Disclaimer : The Host appartient à Stephenie Meyer.
Bonne et heureuse année 2017 à tous ! Que tous vos voeux se réalisent :)
Et en attendant, voici un nouveau chapitre (désolée de manquer de constance...)
Merci à tous les lecteurs, followers, reviewers, sincèrement. :)
Chapitre 51
J'ai tenté de négocier pour échapper aux courses ce jour-là, prétextant que nous avions déjà rassemblé beaucoup et qu'un jour sans n'allait rien y changer. Mais Jared ne voulait pas que Kyle et moi restions dans la chambre aussi longtemps, sans sortir. Il avait peur que ça n'attire les questions.
J'avais essayé de lui expliquer qu'il y avait surement moins de risque de rester au motel que d'aller au centre commercial, mais il ne changerait pas d'avis.
— Je te préviens Jared, si jamais on a des ennuis, ce sera de ta faute.
Et j'étais montée dans la voiture, Kyle démarrant avant qu'il n'ait pu répondre. Personne ne parlait, ils sentaient que j'étais trop tendue, ils préféraient me laisser tranquille. Je savais que les habitants de Wichita savaient qu'Emma et moi avions pu nous échapper. Si jamais ils me reconnaissaient, auraient-ils l'idée de se demander si j'étais encore humaine ou non ? Savaient-ils qu'il existait toujours des rebelles ou vivaient-ils coupés de ce genre de nouvelles ? Seraient-ils seulement capable d'imaginer un instant que deux jeunes filles avaient pu survivre dans ce monde hostile aux humains ? Je ne me sentais pas capable de jouer la comédie devant des gens qui m'avaient été chers…
Une fois arrivés sur le parking, et hors de la voiture, Kyle a pris ma main pour ne plus la lâcher. Je sentais mes doigts contractés autour des siens sans pouvoir me relâcher. Et il ne disait rien. Je le voyais simplement me jeter des regards inquiets de temps à autre. Quant à moi je restais concentrée sur mon environnement, essayant de remettre des noms sur les visages qui m'entouraient, essayant d'éviter ceux que je côtoyais le plus, essayant de repérer des membres de ma famille. Personne n'était venu m'accoster quand nous arrivions dans notre rayon pour chercher les affaires que Sharon avait listé. Kyle m'avait quittée quelques minutes, le temps d'aller chercher un article dans le rayon d'à côté.
— Hey !
Cette voix… Bien des années avaient passé mais elle résonnait toujours aussi familièrement en moi.
— Emma ? Ou est-ce que c'est Hayley ?
Je m'étais figée, incapable de réagir. Qu'est-ce que je pouvais bien faire ? Maintenant qu'il m'avait vue et qu'il savait que je l'avais entendu je ne pouvais pas partir… Mais j'étais incapable de me retourner, incapable de voir ce reflet argenté dans ses yeux si familiers et pourtant si lointains…
— Papa… ai-je murmuré.
— Hayley, c'est toi n'est-ce pas ?
J'ai fini par lever mon regard sur lui. Il n'avait pas vraiment changé. J'ai cru voir un reflet de tristesse passer sur les traits de son visage avant d'y lire de la joie.
— Oui, c'est moi.
Il m'a prise dans ses bras. Que voulait bien signifier cet éclat de tristesse… Et qu'étais-je censée faire maintenant que j'étais tombée sur lui ? Lui, entre tous… Je détestais Jared !
— Où est ta sœur ?
— Nous ne sommes plus ensemble… ai-je commencé.
— Pourquoi, il s'est passé quelque chose ? Je suis tellement désolée de vous avoir fait partir toutes les deux, si seulement on était resté tous ensemble…
— Non, non. Elle va bien, c'est juste que…
Que quoi, au juste ? Qu'étais-je censée lui dire ? Que j'étais toujours humaine ? Qu'il avait une rebelle en face de lui, alors qu'une âme avait pris sa place ?
Kyle est arrivé à ce moment et il a répondu à mon père.
— Qu'elle vit avec moi maintenant. Bonjour, je suis Eclat-De-Lumière, a-t-il lancé, sûr de lui.
— Bonjour. Vous pouvez m'appeler Alec.
J'étais étonné. Il avait gardé son nom humain.
— Comment vas-tu Hayley ?
— Bien, ai-je réussi à articuler avec un sourire forcé. Très bien. Et Maman ?
— Elle va bien, elle aussi. Tu pourrais peut-être passer à la maison ?
— Je… Je ne sais pas.
— Nous avons de la route à faire. Nous allons rendre visite à votre autre fille. Nous avons de la route et je préfère conduire tant qu'il fait encore jour, est intervenu Kyle.
— Oh, c'est dommage… Mais je comprends. Donne le bonjour à ta sœur pour moi, Hayley. Et revenez nous rendre visite à l'occasion. Vous nous manquez à ta mère et moi.
— Bien sûr Papa. Je suis désolée de ne pas pouvoir rester. Tu me manques aussi. A bientôt ! ai-je lancé alors que Kyle m'entrainait vers la caisse.
Il n'a pas ouvert la bouche jusqu'à ce que nous ayons rejoint Ian et Gaby à la voiture. Je devais être livide parce que Gaby a voulu venir vers moi et me parler mais Ian l'en a empêchée. Il lui a dit quelque chose et elle est montée dans la voiture. Ian a aidé son frère à mettre les achats dans le coffre et il s'est dépêché de sortir du parking.
— Que s'est-il passé ? a interrogé Ian, inquiet.
— Hayley est tombée sur son père.
— Quoi ? ont crié en cœur Gaby et Ian. Comment ?
— Je suis née ici, ai-je murmuré.
Kyle me serrait toujours dans ses bras. J'étais sous le choc. L'avoir revu me faisait souffrir d'une façon inimaginable. D'autant plus qu'avec un peu de recul, j'étais maintenant persuadée qu'il se battait toujours quelque part à l'intérieur. C'était de là que venait la tristesse que j'avais entre-aperçue. C'était mon père qui était triste d'avoir cru que je n'étais plus humaine et qu'il avait échoué à nous protéger.
— Il est toujours en vie, ai-je lâché.
— Qu'est-ce que tu veux dire ? a demandé Kyle, soucieux.
— Mon père. Il est toujours là, à l'intérieur.
— Comment le sais-tu ?
— Ne me demande pas de t'expliquer Gaby. Je sais que ça ne changera rien. Vous ne me croirez pas plus si je vous le dis.
— Mais en tout cas pas moins. Alors raconte, a insisté Ian. Ça ne fera aucun mal.
Kyle m'encourageait par ses gestes.
— Quand il a vu que c'était bien moi, j'ai vu de la tristesse dans son regard, comme un conflit, avant que ce ne soit remplacé par de la joie. Je suis sûre que cette tristesse venait de lui et qu'il s'est fait taire par l'âme qui l'habite et qui, elle, était contente de voir qu'un humain n'était plus rebelle.
— Ce que tu dis se tient, en soi… Mais comment être sûr que tu n'as pas imaginé cette tristesse ou que ce n'était pas simplement un reflet de la tienne ? a demandé Ian.
— Il n'y a aucun moyen d'en être sûr… ai-je concédé.
— Rentrons simplement et attendons que Mel et Jared reviennent, pour leur en parler et décider de ce que l'on fait, a décidé Ian.
Le reste du trajet s'est fait en silence. Une fois au motel, ils ont insisté pour que l'on reste tous dans la même chambre. Kyle ne m'avait pas quittée d'une semelle. De mon côté, je restais figée, incapable d'accéder à mes sentiments. Je savais qu'au moment où ils ressurgiraient, j'allais être très mal, ou faire quelque chose de stupide… Ian était posté devant la fenêtre, à surveiller l'arrivée du camion, Gaby à ses côtés.
Lorsqu'ils sont enfin revenus, Ian s'est précipité vers la porte pour leurs faire signe de venir directement dans ma chambre. J'ai lu de l'inquiétude sur leurs visages. Ils se demandaient pourquoi tout le monde était réuni ici, ce qu'il s'était passé. Le regard de Jared s'est rapidement posé sur moi, et il a tout de suite compris.
— Qui ?
— Mon père, ai-je répondu.
— Je suis désolé.
Je l'ai regardé, il semblait sincère.
— Elle t'avait pourtant prévenu, est intervenu Kyle.
— Ce n'est pas ce que je voulais, et sincèrement, je n'aurai jamais imaginé qu'elle tombe sur son père. C'est bien le seul à t'avoir reconnue n'est-ce pas ? Et pourtant, ce n'était pas le seul qui t'avait connue ?
— Non, c'est vrai.
— Et comment ça s'est passé ?
— Pas très bien, je ne savais pas quoi dire. Jusqu'à ce que Kyle arrive et intervienne.
— Tu penses qu'il sait ?
— Je n'en sais rien…
— Non, je ne pense pas, a dit Kyle. Je n'ai rien vu dans ses expressions qui pourraient laisser entendre qu'il a des doutes sur son humanité…
— Il y a autre chose.
Ce n'était pas une question et Jared me regardait droit dans les yeux.
— Rien d'important pour notre sécurité, ai-je dit.
Je n'avais pas envie de l'entendre dire, lui aussi, que j'avais rêvé. Il a regardé tour à tour Kyle, Ian puis Gaby. Cette dernière ne pouvait rien lui cacher…
— Elle pense que son père lutte toujours.
— Tu vas y aller, n'est-ce pas ? m'a demandé Jared.
— Non. Je ne sais pas… Je ne peux pas réfléchir.
— Je ne la laisserai pas se mettre en danger, a informé Kyle.
— Est-ce que tu es vraiment capable de l'en empêcher si elle l'a vraiment décidé ?
Kyle allait répondre quelque chose de bien senti à Jared, je l'ai senti se tendre, mais je me suis un peu plus serrée contre lui avant de parler à sa place.
— Je ne ferai rien. Ecoute, Jared, je ne veux pas que tu croies que je ne meurs pas d'envie d'aller sauver mon père… Mais qu'est-ce que je ferai une fois là-bas ? J'assommerai mes parents ? Et puis quoi ? Je sais retirer une âme, mais où je la mettrai ? Et s'ils ne se réveillent pas ? Je serai bloquée là-bas, et des gens finiraient bien par venir vérifier pourquoi ils ne sortent plus de chez eux… Je sais que ça ne servirait à rien que j'y aille.
— C'est ta famille, Hayley, a confié Mel. Tu es sûre d'être honnête avec toi-même en disant ça ?
— C'est bon, Mel, on peut lui faire confiance. Elle ne dirait pas ça à la légère.
J'étais étonnée du soutien de Jared.
— Non, je ne dirai pas ça si je ne le pensais pas vraiment. Mais je n'ai pas fini. Je ne ferai rien, dans mon état actuel. On ne peut pas rester ici. D'une part parce que Kyle a dit qu'on reprenait la route et si jamais on retombe sur mon père, cette fois-ci il se doutera de quelque chose. D'autre part parce que je ne suis pas sûre de pouvoir me faire confiance, arrivée à un certain point. Nous avons besoin de mettre autant de distance que possible entre lui et moi, le plus vite possible.
Il y a eu un long moment de silence lors duquel Jared n'a cessé de me fixer, posant probablement le pour et le contre.
— Très bien. Tout le monde rassemble ses affaires. On part dans cinq minutes.
Ian a pris Gaby par la main et ils sont partis dans leur chambre, Mélanie sur leurs talons.
— Je suis désolé, Hayley.
— Je sais.
C'était tout ce que je pouvais lui dire. Et c'était vrai, je savais qu'il était sincèrement désolé, mais je ne pouvais pas encore lui pardonner le fait de m'avoir obligée à sortir de cette chambre. Il a refermé lentement la porte, espérant que j'ajoute quelque chose, mais j'avais déjà le dos tourné à rassembler mes affaires.
— Tu vas bien ?
— Oui, ça ira Kyle.
— Tu m'impressionnes, tu sais ?
— Pourquoi ?
— Parce que tu arrives à garder ton calme, tu arrives à réfléchir, tu arrives à dire la vérité alors que tu meurs d'envie d'aller le retrouver…
— Ne te méprends pas sur moi, Kyle. Si j'avais été seule, si tu n'avais pas été là, s'il n'y avait pas toutes ces personnes dans les grottes, ça ferait longtemps que je serai chez moi, à essayer de récupérer mon père. Quant à garder mon calme… Attends que toute cette situation ne s'éloigne, attends que notre survie ne soit plus en jeu… Je suis bien loin d'être aussi forte que vous ne le pensez, ou que j'aimerai l'être.
— Personne ne peut l'être dans des situations pareilles…
— Tu n'en sais rien. Mais ce n'est pas important. Ne soit pas trop impressionné par mes réactions pour le moment. Attends que le contrecoup arrive. Tu es prêt ?
Les jours suivants ont été durs pour moi. Je n'arrivais pas à dormir parce que je ne cessais de monter des plans pour pouvoir sauver mon père. Du coup, je n'avais qu'une envie, me retrouver au milieu des âmes, à faire les courses pour ceux qui nous attendaient dans les grottes. Parce que c'était à ces moments que je ne pensais plus à cette rencontre avec mon père, trop concentrée sur ma tâche et le fait de ne pas me faire prendre. Malheureusement, ces moments ne duraient jamais assez longtemps. Le reste du temps, Kyle s'en sortait admirablement, pour me faire penser à autre chose, mais il arrivait un moment où il finissait par sombrer et où je me retrouvais seule avec mes pensées. Aucun d'entre eux ne savait vraiment que je n'avais pas fermé l'œil depuis trois jours. Dans une autre vie, tenir debout aurait été impossible, mais c'était loin d'être mes premières nuits d'insomnie…
J'ai jeté un coup d'œil vers Kyle. Il dormait à points fermés. J'ai observé un moment sa poitrine se soulever et s'abaisser sur un rythme lent et régulier, ponctué de temps à autre par un petit soupir. J'enviais sa facilité à dormir dans n'importe quelle situation. Avec le moins de bruit et de mouvements possibles, je suis sortie du lit, j'ai enfilé mon pantalon et mes chaussures, j'ai attrapé ma veste, mon couteau et ma lampe qui trainaient sur la table et je suis sortie de la chambre sans un bruit.
C'était le tour de Ian et Gaby de monter la garde. Leur chambre se trouvait juste à côté de la nôtre. J'ai rasé les murs en partant de l'autre côté pour qu'ils ne me voient pas. J'ai traversé le parking, faisant attention de rester dans l'ombre. Nous nous trouvions au Nord du Colorado, bien loin, à présent, du Kansas, de Wichita, de mon père… Je me dirigeais vers le petit parc qui se trouvait juste en face du motel. A cette heure tardive, il n'était pas éclairé, ce qui était parfait, personne ne verrait le manque de lueur argentée dans mes yeux.
Je me suis assise sur un banc, prenant une grande inspiration, la gardant quelques instants dans mes poumons avant d'expirer lentement. J'étais épuisée mais mon cerveau refusait de se déconnecter. J'avais besoin de ma sœur et le destin semblait s'amuser à me faire souffrir en me donnant à présent le besoin de récupérer mon père. Je n'étais pas à l'aise avec moi-même. Pourquoi avais-je gagné le droit de rester humaine et pas ma famille ? Pourquoi m'avait-on offert la possibilité de trouver Kyle mais d'avoir dû perdre ma sœur pour ça ? Pourquoi nous avait-on laissé survivre aussi longtemps ma sœur et moi pour finalement lui arracher son humanité ?
Je savais que certains habitants des grottes croyaient toujours en Dieu, en une certaine Autorité. Mais comment un quelconque Dieu, nous ayant soit disant créer à son image, aurait pu laisser des aliens nous effacer et prendre notre place. J'avais énormément de mal à comprendre cette idée, à comprendre comment ils arrivaient à justifier que cette invasion était une épreuve de Sa part. Et quelque part, je les enviais aussi, parce que cela leurs permettait de répondre à des questions laissées sans réponse, à trouver une motivation pour continuer lorsque les autres leur faisaient défaut. Mais après tout, je n'avais pas moi-même toutes les réponses, peut-être que ma chance venait d'une Autorité Supérieure, allez savoir… Que ce soit le cas ou non, je n'avais pas vraiment le temps d'y penser si je voulais survivre.
J'ai laissé ma tête tomber en arrière, les yeux levés vers le ciel. Peut-être qu'il existait un autre monde, quelque part dans cet univers, qui avait réussi à trouver un moyen de combattre les âmes et de retrouver les consciences perdues des êtres d'origine. Peut-être viendraient-ils un jour aider tous ces autres mondes qui avaient été envahis sous prétexte d'être sauvés… C'était peut-être ça, la clé du bonheur. Croire. Croire qu'il existait quelqu'un ou quelque chose, là-haut, qui viendrait nous sauver. Si c'était ça la solution, alors le bonheur risquait de me faire défaut toute ma vie, parce que je ne savais plus croire en autre chose que moi ou les personnes proches de moi. Lorsqu'il m'arrivait encore de croire en quelque chose…
J'ai fermé les yeux, essayant de me vider l'esprit de toutes ces pensées inutiles et divagantes…
— Ne t'avise plus jamais de sortir en douce comme ça. Tu as failli me faire mourir de panique.
— Je suis désolée, ce n'était pas mon intention, ai-je murmuré sans ouvrir les yeux.
— Je ne t'ai même pas fait peur ?
— Je t'ai entendu arriver Kyle. Je ne suis pas complétement inconsciente au point de ne pas faire attention à ce qui m'entoure…
Il s'est assis à côté de moi et a passé un bras autour de mes épaules.
— Qu'est-ce qui ne va pas ?
J'ai poussé un soupir en me redressant et en tournant mon regard vers le sien.
— Tu le sais. Je suis désolée, je ne voulais pas te réveiller et encore moins t'inquiéter.
— Hayley… Je suis inquiet depuis le moment où j'ai su que c'était ton père. Arrête de croire que tu l'abandonnes. On reviendra pour lui, un jour. Bientôt.
— Je ne sais pas. J'y ai réfléchi, tu sais. Ma mère, elle, ne reviendra pas. Elle ne savait pas quand elle s'est fait prendre. Tu crois vraiment que mon père sera reconnaissant quand il comprendra qu'il ne pourra plus revoir ma mère, sa femme ?
— Et toi, tu crois qu'il préfère être enfermé dans sa propre tête, à voir ta mère contrôlée par quelque chose d'autre, à croire que tu as été prise aussi ? Tu crois qu'il ne préférerait pas savoir que tu es toujours toi et enfin récupérer le pouvoir de se contrôler ?
— Je crois qu'il y perd dans les deux cas. Et je crois que je ne me sens pas capable de faire ce choix à sa place…
— Tu n'as pas le choix. En décidant de ne pas choisir, tu en fais un quand même, tu choisis de le laisser vivre avec cette âme en lui, avec ta mère.
J'ai soupiré.
— Si seulement Emma était avec moi, je pourrais décider avec elle. Mais là, je ne sais pas quoi faire. J'ai l'impression que quoi que je décide, les choses iront mal. J'ai l'impression de ne jamais faire ce qu'il faut…
— Crois-moi, si tu ne faisais pas ce qu'il fallait, tu ne serais pas là en ce moment. Ou en tout cas, pas sous cette forme.
— C'est discutable…
Je me suis brusquement figée, je venais d'entendre quelqu'un approcher. J'ai tourné mon regard vers le bruit, essayant d'apercevoir celui qui s'approchait mais il faisait trop sombre. J'ai sorti ma lampe de poche, prête à vérifier l'identité de l'inconnu.
— Hayley, j'ai entendu ta voix, est-ce que c'est bien toi ?
Kyle s'est figé également à côté de moi. Cette voix lui était étrangère. Mais pas à moi. Je l'avais bien connu à une époque. Décidemment, cette expédition était remplie des fantômes de mon passé. J'ai posé ma main sur l'épaule de Kyle tout en me levant.
— Mike ?
— Je ne me suis pas trompé, c'est toi !
Il était à quelques pas de moi à présent, je le sentais. J'ai allumé la petite lampe et je l'ai braquée sur ses yeux. Il les a vivement refermés, sous le choc avec l'obscurité ambiante, mais j'avais eu le temps de voir ce que je voulais. C'est-à-dire aucun reflet argent.
— Mon Dieu, Mike !
Il m'a prise dans ses bras et a tourné sur lui-même une ou deux fois avant de me reposer.
— Je suis content de te revoir. Pendant un moment j'ai cru qu'ils t'avaient eu. Qu'est-ce que tu fais dans ce parc, en plein milieu de la nuit, en plein milieu de ces vers ?
Kyle s'est levé derrière moi. Il se tenait bien droit, de sorte qu'il me dépassait d'une bonne tête et demie et Mike d'une bonne tête. Ce dernier a eu un léger mouvement de recul. Il avait dû percevoir la menace émanant de Kyle.
— Ça, ce n'est pas Emma, a lâché Mike.
— Non, difficile de les confondre. Mike, voici Kyle.
Il l'a complétement ignoré.
— Où est ta sœur ?
— Elle s'est fait prendre, ai-je dit sèchement.
— Je suis désolé…
— Je peux savoir à qui j'ai l'honneur ? a balancé Kyle, irrité.
Je me suis rapprochée de lui pour lui prendre la main et le calmer un peu.
— Gemma et Chris sont ici, avec toi ?
— Oui, ils sont dans une maison, à rassembler ce qu'il nous faut. Ils vont revenir ici une fois qu'ils auront fini.
— D'accord. On va s'asseoir alors, et je vais te raconter comment on se connait, Kyle.
— Je veux bien savoir ce qu'il t'est arrivée aussi, a dit Mike.
Je me suis assise, entourée des deux hommes, tous les deux hostiles l'un envers l'autre et curieux de connaître mon histoire.
— J'ai rencontré Gemma, Chris et Mike il y a quelques années. Je venais d'avoir dix-sept ans, je crois. Ils étaient en mauvaise posture, très mauvaise.
— C'est peu de le dire, est intervenu Mike. Une petite armée de traqueurs nous entouraient !
— Tu exagères. Ils n'y en avaient que cinq ou six… Bref, j'avais repéré l'activité suspecte des traqueurs et je voulais savoir ce qui les avait attirés. Je suis donc tombée sur eux. En écoutant les traqueurs, j'ai compris qu'ils pensaient que ce groupe d'humain était celui qui avait tué tant des leurs sur la route… Bien évidemment, je savais que ce n'était pas eux, puisque c'était moi. Je ne pouvais pas les laisser se faire prendre à cause de moi…
— Je suis sûr que tu serais intervenue même sans cette excuse, ne dis pas le contraire.
— Je ne sais pas Mike, peut-être, peut-être pas, mais là n'est pas la question. Je suis donc intervenue. J'ai mis les traqueurs hors-jeu et je les ai conduits là où Emma se trouvait, dans un endroit sûr, le temps que les choses se tassent un peu. Ils étaient mal en point, maigres, épuisés, blessés. Emma les a soigné et je leur apportais de quoi manger et la sécurité pour se reposer.
— Tu peux le dire, tu nous as sauvés la vie de bien des façons depuis ce jour-là.
— Vous aviez survécu jusque-là, je n'ai pas tous les mérites…
— Nous étions à bout. Même sans les traqueurs, nous n'aurions plus fait long feu. Tu es arrivée au bon moment. Tu nous as permis de nous remettre sur pieds.
— Ça ne m'étonne pas de la part de Hayley. Que s'est-il passé ensuite ?
— Une fois qu'ils ont été plus en forme, je leur ai appris à voyager de la bonne façon, sans se faire repérer, à trouver quelle maison était vide, comment forcer les portes qui n'étaient pas ouvertes, quoi prendre pour survivre, ce genre de choses… Ce que je ne comprends toujours pas, c'est pourquoi ils ont fait confiance à une gamine de dix-sept ans, qu'ils m'ont suivie tout ce temps, qu'ils m'écoutaient, alors qu'ils étaient tous plus âgés.
— Tu plaisantes ?! s'est écrié Mike.
— Bien sûr que non, elle le pense réellement.
— A l'époque, tu avais vingt-deux ans, Mike, Gemma en avait trente et Chris vingt-cinq. Vous auriez tout simplement pu m'envoyer chier après l'attaque des traqueurs. Au lieu de ça, vous avez compté sur moi comme si j'étais votre mère et que je savais quoi faire, mieux que vous.
— Parce que c'était le cas. Tu ne te rends pas compte à quel point ton intervention nous a impressionnés ? A quel point tu paraissais sûre de toi et de ta façon de faire ? A quel point, malgré ton jeune âge, tu avais tout d'un leader ? Sur qui on pouvait compter, qui ne nous laissait jamais tomber ?
— Non, pas plus qu'un autre. Vous auriez dit Amen à n'importe quel humain qui serait venu vous aider ce jour-là. Mais bon… Passons. Nous sommes restés quoi… Pas loin de six mois ensemble ?
— Oui, plus ou moins.
— Je les avais prévenu que lorsque j'estimerai qu'ils pouvaient s'en sortir seuls, notre route se séparerait. Je n'étais pas prête à prendre en charge d'autres personnes que ma sœur. Et je n'étais pas prête à accorder ma confiance aux humains, pas après… Et je ne les ai plus jamais revus depuis. Je suis contente de voir que vous allez tous toujours bien.
— Je suis content de te voir aussi ! Et je suis vraiment désolé pour Emma… Bon, et son histoire à lui, c'est quoi ?
Je me suis crispée, qu'est-ce qu'ils avaient tous les deux, à se prendre la tête de cette façon ?
— Lui, c'est Kyle, ai-je répondu avant qu'il ne le fasse. Je l'ai rencontré, lui et plusieurs autres, quelques jours après que j'ai perdu Emma. Ils m'ont aidée à me remettre de sa perte, à continuer le combat. Sans eux, j'aurai sûrement été prise aussi. Je suis très proche de certains d'entre eux maintenant, quelques-uns sont comme de la famille pour moi.
C'est ce moment que Kyle a choisi pour me retourner vers lui et m'embrasser. Je me suis raclée la gorge, gênée.
— Je vois. Dommage que tu ne sois pas retombée sur moi à cette époque…
— Vraiment dommage, a susurré Kyle en me rapprochant de lui.
— OK ! ça suffit vous deux ! ai-je dit en me levant. A quoi ça rime tout ça ?
— Tu es vraiment naïve sur certains points, Hayley, a répondu Mike.
— Je ne suis pas stupide, j'ai bien vu la rivalité qu'il y avait entre vous. Et vous pensez vraiment que c'est nécessaire, qu'il n'y a pas des choses plus importantes ?
— Ce genre de sentiments ne se contrôle pas.
— Qu'est-ce que tu veux dire ? ai-je demandé, incrédule.
— Il veut dire, a commencé Kyle, qu'il aurait bien aimé être à ma place. Que tu lui rendes les sentiments qu'il avait – ou qu'il a toujours – pour toi.
— De… Quoi ?
— Si tu nous as éloignés Chris, Gemma et moi, c'est parce que tu n'avais pas les mêmes sentiments que moi et que tu avais peur de ce qui pourrait arriver à cause de ça, n'est-ce pas ?
— Euh…
Je ne comprenais plus rien.
— Non, ce n'était pas ça, est intervenu Kyle. Je pense qu'elle n'avait pas compris que tu l'aimais.
— Pourtant, c'était évident !
— Pas pour elle, pas pour une jeune fille ayant vécue par ses propres moyens depuis l'âge de douze ans…
— Pourtant elle a compris avec toi.
— Non, pas vraiment. Enfin, il a fallu du temps et beaucoup… d'explications.
— Hey, je suis toujours là ! Arrêtez de parler de moi comme si j'étais une gamine et une abrutie !
— Désolé, a murmuré Mike. Si j'avais su…
— Si tu avais su, l'avais-je stoppé, ça n'aurait certainement rien changé. J'étais jeune, j'étais dans une période compliquée, je n'étais certainement pas prête pour ce genre de relation. Je ne sais déjà pas si je l'étais vraiment pour Kyle.
J'ai vu le regard blessé que ce dernier m'a lancé et le regard jaloux de Mike.
— Je ne regrette rien, Kyle, ne te trompe pas sur le sens de ma phrase. Mais avoue-le, je ne suis pas la fille la plus simple avec qui être. Et c'était encore pire à l'époque. Je t'apprécie énormément, Mike, mais il n'y aurait rien eu entre nous. Cet aspect de ma vie était totalement inexistant et je ne voulais pas qu'il en fasse partie. Et ça n'aurait rien changé non plus à notre séparation. Quelques mois plus tôt, j'avais fait l'erreur de me reposer sur quelqu'un qui m'avait ensuite trahie, d'une façon horrible. Tu ne l'as jamais su, mais je ne dormais que d'un œil tout ce temps où nous étions ensemble. Je ne pouvais pas vous faire confiance, même si vous l'auriez mérité. Je ne pouvais plus continuer comme ça, je m'affaiblissais trop, je nous rendais vulnérable. Connaître tes sentiments m'auraient même poussée à arriver à cette séparation encore plus vite, parce que c'était un risque supplémentaire pour moi.
— Qu'est-ce que cette personne t'avait fait pour détruire à ce point ta confiance en l'être humain ?
J'ai secoué la tête. Je savais qu'il ne pensait pas à mal en posant cette question. Qu'il se souciait vraiment de moi et était curieux de savoir ce qui m'avait poussée dans mes retranchements.
— Cette histoire, c'est du passé. Je n'ai aucune envie de revenir dessus. Sache seulement que c'est à cause de lui que vous étiez dans cette situation. C'était avec lui que j'avais tué tous ces traqueurs. Et ce qu'il a fait, c'était impardonnable. Et je suis vraiment désolée que vous ayez dû en pâtir, ce n'était pas contre vous, vous ne le méritiez pas.
— Je ne savais pas tout ça. Mais sache que nous ne t'en avons jamais voulu. Au contraire, on se demandait même comment et pourquoi tu nous avais supportés aussi longtemps.
Je voulais lui répondre, mais je n'en ai pas eu le temps.
— Mike ? a chuchoté quelqu'un.
J'ai reconnu sa voix, c'était Gemma.
— Ici, a-t-il chuchoté également.
Elle est arrivée près du banc, avec Chris, main dans la main. Ils ne devaient pas encore s'être adaptés à l'obscurité ambiante parce qu'ils ont failli nous rentrer dedans.
— Qui d'autre est là ? a soudain demandé Gemma, inquiète.
— Tu ne la reconnais pas ?
— Non. Je n'y vois pas assez.
— Hayley ? a interrogé Chris.
— Oui, c'est moi.
— Oh ! a lâché Gemma avant de me prendre dans ses bras, suivie de Chris. Tu as trouvé d'autres humains à ce que je vois.
Elle a fixé son regard sur la silhouette de Kyle. Et ses yeux se sont ensuite posés un peu plus loin.
— Ceux qui arrivent sont aussi avec toi ?
J'ai tourné mon regard dans la même direction qu'elle. Jared et Ian traversaient la rue vers le parc. Ils se trouvaient encore dans la faible lumière d'un lampadaire.
— Oui, ne t'en fais pas.
J'ai tapoté le bras de Kyle et il a compris que je lui demandais d'aller à leur rencontre pour éviter tout malentendu.
— Tu t'es bien entourée, a ironisé Mike en voyant les deux hommes qui arrivaient.
Je lui ai lâché un regard glacial et il a laissé sortir un ricanement avant de se détourner. Gemma lui a murmuré quelque chose assez sèchement. Lorsque les trois membres de mon groupe sont revenus, j'ai fait les présentations.
— Vous êtes beaucoup, comme ça ? a demandé Chris.
— Une trentaine, a répondu Jared.
— Quoi ? s'est étranglé Mike.
— Mais, comment vous faites pour vous déplacer sans être vu ? s'est enquit Gemma.
— Personne ne bouge, sauf lorsqu'il faut se réapprovisionner, a-t-il poursuivi.
— Comment est-ce possible ? a demandé Mike.
— Nous avons un lieu sûr, a répondu Jared prudemment.
Mes trois anciens amis ont tous eu un regard étonné.
— Et ce lieu sûr, a calmement repris Chris, il pourrait accueillir d'autres personnes ?
Jared a coulé un regard discret vers moi, comme pour me demander s'ils étaient dignes de confiance. J'ai fermé les yeux, pour me laisser un moment de réflexion. Et quand je les ai rouverts, Jared a compris que je pensais qu'ils l'étaient et que je ne pouvais pas les laisser vivre dans le danger, à l'extérieur.
