiel.

"Tu as peur, hein? Castiel," le ton presque neutre, mais Castiel y décèle quand même une pointe de dédain. "Tu as peur que je sorte me bourrer la gueule."

"C'est ce que tu as l'intention de faire?"

"Probablement, ouais."

Castiel se mord la lèvre, mais ne parvient plus à se contenir. "Oh, Dean Winchester, espèce de sale connard d'égoïste," en le repoussant des deux mains pour le faire reculer, un peu plus violemment qu'il le voulait. "Tu veux savoir ce qu'il reste encore à détruire? Moi. Tu peux encore me détruire."

"Et-"

"Tu ne veux pas voir Singer parce que ce qu'il pense compte pour toi, et tu sais qu'il est déçu," en le coupant. "Et tu sais quoi? Il a raison de l'être, et il n'est pas le seul. Tu t'en fiches, Dean? Ça ne compte pas? Alors ce que pensait ton père est plus important que ce que moi, je pense? C'est plus important que ce que je ressens?"

"Tu ne sais pas… tu ne sais pas de quoi tu parles," soudain beaucoup moins assuré.

Dean évite son regard, et Castiel le repousse encore, jusqu'à ce que son dos heurte le mur de l'entrée. "Tu veux boire?" reprend-il. "Tu as besoin d'un verre? Très bien. Tu vas boire, mais tu vas le faire ici, maintenant, et avec moi. Si tu bois, je bois."

"C'est-"

"Du chantage? Oui, c'est du chantage, mais tu sais… au point où on en est, qu'est-ce que ça change? Hein, qu'est-ce que ça change? Si tu bois, je bois," encore une fois. "Qu'est-ce que tu préfères, Dean? Oh, mais attends… pour une fois, je décide, et moi, je préfère la vodka. Ça te va? Est-ce que, oui ou non, ça te semble acceptable?"

Plaqué contre le mur, Dean ne bouge pas, ouvre la bouche mais ne dit rien. Et il se sent si petit.

"Regarde-moi," un ton plus haut. "Je te jure, Dean… regarde-moi."

"Je ne-"

"Est-ce que ça te semble acceptable?"

Le souffle de Dean reste coincé dans sa gorge, alors qu'il se force à soutenir le regard de Castiel, rempli de rage et de rancœur.

"Réponds-moi!" en frappant le mur, à vingt centimètres du visage de Dean, qui sursaute.

"Non," d'une toute petite voix.

"Rien de tout ça n'est acceptable," sans le lâcher des yeux. "Rien. Tu dis que tu ne veux pas mourir, mais alors… réagis, putain, mais est-ce que pour une fois, pour une seule fois, tu vas arrêter de fuir? Réagis, Dean. Je ne peux plus faire ça, te regarder et t'écouter quand tu te tais. Je n'en peux plus."

"Mais alors… qu'est-ce que tu fais encore là?" rétorque Dean. "Arrête de m'aimer, Castiel, arrête d'être amoureux de moi. C'est si compliqué que ça?"

"Est-ce que tu t'écoutes parler?" en serrant le poing.

Dean se détourne, dans l'espoir de ne plus le voir, avance pour essayer de se dérober, mais Castiel l'attrape par les épaules pour le coincer contre le mur. "Non, tu ne vas pas me tourner le dos," dit-il. "Je ne vais pas te laisser faire ce que tu fais chaque fois que tu refuses de faire face."

"Frappe-moi, Cas. Vas-y," sur le ton de la provocation. "Je sais que tu en as envie. Je le vois dans tes yeux. Tu as les yeux… tu sais… Liam," regrettant ses mots avant même de les prononcer.

Brusquement, Castiel le relâche, ouvrant la bouche à s'en décrocher la mâchoire. Il lui faut une seconde pour assimiler ce que Dean vient de dire, et il laisse des larmes de rage rouler sur ses joues. "Retire ça," les mains tremblantes. "Retire ce que tu viens de dire."

"Non," même s'il sent son cœur se déchirer en deux.

"Retire ce que tu viens de dire," répète Castiel, tous les muscles raidis.

Sa voix tressaute, et il a beau réfléchir, il ne se souvient pas d'avoir un jour été si en colère, si blessé et si proche de la violence.

"Cassie," intervient calmement Chuck, derrière lui. "Cassie, tu-"

"Je ne suis pas Cassie," hurle celui-ci, reculant encore pour s'éloigner de Dean, sans pour autant cesser de le regarder. "Je… stop. Maintenant, ça suffit," en attrapant sa veste. "Tu sais, Dean, si c'est comme ça que tu me vois… devine ce que ça fait de toi."

Il ouvre la porte, et Dean avance, comme pour le retenir.

"Non, Dean," fait Chuck, laissant Castiel sortir. "Je vais… attends-moi ici, d'accord? Je reviens," avant de suivre son fils, sans laisser à Dean l'occasion de protester.

Chuck rattrape Castiel en bas des escaliers, et pose une main sur son bras, le plus délicatement possible. "Castiel… je suis vraiment désolé."

"Tu n'as pas à être désolé," en se retournant vers lui. "Ce n'est pas ta faute si je suis tombé amoureux de la mauvaise personne."

"Ce n'est pas la mauvaise personne."

"Je sais," dans un murmure. "Qu'est-ce que je vais faire, maintenant? Qu'est-ce que je dois faire?"

"Qu'est-ce que tu voudrais?"

"Tu peux… est-ce que toi, tu peux l'aider?" demande Castiel, en essuyant ses joues. "Est-ce que tu peux faire en sorte que Dean redevienne Dean? C'est ce que je veux. Je le veux comme il était juste avant d'aller à Lawrence, et je veux que tout soit comme avant entre nous. Je veux Dean."

"Je peux essayer," après une seconde.

"Alors… tu ne penses pas comme Gabriel?"

"Gabriel n'est plus objectif quand on touche à son petit-frère," avec un très léger sourire. "Je sais comment tu es, et si… je sais que Dean en vaut la peine. Tu ne t'accrocherais pas à ce point si tu ne pensais pas sincèrement qu'il est la bonne personne pour toi. Tu ne t'es pas accroché à Raphael."

Castiel prend une inspiration pour se calmer. "Ce qu'il a dit… je ne sais même pas comment on en est arrivés là," dit-il. "Il fait tout pour me blesser, et c'est très difficile de garder à l'esprit qu'il ne le pense pas. Je ne comprends pas comment il peut oser me dire ça."

"Tu peux lui en vouloir, Cassie, tu as le droit d'être en colère contre lui. Dean souffre beaucoup, mais ça ne lui donne pas le droit de se défouler sur toi," en secouant doucement la tête. "Tu n'as pas à tout encaisser."

"J'ai failli le frapper, et j'ai… je lui ai fait peur," murmure Castiel. "Peut-être que je devrais-"

"Tu ne vas pas aller t'excuser," en le coupant. "Tu n'as rien fait de mal, et c'est à Dean de s'excuser. Arrête de croire que c'est à toi de tout arranger, parce que vous êtes deux, et Dean est assez grand pour assumer les conséquences de ce qu'il fait et de ce qu'il dit."

"Alors… qu'est-ce que je dois faire?"

"Ce que tu étais sur le point de faire," répond Chuck. "Tu allais voir ton frère, n'est-ce pas?"

Timidement, Castiel hoche la tête, et Chuck sourit. "Alors vas-y, et moi, je vais parler à Dean. Tu me fais confiance?"

"A toi, oui," tristement. "Et si Dean refuse de t'écouter? Je crois que tu as de l'influence sur lui, mais-"

"Il m'a donné les amphétamines," en penchant la tête. "Je ne sais pas si ça veut dire que j'ai de l'influence, mais il me les a données sans que j'aie rien à dire, alors je vais aller lui parler. Je lui ai parlé, l'autre jour. Au téléphone."

"Mais il a dit que ça n'avait pas suffi."

"Ça n'a pas suffi, mais il m'a quand même donné les amphétamines."

Le cœur de Castiel se serre, mais il hoche une nouvelle fois la tête, puis fait de son mieux pour adresser à son père un sourire. "D'accord," tout doucement. "D'accord."

"Ça va aller, Cassie, je te promets que je vais faire ce que je peux pour aider Dean, et pour… vous aider tous les deux," en caressant brièvement sa joue, avant de le serrer contre lui. "Ça va aller."

.

Castiel hésite, mais donne quand même deux coups contre la porte. Il attend patiemment que son frère lui ouvre, puis regrette une seconde d'être venu quand Gabriel fronce les sourcils en serrant les dents. "Qu'est-ce qu'il a fait?" demande-t-il.

"Je n'ai pas le droit de vouloir te voir simplement parce que j'ai envie de te voir?"

"Pas quand tu fais cette tête-là," en secouant la sienne. "Répond à ma question, Cassie. S'il te plaît."

"Si je te le dis, tu vas le détester," en croisant les bras. "Je ne veux pas que tu le détestes, parce que vous êtes amis, et vous serez toujours amis quand Dean ira mieux. Tu vas me laisser entrer?"

Un soupir sur le bout des lèvres, Gabriel s'efface pour le laisser entrer, puis referme derrière lui. "Je le déteste déjà," dit-il.

"Ce n'est pas vrai," en se laissant tomber sur le canapé. "Je sais que tu es en colère, que tu lui en veux, mais tu ne le détestes pas. Tu es rancunier, c'est tout."

"Tu l'es, toi aussi. Sauf avec Dean."

"Gabe… on ne pourrait pas seulement passer une soirée tous les deux?" en dépliant une couverture pour s'enrouler dedans. "Une soirée sans Dean, sans parler de Dean, et… seulement une soirée tous les deux."

Gabriel s'assoit à côté de lui. "Bien sûr," répond-il. "Une soirée tous les deux. Si tu réponds à une question d'abord."

"Gabe…"

"Est-ce que Dean est tout seul, en ce moment?"

Surpris, Castiel ne peut retenir un petit rire nerveux. "Non," simplement. "Non, je ne l'aurais jamais laissé comme ça, et… papa est passé, ce soir. Je lui ai demandé de venir. Il est avec Dean, en ce moment," en fronçant légèrement les sourcils. "Mais tu vois, Gabe… tu t'inquiètes pour lui. Tu ne le détestes pas."

"Peut-être, mais si j'avais à choisir entre ta santé mentale et la sienne, je-"

"Je sais. Mais tu n'as pas à choisir," coupe Castiel. "J'ai répondu à ta question."

"D'accord," avec un petit sourire. "Alors tu fais le popcorn, et je choisis un film."

"Ah, non," pour protester. "Je choisis le film, et tu fais du popcorn. Au beurre salé, pas au caramel comme à chaque fois."

"Tu as quelque chose contre le caramel?" faussement offensé.

"J'ai quelque chose contre la manière dont tu noies le popcorn dans le caramel."

Gabriel éclate de rire. "Tu n'as aucune idée de ce qui est vraiment bon à manger, Cassie," en se levant. "Mais pourquoi je ne peux pas choisir le film?"

"Parce que j'ai aussi quelque chose contre le fait de regarder Star Wars encore une fois," réplique Castiel. "Je sais que tu adores ces films, mais il y a des limites, quand même."

"Mmh," en marmonnant. "Et si… bon, tu peux choisir le film, mais le caramel? Je ne peux pas renoncer au caramel. Caramel au beurre salé?"

"Caramel au beurre salé, ça va."