Chapitre 49 : professeur Black présent au poste.

30 août 1994, Ministère de la Magie.

Département de la Justice Magique.

- Nathaniel, est-ce que vous avez rangé mes dossiers et pris la déposition des Londubat ?

Nathaniel Derwent, sortant tout juste de Poudlard et travaillant au Ministère de la Magie sous les ordres directs d'Amélia Bones, sortit de la lecture des dossiers et papiers qui s'étalaient sur son bureau et croisa le regard de sa patronne.

Amélia Susan Bones était une sorcière assez âgée, du moins aux yeux du jeune Serpentard, assez grande, trop mince et élancée. D'immenses cernes se dessinaient sous ses yeux, presque violacées, et son sourire était forcé.

Mais même si elle n'avait pas bonne mine, sa réputation était irréprochable. A la tête du Département de la Justice Magique mais également du Magengamot, elle était connue pour être juste, impartiale et honnête.

A de nombreuses reprises ces deux derniers mois Nathaniel avait songé qu'elle était le seul espoir d'Harry de se sortir de cette enquête indemne.

C'était elle également qui présidait à l'enquête qui avait été lancée sur le jeune sorcier dés la fin du tournoi. Et par un coup de bol inespéré Nathaniel avait été nommé assistant de l'assistant d'Amélia Bones. Autrement dit, il devait participer à l'enquête, recueillir les dépositions, et il était mis au courant de l'avancement de l'enquête. Cela avait été une aide inespérée pour le camp d'Harry.

Nathaniel ne regrettait plus d'avoir suivi, ou plutôt obéi, à sa cousine et d'avoir rejoint Harry. Il avait vu de ses propres yeux de quoi il était capable, et il avait été impressionné.

Et l'attaque chez sa tante le soir de la fin de l'année scolaire avait balayé tous les doutes qu'il avait pu avoir. Ça, plus le récit trop détaillé d'Harry, et les adultes qui s'étaient regroupés autour du vrai Survivant.

Tout ceci était réel. Les récits de son adolescence, les chuchotements effrayés sur la première guerre, tout ceci recommençait, mais en pire.

Pire car personne ne les croyait, car leur seul espoir était à deux doigts de voir sa baguette détruite, car l'ennemi agissait dans l'ombre et on ignorait ce qu'il voulait, ou presque.

Nathaniel avait été mis au courant pour la prophétie, et tout comme Evana, Tonks, Maugrey, Andromeda et Remus s'était porté volontaire pour la garder, à tour de rôle. Personnellement, il pensait qu'il serait plus sûr de détruire la prophétie, et même Harry était pour. Mais seul une personne désignée par la prophétie pouvait le faire, et ce n'était pas demain la veille qu'Harry ou papa Voldy allaient pouvoir venir au Département des Mystères et détruire la prophétie en question.

Cela faisait une semaine qu'ils avaient commencé, à tour de rôle, chaque nuit, la garde. Nathaniel en sortait justement, et il était épuisé, mais la journée était loin d'être finie.

Après le travail il devait se rendre au Sanctuaire où il était un invité plus que régulier, après tout sa petite amie habitait là-bas, faire un compte-rendu de sa garde, même s'il n'avait rien à signaler. Puis, il y avait également une réunion Horcruxes ce soir, comme presque tous les jours.

Et probablement qu'il s'entraînerait également un peu avec Maugrey et Rogue. Même si Nathaniel avait toujours été un bon élève en Défenses contre les Forces du Mal, il s'était rendu compte avec stupéfaction quelques semaines auparavant que rien que des gamins de treize, quatorze ans étaient bien meilleurs que lui.

Bien, bien meilleurs.

Et ne parlons même pas d'Harry. Nathaniel s'était senti incroyablement humilié quand le Serpentard l'avait battu lors d'un duel en même pas deux minutes. Mais comme lui avait répété Tracey par la suite pour le consoler, c'était rassurant de savoir qu'Harry était capable de se battre comme un adulte, et puis, il s'entraînait depuis des années. Alors que Nathaniel n'avait eu comme seul cours que ceux prodigués à Poudlard qui avaient été pour la plupart d'un niveau consternant.

Harry passait tout son temps à s'entraîner, Nathaniel l'avait vu de ses propres yeux. Il courrait tous les matins pendant plus d'une heure, puis faisait plus d'une heure d'exercices moldus de musculation et autre, et au bout de deux mois seulement on voyait le résultat. En plus d'avoir pris au moins sept-huit centimètres, le Survivant avait surtout pris des muscles et il faisait déjà plus adulte.

Et c'était rassurant.

Mais ils avaient tous grandi durant les vacances. Même sa petite amie, Tracey.

Cela faisait maintenant plus de huit mois qu'il était avec elle, et Nathaniel sentait de plus en plus qu'il était en train de tomber amoureux d'elle. Sérieusement, malgré la différence d'âge. Alors qu'au début il la trouvait simplement jolie et marrante, maintenant il découvrait qu'elle était bien plus que cela. Elle était déterminée, volontaire et passionnée. Elle se donnait à 100% dans tout ce qu'elle faisait, mais elle conservait malgré tout un côté enfantin qui lui permettait de se déconnecter de la guerre et de faire rire ses amis, de leur faire oublier, même si ce n'était que pendant quelques minutes, qu'ils étaient tous en danger et que l'avenir était soudain devenu précaire.

- Oui, Madame Bones, répondit-il avec empressement. Même si les circonstances étaient loin d'être parfaites, il adorait son travail. Bien sûr il aurait préféré que l'enquête porte sur d'autres personnes, mais le boulot en lui-même était passionnant.

Pour l'instant, on en était encore au stade des prises de dépositions. Avaient été interrogé jusqu'à maintenant Evana, Sirius et Emmett, les Londubat, Severus Rogue, Fleur Delacour, Victoria Hurst, Phillip Asriel et Stephen Cullen, Mme Maxime et Katarina Van Krause, et enfin Ryan Potter.

Ne restait plus que Dumbledore, les Potter, Remus Lupin et Harry lui-même.

Les personnages clés.

Pour l'instant, Harry ne s'en tirait pas trop mal. Seul Sirius et les Londubat s'étaient franchement montrés hostiles, Ryan s'était contenté de dire qu'il ne se souvenait de rien et qu'il ne s'était jamais entendu avec son frère qui était jaloux de lui et de sa gloire.

Mais Nathaniel savait aussi qu'Amélia n'avait pas été franchement convaincu par le soi-disant Survivant qui, le jour de sa déposition, s'était montré particulièrement arrogant et détestable, ne cessant de répéter qu'il aurait pu gagner le tournoi seul et qu'il était le Survivant, quoi qu'en dise Harry.

Ryan ne servait pas sa cause, ça c'était le point positif.

Les deux juges du tournoi, Cullen et Asriel avaient évoqué leurs soupçons face au jeune Serpentard, mais n'avaient apporté aucune preuve hormis des ragots et impressions.

Mais les deux directrices en revanche avaient été plus positives, et surtout Van Krause qui avait affirmé catégoriquement qu'Harry n'avait jamais attaqué son élève, qui avait elle-même réitéré à la suite avec force qu'Harry ne l'avait pas attaqué, mais que c'était bel et bien Ryan qui l'avait surprise par derrière et lui avait jeté un Doloris.

Fleur avait répété la même version et une Mme Maxime pas convaincue mais faisant preuve d'une bonne foi peu commune dans le monde sorcier soutint sa championne.

Cela avait fortement troublé Amélia Bones. Bien sur, comme l'affirmait Cornélius Fudge, qui n'hésitait pas à interférer régulièrement dans l'affaire pour voir si tout se déroulait selon son bon vouloir, les jumeaux étaient identiques hormis pour la couleur de leurs yeux, il était possible qu'elles se soient trompées ou qu'Harry ait changé brièvement la couleur de ses yeux pour se faire passer pour Ryan.

Mais Nathaniel sentait, ou du moins il espérait très fort, que sa patronne était de plus en plus intriguée par toute cette affaire.

Tout ce qu'il leur fallait, c'est qu'elle se pose quelques questions intelligentes, qu'ils jouent bien leurs cartes, et peut-être qu'à l'issue de l'enquête elle comprendrait que papa Voldy avait fait son come-back.

Et si la présidente du Magengamot était avec eux, c'était gagné on les croirait.

Il fallait juste tenir encore un peu, comme le répétait Minerva McGonagall et Andromeda Tonks qui y croyaient de toutes leurs forces. Pour l'instant, avaient décidé les alliés d'Harry, pas de forcing sur la sorcière qui n'apprécierait pas. Il fallait qu'elle comprenne par elle-même. Et le rôle de Nathaniel était de la guider petit à petit.

Un rôle pas facile pour un gamin de juste 17 ans mort de trouille et cherchant à faire ses preuves.

- Est-ce que vous avez encore besoin de moi Madame Bones ? Demanda poliment Nathaniel tout en espérant une réponse positive. Il était ici depuis prés de 36 heures, il avait besoin de s'aérer et de changer d'air.

- Non, non, tu peux rentrer chez toi, dit-elle d'un ton vague tout en consultant en épais dossier, les notes qu'avait compilé Nathaniel sur l'Affaire tout au long de l'été.

C'est du très bon travail, le complimenta-t-elle. Très propre, très soigné. La personne qui occupait ton poste avant était une véritable catastrophe, il rendait tout en retard et en plus faisait des tonnes d'erreur. Mais toi tu ne t'en tires pas trop mal.

- Merci beaucoup, répondit l'ancien Serpentard, rougissant légèrement.

- Très bien, demain il faudra que tu viennes tôt, on a une grosse journée devant nous.

En effet, demain était le jour où les Potter venaient faire leur déposition, et Amélia avait déjà prévu d'y passer les trois-quarts de la journée. Elle avait une ribambelle de questions à leur poser.

Et la plus pressante d'entre toutes était la suivante : comment avaient-ils pu renier leur propre enfant ? Leur propre sang, leur propre chair !

Amélia n'avait pas d'enfants, et elle n'était donc pas très calée sur ce sujet. Quand les articles de Skeeter étaient sortis en février, comme toute autre personne sensée elle n'y avait guère cru. On parlait de Rita Skeeter après tout.

Mais le reniement public le 21 juin avait changé la donne. Cela voulait dire que les articles de Rita ne se basait peut-être pas que sur du vent, et dans ce cas-là, l'ancienne journaliste avait raison, songea Amélia en relisant les archives de la Gazette du Sorcier. Les Potter étaient entièrement à blâmer pour ce qui arrivait.

Renier un enfant était la pire chose qu'on puisse faire, et de mémoire, cela n'avait pas eu lieu depuis des décennies dans le monde sorcier. Le dernier cas connu remontait au début du siècle.

Demain allait être une longue journée, chargée, soupira Amélia, rangeant le dossier sur le bureau de l'assistant de son assistant qui venait juste de franchir la porte. Et elle était prête à parier que Fudge et Dumbledore allaient probablement tenter d'y mettre leur grain de sel.

Dumbledore se montrait particulièrement réticent face à l'enquête en cours, et d'ailleurs, Amélia était étonnée que Fudge ait enfin eu le courage de braver le vieux sorcier et de s'imposer. La fin du tournoi avait crée pas mal de remous au sein de leur communauté et les allégations d'Harry sur le retour de vous-savez-qui avaient secoué le Ministre qui avait décidé de montrer qu'il agissait, qu'il était à la hauteur.

Il avait donc tenu tête à Dumbledore qui affirmait avec force qu'une enquête n'était pas nécessaire et qu'il gérait la situation. Mais même Amélia en doutait. Il n'avait pas réussi à empêcher Ryan Potter d'être enlevé, il n'avait empêché Harry, ou quelqu'un d'autre de mettre leurs noms dans la coupe, et puis les circonstances même du tournoi étaient beaucoup trop ambiguës pour que le Ministère ne fasse rien.

Ils avaient laissé Dumbledore se débrouiller tout seul pendant trop longtemps. Ce n'était un secret pour personne que Fudge était complètement dirigé par le directeur de Poudlard, mais apparemment, le vent tournait en ce moment.

Amélia regagna son office et s'assis derrière son bureau. Pour elle la journée n'était pas encore terminée, et en temps normal elle aurait demandé à Nathaniel Derwent de rester encore un peu, mais elle avait bien vu les cernes sous ses yeux et son air endormi. En prévision de la journée de demain elle avait voulu lui accorder un peu de repos.

Et puis, probablement qu'il était aussi pressé de retourner auprès d'Harry et des autres pour leur raconter le déroulement de l'enquête.

S'il y avait une chose qu'Amélia Bones n'était pas, c'était assurément aveugle et naïve. Il ne lui avait pas fallu très longtemps avant de comprendre vers qui portaient les allégeances du jeune sorcier.

C'était d'abord son nom de famille qui lui avait mis son nom à l'oreille. Derwent, comme Morgana Derwent, la sœur de Théodore Nott qu'Amélia avait côtoyé à Poudlard, dans la même année mais pas la même maison.

Morgana Derwent, la mère de Jenny Derwent qui était selon Susan une des meilleures amies d'Harry Potter.

De plus, Susan lui avait également appris que Nathaniel sortait avec Tracey Davies, une autre amie d'Harry.

Au début de l'été Amélia avait décidé d'attendre. Le jeune homme venait à peine d'arriver, il était efficace et plein de bonne volonté et faisait bien son travail. Amélia allait attendre un peu.

Mais quand la déposition de Severus Rogue avait eu lieu, Nathaniel avait fait une toute petite erreur, et Amélia avait compris.

Le professeur de Potions, qu'Amélia n'avait encore jamais rencontré mais dont la réputation ne lui était pas inconnue, avait fait sa déposition, expliquant avec force et détails le retour de vous-savez-qui, et Amélia frissonnait encore quand elle repensait au fait que Rogue avait martelé encore et encore son nom, avait insulté les Potter de tous les noms possibles et avait répété qu'Harry était le Survivant et que le monde sorcier était composé d'idiots décérébrés pour ne pas le croire.

La présidente du Magengamot avait alors fait preuve d'une patience exemplaire et avait demandé avec curiosité que faisait donc Harry en ce moment, si vous-savez-qui était effectivement de retour.

- A votre avis, Madame la Présidente, répondit avec sarcasme Severus Rogue. Il se prépare, voilà ce qu'il fait. Lui et les gens assez intelligents, dont je fais partie, qui le suivent. Voldemort est peut-être invisible en ce moment, mais ne vous croyez pas à l'abri. Il va bientôt revenir au grand jour, et alors là il faudra être prêt. C'est ce que nous faisons tous.

Amélia n'avait pas répondu, mais elle avait vu la lueur inquiète dans les yeux bleus de son nouvel employé qui était présent avec elle pour des questions d'éthique judiciaire : lors d'une déposition, un témoin ne devait jamais être interrogé seul.

Réfléchissant à toute vitesse, elle décida de tenter quelque chose.

Prétextant un dossier à aller chercher, elle sortit de la pièce et laissa les deux hommes en tête-à-tête.

Deux hommes qui ignoraient que cette pièce contenait des Mouchards, c'est-à-dire des petites pièces noires, pas plus grandes qu'un Gallion, disséminées un peu partout et destinées à enregistrer tout ce qui s'y passait.

Amélia se brancha sur les mouchards et écouta ce qui se passait dans la pièce.

- Je m'en tire bien ? Demanda Severus d'une voix sèche.

- Pas trop mal oui, répondit son ancien élève. Mais je crois que vous devez y aller mollo à partir de maintenant. Il ne faut pas trop pousser Amélia Bones, elle risque de se renfermer et de ne plus croire Harry. Surtout que sa rencontre avec Ryan il y a quelques jours a été bonne pour nous.

- Ce gamin est clairement un boulet, répliqua Severus Rogue, et Amélia devina un sourire satisfait sur ses lèvres.

Nathaniel laissa échapper un petit rire.

- Ma cousine et ses amis ont une sacré influence sur vous professeur, un tel mot dans votre bouche !

- Que veux-tu je passe trop de temps enfermé avec ces gamins ! Soupira le professeur de Potions. Je dois avouer qu'hormis les circonstances, cette sortie au Ministère me fait le plus grand bien. Je déteste rester enfermé au Sanctuaire.

- Harry est dans le même cas, fit remarquer Nathaniel.

- Ca ne me réconforte guère, railla Severus. Et le pire est qu'à la rentrée, je vais de nouveau être enfermé. Dans un château plus grand certes, mais cela restera une prison.

- Vous n'avez pas peur que ça soit trop dangereux pour vous de retourner à Poudlard ?

- Ne commence pas toi non plus ! J'en ai déjà assez de Minerva et Morgana qui tentent de m'en dissuader. Que veux-tu que je fasse ? Rester au Sanctuaire seul ?

- Vous ne seriez pas seul, après tout Morgana, Remus et les Tonks vont continuer à y vivre, et les autres viendront très régulièrement.

- Peu importe, répondit Severus d'un ton bourru. J'ai besoin de changer d'air et de bouger, de me sentir utile.

- Vous êtes très utile au Sanctuaire, Harry a fait beaucoup de progrès depuis le début de l'été.

- Et il en fera tout autant à Poudlard sous ma tutelle.

A ce point là de la discussion Amélia avait décidé que ça en était assez et qu'il était temps pour elle de revenir.

Mais quand la déposition fut terminée et qu'elle se retrouva seule dans son bureau, plusieurs observations s'imposèrent.

Tout d'abord, son employé était clairement de mèche avec Harry.

Ensuite, si tout cela était un plan d'Harry pour se rendre intéressant et se faire passer pour le Survivant en racontant des mensonges, on pouvait dire que dans une certaine mesure c'était efficace et qu'il avait réussi à convaincre un certain nombre de sorciers. La frustration et la passion étaient notables dans la voix sèche du directeur des Serpentards. Il y croyait dur comme fer au retour de Voldemort.

Enfin, Nathaniel Derwent avait pour objectif de la manipuler pour qu'elle croie à leur histoire. Très Serpentard de sa part.

Mais Amélia n'avait pas failli être envoyé à Serpentard pour rien.

Alors qu'en toute autre occasion elle aurait renvoyé Nathaniel séance tenante, elle décida de ne rien faire, du moins pour l'instant, et ce, pour une seule raison.

Il y avait une chance sur dix qu'Harry dise effectivement la vérité. Et Amélia ne pouvait pas la balayer sans rien faire, sans rien chercher.

A partir de ce jour là elle se plongea à corps perdu dans l'enquête. Il fallait qu'elle ait la preuve absolue que tout ceci n'était qu'une supercherie, que vous-savez-qui n'était pas de retour, que la guerre n'avait pas recommencé et que l'horreur n'était pas de retour après quatorze ans de calme.

Sanctuaire d'Orgon.

Hermione passait une mauvaise journée.

En fait, jusque là son été n'avait pas été très réjouissant.

Elle n'avait même pas pu passer du temps avec ses parents, à peine quelques heures avant de devoir se cacher au Sanctuaire avec tous les autres. Non pas que cela la dérangeait, mais elle n'était déjà pas rentrée à Noël, ses parents lui manquaient terriblement. Eux et la normalité qu'ils représentaient.

Dans le monde moldu elle pouvait oublier pendant quelques minutes que Voldemort était de retour et qu'elle était en danger, que tous ses amis étaient en danger, et qu'Harry devait porter le poids de la prophétie sur ses jeunes épaules.

Et tout l'été, elle l'avait passé enfermé, et chaque jour semblait un peu plus désespérant que le précédent. Ils ne faisaient aucun progrès, la chasse aux Horcruxes n'avançait pas d'un pouce malgré les recherches incessantes, ils ignoraient ce que papa Voldy voulait, et même si quelques personnes les avaient rejoint, ce n'était pas assez pour gagner.

Plus que jamais elle se sentait découragé. Elle avait peur pour Draco, elle ne se sentait pas à la hauteur face à ses amis qui s'entraînaient depuis des années et se montraient tous meilleurs qu'elle, ce qu'elle détestait, et elle avait appris une terrible nouvelle une semaine auparavant.

Quand leurs lettres pour Poudlard étaient arrivées.

Depuis sa première année, Hermione avait une ambition, celle d'être préféte, puis préféte-en-chef. Ses amis ne comprenaient guère pourquoi, mais c'était quelque chose qui lui tenait vraiment à cœur.

Et au cours des années elle avait tout fait pour obtenir cela.

Aussi, n'avait-elle que peu de doute quand les lettres furent déposées sur la table. D'ailleurs, personne n'avait de doute. Hermione serait préféte chez les Gryffondors, tout comme Elisabeth chez les Serdaigle et Daphnée ou Draco chez les Serpentards. Ils étaient les meilleurs élèves et leurs casiers étaient irréprochables. Et Hermione suspectait même que Neville soit aussi nommé préfet, vu les alternatives : Potter, Weasley, Thomas ou Finnigan…Non, il y avait peu de doute à avoir.

Tout comme il était évident que malgré toutes ses qualités Harry ne serait pas nommé préfet. Mais le principal intéressé ne voulait pas de cette tâche de toute façon, il avait déjà bien assez de choses en tête.

Mais comme quoi Hermione n'était pas bonne en Divination, toutes ses suppositions s'avérèrent fausses.

Quand tous eurent ouvert leurs lettres, aucun badge brillant ne tomba des lettres, et Hermione ouvrit grand la bouche.

- Tu n'as pas été nommé préféte ? Demanda Lucas avec stupéfaction.

- Aucun de nous ne l'a été, dit Elisabeth, fronçant des sourcils. Ce n'est pas normal.

Minerva McGonagall, les entendant discuter de la sorte, s'approcha d'eux, l'air sincèrement désolé.

- Les enfants, je suis désolée j'ai oublié de vous le dire, mais Dumbledore n'a pas voulu qu'aucun d'entre vous soit déclaré préfet. Il dit que vous profiteriez de cette fonction pour répandre encore plus de mensonges sur Harry. Je devais vous prévenir, mais ça m'était sorti de la tête.

- On aurait du s'en douter, commenta alors Elisabeth, serrant la main de son petit ami plus fortement que jamais. Le vieux fou du citron veut nous emmêler les baguettes, mais il ne s'en sortira pas aussi facilement. Ce n'est pas parce qu'aucun de nous ne sera préfet qu'on ne peut pas convaincre d'autres élèves. Il va voir un peu !

Les autres avaient acquiescés avec force, mais même si la jeune Gryffondor était d'accord, c'était un coup dur qu'elle venait de prendre. Tous ses efforts, en vain.

La seule chose positive cet été avait été la révélation de la forme de son animal totem. Voulant rattraper le retard qu'elle avait sur ses amis, qui était tous en passe de devenir dans moins d'un an, hormis le Trio d'Or pour qui c'était déjà une réalité, elle avait mis les bouchées doubles.

Et elle avait été ravie de la forme de son animal, même si elle ne s'attendait pas à ça.

Elle était un singe, ou plus précisément selon Tracey, un cebus, c'est-à-dire un capucin, un singe très intelligent et très proche de l'homme.

Son amie lui avait montré des photos et fourni des explications et Hermione avait très vite aimé cette forme qui révélait son côté malicieux qu'elle laissait bien souvent enfoui au plus profond d'elle-même, mais qu'elle révélait de plus en plus, grâce à ses nouveaux amis.

Mais les choses avaient changé depuis un an. C'était arrivé presque sans qu'elle ne s'en rende compte, mais elle s'était complètement intégrée à la bande d'Harry, elle était une des leurs. Leurs combats étaient son combat, même si c'était dur, même si des fois elle avait envie de tout laisser tomber, même si elle décourageait.

Et dans quelques jours ils allaient rentrer à Poudlard, et leur petit cocon serait brisé. Ils ne seraient plus à l'abri des regards, des murmures, de l'hostilité ouverte des autres élèves qui les prenaient pour des fous.

Et la question que se posait ardemment Hermione Granger était la suivante : que leur réservait cette année ?

Mais si cela pouvait rassurer Hermione, elle n'était pas la seule à avoir des moments de doute et d'appréhension.

Depuis qu'elle avait appris une certaine nouvelle, Elisabeth Black n'était pas non plus d'une excellente humeur.

- Non, mais tu peux y croire toi ! S'exclamait-elle, tournant en rond dans sa chambre, les bras croisées sur sa poitrine.

- Assez facilement oui, répondit son petit ami qui était allongé sur le lit d'Elisabeth. Une mauvaise nouvelle de plus, une mauvaise nouvelle de moins…

- Arrête, ronchonna Eli, se stoppant sur ses pas. Je n'ai vraiment pas envie de revoir mon père à Poudlard ! En plus quand il va nous voir ensemble…

- Il ne va pas être très content, termina pour elle Harry. Je te l'ai déjà dit, si tu préfères qu'on garde cette relation secrète, pour le moment…

- Rien du tout ! T'es fou ou quoi ! Non c'est juste qu'il va me faire une scène et que je préférerai éviter ça. Il va devenir hystérique, c'est sûr.

Harry haussa les épaules mais ne répondit pas. En ce qui le concernait, le seul intérêt qu'il trouvait à Sirius Black était sa fille. Bien sûr, cela voulait dire que les cours de défense contre les forces du mal ne seraient pas une partie de plaisir cette année, mais en même temps, ce n'était pas comme s'il en avait vraiment besoin.

Soudainement, Elisabeth vint se blottir dans ses bras, en silence, et tous les deux partagèrent alors un moment privilégie, ce qui était assez rare malheureusement.

Depuis qu'ils sortaient ensemble, Harry avait l'impression que c'était comme si quelque chose qui lui manquait lui avait été rendu. Comme s'il était enfin complet. Il pouvait s'appuyer complètement sur Elisabeth, quoi qu'il fasse, elle était là. Quand il s'entraînait toute la nuit avec Alastor, Severus ou Ted, quand il dirigeait les réunions avec ses alliés, ou quand il avait besoin de souffler un coup.

Elle était là, et elle le comprenait mieux que personne. Elle croyait en lui, mais surtout, elle savait le recadrer quand il en avait besoin. Il n'était pas infaillible, il n'était pas Merlin, lui répétait-elle régulièrement. Il devait apprendre à déléguer, à faire confiance, à ne pas tout prendre sur ses épaules. Il était entouré d'adultes compétents après tout.

Et elle avait raison.

Le seul problème c'est qu'ils ne passaient pas assez de temps ensemble. Entre son temps passé à s'entraîner et à toutes les réunions, il n'avait pas une minute à lui. Ils n'avaient que des moments volés, mais avec un peu de chance, les choses se calmeraient une fois à Poudlard.

Mais Harry n'était pas enthousiaste à l'idée de retourner à l'école. Ça lui semblait presque être une perte de temps. Quel intérêt de suivre les cours de Binns alors que Voldemort était quelque part, tapi dans l'ombre, à ruminer un plan qui l'impliquait lui, dans le but de récupérer la prophétie.

Et puis les autres élèves à affronter, les professeurs, Dumbledore.

A vrai dire, si ses amis n'y étaient pas, Harry ne serait probablement pas retourné à Poudlard. Il allait y perdre son temps, il le savait déjà.

Et il ne serait plus au cœur des événements et des décisions.

Le problème qu'avait Harry était qu'il avait besoin de tout maîtriser, c'en était même presque compulsif. Il avait besoin de diriger, il adorait ça, et probablement, et il détestait ça, que cela était du au fait qu'il avait vécu toute sa vie dans l'ombre de Ryan et que maintenant qu'il était reconnu à sa juste valeur par tout un groupe il avait besoin que cela continue ainsi.

Mais quand il serait de retour à Poudlard les choses allaient forcément changer, il ne pourrait plus être en charge.

Ce serait Remus, son presque père, qui allait le remplacer, pour un temps.

Son premier lieutenant, comme le surnommait affectueusement Tonks et Neville.

Square Grimmauld.

- Papa tu es sûr que c'est raisonnable ? Répétait une nouvelle fois Emmett qui venait juste d'apprendre une nouvelle très perturbante.

Sirius qui était en train de faire des pancakes, lui jeta un regard interrogatif.

- Enfin fiston, on dirait presque que tu n'es pas content de me voir revenir à Poudlard ? Pourtant tu avais aimé mes cours il y a un an !

- Ce n'est pas ça, répondit le jeune Black, se tordant les mains dans son dos. Il jeta un coup d'œil désespéré à sa mère qui haussa les épaules avec fatalisme. C'est juste qu'avec Eli, et ce qui se passe en ce moment, j'ai peur que…

- Justement fiston, c'est l'occasion idéale pour récupérer ma fille ! S'écria Sirius avec passion. Une fois là-bas je pourrais lui parler, la convaincre et lui faire entendre raison.

- Ca n'a pas vraiment marché la dernière fois, murmura Emmett dans sa barbe.

Ils étaient dans la cuisine en train de préparer le petit déjeuner quand Sirius leur avait annoncé de but en blanc que Dumbledore lui avait proposé son ancien boulot de professeur de Défenses contre les Forces du Mal et qu'il avait naturellement accepté.

C'était une terrible nouvelle. Sirius à Poudlard, ça voulait dire encore une fois persécution des Serpentards, mais surtout d'Harry.

Et puis, quelle tête allait faire Sirius quand il allait voir sa fille et Harry, ensemble, officiellement ?

Emmett ne voulait pas être là quand ça arriverait. De préférence, il voulait se trouver dans un autre pays, Sirius allait hurler et devenir fou.

- Tu ne penses pas qu'Elisabeth va avoir l'impression que tu l'espionnes ? Rajouta Evana avec prudence. Tu devrais peut-être…

- Toutes mes lettres n'ont eu aucun effet jusque là Evie ! Jusque maintenant j'ai été patient et j'ai suivi les conseils d'Albus à la lettre, mais j'en ai marre ! Ma fille me manque, je ne sais même pas où elle est ni ce qu'elle fait, hormis qu'elle est en compagnie de ce malade d'Harry ! Elle est en danger, et je dois faire quelque chose. Même Albus pense que c'est une bonne chose que de me rapprocher d'elle.

Evana réprima le hurlement qui montait dans sa gorge. Elle ne pouvait plus supporter d'entendre mentionner le nom d'Albus Dumbledore, et encore moins de le voir. Tout l'été elle avait réussi à éviter avec brio le vieux sorcier qui venait souvent voir son mari et ses amis.

Tout comme James et Lily, elle avait de plus en plus de mal à les supporter, mais heureusement, avec l'enquête et la campagne de diffamation qu'ils avaient lancés sur leur propre fils, ils étaient très occupés et ne remarquaient même pas qu'ils voyaient de moins en moins Evana et que quand c'était le cas, celle-ci se montrait distante et froide.

Mais Evana ignorait que son mari en revanche avait remarqué ces changements.

Il était en effet moins Gryffondor qu'il n'en avait l'air.

Tout en terminant de préparer le petit déjeuner, Sirius observa du coin de l'œil sa femme. Assisse à la table de la cuisine, les jambes croisées et ses mains tenant la dernière édition de la Gazette du Sorcier, Evana donnait l'air d'être plongée dans sa lecture, mais Sirius savait lire les signes.

Ses mains tremblaient légèrement, ses pieds sous la table remuaient dans tous les sens et ses yeux ne bougeaient pas de la page depuis déjà plusieurs minutes. Evana faisait semblant de lire.

Elle était nerveuse.

Elle lui cachait quelque chose.

Depuis quelques semaines maintenant il en était persuadé. Au début, il avait juste pensé que c'était l'absence d'Elisabeth qui lui pesait et qui la rendait aussi distante. Mais il avait vite observé qu'Evana ne semblait pas très inquiète au sujet de leur fille aînée. Elle n'en parlait jamais, et quand Sirius mentionnait son nom, elle avait presque l'air surprise, comme si elle avait oublié qu'Elisabeth refusait de les voir ou de leur adresser la parole.

Il avait tenté de lui demander ce qui n'allait pas, mais en vain. Sirius en avait alors parlé à Lily qui lui avait promis de faire quelque chose dés que les choses seraient redevenues un peu plus calmes pour elle et James.

Toute cette histoire d'enquête, et de reniement…Sirius ne pouvait pas s'empêcher de se sentir mal pour Harry. Cela lui rappelait trop son enfance et quand ses parents l'avaient jeté dehors. Même eux n'avaient pas été aussi loin…

Bien sûr qu'Harry représentait un danger, et ses mensonges allaient trop loin. Mais tout de même, le renier, c'était un acte magique tellement extrême…

Quelque part il était heureux que Remus l'adopte, même si son ancien ami avait tort de l'encourager dans ses délires. Mais Remus croyait bien faire, il croyait Harry et le retour de Voldemort.

Alors que c'était ridicule.

Enfin, probablement.

Car malgré tout, un soupçon persistait dans l'esprit de Sirius. Et si…et si…

Une raison de plus de se rendre à Poudlard. Une fois qu'il serait là-bas, ce serait plus facile de se rendre compte, de s'assurer une bonne fois pour toute qu'Albus avait raison et que tout cette histoire n'était que le délire d'un gamin malade.

Ça ne pouvait pas être vrai.

Mais alors qu'il déposait les pancakes dans les assiettes, Sirius se demanda avec effroi quelle version était préférable : celle où Harry était fou et sa fille en danger à ses côtés ? Ou celle où Voldemort était de retour, Harry le véritable Survivant, et le seul à se battre contre lui ?

King's Cross.

01 septembre 1994.

- J'ai l'impression d'être une bête curieuse, murmura Blaise dans l'oreille d'Hermione.

Son amie acquiesça d'un faible hochement de tête mais ne répondit pas. Il lui semblait que tous les regards étaient fixés sur eux. Tous les élèves, et leurs parents, elle sentait presque sa tête tourner face à ce flot d'attention indésiré.

Mais tout cela elle ne l'imaginait malheureusement pas. Dés qu'ils avaient franchi la plateforme qui les menait au Poudlard Express, les conversations avaient cessé, les murmures s'étaient accrus, certains doigts les avaient ouvertement désignés, des centaines d'yeux curieux, hostiles, narquois s'étaient posés sur eux et ne les quittaient plus.

C'était comme s'ils étaient devenus des bêtes curieuses. Hermione avait l'impression d'être un animal en cage. Elle détestait ça, elle aurait voulu leur hurler d'arrêter ce cirque et de les laisser en paix, juste cinq minutes.

Cela n'augurait rien de bon pour l'année qui allait commencer.

Mais tous n'abordaient pas la situation de la même façon.

Elisabeth par exemple avait le menton levé en l'air, ses yeux bleus renvoyaient des éclairs à tous ceux qui osaient la dévisager d'un peu trop prés. Tout son être semblait leur dire de ne surtout pas venir la chercher, ou sinon, ils le regretteraient amèrement.

Luna n'avait même pas l'air de remarquer ce qui se passait, Jenny et Lucas étaient trop occupés à se parler à voix basse pour prêter attention aux mouvements de foule, Tracey arborait un air de défi sur son visage, Daphnée baissait les yeux et accélérait le pas.

Et Harry les suivait sous sa cape d'invisibilité.

C'était une idée de Minerva que de lui éviter un bain de foule désagréable. Il aurait bien assez vite à faire face à tout ses camarades à Poudlard, inutile d'y ajouter les parents.

Mais Harry était curieux de savoir quelles réactions ils allaient susciter une fois de retour à Poudlard. Après la campagne de discrimination lancée par James et Lily Potter, qui avait été néanmoins contre-attaquée par une Rita Skeeter réticente mais dont la plume acerbe s'était défoulée dans le Chicaneur.

Harry soupçonnait que la journaliste avait adoré pouvoir distiller son venin sur les Potter qui lui avaient causé la perte de son boulot après tout.

Le premier article de Rita avait été publié aux alentours de l'anniversaire d'Harry, son cadeau à elle, pensa-t-il avec une pointe de sarcasme. Bien sûr, il avait été corrigé auparavant par Jenny dont les velléités littéraires n'étaient un secret pour personne. Mais il fallait dire que la première version du scarabée était un peu trop mielleuse et surtout trop axée sur les traitements infligés par les Potter tout au long de son enfance. Or, eux ce qu'ils voulaient c'était avertir le monde sorcier du retour de Voldemort. D'ailleurs, Jenny avait obligé, et cela avait été cocasse à voir, Rita à écrire le nom de Voldemort en toute lettre dans son article à chaque fois.

Harry soupçonnait Rita de s'être inclinée sur ce point uniquement parce qu'elle était furieuse et vexée qu'une gamine de seulement quatorze ans arrive à prononcer le nom du Seigneur des Ténèbres sans une once de peur dans la voix.

Et Rita avait prononcé le nom de Voldemort avec une pointe de défi dans la voix. Mais pour Harry, ce genre de détail était important. Même s'il doutait qu'un jour Rita se batte vraiment à leurs côtés, du moins volontairement, réussir à prononcer ce nom tabou, c'était un pas dans la bonne direction.

A la suite de ce premier article plusieurs autres avaient suivi, dont une interview d'Harry qui enjoignait les sorciers à le rejoindre, quels qu'ils soient, il acceptait tout le monde.

Il se comportait en chef qui cherchait à rallier des troupes. Il appelait à l'union derrière lui, en prévenant que ce serait long, douloureux et que cela se ferait probablement dans le sang, mais que Voldemort était de retour et que la guerre allait commencer, que le monde sorcier le veuille ou non, et que rester caché chez soi en espérant que tout aille bien ne ferait pas avancer les choses.

Que se battre était devenu nécessaire.

Jusqu'ici ils n'avaient obtenu aucun résultat, hormis des Beuglantes ou des lettres d'insultes diverses, mais Harry ne désespérait pas.

Un jour ou l'autre ses efforts finiraient par payer, il le savait, et d'ici là il devait persévérer, c'était là la marque d'un leader, d'un chef.

Poudlard.

- Tu es prête pour le premier cours de Défenses ? Chuchota Lucas dans l'oreille de Jenny.

- Je crois qu'on n'a pas le choix, répondit-elle avec fatalisme.

Les deux meilleurs amis se dirigeaient vers la salle du professeur Black. C'était leur premier cours de l'année et tous deux en avaient déjà marre et aspiraient à retourner au Sanctuaire.

Hermione avait raison quand elle disait que là-bas ils étaient à l'abri, protégés du monde sorcier. Ils étaient comme dans un cocon douillet mais le retour à la réalité était plus dur.

Le trajet dans le Poudlard Express s'était bien passé pour la simple et bonne raison qu'Harry avait verrouillé leur porte et ainsi empêché toute personne de venir les déranger. Mais quand ils étaient descendus du train…

Les discussions avaient cessé tout autour d'eux, et Jenny avait pu sentir tous ces regards posés sur eux, et elle avait vu au loin Emmett retenir Ronald Weasley de venir dans leur direction.

Mais Harry avait fait comme si de rien n'était. Lui, Elisabeth, Neville et Hermione s'étaient dirigés vers une des calèches et étaient montés dedans. Impassibles.

Jenny en était presque jalouse car pour elle cela avait été beaucoup plus difficile de retenir ses véritables sentiments. Quand Ginevra Weasley, cette sale peste, avait craché dans sa direction, un sourire narquois sur ses lèvres, Jenny avait aussitôt sorti sa baguette de sa poche et seul l'intervention de son meilleur ami qui l'avait saisi par le bras avec autorité et emmené de force vers une calèche l'avait empêché d'envoyer un sort bien senti à cette bouse de dragon.

- Calme-toi, elle n'en vaut pas la peine, murmura-t-il dans son oreille pour la calmer.

- Je déteste cette fille, regarde la se pavaner au bras de ce boulet, siffla la Serpentarde. Pour qui est-ce qu'elle se prend ?

- Pour la petite amie du Survivant, répondit Luna qui lisait son exemplaire du Chicaneur.

- C'était une question rhétorique Lu, répliqua Jenny encore plus furieuse.

Saleté de peste bubonique de Ginny Weasley ! Rirait bien qui rirait le dernier quand elle apprendrait la vérité sur son loser de petit ami. Et là Jenny voulait être au premier rang pour pouvoir prendre des photos.

Mais le pire dans tout cela était le fait que cette saleté de Gryffondor sortait avec le garçon qu'elle voulait. Et Jenny en était mortellement jalouse. Ce n'était pas juste. Ginny ne méritait pas ça.

Pourquoi est-ce que elle, Jenny Derwent, ne pouvait pas être avec Lucas ? Elle l'aimait bien plus que Ginny aimerait jamais Ryan, ça elle en était sûre et certaine.

Elle jeta un regard furtif au Gryffondor. Elle aurait voulu pouvoir le détester mais elle n'y arrivait pas. Elle avait pensé qu'après ce qui était arrivé l'année dernière leur amitié n'en serait pas ressortie indemne, mais au contraire ils étaient plus proches que jamais. Séparé de sa famille et coupé pour de bon du monde moldu, Jenny avait l'impression que Lucas se raccrochait à elle avec l'énergie du désespoir.

Non pas qu'elle s'en plaignait.

Des fois elle se demandait si par un quelconque miracle il ne ressentirait pas la même chose qu'elle. Mais elle sortait vite de ce genre de pensées. Si c'était le cas, il lui aurait montré, d'une façon ou d'une autre. Elle aurait vu les signes.

Mais il y avait ces incidents, lors de leurs séances Animagus.

Quand ils étaient à Poudlard jamais Lucas et Jenny n'avaient voulu s'entraîner ensemble, mais une fois qu'ils s'étaient retrouvés à la fin de l'année et avaient recommencé à traîner tout le temps à deux, ils avaient constatés un phénomène curieux.

Lors de la première séance Animagus au Sanctuaire, alors qu'ils avaient commencé à se transformer, des sortes de chocs électriques envahirent la pièce, frappant chacun de leurs amis tour à tour.

- Ahou, cria Tracey qui était tombé à la renverse. Mais qu'est ce qui se passe ?

- Aïe, répliqua Blaise qui s'était cogné la tête par terre. Vous avez senti ça ?

Jenny et Lucas qui étaient tout au bout de la pièce cessèrent la transformation et se regardèrent avec ébahissement. Eux n'avaient absolument rien senti.

Ils avaient été voir Minerva McGonagall qui avait été stupéfaite d'entendre cela. Elle avait demandé à voir ça, s'était retrouvé les fers à l'air devant la décharge qu'avaient émis les deux adolescents, et tous avaient décidé d'un commun accord de laisser Jenny et Lucas s'entraîner ensemble à partir de maintenant. Tous ignoraient qu'est ce que cela voulait dire, excepté Luna qui avait mis par la suite Daphnée au courant.

Les deux jeunes filles gardèrent un œil sur les deux adolescents tout l'été, à l'affût du moindre phénomène nouveau, mais hormis ces décharges, rien à signaler. Aucune croissance de puissance à signaler pour l'instant même si les entraînements quotidiens avaient de l'effet sur eux deux, comme sur eux tous en fait.

La seule chose que remarquait Luna était que leurs auras changeaient petit à petit. Par exemple, dés que l'un pensait à l'autre son aura devenait rose. Et plus les jours passaient plus le rose tendait à devenir une couleur permanente dans leurs auras.

Luna sourit derrière son magasine. Par exemple là en ce moment, les deux auras brillaient d'un magnifique rose pâle.

Vivement qu'ils aient quinze ans.

Jenny sortit de ses souvenirs et revint au moment présent. Oui revenir à Poudlard était difficile mais elle devait s'y faire.

Ils entrèrent dans la salle de classe et avec une mine sombre se séparèrent. Les Serpentards à gauche et les Gryffondors à droite. Lucas alla s'asseoir à côté de deux filles dont Jenny ignorait l'identité, même au bout de trois ans de classes partagées.

Sirius Black rentra dans la classe avec quelques minutes de retard sous les acclamations des Gryffondors qui avaient adoré ce professeur un an auparavant. Quand quelqu'un lui demanda pourquoi il était revenu à Poudlard, Sirius répondit d'un ton vague qu'il rendait simplement service à Albus Dumbledore, puis, le cours commença.

Les deux heures semblèrent durer un temps infini à Lucas. Même si le père d'Emmett et Eli était intéressant et compétent, il n'empêchait qu'il ne leur apprenait rien de nouveau. Tout comme pour Harry, revenir à Poudlard semblait être une perte de temps.

Il jeta un coup d'œil à sa meilleure amie qui se trouvait à quelques mètres de lui seulement. A la voir les yeux fixés sur le professeur, prenant des notes sur son cahier, on aurait pu penser qu'elle était sérieusement en train de suivre le cours, mais le Gryffondor la connaissait assez bien pour savoir qu'elle était perdue dans ses pensées et qu'elle ne se rendait même pas compte de ce qui se passait autour d'elle. Quand aux notes prises sur son cahier, Lucas aurait parié 10 Gallions qu'il s'agissait de petits dessins et gribouillages divers et variés. Elle s'ennuyait, c'était visible.

Il la regarda longtemps, incapable de détacher ses yeux. Il lui semblait que chaque jour elle devenait de plus en plus jolie.

Enfin le cours se termina, mais alors qu'ils allaient sortir, Sirius Black déclara soudainement.

- Jenny, Lucas, vous pouvez rester quelques minutes s'il vous plait ?

Les deux amis échangèrent un regard surpris et les yeux de la Serpentarde s'assombrirent. Est-ce que Black avait compris que c'était elle qui avait mis une potion de changement de couleur dans le jus de citrouille de Weasley par le biais de Kreattur qui l'adorait et que c'était à cause de ça que les cheveux de Ginny Weasley étaient bleus aujourd'hui ?

Mais Sirius n'avait pas du tout l'air en colère, au contraire, il avait l'air doucement embarrassé.

- Qu'est ce qu'il y a professeur ? Demanda froidement Lucas une fois que tous les élèves eurent quittés la classe.

- J'aurais voulu vous parler à propos d'Harry, commença Sirius, mais Lucas l'interrompit.

- Je crois qu'à ce sujet on n'a rien à vous dire. On sait très bien que vous ne le croyez pas, alors il est inutile qu'on se dispute avec un professeur sur ce sujet.

Et si vous voulez vraiment parler de lui, pourquoi vous ne vous adressez pas directement à lui, ou à Elisabeth ?

Jenny regarda Lucas avec une admiration non dissimulée. Il y a quelques mois à peine jamais il n'aurait osé parler à un professeur sur ce ton, mais ces derniers temps il prenait de plus en plus d'assurance, il assumait pleinement les meilleures facettes de son côté Gryffondor, et c'en était que plus attirant.

Sirius eut l'air désarmé face à cette hostilité visible.

- Je voulais simplement vous…

- On sait ce que vous voulez professeur, le coupa de nouveau Jenny avec plus de gentillesse. On sait que vous voulez nous mettre en garde face à Harry, mais c'est vous qui ne comprenez pas. Voldemort est de retour, que vous le vouliez ou non.

- Si c'est le cas, pourquoi reste-t-il caché ? Contra le Maraudeur.

- Parce qu'il sait que le monde sorcier ne croit pas Harry, répondit Jenny. Parce que pour lui c'est plus facile de recruter des alliés et nouveaux Mangemorts si le Ministère ne fait rien pour l'arrêter. Parce que tant qu'il est dans l'ombre il peut rassembler ses forces, et quand enfin il se révélera au grand jour, hormis Harry personne ne sera prêt pour se battre contre lui, et ce sera d'autant plus facile pour papa Voldy que de renverser le Ministère et prendre le contrôle du monde sorcier.

Aujourd'hui il est enchanté de la situation. Plus Harry sera isolé, plus il a de chances de gagner.

Les yeux de Sirius étaient indéchiffrables et Jenny sentit l'exaspération l'envahir. Elle aurait voulu lui crier de se réveiller et d'arrêter de jouer les idiots, leurs vies étaient en danger. Lui aussi serait une des victimes : ancien membre de l'Ordre du Phénix, père d'Elisabeth et ancien parrain d'Harry, cousin de l'autre tarée de Lestrange…il n'avait rien pour plaire aux yeux de face-de-serpent.

- Papa Voldy ? Finit-il par dire, un sourire naissant sur ses lèvres.

- C'est Elisabeth qui a trouvé ce surnom, répondit doucement Jenny.

Vous lui manquez vous savez ? Ajouta-t-elle quand elle vit une lueur de douleur apparaître sur le beau visage du professeur. Même si elle refuse de l'avouer, vous lui manquez, et elle aimerait que vous soyez de son côté.

Sirius acquiesça d'un lent hochement de tête. L'entrevue avec ces deux élèves ne s'était pas déroulée comme il l'imaginait. Il espérait avoir des renseignements, ou les convaincre, mais au lieu de ça il en ressortait avec encore plus de questions et de doutes.

Etait-il possible que ?