« Bonsoir. »

Froidement, il ne lui fît pas même une bise, alors qu'il rentrait très probablement d'une longue journée, faite de rendez-vous et de travail de terrain, mais John n'était pas d'humeur, pas du tout même. Car il avait ruminé ses questions, car il avait passé la journée à s'auto-interroger, il était ce soir de pire humeur que lorsqu'il avait commencé à se sonder, réfléchissant à chaque aspect de sa réflexion, tentant de s'apporter des réponses, estimant que c'était peut-être un fond sociétal, ou bien un fond existentialiste, voire même la crise de la quarantaine qui s'était occupée de lui. Après tout, virer de bord à quarante et un ans n'était pas un phénomène si rare, non ?

« Je vais bien. »

Tout menteur qu'il était, il était aussi bon qu'un enfant qui prétendait ne pas avoir remué toute la maison pour trouver ses cadeaux quelques jours avant Noël, et fut découvert bien avant qu'il ait d'ailleurs cherché à démentir l'affirmation de son compagnon, comme quoi il n'avait visiblement pas l'air en forme. Watson se vexa, et décida de monter s'isoler dans son studio, sans pour autant fournir d'informations supplémentaires qu'un 'je sors.' sec et amèrement reçu, au vu de l'expression que le visage du consultant arborait. Mais il n'interrogea pas pourtant son petit partenaire, pour ne pas l'irriter plus que ce qu'il ne l'était déjà, chose rare, qui plus était.

« A la maison. Ne viens pas. JW »

Terré dans son canapé-lit, non déplié, genoux repliés à la poitrine, mains croisées sur les tibias, notre blondinet se reperdait dans ses tortures mentales, se demandant maintenant si ce n'était pas lui qui avait un souci, car après tout, dans son entourage proche, en dehors de sa sœur, qui était homosexuel ? Et si c'était justement de famille ? Si leurs parents avaient ratée une période cruciale de l'enfance de leurs deux bambins durant laquelle ce genre de choses se définissait un peu mieux ? Mais pourtant il n'avait pas toujours éprouvé cette attirance pour les hommes, et puis, même si on devait compter le limier dans le lot, cela ne faisait seulement que deux hommes... Deux de trop ? Il tomba de fatigue.

« Hmmm Jim qu'est-ce que tu fiches ici... Je t'ai dit de ne pas venir... Hmm, bah maintenant que tu es là viens te coucher... Tais-toi, j'ai pas envie d'en parler. Non. Dors. »

Comme le grumpy cat qu'il savait être lorsque son amant le contrariait, même lorsqu'il ne le contrariait pas en fait, il était comme cela dès que quelque chose clochait, et qu'il l'intériorisait trop longtemps pour en parler librement quand il aurait l'occasion de parler à une personne de confiance, il l'envoya paître dès qu'il le put. Comme chaque fois, les choses se terminèrent bien, en soupirs soutirés, baisers volés, et 'je t'aime' scandés. Comme toujours, notre protagoniste s'apaisa en fin de compte, car comme toujours il ne savait rester de marbre en face d'un Jim Moriarty concerné par les raisons de son mal-être, qui, comme d'habitude, réconfortait son hérisson de mots doux, dont il avait l'exclusivité toute particulière.


Tu me flattes, Tupol, j'en ai rougi ;) Ne t'en fais pas pour ton internet, je comprends parfaitement. Et, qui sait, ils iront peut-être à Marseille ensemble un jour ou l'autre. Passes une bonne soirée. Kittens.