Mais que va-t-il arriver à Severus???

Mouhaha...

review?


Chapitre 54 : Betrayal

Il y avait quelque chose de particulièrement désagréable à la tension palpable qui planait entre eux trois alors qu'ils s'enfonçaient de plus en plus profondément dans les bois sombres et pourtant rassurants de Freun. Le regard gris de Draco glissa jusqu'à Potter qui marchait d'un pas vif et décidé, la mâchoire tendue et clairement en mode Griffondor. L'expression de Granger était toute aussi fermée mais il y avait une lueur de tristesse dans ses yeux qui démentait la détermination qui émanait de sa posture. Bien qu'il ait sans hésitation approuvé le plan que le Survivant avait mis au point durant la demi-heure qui leur avait fallu pour rejoindre la forêt depuis le petit village Moldu où le portoloin de la jeune fille les avait amenés, le Serpentard n'était pas aussi pressé que les deux autres d'arriver.

Dix minutes après qu'ils aient commencé à marcher, Granger avait réitéré des excuses que Potter avait balayées d'un geste. Draco avait été un peu surpris par l'autorité naturelle et nouvelle qu'avait trahie le mouvement mais n'avait pas commenté. Il s'était contenté d'acquiescer quand le brun avait annoncé qu'ils retournaient au cottage aussi rapidement que possible et forcerait qui s'y trouverait à les suivre et à secourir Severus. Le Serpentard s'était demandé ce qu'il avait prévu pour Lupin et la belette mais n'avait pas formulé ses questions à voix haute.

Il n'avait aucune illusion quant à un secours possible de Severus.

D'abord, rien ne prouvait que le Seigneur des Ténèbres ne l'ait pas déjà tué. C'était l'hypothèse la plus probable. Et quand bien même il serait toujours en vie… Où le chercher ?

Non… Il ne voyait pas de solution immédiate au problème et toute la ferveur inutile que les deux lions mettaient dans leur plan simpliste et loufoque n'y changerait rien. Pas plus que s'il rabâchait sans relâche les reproches et les mots de colère qui tourbillonnaient dans sa tête.

Severus était perdu.

Son parrain était perdu.

Cette certitude déchirait sa poitrine à chaque inspiration et c'est pourquoi il augmentait encore le rythme de sa marche, à la limite de la course, s'accrochant de toutes ses forces à l'idée que peut-être, s'ils atteignaient le cottage, il allait véritablement y avoir un miracle.

Tout en sachant tout au fond qu'il n'y en aurait pas.

La courte expiration qui lui échappa n'était pas volontaire. Ce n'était pas non plus un soupir. C'était… une manifestation raisonnable et maîtrisée du désespoir qui l'accablait. Et pour la première fois de sa vie, il aurait aimé être capable de se laisser tomber au sol, de se rouler en boule et de pleurer comme Potter l'avait fait pour Black.

Merlin, Severus était probablement déjà mort.

Ca le heurta avec une force qui le surprit, parce qu'il pensait l'avoir compris à la seconde où l'homme leur avait ordonné de se cacher… Ca le heurta avec une telle brutalité qu'il stoppa net, et tendit la main pour s'appuyer sur l'arbre le plus proche, combattant un étourdissement soudain. Il supposait que le malaise pouvait être mis sur le compte du fait qu'il n'avait rien avalé depuis un peu plus de vingt-quatre heures. Il supposait…

Mais le fait de savoir qu'il ne reverrait peut-être jamais Severus… Qu'il ne pourrait peut-être plus jamais se tourner vers lui en cas de besoin… Que l'homme ne se tiendrait plus derrière son épaule, conseillant sans jamais ordonner…

Severus…

Severus était tout ce qu'il avait.

« Draco. »

Il rouvrit les yeux, sans avoir eu conscience d'avoir fermé les paupières, et plongea dans le regard doré de Granger.

Peut-être que Severus n'était pas tout ce qu'il avait, en fin de compte…

« Il faut continuer, Draco. » lança Potter. « On doit le sauver. »

Il y avait tellement de foi dans les yeux verts… Plus que ça… Il y avait un besoin.

Il n'était pas le seul pour qui Severus jouait un rôle essentiel.

Seulement, Draco était assez réaliste, assez Serpentard peut-être, pour accepter la réalité des choses.

« Potter… » commença-t-il sans savoir comment terminer. Expliquer qu'il n'y avait pas de démission chez les Mangemorts ? Décrire avec précision les tortures que Severus subissait probablement en ce moment même ? Lui jeter au visage que leur Professeur n'avait probablement pas survécu au temps qui leur avait fallu pour arriver jusque là ?

« Non. » coupa le brun avant qu'il ait pu dire quelque chose qu'il aurait regretté. « On va y arriver. »

Le regard gris dériva jusqu'à Granger. Elle était calme. Posée même. Elle ne croyait pas plus que lui qu'ils pouvaient sauver Severus. Mais elle était prête à essayer, il le lisait dans ses yeux. Pour lui… Pour Potter… Parce que son âme était pure et que c'était ce que faisait les âmes pures. Se faire tuer en tentant d'agir noblement.

Soudainement, Draco avait très envie d'être noble.

Et ça n'avait rien de Griffondor, réalisa-t-il. C'était simplement humain.

D'un bref hochement de tête, il indiqua aux deux autres qu'il était prêt à continuer. Potter s'élança le premier. Il ne marchait plus, cette fois. Il courrait comme pour rattraper le temps perdu en bavardage. Ou pour tenter d'empêcher l'inévitable peut-être… Draco l'imita sans grande hésitation, trouvant un certain soulagement à la crispation familière dans ses mollets et ses cuisses. Même le point de côté qui lui barra rapidement la poitrine était agréable.

Tangible.

Concret.

Quelque chose sur quoi se concentrer facilement. Bientôt, il fut trop absorbé par les pulsassions régulières pour autoriser son esprit à penser. Plus rien n'existait si ce n'était les besoins de son propre corps et la respiration bruyante et laborieuse de Granger quelque part à sa gauche. Les yeux rivés sur la silhouette de Potter à un mètre devant lui, il avançait.

Quand la clairière surgit devant eux, il fut presque surpris. Cependant, il ne prit pas le temps d'admirer la façon dont le cottage se découpait sur le soleil levant, se précipitant à l'intérieur à la suite de Potter. Il suivit le Survivant jusqu'à la cuisine, manquant lui rentrer dedans quand le brun s'immobilisa sur le seuil. Granger, essoufflée, s'arrêta derrière lui, une main sur son épaule pour reprendre son équilibre. Le contact apaisa légèrement Draco mais il était trop absorbé par la scène pour s'en rendre compte.

On aurait dit que le temps avait cessé sa course.

Six paires d'yeux les dévisageaient avec incrédulité et il semblait que les trois adolescents ne pouvaient rien faire d'autre que de leur rendre la pareille. Et puis finalement, tout le monde bougea en même temps.

Avant qu'il ait pu dire ouf, Granger s'était jetée dans les bras de Weasley, Potter passait de ceux de Lupin à ceux de Mrs Weasley tandis que Tonks et McGonagall se tenaient en périphérie, hésitant visiblement entre les deux Griffondors mais incapables de cacher leur joie. La plus jeune des Weasley –Jenny ? Gina ?- s'était jetée sur le Survivant dès que sa mère l'avait relâché.

« Excalibur ? » interrogea quelqu'un.

« Ils l'ont ! Regardez à la ceinture d'Harry ! » répondit quelqu'un d'autre dans un chaos joyeusement confus.

Draco ne pouvait nier ce petit pincement insignifiant au niveau du cœur. La seule personne qui aurait pu être heureuse de le revoir était peut-être déjà morte.

« Où est Sirius ? » demanda brusquement Lupin.

Fort. Trop fort.

Toute agitation cessa immédiatement et le Serpentard observa avec intérêt la façon dont Potter recula instinctivement, comme pour se protéger. Il nota également que Granger s'était enfin dégagée de l'étreinte de la belette et ça, c'était définitivement une bonne chose. Il contempla l'idée de faire quelque chose de significatif, comme l'embrasser là et maintenant, mais décida de ne rien faire. Elle n'apprécierait pas et ce n'était pas le moment de laisser libre cours à sa jalousie.

Plus tard…

« Harry, où est Sirius ? » répéta Tonks plus doucement et Draco réalisa que le brun n'avait pas encore répondu. Il constata aussi que par un hasard étrange Potter s'était retranché vers lui et que Granger s'était elle aussi rapprochée, dans un ensemble qui rappelait un peu trop la façon dont ils avaient combattu les Mangemorts à Spinner's End. Mais ils ne craignaient rien ici, n'est ce pas ?

Il était à moitié tenté de sortir sa baguette –juste pour être sûr- quand la main de Granger glissa discrètement dans sa sienne.

Si elle remarqua les regards meurtriers de la Belette et de sa sœur, elle ne dit pas un mot. Les autres étaient trop concentrés sur Potter pour voir quoi que ce soit.

« Sirius… » tenta le Griffondor, mais la voix était faible. Bien plus faible qu'elle n'avait été dans les bois quand il avait fallu prendre les décisions. Or, c'était du Potter autoritaire dont ils avaient besoin à l'instant. Celui qui ferait bouger tout ce petit monde et les mènerait au secours de Severus.

« Black est mort. » annonça-t-il donc à sa place, affrontant les expressions effarées et acceptant le soupir reconnaissant de Potter d'un signe de tête.

« Comment ? » demanda immédiatement Lupin et le loup-garou dût s'appuyer sur la table sous le choc de la nouvelle.

Des larmes brillaient dans les yeux de la gamine… Ginny… C'était ça, Ginny. Ginny avait les larmes aux yeux mais les retenaient mieux que Tonks qui affichait sans gêne un chagrin évident. Mrs Weasley se contenait mieux que d'habitude et McGonagall semblait trop choquée pour faire autre chose de fixer Draco avec force.

« Il est… Il a… » balbutia Potter sans parvenir à s'exprimer clairement.

« Il s'est sacrifié pour le Professeur Snape. » souffla Granger en guise d'explication.

Et ça résumait tout, réalisa Draco.

Weasley et Lupin eurent un air dubitatif qui, dans un autre contexte, aurait pu être amusant.

« Mr Malfoy… » intervint McGonagall pour la première fois, et il y avait une urgence dans son regard. Une urgence que partageait activement le blond. « Où est Severus ? »

Un court silence suivit la question. Un court silence durant lequel les expressions dans la cuisine changèrent. Du moins, celles des adultes changèrent. De douloureuses, elles redevinrent sérieuses, calculatrices. Le temps du deuil n'était pas encore venu s'il y avait quelqu'un à secourir.

C'était bon pour eux, décida Draco. S'ils n'avaient pas à les convaincre, ils arriveraient peut-être à organiser une expédition de secours assez rapidement.

« Nous devons le secourir, Professeur ! » s'exclama Potter avant qu'il ait pu répondre à la question de la sous-directrice. « Il… »

« Il a été capturé. » coupa le Serpentard. « Le Seigneur des Ténèbres le voulait vivant. »

C'était important de le préciser… S'assurer qu'ils aient des faits tangibles… Il n'était pas assez idiot pour penser que ces Griffondors là étaient aussi sensibles que ses deux amis. Ceux là agissaient avec précaution… Si ça n'avait pas été le cas, l'Ordre n'aurait jamais explosé de la sorte à la dernière réunion.

« Capturé ? » répéta Lupin, avec un air ahuri. « Comment ? Que s'est-il passé ? Et comment Sirius est-il mort ? »

« Ca n'a pas d'importance ! » rétorqua immédiatement Potter, la colère refaisant surface. « Il faut l'aider ! Le sauver ! »

Un seul regard à McGonagall confirma qu'il ne s'était pas trompé et qu'elle n'avait aucune intention de risquer la vie de qui que ce soit dans une entreprise aussi hasardeuse. Draco décida qu'il n'avait besoin de personne.

« Savez-vous où il peut être ? » interrogea-t-il, interrompant sans culpabilité les exclamations inutiles de Potter. « Où est le quartier général du Seigneur des Ténèbres ? »

Il supposait que c'était une information que détenait l'Ordre… Dans le cas contraire…

« Pour qui tu te prend, la fouine ?! » attaqua Weasley avec hargne. « Nous ne sommes pas tes domestiques… Tu n'as pas à nous parler sur ce… »

« Draco a été parfaitement poli, Ron. » trancha Granger avant que le roux ait pu terminer et si, en temps normal, le Serpentard se serait réjoui de cette petite victoire, là, ça l'agaça simplement.

« Je veux savoir où est mon parrain. » cingla Draco, et il feignit de ne pas s'apercevoir que ça sonnait aussi pitoyablement que les jérémiades de Potter. « Dites-moi. »

« Pourquoi est-ce qu'on ne s'assiérait pas tous. » proposa Molly Weasley avec lassitude et Tonks se laissa immédiatement tomber sur la première chaise à portée. On devinait parfaitement la bosse de son ventre maintenant… Le terme ne devait pas être loin.

« Nous perdons du temps. » assena pertinemment Potter. « Le temps de quitter Freun… »

« Si Severus a été capturé… » coupa McGonagall. « … Je crains qu'il n'y ait aucun moyen de le sauver. »

La mâchoire de Draco se contracta durement et les caresses régulières que traçaient le pouce de Granger sur le dos de sa main ne firent rien pour apaiser sa tension.

« Vous plaisantez ? » demanda froidement Potter.

Et si Draco avait été aussi mesquin qu'avant, il se serait moqué de la surprise du brun.

Que croyait-il ? Qu'ils allaient tout risquer pour un ancien Mangemort inutile depuis qu'il ne pouvait plus espionner ? Les lions ne sauvaient pas les serpents, qu'importe que les serpents en question aient juré de protéger les fauves…

Le silence qui suivit la question du Survivant fut lourd et embarrassé. Et ils évitaient tous leurs regards. Coupables. Coupables jusqu'à la moelle.

« Je rêve… » marmonna Granger, de façon presque inaudible.

Le front de la jeune fille se posa sur son épaule mais personne ne fit de commentaires. Il en défiait un seul de faire un commentaire…

« Savez-vous est Severus ? » exigea Draco, retrouvant sans grande difficulté le ton autoritaire et froid qui avait caractérisé son enfance.

Personne ne répondit.

Potter se tourna vers lui avec une moue dégoutée, déçu peut-être. L'opinion qu'il avait de ses amis Griffondors venait de dégringoler.

« On se débrouillera sans eux. » déclara le brun avec détermination. « On se débrouillera… »

Paroles de colère, de rage… Et néanmoins franches.

Draco considéra la chose quelques secondes. Oui, ils pouvaient se débrouiller. Se débrouiller pour se faire tuer très certainement, mais ce n'était pas la question. Seulement ce serait nettement plus simple s'ils savaient où chercher. Or il était clair que leurs… alliés, et le mot était teinté de plus de mépris qu'il avait un jour cru possible, savaient ce qu'ils voulaient découvrir.

« Où est le Seigneur des Ténèbres ? » réitéra Draco, sans provoquer plus de réaction que précédemment. McGonagall et Lupin avaient visiblement une conversation silencieuse ponctuée de regards et de grimaces. Ca irrita le Serpentard plus encore que le reste.

« On perd du temps. » constata Granger d'un ton qui se voulait neutre.

« Hermione, tu ne vas pas t'embarquer là dedans… » commença Weasley et sa voix porta l'estocade au calme relatif que Draco exerçait sur ses nerfs.

« Où est Voldemort ?! » cria-t-il, pratiquement de la même façon dont Lucius hurlait sur ses elfes de maison. Le nom passa ses lèvres sans difficultés ou même hésitation. Il se figea en revanche aussitôt qu'il fut prononcé, choqué de sa propre impertinence.

Potter lui jeta un regard surpris mais satisfait tandis que Granger semblait rayonner de fierté. Ca l'agaça.

Au moins, le nom du Seigneur des Ténèbres avait secoué les membres de l'Ordre…

« Draco… » répondit doucement Lupin, et le blond détesta la compassion chaude et dégoulinante qui suintait de chaque syllabe. « Tu dois comprendre que même si… Tu-sais-qui n'a pas pour habitude de… »

« N'ayez pas le culot de parler de ce que vous ignorez ! » cingla le Serpentard avec colère. « J'ai vu ce dont il est capable. J'étais là-bas. Maintenant, dites-moi est Severus. »

« Et après quoi ? » intervint Mrs Weasley et sa voix ferme toucha Draco plus qu'il ne l'aurait cru possible. « Tu essayeras de le rejoindre ? De le sauver ? »

« Bien sûr ! » rétorqua Potter à sa place, un air de défi sur le visage.

« Le concept de loyauté vous est peut-être étranger… » renchérit Draco. « Mais… »

« Je ne te parle pas de loyauté. » contra Mrs Weasley sans le laisser finir. « Je comprends très bien ce que tu ressens, mais il n'y a rien à faire. »

Immédiatement Draco secoua la tête, lâchant la main de Granger dans un besoin de se faire entendre. Personne ne savait. Personne ne comprenait.

Il avait perdu tout ce qu'il avait.

« Je comprends, Draco. » insista Mrs Weasley. « Mon fils est mort. »

Le Serpentard secoua la tête plus fort et recula de deux pas, refusant d'accepter.

« Mon fils est mort. » répéta-t-elle fermement dans le silence pesant qui s'était installé. « Et Severus aussi. »

« Non ! » s'écria Potter. « Il n'est pas mort ! Il n'est pas… »

Mais il s'interrompit tout seul et Draco aurait aimé tendre la main, serrer son épaule, lui faire savoir qu'il n'était pas seul… Mais… il ne savait pas faire ça. Une expression de souffrance crue déforma les traits du Griffondor et Draco aurait voulu… tellement voulu… pouvoir lui dire que ce n'était pas vrai, pas fini… mais…

« Harry, trésor… » murmura la sorcière replète d'un air désolé. « Je sais que c'est dur… Perdre Sirius… »

« Severus n'est pas mort. » répliqua Potter. « Il n'est pas mort. »

Mais personne dans la cuisine ne le croyait. Personne.

Draco n'était pas sûr.

Il crevait d'envie de se raccrocher à cet espoir ténu, à cette conviction idiote…

Il savait que c'était improbable. Illusoire.

Le Survivant scruta les visages les uns après les autres et s'arrêta sur lui en dernier. Il ne dut pas aimer ce qu'il lut sur les traits du blond parce qu'il secoua la tête et disparut en courant dans le couloir. Une seconde plus tard, la porte de la chambre qu'avait occupée Severus durant leur séjour claquait.

Ses yeux gris voyagèrent sur les personnes présentes, notant les expressions embarrassées et attristées. Ils allaient sacrifier Severus. Avec regret mais sans hésitation. Ils allaient sacrifier Severus pour sauver leurs misérables existences.

Draco se détourna, incapable de supporter plus longtemps la lâcheté ambiante. Peut-être aurait-il agi pareillement en d'autres circonstances. Peut-être pas. Il ne voulait pas savoir. Seul l'instant présent comptait.

Sans savoir comment, il se retrouva sur le seuil de l'ancienne chambre de Severus. Rien ne rappelait la présence de son parrain dans cette pièce. Le Maître des Potions ne personnalisait jamais les endroits où il séjournait. Seuls ses quartiers à Poudlard étaient distinctement… snapien.

Le blond observa Potter une seconde, assis à même le sol, le dos contre le pied du lit. Il avait ramené les genoux contre sa poitrine et avait baissé la tête, dans un simulacre de boule. Pourtant il n'émanait pas de lui un réel chagrin. Plutôt une fureur intense.

« Il n'est pas mort. » déclara le Griffondor, sans lever la tête.

Draco ne répondit pas mais franchit lentement l'espace qui les séparait, avant de se laisser glisser au sol à côté de lui. L'arrière de sa tête heurta le bois dur du lit avec un bruit qui sembla assourdissant dans le silence qui était tombé sur la maison.

« Pas encore. » lâcha-t-il finalement.

Potter soupira et s'appuya sur ses coudes, la tête tournée vers lui. Il le dévisagea avec incompréhension, comme s'il s'attendait à ce que le Serpentard le conforte dans son délire selon lequel le Seigneur des Ténèbres allait obligeamment attendre qu'ils viennent récupérer Severus avant de le tuer.

« Draco… » commença le Survivant et au ton sérieux qu'il avait employé, le blond devina que ce qui allait suivre était une discussion qu'il allait regretter d'avoir eue mais qui était inévitable. Ils iraient chercher Severus, réalisa-t-il. Avec ou sans informations, renforts ou espoir.

Ils iraient.

Potter ne termina pas sa phrase. L'arrivée de Granger l'en empêcha et Draco aurait voulu en être contrarié mais quand la jeune fille prit silencieusement place près de lui, offrant un soutient muet mais essentiel, il ne put que lui en être reconnaissant. Se désintéressant momentanément de Potter, il ouvrit un bras avec incertitude. La lionne n'hésita pas une seconde avant de se blottir contre lui.

Il se demandait s'il devait s'inquiéter d'avoir l'impression de ne s'être jamais senti aussi bien que lorsqu'elle était contre lui.

Elle ne parlait pas, ne promettait pas des stupidités… Elle était juste là et ça lui suffisait.

Lentement, il posa ses lèvres sur front. Sa peau était tiède. La sienne était toujours froide.

Le bruit d'un coup de pied rageur donné dans la porte le sortit de sa transe et il leva les yeux à temps pour voir la Belette et sa sœur entrer dans la pièce.

« Bon sang, Ron… » gronda Potter.

Draco leva un sourcil, attendant la réplique qui ne manquerait pas de suivre et hésitant à sortir sa baguette. Etriper Weasley le soulagerait avec une efficacité certaine d'une grande partie de son stress. D'un autre côté, il était bien avec Granger dans les bras et attaquer le roux impliquerait de la lâcher…

« Ne dis pas un mot, Ron. » anticipa la jeune fille avec hostilité.

Ca lui valut un regard meurtrier de la part de Ginny mais elle n'y prêta aucune attention, se coulant davantage dans l'étreinte.

« Oh, je me fiche de ce que tu peux faire avec la fouine. » rétorqua Weasley avec mauvaise foi.

« Ca se voit tout de suite. » murmura Draco à l'oreille de Granger.

Bien entendu, la pièce entière l'entendit mais il ignora résolument les expressions contrariées.

« Je suis désolée pour Sirius, Harry… » intervint la rouquine avant que ça ne dégénère. « Je sais que tu tenais beaucoup à lui et… »

« Ce n'est pas Sirius dont il est question ! » explosa Potter. « Ils vont laisser Snape se faire tuer sans rien faire ! Sans rien essayer ! »

Les bras de Draco se resserrèrent autour de la taille de Granger. La détresse du Griffondor ne faisait qu'accentuer la sienne et il mourait d'envie de faire quelque chose de stupide. La gamme allait de faire un massacre à se précipiter au Manoir Malfoy pour retrouver la piste de son parrain.

Puisque son opinion était claire, le Serpentard garda le silence. Granger ne trouva pas non plus utile d'exprimer sa frustration évidente. Elle était fatiguée, réalisa Draco. Et il l'était aussi. Ils l'étaient tous les trois.

« Ce n'est que Snape. » lâcha finalement Weasley et c'était heureux que Granger ait des réflexes parce que si elle ne l'avait pas bloqué, il se serait jeté sur lui pour le rouer de coups.

Potter se contint par lui-même mais il eut visiblement du mal.

Ni la Belette, ni sa sœur ne parurent comprendre ce qui se passait.

« Ce n'est que Snape ? » répéta Potter, fulminant de rage. « Que Snape ? »

« Arrête, Harry. » ordonna gentiment Granger. « Se disputer ne sert à rien. Peut-être que si on essaye de convaincre le Professeur McGonagall… »

« Ils ne feront rien de plus. » intervint Ginny pour la première fois. « Depuis que Vous-savez-qui s'est installé à Poudlard, ils sursautent pour un rien. D'après ce que j'ai compris, le château est complètement imprenable. »

Avant même d'entendre la fin du discours de la Mini-Belette, Potter s'était tourné vers Granger qui se redressa, une lueur étrange dans les yeux.

« Voldemort est à Poudlard ? » demanda-t-elle et Draco discerna une excitation nette dans sa voix.

« Oui. » acquiesça le roux. « Je pensais qu'on l'avait déjà dit. »

La jeune fille échangea un nouveau regard avec le Survivant et ce dernier souleva son pull avec empressement, jetant la cape d'invisibilité comme si elle n'avait été qu'un vieux chiffon pour s'emparer du bout de parchemin froissé que Draco avait déjà repéré par le passé.

« Crétins. » marmonnait Potter. « Temps perdu… »

Le Serpentard se demandait s'il avait conscience d'imiter leur Professeur de Potions mais garda résolument le silence, rendu perplexe par la tension qui avait pris la pièce d'assaut.

« J'avais complètement oublié la carte ! » s'exclama Weasley et il fut ignoré par tout le monde, même sa sœur.

Avant que Draco ait pu interroger Granger sur la nature de cette fameuse carte, Potter avait tapoté le parchemin.

« Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. »

Quand les contours de Poudlard apparurent, le cœur du blond s'emballa. Il comprit immédiatement ce que c'était. Il comprit aussi que le moment était décisif. On y était. Il allait savoir s'il avait perdu ou pas le seul adulte qui s'était occupé de lui.

Ses yeux gris dansaient sur le parchemin que Potter avait étalé, cherchant un nom particulier dans la masse de ceux qui occupaient Poudlard.

Il n'était pourtant pas dur à repérer.

Potter le désigna du doigt à l'instant précis où il le vit.

Severus Snape.

Dans la Grande Salle, au centre d'un large cercle que présidait Tom Jedusor.

« Va chercher Rémus. » ordonna Potter à Weasley sans aucune douceur. Draco fut légèrement soulagé de retrouver le Griffondor autoritaire.

Heureusement, le roux ne tenta pas de parlementer et se précipita hors de la pièce.

Seulement, le temps qu'il revienne avec le loup-garou, deux autres points étaient sortis du cercle et avaient encadré celui de Severus. Draco observa avec une fascination mêlée de dégout les point libellés Bellatrix Lestrange et Lucius Malfoy escorter son parrain jusqu'aux grilles du château.

Lupin arriva pile à l'instant où les trois noms disparaissaient.

Mais c'était suffisant pour Draco.

La certitude avait remplacé l'espoir.

Severus allait être torturé, il allait souffrir mais pas mourir. Pas mourir, non… Parce qu'ils allaient le sauver.

« Ils l'ont emmené au Manoir. » déclara le Serpentard, coupant la conversation houleuse. « On peut aller le chercher… On… »

« Le Manoir Malfoy est presque aussi bien protégé que Poudlard. » interrompit Lupin, d'un air désolé. « Et ton père a très certainement fait en sorte que tu ne puisses plus y rentrer… Je regrette, Draco. Je regrette vraiment. »

« Rémus… » plaida Potter, mais il savait déjà que c'était inutile.

Le Survivant pouvait s'époumoner… Personne ne le laisserait risquer sa vie pour un ancien Mangemort. Il était trop important…

Inclinant la tête, Draco se força à analyser les choses plus calmement.

Il était temps d'agir en serpent.