Et me voici! Comme je vous l'ai dit hier, voici une série d'annexes à l'histoire principale. Elles sont dispensables, mais, elles permettent parfois d'ajouter des petits bonus sympathiques, j'espère que ça vous plaira!
Ce premier OS a été écrit par Yuna Hyakuya, qui aime beaucoup mon histoire et a décidé d'écrire sur le parking dont il sera question dans le récit. Si c'est pas déjà fait, je vous encourage plus que vivement à la suivre et à lire ses histoires qui sont vraiment biens! Profitez bien!
PS: ce que tu croyais être un crackship est désormais canon, Yuna :-D
SANCTUAIRE D'ATHÉNA, 14 FÉVRIER 2015
Némée sortit en trombe du onzième temple, assez remonté contre son propriétaire. Le Lion n'avait pourtant rien dit de mal mais la discussion s'était vite transformée en dispute, le tact légendaire du cinquième gardien n'ayant pas franchement aidé. Le fils d'Aiolia jura en anglais comme Katie le lui avait appris avant de donner un coup de pied dans un caillou, l'envoyant plusieurs marches plus bas. C'est qu'il pouvait être susceptible l'autre crétin de français quand il voulait, le grec était simplement venu l'aider mais comme d'habitude son ami s'était braqué et tout avait dégénéré. Le comportement du Verseau avait vraiment le don de mettre le Lion en rogne, si bien qu'il n'entendit pas le Gémeaux l'interpeller, occupé à ruminer en marmonnant n'importe quoi.
-Eh Némée, tu m'écoutes ?
-Hein ?
Le Lion leva les yeux vers son ami, gardien du troisième temple avant d'esquisser un petit sourire gêné en se grattant la nuque.
-Excuses moi, j'étais dans la lune. Tu disais ?
Callux soupira en se pinçant l'arête du nez, son meilleur ami était définitivement irrécupérable.
-Je te saluais juste gros nigaud. Par contre toi ça n'a pas l'air d'aller, un problème ?
Némée s'assit sur les escaliers sacrés en poussant un long soupir, invitant le Gémeaux à faire de même.
-On peut dire ça comme ça…
A quoi bon lui cacher sa dispute avec Sadalsuud ? Callux finirait bien par l'apprendre d'une manière ou d'une autre et Némée n'aimait pas vraiment faire de cachotteries à ses amis.
-C'est Sad' ?
Le fils d'Aiolia se retourna vers le Gémeaux, un peu surpris de voir que son ami était si perspicace.
-Ouais… Mais comment t'as deviné ?
Callux ébouriffa les cheveux du Lion en esquissant un petit sourire amusé.
-Tu sors de son temple et tu tires la tronche. Je suppose que ce n'est pas à cause de Daphné ou de ta mère donc c'est forcément Sad'. Et puis, tu sais bien quel jour on est, donc ça ne m'étonnerait pas que tu te sois embrouillé avec lui.
Némée détourna le regard vers ses pieds, laissant planer un petit silence avant de daigner répondre à Callux.
-Je suis allé le voir tout à l'heure, j'espérais lui changer les idées, le faire rire, je voulais juste qu'il soit heureux… Mais ça a dégénéré, j'ai dit des choses blessantes, lui aussi, le ton est monté et je suis parti avant qu'on en vienne aux mains. Je regrette qu'on en soit arrivés là, Callux, mais ça ne peut plus durer et tu le sais aussi bien que moi. Il ne peut pas rester éternellement comme ça, tous les ans c'est la même chose et il aura beau prétendre qu'il est heureux, je sais bien que c'est faux, il ne l'est jamais complètement. Je ressens toujours une profonde mélancolie dans son Cosmos et ça me rend dingue, j'ai l'impression d'être complètement impuissant et de l'enfoncer encore plus à chaque fois que j'essaie de l'aider. Je sais bien qu'elle était l'amour de sa vie, et si je devais perdre Katie… Non, je n'ose même pas imaginer à quel point je serai brisé. Sauf que ça va faire quatorze ans Callux, et après tout ce temps il refuse toujours de tourner la page… Je suis perdu, je ne sais plus quoi faire pour l'aider…
Callux posa une main sur l'épaule de son meilleur ami, ayant sentit toute la détresse dans sa voix. Il comprenait parfaitement sa réaction, lui mieux que personne, mais à ce stade, ils n'étaient malheureusement pas en mesure de faire grand-chose pour Sadalsuud…
-Je comprends ce que tu ressens, il en va de même pour moi tu sais, mais nous ne pouvons rien faire de plus… C'est à lui de faire son deuil et de tourner la page, nous pourrons au mieux l'épauler et le soutenir dans cette épreuve, mais pas la franchir à sa place.
-Je sais bien Callux, mais il refuse de tourner la page justement, et il se renferme dans sa coquille dès qu'on aborde le sujet d'Helena.
Callux soupira et se releva en prenant la main de son meilleur ami, se forçant à sourire même si au fond, l'état de Sadalsuud l'affectait encore plus qu'il ne touchait Némée.
-Bon écoute chaton tu vas aller rejoindre ta femme pour passer dignement la Saint Valentin avec elle, moi je me charge d'aller voir Sad'.
-Mais…
Le Gémeaux le fit taire d'un geste de la main. –Il n'y a pas de « mais » qui tienne, ta belle t'attends alors tu vas la retrouver ou je t'y envoie de force avec une Another Dimension.
Némée se releva donc en souriant à son tour, les paroles de Callux lui ayant remonté le moral.
-C'est bon t'as gagné, je vais y aller. Bonne chance avec Sad' et… merci Callux.
Le concerné lui répondit d'une tape amicale dans le dos avant de faire volte-face pour se rendre au onzième temple, de toute façon c'est là qu'il comptait aller avant de croiser le Lion.
-Pas de problème chaton, ça m'a fait plaisir. Tu passeras aussi le bonjour à Katie et à tes fils.
Le Lion acquiesça en souriant avant de se rendre au huitième temple pour passer la Saint Valentin comme il se doit avec son amour. Pendant ce temps, Callux gravissait les marches qui le séparait de la demeure de Sadalsuud, la mine sombre, perdu dans ses pensées et bien loin de l'air joyeux qu'il affichait avec Némée. La peine du Verseau l'affectait beaucoup plus qu'il ne le laissait entendre, et il souffrait au moins autant que ce dernier. Voilà plusieurs années maintenant que cela durait, sans qu'il n'ait mis personne au courant, pas même Némée. Il avait d'abord cru à des sentiments passagers, une amourette de jeunesse ou une bête admiration pour son aîné. Mais il avait vite compris que ses sentiments étaient trop puissants pour qu'ils puissent un jour disparaître. Il s'était alors dit qu'avec le temps l'amour impossible qu'il vouait au français s'estomperait, serait moins fort, mais ce fut tout le contraire et il ne cessa de croître depuis leur victoire à Asgard. Il ne se passait plus un seul jour sans que Callux ne pense à Sadalsuud, pas un seul jour ou le Gémeaux ne se mourrait pas lentement d'amour, affichant un sourire de façade qui trompait tout le monde. Il réconfortait les autres, passait pour le boute-en-train de service afin de donner le change, se cachant derrière son humour pour que personne ne remarque sa tristesse, et que jamais on ne découvre les sentiments qu'il portait au Verseau. Et puis, au fil du temps, il avait renoncé, il avait décidé que le bonheur de Sadalsuud passerait toujours avant le sien et qu'il s'efforcerait de l'aider à faire son deuil sans rien attendre de lui en retour. Il savait pertinemment que le français ne l'aimerait jamais, et il avait depuis longtemps abandonné tout espoir d'une quelconque relation avec lui.
Perdu dans ses réflexions, le Gémeaux ne remarqua pas qu'il venait d'arriver devant la demeure du Verseau et trébucha sur la dernière marche. Il manqua de s'étaler sur le sol, rattrapé de justesse par la main de Sadalsuud qui avait agrippé son bras, le tirant vers l'avant. Confus, il mit quelques secondes à reprendre pied avec la réalité, bredouillant un petit merci à l'adresse du français dont le visage était encore plus froid et impassible qu'à l'accoutumée.
-Décidément vous vous êtes donné le mot avec Némée. Tu viens aussi pour me faire la morale ?
Callux déglutit, ça n'allait vraiment pas être une partie de plaisir…
-Némée s'inquiète pour toi, il est désolé pour ce qu'il t'as dit… Et, je suis venu voir comment tu allais.
Sadalsuud tourna le dos à Callux, sur le point de rentrer dans son temple. –Je vais parfaitement bien, maintenant laissez-moi seul.
Mais le Gémeaux ne l'entendit pas de cette oreille et attrapa à son tour le bras du Verseau pour l'empêcher de fuir la discussion.
-Ne me mens pas, tu peux faire croire à qui tu veux que ça va mais moi ça ne prend pas, je sais reconnaître de la souffrance et de la tristesse quand j'en vois. S'il te plaît Sad', arrête de fuir… Laisse-moi t'aider.
Le français se retira brusquement de l'emprise de son ami, le fusillant du regard. –T'es gentil Callux mais je n'ai pas besoin de toi, si tu veux m'aider laisse-moi tranquille.
Il était beaucoup trop dur il le savait, le grec tentait juste de l'aider et il le repoussait sans aucun état d'âme. Mais il était d'une humeur détestable, surtout depuis sa dispute avec Némée, et il avait besoin qu'on le laisse seul, qu'on arrête de lui prendre la tête. Callux lui accusa le coup, mais il ne se démonta pas, il avait promis qu'il aiderait Sadalsuud et il le ferait, avec ou sans son consentement.
-Non. Maintenant tu vas m'écouter et arrêter de jouer à cache-cache, ça va bien deux minutes mais là j'en ai marre. Tout le monde se fait du souci pour toi Sad', et c'est pas la peine de mentir en prétendant que tu vas bien, personne n'est dupe. Je comprends ce que tu ressens, crois-moi je sais que ce ça fait de ne pas pouvoir être avec la personne qu'on aime, d'avoir perdu quelqu'un qui comptait énormément pour nous. Mais Helena est morte depuis quatorze ans maintenant, il faut que tu l'acceptes et que tu fasses enfin ton deuil. Je sais très bien que c'est difficile, j'ai perdu ma sœur jumelle et j'ai cru que je ne m'en remettrai jamais, mais tourner la page ça ne veut pas dire oublier. Je ne te demande pas de tirer un trait sur ton passé et celle que tu as aimé, c'est impossible, mais je voudrai que tu ailles de l'avant, que tu t'autorises enfin à être heureux parce que tu le mérites Sad'. Je suis sûr qu'elle t'aurait dit la même chose, tu ne peux pas continuer à vivre comme ça en attendant seulement de mourir pour la rejoindre, elle voudrait que tu sois heureux, que tu vives ta vie à fond sans avoir de regret pour le moment où tu devras la retrouver.
Callux plongea son regard bleu comme la mer qui bordait le sanctuaire dans ceux d'un gris comparable à l'acier du Verseau. Ils restèrent plusieurs minutes ainsi, sans se lâcher une seule fois des yeux, sans doute pour voir qui craquerait le premier. Mais malgré l'expression dure et ferme de son aîné, Callux n'abdiqua pas, soutenant le regard glacial de son ami jusqu'à ce que ce dernier ne décide de rompre la tension qui venait de s'installer entre eux.
-Tu ne connais pas Helena et je ne t'autorise pas à parler en son nom. Si tu as tourné la page concernant ta sœur tant mieux pour toi mais moi je n'ai pas envie de le faire. Je l'ai aimé plus que n'importe qui sur cette Terre et je lui ai promis de la rejoindre bientôt en enfer pour qu'on puisse être réuni à nouveau, je ne trahirai pas ce serment. Maintenant retourne chez toi Callux, ça vaut mieux.
Sadalsuud avait tenté de prendre le ton le plus ferme et intransigeant possible, cependant on pouvait sentir une pointe de tristesse dans ses paroles, et quelques trémolos dans sa voix qui se voulait pourtant assurée. Encore une fois il fuyait, il prenait la solution de facilité plutôt que d'affronter la vérité en face et d'accepter de voir ce sur quoi il fermait les yeux depuis trop longtemps déjà.
-Pourquoi est-ce que tu fuis ? Pourquoi refuses-tu d'admettre que tu fais erreur ? Tu sais aussi bien que moi que ce n'est pas ce qu'elle voulait, vous vous êtes promis de vous retrouver, mais en attendant tu dois vivre ta vie et être heureux alors pourquoi rejettes-tu le bonheur ? Pourquoi restes-tu renfermé sur toi même à t'infliger mille tourments ? Tu n'étais pas responsable de sa mort, alors cesses de te laisser ronger par la culpabilité et avances.
Le Verseau serra les dents et recula d'un pas. –Tu ne peux pas comprendre Callux, maintenant je te le demande pour la dernière fois, laisse-moi tranquille.
Ce n'était pas la culpabilité pour la mort d'Helena qui le rongeait, mais un autre problème qu'il avait depuis plusieurs mois déjà et qui le consumait à petit feu. Une réalité pourtant présente depuis des années mais qu'il ne voyait que maintenant, refusant toujours de l'accepter. Oui il était aveugle, il tournait le dos au bonheur et à une vérité qu'il connaissait pourtant. Il se mentait à lui-même et toutes ses certitudes volaient en éclat. Il ne savait plus où il en était, ce qu'il devait faire à présent, et plus que tout, Sadalsuud avait peur. Peur de ce qu'il ressentait, peur de ce qu'il commençait tout juste à comprendre et des conséquences que ça pourrait avoir.
-Je ne peux pas faire ça. Je ne te laisserai jamais Sad'.
Le Gémeaux se rapprocha encore, prenant un ton peut-être trop solennel tandis que Sadalsuud reculait toujours. Suis-moi je te fuis, fuis moi je te suis.
-… Pourquoi ?
Le Verseau le regarda complètement perdu, se laissant aller à ses émotions comme il le faisait rarement.
-Parce que je t'aime.
Callux avait répondu sans détour, prononçant enfin ces mots qu'il taisait depuis des années, ces simples mots qu'il avait sur le cœur depuis trop longtemps et qu'il pensait ne jamais dire un jour. Il s'attendait à recevoir une gifle, ou au moins des éclats de voix de la part du Verseau, mais rien, ce dernier resta muet comme une tombe, complètement livide. Il ne répondit pas, immobile pendant un temps qui parut être une éternité au Gémeaux avant de faire volte-face pour s'enfermer dans son temple, plantant son ami devant les portes de sa demeure sans même lui avoir adressé un dernier regard. Callux mit un certain temps à réagir, fixant les grandes portes du onzième temple, immobile. Ce n'est que lorsqu'il sentit des larmes couler par dizaines sur ses joues qu'il se décida à rentrer rageusement chez lui, se téléportant directement dans son temple pour éviter de croiser qui que ce soit. Il se sentait plus triste que jamais, mais aussi terriblement en colère, contre lui ou Sadalsuud il n'en savait trop rien. Il donna un coup de pied dans un meuble, se défoulant sur ce qu'il avait sous la main à s'en casser les phalanges avant de se laisser tomber contre un mur, toujours en larmes. Il aurait préféré que le Verseau le rejette, tant qu'il réagissait, car rien au monde n'était pire que l'ignorance. Comment devait-il prendre son retrait ? Comment pourrait-il retourner lui parler après ça ? Il venait de gâcher toute leur amitié parce qu'il n'avait pas su se taire, parce qu'il n'avait pas tenu la promesse qu'il s'était fait de ne jamais lui avouer ses sentiments. Il savait qu'il souffrirait plus en lui confiant la vérité qu'en restant muet, alors pourquoi diable lui avait-il dit ? Pourquoi n'avait-il pas eu la force de continuer à ignorer ses sentiments comme il le faisait depuis toujours ? Il n'y comprenait plus rien, se contentant de se recroqueviller en boule dans un coin de son temple pour pleurer en silence, cachant du mieux qu'il le pouvait son cosmos complètement désespéré.
Sadalsuud de son côté s'était également enfermé dans son temple, complètement abasourdi par ce que Callux lui avait confié. Il tremblait, paniqué comme il ne l'avait jamais été tandis qu'il pleurait sans même s'en rendre compte. Callux l'aimait. Et il l'avait jeté comme un malpropre. Il avait dû lui faire tellement de mal pendant toutes ses années, et pour quoi au final ? Qu'est-ce que ça lui avait apporté ? Rien, à part encore plus de problèmes. Tout ça parce qu'il n'était pas fichu de regarder la vérité en face, tout ça parce qu'il vivait encore dans le passé, convaincu qu'il n'aimait qu'Helena, et qu'il n'avait aimé qu'elle. Alors qu'au fond il savait que c'était faux, il savait bien que quelqu'un d'autre avait pris une place importante dans son cœur au fil des années sans qu'il ne puisse rien y faire, une personne à qui il venait de faire tellement de mal pour rien. Callux ne méritait pas de souffrir comme ça, pourquoi fallait-il qu'il tombe amoureux de lui ? Pourquoi fallait-il qu'il vienne mettre en doute toutes ses certitudes en lui faisant perdre tous ses moyens ? Les choses auraient été tellement plus simples si le Gémeaux n'avait pas été amoureux de lui, Sadalsuud aurait continué de se complaire dans son mensonge et il n'aurait jamais eu à affronter la vérité. Or maintenant il ne pouvait plus fuir, il ne pouvait pas faire ça à Callux, mais encore faudrait-il qu'il accepte ses sentiments pour lui et qu'il fasse enfin son deuil de sa belle Helena. Et à l'heure actuelle, le Verseau ne s'en sentait absolument pas capable, il lui faudrait encore du temps, mais avait-il seulement le droit de faire attendre le grec après toutes ces années ? Non certainement pas, pas plus qu'il n'avait le droit de se comporter aussi minablement avec lui juste parce qu'il ne voulait pas accepter ses sentiments, parce qu'il ne voulait pas s'attacher à nouveau et risquer de perdre encore une fois l'être aimé. Il avait tout gâché, par égoïsme personnel, pour se préserver lui-même il avait détruit Callux, et avait fini par se détruire aussi. Tout ça n'avait servi à rien, il leur avait fait du mal à tous les deux, et il s'en voulait terriblement. Il donnerait tout pour se racheter, mais comment pourrait-il seulement se faire pardonner ? Le Gémeaux devait lui en vouloir à mort et il n'accepterait sans doute jamais de revenir lui parler. Dans le fond c'était bien mérité et c'était sans doute une bonne chose, Callux trouverait beaucoup mieux que lui et il pourrait être heureux, Sadalsuud lui aurait encore le restant de ses jours pour avoir des remords, en se maudissant à chaque seconde pour avoir été aussi stupide.
Le Verseau sursauta brusquement en sentant quelqu'un s'asseoir à côté de lui sur le canapé, lui tendant un mouchoir. Il détourna le regard gêné, s'essuyant ses yeux embués de larmes d'un revers de la manche.
-Qu'est-ce que tu fais là… Tu devrais être avec Némée.
La jeune femme à ses côtés lui sourit tristement avant de prendre sa main dans la sienne pour rassurer un ami de longue date, presque un grand frère.
-Némée est parti voir Callux, nous ne pouvions pas laisser nos deux meilleurs amis déprimer sans intervenir… Si tu as besoin de parler sache seulement que je suis là, j'ignore ce qu'il se passe entre Callux et toi et je n'ai pas l'intention de te blâmer pour quoi que ce soit. Si tu ne veux pas me parler je comprendrai, mais… Je n'aime pas te voir comme ça, je m'inquiète beaucoup tu sais, et j'aimerai vraiment pouvoir faire quelque chose pour toi…
Sadalsuud lui lança un regard des plus reconnaissant, tentant même d'esquisser un micro sourire avant de se mettre à parler. Il avait besoin de se confier à quelqu'un, d'expliquer tout ce qu'il avait sur le cœur, et Katie était sans doute la mieux placée pour l'aider actuellement.
-…. Callux m'a dit qu'il m'aimait, et je n'ai pas répondu. Je lui ai tourné le dos et je l'ai complètement laissé tomber alors qu'il était venu pour m'aider, j'ai été le pire des amis avec lui, je m'en veux tellement Katie si tu savais…
Il serra un peu la main de la Déicide dans la sienne, se décidant à poursuivre son récit.
-J'ai… Je crois que je l'aime aussi mais je n'en suis pas sûr, tout est brouillé dans ma tête et… j'ai peur. J'ai peur de trahir Helena en acceptant mes sentiments pour lui, j'ai refusé de les voir parce que j'étais persuadé qu'Helena resterait mon seul et unique amour, je ne voulais pas refaire ma vie. Némée et Callux ont raison, la culpabilité m'a poussé à refuser de tourner la page, à m'empêcher bêtement d'être heureux alors que c'est sans doute la seule chose qu'elle aurait voulu. Et au final je n'ai réussi qu'à faire du mal à Callux et à moi-même en prime. Je suis vraiment le dernier des abrutis…
Katie esquissa un petit sourire se voulant rassurant et força le Verseau à la regarder dans les yeux.
-Je comprends parfaitement ce que tu ressens, quand j'ai cru perdre Némée je me suis dit que je ne referai jamais ma vie et que je finirai seule avec Aiolia. Mais j'aurai sans doute fait une erreur, parce qu'il n'aurait pas voulu me voir malheureuse toute ma vie. J'ai eu de la chance parce qu'on m'a rendu Némée, mais même si tu n'as pas retrouvé Helena tu as Callux, et ce n'est pas en le fuyant que tu arrangeras les choses. Je sais que c'est dur, mais le fait est que tu l'aimes, et qu'en plus c'est réciproque. Le destin t'a offert une seconde chance d'être heureux et de connaître l'amour, ne la laisse pas passer sous prétexte que tu trahirais Helena en faisant cela. Elle restera la femme de ta vie, ton premier amour, et c'est la meilleure manière de lui rendre hommage, de lui montrer que tu ne l'as pas oublié mais que tu as réussi à être heureux, que tu n'as pas passé ta vie à la pleurer. Elle ne voudrait pas cela, elle voudrait te voir rire à nouveau et tu le sais aussi bien que moi. Sois heureux pour elle, tu lui as promis.
Sadalsuud resta un instant sans voix, profondément touché par les paroles de Katie. Il essuya une dernière larme qui menaçait de rouler sur ses joues, esquissant un sourire des plus sincère à l'anglaise.
-Merci Katie, merci pour tout. Tu as entièrement raison, j'ai été aveugle, il faut que j'aille voir Callux, même s'il ne me pardonne jamais je dois m'excuser et tenter au mieux de réparer mes erreurs. Il a déjà trop souffert par ma faute.
La Scorpion acquiesça d'un hochement de tête, gratifiant Sadalsuud d'un de ses plus beaux sourires tandis qu'elle se relevait, rapidement imitée par le Verseau.
-Je vais retrouver Némée… Et ne t'inquiète pas, je suis sûre que tout s'arrangera, j'espère de tout cœur que vous serez heureux tous les deux.
Sadalsuud ne répondit pas mais Katie savait parfaitement ce qu'il pensait, avec le temps elle avait appris à lire entre les lignes, et les silences du Verseau étaient souvent plus parlants que ses mots.
De son côté, Callux se retrouvait à nouveau seul dans le troisième temps, Némée venant à peine de le quitter suite à un message télépathique de Katie. Le Lion l'avait aidé à remettre son temple un peu en ordre, pansant également les blessures que le Gémeaux s'était fait aux mains. Ce dernier était cependant toujours recroquevillé sur le sol de son temple, ayant refusé de bouger malgré toutes les tentatives de son meilleur ami. Il s'était rarement senti aussi mal de toute sa vie, et il n'arrivait même pas à identifier ce qui le faisait le plus souffrir dans cette histoire.
Il poussa un nouveau juron en grec, frappant son poing à peine soigné sur le sol. Il était tellement désespéré qu'il était prêt à faire n'importe quelle connerie, sans Némée pour l'en empêcher, sans personne pour lui dire quoi faire, sans devoir se retenir d'exprimer ses sentiments qu'il avait toujours caché. Oh oui, il avait besoin de se défouler, de se laisser aller à la rage et à la peine, de se faire souffrir physiquement au point que la douleur qu'il ressentait dans son cœur lui paraîtrait dérisoire à côté. Mais il n'eut pas le temps de se faire plus de mal, de s'abandonner à ses pulsions et ses humeurs, car une main le stoppa dans sa folie, l'empêchant de s'exploser le poing par terre. Il crut d'abord que c'était Némée qui était revenu, mais fut surpris de voir qu'il s'agissait en réalité de Sadalsuud, les yeux rougis de larmes, affichant un sourire désolé, et désespéré. Le Verseau ne laissa même pas le temps au Gémeaux de parler, le serrant fort contre lui, rare preuve d'affection dont il était capable.
-Oh Callux pardonne moi, si tu savais comme je m'en veux. J'ai été stupide, je t'ai fait du mal et je le regrette sincèrement. Je donnerai tout pour retourner en arrière, pour accepter plus tôt ces sentiments que je rejetais, car la vérité c'est que je t'aime aussi. Je t'aime sans doute comme j'ai dû aimer Helena, mais par crainte de m'attacher et de tout perdre j'ai refusé d'accepter cet amour, j'ai refusé le bonheur à cause de ma culpabilité et je t'ai fait souffrir pour rien. Je suis tellement désolé, je sais que tu ne me pardonneras jamais, qu'il ne suffit pas que je revienne avec un ''je t'aime'' pour effacer tout le chagrin que je t'ai causé. Je ne demande pas ton pardon, encore moins ton amour, je ne les mérite pas, mais s'il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour t'aider dis le moi, je donnerai n'importe quoi pour que tu sois heureux Callux.
Le Gémeaux ne répondit pas, regardant son ami avec des yeux de merlans frits. Il croyait halluciner, il ne pouvait pas croire ce qu'il était en train d'entendre, et qui pourtant était plus réel que dans n'importe lequel de ses rêves. Toute sa peine et sa colère s'était évaporées d'un seul coup, laissant juste place à un flot de larmes. Mais cette fois-ci dû à la joie.
-Idiot… Si tu veux m'aider alors aime moi, et ne fuis plus le bonheur, tourne la page et autorise-toi à être heureux.
Sadalsuud le serra un peu plus contre lui, évacuant aussi toute la pression qu'il avait accumulé et l'ascenseur émotionnel qu'il venait de traverser à travers un flot de perles salées, trop souvent tarit.
-Je ne sais pas si je peux… Je t'aime mais… j'ai peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas pouvoir te donner tout ce que tu attends de moi… Je ne sais pas si je suis prêt…
-Je ne te demande rien, sois heureux c'est tout. On ira à ton rythme, je ne te force à rien, on est en paix Sad', on a tout le temps pour nous maintenant. N'ai pas peur d'aimer à nouveau, tu ne me perdras pas.
Ils échangèrent un regard, et ils se firent une promesse muette. La promesse de vivre pour ceux qui les avaient quittés, d'être enfin heureux et de s'aimer jusqu'à ce que la mort ne les sépare. La promesse de profiter de la vie, de sourire, de rire et de reconstruire une vie ensemble, main dans la main. Une promesse qu'ils scellèrent en un baiser d'abord assez timide et hésitant, puis rempli d'une passion sans limite qui enflammait leurs cœurs depuis des années.
SANCTUAIRE D'ATHÉNA, 14 FÉVRIER 2016
Callux tentait tant bien que mal de nouer son nœud papillon, pas vraiment habitué à porter ce genre de vêtements au quotidien. Mais il avait fait un effort pour l'occasion, demandant même à Daphné de lui préparer un bouquet de mille roses rouges qu'il avait soigneusement déposé dans un vase rappelant la constellation du Verseau. Il avait également dressé toute la table, préparant un menu français se voulant gastronomique pour plaire à son compagnon. Et pour finir il avait décidé de mettre une petite musique d'ambiance que son amant appréciait tout particulièrement. Mais voilà bien une heure qu'il attendait dans le salon, tournant en rond comme un lion en cage, stressé comme jamais. Un an jour pour jour qu'ils étaient ensemble il ne pouvait pas louper l'occasion, surtout quand c'était en plus la Saint Valentin. Mais il avait peur d'avoir mal fait quelque chose, se disant que les bougies allaient peut-être prendre feu sur la nappe, que sa cuisine était ratée, que Sadalsuud n'aimait peut-être pas les roses, qu'il ne voudrait pas le voir pour commémorer la mort d'Helena comme il l'avait fait chaque année, etc.
Le Gémeaux cessa de se ronger les ongles quand enfin son bien aimé passa la porte de son temple, très bien habillé lui aussi. Sadalsuud sourit en voyant tous les efforts que Callux avait fait pour lui, ne manquant pas d'embrasser son amant avant que celui-ci ne lui tende le bouquet de roses.
-Joyeuse Saint Valentin mon amour.
-À toi aussi mon cœur.
Le Verseau lui offrit en retour deux billets d'avion pour la France, souhaitant passer leurs premières vacances en amoureux dans son pays natal, où il pourrait enfin le demander en mariage à Paris, comme il rêvait de le faire depuis des mois déjà…
Et voilà! Un peu de douceur dans ce monde de brutes ne fait jamais de mal!
Encore une fois, si ce récit vous a plu, n'hésitez pas à suivre Yuna Hyakuya qui est très douée dans ce style d'histoire.
N'hésitez pas à commenter, ça fait toujours plaisir!
