Hermione s'agitait dans son sommeil.
Ses cheveux et sa chemise de nuit étaient plaqués sur sa peau luisante de transpiration.
Dans son rêve ondulaient les serpents de pierre de l'entrée de la Chambre des Secrets. Ils sifflaient douloureusement près de ses oreilles et les émeraudes de leurs yeux brillaient d'un éclat maudit. Le grincement de la porte qui tournait sur ses gonds lui vrilla les tympans et le rêve flancha un instant.
Hermione flottait entre deux eaux. Elle ne savait plus si elle dormait, où elle était.
Elle entendit les syllabes sifflantes du Fourche-Langue et le rire aigu qu'elle maudissait plus que tout. Son cœur s'accéléra.
- Par là…, dit la voix de Bellatrix. Viens avec moi.
Mais Hermione ne voulait pas venir, elle ne voulait pas franchir la grande porte circulaire. Elle voulut crier, mais sa bouche ne s'ouvrit même pas. Elle sentit alors l'emprise glacée s'insinuer dans son corps, geler chacun de ses membres, les mettre à la merci de l'autre. Bellatrix lui fit franchir la porte.
- Il est ici…, siffla Bellatrix. Le Maître, celui des origines…
Hermione sentit des larmes de rage et d'impuissance couler sur ses joues. Elle concentrait son esprit pour se libérer de cette possession mais n'y parvenait pas. En vérité, elle ne savait même pas si elle était possédée, ou si elle faisait un cauchemar. Malheureusement, les absences de réponse caractéristiques de son corps lui indiquèrent que la première proposition était la bonne.
Elle voulait scruter les moindres détails de la Chambre dans l'espoir de trouver une issue, ou au moins une cachette, mais ni sa tête ni ses yeux ne lui obéissaient. Ceux-ci restaient fixés sur la bouche encore ouverte de l'énorme statue de Salazar Serpentard, sur le trou béant et empli de noirceur d'où était sorti le Basilic, des années auparavant.
Les jambes d'Hermione l'emmenaient irrémédiablement vers son antre. Hermione sentait que si elle y mettait les pieds, elle aurait beaucoup de mal à affronter la suite. Prise d'une peur panique, elle concentra toute la force mentale dont elle disposait pour reprendre le contrôle de son corps. Au prix d'un épuisant effort, elle parvint à hurler, mais ses pieds refusèrent de faire demi tour.
Hermione…
Une voix émergeant des brumes lointaines qui marquaient les frontières de son rêve. Hermione s'y accrocha. Ce n'était pas la voix de Bellatrix, alors ça ne pouvait être qu'un espoir.
Hermione !
Plus ferme, plus proche. Hermione, dans son engourdissement, parvenait à y déceler les accents de l'angoisse.
Parallèlement, elle sentait en elle la colère de Bellatrix, tandis que l'engourdissement de ses membres gelés se retirait peu à peu.
- Hermione ! Réveille-toi, bon sang !
L'image de la Chambre des Secrets vacilla devant les yeux de la jeune femme, comme si on la secouait violemment. L'engourdissement se retira alors complètement, et Hermione ouvrit largement les paupières. Une violente lumière l'éblouit, et elle se sentit aussitôt paralysée de nouveau. Mais ce n'était pas la même paralysie que dans son rêve. C'était une brûlure insupportable qui irradiait jusqu'au bout de ses doigts.
Elle se trouvait allongée sur quelque chose moelleux. Un lit. Son lit. Elle se rendit alors compte que Severus Rogue était assis sur elle, le front brillant de transpiration, le souffle court, des cheveux dans les yeux. Il la scrutait, la baguette pointée entre les deux yeux d'Hermione.
Celle-ci voulut crier, lui dire de la libérer, que c'était elle et elle seule, qu'elle n'était pas possédée. Mais elle ne pouvait rien faire, seulement fixer les yeux noirs qui l'observaient comme si elle était la pire chose qui puisse exister sur terre. Deux minutes passèrent ainsi, Rogue ne cillant pas, continuant d'attendre le moindre signe qui l'autoriserait à jeter un sort plus fort à Hermione.
Mais rien ne lui en donna l'occasion. Alors, il poussa un soupir résigné et d'un mouvement de baguette, libéra Hermione de son emprise magique, tout en restant assis sur elle, sa main libre plaquant Hermione contre son matelas au niveau de l'épaule, l'empêchant de bouger. Elle lui jeta un regard furieux.
- Severus, lâche-moi ! C'est moi !
Il tenta d'entrer dans son esprit, mais elle le repoussa, ce qui eût pour seule conséquence de renforcer la méfiance du Maître des Potions. Il plaqua sa baguette sur la jugulaire de la jeune femme, et celle-ci laissa échapper un hoquet surpris. Elle sentit les doigts de Rogue s'enfoncer dans son épaule. Elle aurait certainement un bleu.
- Ok, ok, vas-y ! cracha-t-elle en lui offrant son regard.
Elle le laissa fouiller dans son esprit quelques secondes. Il s'en retira avec un soupir résigné et dégagea les cheveux qui lui barraient le visage.
- Satisfait ? cracha Hermione en se redressant tout en massant son épaule endolorie.
- Vas-y, susurra-t-il, je t'en prie, reproche-moi ma paranoïa insupportable, ma violence à ton égard, ma tyrannie. Il serait bien mieux, après tout, que Bellatrix…
- J'ai compris, j'ai compris…, le coupa Hermione, excédée.
- Allonge-toi sur le ventre, dit alors Severus.
Hermione ouvrit la bouche pour lui demander pourquoi, mais elle comprit avant d'avoir formulé sa question.
Elle obtempéra. Le visage enfoui dans les draps, elle sentit les doigts frais de Rogue remonter lentement sa chemise de nuit. Tandis qu'il examinait la blessure, Hermione tenta de se concentrer sur autre chose, et Severus fut la seule chose qui lui vint à l'esprit. L'état dans lequel il était lorsqu'elle s'était rendue compte de sa présence dans la chambre, les larmes douloureuses du Maître des Potions, les tentatives de consolation d'Hermione qui avait empiré les choses, sa résistance face à ses sentiments. Jusqu'à ce qu'elle s'endorme. D'ailleurs, elle se demandait si ce n'était pas Rogue qui lui avait jeté un sort pour la faire sombrer dans l'inconscience. Parce qu'il ne supportait plus qu'elle le voit pleurer, peut-être…
Severus coupa net le fil des pensées d'Hermione, et elle sursauta légèrement.
- Rien n'a bougé, la cicatrice est indemne, dit-il d'une voix basse. Maintenant, raconte-moi ce que tu as vu.
Hermione se retourna et fit face à Severus. Les braises qui rougeoyaient encore dans l'âtre baignaient la pièce d'une lumière diffuse et sanglante, et créaient ces ombres caractéristiques sur les traits anguleux de Rogue. Il était à genou sur le lit. Il avait quitté sa cape ¬— Hermione ne se souvenait pas du moment où cela avait pu arriver — et sa chemise était froissée et à moitié sortie de son pantalon. Hermione pouvait le jurer, il avait dormi ici. Avec elle. Sinon, comment aurait-il pu être là pour la sortir de ce rêve ?
Elle s'aperçut que Rogue avait haussé un sourcil impatient, attendant qu'elle réponde à sa demande.
- Euh…, commença-t-elle, tentant de sortir de ses pensées embrumées et de remettre de l'ordre dans son esprit.
- Mais encore ? fit Rogue avec un rictus mauvais.
- Je ne sais pas, lâcha Hermione. C'était étrange… Elle était là, dans mon esprit et dans mon corps, mais…
- Mais ?
Hermione réfléchit un instant avant de poursuivre :
- Je pense qu'elle ne voulait pas prendre possession de mon corps. Pas cette fois… Elle voulait… Me guider. Me montrer quelque chose…
Les yeux de Rogue s'étaient étrécis.
- Et que t'a-t-elle montré ? demanda-t-il.
Il avait l'air méfiant, et Hermione remarqua que les jointures de ses doigts avaient blanchi tandis qu'il serrait plus fort sa baguette.
- Elle m'a montré la Chambre des Secrets, fit-elle finalement avec un imperceptible mouvement de recul.
- C'est un piège, décréta aussitôt Rogue en se levant du lit.
Hermione se mordit la lèvre. Elle ne savait que penser. Bien sûr que c'était trop évident. Bien sûr que toute cette histoire sentait le piège à plein nez. Mais peut-être que c'était la clé. Et si se jeter dans la gueule du loup pouvait permettre de vaincre Bellatrix ? Pourquoi ne pas tenter de la prendre à son propre jeu ? Qu'y avait-il vraiment dans la Chambre des Secrets ?
Pendant qu'Hermione réfléchissait en silence, Rogue était allé se poster devant la fenêtre de la chambre. Il scrutait le parc désert, dont la végétation revêtait un aspect bleuté sous la pâleur de la lune. Il avait les mains appuyées sur le rebord de pierre et les bras tendus, ce qui faisait saillir les muscles de son dos à travers sa chemise tendue.
Hermione l'entendit pousser un soupir. Il se tourna, s'adossa au rebord et plongea son regard dans celui de la jeune femme. Elle se redressa imperceptiblement à ce regard qui la transperçait et qui semblait sonder son âme.
- N'y pense même pas, asséna Rogue.
Hermione se demanda s'il avait lu dans ses pensées durant ce bref échange de regard. Mais elle sût que ce n'était pas le cas. Non. Il la connaissait. Et il savait à quoi elle pensait.
- Mais Severus…, commença-t-elle.
- Il n'y a pas de « mais ». Il serait temps, Hermione, de devenir un peu moins inconsciente.
- Mais c'est peut-être la clé ! s'écria-t-elle en bondissant du lit.
Elle se dirigea vers lui, sa chemise de nuit ample flottant derrière elle.
- La clé de ta mort, cela j'en suis sûr, rétorqua Rogue en croisant les bras.
La jeune femme leva les yeux au ciel. Elle se posta juste en face de lui. Il baissa une fraction de seconde les yeux sur Hermione. Plus bas que son visage. Puis il les ferma et détourna le regard, l'air torturé. Il s'écarta enfin d'Hermione et retourna près du lit.
Hermione fronça les sourcils et baissa les yeux sur son corps. Elle se rendit compte que sa chemise de nuit était bien trop transparente.
- Tu ne descendras pas là-bas, Hermione, fit Severus, tentant de dissiper son trouble.
- Et c'est toi qui vas m'en empêcher ? rétorqua-t-elle, narquoise.
- Ne sois pas trop sûre de toi.
Hermione aperçut la longue baguette noire tourner entre les fins doigts pâles. Elle décida qu'il fallait décider d'une autre approche si elle ne voulait pas se retrouver dans le même état inconscient que Drago pour le restant de ses jours, et plus encore.
- Il y a quelque chose dans la statue de Salazar Serpentard, dit-elle alors, espérant que le fait d'en dévoiler plus ferait peut-être changer Severus d'avis.
- Quoi donc ?
Hermione passa une main nerveuse dans ses cheveux emmêlés.
- Ca je ne sais pas, justement…
Rogue ouvrit la bouche pour parler, et Hermione sût qu'elle devait rapidement trouver une stratégie pour le convaincre.
- Attends, laisse-moi finir ! Bellatrix parlait d'un « Maître des origines » ou je ne sais quoi, et elle tentait indubitablement de me faire entrer dans la bouche de la statue. Il y a quelque chose là-bas dont elle a besoin, j'en suis sûre, et il faut le récupérer avant elle !
Rogue bondit sur elle en un éclair, lui attrapa une épaule et l'assit de force sur le bord du lit. Puis il se posta face à elle et se baissa à hauteur de son visage.
- Bien sûr, argua-t-il. Et n'est-il pas venu à ton brillant esprit qu'une fois là-bas, Bellatrix pourrait se servir de toi pour accomplir la fin de son rite ? Tu ne sais même pas en quoi consiste exactement son projet, Hermione. Que feras-tu si tu t'avères être… un sacrifice ?
Hermione fronça les sourcils tandis que la colère s'insinuait dans ses veines.
- Alors quoi ?! On va juste rester là, les bras ballants, à attendre qu'une solution toute cuite nous tombe dans la bouche ? Non ! Descendre dans la Chambre, voilà la solution !
Rogue fit claquer sa langue contre ses dents.
- J'ai l'impression que tu confonds problème et solution, Hermione, et ce quel que soit le domaine.
Hermione le fusilla du regard. Elle savait bien à quoi il faisait référence.
- Ne mélange pas tout, Severus.
Il ne releva pas. Hermione choisit de prendre cela comme une autorisation de continuer de parler.
- Je pense de plus que ce serait un moyen de la faire venir, et de lui prendre sa baguette.
Rogue se mit à faire les cent pas.
- Rien n'est moins sûr à ce propos, puisqu'elle a essayé de te guider dans cet endroit. Elle a peut-être besoin que tu accomplisses quelque chose pour elle sans qu'elle ait besoin de se déplacer.
Hermione se mordit la lèvre encore une fois. Évidemment, elle s'était dit la même chose. Elle avait juste essayé de contourner cela, espérant que Rogue n'y penserait pas. Pure stupidité, bien sûr, qui reflétait son désespoir de réussir à convaincre son collègue.
- Mais il y a quelque chose en bas, c'est certain ! On doit y aller, c'est notre seule piste ! Et je suis devenue mentalement plus forte, et tu as déjà réussi à repousser Bellatrix alors qu'elle me possédait !
Elle sentait la colère de Rogue à son égard atteindre un niveau non négligeable. Mais elle continuerait jusqu'au bout.
Severus, qui s'était relevé, revint faire face à Hermione et l'attrapa par les épaules.
- Ce n'était pas dans un endroit regorgeant de magie noire, Hermione ! Ignores-tu l'avantage que Bellatrix peut prendre sur moi, sur nous, dans la Chambre des Secrets ?
Hermione lui agrippa les poignets.
- Nous n'irons pas seuls ! Il y a McGonagall, Harry, Ro…
- Stop ! s'écria Rogue. Premièrement, toutes ces personnes, y compris moi, n'ont peut-être pas envie que tu les embarques dans tes délires suicidaires. Deuxièmement, si tu espères me convaincre en me disant que Weasley nous apportera une aide précieuse, tu…
- Très bien.
Et Hermione se tut. Elle se contenta de croiser les bras et de fixer insolemment Severus. Celui-ci la contemplait d'un air méfiant attendant la riposte, qui étonnamment, ne venait pas.
Il enleva ses mains des épaules d'Hermione et en mit une dans la poche où il avait rangé sa baguette. Hermione se leva et lentement, se dirigea vers son bureau. Rogue la suivait des yeux, ne sachant à quoi s'attendre. Hermione s'arrêta à hauteur de sa chaise de bureau, dos à Severus, et passa lentement sa main sur le dossier où se trouvait sa robe de chambre.
- Donc je suppose que je ne pourrai pas te convaincre de descendre ? demanda-t-elle lentement.
Rogue sourit méchamment.
- Eh bien. Ça prend toujours un certain temps, mais ton légendaire entêtement a bien des failles face au mien…
Hermione bouillait. Elle fit glisser la robe de chambre du dossier et s'en vêtit, toujours dos à Rogue. Elle rejeta ses cheveux en arrière et fit volte-face.
- Voyons ce qu'en dit McGonagall, dans ce cas.
Et à ces mots, elle se précipita hors de la chambre, pour échapper à Severus.
Hermione se mit à courir dans les couloirs, espérant que McGonagall lui donnerait raison, et qu'en sa qualité de Directrice, elle ne donnerait pas d'autre choix à Rogue que de descendre dans la Chambre avec elle.
Mais elle ne tarda pas à entendre la course de Rogue derrière elle, les talons qui résonnaient sur le sol de marbre.
- Hermione ! cria-t-il.
Celle-ci ne pensait qu'à deux choses : trouver McGonagall. Et ne pas croiser d'élève souffrant d'insomnie.
Elle commençait à subir la douleur aiguë d'un point de côté, mais elle se força à accélérer sa course. C'est alors qu'un sort siffla à ses oreilles et son cœur bondit dans sa poitrine. Rogue était vraiment prêt à tout. Il savait comme elle qu'il y avait de grande chance que McGonagall se range au côté d'Hermione.
La jeune femme plongea sa main dans sa robe de chambre et saisit sa baguette. Tout en continuant de courir, elle lança un sort par-dessus son épaule, qui s'écrasa contre un mur à une distance non négligeable de Rogue.
Un croisement de couloirs sombres devant elle. Il lui fallait prendre à gauche pour se rendre aux appartements de McGonagall. Elle bifurqua, manquant de glisser sur le sol lisse… et percuta violemment quelqu'un dans la pénombre.
- Ouch ! fit-elle, l'air s'échappant de ses poumons.
Elle entendit le bruit mat de sa baguette quand celle-ci tomba sur le sol et alla rouler un peu plus loin, hors de sa vue.
Elle sentit alors qu'on lui agrippait un bras avec force.
- Il est interdit aux élèves de traîner dans les couloirs après le couvre-feu ! fit une voix de jeune homme en pleine mue. Quelle est ta maison ?
A ces mots, il alluma sa baguette et la braqua sur le visage d'Hermione, qui ferma les yeux, éblouie. Le garçon, qui portait l'insigne des préfets, la lâcha immédiatement.
- Professeur Granger ?! Oh, je… Je suis navré, professeur, je ne vous avais pas reconnue, je suis vraiment désolé !
- Bon travail, Kingston, fit la voix basse de Rogue derrière eux.
Hermione se retourna et aperçut Severus, les bras croisés, l'épaule nonchalamment appuyée à un mur, un sourire narquois et insolent aux lèvres. A cet instant, elle aurait pu le gifler.
Il se détacha de la paroi de pierre et s'approcha.
- Disposez, Kingston.
Celui-ci continuait de se confondre en excuses, mais Hermione ne l'entendait même pas. Elle scrutait Rogue avec fureur.
- Dis-po-sez, Kingston ! dit lentement Rogue, l'air menaçant. Je ne le répéterai pas.
Le préfet obtempéra alors et s'éloigna en courant.
Severus et Hermione se regardèrent en chiens de faïence jusqu'à ce que les bruits de pas précipités de Kingston soient avalés par le château endormi.
- Par Merlin, Severus ! cria alors Hermione. Laisse-moi faire ma vie et ne t'en occupe pas, si ça te fait peur ! Maintenant, je vais aller voir McGonagall.
Mais Rogue lui saisit le bras.
- Mais à quel point es-tu donc inconsciente, Hermione ? Tu vas y laisser ta peau et je ne le permettrai pas.
Hermione le contempla un instant. Elle avait longtemps souhaité qu'il lui dise des mots de ce genre, qu'il lui fasse comprendre qu'il tenait à elle. Mais maintenant qu'elle avait peut-être un moyen de vaincre Bellatrix et de ne plus vivre sous une épée de Damoclès, elle ne se raccrochait qu'à ça, et rien ne pourrait la faire changer d'avis. Pourquoi fallait-il toujours que Severus fasse tout à l'envers ?
- Tu aurais dû me dire ces choses-là plus tôt, Severus. Je les ai attendues, elles ne venaient jamais. Et maintenant, tu me dis ça comme seul recours pour que je n'aille pas dans la Chambre… Est-ce que c'est la vérité au moins ? Ou bien es-tu fier au point que tu ne supportes plus que je te résiste, et que tu es prêt à tout pour parvenir à tes fins ?
Elle le toisa, et Severus pinça les lèvres.
- Tu es paranoïaque, Hermione, dit-il tout bas.
Hermione s'approcha et se planta face à lui.
- Ca te va bien de dire ça, dit-elle. Tu ne veux pas que je descende dans la Chambre, parce que…
- Ce n'est pas de la paranoïa, mais de la jugeote !
- C'est ma seule piste ! Alors j'irai dans cette Chambre, avec ou sans toi !
Elle vit les traits de Severus se contracter. Il l'agrippa par les épaules.
- Je ne veux pas te perdre, Hermione…, fit-il, la torture et la souffrance palpables dans sa voix à peine audible.
Mais Hermione était aveuglée par sa colère, blasée et blessée par le temps qu'il mettait pour parvenir à lui dire de telles choses. Elle ne pensait qu'à Bellatrix et à sa délivrance.
- Ces mots-là, je les ai attendus à en crever. Ce n'est pas maintenant qu'il faut me les dire.
Sa voix était dure, et cela la surprit elle-même. Elle vit une ombre menaçante obscurcir le visage de Rogue.
Celui-ci serra plus fort ses mains et les doigts blanchirent, en même temps que son visage.
- Ca ne t'a pas suffi ce que j'ai fait pour toi, cette nuit ? Ce que je t'ai dit, ce que je t'ai montré ? Ne te rends-tu pas compte de la difficulté que je dois surmonter ?
Hermione ne répondit pas. Rogue soupira.
- Non, tu ne t'en rends pas compte, asséna-t-il.
- Bien sûr que si ! répliqua Hermione. Mais…
- Mais quoi ? cracha Rogue.
Il la plaqua contre un mur, ce qui coupa le souffle d'Hermione. Il avait l'air torturé, comme toujours dans ces situations. Ses cheveux lui tombaient sur le visage.
- Tu étais prévenue, Hermione. Je t'avais dit de rester loin de moi. Comme d'habitude, tu n'en as fait qu'à ta tête. Mais ne viens pas te plaindre maintenant…
Elle sut qu'elle avait fait une erreur et qu'elle était en train de rompre à grands coups de pieds l'édifice fragile qu'elle avait construit dans sa relation houleuse avec Rogue. Mais elle en avait assez de l'attendre, de souffrir à chaque instant parce qu'il n'arrivait pas à avancer. Il devait comprendre que tout n'était pas à sens unique.
- Je vais voir McGonagall, annonça-t-elle, comme si elle n'avait rien entendu de ce qu'il venait de lui dire.
Impassible, elle prit les mains de Severus et les fit glisser de ses épaules. Il n'apporta aucune résistance. Elle se détourna de lui, récupéra sa baguette sur le sol, et poursuivit sa marche. Elle n'entendit d'abord rien derrière elle. Puis des pas. Elle espéra alors violemment que ce soit Severus, qu'il la rattrape, qu'il lui dise ce qu'elle voulait entendre, qu'il viendrait avec elle puisque tel était son choix, qu'il ne la laisserait pas seule.
Mais les pas ne se rapprochèrent pas. Ils s'étouffèrent peu à peu et Hermione comprit qu'il avait rebroussé chemin.
Qu'il l'avait laissée.
Seule.
Elle n'avait pas saisi la perche qu'il lui tendait. Avait-elle eu raison de lui montrer qu'elle en avait assez, ou aurait-elle dû renoncer à son projet pour lui ?
Avait-il raison, finalement ? Fallait-il qu'elle attende une autre opportunité plus sûre ? Elle s'était entêtée, persuadée qu'elle avait raison, et le doute ne s'insinuait en elle que maintenant. Venait-elle de faire une grosse erreur avec Severus ?
La boule dans sa gorge enflait au rythme de ses pas automatiques qui résonnaient dans le couloir vide.
Elle pensa un instant à le rattraper. Mais c'était trop difficile.
Alors qu'elle atteignait les appartements de McGonagall, la boule éclata et elle fondit en larmes.
Hermione avait l'impression d'avoir perdu plus qu'un allié.
