Merci pour les reviews ! Petit retard cette fois-ci, j'espère pouvoir vous livrer un nouveau chapitre dans les temps la semaine prochaine ! En attendant, celui-ci est assez long (avec un début un peu maladroit, peut-être, désolée !).
J + 53
Trois heures du matin. Cette fois, Lorne était décidé à ne plus quitter le mess. Déjà, parce qu'il avait dormi tout son saoul la nuit dernière, et ensuite, parce qu'à présent que la fatigue ne l'écrasait plus, il savait qu'il ne pourrait pas s'assoupir. Trop inquiet. Il attendait désespérément un évènement qui, il le savait, lui briserait tout de même le cœur : le réveil d'une femme qui aurait tout oublié de lui. Mais un réveil quand même. En l'attendant, il s'était un peu éloigné, pour s'occuper en discutant avec d'autres autour d'un café. Hoacks lui avait proposé vers 22 heures de « déprimer tous ensemble », et il avait accepté. Entretemps, le psychiatre était repartit vers ses quartiers, mais lui restait.
Ils étaient plusieurs à veiller ainsi depuis une journée des tables avaient été regroupées dans un coin de la pièce, pour pouvoir mieux discuter, manger, ou même jouer aux cartes dans un entrain relatif. Les lumières restaient allumées, comme si cela pouvait tirer ces femmes de leur sommeil.
Tous les hommes ou presque étaient passés à un moment ou à un autre prendre des nouvelles, qu'ils aient un binôme ou non. Qu'ils soient d'Atlantis ou du Dédale. Ronon passait même faire un tour toutes les deux heures, sans faire aucun commentaire ni s'attarder longtemps.
Quelques heures plus tôt, le soir, cela avait grondé auprès de Carter. Quelques hommes l'avaient pressée de contacter le SGC, qu'ils envoient une équipe médicale. Les hommes débarqués du Dédale ne comprenaient pas la réticence de la dirigeante à faire venir des personnes compétentes. Ceux qui savaient étaient gênés de devoir mentir à leurs collègues qui revenaient de vacances, et qui avaient tout manqué. Il allait falloir vivre avec.
Sous l'insistance de certains, Sam fut contrainte de dire oui. Quelque part, elle en ressentit un soulagement : peu importe ce qui allait arriver, au moins elle n'aurait pas laissé ces femmes sans soins.
Les médecins du SGC étaient arrivés à minuit. A deux heures, ils constataient leur impuissance, et Sam s'enfonçait dans les mensonges pour raconter comment tout s'était passé. John, toujours avec le Dédale, lui manquait cruellement. Lorne était venu la soutenir un peu, et elle lui en était reconnaissante car elle savait bien ce que cela coûtait au major. Henry était parti se coucher, et même si cela l'étonnait, elle savait que c'était sciemment qu'il n'avait pas veillé. S'il y avait eu des insistances pour faire venir du personnel du SGC, il n'y en avait en revanche pas eu pour leur dire la vérité. Peut-être qu'ils avaient compris que cela ne changerait rien à l'heure du possible réveil des endormies. Quoiqu'il en soit, le secret était encore maintenu.
Le Dédale était rentré, bredouille à nouveau, sans surprise. Caldwell et Sheppard s'étaient désolés de voir toujours la moitié de la Cité au lit. Ils étaient partis se coucher. Sam avait suivi.
Rodney veillait à côté d'un lit dans lequel se trouvait une femme endormie. Il scrutait ses paupières, à la recherche d'un battement qui indiquerait que son sommeil prenait fin. Mais rien. Il commençait à fatiguer. Ce fut une protestation toute simple qui l'empêcha de sombrer :
- Hum… Les lumières !
- …
- Eteignez ces putains de lumières, bordel !
A deux lits de là, une main devant les yeux, le sergent Bell se manifestait. Rodney se tourna épaté vers les hommes qui discutaient au fond, et qui avaient entendu son cri. Rapidement, trois personnes l'entourèrent.
- Bell ! Content de te revoir !
- Egale à toi-même !
- Tu nous as fait peur !
- Peur ? J'espère bien que tu as peur de moi, Johnson, parce que tu ne sais pas ce qui peut t'arriver si tu n'ETEINS PAS CES LAMPES !
Des rires lui répondirent tandis que quelqu'un tamisait la lumière. Rodney se tourna vers celle qu'il veillait, espérant voir enfin le bleu de ses yeux. Ils n'étaient pas ouverts, mais frémissaient.
- Katie ?
- Mmm…
- Ca y est… Haha ! Ca y est, elles se réveillent !
Tout autour, des demoiselles reprenaient peu à peu leurs esprits. Les hommes émettaient des rires nerveux qu'elles ne comprenaient pas très bien, essayant de rassembler leurs idées.
- Katie ?
- Rodney ? Où je suis ?
- Dans le mess…
- Le mess ?
- Il y a eu… une épidémie. Tu te rappelles ?
- Je ne sais pas… Oh, j'ai le ventre tout courbaturé…
- Ne bouge pas, ne bouge pas.
Il échangea un regard avec elle, et elle eut un petit sourire. Il comprit qu'elle était heureuse qu'il soit là, et il lui prit la main. Elle la serra avec ses faibles forces.
- … J'ai l'impression d'avoir déjà vécu ça.
- Quoi ?
- Toi qui me veille.
Elle était toute émue. Il vit à quoi elle faisait référence : l'amnésie collective qui avait touché l'expédition, il y avait quelques temps. Décidément, le SGC allait se dire que les Atlantes n'étaient pas très résistants, en ce moment. Il leur accorderait peut-être des vacances.
Rodney sourit.
- C'est vrai.
- Deux fois en un mois c'est tout de même un peu trop. Je te promets d'essayer d'être un peu plus résistante à l'avenir.
Le sourire de Rodney se ternit légèrement.
- La précédente épidémie, c'était il y a plus de deux mois, Katie.
- … Quoi ?
- … Tu te rappelles de ce qu'il t'est arrivé, pour que tu te retrouves ici ?
Elle secoua la tête. Il soupira un peu, mais se dit que c'était mieux comme ça.
- Je vais t'expliquer.
Avant de commencer, il releva la tête pour regarder la rangée de lits d'en face. Keller ouvrait les yeux, deux infirmiers à ses côtés. Son regard croisa celui de Rodney, mais elle n'eut aucune réaction particulière. Il retourna vers Katie, inspira un grand coup, et commença.
v
Lorne se tenait à quelques pas d'Eva. Il la regardait se réveiller doucement, n'osant pas s'approcher plus. Un collègue infirmier était avec elle et lui expliquait, en allemand, ce qu'il s'était passé, elle hochait la tête, un peu hagarde. Autour de lui, il entendait les femmes se réveiller, poser des questions, se plaindre de leur bas-ventre douloureux, de courbatures. Il entendait fuser les mots rassurants, les informations, les appels au repos. Il se sentit de trop. Elle ne l'attendait pas. Il sourit malgré tout de la voir éveillée, les joues roses, et il partit lentement vers ses quartiers, mains dans les poches et dos voûté.
v
- Elles ont tout oublié.
Sam avait été réveillée par Hoacks, qui l'avait été par John qui l'avait été par Rodney. Au diable son image de dirigeante : elle avait enfilé une robe de chambre pour mieux courir vers le mess.
- Tout oublié ?
- Comme le Furling nous l'avait dit, murmura le psychiatre à voix basse. Elles se souviennent qu'on a découvert un vaisseau alien dans la Cité, qu'on en a réveillé une jeune fille, trouvé une sorte de monstre, mais c'est tout. Leur dernier souvenir, c'est le départ des Travellers qui sont venus se faire soigner sur la Cité.
- Incroyable… Ca a marché.
- C'est bien ou c'est pas bien ?
- Aucune idée Henry. En tout cas, le mensonge continue.
- Si vous saviez comme ça me ravit.
Sam fit la moue également pour signifier que ça la réjouissait autant que lui.
- Enfin, les hommes leur ont raconté ce qu'on avait convenu. Et comme ça les choque déjà de savoir qu'elles ont été infectées par un champignon au niveau intime et interne, et qu'en plus ça les navre de se rendre compte qu'elles ont une amnésie, je pense que ne pas leur dire la vérité peut être profitable.
- Vous voyez.
Elle le dépassa pour entrer dans le mess, où une forte animation régnait. De mémoire de néo-Atlante, ce devait être la première fois que les membres de la Cité se trouvaient tous réveillés à trois heures du matin.
- Bien… Les médecins du Dédale et du SGC les ont auscultées ?
- Ils ont commencé, lui répondit John qui la rejoignait, son tee-shirt-pyjama « Schnaps forever » toujours sur le dos. Tout va très bien. Elles ont juste très très faim.
- Et l'amnésie ?
- Ils trouvent ça étrange, évidemment. Ils pensent que c'est un effet secondaire du remède.
Il prononça le tout de façon naturelle et innocente. Sam ne put s'empêcher de sourire. La fin de tout cela serait peut-être heureuse, finalement.
v
Neuf heures du matin. Il n'y avait pas eu cette sérénité sur la Cité depuis bien longtemps.
- Salut.
Amelia Banks rougit de ce bonjour. Ronon se trouvait devant elle, à attendre qu'elle réponde. Il avait un bouquet de fleurs bleues dans les mains.
- Bonjour, Ronon.
- Ca va ?
- Heu, oui. Je… ne me rappelle plus pourquoi je suis dans ce lit, comme toutes les femmes ici, mais sinon… Le médecin m'a assuré que tout allait bien.
- C'est bien.
- Oui.
- …
- …
- Je vous ai apporté des fleurs.
- Oh !
Elle jeta un petit coup d'œil autour d'elle : sur toutes les tables de nuit trônaient les mêmes fleurs bleues. Le cadeau tendance du moment sur Atlantis.
- Merci beaucoup, Ronon.
- De rien.
Il posa la fleur à côté d'elle, puis resta debout.
- …
- …
- Bon, je vais…
- Vous voulez prendre une chaise ? Vous serez sans doute plus à l'aise pour discuter.
Le Satédien la regarda en souriant, et attrapa un tabouret pour le placer en tête de lit. Puisqu'elle avait osé proposer qu'il reste, elle allait bien trouver aussi le sujet de conversation.
v
- Bonjour, Jennifer. Vous allez bien ?
- Bonjour Rodney… C'est gentil de me rendre visite… Et avec des fleurs, en plus ?
- Oui… Enfin, c'est pas des fleurs, c'est une très grosse fleur, il n'y a qu'une tige. Ca vient d'une sorte de figuier. Il est en train d'envahir le hangar 6. Parrish avait une dette envers moi, il me l'a fournie… Tenez, c'est pour vous… Même si je peux voir que vous avez déjà quatre fleurs comme celle-ci…
- Oh, ce sont des cadeaux de mes infirmiers. Apparemment, ils se fournissent chez le même fleuriste que vous. Parrish doit avoir beaucoup de dettes…
- Je reconnais : pour l'originalité, je repasserai.
- Vous l'avez réservée pour Katie : c'est un joli arbuste, que vous lui avez amené tout à l'heure.
- Ah, non, ça c'est Parrish qui lui a…
Rodney se tourna vers la botaniste et se reprit :
- Oui, c'est un bel arbuste.
- Mais rassurez-vous : je suis ravie des fleurs bleues. Surtout en telle quantité.
- Tout le monde doit venir vous voir, j'imagine : s'il y a bien une personne qu'on espère vite rétablie, c'est bien le médecin en chef de la Cité !
Keller rit.
- Peut-être. En attendant, je suis contente des renforts envoyés par le SGC, ça me permet de prendre mon temps pour récupérer. Je ne sais pas ce que j'ai fait ces trois dernières semaines, après le départ des Travellers, mais je me sens épuisée !
Elle avait plus dit cela pour rappeler son amnésie, qui la dérangeait, que pour vraiment plaisanter sur son sort. Rodney soupira malgré lui et prononça la phrase difficile de la journée :
- … Sam va vous voir, dans quelques jours, quand vous serez sur pied. Elle vous racontera.
v
L'infirmière Eva fut surprise de recevoir la visite d'un militaire américain, ce matin-là. Encore plus d'un officier. Il s'avança, presque timide, jusqu'à son lit.
- Bonjour.
- Bonjour.
- … Vous ne devez pas savoir qui je suis, j'imagine.
- Si. Vous êtes le major Lorne.
Evan afficha sa surprise, et elle expliqua :
- Un de vos hommes est décédé à l'infirmerie hier… Enfin… Il y a trois semaines. Vous êtes resté longtemps à son chevet.
- Oh… C'est vrai.
Le major eut une pensée pour la fiancée de Twist, le lieutenant disparu, qui allait devoir ré-entamer le travail de deuil qu'elle avait fait tous ces mois. Il eut une autre pensée pour Eva : alors comme ça, elle l'avait déjà repéré avant ?
- Mais sinon… Vous ne vous souvenez de rien, n'est-ce pas ?
- Non, major.
- Alors ma présence ici doit vous intriguer un peu.
- … Un peu, je l'avoue.
Il sourit et sortit de derrière son dos un pot de fleurs jaunes, en rougissant un peu.
- Donc vous allez vous demander pourquoi je vous amène des fleurs.
- Pour mon rétablissement.
- C'est vrai que c'est une mode, ici… Qui n'a pas sa fleur bleue ?
Elle rit, et il posa le pot sur la table de nuit. Elle remarqua :
- Celles-ci sont jaunes. C'est plus original. C'est ma couleur préférée.
- Gelb, je sais, murmura-t-il.
Elle le regarda, surprise. Il se rattrapa :
- Le jaune des uniformes de l'infirmerie. C'est forcément votre couleur préférée !
Elle rit un peu, mais s'arrêta vite en grimaçant et en se tenant le ventre.
- Hé. Doucement. Ca va ?
- C'est rien, juste des sortes de courbatures. Je vais me redresser…
Il s'approcha d'elle mais arrêta son élan à temps :
- Je vous aide ?
- Non, ça va aller. Merci.
Il fallait qu'il calme son envie de la toucher, de la serrer contre lui, ou sinon il allait l'effrayer, et rater sa chance. Il demanda des yeux la permission de s'asseoir à côté d'elle et elle acquiesça.
- Plus sérieusement… Comme vous ne vous rappelez pas, je vais vous raconter : c'est moi qui vous ai trouvée, avant-hier.
Son ton était sérieux, bien qu'il soit désolé de lui mentir. Elle écoutait avec attention, heureuse d'en savoir un peu plus sur ce qu'il s'était passé pendant son trou noir.
- … Trouvée ?
- Quand on a constaté l'épidémie, on s'est mis à chercher toutes les femmes, pour leur porter secours où qu'elles soient dans la Cité. Vous, vous étiez partie aider certaines dans quartiers, les signaler aux infirmiers. Quand vous vous êtes sentie mal, vous étiez bien loin de l'infirmerie, et seule. Je suis tombé sur vous et je vous ai amenée ici.
- Merci, major.
Elle était sincère. Il lui sourit. Il ne pouvait s'empêcher de la dévorer des yeux. Il reprit ses esprits, et ses explications :
- Comme vous étiez nombreuses à être alitées, Carter a demandé à ce qu'on joue les rôles de garde-malades, pour pouvoir surveiller l'évolution de l'épidémie chez chacune. Alors je suis resté. Du coup on a un peu discuté hier. D'où les fleurs aujourd'hui : vous n'êtes plus une parfaite inconnue pour moi.
Il sourit, un peu gêné et timide. Elle plaisanta pour le mettre à l'aise :
- Alors je vous ai raconté ma vie pendant toute une journée ? Je me connais, je parle beaucoup : je m'excuse d'avoir jacassé pendant des heures…
- Non, rassurez-vous… Le Cambodge, vos trois frères, c'était très intéressant…
Elle rougit, mais le regard qu'il lui lança la rassura : il était sincère. Et puis il avait l'air gentil. Et charmant. Avec de beaux yeux. Elle s'égarait…
Lorne sentit son cœur bondir en la voyant le regarder comme ça, et il reprit :
- En tout cas… Vous m'aviez dit de vous appeler par votre prénom, Eva. Donc ne m'en veuillez pas si ça m'échappe.
Il valait mieux que ce soit « Eva » plutôt que « meine Liebe » ou « chérie ».
- Ce… Ce n'est pas grave. Vous pouvez continuer. Enfin, quand je ne suis pas au travail, bien sûr.
- Bien sûr. Et de votre côté, vous pouvez m'appeler Evan.
Elle sembla gênée, et il se reprit :
- Enfin… Si vous le souhaitez.
Il soupira légèrement, tout en lui souriant. Ce serait long. Il allait devoir prendre son temps, se modérer, mais il était sur la bonne voie pour repartir avec elle.
v
J + 58
Petite piste pour les Athosiens, peut-être depuis cinq jours, Teyla et SGA-1 écumaient les planètes à la recherche d'indices, et là, peut-être que quelqu'un avait entendu quelqu'un d'autre parler d'un troisième qui demandait les coordonnées de la nouvelle Athos… C'était mince, mais suffisant pour que Teyla s'accroche à cet espoir, et que Carter juge bon d'envoyer le Dédale couvrir SGA-1 sur la planète qu'ils allaient visiter pour en apprendre plus.
Du coup, premier jour aussi sans Caldwell sur la Cité. L'heure des bilans.
Rien n'avait filtré, apparemment. Les médecins du SGC s'en étaient retournés sans commentaires dans leur base terrienne, les membres du Dédale et Atlantes de retour de vacances avaient continué leurs activités sans plus qu'un « incroyable, elles sont amnésiques », et les femmes se rétablissaient en intégrant le fait qu'elles avaient été victimes d'un champignon pégasien. Rassurées sur l'état de leurs utérus, qui restaient capables d'accueillir un futur fœtus à l'avenir – même si Caldwell souhaitait que cet avenir soit lointain – elles se contentaient de travailler sur l'acceptation de leur perte de mémoire, pas si évidente. Elles sentaient que quelque chose leur avait échappé, mais en même temps, sur un oubli de trois semaines, c'était normal de se sentir un peu à côté de la plaque. Même la grossesse rapide de Teyla ne les avait pas plus choquées que cela : l'explication restait plausible, et finalement elles étaient plutôt attendries d'imaginer que dans quelques mois, un nourrisson braillerait sur Atlantis. Surtout s'il était le dernier de son peuple.
Ces messieurs tenaient bien leurs langues, y compris entre eux, puisqu'il y avait des oreilles indiscrètes sur la Cité maintenant. Même s'il n'était pas facile de ne rien pouvoir dire aux copains qui revenaient d'un séjour sur Terre, finalement, tout le monde semblait ne pas aller trop mal. Même Hoacks, qui se contentait juste d'allusions quotidiennes à Neleia, histoire que la dirigeante n'oublie pas la jeune femme.
Restait le point pénible. Celui que Sam avait repoussé, mais par lequel il allait forcément falloir passer tôt ou tard. Pour l'aborder, elle avait demandé à Henry son aide. Ils étaient donc deux dans son bureau à attendre Keller, pour lui raconter la vérité.
La jeune médecin arriva souriante, heureuse de constater qu'elle marchait sans aucune douleur à présent. Sam lui demanda si elle avait ausculté les femmes : elle répondit que oui, et qu'elle n'avait rien vu d'anormal, l'affaire « fongicide express » était terminée. A cette réponse, Hoacks eut un doute : fallait-il donc, dans ce cas, tout lui révéler ? Le regard grave que lui lança Sam chassa cette idée de sa tête. Il était dur d'être membre du programme Stargate. Jennifer allait en faire les frais.
Le médecin les écouta avec attention. Ses yeux s'agrandirent au fur et à mesure de la discussion. Henry se voulu rassurant, Sam pragmatique. Chacun son rôle. Keller resta abasourdie, et même après que Sam lui ait remis le fichier codé qu'elle avait rédigé avant son amnésie, elle resta avec l'impression que tout ceci n'était qu'un rêve.
- Mais, combien… Combien de mois se sont écoulés en tout ?
- Vous pensiez que seulement trois semaines étaient passées. En fait vous êtes restées cinq mois dans le champ de force, en plus.
Elle était atterrée.
- Jennifer… Tout ceci est terminé, maintenant, fit Henry. Tout ce que nous voulons, c'est nous assurer que les femmes vont bien.
- Et nous sommes contraints de vous révéler ce qu'il s'est passé pour que vous cherchiez bien là où les séquelles pourraient apparaître.
Elle hocha la tête comme une automate.
- Ecoutez, je vais passer l'après-midi avec vous, d'accord ? proposa Henry. Pour vous aider à commencer à surmonter ça.
Elle répondit « d'accord » dans un souffle avant de se lever pesamment.
- Si vous avez des questions… je suis là, fit Sam.
Keller hocha la tête et commença à partir, escortée par Hoacks. Elle se retourna avant de franchir la porte :
- Oui, j'ai une question.
Ils attendirent qu'elle formule.
- Est-ce que… est-ce qu'il s'est passé quelque chose… d'important, pour moi, avec quelqu'un de la Cité, quand on était sous le champ de force ? Est-ce que… j'ai quelqu'un à qui me raccrocher ?
Sam n'osa pas regarder Hoacks pour ne pas intriguer Jennifer mais les quelques secondes de trop pour répondre à la question firent comprendre au médecin qu'elle avait dû réfléchir avant de trouver une phrase correcte.
- Non. Non, il n'y a que nous à qui vous pouvez vous raccrocher.
Jennifer, déçue, hocha la tête en soupirant.
v
- Bonsoir. Je vous apporte le papier à dessin que je vous avais promis.
- Oh ! Merci major. Je commençais à m'ennuyer ferme ! Heureusement, normalement je sors demain. Mais ma convalescence va un peu durer, rassurez-vous j'aurai le temps de l'utiliser.
John retint un sourire en observant, de loin, son second tout sourire discuter avec une infirmière apparemment charmée. Un peu plus, loin, c'était Ronon qui saluait une technicienne, et cette dernière très compréhensive semblait ne pas être embêtée le moins du monde d'avoir à faire la conversation. A quelques lits de là, Rodney papotait avec Katie. Le sourire de John s'amenuisa. Ses yeux cherchèrent malgré lui Keller, mais elle n'était pas là.
- Oh, colonel, vous êtes rentré ?
Il se tourna vers le plus anglais des psychiatres de la Cité.
- Oui, soupira John. La mission est un échec : fausse piste, pas de trace des Athosiens.
Hoacks hocha la tête, embêté.
- Et vous ? Vous avez pu parler à Keller, comme c'était prévu ?
- Oui…
- Et… Elle l'a pris comment ?
Henry regarda un instant ailleurs, vers ces femmes qui resteraient dans l'ignorance. Avoir ce noir dans leurs souvenirs les dérangeait, mais elles ne savaient pas leur chance...
- … Ce n'est pas facile pour elle… Sam et moi, on va passer la soirée avec elle.
- D'accord.
- Et, d'ailleurs, si vous, vous avez besoin d'une oreille pour extérioriser, surtout…
- Entendu, Hoacks. S'il faut, je me mettrais sur la liste de vos 180 patients…
Le psychiatre sourit. John reprit son sérieux :
- Mais vous ? Qui va s'occuper de vous ?
Le sourire d'Henry se transforma en moue.
- Oh… C'est mon métier, vous savez, d'aider les gens, et…
- Vous ne pourrez pas parler à un confrère…
- La situation de ces femmes me touche moins personnellement que…
- … de Leia.
Il y eut un silence. Un voile de tristesse passa sur les yeux bleus de l'Anglais. John avait tapé juste, et l'Anglais abandonna son flegme pour demander avec espoir :
- Vous… vous pensez que… qu'elle reviendra un jour ? Sur Atlantis ?
- … Je ne sais pas, Hoacks. Le MALP du Furling a une radio, si elle veut nous contacter, elle pourra.
- Bien.
- Je pense que si elle est malheureuse, ou si ça ne se passe pas comme prévu là-bas, elle le fera.
- … Oui. Oui, bien sûr. Bien sûr.
Il poussa un grand soupir, remercia John et tourna les talons, un peu plus voûté que quelques secondes auparavant. Il disparut dans un transporteur.
- Hoacks est parti ? Je voulais lui parler.
Rodney venait de rejoindre John.
- Il est allé voir Keller.
- Ah.
La phrase du Canadien s'arrêta là.
- Vous vouliez des nouvelles d'elle c'est ça ? Savoir s'ils lui avaient bien dit ?
- Oh, je me doute qu'ils lui ont dit, c'est juste… Savoir comment elle prenait ça…
- Pas forcément sereinement, vous pouvez vous en douter.
McKay hocha la tête.
- Bien. Je vais dîner, vous ven…
- Vous vous inquiétez pour elle, pas vrai ?
Décidément, John avait décidé de titiller le cœur de son entourage, ce soir. Rodney soupira.
- Je ne sais pas. Enfin, si, bien sûr, c'est notre médecin…
- Oh, pitié. Vous êtes tellement nul en relations sociales que vous n'avez compris que le dernier jour que vous aviez une attirance pour elle.
- Je suis avec Katie, je vous signale !
- Parce que vous vous sentez coupable, et que vous aimez bien Katie quand même. Mais avouez que Keller…
- Sheppard, ce n'est pas plus mal qu'il ne se soit rien passé avec Keller. Regardez l'état de Lorne, maintenant.
Ils regardèrent vers le lit d'Eva, en train de rire avec le major.
- Ben, je le trouve plutôt guilleret…
- Ouais. Mais c'est parce que… Arf, je suis avec Katie là !
John rit malgré lui.
- Pourquoi vous faites ça ? Vous pensez que je ne conviens pas à Katie, c'est ça ?
- Pas du tout, Rodney.
- Alors ?
- Alors, je veux juste savoir si vous n'êtes pas en train d'être déchiré entre deux femmes, c'est tout. Par pure… disons… conscience professionnelle.
- Ah ! Et c'est le capitaine Kirk, qui me dit ça ?
- Je n'enchaîne pas les conquêtes, contrairement à ce que…
- Comment elle s'appelait, cette Traveller, déjà ? Larrin ?
John capitula, en lançant tout de même un « n'importe quoi ».
Rodney hésita.
- Vous pensez que vous dois aller voir Keller ?
- Hein ?
- Non ?
- Elle ne comprendrait pas, Rodney. Pour elle, vous n'êtes pas plus qu'un ami. Et puis, si en plus vous êtes bien avec Katie, avouez que… il ne vaut mieux pas faire de zèle, comme vous en faisiez sous le champ de force.
- Oui. Oui, c'est vrai. Faut pas que je m'inquiète trop pour elle.
McKay sembla réfléchir, et finit par dire :
- C'est bien, de pouvoir se donner une seconde chance avec Katie.
Le Canadien regarda la botaniste de loin, et John surprit le sourire sur son visage. Dans l'affaire, c'était Keller qui perdait le plus. Il valait mieux qu'elle continue à l'ignorer.
- Bon, vous avez faim, oui ou non ?
Alors que John allait répondre, leurs oreillettes grésillèrent :
- « Colonel Sheppard ? Nous recevons une communication. »
- J'arrive.
- « Hum, ce sont les Travelers. »
La voix de Chuck semblait embêtée.
- Tiens, quand on parle du loup…, remarqua Rodney.
- Qu'est-ce qu'ils veulent ?
- « Vous parler… ça a un rapport avec leur dernière visite ici. »
John resta figé.
- Sheppard ?
- Heuuu… Dites-moi, Rodney… Quand toutes nos femmes sont tombées enceintes… les réfugiés Travellers avaient déjà quitté la Cité, n'est-ce pas ? Y'avait plus aucune femme Traveller ici que le Furling aurait pu… féconder ?
Du coup, Rodney se figea aussi.
Suite un peu longue, mais c'était pour en arriver à ce moment-là. D'ailleurs, à l'origine, le mot ""fin" de cette fic devait arriver juste ici. Mais je me disais que tous les lecteurs allaient spéculer, et qu'il fallait donner une réponse claire donc…
... à suivre !
Joyeux Noël en attendant !
