Chapitre 24 :

C'est transie de froid qu'Hermione se dirigea vers le château. Suite à ses mots avec Malefoy, elle était directement partie se réfugier sur le terrain de Quidditch. Elle adorait le calme et la sérénité de cet endroit lorsqu'il était vide, encore plus quand il était recouvert de neige comme présentement. Elle aurait pu passer des heures allongée sur le dos à fixer le ciel en ne pensant à rien… L'ennui c'est qu'elle n'était pas vraiment habillée chaudement et sa condition d'humaine s'était rapidement rappelée à elle. C'est donc d'un pas vif qu'elle entra dans le hall, au même instant que Pansy et Blaise sortaient de la Grande Salle, pour découvrir une scène aussi inattendue que blessante. Drago arrivait des appartements préfectoraux lorsqu'il aperçut Hermione et dans la seconde qui suivit, il attrapa Astoria Grengrass qui venait de la salle commune des verts et argents et l'embrassa. Un instant pétrifiée, Hermione se ressaisit et passa rapidement à côté mais pas assez. Elle eut le temps d'entendre la Serpentard lui adresser un « je t'avais prévenue » mais n'y porta pas attention. En revanche, elle fixa son regard sur Drago qui venait de lui saisir le poignet.

– Plutôt désagréable n'est-ce pas, lui susurra-t-il de façon à ce qu'elle seule l'entende.

– A la différence que moi personne ne le savait, pas même toi ! lui rétorqua la jeune fille comprenant parfaitement son allusion. Et nous n'étions pas encore ensemble à ce moment-là !

– Tu n'as pas compris ? Je pensais pourtant que le message était clair : c'est fini!

Il lui sourit narquoisement et la regarda s'arracher à sa poigne pour s'élancer vers chez eux. Ce qu'il n'avait pas prévu était la réaction de Blaise qui se jeta sur lui aussitôt qu'Hermione fut loin. Il s'apprêtait à le frapper lorsque Pansy l'en empêcha.

– Non, Blaise ! Ne fais pas ça ! le supplia-t-elle. Pense à Hermione : elle a besoin de toi !

Le métis rabaissa son poing levé, prêt à l'attaque, mais ne détourna pas son regard haineux de celui du blond.

– Et dire que je lui avais dit que tu étais quelqu'un de compréhensif et qu'elle ne risquait rien en se confiant à toi… Il faut croire que je m'étais trompé sur toi.

Il bouscula le préfet-en-chef et, suivi de Pansy, s'élança à la suite d'Hermione.

Ce n'est que plusieurs heures plus tard que Drago pénétra dans la salle commune des Serpentard, peu désireux de se retrouver en compagnie d'une certaine Gryffondor. Lorsqu'il pénétra dans la pièce, il repéra immédiatement Blaise, Pansy, Crabbe et Goyle assis sur les canapés. Dès qu'il le vit, Blaise se leva et passa à côté de lui sans lui adresser un regard mais en lui murmurant :

– Je la choisis, elle.

Cette phrase eut le don d'énerver le blond. Comment son ami d'enfance pouvait-il lui préférer une sang-de-bourbe et Gryffondor de surcroît ? Il se laissa tomber sans douceur à la place où se tenait auparavant Blaise, perdu dans ses pensées. Il en fut tiré par le mouvement de Pansy qui se leva à son tour pour regagner sa chambre.

– Tu me déçois, sur ce coup-là, Drago.

Drago fulminait littéralement. C'était une mutinerie ! Dans quel univers parallèle était-il tombé ? C'est ce moment que choisis Astoria pour venir se poser sur les genoux du blond et Goyle pour partir à son tour.

– Je ne sais pas ce qui se passe, Drago, mais ce que je sais, c'est que tu viens de faire une belle connerie.

Et c'est sur ces belles paroles qu'il laissa un Drago pantois et un Crabbe en total incompréhension.

Hermione ne revit pas le blond de toute la journée et ne s'en plaignit pas. Elle avait accepté de faire une promenade à l'extérieure avec Blaise et Pansy et devait bien reconnaître que cela lui avait fait le plus grand bien. En rentrant dans son salon, elle avait encore le sourire aux lèvres et les joues rougies par le froid hivernal. Elle était tellement ailleurs qu'elle n'avait pas remarqué la présence de son homologue posté devant la cheminée.

– Tu pourrais au moins avoir la décence de faire semblant d'être un minimum touchée par notre rupture !

Hermione se retint de justesse de pousser un cri de surprise et se tourna lentement vers celui qui était désormais son ex petit ami.

– C'est ce que tu aimerais, n'est-ce pas ? Que je ne morfonde et pleure toutes les larmes de mon corps en repensant à toi… Désolée mais ce n'est pas mon genre, lui assura-t-elle en toute mauvaise foi car sans l'intervention de Blaise elle serait certainement encore en train de ruminer. Tu voulais me faire payer et tu l'as fait. Mais j'ai connu bien pire qu'une pauvre petite rupture.

– Je vois… Et c'est moi qu'on veut faire passer pour le méchant sans cœur.

– De quoi est-ce que tu parles ?

– Par pitié ! Ne fais pas l'innocente, ça ne te va pas ! Ils prennent tous ton parti : mes amis te préfèrent à moi ! MES amis !

– En même temps, fit-elle remarquer, quand on voit comment tu t'es conduit avec moi…

– Je croyais que ça ne t'avait pas touché, argumenta-t-il en haussant un sourcil.

– C'est vrai, mais ce n'était pas correct…

– Pas correct ?! s'énerva-t-il. Parce que la façon dont toi tu t'es conduite l'était peut-être ? Argh !

Emporté par son élan il donna un violent coup de pied dans le fauteuil qui bascula en arrière, faisant sursauter Hermione, surprise et légèrement effrayée par cette subite colère.

– C'est facile pour toi, reprit-il, il te suffit de battre des cils et de faire tes yeux de cocker pour que tout le monde se précipite à ton chevet pour te consoler et compatir à ton sort !

– J'ai perdu mes parents ! s'indigna-t-elle.

– Et moi mon père ! lui rappela-t-il. Mais ça tout le monde s'en fout, il n'y a que toi qui compte.

Il lui jeta un regard mauvais tout en reprenant son souffle avant de reprendre de plus belle.

– Tu joues les filles plus intelligentes et matures, mais en réalité tu n'es qu'une égoïste qui ne pense qu'à toi. As-tu ne serait-ce qu'un instant pensé à ce que je vis, moi ? Sans parler de mes rôles de préfet-en-chef et leader des Serpentard au sein de l'école, je suis le dernier représentant mâle d'une des plus grandes familles aristocrates de sang pur du monde sorcier, le bras droit du plus grand mage noir de tous les temps et le général d'une armée qui révolutionnera le monde sorcier et dont chacune des vies est sous ma responsabilité ! Et je dois supporter ça seul, sans me plaindre et sans pouvoir en parler ! Et bêtement, comme l'idiot que je suis, j'ai pensé que je pouvais compter sur toi. Que toi, plus que quiconque, était une personne de confiance qui ne me trahirait pas, surtout après ce que tu avais vécu. Il faut croire que je me suis trompé !

Hermione, hébétée, le regarda arpenter la pièce. Elle aurait pu se révolter contre ses accusations injustes, lui expliquer qu'elle ne l'avait jamais trahis même si elle avait couché avec un autre, mais elle s'abstint. Car pour la première fois depuis sept ans, Drago Malefoy se livrait complètement, qui plus est à elle, Hermione Granger. Il se mettait à nu comme il ne l'avait probablement jamais fait. Elle savait apprécier ce geste à sa juste valeur.

– Alors oui, acheva le Serpentard, je me suis conduit comme un connard et j'endosse parfaitement le rôle de méchant de l'histoire, c'est ce qu'on attend de moi. Mais je ne m'attendais pas à ce que toi tu fasses ce que tu as fait avec Booth, même si ça s'avère utile, et encore moins que tu aimes toujours Diggory…

Hermione comprit qu'ils atteignaient enfin le nœud du problème. Elle se doutait qu'en tant que fils unique d'une famille aisée, Drago avait l'habitude d'avoir ce qu'il voulait, quand il le voulait et pour lui seul. Or le passé amoureux d'Hermione lui rappelait qu'il n'était pas le seul et peut-être même pas le plus important. Il voyait son passé, et surtout Cédric, comme un obstacle, un concurrent. Bien qu'excessives et inappropriées, elle comprenait désormais mieux ses réactions.

– Tu as raison, se lança-t-elle en choisissant attentivement ses mots. Je n'avais pas pensé à ce que toi tu pouvais bien ressentir. Mais à ma décharge, tu es quelqu'un de tellement mystérieux et sûr de toi…

– Je n'ai pas le choix ! se récria-t-il.

– Maintenant je le sais, assura-t-elle d'une voix douce. Et je peux te jurer que je n'ai jamais cherché à te trahir ou à te faire souffrir intentionnellement ! En ce qui concerne Jo… Booth, je t'ai déjà expliqué qu'il représentait ma dernière possibilité de redevenir celle que j'étais avant. Il était mon dernier lien avec ma vie d'avant. Lien que j'ai rompu sans hésiter quand les choses sont devenues plus concrètes entre nous. Quant à Cédric…

Hermione soupira. Elle espérait sincèrement qu'il comprendrait ce qu'elle voulait lui dire.

– Je ne peux pas faire comme si Cédric n'avait pas existé ou comme s'il n'y avait jamais rien eu entre nous… Mais tu dois comprendre que sans ça, toi et moi n'en serions certainement pas là maintenant. Et notre relation est… était beaucoup plus intense et passionnée que celle qui me liait à Cédric, bien que différente.

Un silence gênant s'installa entre les deux préfets en chef, conscients des confidences qu'ils venaient de faire et leurs conséquences. Ils n'osaient pas se regarder, et pire fuyaient le regard de l'autre, comme deux adolescents normaux.

– Et euh, tenta Hermione, pour être totalement honnête avec toi, j'étais déjà attirée par toi avant la mort de Cédric…

Son rêve les impliquant tous les trois lui revint en mémoire et elle ne put s'empêcher de rougir. Drago osa un regard vers elle et ce rougissement, simple réaction innocente et sincère, lui arracha un sourire en coin. Il l'observa plus attentivement et soupira.

– Qu'est-ce que je vais faire de toi, Granger ?

La concernée releva lentement les yeux vers lui et se mordit la lèvre inférieure. Drago grogna devant son attitude à moitié enfantine et en même temps tellement provocante.

– Arrête ça où je vais être obligé de le faire moi-même !

– Toujours des paroles….

Et avant même qu'elle n'ait eu le temps de finir sa phrase, il était déjà planté devant elle, ses bras autour de sa taille et ses yeux plongés dans les siens. Il pressa son corps contre le sien et la Gryffondor gémit de bien-être et d'anticipation.

– Et Astoria ? murmura-t-elle à quelques centimètres de ses lèvres.

– Qui ?

Sans plus de préambule, il l'embrassa en tentant de transmettre par ce baiser, tout ce qu'il était encore incapable de dire.

Hermione fut tirée de sa torpeur par de violents coups portés au portrait gardant l'entrée des appartements préfectoraux. Elle tourna la tête vers Drago qui était allongé sur le ventre et ne semblait pas être volontaire pour aller voir de quoi il en retournait. La jeune fille soupira mais se décida à se lever tout en enfilant à la va vite la chemise du blond qui dormait comme un bien heureux malgré le tambourinement de plus en plus fort. Hermione ouvrit finalement sur un Blaise dans tous ses états accompagné de Pansy.

– Merlin ! Hermione, c'est pas trop tôt ! Je m'inquiétais de ne pas te voir au dîner. Bon sang mais qu'est-ce que tu…

Il s'arrêta lorsqu'il remarqua la tenue de son amie à savoir une chemise d'homme pas complètement fermée, le faisant rougir. Il n'eut pas le temps d'ajouter quoi que ce soit que Drago, ameuté par les cris, apparut derrière Hermione vêtu en tout et pour tout d'un simple boxer.

– Vous feriez mieux d'entrer, les invita la préfète-en-chef.

Ils entrèrent dans le salon où trainaient encore leurs vêtements, qu'Hermione se dépêcha de récupérer.

– Je reviens.

Elle fila dans la salle de bain pour y revêtir des sous-vêtements et un pantalon mais en gardant la chemise de Drago. Elle rejoignit rapidement les autres qui n'avaient pas bougés, se contentant de se fixer, et prit place à côté du blond.

– Drago, intervint Pansy. Pas que je trouve ton corps désagréable à regarder, bien au contraire, mais pourrais-tu mettre quelque chose ? Tu commences à me rendre nerveuse…

Le concerné ricana mais consentit à accéder à sa requête et passa un pantalon.

– Alors vous êtes de nouveau ensemble à ce que je vois, remarqua Blaise d'un ton froid.

– Oui, confirma immédiatement Drago, un bras autour de la taille d'Hermione et son regard planté dans celui de son ami.

Bien qu'il sache qu'il n'y avait rien eu de sexuel entre eux et qu'ils n'étaient qu'amis, Drago était jaloux de la relation presque symbiotique qui liait sa petite amie et son meilleur ami.

– Une longue discussion houleuse a été nécessaire, mais c'est réglé maintenant.

– Je suis sûre que vous avez beaucoup parlé, s'amusa Pansy en faisant allusion à leur tenue précédente.

Hermione ne releva pas, se contentant d'observer Blaise et d'attendre son verdict. Le métis était devenu un vrai frère protecteur pour elle et elle savait que si elle voulait être pleinement heureuse, il lui fallait sa bénédiction.

– J'espère que cette fois c'est la bonne, lâcha finalement le brun. Parce que vous commencez à me donner le tournis !

Hermione rit, soulagée tandis que Drago lui adressait un signe de tête.

– C'est bien beau tout ça, intervint Pansy. Mais comment tu comptes faire vis-à-vis de Booth ? Je veux dire, maintenant que vous affichez en public, ton histoire n'est plus crédible !

– Je n'y avais pas pensé, approuva Blaise tandis que Drago fronçait les sourcils.

– Moi si, avoua Hermione.

– On t'écoute, l'encouragea Pansy.

– Eh bien je pensais continuer sur ma lancée du « j'y suis contrainte ». Je comptais expliquer à Jo… Booth que c'était la nouvelle idée de Malefoy pour tenter d'affaiblir Harry et l'Ordre. Et que j'ai décidé de jouer le jeu par sécurité et que, comme le dis toujours Dumbledore, il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de l'amour. Et qu'ainsi j'espère vous faire changer de camp, ouvrir les yeux ou simplement glaner des informations…

Les trois Serpentard se concertèrent du regard.

– Tu es sûre d'être une Gryffondor ? l'interrogea Pansy ce qui fit rire Hermione.

– Euh… par contre, temporisa la rouge et or, j'aurais besoin de vous. Surtout de toi, Malefoy...

Devant son ton hésitant et la soudaine rougeur qui envahit les joues de la jeune fille, le concerné haussa un sourcil.

– Pour que mon histoire soit le plus crédible possible, il faudrait que… enfin ça serait bien que, de façon subtile pour que seul Booth le remarque, que tu n'hésites pas à me « bousculer »… bafouilla-t-elle.

Une fois sûr d'avoir bien compris ses paroles et ce qu'elles impliquaient, un sourire carnassier prit place sur le visage de Drago.

– C'est avec plaisir que je t'aiderai, Amour, lui assura-t-il avec un haussement de sourcils explicite.

Hermione lui sourit en réponse : il venait d'utiliser à nouveau ce surnom qui lui plaisait tant. La vie reprenait son court.