Acte 49 : Coiffure et maquillage : Byakuya rencontre d'Artagnan !
Byakuya est bien près d'ajouter un second veto, complémentaire du premier : pas de frange effilée ou non, légère ou non, rabattue ou non, qui viendrait cacher les tatouages de Renji de telle façon qu'il ressemblerait à un monstre de Frankenstein !
Cependant, alors qu'arguments et contre-arguments à cette abomination esthétique défilent dans son esprit à une vitesse hallucinante, en une parodie de débat qu'il aurait avec une Retsu virtuelle, il s'aperçoit que l'impudente prend au moins le temps de la réflexion avant d'exécuter son horrible projet. Elle soulève les mèches qu'elle a fait pendre sur le devant quelques instants plus tôt et examine d'un air attentif le dessin que forment les racines au sommet du front de Renji.
Ne sachant que penser, Byakuya la voit faire une moue dubitative, comme si quelque chose n'allait pas dans ce qu'elle voyait. Puis elle amène l'extrémité des cheveux qu'elle tient en main à hauteur de sourcils, en une vague imitation de la future coiffure, et secoue la tête en se ravisant :
« Hum, ton front se dégage bien haut, ce qui serait idéal pour une frange ; sauf pour cette pointe, au milieu... J'ai bien peur que le résultat ne soit pas du meilleur effet... Quel ennui...
— Oh », regrette Renji.
Ouf ! s'apaise Byakuya. L'émoi a fait naître de petites perles de transpiration sur son noble front. D'un geste las, l'aristocrate, le souci encore inscrit sur ses traits, les essuie du dos de sa main. Or, le répit qui lui est accordé est bien court. Retsu reprend :
« Tu sembles déçu, Renji.
— Ben oui, je suis toujours coiffé pareil. J'aurais bien voulu changer...
— On peut essayer de maintenir la raie sur le côté, si tu veux.
— C'est vrai ? », se réjouit Renji.
Byakuya écarquille les yeux et se lance dans une analyse rapide mais rigoureuse de la situation. Une raie sur le côté : nouveau mais inoffensif, possiblement laid mais aisément réparable... Il décide de ne pas s'élever contre et de laisser faire.
Renji sourit, tout content.
« Donc, allons-y pour une raie sur le côté, et voyons ce que cela peut donner... »
Les cheveux de Renji sont réarrangés. Quelques mèches par ici, un coup de peigne par là, d'autres mèches par là, trois coups de peigne par ici, et déjà, Retsu Unohana a repris en main sa paire de ciseaux.
Le cœur de Byakuya bat à cent à l'heure, il peine à suivre les mouvements rapides et précis de la virtuose capillaire, et s'affole de ne pas pouvoir arrêter à temps le geste malheureux qui viendrait à se produire...
La raie a changé de place. Elle est plus en arrière, et les cheveux sont tous rabattus derrière la tête... Renji a l'air à peu près normal. Jusqu'ici, tout va bien, s'encourage Byakuya.
Avec un naturel et une fluidité tels que rien n'avertit le spectateur de ce qui va suivre, Retsu s'empare d'une mèche, passe le peigne, amène les ciseaux et :
« Couic ! »
Le cœur de Byakuya rate un battement. L'égalisation redoutée a débuté ! Alors que l'écho de ce « couic : » résonne encore dans ses oreilles, ses yeux se dirigent vers le sol où la pointe des cheveux est tombée sans appel, longue de cinq bons centimètres...
« Couic ! »
Byakuya sursaute. Une autre, déjà ?!
« Couic ! »
Il est trop tard pour y faire quelque chose. Maintenant que l'opération a commencé, elle doit se poursuivre jusqu'à la fin. Byakuya en a des palpitations. Une main sur le cœur, il recule de trois pas et s'effondre sur sa chaise, sans s'interroger qu'elle soit arrivée là par miracle. Puis il regarde sans pouvoir réagir les pointes des cheveux de Renji tomber inexorablement à terre, vaincues par l'ardeur de la coiffeuse. Un tapis rouge se forme bientôt aux pieds du fauteuil où Renji est assis en toute innocence et pépie gaiement.
« … J'ai déjà commencé à apprendre mon texte, Unohana taichô. C'est pas si facile que ça en a l'air, d'apprendre un texte par cœur. Rien à voir avec les sorts de kidô... Les dialogues ont du sens, on pourrait se dire... Le problème, c'est que si on se contente de n'apprendre que ses phrases, eh bien, justement, elles perdent leur sens... »
Rassurée que le capitaine Kuchiki, le teint subitement devenu crayeux, soit assis, Isane se félicite d'avoir approché la chaise à temps. Le capitaine Unohana l'a prévenue de la versatilité de l'humeur de l'aristocrate, mais Isane n'a pris conscience qu'il s'inquiétait autant de cette coupe de cheveux que lorsqu'elle a cru qu'il allait s'évanouir...
Un sourire amusé aux lèvres, elle va chercher le balai dans la salle attenante afin de rassembler et d'écarter de la vue du noble et très anxieux chef de clan les cheveux coupés de son beau lieutenant, que leur éparpillement au sol semble perturber de façon excessive.
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Byakuya va mieux. Les ciseaux ont été rangés par Isane. À présent, elle sèche les cheveux de Renji. Ils ont encore une belle longueur, et s'illuminent d'une nouvelle brillance au fur et à mesure où la brosse passe et repasse, accompagnée de la chaleur du sèche-cheveux.
Tout compte fait, cette égalisation était une nécessité, reconnaissons-le. Les cheveux de Renji n'en seront que plus vigoureux.
Après cette coupe, le danger que peut représenter une température mal réglée, ou un geste trop vif amenant le souffle de l'appareil trop près du crâne de Renji et le brûlant, semble supportable. Byakuya se permet de respirer un peu. Puis vient le moment de la coiffure véritablement dite. Et c'est avec une profonde gratitude que Byakuya n'enregistre aucun geste suspect pendant cette opération, étonnamment simple et rapide.
Au moyen de son peigne, Retsu rassemble les cheveux des côtés et du dessus de la tête, et les attache avec un lacet de cuir en une demi-queue de cheval assez haute. En deux temps, trois mouvements, Renji est coiffé ! La coiffure n'est pas extravagante. Quelques mèches de l'abondante chevelure reviennent sur ses épaules. Byakuya est satisfait.
« Et ma raie ! » se plaint Renji.
La raie a disparu...
« Ne t'inquiète pas, Renji. C'est juste un essai », précise Retsu, du ton de la confidence.
Un essai ? Byakuya s'alarme. Et plus encore lorsque l'intelligente femme garde son dessein secret en se penchant pour murmurer à l'oreille de son amant des mots que même son ouïe fine ne peut entendre.
Renji recueille donc seul la suite de la confidence.
« C'est pour tranquilliser ton capitaine, chuchote Retsu.
— Ah, d'accord... Et maintenant ?
— Maintenant les choses sérieuses commencent... Isane ? »
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Les mains derrière le dos, Byakuya marche de long en large, louvoyant à quelques pas à peine de là où Renji et les deux jeunes femmes se tiennent. Sa présence plane sur elles deux comme une ombre menaçante, et il couve d'un regard inquiet la progression de leurs mains sur les cheveux de son amant.
Il y a quelques minutes, les coiffeuses ont tenu un long conciliabule dont il n'a pu saisir un traître mot, puis elles se sont visiblement réparties la tâche. La coiffure n'est donc pas terminée ? s'est-il interrogé. À son grand désappointement, la satisfaisante demi-queue de cheval a été défaite. Il ne lui est resté que l'espoir de pouvoir y revenir si les choses tournent mal. De la queue de son peigne, Retsu a séparé une partie des cheveux du devant du reste de la chevelure et les a enroulés et maintenus sur le front à l'aide d'une pince. Renji a un aspect très bizarre ainsi. Ensuite, Isane à droite, Retsu à gauche, se sont attelées à lui tresser les cheveux.
Byakuya est obligé de reconnaître leur dextérité même s'il conserve quelques doutes quant au résultat final. De temps en temps, l'une ou l'autre commente :
« Les tresses africaines sont encore plus difficiles à faire quand le shampoing a été fait le jour même...
— Oui, les cheveux glissent.
— Il faudra veiller à les laver le jour précédent la représentation, Renji. »
C'est comme une magie qui se produirait sous les yeux de Byakuya. Une à une, des mèches sont prises, de part et d'autre, et jointes à la tresse en cours de fabrication. Une petite natte prend ainsi forme de chaque côté de la tête de Renji. Mais ce qu'il y a d'étrange, c'est qu'elle reste collée et suit son crâne, cheminant contre sa tempe puis descendant à angle droit jusqu'à la base de sa nuque.
Trois nattes sont ainsi effectuées, l'une au dessous de l'autre, de chaque côté de la tête. Elles ne se fondent pas dans la chevelure mais ressortent en relief.
Trois autres nattes, beaucoup plus épaisses, sont faites de la même manière, ayant comme point de départ la fameuse raie qui a réapparu, au grand plaisir de Renji, et suivent l'arrière du crâne. Et une dernière encore plus épaisse, avec les mèches préservées au début, qui démarre au milieu du front, et que Retsu dirige patiemment et adroitement vers la raie, puis fait se diviser en deux avec l'aide d'Isane, pour se répartir de chaque côté et suivre l'arrière de la tête, en y intégrant le reste de la chevelure.
À la racine du cou, toutes les nattes sont réunies et tressées ensembles, en une unique et volumineuse tresse que Retsu fait revenir en serpentant devant l'épaule de Renji.
Renji est tout tressé ! Cela lui donne un air encore plus exotique et guerrier, et met en valeur les tatouages de son front et de son cou. Byakuya doit reconnaître que cette coiffure est d'un bel effet.
« Si ça se trouve, comme cela, le tricorne m'ira bien ! », s'exclame Renji, enchanté.
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Byakuya, revenu sur sa chaise, contemple son amant. Ces cheveux n'ont plus cet aspect indiscipliné et tout fou qui lui est habituel, mais en même temps, les tresses, de tailles et de formes variables suivant leur emplacement, procurent une sensation un peu sauvage et désordonnée à sa coiffure, sensation renforcée par l'effet de la raie biaisant légèrement la symétrie.
L'aristocrate doute que cette coiffure soit d'un style très classique pour un d'Artagnan mais il sied à Renji. Au final, c'est comme si la volonté propre de la chevelure avait prévalu et que les coiffeuses avaient dû s'incliner. Byakuya est vraiment content du résultat même si une chevelure libre de toute entrave aurait eu sa préférence.
Peu à peu, la confiance qu'il a envers le capitaine Unohana et sa vice-capitaine s'est restaurée. Rien d'affreux n'est arrivé et alors qu'on s'achemine vers l'étape du maquillage, Byakuya est tranquillisé et profite de la suite de la séance.
Isane vient de remettre à sa place le chariot de coiffure et apporte le chariot de produits de beauté. Renji ouvre des yeux ébahis devant le nombre d'instruments dont il ne connaît pas l'usage. Byakuya se met à sa place, l'épreuve est difficile, même pour quelqu'un d'aussi peu emprunté que Renji. Seulement, il est beaucoup plus expansif que lui-même l'a été et exprime immédiatement ses inquiétudes :
« Qu'est-ce que vous allez me faire avec tout ce bazar ? Je croyais que c'était pour les femmes ce genre de trucs ?
— Effectivement, Renji, répond patiemment Retsu. Cependant, tu seras loin des spectateurs sur scène. Nous devons forcer sur certains traits de ton visage pour les mettre en valeur, si nous voulons que ta mine ne soit pas trop fade.
— Ah, oui, c'est logique. Mais, pas de rouge à lèvre, d'accord ? »
Retsu se met à rire. Elle observe le carmin naturel des lèvres de Renji, son teint bronzé, et déclare :
« Rassure-toi, d'Artagnan n'est pas le duc de Buckingham. Un maquillage appuyé ne conviendrait pas à un jeune homme qui passe son temps à se battre. Tes cils sont bien fournis, donc nous n'aurons pas besoin d'utiliser de mascara ; nous allons simplement ombrer le contour des yeux, pour faire ressortir ton regard. Il faudra lisser ton teint afin d'en faire disparaître les petites imperfections, et poudrer légèrement pour empêcher que ta peau ne brille sous les projecteurs. Peut-être un soupçon de rose à joue... »
Byakuya a le cœur qui se déchire. Ces petites imperfections dont Retsu parle, sont-ce les petites cicatrices que Renji porte au visage depuis qu'ils se sont battus à mort, la première fois ? On les remarque à peine en temps normal, mais elles sont là, un vibrant souvenir d'une conduite qu'il ne peut point décemment regretter, car ce serait renier tout ce en quoi il croyait, même si à présent cette simple pensée lui déchire le cœur.
Renji le regarde dans le reflet du miroir. Byakuya sait à quoi il pense. Son sourire est empreint de la même tristesse compréhensive que la sienne, et tout le temps que dure l'application du fond de teint, le passage de la houppette, la pose du khôl et du fard à paupière, Renji ne le quitte pas des yeux.
Puis c'est fini. Renji se lève, enlève la cape et vient se présenter face à lui, le visage sérieux, l'allure convaincante. Byakuya n'a aucun mal à l'imaginer dans le rôle de l'impétueux d'Artagnan, agile escrimeur qui ne s'en laisse pas conter, redoutable tout autant par son adresse que par son bon cœur, et tout ce que Byakuya voit n'est ni d'Artagnan, ni le comédien, mais lui, son lieutenant, son amant... toujours et à jamais, lui.
« Tu me trouves comment?
— Je t'aime, Renji. »
Acte 49 : Fin
Le prochain chapitre n'a pas encore de titre. À dire vrai, il n'est pas encore écrit, alors je ne publierai la suite que vendredi !
Si vous êtes curieux de l'allure que peut avoir Renji, je me suis essayée à dessiner ces fameuses tresses : dur dur, mais vous pouvez allez voir le résultat (bien que mon talent en dessin soit nul...), et d'autres montages sur Renji en d'Artagnan à l'adresse habituelle (enlever les parenthèses) :
(www).(soul004).(deviant)(art)(.com)/gallery)/57501555/Le-dossier-de-Shuhei
