Rating : T
Pairing : Shônen-aï
A/N : Et voici la suite et fin du thème 15, de l'AU donc. C'est vraiment pas l'un de mes travaux que j'apprécie le plus, surtout par rapport à son prédécesseur, mais encore une fois le lecteur est seul juge. Bonne lecture les gens !
Keeping a Secret
« Bon, n'oubliez pas de bien fermer les volets une fois la nuit tombée, n'ouvrez à personne et sous aucun prétexte, brossez-vous bien les dents avant d'aller vous coucher, n'oubliez pas de...
— Aerith, c'est bon, je crois qu'ils ont compris, l'interrompit gentiment son mari, et un léger sourire fleurit sur les lèvres de Riku. »
Depuis un an et demi qu'il vivait chez Zack et Aerith Fair, cette dernière n'avait pas vraiment changé pour ce qui était de son côté surprotecteur, tandis que Zack demeurait la même personne enjouée et profondément à l'écoute des autres.
« Maintenant si tu as fini avec tes recommandations, je te suggère de vite monter dans la voiture : à ce rythme là, l'avion va partir sans nous ! s'exclama ensuite Zack en attrapant la dernière valise trônant dans l'entrée.
— Oui oui, j'arrive tout de suite ! Et n'oubliez pas vous deux, poursuivit-elle ensuite avec empressement, vous pouvez nous contacter à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, et...
— Aerith ! l'apostropha Zack depuis la voiture. »
Un puissant coup de klaxon emporta le reste de sa phrase et Aerith se précipita dans le véhicule, leur adressant un dernier signe de la main tandis que Zack démarrait en trombe.
Une fois la voiture hors de vue, Riku ferma la porte d'entrée puis se tourna vers Sora, puis les deux adolescents se sourirent.
Enfin !
Ils allaient en effet pouvoir passer les deux semaines à venir complètement seuls, les deux adultes ayant décidé de profiter du début des vacances d'été pour partir en amoureux sur les lointaines Îles du Destin, laissant leurs deux ''enfants '' – tout de même âgé de 18 et 17 ans – se gérer durant ce laps de temps.
Par-Fait.
« Tu veux jouer à la console ? lui proposa Sora, et Riku accepta volontiers. »
C'est ainsi qu'ils passèrent le reste de l'après-midi et une bonne partie de la soirée à tester leur habileté sur divers jeux vidéos et à grignoter diverses choses plus ou moins nocives pour leur santé, le tout en discutant de tout et de rien pendant plusieurs heures.
Et bien qu'il se soit habitué depuis le temps, cela ne cessait jamais d'émerveiller Riku. Surtout sachant que cette aisance dans le dialogue n'était venue au plus jeune que trois mois plus tôt environ.
En effet, après ce fameux jour d'été où Sora avait prononcé les premiers mots que les trois autres habitants de la maison aient jamais entendu sortir de sa bouche, il lui arrivait encore de passer des journées entières sans émettre le moindre son, ne sachant pas vraiment au début comment gérer la chose.
Il avait pourtant petit à petit fait des progrès, et si la tête de leurs amis la première fois qu'ils avaient entendu le son de sa voix avait été à mourir de rire, celle de leurs professeurs n'avait en revanche pas eu de prix.
« Tu veux regarder un film ? »
Cette question acheva de tirer définitivement Riku de ses pensées, et après s'être mis d'accord sur une énième rediffusion de ''Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre'', ils s'affalèrent tous les deux sans aucune grâce sur le canapé, toutes les fenêtres du salon grandes ouvertes dans l'espoir de capter un infime courant d'air.
Bon sang, qu'est-ce qu'il pouvait faire chaud !
« Tu veux regarder autre chose ? demanda Sora une fois le générique de fin débuté.
— Non merci, je pense que je vais aller me coucher plutôt : trop de sommeil en retard à rattraper. »
Parce que oui, profiter des vacances pour tous les jours se coucher aux alentours de 3 heures du matin finissait par avoir des répercutions à la longue.
« Très bien, bonne nuit alors, lui sourit Sora avant de disparaître à l'étage. »
Riku l'y suivit rapidement, et après avoir tenté de se rafraîchir une dernière fois à grands renforts d'eau glacée sur le visage, se laissa lourdement retomber sur son matelas et enlaça son oreiller tout en poussant un soupir de bien-être.
Il ne lui fallut guère de temps pour rejoindre le pays des songes, et il était bien parti pour y rester jusque tard dans la matinée lorsque le bruit d'une porte qui claque l'en tira en sursaut.
Riku lança un regard confus à son réveil indiquant à peine une heure du matin puis se leva lentement, bien décidé à savoir de quoi il en retournait.
Il ouvrit doucement la porte de sa chambre et inspecta brièvement le couloir, pour tomber avec circonspection sur la chambre grande ouverte de Sora, ainsi que sur la porte close de la salle de bain sous laquelle filtrait un mince filet de lumière.
Il s'en approcha sans attendre et actionna la poignée une fois, deux fois, sans résultat.
« Sora, tu es là ? appela-t-il en tout dernier recours. »
Le bruit de l'eau en train de couler dans le lavabo s'interrompit brusquement et Riku n'entendit ensuite plus qu'une respiration saccadée, réellement inquiet à présent.
« Tout va bien ? demanda-t-il à nouveau d'une voix qui se voulait malgré tout calme.
— Oui oui ne t'en fais pas. Juste un coup de chaud, rien de plus ! »
La voix tremblante de Sora semblait pourtant lui hurler le contraire, aussi Riku choisit-il de faire mine de s'en aller puis de discrètement s'adosser au mur, attendant patiemment que la porte s'ouvre à nouveau.
Dix interminables minutes plus tard et le regard surpris de son ami croisait le sien, mais Riku s'en détacha bien vite afin de fixer avec une horreur croissante le torse nu de l'adolescent.
Aux brûlures et aux traces d'anciennes plaies profondes se mêlaient des cicatrices dont il n'arrivait même pas à deviner la nature et osait à peine l'imaginer, complètement incapable d'en détourner les yeux et ne sortant de cette étrange transe que lorsque les bras de Sora vinrent enserrer sa poitrine dans le but de se protéger un minimum.
« Arrête... murmura-t-il ensuite faiblement, achevant de ramener définitivement l'autre à la réalité.
— Pardon, je suis désolé, je... »
Mais Sora l'avait déjà dépassé et pressait désormais le pas jusqu'à sa chambre, Riku ayant tout juste le temps d'en bloquer la porte avant que cette dernière ne claque violemment.
Lorsqu'il pénétra ensuite dans la pièce, ce fut pour trouver l'adolescent adossé au mur sur son lit, étroitement emmitouflé dans ses couvertures tandis que ses bras enserraient ses genoux comme si sa vie en dépendait. Ses yeux quant à eux étaient complètement clos, refusant de s'ouvrir même quand Riku vint d'asseoir près de lui, ne sachant pas vraiment quoi dire.
Le plus âgé leva alors la main en désespoir de cause, l'approchant doucement de l'épaule de l'autre dans l'espoir de lui tirer une réaction.
« Ne me touche pas. »
C'était sec, tranchant, sans appel, et pourtant tellement suppliant à la fois.
« Juste... Désolé, ça va passer, mais pour l'instant, ne me touche pas s'il te plaît. »
Alors Riku attendit, patiemment, ne bougeant toujours pas lorsque l'horloge de la ville sonna deux coups, puis trois, laissant à Sora le temps dont il avait manifestement si besoin pour rassembler ses pensées.
« Pardon, s'excusa enfin ce dernier alors que Riku commençait dangereusement à piquer du nez. Je suis désolé de t'avoir réveillé.
— Ça n'a aucune importance, lui assura immédiatement Riku, parfaitement sincère. Mais... Tu veux bien me dire ce qui t'a réveillé, toi ? »
Sora baissa alors la tête bien bas, l'air de peser mentalement le pour et le contre, puis finit par murmurer si bas que Riku eut presque du mal à l'entendre :
« Un cauchemar... »
D'accord, c'était un début.
« Et qu'est-ce qui s'y passait dans ce cauchemar ? l'encouragea doucement Riku.
— Des souvenirs. De mauvais souvenirs. »
Ça ne l'étonnait qu'à peine au vu de sa présence dans cette famille d'accueil ainsi que des cicatrices, et pourtant rien que d'imaginer une seule seconde Sora en train de souffrir le rendait absolument malade.
« Est-ce que tu veux en parler ? se força-t-il malgré tout à demander, et Sora sourit tristement.
— Pas vraiment, même s'il n'y a au final pas grand chose à en dire. Mes... Parents n'ont jamais été les personnes les plus aimantes qui soient, et mon père était bien plus démonstratif à ce sujet que ma mère. Elle, elle me demandait simplement de la fermer lorsqu'il me frappait, elle disait tout le temps qu'elle n'arrivait pas à suivre sa série préférée à cause de moi. Un jour elle a fini par me demander de me taire définitivement parce que ma voix l'insupportait, et c'est ce que j'ai fait. »
Sora respirait difficilement à présent, et Riku s'apprêtait à lui dire qu'il n'avait pas à poursuivre s'il n'en avait pas envie lorsqu'il le devança :
« Un soir, mon père a oublié de fermer les rideaux de ma chambre et une de nos voisines l'a vu faire. Elle a immédiatement appelé la police et quelques semaines plus tard, j'atterrissais ici alors que tous les deux étaient envoyés en prison. Mon père y est encore, mais ma mère est sortie le mois dernier et depuis il paraît qu'elle vit dans la Ville de Traverse, conclut-il d'un ton amorphe tranchant de manière drastique avec les larmes silencieuses coulant lourdement le long de ses joues. »
Riku n'était pas sûr de quelle réaction le plus jeune pourrait bien avoir, loin de là.
Ça ne l'empêcha pourtant pas de fermement prendre Sora dans ses bras puis de pousser un discret soupir de soulagement lorsqu'il n'esquissa aucun mouvement de recul, semblant au contraire chercher à se rapprocher de lui.
« Ça va mieux ? »
Lentement, Sora hoche la tête, essuyant d'un geste maladroit les derniers filets d'eau salée.
« Je suis vraiment désolé, s'excusa ensuite Riku, tant pour ce que Sora avait eu à endurer que pour l'avoir incité à évoquer ces mauvais souvenirs.
— Moi pas, alors tu n'as aucune raison de l'être. »
Riku fronça les sourcils puis se recula de quelques centimètres afin de lancer un regard interrogateur à son ami.
« Ben oui : si tout ça ne s'était pas produit, jamais je n'aurai eu la chance de rencontrer Zack et Aerith, de me faire les amis que j'ai maintenant ou même de te rencontrer toi. L'un dans l'autre on peut dire que c'est plutôt un mal pour un bien, non ? »
Sora souriait à présent, et même si c'était discret, c'était au moins bel et bien sincère.
« Ah ? Ravi de savoir que tu me comptes dans le lot alors, répondit Riku d'un ton bien plus léger qu'auparavant.
— Ben oui, évidemment, bâilla Sora à s'en décrocher la mâchoire, son corps oscillant dangereusement de droite à gauche.
— Tu devrais aller te coucher, il est vraiment très tard, reprit Riku avec sérieux en avisant l'état de son ami. Ou très tôt en fait, ça dépend de comment tu vois les choses, acheva-t-il en faisant mine de s'en aller.
— Attends ! »
Il se retourna, surpris, observant avec curiosité Sora se mordre la lèvre inférieure, en proie au doute.
« Tu veux bien rester ? trouva-t-il enfin le courage de demander. Juste pour cette nuit ! ajouta-t-il avec empressement, de peur d'essuyer un refus.
— Bien sûr. »
L'adolescent observa avec étonnement Riku revenir sur ses pas puis remonter sans hésitation sur son matelas, se faisant le plus petit possible dans ce lit déjà pas bien large à la base.
« Bon alors, tu viens ? »
Sora hocha vivement la tête puis s'allongea sans attendre à ses côtés, sa respiration se calquant bientôt sur le souffle chaud lui caressant la nuque de manière régulière. Il ne lui fallut que quelques instants d'hésitation supplémentaires pour se saisir de la main de Riku et la serrer avec force, se détendant instantanément lorsqu'il sentit cette étreinte lui être rendue.
Alors il ferma définitivement les yeux, s'abandonnant au sommeil comme si c'était désormais la chose la plus facile qui soit.
Riku essaya alors d'en faire autant, ayant tout juste le temps de penser avant de sombrer que même s'il devait à nouveau sacrifier des centaines de nuits comme celles-ci à l'avenir, peu lui importait du moment qu'au petit matin, il pouvait de nouveau contempler ce sourire qu'il avait appris à tant aimer.
