Karolyn 3 : je ne me spoile pas car tu vas mieux comprendre dans ce chapitre !

Jenin : je t'ai répondu en MP :). J'espère que ce chapitre t'apportera un début d'explication par rapport à la conduite de Merlin. Il faudra attendre le suivant pour la résolution de cet arc.

Laure Marez : j'avoue que j'ai fait un petit twist là ^^. Mais bon ce n'est pas non plus un retournement de Merlin à 180 degrés ^^. Il a encore de la marge avant de devenir un obsédé.

Lily-Anna : j'ai rigolé en t'imaginant partir en fou-rire à la BU. Je suis fier de moi, ça fait longtemps que je n'avais pas fait marrer un de mes lecteurs en public. Je me suis rendu compte l'autre jour en revenant sur certains chapitres de Renaissance I que j'avais un peu laissé derrière moi ces grands moments d'humour et je me suis dit qu'il ferait bon de se rattraper un peu ;). Sinon, tu as raison, l'incident va pousser la communication. Mais pas directement comme ça, il ne faut pas oublier qu'on a quand même affaire à deux têtes de pioche. Tu ne m'as pas dit ce que tu étudiais à la fac à propos ^^.

Toundra95 : qu'est-ce que Merlin ne ferait pas pour Arthur, vraiment. Je pense que ce chapitre donnera un autre éclairage sur le précédent.

Colinou : oui, je me doute; j'ai pas mal de non slasheurs dans les rangs, quand même. C'est pour ça que je préviens au cas où vous voulez sauter les chapitres. Je pense quand même que les slashs purs et durs sont raisonnablement dosés dans cette fic (sans compter qu'ils restent plus ou moins secondaires dans l'intrigue, sauf celui qui a ramené la magie). Mais j'aime bien les utiliser pour montrer l'évolution des personnages au fil du temps.

Lyra : Tu es très perspicace, bravo. Les arbres magiques de Merlin nécessitent un élément qui est absent de l'équation au Mec Plus Ultra. Arthur est TRES fouineur sur ce coup-là. Et tu es à nouveau dans le juste pour ce qui est de la réaction de Merlin (ce qui pour moi montre bien son évolution vis à vis de tout ça ;)).

Makie : Oui, je voulais vous surprendre sur ce passage que j'avais en tête depuis un bon moment. Je vois que ça a marché !

Violette : ça me fait plaisir de te relire. Quand un reviewer régulier disparaît je me demande toujours si il continue à lire ou si il a lâché l'affaire. Moi-même, j'ai été absent et irrégulier pendant longtemps, donc en même temps, je ne vais pas blamer mes lecteurs. Mais ça me fait plaisir de savoir que tu es toujours là. Puis je comprends très bien que tout le monde n'ait pas le temps de commenter à chaque fois. Même si c'est vrai que les reviews/contre reviews sont aussi tout l'intérêt de publier sur FF. C'est ça qui met du piment et du coeur au ventre et qui donne des idées aussi. Bref. Les chapitres sur les attentats n'étaient pas du tout prévus, mais oui, ils m'ont permis de faire entrer Brahim dans l'équipe de Rêve. J'étais carrément passionné sur le chapitre "création de la dimension magique" à la fondation. En effet, j'ai laissé de côté les anniversaires pour pouvoir faire avancer l'intrigue. J'ai besoin d'amener Renaissance II à son terme assez prochainement pour pouvoir repartir ensuite sur d'autres axes d'où mon envie de faire un peu moins de détours et de parenthèses sur cette dernière partie. J'en ai fait tellement et au final je ne voudrais pas m'y perdre au risque de perdre de vue mon objectif :). Sinon, Merlin s'achemine peu à peu vers la nouvelle version de lui-même, plus unifié, plus mature et plus puissant. Et il a en effet décidé de suivre les conseils d'Uther.

Ce chapitre reprend les éléments du dernier mais n'est pas slash à proprement parler. Il est plus centré Merwen (sur une articulation Merwenthur) avec un petit clin d'oeil à l'Alliance Sacrée de Camelot et la mise en évidence du rôle central de Gwen qui est la championne en matière de gestion des conflits dans le trio. Il donne aussi l'occasion de voir le point de vue de chacun sur ce qui vient de se produire.

CHAPITRE 51

Les pupilles de Merlin se dilatèrent de surprise; surprise de découvrir Arthur face à lui, de réaliser qu'il avait sans doute assisté à tout, et cela, probablement, parce qu'il l'avait suivi, sans quoi jamais il ne se serait retrouvé là. Pourtant, il ne bougea pas; ni ne chercha à dissimuler son corps à demi nu. Même s'il l'avait voulu, il était trop tard pour se cacher. Il resta debout, à regarder son ami en silence, ses yeux bleus étincelants comme des joyaux, ses joues légèrement empourprées sous les mèches de ses cheveux défaits. Sa poitrine s'élevait et s'abaissait vivement, comme après un violent effort physique, mais l'expression de son regard possédait un aplomb que rien ne pouvait démentir.

Face à lui, Arthur résista à l'impulsion de fuir précipitamment; fuir pour cacher sa honte, sa confusion, sa perplexité, fuir pour ne plus penser à ce qu'il venait de voir ni aux réactions embrouillées que cette scène avait suscitée en lui, fuir très loin pour faire comme si rien n'était jamais arrivé car tout cela était juste trop compliqué pour qu'il puisse s'en saisir à bras le corps, que ce soit dans un sens ou dans l'autre.

Arthur ne fuit pas.

Il resta là, le souffle court, les yeux plongés dans ceux de Merlin. Ses partenaires s'étaient éloignés pour partir vers d'autres jeux, et le magicien était seul, dans les ténèbres que venaient éclairer les flash du stroboscope, presque irréel dans sa pose sculpturale, le torse nu, la ceinture à moitié défaite, le nombril emperlé par la transpiration. Aucune honte ne transparaissait sur son visage. Aucune excuse n'était lisible dans ses yeux.

Qui était ce Merlin, qui le regardait sans flancher, sans balbutier, sans rougir, avec une expression de défi au fond du regard ?

Arthur n'en savait rien. Mais il avait l'impression qu'il brillait comme l'éclat du soleil à l'intérieur de la backroom obscure, comme s'il l'éclairait de sa présence resplendissante. Et il ne parvenait à voir que la magie de ce jeune homme qu'il avait cru connaître, mais qui incarnait soudain un nouveau mystère.

Puis Merlin eut cette expression, celle qui disait : "Fais-moi confiance". Et Arthur pensa qu'il n'avait pas besoin de connaître les raisons de ce qui venait de se produire. Ni de réclamer d'explications sur le pourquoi. Ni de redouter de perdre celui qui était l'autre moitié de lui-même. Leur connexion était vivante dans ce regard échangé, et le reste n'avait pas d'importance. Ni les corps entremêlés, ni le plaisir partagé avec des inconnus. Il fit un pas en avant. Puis un autre. Puis encore un autre. Merlin avança vers lui, en miroir.

Avant de s'apercevoir de ce qu'il faisait, Arthur avait refermé ses bras autour du corps de son ami, la tête, enfouie dans le creux de son épaule tandis que Merlin s'accrochait à lui de toutes ses forces. "Je t'aime", dit Arthur, en l'étreignant à le briser. "Je t'aime". Il ne pouvait rien répéter d'autre, il n'arrivait à songer à rien d'autre. "Tout va bien", murmura Merlin, au creux de son oreille. "Tout va bien, Arthur; je t'aime aussi; je n'aime que toi". Arthur lui saisit le visage à deux mains, pour regarder au fond de ses yeux et pour y voir la vérité. "Je n'aime que toi", répéta Merlin d'une voix sûre. Et le plaquant contre le mur de la backroom, Arthur l'embrassa à pleine bouche, dans un baiser fervent et désespéré qui leur brisa le souffle à tous deux.

Arthur tremblait de confusion quand il lâcha Merlin.

Le magicien prit sa main dans la sienne, et, entrelaçant leurs doigts, il lui dit d'une voix douce :

-Viens, allons-nous en d'ici.

(ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo)

Dans le taxi qui roulait en direction du 22 Bayswater Road, Merlin voulut prendre la parole pour rompre le silence qui flottait entre lui et Arthur depuis qu'ils avaient quitté le Mec Plus Ultra la main dans la main.

-Arthur...

-Pas maintenant, répondit celui-ci avec douceur.

Il n'était pas en état d'avoir la moindre discussion. Il se sentait beaucoup trop remué, bouleversé, chamboulé pour ça. Ses réactions, à vif, pouvaient trop facilement lui échapper, et il ne voulait pas que ça arrive. Si l'histoire lui avait enseigné quelque chose ; c'était que confronté à l'inattendu, mieux valait prendre du recul pour réfléchir.

Mais Merlin insista :

-Il faut que...

-S'il te plaît, souffla Arthur à voix basse.

Merlin referma la bouche, se mordant la lèvre.

-Très bien, comme tu voudras, dit-il, en se calant dans son siège pour regarder défiler le paysage de Londres endormie.

Après de longues minutes, il refit une tentative :

-Arthur...

-Merlin, je n'ai pas envie de revenir sur ce qui vient de se passer.

-Mais...

-Tu es assez grand pour savoir ce que tu fais, affirma Arthur, d'un ton raisonnable, coupant court aux tentatives d'explications.

-En effet, affirma Merlin.

Avant d'ajouter dans un marmonnement mécontent :

-Le fait que tu en soies convaincu explique sans doute pourquoi tu m'as suivi à mon insu pour m'espionner.

Arthur le regarda, prit une inspiration, puis s'exclama :

-Je n'aurais pas du, d'accord ?

-Non, tu n'aurais pas du, confirma Merlin, les yeux étincelants. Mais tu n'as pas pu t'en empêcher. Et maintenant, tu as ta tête des mauvais jours. Je te vois, tu sais.

-Je ne veux pas en parler, répéta Arthur. Pas maintenant. C'est...

Il secoua la tête, puis, jeta un coup d'oeil à Merlin qui le dévisageait d'un regard fixe, et reprit :

-Promets-moi juste une chose...

-Quoi ? demanda Merlin, d'un ton raide.

-Que tu as été prudent avec ta santé, dit Arthur.

-Je l'ai été, promit le magicien.

-A chaque fois ? insista Arthur, en le regardant avec inquiétude.

-Oui, affirma Merlin. Bien sûr, à chaque fois. A quoi cela servirait-il de n'être prudent qu'une fois sur deux ? J'ai suivi les cours de prévention, je sais très bien qu'il suffit d'une seule fois pour se retrouver dans les embrouilles. Tu es le seul avec qui je l'ai fait sans.

Puis, face au regard d'Arthur :

-Quoi, tu ne me crois pas ? s'exclama-t-il, indigné. Tu penses que je suis un un imbécile ? Ou un inconscient ? Ne me regarde pas comme ça. Je te rappelle qu'aux réunions de la nouvelle table ronde, c'était moi qui distribuais toujours les préservatifs à tout le monde. Ce serait bien un comble que je dise aux autres de faire attention pour ne pas m'en servir quand c'est moi qui suis con...

-Très bien, s'exclama Arthur, en roulant des yeux. Si tu voulais juste arrêter de crier...

-Je ne crie pas ! cria Merlin.

-Parfait ! fit Arthur en haussant le ton pour parler aussi fort que lui.

-Splendide ! répliqua Merlin de la même manière.

Le silence retomba sur la voiture.

Merlin fronça les sourcils, et reprit d'une voix plus calme :

-Arthur, si tu me laissais juste...

-Pas maintenant, coupa Arthur, en le regardant d'un air suppliant. Sincèrement, Merlin. J'ai d'autres choses à penser. Je devrais être de retour depuis longtemps. C'était la dernière soirée avant le départ de Gwen, et j'ai quitté la maison sans même lui expliquer que je sortais. J'espère qu'elle ne m'en voudra pas trop. Je suis si tendu à l'idée qu'elle s'en aille. Je ne pensais pas que son départ m'affecterait autant, et ça fait un peu beaucoup pour moi, là, tout de suite.

Merlin soupira, et capitula :

-Très bien. Comme tu voudras, dit-il.

Il s'absorba dans la contemplation du paysage alors que le taxi les ramenait au 22 Bayswater Road. Maudissant le silence qui régnait dans la voiture et la curiosité qui avait poussé Arthur à le prendre en filature.

(ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo)

-Oh, vous avez passé la soirée ensemble ? dit Morgane, étonnée, en les voyant passer le seuil de la porte du 22 Bayswater Road l'un après l'autre.

-Nous, nous nous sommes juste rencontrés par hasard, répondit Merlin.

-Je suis fatigué, fit Arthur, en prenant les escaliers. Je monte me coucher, j'ai besoin de dormir.

-Arthur, a..., commença Merlin en essayant de lui emboîter le pas.

-A demain Merlin, bonne nuit, lança Arthur sans se retourner.

Merlin renonça à monter à sa suite, préférant faire face à Morgane.

-Eh bien; son humeur ne s'est pas arrangée depuis cet après-midi, marmonna celle-ci, en regardant Arthur disparaître à l'intérieur de la chambre. Mon neveu, par-contre, a été un vrai petit ange, ajouta-t-elle, en faisant sauter le petit prince dans ses bras. Il a passé la soirée à profiter de sa maman et de sa tata chéries... sans parler de ses papys; tu aurais du voir Papa et Gaïus entrer en compétition pour obtenir son attention tout à l'heure; je peux t'assurer que c'était vraiment quelque chose.

-Je n'en doute pas, dit Merlin, avec un sourire.

Il récupéra Galaad dans le creux de ses bras. Le petit prince lui adressa un grand sourire radieux en tendant les mains vers lui, ses yeux bleus, tout pétillants de bonheur. Avec les bébés, tout était si simple.

-Bonjour mon prince, murmura-t-il tendrement.

-Je suis jalouse, mais je dois me rendre à l'évidence : c'est toi qu'il préfère, affirma Morgane face à la réaction de Galaad qui roucoulait dans les bras de Merlin. Autrement : Gwen vient tout juste de monter terminer sa valise; Papa et Gaïus ont fini par rendre les armes pour aller au lit; je crois avoir entendu Gauvain et Mithian s'enfermer dans leur chambre pour pouvoir se dire au-revoir comme il convient; Léon, Lancelot et Elyan ont fui pour passer la soirée chez Perceval et Rosalie, et ils ont réussi à emmener Mordred; donc je crois que si tu dors au salon ce soir pour laisser les amoureux en tête à tête, personne ne devrait te déranger en pleine nuit.

-Merci, Morgane, dit Merlin en l'embrassant sur la joue. Tu es un ange; je ne sais pas ce que je ferais sans toi.

-En attendant, tu as une petite mine, pour quelqu'un qui revient d'une soirée de congé, pointa-t-elle, d'un ton concerné. Je ne comprends pas. C'est moi qui devrais être la plus fatiguée de vous tous, mais j'ai l'impression d'être en pleine forme.

-Tu en fais trop, dit Merlin avec inquiétude. Quand viendra le retour de manivelle, ça risque de faire mal. Tu devrais t'économiser...

-Sottises, rétorqua Morgane, qui la plupart du temps continuait à ignorer le fait qu'elle était enceinte. Erga ! Fil ! Venez par ici, les chipies, c'est l'heure de rentrer.

Les deux petites dragonnes de Morgane vinrent se jucher sur chacune de ses épaules. La prêtresse les caressa affectueusement, puis, ouvrit le couloir qui devait la ramener chez elle.

-Bonne nuit, Merlin, lui dit-elle affectueusement, en pénétrant à l'intérieur de la fenêtre.

Il la salua de la main, et la regarda partir. Quelques instants plus tard, Gwen descendait les escaliers. Elle avait l'air inquiète.

-Merlin ? souffla-t-elle, en arrivant dans le salon. Que se passe-t-il avec Arthur ? Il a disparu tout à l'heure sans même me dire où il allait; et quand il est remonté à l'instant, il n'a pas aligné plus de trois mots. Maintenant, il est allongé, les yeux fermés, mais je suis prête à parier qu'il ne dort pas, parce que je ne l'entends pas ronfler. Seulement, quand je l'appelle, il ne répond pas. Comme s'il boudait. Je n'y comprends rien. Que diable lui est-il arrivé ?

Merlin regarda son amie avec une grimace, puis s'exclama :

-Oh, Gwen. Nous avons un problème, et je ne sais pas quoi faire.

(oooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo)

Quelques instants plus tard, Merlin, Gwen et Galaad étaient tous les trois barricadés dans la cuisine. Gwen avait récupéré son fils, pour pouvoir profiter de lui encore un peu avant le grand départ. Elle ignorait comment elle allait faire pour tenir deux jours entiers sans lui. Mais évidemment, emmener un bébé magique à l'intérieur d'un avion aurait été une très mauvaise idée. Et Merlin pensait que Galaad ne devait pas s'éloigner de sa Source d'origine tant qu'il était si jeune, de crainte qu'il ne perde le contact avec elle; ce qui ne lui laissait pas d'autre choix que de le laisser, si elle voulait partir. Elle sortit le service d'Alfred, servit le thé, et prit place face à Merlin. Elle n'était pas sotte : elle voyait, à l'expression de son ami, que quelque chose n'allait pas.

-Ce soir, Arthur m'a suivi, lui dit-il, en la regardant, avec une expression éloquente.

-Oh mon Dieu, s'exclama-t-elle. C'était donc ça qu'il est parti faire ! Je me disais aussi que ce n'était pas son genre de s'absenter comme ça en plein milieu de notre soirée d'au revoir... Je te jure, que si j'avais ne serait-ce qu'imaginé que c'était son plan, j'aurais trouvé un moyen plus efficace de le retenir...

-Tu n'y es pour rien, dit Merlin en secouant la tête. Il m'a pris de court, tout autant que toi. Je ne m'y attendais pas du tout. Je ne sais même pas comment il s'y est pris pour me suivre. Mais maintenant...

Gwen laissa tomber sa tête entre ses mains. Galaad esquissa une grimace déconfite.

-Maintenant, nous sommes en pleine crise, résuma-t-elle. Par la Source. Fallait-il vraiment qu'il se mette en tête de te suivre ce soir, entre tous les soirs ? Je veux dire; je quitte Londres demain aux aurores, et je sais comment il va être après ça. Je ne serai pas là pour lui apporter ses pâtés en croûte, ni pour l'empêcher de se lamenter... peut-être faut-il que j'annule mon vol. Il est encore temps. Je pourrais...

-Gwen, non, affirma Merlin, en secouant la tête. Non, surtout pas. Cela fait si longtemps que tu attends de prendre cet avion. C'est à moi de gérer ça. Je le sais. C'est juste que... j'ai besoin de t'en parler. Parce que... tu es la seule à savoir, parce que tu es la seule à comprendre.

Gwen posa sa main sur la sienne, et se força à envisager la situation avec méthode.

-Est-ce qu'il t'a vu ? demanda-t-elle.

Merlin hocha la tête.

-Pendant ?

Merlin haussa un sourcil, en continuant d'acquiescer.

-Et comment a-t-il réagi ? demanda Gwen, avec inquiétude.

-Il s'est précipité vers moi pour me serrer dans ses bras en me répétant qu'il m'aimait ? murmura Merlin, avec un sourire mi-figue, mi-raisin. Ensuite, il m'a fait un sermon sur le sexe protégé dans la voiture, comme si il me prenait pour une espèce d'irresponsable, et puis il a dit qu'il ne voulait plus en parler.

-C'est pire que ce que je pensais, répondit Gwen, le visage sinistre.

-Comme tu dis, confirma le magicien. J'ai essayé de revenir sur le sujet, mais... il était fermé comme une huître. Maintenant, je suis certain qu'il va faire comme si de rien n'était... Sauf que ce n'est pas rien. Je sais qu'il est heurté, et je sais qu'il s'en veut. C'est exactement pour cette raison que je ne voulais pas qu'il sache. Il va croire que c'est sa faute. Il va croire que j'ai couché avec ces types parce qu'il ne sait pas s'y prendre, ou parce que je préfère le faire avec d'autres que lui, ou pour je ne sais quelle raison stupide, et...culpabiliser pour rien. Toute cette histoire est tellement idiote. Pourquoi a-t-il fallu qu'il me suive ? Je suis frustré. Je suis frustré et je n'en peux plus d'être frustré. Ni de rentrer dans des murs quelle que soit la solution que j'essaie. J'ai l'impression... J'ai l'impression que je vais exploser !

Merlin se mordit la lèvre.

-Désolé, dit-il, en reprenant son calme. J'avais juste besoin de le dire.

-Je comprends, dit tendrement Gwen en lui effleurant la joue.

Puis elle soupira et murmura :

-Que diable vais-je pouvoir faire de vous deux ?

-Je n'en sais rien du tout, lui répondit le magicien, avec un sourire affligé.

Gwen n'en savait rien non plus. Quand Merlin lui avait parlé de ses intentions, deux mois auparavant, elle avait craint pour lui. Elle n'était pas certaine que son plan soit la meilleure solution pour résoudre ses problèmes; elle ne pensait pas qu'il soit capable de gérer facilement le fait de se retrouver dans des situations osées avec de parfaits inconnus. Elle avait essayé de le dissuader de son projet; mais quand Merlin avait une idée en tête, il était impossible de l'en détourner; et il avait décidé de se jeter à l'eau, pour trouver une solution.

Le temps où il avait espéré que les choses s'arrangeraient d'elles-mêmes par miracle avec la naissance d'Aithusa était révolu. La venue au monde des petits dragons avait facilité les choses; mais elle ne les avait pas solutionnées d'un coup de baguette magique; et pour Merlin, le temps d'attendre bien sagement que tous ses problèmes s'évaporent dans un claquement de doigts était révolu. Il avait besoin de passer à l'action. De devenir l'acteur de ses propres progrès. De reprendre le contrôle de son corps et de sa vie.

Gwen le comprenait, en un sens. Comme il le disait si bien lui-même, il était frustré de se sentir limité dans ses rapports avec Arthur, et il voulait découvrir un moyen de dépasser les limites qui le restreignaient pour enfin connaître la dimension physique de la plénitude avec l'homme qu'il aimait. Il n'en pouvait plus de son incapacité à se laisser aller, et il avait décidé de ne pas faire porter à Arthur la responsabilité de ses tâtonnements, préférant revenir vers lui quand il serait en pleine possession de ses moyens. Ce qui, au premier abord, pouvait paraître illogique, puisque deux personnes qui s'aimaient n'apprenaient jamais aussi bien qu'ensemble. Mais d'un autre côté ? La démarche de Merlin était tout à son honneur, et Gwen en comprenait parfaitement les fondements. Arthur était si sensible quand il était confronté à l'échec sur un plan intime. Il avait tendance à penser qu'il était responsable de tous les maux. Gwen était bien placée pour savoir à quel point les précédentes tentatives qui n'avaient pas fonctionné l'avaient affecté sur le plan moral. Malgré les efforts qu'il faisait pour rationaliser la situation, il s'était senti rejeté; il s'était senti impuissant. Merlin, car telle était sa nature, avait résolu de protéger Arthur de ces sentiments.

Et comment Gwen aurait-elle pu juger son ami ? Si elle avait été à sa place, elle aussi aurait été capable d'aller très loin pour pouvoir être bien avec celui qu'elle aimait. Décider de se connaître soi-même était la meilleure des initiatives pour quiconque souhaitait évoluer par rapport à ses blocages. Même si les méthodes de Merlin étaient loin d'être orthodoxes, au moins avait-il le mérite de ne pas se résigner à la situation.

Malgré toutes les appréhensions que Gwen avait pu avoir, la première soirée de Merlin au Mec plus Ultra après ses quelques recherches solitaires préliminaires s'était étonnamment bien passée. Les jeunes gens qui fréquentaient le club étaient gentils et respectueux. Ils étaient habitués à la timidité des petits nouveaux et ne cherchaient pas à leur forcer la main. Merlin s'était retrouvé en bonne compagnie pour découvrir progressivement les différents aspects du fonctionnement de son corps, dépassant ses réserves initiales, apprenant à séparer complètement ses sentiments de l'aspect mécanique du plaisir. Le premier soir, il n'avait pas eu l'audace d'entreprendre davantage que quelques caresses maladroites. Il avait osé faire plus de choses la fois suivante; et davantage, encore, celle d'après, évoluant peu à peu dans ses pratiques alors qu'il se familiarisait avec les différentes sensations physiques liées à l'acte et prenait de l'assurance.

Sa démarche était raisonnée. Il appelait cela son "expérimentation scientifique" et le prenait comme une étude sur ses réactions physiques et magiques dans différentes situations. Il s'était fixé pour règle personnelle de ne jamais embrasser ses partenaires. En-dehors de cela, il était ouvert à toutes les explorations du moment qu'elles étaient protégées. Les choses avaient été compliquées au début, mais peu à peu, il avait commencé à se détendre et à profiter des bons moments. Il avait varié les rôles, les pratiques, les positions, en cherchant à découvrir ce dans quoi il était le plus à l'aise. Il racontait ses expériences sensorielles à Gwen lorsqu'ils se retrouvaient seuls tous les deux, en partie parce qu'il avait besoin d'un debriefing, en partie parce qu'il s'appuyait sur ses conseils pour que son aventure ne lui échappe en rien. Il voulait garder le contrôle sur ce qu'il vivait. Ne pas craindre de faire des découvertes, mais ne pas se laisser entraîner trop loin non plus. Tout cela était encore si nouveau pour lui. Sa propre corporalité lui avait complètement échappé dans sa première vie, si bien que dans celle-ci, il naviguait sans boussole sur un continent qu'il explorait pour la première fois.

Gwen avait un peu d'expérience en la matière, ayant vécu quelques aventures avant de rencontrer Arthur. Elle l'écoutait sans le juger et lui donnait son opinion sans jouer les langues de bois, soucieuse autant que lui de lui permettre d'avancer. Et il avançait. Petit à petit.

Elle savait qu'il coopérait étroitement avec Emrys dans l'entreprise. Tout le but de la manoeuvre était là : parvenir à des orgasmes maîtrisés. Le premier auquel Merlin était arrivé lui avait laissé un goût de victoire : un orgasme physique sans débordement de magie; sans répercussions sur ses disciples; sans danger pour Albion ? C'était mieux que tout qu'il avait pu espérer. Un avant-goût prometteur de ce que lui réservait l'avenir. Et le plaisir avait le pouvoir de procurer un sentiment de force, et de liberté très positif, même dissocié de tout le reste.

Mais malgré les succès qu'il avait rencontrés, le point d'achoppement qui l'empêchait de revenir vers Arthur subsistait. Et pour Gwen, il ne réussirait pas à le faire disparaître en persistant dans la voie où il s'était lancé. Car oui, Merlin avait découvert comment séparer le plaisir et les sentiments, comment scinder orgasmes physiques et orgasmes magiques, comment se laisser aller tout en continuant à maîtriser Emrys. Mais il avait découvert cela avec des hommes pour lesquels il n'éprouvait rien de plus qu'une attraction physique, et avec lesquels il lui était facile de ne pas se laisser submerger par ses émotions. Merlin croyait qu'il lui suffirait de transposer son expérience à sa relation avec Arthur. Mais là vérité, c'était que sa magie était profondément intuitive, et réagissait en fonction de ses sentiments; si coopérative Emrys soit-elle, au moment où Merlin avait cru être enfin prêt, un simple baiser échangé avec celui qu'il aimait, sur l'autel de la magie avait suffi à faire trembler la terre, réduisant ses espoirs à néant.

Il avait donc résolu de repartir au Mec Plus Ultra pour continuer ses recherches ce soir, résolu à aller encore plus loin.

Bien sûr, c'était le soir qu'Arthur avait choisi pour le suivre...

-Tout ira bien, tu verras, dit Gwen avec un sourire réconfortant à l'attention de son ami.

-Si seulement, lui répondit Merlin.

Quand il avait décidé de passer à la phase test, deux mois auparavant, il s'était demandé s'il serait capable de surmonter ses appréhensions et ses blocages pour évoluer. Puis il s'était souvenu de sa discussion avec Uther, et il avait décidé de prendre les choses en main. Ca n'avait pas été facile, pour lui, d'oser se rendre au Mec Plus Ultra pour la première fois. Il était probablement la dernière personne sur terre qui aurait parié sur sa capacité à mettre son plan à exécution. Il avait fait des recherches sur internet, hésitant pendant des heures pour déterminer quel club serait le mieux adapté à ses besoins. Il s'était traité de fou une bonne centaine de fois en marchant vers le centre de Londres. Il était resté bloqué deux heures en face de l'entrée à se dire : Laisse tomber, espèce d'idiot, ça ne marchera jamais. Mais au final, il avait pris son courage à deux mains, et il était entré. Dépassant son stress, son sentiment de ridicule, sa répugnance à l'idée de se dévoiler à des inconnus. Il l'avait fait pour Arthur. Parce qu'il ne pouvait pas prendre le risque de le décevoir encore. Parce qu'il voulait réussir à devenir une meilleure version de lui-même. Et il l'avait aussi fait pour lui-même. Parce que la pensée du jour où il reviendrait enfin vers son ami, plus fort, plus libre et plus confiant, l'avait soutenu et l'avait poussé en avant. Elle était son leitmotiv, comme celui d'Emrys, qui ne cessait de lui répéter: nous allons y arriver. Il avait découvert un nouveau monde, lors de ses sorties nocturnes, une nouvelle manière d'aborder son corps, et son plaisir. Il n'avait pas honte de ce qu'il avait entrepris, parce qu'il en avait besoin pour se connaître plus complètement.

Mais il avait peur qu'Arthur ne réagisse mal à ce qu'il avait vu. Peur qu'il ne lui en veuille. Peur qu'il ne le déteste. Peur, même, qu'il ne veuille plus jamais le toucher. Si ça arrive, j'aurai vraiment tout gagné, pensa-t-il, avec horreur.

En même temps, il se sentait plus indigné qu'il n'était désolé. Il avait ses raisons. Il ne regrettait pas ses actes. Ils l'avaient aidé à apprendre beaucoup de choses sur lui-même. Il n'avait pas envie d'avoir à s'en puis, il appartenait peut-être à Arthur, de par l'amour qui les liait. Il était peut-être son serviteur, à cause de cet amour, qui l'avait guidé toute sa vie. Et son ami le plus cher. Et son magicien dévoué. Et parfois, même, son amant, malgré la douleur qu'il ressentait à être un si mauvais amant pour l'homme qu'il aimait tellement.

Mais il n'était pas la propriété d'Arthur, et il tenait à cette nuance.

Autrefois, peut-être pensait-il différemment. Quand il était un adolescent effrayé, qui dans son besoin d'être protégé n'aspirait qu'à renoncer à toute forme d'autonomie pour dépendre entièrement de quelqu'un d'autre. Mais il avait grandi. Il était devenu adulte. Il avait gagné en indépendance. Il était le seul maître de son corps, de ses choix et de sa vie. Arthur l'avait suivi; l'avait espionné; l'avait "attrapé" dans un moment privé. Ce n'était pas correct. Ce n'était pas juste. Il n'avait jamais fait preuve de la moindre indiscrétion en ce qui concernait les moments privés d'Arthur avec Gwen. Il ne s'en mêlait pas. Il les respectait, tout simplement.

Arthur n'aurait pas du réagir différemment vis à vis de lui.

-Je suis avec toi, lui lança Emrys, d'un ton ferme.

-Merci de ton soutien, répondit-il à sa magie.

-C'est bien la moindre des choses. Nous nous sommes donnés tout ce mal pour lui, après tout, lança Emrys, offensée.

-Tout ira bien, j'en suis convaincue, affirma Gwen.

-Tu devrais aller dormir, murmura-t-il, en se mordant la lèvre. Tu auras besoin de toute ton énergie sur le tournage.

-Ne t'inquiète pas pour moi. Je dormirai dans l'avion, le rassura-t-elle. J'aurai bien assez de temps pour ça.

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Arthur passa la nuit seul, dans un grand lit vide, à se demander, ce qu'il avait bien pu faire de travers avec Merlin pour qu'il finisse par sortir en cachette au Mec Plus Ultra. Il était persuadé que quelque chose lui échappait, car ça n'avait aucune logique. Merlin était libre. Bien sûr qu'il était libre. Mais utiliser sa liberté de cette manière-là lui ressemblait si peu. Il devait y avoir une raison cachée à ses actes. Un motif mystérieux dont il n'avait pas voulu le tenir informé. Arthur avait beau chercher, il ne comprenait pas. Peut-être allait-il chercher trop loin. Peut-être fallait-il envisager quelque chose de différent. Quelque chose qui correspondrait à la logique de Merlin, et non à celle du commun des mortels...

Merlin, qui était capable de le regarder dans les yeux en lui disant "je n'aime que toi" juste après avoir pris du bon temps avec deux étrangers dans un lieu public, comme s'il s'était subitement métamorphosé en... une espèce de dieu du sexe rock'n roll complètement désinhibé (d'ailleurs, où diable avait-il eu l'idée de cette tenue qui lui allait tellement bien, lui qui n'avait jamais eu le moindre sens de la mode ?).

Bon sang. Le pire, dans tout ça, n'était même pas de ne pas avoir la moindre explication sur ce qui s'était produit. C'était l'état de confusion totale dans lequel Arthur se trouvait. Tout était mélangé dans sa tête. Une part de lui agonisait de jalousie lorsqu'il se rappelait les deux jeunes gens qui avaient amené Merlin aux portes du plaisir. Ils l'avaient touché. Ils l'avaient étreint. Ils étaient entrés en lui. Il s'était abandonné à eux, consentant, désirant...

Arthur ne pouvait s'empêcher de se comparer à ces types. Il était obligé reconnaître qu'ils étaient plutôt bien faits de leurs personnes; qu'ils avaient l'air plutôt doués; et que Merlin avait l'air de drôlement apprécier ce qu'ils lui faisaient. Alors qu'avec lui, son ami était resté tellement coincé, à chaque fois, qu'il lui avait donné l'impression d'être l'obsédé de service, le faisant culpabiliser complètement après coup d'avoir osé entreprendre quoi que ce soit. Ce détail avait tendance à le mettre en rage. Contre lui-même autant que contre Merlin. Etait-il donc un si piètre amant ? Malgré tout le mal qu'il se donnait ? N'avait-il aucune chance de rendre son ami heureux sur ce plan ? Il ressentait une telle perplexité en revoyant les gestes libérés de Merlin, son regard noyé par le plaisir. Il avait l'impression d'avoir affaire à deux personnes différentes quand il comparait son ami tendre et maladroit au dieu du rock et des nightclubs qu'il avait découvert ce soir.

Mais dans cette histoire, il découvrait aussi un aspect méconnu de lui-même. Car au final, la peur de ne pas être à la hauteur, la jalousie, la colère, ou la perplexité ne représentaient pas plus de dix pour cent des émotions qui l'envahissaient. Les quatre vingt dix pour cent restants n'étaient que désir. Arthur en était submergé. Il revoyait par flash les scènes auxquelles il avait assisté ce soir, et il avait l'impression que son corps entrait en ébullition. Son imagination galopante ne pouvait résister à se représenter les précédentes sorties de Merlin au Mec Plus Ultra, le tableau était en train de tourner tout doucement à l'orgie dans son esprit... mais au lieu de le repousser, ou de l'horrifier, ces images le tourneboulaient furieusement, lui faisant aimer instinctivement ce nouveau Merlin déterminé et sûr de lui, qui était capable de tant d'audace. Il avait envie de faire sa connaissance. Il était frustré de s'en retrouver privé. Il redoutait qu'il ne se manifeste jamais en sa présence.

Arthur finit par dormir, quelques heures durant, après s'être torturé longuement l'esprit (et le corps).

A son réveil, il tâtonna dans le lit, pour se découvrir seul, et se décida à se lever. L'aube se levait à peine. Il descendit les escaliers en silence, en se demandant où étaient passées les deux personnes qu'il aimait. Ce ne fut qu'en s'aventurant à l'intérieur du salon, qu'il comprit que Guenièvre était à l'intérieur de la cuisine, avec Merlin. Elle tenait dans ses bras un Galaad profondément endormi. Ils avaient probablement parlé toute la nuit. Pourquoi Arthur n'était-il pas surpris ? L'Alliance Sacrée du temps de Camelot était bien vivante. Ces deux-là se serraient toujours les coudes, quoi qu'il arrive.

Si indigné qu'il soit, il ne put s'empêcher de sourire alors que les souvenirs revenaient à sa mémoire. Gwen et Merlin. Refusant de s'abandonner l'un l'autre quelles que soient les accusations portées contre l'un d'entre eux. Merlin et Gwen. Prêts à se défendre toutes griffes dehors contre vents et marées quels qu'en soient les obstacles. Leur relation était d'une force émouvante, et elle était aussi le socle de son existence. Guenièvre était-elle au courant pour le Mec Plus Ultra ? Comme Merlin l'avait été pour la Nouvelle Zélande ? Certainement, réalisa-t-il soudain. Il aurait du être furieux, mais il n'y arrivait même pas. Face à ces deux-là, il aurait toujours une longueur de retard, il devait bien s'y résoudre.

Evidemment, c'était de lui qu'ils étaient en train de parler.

-Il faut absolument que tu lui expliques, voilà tout, disait Gwen.

-Je sais... Mais comment suis-je supposé lui faire comprendre, que je l'ai fait pour nous, et que je ne regrette pas d'avoir essayé, et que je ne veux surtout pas qu'il se sente coupable à cause de ça, parce que c'est moi le problème, pas lui; et comment suis-je supposé lui expliquer, que ce que j'ai fait là-bas, n'a rien à voir avec ce qu'il se passe entre nous quand nous sommes ensemble, et que ça n'a pas la moindre importance à mes yeux, parce que c'était juste... technique ? Comme... d'apprendre à rouler à vélo sur un modèle à l'épreuve des chocs plutôt que de cabosser une belle bicyclette neuve à laquelle on accorde une immense valeur ?

Pourquoi en revient-on toujours à l'image du vélo ? se demanda Arthur, avec un sourire mi-figue, mi-raisin.

-Les hommes que je voyais là-bas ne le prenaient pas personnellement quand ça ne marchait pas. Ils n'en souffraient pas. Ils ne culpabilisaient pas. Et je n'avais aucune explication à leur fournir, aucune honte à ressentir, je pouvais juste... partir, sans avoir à me justifier, analyser mes réactions, et recommencer à neuf la fois suivante pour faire en sorte de trouver... la combinaison gagnante. Celle qui pourrait enfin nous permettre de...

J'avais raison, réalisa Arthur, qui commençait à comprendre ce qui s'était passé dans la tête de son ami. A propos du facteur Merlin.

-Et je ne veux pas m'excuser pour l'avoir fait, Gwen. Il est hors de question que je m'excuse. Je ne reviendrai pas vers lui repentant comme si j'étais en tort, parce que je ne le suis pas.

Tout part, une fois de plus, de cette manie incontrôlable qu'il a de toujours vouloir me protéger...

Brusquement, Arthur y voyait beaucoup, beaucoup plus clair. Et il se sentait étrangement soulagé. Même s'il était aussi complètement abasourdi. Par tous les dieux, il fallait sans doute être idiot pour penser trouver la solution à leurs problèmes dans une backroom, mais en même temps ? Il fallait en avoir, de l'audace pour s'y rendre. Il ne savait pas s'il devait se sentir désespéré par l'ineptie de l'idée ou impressionné par la détermination de sa réalisation.

-Alors... comment suis-je supposé... Gwen ? Tu ne m'écoutes pas...

Gwen regardait au-delà de Merlin. Elle avait une expression curieuse plaquée sur le visage.

Il se retourna lentement, et il vit Arthur, appuyé dans l'encadrement de la porte de la cuisine. Il resta figé en pleine phrase.

-Il me semble que je comprends déjà un peu mieux, murmura Arthur, en haussant un sourcil.

-Tu nous espionnes ? s'indigna Merlin, les yeux étrécis. Encore ?

-Il semblerait que ce soit la seule manière valable pour moi de découvrir ce qui se passe sous mon toit, répondit Arthur en plissant les yeux à son tour.

-Ca se passait dans à l'intérieur d'une boîte de nuit, pas sous ton toit, rétorqua Merlin, du tac au tac. As-tu jamais entendu parler de la notion de vie privée ?

-C'était avant de te connaître, Merlin, répondit Arthur, avec un sourire qui-aime-bien-châtie-bien. Sans compter qu'en tant qu'amateur de lieux publics, je te trouve assez mal placé pour jouer les grands défenseurs du droit à la vie privée.

-Tu es impossible ! s'exclama Merlin, les yeux brûlants.

-C'est pour ça que tu m'aimes, lui rappela Arthur, avec arrogance.

-A l'heure qu'il est je te déteste plus que je ne t'aime, pointa Merlin.

-Eh bien c'est réciproque ! répliqua Arthur en l'affrontant du regard sans flancher. Mais quoi qu'il en soit... nous n'avons pas le temps d'en discuter maintenant. Parce que c'est l'heure de partir pour l'aéroport, et nous nous en voudrions tous les deux si Guenièvre et Mithian manquaient leur vol. Alors si nous pouvons au moins tomber d'accord sur le fait que nous devons nous dépêcher...

-Il est déjà six heures, réalisa Merlin, en regardant sa montre, puis Gwen, qui les dévisageait tous deux d'un air abasourdi en pensant probablement qu'ils se comportaient comme deux enfants impossibles. Arthur a raison, il faut partir maintenant si nous voulons arriver à temps pour l'avion...

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Ils arrivèrent à l'aéroport juste à temps pour l'enregistrement. Le trajet s'était passé en silence. Ils étaient entassés dans la voiture avec Mithian et Gauvain, qui, contrairement à leur habitude, se montrèrent étonnamment calmes sur la route, comme s'ils percevaient que l'ambiance n'était pas au beau fixe. Lorsqu'ils arrivèrent devant le poste de douane, Gwen serra Galaad dans ses bras, le recouvrant de baisers alors qu'elle lui murmurait à l'oreille : "Maman sera de retour bientôt, mon chéri". On pouvait voir, sur son visage, à quel point la séparation lui était difficile. Merlin et Arthur s'attendaient à ce qu'elle leur tende le petit prince. Ce fut avec surprise qu'ils virent Morgane les rejoindre en courant, à la dernière minute. Ils ne s'attendaient pas à la voir assister au grand départ. Elle avait l'air prête pour une journée de travail : elle portait une veste grise et une jupe de tailleur; ses cheveux étaient soigneusement coiffés et sa chemise de grossesse blanche dissimulait son ventre. Elle s'avança tout droit vers Gwen pour la serrer dans ses bras, et ce fut à elle que la jeune femme confia Galaad.

-Que fais-tu ici ? demanda Arthur, étonné, à sa soeur.

-Gwen m'a appelée, lui répondit celle-ci. Je suis désolée d'arriver si tard, ma belle. Il y avait des bouchons sur la route.

-L'essentiel, c'est que tu sois là, répondit la reine à son amie.

-Mais pourquoi..., fit Merlin.

-J'ai pensé que ce serait mieux pour tout le monde, si Morgane gardait Galaad aujourd'hui, dit Gwen, en adressant un hochement de tête entendu à l'attention de la sorcière.

-Nous aurions très bien pu nous en occuper, s'indignèrent de concert Merlin et Arthur.

-Non, dit fermement Gwen. Vous avez d'autres problèmes à résoudre, qui ne sauraient être remis à plus tard.

Elle les regarda tous les deux.

-Ce n'est pas facile pour moi de partir, je peux vous l'assurer. Une part de moi est en joie à l'idée de l'aventure que Mithian et moi allons vivre. Une part de moi est en deuil à la pensée de vous laisser, vous et Galaad. Ensemble, nous formons une famille unie. Jusqu'ici, nous avons toujours su surmonter les épreuves, quelles qu'elles puissent être. Et nous allons continuer. Parce que c'est ainsi que les familles fonctionnent. En affrontant ensemble les problèmes qui se posent. Alors promettez moi une chose. Pour que je puisse partir le coeur tranquille. Je ne peux pas me permettre de m'en aller en vous sachant comme chien et chat tous les deux. Et je ne veux pas que vous vous enfonciez dans le silence en mon absence. Parlez-vous. Parlez-vous, tous les deux, dès aujourd'hui; criez, pleurez, disputez-vous, faites de la magie s'il le faut, ça m'est égal; mais videz l'abcès, et réglez cette histoire, une bonne fois pour toutes. Quand je vous appellerai demain, je veux vous entendre me dire que tout va bien. Et n'essayez pas de me mentir. Parce que je l'entendrai au son de votre voix. On ne me la fait pas, à moi. Je vous connais tous les deux mieux que personne.

-Promis ? insista-t-elle.

-Promis, lui répondirent-ils, en évitant de se regarder l'un l'autre.

-Bien, affirma-t-elle.

Elle se pencha vers Arthur, pour l'embrasser tendrement. Puis elle prit Merlin dans ses bras, pour le serrer sur son coeur. Un dernier baiser à Galaad, dans les bras de Morgane. Et elle rejoignit Mithian, qui l'attendait à côté du poste de douane. Après avoir montré leurs passeports, les deux jeunes femmes se retournèrent une dernière fois, et esquissèrent un signe de la main à leurs amis avant de disparaître.

-Je vais vous laisser, une réunion m'attend, annonça Morgane.

-Que vas-tu faire de Galaad ? demanda Merlin.

-Le prendre avec moi ! Je suis certaine qu'il plaira aux investisseurs à qui je dois parler, répondit la sorcière en faisant sauter son neveu dans ses bras.

-Tu as besoin d'aide pour le travail ? proposa Arthur, qui ne se sentait pas encore tout à fait prêt pour affronter LA discussion.

-Ca ira, lui répondit sa soeur, en lui adressant un regard catégorique. Occupez-vous donc de faire ce que Gwen vous a demandé à tous les deux...

Elle tourna les talons sur ces mots, Galaad dans ses bras. Le petit garçon sourit à ses deux pères alors que Morgane s'éloignait.

-Alors, les amis, dit Gauvain, en passant ses bras autour d'Arthur et Merlin. Que diriez-vous de faire une petite virée, maintenant que les filles sont parties ?