Journal d'un Poufsouffle

by Tobias Juws


Compte-rendu XXXXIII, 31 Mai 1993,

"Pauvre crétin inepte ! Il l'a bien mérité !"

Je suis aux prises avec un problème conséquent, carnet. Que peut-on s'offrir de beau avec trente-quatre galions sonnants et trébuchants ? Une caisse complète de confiseries de chez Honeydukes ? Un balai volant pour débutant de qualité correct ? Quatre nouvelles baguettes magiques de chez Ollivander ? Une vingtaine de plumes de qualité supérieure ? Quarante-trois robes de sorcier noires ? Plus de deux mille exemplaires de la "Gazette du Sorcier" ?

"Sale individu de sexe masculin abruti par sa connerie hormonale !"

Non, le véritable problème est : que puis-je m'offrir pour cette somme qui serait susceptible de m'intéresser ? Subitement, le champ de possibilités se réduit... Ce n'est pas que je sois réellement difficile mais c'est surtout que la seule chose qui aurait pu un tant soit peu me pousser à faire quelques dépenses m'est désormais interdite : je suis toujours au régime à ce que je sache. A noter aussi que l'anniversaire d'Abe étant passé depuis plusieurs jours, je n'ai plus aucun cadeau à acheter avant un petit moment désormais.

"Blondinet stupide dénué de toute délicatesse !"

Ray ne le quitte plus d'ailleurs. Trimballé dans son sac jusque dans les cours même de potions où il reste sagement assoupi parmi les livres, les parchemins, les plumes et l'encrier, invité à table aux heures de déjeuner jusque dans mon lit, le soir, où il se roule dans l'oreiller ; Abe le balade sur son épaule dès qu'il le peut avec une affection débordante. Pour le coup je suis plutôt fier de moi. J'ai peut-être raté honteusement Noël mais le rat que je lui ai offert semble rattraper cette misérable erreur de ma part. Il faut dire que je n'ai pas hésité un seul instant lorsque je suis tombé sur cette perle à Pré au Lard.

"Ah ! Il n'a pas besoin de moi ? Et bien soit !"

Je n'étais pas au courant à ce moment-là de la raison de son malaise mais je trouvais l'idée de lui offrir un animal dont il faudrait s'occuper plutôt bonne. Après tout, ça me fait du bien de m'occuper de toi, carnet. Tu as le mérite de ne pas salir, ni de réclamer de promenades. C'est tout à ton honneur... Le fait est qu'une bestiole à poils ou plumes affectueuse me paraissait être un bon remède à la tristesse du sale gosse. Je pensais hésiter mais quand j'ai vu ce rat noir au curieux masque blanc semblable à celui d'un blaireau sur son museau... Je me suis dit qu'il n'attendait que moi. C'est ainsi que Ray -pour -mond...Raymond- est devenu le troisième et dernier squatteur de mon plumard.

"De toutes façons, je n'ai pas besoin de lui non plus !"

Mais revenons-en à mon ennuyeux souci d'argent. Je me demande sincèrement ce que je vais bien pouvoir faire d'une telle somme avant la fin de l'année. Je suppose que je suis censé déborder d'idées et de désirs, mais curieusement je ne ressens aucun besoin de combler un quelconque vide matériel. Je dois m'inquiéter ? Ou comprendre que je suis parfaitement satisfait de ma situation actuelle ? Je ne le suis pourtant pas. En même temps, ce n'est pas avec de l'argent que j'obtiendrais le silence de Peter les soirées où il est particulièrement inspiré ou encore la compréhension de cette vieille McGonagall pour les examens. Ce ne sont que deux exemples parmi des centaines...

"Après tout, c'est lui qui m'a réclamé !"

Peut-être devrais-je faire une bonne action avec cet argent... Je pourrai le distribuer à quelques élèves de Poudlard que j'estime méritants ? Faire un don à l'un des nombreux clubs du collège ? Offrir anonymement une bouteille de shampooing à ce vieux Rogue ? En même temps, je n'ai pas envie de dépenser ainsi l'argent que j'ai gagné grâce à mes propres déductions. Ils peuvent bien tous rire de moi et de ma difficulté à comprendre les relations humaines... C'est pourtant Tobias Juws qui les a coiffés au poteau en pariant sur la date de rupture d'Evan et Leonor. J'avais dit qu'il faudrait une semaine, il a fallu une semaine.

"C'est lui qui est venu se traîner à genoux à mes pieds comme une larve !"

Je suis peut-être toujours privé de sucreries pour ce mois-ci mais j'ai remporté en contrepartie trente-quatre galions. Ah, la tête de ce pauvre Gabriel lorsque je lui ai raflé la mise juste sous ses vilains crochets ! Alors Monseigneur a tenté de profiter de la situation pour détrousser les blaireaux ? La ruse aurait été intelligente si Messire n'avait pas surestimé les capacités d'entente de nos deux blonds. En pariant sur trois semaines de bonheur avant le naufrage c'est mes poches qu'il a remplies au lieu des siennes ! D'ailleurs, j'ai encore en mémoire le regard meurtrier fulgurant qu'il m'a offert en cadeau lorsque je suis venu lui réclamer mon gain... Un serpent se faire rouler ainsi par un blaireau !

"Je n'irai pas le chercher, c'est certain !"

En même temps, le meilleur ami d'Evan c'est moi. On peut dire que je commence à bien connaître l'animal au bout de quatre longues années passées ensembles. Idem pour Leonor bien que son statut indéniable de fille soit un sacré obstacle à notre compréhension mutuelle. Leur couple me paraissait déjà improbable alors le voir pérenniser au-delà des premiers jours de folie... Ils ont des points communs, oui. Je le reconnais, ils sont souvent aussi pitoyables l'un que l'autre davantage encore lorsqu'il s'agit de romantisme aigu. Sauf qu'ils sont trop fiers chacun de leur côté et qu'aucun d'eux ne veut se soumettre à l'autre. Une tentative de relation amoureuse sans hiérarchie ne peut tenir le coup.

"Qu'il crève et me fasse des vacances, tiens !"

Dans chaque couple, il y en a un pour porter la culotte tandis que l'autre enchaîne les concessions pour ne pas empiéter sur les lois martiales du premier. Cette hiérarchie s'inverse même parfois selon les sujets abordés. Dans le couple de mes parents notamment, c'est ma mère qui tient le rôle du meneur excepté dans le domaine de la littérature. Mon père, lui, se contente de hocher la tête sans révolte. Le résultat est là : je compte sur les doigts de la main le nombre de disputes qu'ils ont entretenues depuis que je suis né et aucun des deux n'a jamais parlé de divorce. C'est le seul secret...

"En trois jours, je peux en retrouver vingt des comme lui !"

Evan et Leonor ont bâti muettement une bonne centaine de châteaux en Espagne alors qu'ils demeuraient collés l'un à l'autre mais lorsqu'il a fallu sortir la langue de la bouche chérie pour discuter, ceux-ci se sont écroulés plus rapidement encore que les constructions de cartes de Maureen. Ce sont les enfants qui se marient avant de se connaître, on voit où cela les mène au final : chacun de son côté pour vider son fiel sur le coupable qu'est l'autre. Même si pour une fois, c'est de Leonor dont j'ai hérité, Peter s'occupe d'Evan dans notre dortoir. Et assis là, sur ce canapé, avec une blonde en larmes, je me sens un peu l'âme d'un Psychomage en fin de carrière éreinté par la vie.

"Ah... Il ne sait vraiment pas ce qu'il perd !"

Le retour de Mère Poufsouffle, protectrice des blaireaux blessés ! Il ne m'aura pas fallu longtemps pour endosser de nouveau cet affreux costume... D'ailleurs, j'ai peut-être rêvé mais il m'a semblé que Cédric -le véritable Cédric, Cédric lui-même- m'a lancé un regard de pitié avant de fuir dans son dortoir comme 90% des Poufsouffles installés dans notre salle commune. Il ne reste plus qu'un crétin de deuxième année endormi, une passionnée de tricot, une sourde et Maureen qui, installée dans le dos de Leonor, semble me donner des indications comme un agent régule la circulation.

"Quel crétin...mais quel crétin ! Me dire ça..."

Bien. Il est inutile de tenter de repousser à plus tard cette épreuve. Cela pourrait même me compliquer la tâche. Non, mon petit Tob', tu vas respirer profondément et te lancer. J'ai bien appris ma leçon, il n'y a pas de raisons que j'échoue. Il suffit juste de réciter la procédure que j'ai trouvée dans ce bouquin sur les relations humaines au chapitre du réconfort alors que je tuais le temps à la bibliothèque. Ah, et je vais aussi croiser discrètement mes doigts de pied pour que Leonor n'appartienne pas aux 13% réfractaires à cette technique... Aller ! Ton amical, pointe d'inquiétude et main sur l'épaule pour la première étape : s'enquérir de la raison du chagrin.

"Allons Leonor...que s'est-il passé ? Raconte-moi."

Pas trop mal, aucune réaction de Maureen ce qui semble positif. Avec un peu de chance, je vais pouvoir dormir dans mon lit ce soir même si je suis presque certain qu'Evan y aura fourré son appendice nasal à la propreté douteuse. Helga quel merdier ! Le pire c'est que je ne sais vraiment rien de la raison qui les a séparés. Ils sont juste apparus dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner chacun de leur côté en s'ignorant. D'après quelques rares témoins ils se sont étripés verbalement dans notre dortoir, à ce moment-là vide, au point qu'on les entendait depuis les cuisines mêmes. Charmant...

"On-on s'est disputés... Oh..."

Ne pas marquer de signe d'impatience, tapoter l'épaule. Plaindre la victime avec retenue pour la pousser à se confier davantage. Contenir toute preuve de son dégoût pour les relations amoureuses et leurs conséquences désastreuses pour l'honneur de l'Homme.

"C'est terrible... Comment cela a-t-il bien pu arriver ?

_Je ne le sais mê-même plus moi-même... J'étais montée lui di-re bonjour, il dormait enco-core... Je l'ai réveillé et...et... Il a été...affreux !"

Voilà, erreur stratégique : réveiller Evan le matin sans prendre les gants en satin. Même Peter au bout de quatre ans de connaissance du danger porte toujours son casque spécial pour se protéger des très éventuels coups. Notre brute nationale est un monstre au réveil mais ça, Leonor ne pouvait pas le savoir. Abordons la deuxième étape : feindre l'incompréhension et l'étonnement pour conforter la victime quant à la juste existence de son chagrin.

"Noon ? Je n'arrive pas à le croire... Tu as bien dit affreux ?

_Oui-i... Affreux ! Il m'a même dit que je...que je l'étouffais ! Et qu'il n'avait pas besoin de m-moi !

_Oh !"

Laisser passer quelques secondes de silence. Aborder la troisième étape : minimiser l'événement et ses conséquences pour commencer à calmer la victime. Bonus supplémentaire : sortir le mouchoir de sa poche et l'offrir à la victime. Conserver le contact de l'épaule pour appuyer sa présence attentive.

"Ne rumine pas trop, Leonor... Cela arrive tous les jours, des disputes et bien trop souvent pour trois fois rien. La preuve, tu ne sais même plus réellement comment vous êtes parvenus à un tel stade. Calme-toi maintenant... Ne pleure pas pour cela.

_Hm-mm...!"

Continuer sur sa lancée pour la quatrième étape : complimenter la victime sur sa réaction raisonnable face à l'événement. Toujours aucun signe inquiétant de la part de Maureen.

"Voilà, comme cela. Tu as raison de ne pas te laisser abattre. Ce n'est pas toi qui est en tort, tu as juste voulu lui faire plaisir."

Sans pause, faire le lien avec la cinquième étape : rabaisser le coupable. Ne pas hésiter à hausser le ton pour marquer son affirmation. N'émettre aucun doute.

"Tu n'y peux rien si Evan n'e peut pas prendre conscience de la fille formidable que tu es. Il a toujours été un crétin incapable de voir plus loin que sa bêtise !"

Gestes frénétiques de la part de Maureen ?

"Comment oses-tu To-bias ? Evan n'est pas un crétin ! Comment peux-tu penser à le traiter ainsi ? Mon Evan ! Lui qui est si doux et si gentil !"

...

C'est officiel, j'ai raté un épisode en cours de route. Elle le traitait bien de tous les noms il y a quelques minutes à peine, n'est-ce pas ? Et maintenant c'est un petit Saint incompris ? D'ac-cord...je dois commencer à paniquer ? Je suis pourtant certain d'avoir suivi à la lettre près les conseils de ce livre, cela commençait même plutôt bien... Je suis censé en déduire quoi ? Leonor est en colère contre Evan qui l'a traitée comme une ennuyante mouche mais ce n'est pas de la faute du blondinet ? Ou bien, personne n'a le droit de descendre son ex-petit-ami sauf l'outragée par ce même ex-petit-ami ? Bordel ! Et si Maureen pouvait se décider à me faire des signes compréhensibles au lieu d'agiter bras et jambes comme elle danserait sur de la polka...

"Je ne peux pas accepter que tu dises du mal de lui ! Ni toi, ni personne... Vous ne savez rien... Vous ne savez pas à quel point Evan est tendre et compréhensif ! J'en ai assez de le voir catalogué dans la boîte des crétins ! Des garçons aussi romantiques que lui on n'en fait plus ! Il m'a offert des fleurs et puis, il me complimente, il m'embrasse tout le temps, il m'a écrit des poèmes..."

Serait-il malvenu de ma part de régurgiter quelques sécrétions intestinales maintenant ? Je crois, hein. Il vaudrait peut-être mieux que je me retienne même si elle semble vouloir m'achever de détails puant la guimauve. Je peux tenir. Concentre-toi sur le mur en face de toi Tob', ce joli mur jaune clair sur lequel s'est posée une mouche, une gentille petite mouche qui a longtemps voyagé avant de s'arrêter ici pour apprécier l'atmosphère légère de cette pièce. Comment peut-elle bien s'appeler, cette mouche ? Amber ? Brooke ? Cody ? Madison ? La mouche Madison ? Madison la mouche ?

"Mais tu m'écoutes Tobias ?

_Ah ! Ah...et bien, oui... Il semble. Evan c'est conduit comme le pire des crétins avec toi mais tu es la seule a avoir le droit de le traiter comme tel car tu ne supportes pas que d'autres le descendent bien qu'il le mérite. J'avoue que j'ai dû mal à saisir la logique...

_C'est pour cela que tu vas finir ta vie seul.

_Pardon ?

_Tobias, Tobias... Depuis quand y a-t-il une once de logique en amour ?

_...

_C'est le problème avec toi, il faut toujours que tu comprennes tout et que tout s'explique. Tu n'as d'intérêt que pour ce qui a du sens, c'est d'autant mieux quand tu es capable de le prévoir... Mais rien n'est rationnel en amour !

_Tu n'étais pas au bord du désespoir il y a quelques secondes à peine, toi ?

_En ce moment même, ton cri du cœur est bien plus urgent que le mien. Tobias, il est temps pour moi de t'initier aux plaisirs de l'amour.

_..."

C'est une blague j'espère ?

"Ne me regarde pas ainsi, je suis sérieuse. Si tu continues dans cette voie tu vas vraiment terminer vieux garçon puceau solitaire dans son pyjama en pilou et ses charentaises.

_..."

C'est une blague.

"Je sais que tu es attaché à ton image de héros solitaire bien loin des méprisables problèmes amoureux mais je suis sûre que je peux changer cette idée erronée que tu as de l'amour.

_..."

Une très mauvaise blague.

"Déjà, cesse de vouloir expliquer ce qui n'est pas explicable. Quand on tombe amoureux, on ne se soucie plus d'être cohérent. On agit avec le cœur et pas avec la tête !

_..."

Hé ! On voit ce que ça donne : une névrosée en larmes sur son canapé en train de casser du sucre sur l'imbécile heureux qui a osé la virer du dortoir avec l'élégance d'un catcheur pour gagner quelques minutes de plus de sommeil. Ce genre de scène donne envie... Tu m'étonnes que les couples passionnels ne creusent pas leur propre tombe que dans les films et les bouquins à l'eau de rose ! Si les deux agissent sans réfléchir... Prudence et mère de sureté.

"Enlève-moi ce sourire moqueur de ton visage. Tu ne me crois pas parce que tu n'es jamais tombé amoureux de quelqu'un. A ce rythme-là, c'est normal que personne ne soit capable de te faire perdre la tête de temps en temps ! Et pourtant, ça ne te ferait pas de mal...

_Je n'en doute pas un seul instant. Maintenant tu m'excuses Leonor mais si tu te sens mieux je vais...hé !

_Reste assis, je n'ai pas terminé."

Helga s'il te plaît... Je suis désolé d'avoir osé échanger le soin plantaire de Peter pour une solution "Poussvelu" de chez Zonko. C'était un coup mesquin digne d'un Serpentard de première année. Je m'excuse d'avoir agi si stupidement. Maintenant, tu ne voudrais pas me pardonner et me filer une échappatoire à cette embarrassante situation ? Du style : un élève qui entre, Evan qui descend, un incendie, je ne sais pas moi...n'importe quoi tant que je peux retrouver mon adorable oreiller ! Non ? Vraiment pas ?

"Je connais quelques filles qui ont plutôt l'air d'apprécier ton côté ermite reclus dans sa montagne. Tu ne voudrais pas que je t'en présente une et que tu fasses un essai ? Surtout qu'elles ne sont pas vilaines.

_Désolé mais j'ai suffisamment de gosses à m'occuper pour ne pas avoir en plus une dinde à promener tous les jours et à complimenter de temps en temps.

_Tobias !

_Surtout si tu es là en plus pour récolter les preuves de mon talent naturel de fermier et les vendre sur ton marché du jeudi pour quelques galions en répétant à quel point je suis un infirme des relations humaines. Sur ce genre de coups foireux tu es aussi fine qu'Evan ! Je vais m'en passer, merci.

_Je ne- !

_Bonsoir ! C'est étonnant de voir notre salle commune aussi vide, j'ai raté quelque chose ?"

Helga je t'adore ! Promis, je resterai sage jusqu'à la fin de l'année, du moins, autant qu'il est possible pour moi de l'être dans un environnement naturellement hostile. Je veux bien même aller discuter parfois avec Cédric si ça peut te faire plaisir que je lui fasse l'honneur de ma présence. Tu savais aussi que j'ai commencé mes révisions pour les examens de fin d'année ? J'y ai déjà passé quelques heures et...bon, trois ou quatre, enfin deux...une ? Bref, merci pour le coup de main je te revaudrai ça ma vieille !

"Encore à traîner dans les couloirs, sale gosse...

_J'ai accompagné Johan, Gwen et Sebastian à la bibliothèque. Ça ne devait prendre qu'une petite demi-heure mais Ray a eu l'envie soudaine de visiter les lieux. Tu n'imagines même pas comme il a été difficile de le récupérer sans que la vieille Irma ne le remarque ! Quoiqu'il en soit bouge, je veux poser mes fesses moi aussi sur ce canapé. Je l'ai mérité..."

Ne l'avais-je pas dit précédemment ? Les gamins de maintenant veulent tout maintenant tout de suite. Heureusement que je suis un camarade suffisamment aimable pour s'exécuter servilement sans broncher. Il faut dire que je tiens pas vraiment à devoir subir ses moyens de pression : mine de rien Ray répond plutôt bien à ses ordres et il a les dents sacrément pointues cet animal ! Mon annulaire droit peut témoigner ; j'aurai eu mieux fait de lui acheter une peluche, tiens. Au moins ça ne perd pas ses poils, ça ne nécessite aucune attention particulière, ça peut rester dans un coin pendant des années sans problème et ça ne présente aucun danger de boullotage de papier. Crois-moi carnet, j'ai changé le lieu de ta planque avec l'arrivée de ce deuxième intrus dans mon pieu ! Tu m'en remercieras plus tard.

"Leonor, ça ne s'est pas arrangé avec Evan ?

_Non.

_Tobias ne t'a pas ennuyé au moins ? Il n'est pas bien délicat comme garçon."

Hey je proteste ! C'est moi qui me suis fait violenter verbalement ! C'est moi la victime ! Pourquoi ça devrait toujours être de ma faute ? Et le principe de la présomption d'innocence ? J'ai subi, impuissant, des litres de paroles indigestes et ce serait moi l'affreux agresseur ?

"Ne ronchonne pas, je suis le premier à reconnaître que tu as fait des efforts ces derniers temps.

_Vous êtes trop bon Monseigneur.

_Je sais. Enfin, Leonor il faut que tu fasses quelque chose, ce n'est pas en restant assise ici que les choses vont s'arranger. Tu sais très bien que ce n'est pas Evan qui viendra te chercher. Les hommes sont presque tous ainsi, incapables de reconnaître leur erreur et de mettre de côté leur fierté. Il s'en veut certainement en ce moment même.

_Je suis d'accord. Je voulais juste attendre un peu, histoire de l'inquiéter... J'aimerais qu'il cesse de penser que je suis capable de revenir vers lui peu importe ce qu'il fera.

_Oh, serait-ce là un acte dicté par une conscience rancunière et non le cœur ?

_Continue Tobias et je te promets que je te colle l'une des filles dont je t'ai parlé sur le dos..."

C'est une bonne raison pour se taire même si j'estime qu'une telle réplique et la preuve d'un manque cruel d'argumentation crédible. Un amoureux agit uniquement sur des coups de cœur ? Si c'était vraiment le cas tout le temps, ni Evan, ni Leonor ne seraient en train de s'arracher les cheveux sur une dispute aussi insignifiante que la leur. S'ils savaient même s'aimer correctement ils ne se blesseraient pas par des actes irréfléchis et ne continueraient pas à s'embourber en souhaitant réfléchir après les avoir commis. Evan aurait été plus raisonnable ce matin et ils s'enverraient joyeusement en l'air en ce moment même sur ce canapé. Mais ce que je peux bien en dire moi...

"Je vais aller le voir.

_Très bien, bon courage.

_Merci Abe. Tobias, si tu changes d'avis, n'hésite pas à venir me voir. Je veux être aux premières loges pour voir ça ! Bonne soirée..."

Pourquoi ai-je la curieuse conviction que je vais devoir passer la nuit sur ce canapé et que Peter ne va pas tarder lui aussi à nous y rejoindre ? Fais chier... Non contents de nous bousiller la soirée, que dis-je ? La journée entière, oui ! En ruminant et en instaurant volontairement une atmosphère affreuse, il faut en plus qu'ils nous jettent hors du dortoir pour pouvoir y forniquer gaiement sans se soucier le moins du monde de notre situation précaire de sans-foyer ! Je suis censé faire quoi maintenant ? Je vais aller toquer gentiment à la porte du dortoir de Cédric pour le squatter peut-être ? Quelle connerie...

"Tobias...

_Quoi ?

_De quelles filles en question parlait-elle ?"

Il ne manquait plus que ça.

"C'est sans importance, des idioties.

_Ce sont ces gourdes de troisième année, c'est ça ? C'est la rousse qui te plaît ?

_Abe... Ne t'y met pas toi aussi.

_Tu m'as dit que j'avais le droit de devenir con en grandissant !

_Pas à ce point-là."

...

Bon, quitte à passer ma nuit sur ce canapé, je devrais en profiter pour répondre à Dan. Si Peter nous rejoint -et il ne devrait plus tarder- me connaissant, je vais à peine fermer l'œil de la nuit alors autant en profiter pour faire quelque chose. D'autant plus qu'il m'inonde de lettres depuis quelques jours ; Monsieur est pressé de me voir revenir de mon institut pour apprentis criminels. J'ai aussi eu la mauvaise idée de lui confirmer la présence d'Abe chez moi cet été, il trépigne de pouvoir rencontrer enfin un de ses successeurs qui a su "trouver le courage de supporter Tobias Juws". Enfoiré va...

Tant que j'y pense, il ne se lance plus dans de formidables envolées lyrico-sexuelles lorsqu'il lui faut évoquer sa rouquine de copine. Y aurait-il de l'eau dans le gaz ? Ma foi, j'ai envie de dire que je suis paré désormais contre ce genre d'obstacles. Approchez rupture violente, déception amoureuse, affection non retournée ! Après une année aussi terrible je suis blindé, blin-dé ! Plus rien ne peut me déstabiliser, Mère Poufsouffle résiste à tous les chagrins et les soigne plus ou moins. Surtout que...

"Mes délicieux amis, me feriez-vous une aimable place sur cet humble sofa ?"

Putain... Ils se sont tous donnés le mot ce soir pour me faire chier.

"Peter ! Alors ? Ils sont en train de discuter ?

_Pour répondre à ta question sans choquer tes jeunes et chastes oreilles Abe, je te répondrai que si par discuter tu entends explorer les recoins du lit alors en effet, ils sont en train d'entretenir une intense discussion.

_Un simple "oui" aurait suffi...

_Aaah Tob' ! Fidèle à son poste de rabat-joie.

_Au lieu de commenter des nouveautés qui n'en sont pas, file-moi le parchemin qui traîne à côté de toi. J'ai une lettre à écrire.

_Encore ? Mais tu n'arrêtes pas en ce moment ! Il a le béguin pour toi maintenant ou quoi ce Dan ?

_Abe...

_Hmph ! Je sais, je sais... Je n'ai rien dit.

_Dan ? Ton ami moldu ?

_Oui Peter.

_Tu veux que je lui écrive une chanson ?

_Non Peter, ça va aller merci.

_Alors tu veux que je chante pendant que tu écris !

_Non plus.

_D'accord. En fait, tu veux...

_...que tu te taises Peter. Ce serait un bon début.

_Mais...

_Abe, si tu l'occupes le temps qu'il me faudra pour finir cette lettre, je te ramène ce que tu voudras de la sortie de Pré-au-Lard de ce week-end.

_C'est noté. Peter, viens là..."

Biiien ! Heureusement que je les ai gagnés ces trente-quatre galions pour tenir ma parole. Ce qu'il ne faut pas être prêt à sacrifier pour avoir quelques instants volés de paix. Je sais déjà ce que je vais dire à Dan : "Tu te plains d'être harcelé constamment au collège mais, hé, tu ne t'imagines pas l'épreuve que cela est d'être Tobias Juws !". Non, personne ne se doute de l'emmerde que cela est d'être moi dans ce foutu château grouillant de futurs chieurs. Le plus amusant c'est que je ne dois même pas ce succès à mon charme ou à ma brillante intelligence en classe contrairement à mon crétin de copain moldu qui provoque des soulèvements de foule en shootant dans un ballon. Chez moi c'est autre chose qui agit. Peut-être mon aura, alors, qui incite les gens à venir me chahuter ?

Ce qui est certain c'est que Potter lui-même n'est certainement pas autant emmerdé par ses pairs que je le suis. Rien que pour aujourd'hui j'ai soupé : Evan énervé, Leonor en pleurs, Leonor de nouveau en plein tripe romantique compulsif, Abe jaloux, Peter plongé dans une béatitude artistique...

L'aura je te dis ! Et la mienne doit puer le blaireau.

Ton disponible serviteur.


Propriété J.K Rowling. (Mis à part OC bien entendu. Tobias is mine !)

Je ne suis toujours pas allée voir le dernier Harry Potter au cinéma. De ce que j'ai pu piocher ça et là, il semble qu'il fasse honneur à son statut de voiture balai même si de nombreuses libertés ont été prises par-rapport au livre. J'espère juste que les scènes de bataille n'ont quand même pas été trop exagérées au point de frôler le ridicule et que les répliques décisives ne tombent pas à plat. Avec un peu de chance, les décors m'inspireront beaucoup pour les bonus...

Bref. Pour le coup, ce compte-rendu était vraiment l'occasion de présenter une soirée "normale" dans la Maison Poufsouffle. L'occasion parfaite aussi pour Tobias pour se lancer dans la psychologie humaine... Prenez-le vraiment comme du divertissement pour le coup. Le prochain devrait être un peu plus piquant... Quand aux contenus des derniers, je vais avoir à traiter. J'espère que le tout vous plaira quand même.

Merci encore.


Review anonyme : Chat noir - Ravie que cette fiction demeure un bon divertissement pour toi. J'espère que cette constance se vérifiera jusqu'au tout dernier chapitre. Merci encore, en tout cas, de la suivre depuis aussi longtemps.


::Musique:: Fergie - Big Girls don't Cry (Single) / Atomic Kitten - Eternal Flame (Right Now)