Chapitre 21 – Partie 1
Severus
Ce matin-là, la dernière épreuve du brevet de sorcellerie élémentaire venait de s'achever et tandis que les élèves de cinquième année se pressaient tumultueusement vers la sortie de la Grande Salle – convertie pour l'occasion en salle d'examen –, Severus mettait de l'ordre dans la pile de copies qu'il venait de rassembler. Puis, suivant les instructions qu'il avait reçues de la directrice, il entreprit de ficeler l'amoncellement de parchemins à l'aide d'un lien magique, avant d'imposer sur son sommet le sceau du Ministère.
Une fois fait, il quitta à son tour les lieux. Dans le hall, le soleil projetait ses rayons à travers les carreaux colorés des grandes fenêtres et illuminait l'espace d'une manière éblouissante. Mais en passant devant la grande porte ouverte sur le parc, son attention fut immédiatement attirée par la lumière ardente qui inondait les jardins et tous leurs environs. Dans les rires et les exclamations de soulagement, les cinquième année, tout fraîchement sortis de leur salle d'examen, traversaient à grands pas la pelouse, prenant la direction du lac. Et entre les deux battants de l'immense ouverture, les bras chargés des précieuses épreuves, Severus demeura un moment immobile, saisi par cette vision qui le ramenait neuf années en arrière :
Même décors ; même soleil d'été ; même atmosphère allègre de fin d'année scolaire. À quelques détails près, Severus, alors âgé de 16 ans, est sur le point de vivre un des plus douloureux moments de sa vie. Tout en relisant une dernière fois le questionnaire de l'examen de Défense contre les Forces du Mal qui vient de s'achever, il s'engage dans le parc, foule le gazon, chemine vers le lac où la chaleur est un peu plus supportable. Le soleil de juin brillant dans un ciel sans nuage lui brûle les joues ; alors, sans trop y faire attention, il part s'asseoir à l'ombre d'un bosquet. Les yeux toujours rivés sur son questionnaire, il entend un rire sonnant comme un carillon de clochettes ; sa résonance cristalline lui est aussi familière que le son de sa propre voix. C'est le rire de sa meilleure amie qui, à quelques mètres de là, chahute sur la berge avec ses amies. Elle semble aussi heureuse du retour des beaux jours qu'il est soulagé d'en avoir terminé avec ses épreuves de brevet. Dans une poignée de jours, ils seront de retour chez eux, à Cokeworth ; loin des contrariétés du quotidien de Poudlard. Et même si à la maison tout n'est pas toujours rose, cette vie à cheval entre deux mondes – celui des sorciers et celui des moldus – a quelques avantages. D'une certaine façon, Severus et Lily ont une chance que beaucoup de leurs camarades n'ont pas : la possibilité de s'éclipser momentanément de l'atmosphère pesante qui ronge jour après jour, année après année, la communauté de leurs semblables. Mais malheureusement, en ce monde, le bonheur n'est pas plus voué à durer éternellement qu'un jour de grand soleil sur la terre d'Écosse ; et ces années de jeunesse paisible, loin des périls mortels, loin des conflits des adultes, sont bien sur le point d'arriver à leur terme. Dans quelques secondes surviendra un enchaînement malheureux d'incidents, de renoncements et d'erreurs qui mettra fin à leur belle amitié. En un mot, à cet instant précis, la vie de Severus est sur le point de basculer dans un cauchemar sans fin.
Comme il observait ses élèves chahuter dans le parc, les images de ce jour funeste lui revinrent à l'esprit. Il se revit suspendu dans les airs par des fils invisibles, le corps pétrifié sous l'effet du maléfice, forcé d'endurer les rires et les quolibets des trois petites brutes qui le tenaient en joug. Il sentait encore la douloureuse morsure de l'humiliation, puis le poison de la colère se distiller dans ses veines – colère qu'il finira par retourner non pas contre ses bourreaux, mais bien contre la seule personne qui aura le courage d'accourir à son secours. « Je n'ai pas besoin de l'aide d'une sale petite Sang-de-Bourbe comme elle ! » Tout ce qui suivit n'avait plus la moindre importance à ses yeux.
« … l'aide d'une sale petite Sang-de-Bourbe comme elle ». Mais bon sang… quel démon s'était emparé de son esprit pour qu'il en arrivât à prononcer des paroles aussi abjectes ?
Mais alors que Severus s'interrogeait à ce propos, une voix fluette et haut perchée le ramena brutalement au temps présent :
— … tout s'est passé pour le mieux, j'espère !
Il sursauta, manquant de faire tomber la pile de parchemins qu'il tenait dans ses mains. Puis, il jeta un rapide coup d'œil autour de lui. Mais, dans un premier temps, il ne vit personne à proximité. Il eut un bref moment de latence. Un fantôme ? Un portrait ? Après tout, dans ce château, il n'était pas rare de se faire apostropher par toutes sortes de choses. Quand tout à coup, il comprit :
— Pardonnez-moi, professeur, dit-il, en baissant ses yeux vers la petite personne qui se tenait à sa droite. J'étais ailleurs. Vous disiez… ?
— Je vous demandais si tout s'était bien passé, répéta le professeur Flitwick qui le regardait en souriant.
— Ah! ; l'examen de Défense contre les Forces du Mal ; ma foi, je crois que oui. Je viens justement de libérer les élèves à l'instant, professeur.
— Au bout de tout ce temps passé parmi nous, que direz-vous de prendre le risque de m'appeler par mon prénom ? suggéra Flitwick sur un ton badin.
— Pardon, professeur, répliqua Severus, un peu trop précipitamment. Non ; Filius ! rectifia-t-il aussitôt.
Le rire argentin du professeur Flitwick résonna gaiement dans tout le hall. Et même si Severus n'osait plus prononcer le moindre mot, il se prit à sourire à sa propre stupidité.
— Je vous pardonne cette dernière incartade, dit alors Flitwick, lui adressant un sourire amical. L'année a été longue pour nous tous.
— Je ne vous le fais pas dire…soupira Severus.
Flitwick pivota ensuite sur ses talons et promena un regard circulaire sur le jardin ensoleillé.
— Dites-moi, Severus… reprit-il ensuite, avec plus de sérieux. Qu'avez-vous prévu de faire pour les vacances ?
— Rien de bien précis, lui rétorqua-t-il très honnêtement. Je dois sérieusement m'atteler au réaménagement de la maison de mes parents.
— C'est vrai que votre papa était un moldu, se souvint Flitwick.
— Effectivement. Ainsi, les murs de cette demeure sont encore truffés de câbles électriques et autres technologies moldues qui ne me sont plus d'aucune utilité. Pourquoi m'encombrerais-je d'un téléphone quand le Ministère met à ma disposition toute une armée de hiboux de première fraîcheur, entraînés à ne jamais égarer la moindre missive ?
— Comme je vous comprends, approuva Flitwick en riant.
— Blague à part, reprit Severus, j'ai entendu dire que vous et le professeur Chourave aviez le projet de rejoindre Horace Slughorn en Égypte.
— Vous êtes fort bien renseigné, confirma Flitwick. À ce propos, que diriez-vous de vous joindre à nous ? Pamona et moi serions enchantés de votre compagnie ! En outre, Horace serait en joie de vous revoir.
— Votre invitation me comble d'honneurs, Filius, s'empressa de répondre Severus. Mais je crains que la fournaise égyptienne du mois d'août soit un véritable danger pour le Britannique pur souche que vous avez en face de vous.
— Craignez-vous la chaleur, Severus ?
— J'en ai bien peur.
— Dans ce cas, oubliez cette proposition ! Vous ne tiendrez pas deux jours sous ces latitudes.
— Vous n'aurez qu'à m'envoyer une carte postale, ironisa Severus, tout en songeant avec regret et amertume à la majestueuse beauté des pyramides d'Égypte.
— Pour éviter l'inconfort des grosses chaleurs, je vous recommanderai bien de demeurer un temps au château, reprit Flitwick, le regard perdu dans l'immensité du paysage. L'été, le climat de la région n'est pas désagréable. Toutefois, ce ne serait pas vous rendre service de vous conseiller une telle chose. À trop vous attarder entre ses murs, on risque à la longue de s'y retrouver piégé. Ce cadre ; cet édifice ; tout ici offre une vie facile et accommodante. Il est aisé de se laisser tenter par cette existence paisible, à l'écart du monde et de ses tracas. Mais, vous encore si jeune…
Severus dévisageait, un brin abasourdi, son vieux professeur qui déroulait sereinement son surprenant argumentaire, sur le ton le moins affecté qu'il soit.
— Profitez de vos jeunes années, Severus, car elles ne manqueront pas de filer à toute vitesse, ajouta-t-il d'une voix tranquille. Et si j'ai un dernier conseil à vous donner, veillez à ne jamais tronquer un semblant de bonheur pour une vie ici. Vous ne devez rien à personne ; pas plus à vos confrères professeurs qu'à notre brave directeur qui parfois – je sais bien!– peut se montrer très accaparant.
Ne sachant trop quoi dire, Severus garda le silence, esquissant un petit sourire d'approbation un brin hypocrite. Puis, se souvenant soudain qu'il tenait entre ses mains une lourde pile de copies (qui devaient être promptement expédiées à Londres, au Ministère de la Magie, pour être corrigées et notées), il se hasarda à demander :
— Savez-vous où se trouve le professeur McGonagall ? Elle ne m'a pas indiqué où je devais déposer les épreuves.
— Je l'ai croisé tout à l'heure à la bibliothèque, répondit amicalement Flitwick. Elle était occupée à aider les septième année pour leurs oraux multidisciplinaires. Mais, j'y pense : que diriez-vous d'aller à sa rencontre pendant que je me charge de mettre ces copies en lieu sûr. J'irai ensuite remettre en place les tables dans la Grande Salle.
— C'est très aimable à vous, Filius. Mais ne pensez-vous pas qu'il serait plus prudent…
— Ne vous inquiétez pas ! hoqueta Flitwick. Vous n'auriez qu'à lui dire que les copies sont en sécurité en salle des professeurs.
— Bien. Je monte donc l'en avertir.
Ainsi, Severus consentit à lui remettre les fameuses copies. Après avoir remercié ce bon professeur Flitwick une dernière fois, il traversa rapidement le hall et s'engouffra dans une cage d'escalier. Tout en gravissant les marches, il repensait aux mystérieuses paroles de son vieux professeur d'enchantement. À quoi pouvait bien rimer son petit discours ? Craignait-il vraiment de le voir sacrifier sa vie au détriment de son sacerdoce professoral ? Où avait-il eu simplement l'intention de lui prodiguer quelques conseils de vieux célibataire soucieux de voir un jeune collègue se complaire dans sa solitude ? Le caractère pour le moins abstrait de ses curieux propos ne lui inspirait que de la perplexité. Et pourquoi lui avait-il parlé de Dumbledore en ces termes ? Dumbledore…
Comme il atteignait le troisième étage, il se souvint tout à coup de ce que lui avait demandé le directeur, quelques heures auparavant, avant le début de l'épreuve du brevet. Il désirait connaître l'heure exacte de l'oral multidisciplinaire d'Amelia Egerton, car il avait entendu dire par McGonagall que le projet de la jeune fille promettait de marquer les esprits des examinateurs du Ministère. Aussi, il tenait à être là quand elle se présenterait devant eux.
Seulement, Severus n'avait pas la moindre idée de l'heure de son passage. Et pour cause, son élève prenait grand soin de l'éviter depuis près de trois mois ; plus exactement depuis l'incident survenu dans l'infirmerie. Depuis lors, la jeune fille (qui, en fin de compte, avait dû réaliser toute la folie et le danger du geste de son professeur) se bornait à lui adresser la parole qu'en cas de force majeure, de manière concise et en se retranchant derrière une politesse glacée. D'ailleurs, elle n'avait pas non plus réclamé son aide dans l'élaboration de son projet multidisciplinaire, préférant solliciter les conseils de McGonagall ou de Flitwick – ce qui était totalement compréhensible, compte tenu de la conduite irraisonnée de son directeur de maison. De fait, Severus était arrivé au point de se demander s'il n'était pas prudent de renoncer tout bonnement à assister à son passage devant les examinateurs. Sa présence, contrairement à celles de ses autres professeurs, n'était peut-être pas souhaitée…
Dans tous les cas, il n'avait connaissance que d'un seul détail concernant ce rendez-vous : il était prévu pour cet après-midi même. Et avec un peu de chance, l'heure de son oral coïnciderait avec celle de l'un de ses cours de l'après-midi. Voilà ! Severus tenait enfin son excuse. En prétextant qu'il ne pouvait dignement pas annuler un cours de première année pour assister à cet oral, il justifierait son absence auprès de ses collègues, sans éveiller les soupçons.
Une fois arrivé au quatrième étage, il longea d'un pas rapide le couloir pour atteindre l'entrée de la bibliothèque. Quand soudain, il vit les deux grandes portes en chêne s'ouvrir au loin, tout au bout du corridor. Une première personne se glissa entre les battants : c' était justement Minerva McGonagall, drapée dans son éternelle robe vert émeraude, le chignon toujours aussi impeccablement épinglé sur le sommet de sa tête. À l'instant où Severus l'aperçut, il s'élança aussitôt vers elle.
Mais, à son grand malheur, il réalisa très vite que la directrice n'était pas seule. Et lorsqu'il distingua le visage de la jeune fille qui marchait sur ses talons, il stoppa net sa course, songeant même un instant à faire discrètement demi-tour. Seulement, il était trop tard ; McGonagall avait déjà remarqué sa présence dans le couloir :
— Qu'est-ce qui vous amène ici, Severus ? lança-t-elle vivement, venant avec empressement au-devant de lui.
Il n'eut évidemment d'autres choix que de leur faire face, tout en conservant un semblant d'assurance.
— Je venais justement à votre rencontre, professeur, dit-il à la directrice, d'un ton faussement assuré. Je souhaitais vous prévenir que le professeur Flitwick s'est chargé de déposer les copies en salle des professeurs et de remettre en ordre la Grande Salle. Je me serai bien acquitté de cette corvée, mais il a…
— Bien bien, acquiesça McGonagall d'un air impatient.
— L'examen vient de se terminer, ajouta-t-il. Et tout s'est déroulé pour le mieux.
— Bonté divine, il est déjà si tard ? s'exclama-t-elle soudain.
— Il est presque l'heure du déjeuner, oui.
McGonagall se retourna pour s'adresser à la jeune fille :
— Avez-vous entendu, Amelia ? Nous sommes restées près de trois heures enfermées dans la réserve !
— C'est que le temps passe vite au milieu de ces vieux grimoires, dit Amelia Egerton, en la gratifiant d'un de ses sourires radieux. Surtout en votre compagnie, professeur. Je vous suis très reconnaissante pour tout le temps et l'énergie que vous avez investie pour m'aider. Jamais je n'aurai pu y arriver sans vous.
— Voyons, voyons, gloussa McGonagall qui parut soudain embarrassée par les marques de gratitude de la jeune fille. Vous vous en seriez très bien sortie toute seule. Ayez confiance en vos capacités, jeune fille ! Vous êtes tout à fait prête à éblouir vos examinateurs, maintenant. Dites-lui, Severus ! commanda-t-elle soudain, en se retournant vers lui. Dites-lui donc qu'il n'est pas nécessaire de se faire tout ce mauvais sang !
Severus échangea avec son élève un bref regard gêné.
— Je ne me fais aucun souci quant à l'issue de l'oral de miss Egerton, déclara-t-il laconiquement, en prenant soin de ne pas trahir son malaise.
— Merci, professeur, murmura la jeune fille.
— Eh bien, dit McGonagall, dardant un œil moqueur sur Severus. Nous vous avons connu plus hardi dans vos déclarations... Quoi qu'il en soit, veillez à calmer les angoisses de cette jeune fille qui – j'en suis certaine – saura émerveiller ses examinateurs avec sa magie. Quant à moi, je suis dans l'obligation de vous quitter, car j'ai encore fort à faire. Et, avant toute chose, je dois expédier les dernières épreuves de BUSE au Ministère. Prions pour que les hiboux ne les perdent pas en chemin, comme l'an dernier !
Après leur avoir donné rendez-vous un peu plus tard dans la journée, McGonagall prit rapidement congé d'eux.
Planté au milieu du couloir désert, devant une petite fenêtre cintrée ouverte sur le parc, Severus se retrouva seul avec son élève. Le visage un peu fermé, serrant un gros ouvrage relié de cuir contre sa poitrine, Amelia demeurait aussi silencieuse qu'immobile. Mais curieusement, elle ne semblait pas désireuse de prendre ses jambes à son cou.
Comment Severus devait-il procéder ? Que devait-il lui dire ? McGonagall attendait de lui qu'il se montrât rassurant… Mais comment devait-il s'y prendre ?
— Alors… dit-il, en se raclant la gorge. Comme cela, c'est aujourd'hui le grand jour… ?
— Oui, c'est aujourd'hui, répondit-elle à mi-voix, fixant intensément le bout de ses chaussures.
Le flot de lumière qui s'engouffrait par l'ouverture faisait scintiller ses yeux bleus d'un éclat cristallin et donnait à ses cheveux des reflets d'or et d'argent ; deux tresses couronnaient joliment le sommet de sa tête et il était évident qu'elle avait particulièrement soigné sa tenue. Coiffure implacables ; souliers cirés de la veille : uniforme amidonné ; en bref, elle avait tous les attributs de la bonne élève qui était à quelques heures de présenter son projet multidisciplinaire. Aussi, il s'amusait intérieurement de la voir si apprêtée pour un jury d'examinateurs qui se moqueraient bien de son apparence. Mais alors qu'il observait la jeune fille à la dérobée, que les secondes de silence s'égrainaient, il sentit qu'il était grand temps de rompre la glace.
— Et, comme cela, vous ne vous sentez pas confiante ? s'enquit-il, sans cérémonie.
— Difficile à dire… rétorqua-t-elle, en replaçant nerveusement une mèche de cheveux derrière son oreille. Oui et non.
— Le professeur McGonagall semble penser que tout ira pour le mieux. Et elle n'est pas du genre à mentir, même pour se montrer encourageante.
— Oui, vous n'avez pas tort, approuva la jeune fille, en souriant timidement.
Voyant qu'elle semblait toujours aussi gênée de lui parler, il se demanda s'il était prudent de poursuivre cette conversation. Mais d'un autre côté, l'idée de l'abandonner à ses doutes et ses mortifications ne le ravissait pas beaucoup. Et comme il se creusait la tête pour trouver quelques paroles rassurantes à lui dire, il vit soudain le gros grimoire qu'elle serrait contre sa poitrine.
— Qu'est-ce que… marmonna-t-il, en essayant de déchiffrer le titre écrit en lettres d'or sur la couverture. Où diable avez-vous trouvé ce livre, miss Egerton ?
— Oh ! C'est le professeur McGonagall qui m'a aimablement autorisé à l'emprunter pour quelques heures, répondit-elle. Il provient de la réserve de la bibliothèque.
— Est-ce du gaélique écossais que je lis là ? s'enquit-il à nouveau, d'un air sceptique. Mais pourquoi consultez-vous ce vieux grimoire ?
Pour une raison qu'il ignorait, les joues de la jeune fille s'empourprèrent légèrement.
— Ces dernières semaines, le professeur McGonagall a eut la gentillesse de m'enseigner le…
Mais tout à coup, un bruit strident résonna dans le couloir. Severus et Amelia bondirent de frayeur. Puis, ils tournèrent simultanément leurs deux têtes vers la fenêtre.
À moins de 2 mètres d'eux, un oiseau gigantesque, au plumage d'un rouge flamboyant, déployait ses immenses ailes et tentait maladroitement de se glisser entre les deux battants.
— Par Merlin, c'est le phénix du professeur Dumbledore ! s'exclama Amelia avec ce qui semblait être de la stupéfaction.
De son côté, Severus n'en croyait pas ses yeux ni ses oreilles. Qu'est-ce que ce crétin d'oiseau pouvait bien faire ici ? Après quelques secondes d'acharnement et de battements d'ailes chaotiques, il décida de se poser sur le garde-corps en métal, sans pour autant mettre un terme à sa jacasserie assourdissante.
— Mais veux-tu bien de taire, toi ! lui cria Severus, en s'approchant de la fenêtre.
L'oiseau lui répondit par un nouveau « CROUAK » sonore qui fit trembler tout le sol sous leurs pieds. Severus compris alors qu'il devait agir vite. Si personne ne mettait un terme à ce vacarme, la bibliothécaire ne tarderait pas à pointer son nez pour leur demander des comptes. N'ayant aucune idée de ce qu'il devait faire, il se hasarda à lever une main pour la poser sur le sommet de la tête de l'oiseau. Et comme par magie, sous l'action de ses caresses, la créature retrouva rapidement son calme.
— Les caresses… grommela Severus, lissant avec le plat de sa main le plumage scintillant. Là réside votre faiblesse, hein ? Dire que tu pourrais m'éventrer d'un simple coup de bec !
Un petit rire feutré résonna alors à ses oreilles.
— Puis-je savoir ce qui vous rend si hilare, miss Egerton ?
— Je me disais que, décidément, vous avez toujours autant de succès auprès des bêtes, répondit la jeune fille, en riant.
— Au lieu de vous payer ma tête, venez donc m'aider à calmer l'agitation de ce maudit volatile ! suggéra-t-il abruptement.
— Est-ce bien prudent ? s'enquit-elle nerveusement.
Elle paraissait très impressionnée par la créature et l'expression renfrognée de son visage montrait bien qu'elle ne simulait nullement ses craintes.
— Pourquoi ne le pourriez-vous pas ? demanda Severus. Vous n'avez pas Dumbledore en horreur ?
— Bien sûr que non, rétorqua-t-elle aussitôt.
— Dans ce cas, vous ne risquez rien, conclut-il.
Et, d'un pas prudent, elle s'approcha. Mais à son approche, l'oiseau se cabra et poussa un nouveau cri strident qui la fit tressaillir.
— N'ayez crainte ! la rassura-t-il. Il me semble que c'est sa façon de vous dire « bonjour ».
— « Il me semble », dites-vous ? dit-elle d'un air méfiant.
— C'est que je ne suis pas un grand spécialiste des phénix. Mais je connais un peu les manières de celui-ci, depuis le temps. Donc oui, je crois bien qu'il vous saluait.
Elle fit un pas de plus, puis, très lentement, elle leva sa main gauche et l'approcha de la tête de l'oiseau.
— S'il essaye de me pincer la main avec son bec… murmura-t-elle, gardant sa main en suspension.
— Sans ma baguette – qui se trouve en ce moment même dans une poche de ma robe –, je ne pourrai rien faire pour l'en empêcher, lui rétorqua Severus.
— Vous n'êtes pas très rassurant, professeur…
— Je n'ai jamais prétendu le contraire.
Elle trouva enfin le courage de toucher le phénix qui, heureux de se faire cajoler par deux mains attentionnées, remuait les longues plumes de sa queue à la manière d'un chien.
— C'est la première fois que je vois le phénix du professeur Dumbledore voler dans ce secteur, dit Amelia, passant tendrement ses doigts dans le plumage chatoyant de la créature. Il n'est pas rare de le voir sillonner le ciel au-dessus de la Foret Interdite, au-dessus du lac ; mais jamais par ici.
— Il a dû nous apercevoir derrière cette fenêtre, en revenant de son excursion, présuma Severus.
— Je suis sûre que c'est vous qu'il venait voir, affirma soudain Amélia avec le plus grand des sérieux. Il s'est certainement approché pour vous parler ; pour vous transmettre une sorte de message.
— Une sorte de message… ? répéta Severus, d'un air dubitatif. Malheureusement, je ne parle pas le phénix.
— Je sais ! lança-t-elle avec fougue. Il est venu vous révéler que vous n'êtes pas un professeur, mais un prince ! Un prince originaire d'un pays très lointain.
— Un prince ? fit Severus, en fronçant les sourcils. Mais qu'est-ce que… Je n'ai jamais rien entendu d'aussi grotesque ! C'est le stress qui vous fait dire n'importe quoi, miss Egerton ?
— Absolument pas, déclara-t-elle avec un sourire en coin.
— Croyez-moi que si vous disiez vrai, je n'aurai pas passé les deux dernières heures coincé entre quatre murs, à jouer les sentinelles et à m'ennuyer comme un rat mort…
— À ce propos, ajouta la jeune fille, ne trouvez-vous pas ironique d'avoir été choisi pour surveiller l'examen de Défense contre les Forces du Mal, alors que le directeur ne vous a jamais offert la possibilité d'enseigner cette matière ?
— Que voulez-vous, miss Egerton… soupira Severus. L'ironie est à ma vie ce que l'apprentissage des langues étrangères est à la votre.
Elle ne put réprimer un éclat de rire.
— Bonté divine, miss Egerton ! s'exclama alors Severus. Finirez-vous enfin par me dire pourquoi vous avez emprunté cet ouvrage sans âge, écrit en gaélique écossais ?
— Vous n'en saurez rien ! rétorqua-t-elle avec arrogance, un grand sourire sardonique étirant ses lèvres.
— Et pourquoi cela ?
— Parce que… hésita-t-elle un instant. Non, je refuse de vous le dire !
— Fort bien, grommela Severus. Dans ce cas, je n'en saurai rien.
Il comprit qu'il était inutile d'insister. Leurs deux mains restèrent un moment occupées à caresser Fumseck, le phénix de Dumbledore. Mais bientôt, Severus éprouva le besoin impérieux de formuler la question qui le taraudait depuis des heures.
— La présence de Fumseck me rappelle que le directeur désirait avoir connaissance de l'horaire de votre oral, déclara-t-il sans la regarder.
— Vraiment ? s'étonna la jeune fille. Le professeur Dumbledore veut assister à mon oral ?
— Oui, acquiesça Severus. C'est effectivement ce qu'il m'a laissé entendre.
— Et vous lui avez dit qu'il était prévu pour cet après-midi ?
— Oui… dit-il d'une voix traînante qui traduisait son embarras. Seulement… Je ne me souvenais plus vraiment de l'heure exacte et…
— Ah oui ? questionna-t-elle, en le regardant droit dans les yeux. En revanche, la semaine dernière, j'ai pu constater que vous aviez une parfaite connaissance de la date et de l'heure exacte de l'oral de Smith, puisque vous ne vous êtes pas fait prier pour y assister.
— Je ne vois pas ce que l'oral de Smith vient faire dans cette conversation, maugréa Severus. Et pour votre gouverne, si j'ai tenu à assister à cet oral, c'est parce que Smith a sollicité mon aide à de nombreuses reprises… Bref, cela n'a aucune importance.
— Vous ne voulez pas assister à mon oral parce que je n'ai pas fait appel à vos talents de sorcier, c'est cela ? s'indigna-t-elle vivement.
— Mais je n'ai jamais prétendu que je ne désirai pas assister à votre oral ! mentit-il avec un tel aplomb qu'il se donna la chair de poule. Qu'est-ce que c'est que ces histoires ?
— Cessez de tourner autour du pot et arrêtez de prétendre que le professeur Dumbledore cherche à connaître je ne sais quoi ! commanda-t-elle impérieusement. Posez-moi directement votre question !
Severus jeta un regard en biais à la jeune fille qui semblait avoir tout compris à son petit manège.
— Votre oral est prévu pour quelle heure ? finit-il par demander, impatient d'en finir une bonne fois pour toutes.
— 15h45, répondit-elle d'un ton sec et tranchant.
— Bien. Je vais devoir alors écourter l'heure de travaux pratiques des deuxième année.
— Soit. Ils profiteront du beau temps.
— Qu'il en soit ainsi, siffla Severus, furieux de s'être fait si facilement piéger. Je m'en vais donc transmettre cette information au directeur ! ajouta-t-il, en essayant de conserver un semblant de sang-froid.
— Et comptez-vous lui ramener son oiseau ?
— Euh… hésita-t-il un instant. Non, non ; très peu pour moi ! dit-il, après réflexion. Il n'est pas question que je me promène avec un oiseau sur l'épaule comme le font ces vieux sorciers excentriques qui tiennent toujours à attirer l'attention sur eux. Toi, tu rentres par tes propres moyens ! ordonna-t-il à l'oiseau, tandis qu'il agitait ses bras devant lui pour le pousser à prendre son envol.
[fin de la première partie]
NOTA : Toutes mes excuses pour cette absence infiniment longue. Je ne reviens pas sur les raisons de ce long hiatus, car je l'ai déjà fait sur les réseaux sociaux et ce n'est pas très intéressant.
Voilà, une nouvelle partie vient d'être postée et j'espère qu'elle vous a plu ! La suite ne devrait pas tarder, si je parviens à terminer ce que j'ai commencé à écrire. Après quoi, je risque d'être assez occupée ce mois-ci à préparer ma dernière convention de la saison qui est prévue pour le mois de mai (le Montpellier Game Show). Du coup, je devrai sans doute faire une nouvelle pause jusqu'à mi-mai.
Ensuite, je serai totalement libre pour me consacrer pleinement à l'écriture de cette fics.
Sinon, j'ai posté de nouvelles versions de mes premiers chapitres que j'ai vaillamment retravaillés durant l'hiver. L'introduction d'Amelia (chapitre 3) me posait beaucoup de problèmes. D'ailleurs, vous avez été nombreux à pointer ce souci du doigt et je vous en remercie. J'ai simplifié les trois premiers chapitres en retirant tout ce qui ne collait pas avec la suite (de microdétails insignifiants, mais qui m'agaçaient) et ce qui rendait Amelia un peu trop nunuche. Un jour ou l'autre, je vais devoir m'atteler sérieusement à une mise à jour de toute l'histoire si je la publie sur papier… D'ici là, n'hésitez pas à relever erreurs, fautes ou incohérences en commentaire, car ça m'est très utile. Merci de poursuivre la lecture de Prince et Princesse ! À très vite, j'espère !
