HEROS ET DEMONS :
La femme se présenta à la porte d'entrée de l'Empire. Les gardes furent saisis par l'étrange aura qu'il émanait d'elle. Où étaient-ce ses cuisses robustes et bien formées qui s'accrochaient au flanc de se son cheval qui les attiraient ? Elle exhalait quelque chose d'inhabituel, un subtil mélange de sensualité et de sauvagerie. Elle portait les cheveux courts, coiffés en cloche autour de son cou. Son visage était triangulaire, ses yeux plissés, son nez long ses lèvres fines. Ce n'était pas une bombe sexuelle mais elle était belle par la finesse de ses traits. Son regard en revanche témoignait qu'elle devait être du genre à porter le pantalon. Deux yeux d'un vert-jaune presque blanc qui dépouillaient les esprits de toute leur intimité. Elle portait une grande cape qui entourait sa silhouette. Elle était menue mais ses formes étaient appréciables. Les gardes reconnurent la tunique. Un des types qui étaient proches de la nouvelle généralissime portait la même. Le Héros du Temps, Link. Ses bottes étaient lacées autour de ses jambes par des lanières de cuir. Elle ne portait pas de gants mais un petit ruban de cuir ornait son cou. Pendu à sa ceinture, une épée était enchâssée dans un fourreau.
« On peut vous aidez mademoiselle ? Demanda un des gardes.
Elle posa son regard sur lui. Il ne sut pourquoi mais il ressentir un mélange d'excitation sexuelle et de terreur.
-Je voudrais voir Malon Hora Wolff s'il vous plaît, répondit la jeune fille d'une voix où transparaissaient de façon paradoxale la douceur et la froideur.
-Qui dois-je annoncer ?
-Elwenne Dellano ».
Les deux gardes se regardèrent intrigués. Elwenne était connue universellement. Ils avaient eu leur lot d'imposteurs, des filles qui s'étaient revendiquées de l'héroïne du temps. Mais lorsqu'était venue la question des preuves, toutes échouèrent à ce test qui avait valu en partie sa réputation : séduire à tout bout de champ. Cette fille était différente. Ils ne la crurent pas mais l'un des gardes se rendit tout de même au palais pour prévenir Hora Wolff. Laissant son camarade seul, un jeunot d'à peine vingt ans qui tremblait comme une feuille devant cette apparition singulière.
« Ne tremble pas comme ca voyons, fit Elwenne avec une voix qui aurait pu avoir la saveur du miel si elle avait été comestible. Je ne vais pas te manger bien au contraire.
-Désolé madame, fit le jeune garde mal assuré.
-Mademoiselle je te prie, fit Elwenne avec un sourire. Tu as l'air de prendre ton travail très au sérieux.
-Oui m'dame, fit le jeune garde.
-C'est bien. Dis moi ? Combien de temps ton ami va mettre jusqu'au palais pour prévenir mon amie ?
-Je…Ben…Ca dépend, fit le jeune. Malon Hora Wolff est occupée et ne doit pas être dérangée sous aucun prétexte avant que…heu…elle ait fini je sais pas quoi…Donc peut-être pas avant une vingtaine de minutes. Elle a dit qu'elle aurait fini dans ces eaux là…Heu…Mais peut-être que si mon camarade vous annonce elle interrompra…non pas possible…Elle a dit qu'elle ne peut pas être dérangée…Oh la la je suis désolé je peu pas vous renseigner exactement…
-Ce n'est pas grave, fit Elwenne en rejetant les bordures de sa cape sur les côtés.
Le garde du se contenir pour ne pas défaillir. Le corps d'Elwenne Dellano était habillé de la même tunique que Link. Mais au niveau des lacets qui fermaient le haut, nulle chemise n'était présente. En revanche, il apercut le creux de sa poitrine s'aligner parfaitement à l'intersection des petits lacets de cuir. Et ces jambes…
-Il fait bien chaud, fit Elwenne en s'éventant de la main. J'ai bien soif et je doute de pouvoir tenir plus de cinq minutes. Aurais-tu…de l'eau sur toi ?
-Heu oui, fit le garde en hochant énergiquement de la tête, à l'intérieur du corps de garde. Je peux aller vous en chercher si vous voulez.
-Si je peux me permettre, puis-je t'accompagner ? J'aurais bien besoin de m'asseoir sur quelque chose d'autre que cette inconfortable selle de cheval ?
-J'ai bien peur que le confort soit des plus relatifs, fit le garde d'un air désolé. Mais…en cherchant bien…
-J'ai ma petite idée, fit Elwenne en descendant de sa monture.
Elle était encore plus grande que lui. Il se sentit presque écrasé par sa seule présence physique.
-Tu me conduis ? Demanda-t-elle avec des yeux doux et un petit sourire. Je crois que je vais défaillir sinon.
-A dire vrai…Fit le garde qui céda à la beauté angélique de cette vision…J'ai bien envie de prendre un petit réconfortant moi aussi…Ca ne fera pas trop de mal de prendre cinq minutes pour se détendre…Avec ce soleil…
-Bien parlé, fit Elwenne en élargissant son sourire. Allons nous détendre un peu. Je suis sur que l'on trouvera le réconfortant idéal ».
Elle fit courir ses doigts sur le plastron du garde. Un déclic le fit avancer à pas vif vers une petite porte encastrée dans l'une des tours du corps de garde. Il invita Elwenne à entrer dans la pièce et elle en franchit le seuil d'un pas lent et langoureux.
Le garde revint une vingtaines de minutes après. La fille était toujours sur son cheval et son camarade n'avait pas quitté son poste. Ils devisaient joyeusement. Très bien. Enfin un bleusaille qui a une conscience professionnelle et qui n'a pas quitté son poste à la première occasion.
« Vous pouvez y aller mademoiselle, fit-il à Elwenne. Malon Hora Wolff espérait votre venue rapidement. Elle est contente de voir que vous avez dépassé ses attentes.
-Merci bien, fit Elwenne. Bonne journée à toi, Addhon.
-Salut Elwie… »Fit Addhon avec un sourire béat.
L'autre garde la salua d'une brève révérence. Puis il se retourna vers son camarade.
« Bah…Hé ho ! Fit-il.
L'autre sursauta, tiré de sa rêverie.
-Tu te relâche mon gars, fit-il. Qu'est ce qui t'arrive de tirer cette tête de niais ?
-Rien, rien ! Fit Addhon. Mais…la dame et moi nous avons eu une intéressante conversation privée et…j'ai appris pas mal de trucs qui m'ont changé un peu la vie.
-Si à chaque fois qu'une femme se pointe elle doit te changer la vie je sais même pas comment tu vas finir toi ! Couillon va…»
Il reprit son poste avec un soupir. Addhon se remémora pour la cinquantième fois cette séance de « réconfort » en sachant qu'il ne verrait plus jamais la table du corps de garde comme avant.
Malon s'avança dans la pièce, précédée par le Capitaine et le Valet des Armes. Des armes s'alignaient sur les râteliers, des oriflammes étaient disposés le long des murs. Il y avait une odeur de vieux cuir et d'acidité dans l'air.
« Le Seigneur Kal'Domas possède l'armure des Généralissimes d'Empire, fit-il. Mais nous en avons une autre. Une armure fabriquée par les elfes, les nains, les Gorons et une cabale de magiciens. Elle a été forgée à partir d'une statuette en ébène fondue dans le magma d'un volcan souterrain. Sa nature magique fait qu'elle s'adapte à la morphologie de son porteur.
-Pourquoi personne ne la porte ? Demanda Malon.
-Elle est assez sinistre à contempler ».
Il ouvrit une petite porte au fond de la pièce et illumina une torche sur le mur adjacent. La pièce était exigüe et voutée. Contre le mur du fond, tel un homme au repos, reposait l'armure en position assise. Le noir semblait magnétiser leurs globes oculaires. Les lignes de l'armure étaient élégantes et raffinées. Une cape noire comme la nuit s'étalait depuis les épaules jusqu'au sol. Les rebords étaient en fourrure. L'armure semblait presque vivante disposée ainsi, comme un golem de fer attendant son réveil. Malon frémit quelque peu en la regardant mais une partie d'elle se sentait attirée. Le valet s'avança à pas lent, mélange d'admiration et de terreur.
-Cette armure s'adapte à la morphologie et l'esprit de son porteur, fit-il. Elle reproduit physiquement les traits les plus marquants de son âme. C'est pour ca aussi que les généralissimes ne la portent pas en général : c'est un miroir de votre personnalité.
Malon acquiesça d'un signe de tête.
-Allez perdons pas de temps, fit enfin le Valet. Mademoiselle Hora Wolff va me trancher la gorge si je vous retarde.
-A peine, fit Malon avec un sourire.
-Il vous faut enfiler cette tunique, fit le Valet en désignant une pile de vêtements noirs pliés soigneusement sur un coffre de pierre jouxtant l'armure. C'est de la soie elfique. A la fois légère et résistante. Elle a les propriétés du cuir. Nous ramènerons vos vêtements dans votre chambre ».
Le valet sortit et Malon se mis en petite tenue. Elle enfila ensuite les vêtements qu'elle trouva doux et confortables. La tunique était identique en tout points à celle de Link si ce n'est que sa poitrine oppressa quelque peu le tissu. Mais curieusement, la longueur du vêtement était la même malgré cela. La partie inférieure lui arrivait jusqu'aux genoux. Elle fixa l'armure et s'aperçut d'une particularité étonnante : l'armure ne portait pas de heaume. Mais derrière l'armure, posée sur une petite sculpture plate accrochée perpendiculairement au mur, elle vit une tiare en forme de couronne de roses.
-Malon avez-vous fini ? Demanda le valet derrière la porte en frappant légèrement.
-Oui entrez, fit-elle.
Le valet pénétra dans la pièce et s'approcha de l'armure. Il la contempla un instant.
-Bien, fit-il après un bref soupir. Allons-y. En espérant qu'elle est toujours aussi fringante ».
Il avait amené un petit tabouret sur lequel il grimpa. Il fit écarter ses bras à Malon. Puis il assembla l'armure pièce par pièce. Malon les sentit se refermer comme de petites cages autour de son corps. Sans pourtant qu'elle en ressente le poids. Elle sentit en revanche ces pièces se mouvoir de l'intérieur autour de ses membres. Le torse se bomba quelque peu pour épouser la forme de sa poitrine. Jambières et brassières se collèrent à ses jambes et ses avant-bras. Pourtant l'armure semblait ne pas avoir changée.
« Le heaume est une tiare, fit le valet en posant cette dernière sur la tête de Malon. Ses propriétés protectrices sont redoutables. Croyez moi les elfes savaient ce qu'ils faisaient.
Elle sentit ses jambes l'élever quelque peu. Des talons hauts poussaient sur ses bottes alors que ces dernières prenaient une forme moins masculine. Enfin le valet fit tomber la cape sur ses épaules.
-Ah…Attendez..Fit le valet en prenant du recul…Ca bouge.
Trois grandes lames courbes saillirent de l'épaule gauche de Malon dans un chant métallique purement cristallin.
-Bon sang j'ai failli être embroché, fit le valet en se tenant le ventre.
-D'où ca vient ca ? Demanda Malon qui regardait les pointes avec frayeur.
-Une aménagement par votre armure, s'expliqua le valet en s'essuyant le front de la manche. Utile d'après elle. Apparemment les sorts elfiques sont toujours intacts. Bon enfin…essayez de vous déplacer voir ».
Malon fit un pas. Puis un autre. L'armure cliqueta. Son pas était lourd. Il était presque imposant à entendre.
« Incroyable, je la sens à peine, fit-elle véritablement étonnée.
-Les propriétés exceptionnelles de cette armure en font un véritable trésor, fit le valet bras croisés. J'espère qu'elle vous servira bien.
-Quelle est son histoire ? Demanda Malon.
-Elle a été offerte à l'Empire il y a de cela des centaines d'années. C'était l'armure de l'Empereur à l'époque avant qu'il ne la délègue à ses généralissimes. Mais les propriétés de l'armure étant ce qu'elles sont, certains Généralissimes s'en sont servi à leurs fins. Mais ils ont sombrés dans la folie et en sont morts pour la plupart. Comme la puissance de cette armure était dangereuse, on l'a entreposée ici. Elle était jusqu'à ce jour un symbole de l'amitié entre nos peuples. Et maintenant vous la portez de nouveau.
-Si elle est si dangereuse pourquoi dois-je la porter ? Demanda Malon.
-Vous ne la porterez que lorsqu'il le faudra, fit le valet. Les généralissimes en avaient fait leur tenue de travail. Pour vous ce sera votre tenue de combat. L'effet de dépendance devrait être ainsi neutralisé.
-Bon alors tant mieux, fit Malon. Remarquez je ne sens rien de particulier.
-J'ignore comment fonctionne exactement l'armure Généralissime, fit le valet. Je ne puis vous dire si c'est bon ou mauvais signe.
-Je ferai avec, fit Malon. Merci bien.
-Prenez cela aussi, fit le valet en lui tendant une longue épée argentée à la manche noire. Voici l'épée des Généralissimes. Forgée par les même artisans que l'armure. Une épée à deux mains. Elle est extrêmement rapide et souple à utiliser. Vous n'aurez même pas besoin de bouclier.
-Comment s'appelle cette épée ? Demanda Malon en se mirant dans la lame.
-Elle ne porte pas de nom officiel. Mais je sais que l'un des artisans était originaire de l'ex-empire de Cintra dans les contrées lointaines. Il voulait l'appeler Cirilla en hommage à la petite-fille de la défunte reine Calanthe.
-Va pour Cirilla, fit Malon. Où est le fourreau ?
-Voici ! Fit le valet en lui tendant un fourreau noir. Attachez le à votre ceinture. Bon. Je pense que tout est là. Vous vous sentez d'attaque ?
-On verra bien », fit Malon.
La perspective d'une bataille la fit frémir et lui rappela des souvenirs pas si éloignés que cela. La bataille avec la Compagnie Impériale dans cette ville corrompue par un mal infect. Mais là ce n'était plus une petite bataille urbaine. Un million d'hommes peut-être se confronteraient ce jour là en plein champ. Elle frémit et son armure cliqueta.
« Ca va ? Demanda le valet qui s'inquiéta.
-Désolé, fit Malon. Un frisson. Ca m'arrive des fois ».
Hora Wolff remonta le couloir suivie par Perth, Shibukai et Gwillemine. Les deux premiers observaient avec de grands yeux les détails architecturaux tandis que la troisième regardait imperturbablement devant elle. La porte des appartements impériaux s'ouvrit alors. Elle recula avec les autres vers un petit renfoncement. Kal'Domas sortit suivi par l'impératrice. Celui-ci s'inclina avec révérence devant sa souveraine qui lui rendit son salut avec le sourire. Puis l'elfe prit le chemin de la sortie. Hora Wolff s'avança vers la souveraine, interpelée.
« C'était Kal'Domas…Fit-elle.
-Kal'Domas a décrété la fin des hostilités entre les elfes, fit l'impératrice radieuse. Je savais qu'il n'était pas fondamentalement mauvais.
-Ce revirement me semble étrange…Fit Hora Wolff.
-Les Elfes Impériaux détestent les Hyliens. Mais ils haïssent plus que tout la Terre des Ombres. Plutôt passer un an en terre hylienne qu'une seconde en Terre des Ombres. Leurs magiciens ont senti Bane qui plus est et c'est lui qui a incendié Kaldrielle. Vous devez vous en souvenir.
-Certes, fit Hora Wolff. Quelque chose d'atroce.
-Ils réclament vengeance en cet instant, fit l'impératrice avec un regard de défi. L'Armée Elfique Impériale est en route vers la Citadelle. J'ai appris aussi que les Orcs et les Dragons seront également prêts à se battre. Et je pense voir derrière vous les fameux Héros du Temps.
-eux même, fit Malon tandis qu'ils s'inclinaient tous.
Sauf Gwillemine. Perth la força à plier la tête.
-Pardonnez-là, fit Perth confus. Vous connaissez son histoire je présume.
-Ne vous inquiétez pas, fit l'Impératrice. Elle est toute pardonnée.
-Vous volerez un soir de pluie, fit Gwillemine. Vos cheveux danserons dans l'air. Une rose à votre sein gauche.
L'impératrice se renfrogna, hésitant entre l'effroi et la curiosité.
-Le sang des elfes est le mortier de ce château, fit-elle à nouveau en regardant innocemment les détails architecturaux. J'entend la voix des sages. Et sous les pierres, des milliers de fleurs.
-Le château a été construit sur un ancien cimetière elfique, expliqua l'Impératrice qui tenta de maîtriser son effroi face à Gwillemine. La rumeur veut que les architectes elfiques aient fait couler leur sang dans le mortier pour qu'il soit imprenable. Les fleurs…Ce sont sans doute les cadavres d'enfants. Car il y en a eu. Héritage d'une ancienne guerre.
-Pardonnez-moi majesté, fit enfin Hora Wolff, mais je préfère interrompre cette conversation si nous voulons mettre notre défense au point. Je suis contente d'apprendre pour Kal'Domas et les autres.
-Je comprend, fit l'Impératrice. J'ai à fait aussi. Allez et bonne chance à tous ».
Ils reprirent leur route tandis que l'Impératrice retournait en ses appartements.
« Je vais vous présenter directement à votre collègue, fit Elwenne. Il…
-Mon petit, fit Gwillemine d'une voix étranglée. Mon enfant.
-Oui c'est ton descendant, fit Shibukai d'une voix douce et paternelle. Tu es contente de le voir ?
-Pressons-nous, fit Hora Wolff en souriant. Je crois que Gwillemine a besoin de faire prendre l'air à ses instincts familiaux ».
Link et Zelda se redressèrent lorsque la porte s'ouvrit. Ils s'écartèrent des mannequins de combat. Link supervisait les passes d'arme de Zelda. Elle avait eu un entraînement à l'escrime à l'Académie Royale et ses passes d'armes étaient excellentes quoique manquant de professionnalisme. Hora Wolff descendit les trois marches avec un sourire.
« La situation avec Kal'Domas est réglée, fit-elle. Et on va recevoir encore des renforts.
-Magnifique, fit Zelda.
-Bon Link, voici tes pairs. Je suppose que tu as du entendre parler d'eux.
Shibukai, Perth et Gwillemine s'avancèrent en le regardant. Link s'immobilisa. Il ne sut expliquer pourquoi ni comment mais une espèce de lien fit un pont entre eux. Il se sentait en phase.
-Un garde m'a fait savoir que Elwenne Dellano était arrivée, reprit Hora Wolff. Je vais aller la chercher. Pendant ce temps là faites connaissance. A tout de suite ».
Elle séaloigna d'un pas rapide. Link ne s'en aperçut presque pas. Zelda restait à l'écart.
« Bon sang, fit Perth avec un petit rire. Ca fait tout drôle. J'ai l'impression de me voir.
-Ouais…Fit Link en répondant aussi avec un sourire. Vous…
-Pas de ca avec moi gamin, fit Perth. Tu m'appelles par mon nom et tu me tutoies. On est du même bord toi et moi.
-D'accord ! Je…Je sais pas quoi dire…Je suis honoré…
-Et nous donc, fit Shibukai, en s'inclinant. Nous t'avons vu affronter le Roi Sorcier Ganondorf. Tu nous as fait honneur en te battant si courageusement. Je suis fier de te compter parmis les nôtres.
Link se sentit plus en confiance que jamais. Pour la première fois il éprouva un sentiment avec lequel il n'avait jamais été accoutumé. Celui de se sentir à sa place, chez soi, dans sa « famille ».
-J'ai lu vos exploits quand j'étais enfant, fit Link. Vous êtes des légendes pour moi.
-Nous sommes tous des légendes, fit Shibukai. Tous ceux qui élèvent la main contre le mal sont des légendes. Mais l'histoire ne garde que les héros les plus voyants hélas.
Zelda eut la preuve au sujet de ce qu'elle avait lu sur Shibukai : l'extrême humilité qui faisait sa réputation. Il paraissait si noble comme ca.
-Je suis Shibukai Welter, fit celui-ci. Tu connais Perth Casus-Tel. La dame ici présente est la grande Gwillemine Tel-Caujah.
-L'Oracle du Temps ? Fit Zelda stupéfaite.
-La seule et l'unique, fit Perth. Elle est un peu…spéciale mais on s'y fait vite. Et puis…
Perth s'approcha de Link.
-C'est ton ancêtre gamin », fit-il en lui donnant une tape sur l'épaule.
Link se raidit, sentant une espèce de serpent froid et urticant lui courir le long du dos. Il daigna enfin regarder de près la dénommée Gwillemine. Elle avait écarquillé ses grands yeux d'améthyste et le considérait avec une certaine angoisse. Il put sentir son stress en regardant entre autres ses mains s'entortiller et sa respiration saccadée. Il s'avança d'un pas hésitant, ne sachant pas quoi faire. Ce fut elle qui fit le premier geste. Elle lui saisit le visage à deux mains ce qui le cloua sur place. Puis lentement, avec douceur, elle étudia son visage dans tous les angles. Puis cette brève inspection finie, elle se pressa tout contre lui et le pris dans ses bras en poussant un petit gémissement qui lui fendit le cœur. Doucement sans rien dire elle sanglota sur son épaule. Link sentit son corps répondre à cette chair qu'il connaissait sans jamais l'avoir rencontrée. Il se rendit compte alors de ce qu'il venait de découvrir. Il avait une ancêtre. Il avait une famille. Quelque chose qui ressemblait à une mère. Quelque chose qui ressemblait à un passé. Une identité. Larmes aux yeux, il lui rendit son étreinte avec tendresse.
« Mon petit », murmura Gwillemine.
Malon Hora Wolff observa la grande place, cherchant la silhouette d'Elwenne dans la foule qui se pressait. La tension était à son comble. Les visages étaient tendus, les pas plus rapides, le brouhaha plus sinistre. La section logistique de l'armée s'attachait à aménager les créneaux. Des ballistes étaient en construction au sommet des tours. Des hommes firent monter des rondins de bois et des blocs de pierre destinés à écraser les ennemis qui s'aventureraient trop près des remparts. Elle marcha près d'un ingénieur qui refusa net l'idée de construire des douves car cela prendrait trop de temps et de ressources. Des cohortes de soldats défilaient en rang. Des officiers se concertaient. Elle aperçut enfin Elwenne assise sur un plot de pierre près d'une petite taverne. Elle sirotait un verre d'alcool.
« Comment t'as fait pour savoir que j'avais besoin de toi ? Demanda Malon souriante en s'approchant.
-Je t'ai sentie te déplacer, répondit Elwenne en se levant. Et j'ai senti ce type aussi. Bane c'est ca ?
Elles se firent la bise, s'étreignirent brièvement mais chaleureusement.
-Les gardes t'ont pas posé problème ? Demanda Hora Wolff.
-J'ai déniaisé le petit apprenti du garde qui t'as fait savoir mon arrivée, fit Elwenne avec un petit rire. Ca a installé de bonne relations entre nous.
-Oh bon sang t'es increvable toi, fit Malon en rosissant. A peine arrivée tu passes à l'attaque. Bon tu veux bien mettre la bride à tes hormones pendant au moins deux ou trois heures tout de même?
-Je suis une professionnelle chérie, fit Elwenne avec un clin d'œil. Je sais distinguer le travail de la détente. Où sont les petits prodiges ?
-Avec les autres, fit Malon. Perth, Shibukai et Gwillemine.
-Et Kayin ?
Malon s'arrêta et regarda Elwenne.
-S'il te plaît…Fit-elle. Je n'ai pas envie d'en parler.
-Désolée, fit Elwenne qui l'était vraiment. J'avais espéré que…Oh Malon pardon je ne voulais pas je…
-Ca ira, fit Malon avec un sourire. J'ai retrouvé quelqu'un d'autre. Je t'ai dit que j'avais une fille. Tu te souviens ?
-Avec le fermier ? Fit Elwenne. Et donc ?...Nooooon !
-Elle s'appelle Malon, fit Hora Wolff avec un petit rire. Et elle me ressemble trait pour trait.
Elwenne eut un rire sonore de joie pure.
-Comme toi ? Fit-elle. Des seins énormes et un cul de rêve ?
-Elwenne bon sang ! Cria Hora Wolff en rigolant. On nous entend?
-T'inquiète va ce qu'on entend pas on le voit, fit Elwenne en lui donnant une tape sur l'épaule. Allez perdons pas de temps. Si on veut saigner du Roi Sorcier mieux vaut se presser.
-Dernière chose Elwenne. Ne touche pas à Link. Ni à Zelda. D'accord ?
-Là ca va être dur, fit Elwenne avec un sourire voluptueux. Zelda je peux comprendre. Mais Link…Je n'en ai vu que quelques images fugaces au cours de mes méditations mais…ce que j'ai vu est fort plaisant…
-Ouais ben met la bride un peu tu veux ?
-T'inquiète je ferai attention. Allons-y ! ».
Link et Zelda rirent à gorge déployée. Gwillemine et Shibukai en pleuraient.
« Et donc, continua Perth, pendant ma leçon sur les vertus de la chevalerie, il y a ce professeur, une espèce de perchoir à Corbeau qui s'avance vers moi. Il me demande avec une gueule de bourreau : « Admettons, jeune homme. Je suis un soldat armé jusqu'aux dents. Je suis versé dans les arts du combat. Je suis un lettré. Je n'ai cependant pas de seigneur, ni de maître. J'ai brûlé votre demeure, tué votre famille et je me présente à vous. Je suis ? Je suis ?» Et là je hurle : « Dans la merde, connard !!! ».
Link tomba à la renverse. Zelda se retint à temps sur le banc. Gwillemine et Shubukai émirent un rire tonitruant. Perth serra le poing et donna un coup sur son genoux.
-Ca lui aura fait les pieds au vieux déplumé, tonna-t-il fièrement. J'ai ramassé une déculottée monumentale mais les meilleures choses ont toujours un prix.
Ils se reprirent. Link notamment faillit s'étrangler.
-Les scolarité houleuses aussi sont l'apanage des héros, fit Shibukai. Souvent l'esprit héroïque est à la base un esprit rebelle. Car le Héros du Temps se rebelle contre une autorité précise, celle de l'injustice. Cette même injustice qui se manifeste aussi bien dans une salle de classe que dans un champ de bataille. Je pense que les plus grands héros ont été les pires cancres de l'histoire d'une certaine manière. Du moins à l'époque où nos enseignants étaient de vrais pourritures.
-Par chance mes précepteurs ne sont pas comme les tiens Perth, fit Zelda. J'ai eu de la chance à ce niveau là. Ce qui l'empêchait pas l'ennui.
-Ce sont des sentiments comme ca qui nous rappellent ce que nous sommes à la base, fit Shibukai. Aussi désagréables soient-ils, il faut nous y accrocher et ne pas céder à l'orgueil.
-On a tous des failles, fit Perth. J'ai pas été spécialement sage comme vous avez du le lire. Tout ce qu'on a dit de moi n'était pas véridique. Je gueulais jamais pour un rien et je n'étais pas non plus une espèce de révolutionnaire contestataire. Mais disons que j'appréciais de dire à voix haute ce qui me gênait dans l'autorité en place. Ce qui était quelque chose de très mal vu.
-Les Héros du Temps ont un devoir de neutralité, fit Gwillemine. Ils doivent constamment marcher sur la corde qui sépare la volonté des autres et leur volonté propre. Leur grand pouvoir exige un contrôle de l'esprit et du corps afin d'assurer l'équilibre de ce monde.
Perth mit quelques secondes à prendre la parole, stupéfait de la lucidité des propos de sa camarade. Les moments où Gwillemine faisait état d'une certaine normalité d'esprit étaient extrêmement rares. Comme des fenêtres brièvement ouvertes et qui se refermaient aussitôt.
-Comme l'a très bien souligné Gwillemine, fit Perth, être héros nous donne pas le droit d'être plus à même de rendre la justice. Nous sommes servons la justice certes. Mais prévôts, policiers, juges et avocats font de même. A leur manière. Le problème de la justice, c'est qu'elle n'a pas de standards en dehors de ceux imposés par la loi. En elle-même c'est une notion qui au final ne s'exprime qu'à partir d'un point de vue. C'est pour cela que le travail du Héros du Temps est de faire en sorte d'agir pour le mieux en sachant que son héritage se transmet.
-Il existe bien des justices, fit Shibukai. Bonnes comme mauvaises. Mais il n'existe pas une justice. Ce qu'il faut retenir dans notre rôle, c'est que notre pouvoir ne doit pas nous donner l'illusion d'être plus à même de rendre la justice en ce monde. Dans les faits, nous sommes des Héros. Dans le fond, nous sommes tous des êtres vivants. Avec ce que ca implique comme qualités et comme défauts.
-J'ai lu les histoires de Héros du Temps, fit Link. Les caractères étaient bien trempés chez certains. Notamment Kayin Stahl.
-Evite de parler de lui à Hora Wolff, fit Perth en levant un doigt. C'est un sujet extrêmement sensible.
-Est-ce que par hasard…Fit Zelda…Kayin ne serait pas le père de Malon ?
-Non, fit Shibukai d'un ton sans équivoque. Absolument pas. C'est bien la fille de Talon. Hora Wolff nous l'a fait savoir. Elle a été conçue bien après sa séparation avec Kayin.
-Mais au fait où est-il ? Fit Zelda. J'aurais pensé qu'il aurait vécu avec vous.
-A vrai dire Kayin est inconnu au bataillon pour nous, fit Shibukai. Non pas que nous n'en avons jamais entendu parler. Mais on ne l'a jamais rencontré. Je suppose qu'il a préféré rejoindre les autres âmes de l'au-délà. Apparemment Kayin Stahl ne souffrait pas de solitude comme nous.
-Nous avons toujours été des solitaires, expliqua Perth avec nostalgie. C'était peut-être ca le signe qui faisait de nous des êtres à part. J'ai eu des amis bien sûrs, mais pas de grands amis. Gwillemine a énormément souffert notamment. Sa folie lui interdisait de nouer toute forme de relations. Et quand elle s'est mise à prédire sans prévenir la mort de ceux qui l'entouraient, elle a été isolée des autres. Surtout quand on sait que ses prédictions se vérifient toujours.
Zelda et Link frémirent.
-Rien ne vous sera dit mes enfants, fit Gwillemine en les regardant tous les deux. Votre mort vous appartient ».
La porte s'ouvrit. Tous les regards convergèrent vers elle et tous furent liquéfiés.
Malon se tenait sur le seuil de la porte. Son armure noire semblait dévorer la lumière du soleil. Sa cape recouvrait presque entièrement son corps mais n'était pas complètement fermée devant son corps. Elle avait ce regard froid presque hautain, dénué de toute émotion et qui à lui seul témoignait de la puissance de son propriétaire. Elle les considéra un instant. Le manque de réaction lui fit hausser les sourcils.
« Qu'est ce qui vous arrive ? Demanda-t-elle. Je sais bien que j'ai l'air effrayante mais par pitié me regardez pas comme si j'étais Ganondorf.
Pourtant au fond de lui Link trouva presque une certaine ressemblance avec le Roi Sorcier. Une armure de ténèbres, une chevelure rousse, un regard de glace, une prestance et une stature imposante. Il se reprit.
« Bon sang t'es impressionnante, fit Link.
-Ah oui ? Fit Malon. Je sais pas trop. Cette armure est un peu bizarre je trouve.
-C'est la fameuse armure des généralissimes, fit Zelda. Mon père m'a parlé de cette histoire. Ce n'est pas dangereux ?
-D'après le Valet des Armes, fit Malon en descendant les marches, je ne porterai cette armure qu'en cas de nécessité. Ce qui neutralisera les potentiels effets de dépendance à sa puissance.
-Kal'Domas a de quoi s'inquiéter, fit Zelda avec une ironie toute en frayeur.
-Reprenez-vous bon sang, grogna Malon. Ce n'est qu'une armure. Vous n'allez pas encore me faire le coup du « tu es différente parce que t'as pas l'apparence qu'on te connaît ».
-Elle a raison, fit Perth en se redressant, l'habit ne fait pas le prêtre. Pardonnez notre surprise, mademoiselle. Je me présente, Perth Casus-Tel. L'espèce de moine…
-Va te faire foutre, Perth, fit Shibukai.
-Monsieur le moine susceptible disais-je se nomme Shibukai Welter. Et voici Gwillemine Tel-Caujah.
Malon écarquilla légèrement des yeux.
-Vous êtes les Héros du Temps anciens ? Fit-elle. Oh bon sang…
Link et Zelda retrouvèrent cette vulnérabilité et cette timidité qui avait un instant cédé la place à quelque chose de plus sinistre. Malon s'avança d'un pas presque hésitant.
-Maman a fait vite on dirait…Fit-elle.
-Maman ? Fit Perth. Bordel ! Mais oui ! T'es la fille de Hora Wolff !
Shubukai se leva prestement. Gwillemine se contenta de rester assise, souriante.
-Un vrai portrait vivant, fit Shibukai impressionné. Incroyable jusque dans la coiffure. L'hérédité c'est quelque chose. A croire que Malon t'as fait toute seule.
-Mon père lui a donné un petit coup de pouce, fit Malon en souriant. Il s'appelle Talon.
-Ah oui le fameux Talon, fit Perth en se grattant la barbe. Je serais curieux de savoir à quoi il ressemble ce type.
-Depuis quand connaissez-vous ma mère ?
-Hora Wolff et nous sommes entrés en contact après son départ d'Hyrule, fit Shibukai. Elle tenta de chercher la paix dans la sagesse des Héros. C'est nous qu'elle trouva. Finalement nos liens se renforcèrent et nous parlâmes de nombreuses fois au sujet de nombreuses choses. Elle nous a parlé de toi et de ton père. Tu savais qu'elle voulait devenir mère depuis toujours ?
-Elle m'a raconté son histoire avec Kayin Stahl…Fit Malon.
-Le premier amant, fit Gwillemine. La fleur fanée lors d'un hiver amoureux qui éclora un jour de printemps sanglant ».
Malon observa Gwillemine d'un œil étonné. Puis elle se souvint du passage consacré à l'héroïne dans le livre que Crapaud lui avait fait lire. Gwillemine était folle. Et extralucide. Ce qui d'une certaine manière était un paradoxe.
« Viens t'asseoir Malon, fit Zelda en tapotant sur le banc où elle et Link étaient assis. On attend ta mère. Elle est partie chercher Elwenne Dellano.
-La pyromane des fonds de pantalons, fit Perth avec un rire gras. J'espère que ton Link a les reins solides et l'endurance qui va avec.
Il eut un rire tonitruant. Link jeta un regard inquiet et quelque peu gêné à Zelda. Mais celle-ci pouffait de rire avec Malon.
-Rigolez pas les filles, fit Shibukai. Elle aime les femmes aussi ».
Cette fois ce fut Link qui se mit à rire.
Elles les observèrent en train de rire depuis la fenêtre du couloir qui faisait pont au dessus de la porte de sortie du camp d'entraînement.
« Alors qu'est ce que tu en penses ? Demanda Hora Wolff avec un sourire. Link est à ton goût ? Je crois qu'il a un petit faible pour sa princesse donc a mon avis n'espère pas…
-Ta fille, fit Elwenne d'une voix étrange et troublée. Regarde-la.
L'enthousiasme d'Hora Wolff disparut. Elle porta son regard vers la cours. Ce qu'elle avait cru être un Garde d'Elite Impérial était sa fille. Elle en eut le souffle coupé.
-C'est ma fille ca ? Souffla-t-elle.
-Tu sais ce qu'elle porte ? Intervint Elwenne sombrement. Tu connais cette armure ?
-J'en ai entendu parler.
-L'armure des Généralissime. Une arme maudite…d'une certaine manière. Parce que ses porteurs ont connu une fin tragique. Regarde et observe. La couleur. Ces pointes qui émergent de son épaulière de gauche. As-tu remarqué ?
Hora Wolff ne répondit rien.
-L'armure des Généralissime suit le principe de la malédiction de la Terre d'Or d'Hyrule, reprit Elwenne avec un sérieux qui aurait littéralement brisé sa réputation de bonne vivante hédoniste. Elle reflète la nature même de son porteur. Ce qu'il y a au fond de son cœur et de son âme. A ce que je vois ta fille est troublée.
-La guerre sans doute, fit Hora Wolff en croisant les mains sur le rebord de la fenêtre. Regarde la rire avec ses camarades. Elle ne semble pas souffrir.
-Il est des grandes douleurs qui sont muettes, fit Elwenne. J'en ai connu quelques unes. Je n'ai pas toujours été heureuse dans ma vie amoureuse. Le silence est ma façon d'exprimer ma souffrance. C'est quelque chose d'intime, qui n'appartient qu'à nous. Pour certaines personnes, parler de leur souffrance est une forme d'exhibition de soi.
-Tu insinues que ma fille souffre ?
-Elle est troublée assurément, fit Elwenne. Mais parfois on en a pas conscience. Les moments heureux changent les idées. Quand l'euphorie retombe, vient le temps des questionnements incessants de l'esprit. Et l'inévitable confrontation avec sa propre psyché maladive.
Hora Wolff garda le silence. Puis se rappela.
-Gwillemine ! Fit-elle. Elle a dit que mal fille brûlait.
-L'oracle ? Fit Elwenne. Un conseil écoute la. Elle est folle mais elle ne ment jamais.
Elle se tourna vers Hora Wolff.
-Entraîne la, fit Elwenne. Mais lorsque le dernier jour avant la bataille sera là…retourne avec elle voir ton mari. Et passez une journée comme une vraie famille. Qu'elle connaisse au moins cela avant de plonger dans le cauchemar. Ca atténuera sans doute son trouble.
Hora Wolf resta silencieuse. Elwenne Dellano était sa meilleure amie avec Velta'Ielle. Elle n'approuvait pas toujours son style de vie et ses frasques. Mais lorsque cette dernière causait avec tout le sérieux qu'on lui demandait, elle devenait un interlocuteur avisé aux arguments pratiquement imparables. Elwenne était terriblement intelligente et lisait dans le cœur des gens avec une facilité déconcertante, un don sans doute aiguisé des suites de ses nombreuses heures passées sur un lit. On peut connaître les gens et apprendre comment les connaître rien qu'en faisant l'amour lui avait-elle dit un jour. C'était l'une des rares fois où Elwenne mentionnait le sexe non pas comme un divertissement ou un plaisir mais comme quelque chose d'utile dans sa vie.
-Sinon ton Link est bien bâti, fit Elwenne avec un sourire et de nouveau ce ton taquin. Hmmm le bel animal. Exactement comme dans mes visions mais en mieux.
Elle renifla longuement.
-Il sent…Fit-elle les yeux fermés, la voix rêveuse…Il sent le sable reflué par la mer sous une nuit étoilée…il sent le sable du désert sous un soleil de plomb…Il sent la sueur du héros qui perle sur le corps de ceux qui lèvent le glaive vers une constellation de monstres…C'est un battant et un guerrier…Avec quelques failles on dirait.
L'instinct animal d'Elwenne. Encore une manifestation de sa puissance. Malon Hora Wolff n'avait jamais connu le secret qui donnait à Elwenne ce côté presque bestial. Elle pouvait entendre, sentir, voir mieux que quiconque. Le noir n'était pas un problème, le plus inodore des relents sentait fort pour elle, elle pouvait sentir le sang couler dans les veines de quelqu'un en posant un doigt sur sa peau. Elle pouvait par ses seuls sens faire le portrait de quelqu'un.
-Quelles failles ? Demanda Hora Wolff en croisant les bras.
-Naïf, parfois enclin au doute, fit Elwenne en comptant sur ses doigts, il a ce côté enfantin qui persiste. Regarde son visage. Il est juvénile alors qu'il devrait à son âge afficher le masque dur et froid d'un adulte. Mais en revanche il est courageux, tenace et jusqu'au-boutiste. Il a cette lueur au fond des yeux, une espèce de lueur de défi.
-J'ai remarqué.
-Elle semble interdire à quiconque la voit de toucher à ceux et celles qu'il aime. C'est un protecteur et un justicier. Il est digne d'être parmi nous. Il a vaincu le Mandrag Ganondorf après tout ce qui n'est pas un mince exploit. Il ne devrait pas avoir de problème face à Bane.
-Pourquoi tu dis ca ?
-J'ai entendu parler de Bane pendant mes voyages, fit Elwenne. C'était un voleur lui aussi. Moins ambitieux que Ganondorf mais peut-être bien encore plus sanguinaire. Il rêvait d'une nation de voleurs taillée dans l'or de ses victimes.
-C'est très intéressant mais le rapport avec Ganondorf est plutôt vague.
-Tu n'as pas compris ? Demanda Elwenne avec un sourire. Que signifie Mandrag Ganondorf Dragmire à ton avis ?
-C'est de la langue Gerudo. Ca veut dire « Ganondorf des Voleurs Enchantés ».
-Bane est un des Rois Gerudos légendaires. Son véritable nom est Mandrag Bane Dragmire. Il n'y a pas que les cafards qui ont la vie dure, pas vrai ? »
Hora Wolff ne répondit que par un tremblement.
