Chapitre 52
Un accueil chaleureux
22 septembre
Cela fait deux jours que l'on descend la rivière vers le long lac d'Esgaroth. Là-bas, il y a la ville de Lacville. Où l'on devrait pouvoir acheter de l'équipement, de la nourriture et moi, une tenue. Non, parce que là, en robe et avec la veste de Nori je suis pas à l'aise et j'ai froid.
Le rhume de Bilbo se calme pas vraiment, non plus. Enfin, il a plus l'air d'un chat détrempé, déjà, ce qui est en soit un avancement.
Doucement, le jour se couche et doucement, la brume aussi. Bientôt, on voit la majestueuse montagne solitaire s'élever devant nous devant la lune et les étoiles.
" C'est merveilleux … " souffle Bilbo, aussi émerveillé que moi.
" J'ai hâte d'y être …
- Même avec le dragon ? "
Je hoche les épaules à défaut de savoir quoi répondre.
Bilbo commence alors à fredonner un air et je ris doucement en reconnaissant l'air de Pocahontas.
" Au détour de la rivière ! Sera-t-il au détour de la rivière ! " je commence alors à chanter avec lui, toute contente qu'il se souvienne de l'air. Pour une fois, c'est pas moi qui ai commencé à chanter et les chansons de mon monde me font toujours sourire.
On est enfin arrivé au lac.
" On s'arrête quelques instants. Pensez à boire. " ordonne Thorïn. Nos ventres sont vides comme des ballons de baudruche vides, mais au moins, on a de l'eau contrairement à la Forêt Noire. Je m'estime heureuse. Et cela ne fait que deux jours qu'on a pas mangé, ça reste supportable.
Je suis penchée sur l'eau avec Bilbo quand on entend une flèche au sol. On se retourne vivement pour voir Dwalïn foncer sur un homme en noir avec un bâton dans les mains. L'inconnu tire une flèche qui vient se loger entre les mains de Dwalïn qui s'immobilise. Kíli est en train de s'apprêter à tirer une pierre quand une nouvelle flèche envoie voler plus loin le caillou.
" Refaites ça … et vous êtes mort. " annonce l'inconnue. Il est à contre-jour et en contre plongé.
" Badass. " je commente, mais l'homme bouge à peine un poil de sourcil vers moi.
" Elle a les cheveux bleus.
- Et je suis pas un nain. "
C'est Balïn qui gigote et qui attire son regard cependant. Le nain est en train d'avancer doucement vers l'homme, les mains en l'air.
" Excusez-moi, mais, heu, vous êtes de Lacville, si je ne me trompe pas. " l'homme se tourne arc en main vers Balïn qui ne se décourage pas et continue d'avancer, les mains visibles en l'air cependant. " Le … heu. Bateau, que vous avez là, il ne serait pas à loué par hasard ? "
Oh, en effet, dans l'eau il y a une barge. Il y a même un ponton de pierre, en fait. Je l'avais pas vu. Il a l'œil. L'homme baisse son arc et nous observe, avant de jeter un coup d'œil à sa barge.
" Qu'est-ce qui vous fait croire que je vous aiderais ? "
" Parce qu'on est les gentils de l'histoire ? " je tente, avant que Bilbo ne me mette un coude dans les côtes.
" Quoi ? Faut bien tenter ! " je lui murmure en réponse.
" Ses bottes ne sont pas de première jeunesse. "
La méthode de Balïn ne semble pas beaucoup plus fonctionner sur l'inconnu noir que la mienne.
" Et ce manteau non plus. Vous avez sans doute des bouches affamé à nourrir. Combien de loupiots ? " continue Balïn en posant les mains sur les hanches, l'image même de la confidence, pendant qu'on se regroupe derrière lui.
Ah, on sent l'homme hésité. Je retire ce que j'ai dit, la méthode de Balïn marche. Surtout qu'il a l'air plus détendu puisqu'il range sur son bateau son arc, comme si on était plus du tout une menace pour lui.
" Un garçon et deux filles. " réponds finalement l'homme.
" Et votre femme, j'imagine que c'est une beauté.
- Ouais. C'était une beauté. "
Même de dos, je vois les épaules de Balïn baisser. Oups. Boulette. Enfin, il pouvait pas savoir.
" Je suis navrée, je ne voulais pas …
- Oh ça va, ça va, assez de politesse. "
J'ai toujours du mal à me dire qu'ils sont frères. Là est un parfait exemple de pourquoi je doute : Balïn est diplomate et très patient. Tout le contraire de Dwalïn qui jusque-là était silencieux et regardait la rivière, mais se retourne maintenant pour être face à l'homme.
" Qu'est-ce qui vous presse ? "
Oh, en vrac : arriver le jour de Durïn à la porte de la montagne, éviter des orcs qui sont à nos trousses et : MANGER. On a faim. Bilbo me fusille du regard, je lui rends un sourire innocent. Il attend le moment où je vais oser ouvrir la bouche et mettre à plat les négociations de Balïn. Il me connaît trop bien.
" Ça vous regarde ? " réponds sèchement Dwalïn.
" J'aimerais savoir qui vous êtes et ce que vous faites sur ses terres. " interroge l'inconnu. C'est quoi son nom déjà ? Est-ce que je l'ai su un jour … ? Bonne question. Je crois pas.
" Nous sommes de simple marchand, nous venons des montagnes bleues et nous allons voir des parents dans les monts de fer. "
Des marchands ? Sérieusement Balïn ? On a deux sacs à moitiés vides. Que nos habits sur le dos. Aucun animal. Aucun chargement. Que pouic.
" De simples marchands, dites-vous ? " De nouveau, l'homme nous regarde étrangement et je lui donne mon plus beau sourire.
" On a eut quelques ennuis plus haut sur la rive. " je commence en avançant pour me placer à côté de Balïn en pointant vaguement derrière nous. " Des orcs ! Vous vous rendez compte ? On y a perdu nos chevaux et nos marchandises, sans compter nos effets personnels ! " l'homme me regarde étrangement, mais Balïn et Dwalïn rentre dans mon jeu et hoche la tête.
" Ils nous faut des vivres et des outils. Pouvez-vous nous aider ? " demande poliment Thorïn.
" Personne n'entre dans Lacville sans l'accord du Maitre. "
Il a presque l'air désolé pour nous. Et finit de repositionner des tonneaux sur son bateau (au passage, les dit tonneaux ressemblent beaucoup à nos bateaux de fortunes pour s'échapper des elfes, mais c'est pas les nôtres, curieusement).
" Et où qu'il est ? " je demande avant que Balïn ne pose une main sur mon avant-bras, pour me taire poliment. Je lui fais un signe de tête. C'est bon, j'me tais, j'ai compris.
" Elle a raison, s'il nous faut lui demander la permission pour entrer à Lacville, il nous faudrait le rencontrer. Est-ce faisable ? " continue pour moi le nain.
L'homme baisse les bras.
" Oui, il se fait tard et j'ai enfin de rentrer, dépêchez-vous. Cela fera 160 coins." et il se tourne pour monter sur sa barge. Les nains se regardent entre eux avant de le suivre.
" On a des sous ? " je murmure rapidement à Dwalïn, soudain inquiète : les elfes nous ont tout prit, on a rien pour le payer et je sais pas si Bilbo a pu récupérer les sous des nains.
" Les nains ont toujours des sous cousus dans leurs vêtements. " me réponds Dwalïn, en me souriant.
" Les nains sont géniaux. " je murmure, ébahi. Cela le fait rire pendant qu'il m'aide à monter sur la barge. Je vais rapidement m'asseoir près du gouvernail à l'arrière du bateau. L'homme me regarde étrangement et bientôt, Bilbo est debout à côté de moi, un sourcil levé.
" C'est moi, où tu n'as pas à l'aise ?
- J'peux t'avouer un secret ?
- Heu, ça dépends.
- J'ai le mal de mer. "
Et je lui offre un énorme sourire. Bilbo me regarde très sérieux " Ah. "
" T'inquiètes, je gère. " je tente de le rassurer, un pouce en l'air. Il hoche les épaules et regarde les nains derrière. " Tant que je reste assise, ça devrait aller, au pire, j'me mets en PLS.
- En quoi ?
- Position latérale de sécurité. Je gère, t'occupe, va voir ce que font les autres. " je lui conseille en voyant les nains s'agiter. Il hésite un instant, mais après un nouveau sourire de ma part, il s'éloigne et rejoint la compagnie.
L'homme me dévisage.
" Je suis Charlotte ! Enchanté ! " je me présente.
" Bard. À votre service. " il regarde devant lui " Vous parlez étrangement. Vous n'êtes pas originaire du même endroit que vos compagnons. " je rigole. D'habitude, on me fait remarquer mes cheveux, pas mes expressions ! Ça fait un changement agréable. Même si techniquement, il a déjà commenté mes cheveux.
" Non. Ils sont de la montagne bleue. " il lève un sourcil " En Ered Luin. Moi, je viens d'encore plus loin. De Haute-marne.
- Quel drôle de nom pour une montagne. "
Une mon- Oh. Haute-marne, montagne. Je ris.
" Je n'avais jamais vu de nains auparavant. En voir quinze d'un coup est étrange. " dit-il une fois que je me suis calmée. Il se soulève pas mon hystérie passagère. Je l'aime bien lui !
" Treize, en fait. Bilbo et moi, on est des Hobbits. " il me regarde du coin de l'œil, étonnée.
" Les hobbits sont de la Comté, non ?
- Bilbo oui.
- Et que font deux hobbits avec des marchands nains ?
- Pour ma part, je voulais vivre une aventure ! " je lève les mains au ciel, en étendant mes jambes, mais il a pas l'air impressionné alors je me réinstalle les mains sur mes genoux " Dans la Comté j'ai rencontré Bilbo, on a sympathisé et je suis restée chez lui.
- Sympathiser, hein ? " Bard a dit ça sur un air qui veut dire " bien sûr, je te crois " en levant un sourcil.
" Un homme et une femme peuvent très bien être ami, vous savez.
- Bien sûr, bien sûr. " il me croit pas. C'est déjà compliqué à faire comprendre comme notion dans mon monde, mais dans ce monde … Je souffle.
" Bref. Et un jour, la compagnie est venue dans le village et Bilbo a eut envie aussi de voir le monde, donc on les suit depuis. "
Ma version modifiée des faits a l'air de convenir, il hoche simplement la tête et se concentre sur l'eau devant nous.
Bilbo revient vers nous et s'assoit à côté de moi, une main dans mon dos.
" Glóïn ne voulait pas aider à réunir la somme demandée. C'est réglé. " me glisse-t-il à l'oreille.
Les nains se sont installés. Ils sont assis et se racontent des histoires. Bard n'a pas bougé depuis tantôt, si ce n'est pour modifier la voilure de la barge à un moment ou pousser avec un bâton des morceaux de glace qui lui semblent trop gros. L'air au-dessus de l'eau est gelé. Il y a plein de glaces dedans à perte de vue. Et parfois, des gros pilliers sortent de l'eau. J'ai aucune idée d'à quoi ils peuvent servir, mais ça augmente l'aspect lugubre du lac à l'eau noir. Bilbo quand a lui et en train de m'expliquer la meilleure façon de préparer les légumes en vue de faire une soupe. Je suis sûre que je suis meilleure cuisinière depuis le début de l'aventure juste en l'écoutant m'expliquer des recettes hobbits.
Les nains se relèvent doucement, les uns après les autres. De façon révérencielle, ils regardent au loin. On se tait avec Bilbo et doucement, on suit leur regard. Magnifiquement la montagne solitaire se dresse devant nous. Si proche, on voit enfin les détails de son contour. Même d'ici je vois que les nains ont les larmes aux yeux et mon cœur de serre de joie dans ma poitrine. On arrive.
" Il est temps de payer, on arrive. " annonce abruptement Bard.
En effet, une ville noire sur pilotis se dresse sur l'eau devant nous. Venise, mais version Tim Burton, en fait. Très jolie à regarder en photo ou tableau, j'en doute pas, mais pas du tout accueillant. Des mouettes volent au-dessus, mais c'est bien le seul signe que c'est vivant et pas une ville fantôme.
" C'est … glauque … " je murmure, mais visiblement Bard a entendu.
" Depuis la destruction de Däle, rien n'est plus joyeux pour les hommes d'Esgaroth. " explique Bard, la mine sombre avant d'aller parler avec Balïn. Pour le payement, je suppose.
" J'ai hâte de voir la région débarrasser du dragon. " je glisse à Bilbo, après m'être assuré que Bard ne peux pas m'entendre. Bilbo hoche la tête, observant la rive où la barge se dirige. En fait, ça ressemble à une ville pirate. Mais bizarrement, j'ai aucun espoir d'y croiser Will Turner ou Jack Sparrow (un fandom à la fois).
Quelques minutes plus tard, Bard a amarré sa barge sur la rive et on est tous descendu.
" Merci beaucoup de nous avoir amené ici, Monsieur Bard. " remercie Balïn.
" C'était très chouette de votre part ! " je remercie également.
" Ce fut un plaisir de faire affaire avec vous. " réponds l'homme, s'occupant les mains en rangeant des cordages sur son bateau. Visiblement, il n'est pas encore rentré.
Thorïn lui marche déjà sur un pont, en direction d'une grande porte. On le suit de près. À la porte, deux gardes ne font pas attention à nous. Heureusement qu'on est pas des orcs dis donc. Ils sont dans un baraquement à boire à la lueur des bougies. D'ici je sens l'odeur de vinasse. Berk.
Thorïn se plante devant eux et à peine ont-ils le regard sur lui qu'ils cherchent à tâtons leurs armes.
" Qui êtes-vous et que voulez-vous ?
- Thorïn, fils de Thraïn, fils de Thror, Roi sous la montagne. " et avec les vêtements en guenille, sa cape dans un tel état que sa couleur d'origine se devine à peine, les cheveux emmêlés, il arrive à être digne du roi qu'il est.
" Go Thorïn ! " j'encourage, le poing levé. Bilbo m'attrape le poignet et redescend ma main avec un Schh.
" Je suis revenu. Je désire voir le maître de votre ville. " continue-t-il, imperturbable.
Un des deux hommes baisse son arme et s'avance vers Thorïn, pendant que son collègue murmure des trucs dans sa barbe et observe avec étonnement notre compagnie.
" Et qui sont ceux-ci ?
- Fíli et Kíli, de la lignée de Durïn et les fils de la fille de Thraïn, fils de Thror. " ça c'est du titre ! " Balïn et Dwalïn, fils de Fundin. Óïn et Glóïn, fils de Groin. Dori, Nori et Ori. " ah tiens, pas de fils de là ? " Bombur et Bofur. " là non plus ? Donc, fils de, c'est que pour les nobles nains. Okay, je note. " Bifur. Monsieur Baggins et Madame … " et je vois les yeux du roi s'agrandir. Quoi ? Ça fait plus de trois mois qu'on se connaît et il connaît pas mon nom de famille.
" Madame Begin. " je me présente, à la rescousse du roi qui hoche la tête.
Les deux gardes nous survolent du regard rapidement.
" Si vous venez avec des intentions pacifiques, déposez vos armes ! " ordonne celui qui doit être le capitaine.
" Nous n'en avons point. " réponds calmement Thorïn. Après tout, nos armes sont glissées sous nos vêtements depuis que Balïn nous a indiqué en avançant vers la ville que ça serait chouette qu'on nous les prenne pas. Ce nain est devin. Ou très doué en tant que conseiller. " Nous n'avons pas besoin d'armes, nous qui retournons enfin vers nos possessions, comme il a été annoncé jadis. Conduisez-nous à votre maître. "
Il y a une finalité dans ce qu'il dit. Un roi ordonne, il ne demande pas.
" Il festoie. " répond le garde, il change de pied d'appuis. Quelque chose me dit qu'il est pas à l'aise.
" Raisons de plus pour nous conduire à lui ! " coupe court Fíli, empêchant Thorïn de prendre la parole. " Nous sommes las et affamés après notre longue route. " il jette un regard à Bilbo " Et certains de nos camarades sont malades. Dépêchez-vous donc, ou votre maître aura peut-être quelque chose à vous dire. "
C'est la première fois que j'entends Fíli parler avec ce ton. Comme s'il était … prince. Oh. Ils sont princes. Fíli et Kíli sont princes. Comment j'ai pu ne pas m'en rendre compte plus tôt ? J'me sens idiote là.
" Eh bien, suivez-moi. " fini par proposer mollement le capitaine et bien vite, on est dans la ville. Encadré de chaque côté par trois hommes. On croise plusieurs petits carlins, aussi. J'me serais attendue à voir des chats, en fait, vu que ça a l'air d'une ville de pêcheur. Les rues sont étroites, mais bien vite, on arrive sur ce qui doit être une place de marché en journée. Il y a plein de quais sur pilotis, mais on voit encore l'eau calme du lac entre les planches. Bilbo doit ne pas être trop rassuré puisqu'il me serre rapidement la main, avant de la lâcher quand je lui souris ou alors, vu qu'il regarde un des gardes, je pense qu'il a pas envie qu'on le voit faire. Des bruits de voix, de musiques et une grande lumière sortent d'une grande salle à l'autre bout de la place. C'est là qu'on se dirige.
En entrant dans le bâtiment, on voit de nombreuses longues tables pleines de nourritures et de gens. Tous les visages se tournent vers nous, les chants cessent, mais pas la musique. C'est ce moment-là que choisis Thorïn pour se placer devant notre guide qu'est le capitaine et déclarer d'une voix forte :
" Je suis Thorïn, fils de Thraïn, fils de Thror, Roi sous la montagne. Je reviens ! "
Tous les hommes d'un seul bond sont debout. On est littéralement sous le feu des projecteurs. Avant qu'on ai eut plus de temps pour faire que ce soit, une foultitude de gens sont en train d'entrée sur nos talons dans le bâtiment, en chantant des trucs qui ressemblent à " Le roi sous la montagne. "
Thorïn et tous les nains ont le torse gonflé et sont fier, malgré leur tenue saccagés. Je ne m'empêche pas d'échapper un petit rire en voyant ça. Dans la cohue, la musique reprit et Thorïn, Fíli et Kíli furent emmener à la table du maître de la ville. Les autres membres de la compagnie sont conduits à une table adjacente. Je me retrouve bien vite en face de Bilbo qui a déjà la bouche pleine. Je ris en le voyant ne pas perdre de temps.
" J'ai faim, j'ai un buffet gratuit, je ne vais pas me priver. " s'explique calmement le hobbit, faisant rire la compagnie autour de nous.
Je sais pas trop ce que je mange, mais je mange avec avidité. Tout va bien mieux avec un repas chaud.
Autour de nous, la quasi entièreté des gens de Lacville présent chantent avec moult fausse note une chanson sur Thror. On était très attendue, je dirais.
" Le Roi sous les montagnes,
Le Roi de la pierre taillée,
Le Seigneur des fontaines d'argent
Rentrera dans ses possessions !
Sa couronne sera relevée,
Sa harpe remontée,
Ses salles retentiront de l'écho doré
Des chants de jadis rechantés.
Les forêts onduleront sur les montagnes
Et l'herbe sous le soleil !
Ses richesses couleront dans les sources
Et les rivières courront dorées.
Les ruisseaux couleront dans l'allégresse,
Les lacs scintilleront et brûleront,
Tout chagrin, toute tristesse passeront
Au retour du Roi de la Montagne ! "
Je finis par avoir chaud et retire la veste de Nori, la posant délicatement sur le dossier de ma chaise. J'intercepte un clin d'œil de Bilbo. Je souris bêtement. Je sens qu'on aura pas mal de discussion à ce propos quand on sera seul, je suis sûre que le fait que je lui tienne régulièrement la main et lui caresse le bras n'est pas passé inaperçu.
J'ai le ventre plein, prêt à exploser. Bofur raconte avec beaucoup d'engouement notre quête jusqu'ici à qui veut l'entendre. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu les nains aussi heureux, ça fait du bien.
Bilbo me tend soudainement une bière, que je prends.
" À notre arrivée à Lacville. " propose-t-il
" À notre arrivée à Lacville ! " je réponds et bois cul-sec avec lui.
" Quoi ? Vous buvez sans nous ? " s'offusque soudainement Nori que je n'avais pas vu arriver. Bien vite, la compagnie entière (minus Thorïn, Kíli et Fíli) est autour de nous pour porter un toast.
" À la compagnie de Thorïn ! " on acclame tous en cœur. " Bientôt à la maison ! " rajoute Dwalïn. Deux bières cul-sec en moins de cinq minutes, j'éclate de rire, simplement heureuse.
" Charlotte ! Ils dansent ! " s'écrient soudainement Bilbo, me prenant par la main et me tirant en effet au milieu d'hommes et de femmes qui dansent.
" Je sais pas danser ! " je hurle alors, riant, mais un brin inquiète.
" C'est pas grave ! " me répond-il et il commence à se dandiner devant moi. Les hobbits savent danser ! Il tape ses pieds en rythme, en gesticulant de façon ordonnée. Je jure qu'il sait danser ! J'essaye de suivre, mais moins gracieuse que lui. Il éclate de rire en me voyant tenter, mais il est trop heureux pour que ça soit moqueur.
" Attendez que je vous montre comment les nains dansent ! " intervient Dori, très digne avant de venir danser. Bien vite, on se retrouve en cercle avec la compagnie, Fíli et Kíli nous ayant rejoint et chacun montrant combien il sait danser. En dehors de Bilbo, aucun de nous ne sait vraiment danser ou en tout cas, pas sur un rythme humain, mais on s'amuse tous et c'est ce qui compte.
Bofur me fait tourner d'une main et me montre un pas de danse de son invention. Je tournicote un peu plus loin avant de sentir des mains bien trop grosses pour être celle d'un nain me prendre une main.
" Puis-je vous montrer comment les hommes dansent ici ? " me demande un John Ratcliff roux. Le maître de la ville.
" Oui … " je souffle car après tout, il a accueilli Thorïn à sa table et nous offre le couvert ce soir, c'est qu'il doit pas être si méchant que ça, non ? Il est aussi grand que Gandalf, soit deux fois trop grand pour moi et surtout, il est très large. Presque autant que Bombur, juste un peu mieux répartie. Il pue l'alcool à plein nez. Un genre de Whisky, je pense.
Il ne sait pas où mettre sa main droite qui navigue entre ma taille et mon épaule : je suis trop petite pour lui. Cependant, il mène sûr de lui la danse et je n'ai pratiquement qu'à suivre, copiant vaguement ses pas, les yeux rivés sur nos pieds.
" Nous n'avons pas été présentés : je suis le Maitre de Lacville. " se présente-t-il avec un sourire Colgate plein de dents noircis.
" Charlotte, enchantée. " je réponds sobrement en lui souriant. Je sais pas du tout quoi faire. Je suis pas à l'aise à danser, surtout avec lui, mais d'un côté, je sens bien que ça sera pas poli de m'éclipser.
" Si je puis me permettre, vous êtes ravissantes. " me glisse-t-il à l'oreille et je rougis : je suis pas dupe, là il me drague. Parce que ma robe est sale, plus grise et jaune que blanche, mes cheveux sont tout décoiffés et je sais que je suis moi-même sale. Mais lui se redresse fier de m'avoir fait rougir. Je lui souris innocemment. Non, même si je sais ce qu'il fait, recevoir un compliment me fait plaisir.
" J'ai croisé Bard plus tôt. " me confit-il " Il m'a dit que c'était lui qui vous avez fait traverser le lac.
- Oui. Il a été gentil de nous aider.
- C'est un homme au grand cœur. Il m'a aussi dit que vous étiez une voyageuse. Je suis curieux : que fait une jolie jeune hobbit loin de la Comté ?
- Elle découvre le monde et ses merveilles. " je réponds en souriant. Il me sourit et me fait tourbillonner sur moi-même.
La musique se finit et il se recule d'un pas, je l'imite et bientôt, l'on se courbe pour se remercier de la danse.
" Il se fait tard, je pense que votre compagnie apprécierait un logement ?
- Oh, ce serait rudement chic de votre part ! " je m'exclame, ravis à l'idée d'un lit et d'un bon sommeil.
Ma réponse le fait rire et il me tend son bras, je glisse ma main dans le creux de son coude et le laisse nous conduire à la table du Maitre où Thorïn est encore assis.
" Thorïn, fils de Thrain, fils de Thror, Roi sous la montagne, si vous le voulez bien, je vais vous montrer votre maison ? " propose-t-il. Thorïn hoche la tête, il a l'air fatigué et soucieux, le pauvre. Son regard foudroie ma main enroulé autour du bras du Maître. J'ai loupé un coche sur les mœurs du coin ?
" Nous vous suivons. "
Et avec ça, le Maître nous guide vers l'extérieur du bâtiment. On fait un coude pour passer près de la compagnie qui danser encore et on se retrouve vite tous dans le froid mordant.
" Voilà votre maison pour la durée de votre séjour. Il n'y a que douze chambres, j'espère que cela conviendra.
- Nous saurons nous accommoder. " réponds sèchement Thorïn.
La maison est un véritable manoir sur la place du marché. Dedans, il y a déjà des bouquets de fleurs et des vêtements. Sans un regard en arrière, les nains rentrent. Certains ont l'air d'avoir consommé pas mal d'alcool, les pauvres. Il ne reste bientôt que moi et le maître sur le palier de la porte.
" Êtes-vous sûr qu'il est sage pour une jeune femme de rester seule avec quatorze hommes ?
- C'est la compagnie de Thorïn. Je suis avec eux depuis longtemps. Ils sont ma famille. Bien sûr que c'est sage. " je le rassure en me tenant devant lui. Il hoche la tête, peu convaincu, ne lâchant pas mes mains qu'il tient devant lui.
" Bien. " concède-t-il. Il prend ma main et doucement, pose un baiser sur mes phalanges, ses lèvres étant un murmure sur ma peau. Je rougis fortement, mes joues brûlantes. J'apprécie plus que de raison la galanterie de la terre du milieu.
" Dormez bien Madame. " et sans un regard, il s'éloigne.
" Là, c'est le moment où tu tombes en arrière, une main sur le cœur. " se moque Bilbo dans mon dos. Il me fait sursauter, j'me doutais qu'il m'attendrait, mais j'm'attendais pas à ce qu'il soit si près.
" Chuut, c'est charmant ! " je le frappe gentiment à l'épaule.
" Je pensais pas que tu tomberais sous ses charmes. " explique-t-il en m'amenant dans la maison, fermant la porte derrière nous.
" Il est galant ! Tu sais qu'on m'a jamais fait ça ?
- Ça ? Tu veux dire que personne ne t'a jamais baisé la main ?
- C'était ma première fois ! " je lui confis.
" Tu viens d'un monde de barbare. " je hoche la tête, bien d'accord avec lui.
" Où sont les nains ? " je demande soudainement, en ne voyant personne.
" Parti dormir.
- Oh. J'aurais dû m'en douter. Alors, on dort où ? "
Bilbo regarde autour de nous. Nori redescend, baillant à s'en décrocher la mâchoire.
" On vous a laissé une chambre, tout au fond. Dori et Ori y sont déjà endormis, mais il y a un lit deux places pour vous.
- Merci. " remercie Bilbo.
" Ho, ta veste ! " je m'écris presque en me rendant compte que je l'ai laissé sur ma chaise là-bas. Je fais rapidement volte-face et ouvre violemment la porte. Je fonce et me prends quelque chose en pleine poire, en faisant deux pas en arrière, je me rends compte que je viens de rentrer dans le ventre du Maitre, qui a une main en l'air comme pour frapper contre la porte.
" Oh, pressez de me revoir également ? " minaude-t-il. " Vous aviez oublié ceci. Bonne soirée. " Dans mes mains se trouve désormais la veste de Nori et … un bouquet de fleurs.
" Merci ? " je réponds intrigué. Je l'observe s'éloigner.
" C'était quoi ça ?
- Je crois que Charlotte s'est trouvé un prétendant. " explique Bilbo à Nori.
" Un prétendant ? " je demande en refermant la porte. Bilbo me regarde mi-étonné mi-déprimé.
" Non, mais j'suis pas si bête, j'vois bien qu'il me drague, mais … sérieusement ? Prétendant ?
- Offrir des fleurs à une dame n'est pas un geste anodin, tu sais. "
Je regarde les fleurs dans ma main.
" J'en fais quoi ?
- Tu les mets dans un vase ? " propose Nori en me regardant tristement. J'avale ma salive.
" Okay … Et pour … refuser les avance de quelqu'un ici, je fais comment ? J'peux pas lui dire " Hey, salut, hier c'était super mignon et sympa, mais j'aimerais en rester là, on reste pote et on s'appelle à l'ocas' hein ? "
- Heu … " Bilbo a l'air perdu pour des mots.
" Tu sais quoi ? On verra demain. " je coupe son cheminement de pensée, pose les fleurs en vrac sur un meuble et monte les escaliers.
