Bonjour à tous...

Comment vous-dire... Je suis heureuse d'avoir enfin réussi à écrire la fin de ce chapitre pourtant bien avancé depuis le mois de décembre... Tout en étant sincèrement désolée pour les six mois s'étant écoulés depuis la dernière publication. Un grand merci à mes reviewers pour leurs mots, et le partage de leurs impressions et critiques !

VD, ton commentaire m'a particulièrement touchée. Et merci beaucoup pour tes conseils. C'est vrai que je n'ai pas de relecteur... En général lorsque j'écris, je prends tellement de temps que je relis encore et encore, changeant par-ci et par-là quelques tournures de phrases ! Et c'est souvent ce qui cause ces fameuses faute é-er malheureusement. Je ne promets pas qu'il n'y en ait plus ce coup-ci, mais c'est qu'au fond je finis par ne plus rien voir du tout ! lol

smyleyna, merci également à toi pour ces si gentils compliments ! Et oui malheureusement il nous faut dormir... Ca ne se voit pas au vu de mes délais mais je suis une boulimique d'écriture. Quand je commence je n'arrête pas tant que je n'ai pas atteint mon objectif du jour... Hier soir l'objectif était d'atteindre la fin du chapitre. Je suis restée éveillée jusqu'à 4h37 du matin ! Mais qu'est-ce que ça fait du bien d'écrire quand on en a pas eu l'occasion depuis des mois !

Me voici donc pour un nouveau chapitre, qui j'espère vous plaira... Bonne lecture à tous !


Chapitre 43 : L'addition, s'il-vous-plait !

En ce samedi matin, Emma se réveilla dans son nouveau lit. Sous ses yeux, Drago dormait encore profondément. Une bouffée de plaisir la traversa toute entière en se remémorant leur nuit ensemble. Cela avait été doux. Cela avait été tendre. Précieux. Délicat. Sincère. Unique. Cela n'avait été ni dans la hâte du désir de leur première fois ensemble. Ni dans la seule passion des fois qui ont suivies. Ni dans le pur érotisme de leur dernière relation sexuelle. Cette nuit-là, ils avaient assumé cet amour qu'ils n'avaient jamais osé dévoiler. L'intensité dégagée n'avait pas été dans le plaisir ressenti mais tout simplement dans ce bonheur vécu.

Si on avait dit à Emma qu'elle partagerait un tel moment avec son fiancé à sa sortie de l'infirmerie, elle ne l'aurait jamais cru. Dans le duel opposant la pensée de son esprit et le ressenti de son être, fut grand gagnant le second. Savoir lâcher prise. Se défaire de la dictature de son mental. Faire primer l'émotion à la réflexion. Ce n'était pas des choses que l'on apprenait aux Sang-Pur. Lorsque ses yeux s'étaient perdus dans les siens, elle avait tout abandonné. Sa colère, sa déception, sa douleur, sa honte, ses regrets, ses peurs. Ne s'agissait-il pas là d'émotions justement ? Accepter l'émotion ainsi ressentie était une chose, mais stopper toute réflexion limitante en découlant s'avérait beaucoup plus compliqué. Et ce soir là, Emma avait fait le tri. A la question : que ressentait-elle pour son fiancé à cet instant T, avait fini par s'imposer son plus vibrant sentiment à l'égard du jeune homme.

« Je t'aime aussi, Drago. »

La surprise avait été perceptible sur les traits de ce dernier. Emma avait souri. Puis, sur la pointe des pieds, la jeune fille avait doucement déposé ses lèvres sur les siennes. Répondant chastement à ce tendre et lent baiser, le blond l'avait alors pressée contre lui de sa main gauche. De son autre, il avait refermé la porte dans son dos, s'étant avancé un peu plus vers l'intérieur de la chambre. S'adossant contre ladite porte, Drago avait stoppé leur baiser, plongeant à nouveau son regard acier dans celui de sa fiancée. Lorsqu'il avait ouvert la bouche pour dire quelque chose, Emma l'avait fait taire du bout du doigt.

- Bien dormi ? la sortit de ses souvenirs le jeune homme à ses côtés, désormais réveillé.

- Bien mieux qu'à l'infirmerie, lui répondit-elle en se redressant quelque peu.

- Je veux bien te croire, commenta-t-il en la fixant, avant qu'un silence ne s'installe. Tu ne veux toujours pas parler ? ajouta-t-il alors, la jeune fille laissant tomber sa tête contre le bois du lit derrière elle.

- Merci de m'avoir sauvée, Drago, finit-elle par dire, le regard posé sur les rideaux du baldaquin.

- Je sais ce que tu as pu ressentir maintenant. Le jour où Potter a failli en finir avec moi. Tu as dit m'avoir cru mort à la disparition de ta cicatrice.

- Ce que je t'ai fait vivre est bien pire, assura-t-elle en se souvenant des mots de Drago dans sa lettre « Tu ne respirais plus. Ton coeur ne battait plus. ».

- Le choc reste le même.

- Pourquoi tant de franchise, aussi soudainement, voulut-elle savoir en redressant sa tête sans toutefois le regarder.

- Parce que j'ai soudainement fini par être franc avec moi-même. Et parce que c'était plus facile à l'écrit. Même si j'ai quand même mis une bonne heure à écrire cette lettre, et jeté une dizaine de parchemins raturés.

- Comme je l'ai dit à Padma, il est arrivé ce qu'il est arrivé. Ce serait une erreur de ressasser ces actes – ou non actes – qu'on regrette tous. Il est important... de savoir aller de l'avant, exposa-t-elle ce dont elle avait récemment pris conscience.

- J'ai aimé notre façon d'aller de l'avant hier soir, glissa Drago d'un air charmeur alors qu'un sourire se dessina sur les lèvres de la jeune fille.

- C'est exactement ce à quoi je pensais à mon réveil, acquiesça-t-elle, l'air légèrement coquin.

- Mais pour qu'on sache dans quoi on s'engage, il faut quand même qu'on règle... certains points, redevint-il sérieux alors qu'Emma tournait enfin ses yeux vers lui.

- Et prendre le risque d'être à nouveau en désaccord, compléta-t-elle, avec fatalité.

- Je suis prêt... à faire des efforts à ce niveau là, affirma-t-il, légèrement fébrile. Notamment... en ce qui concerne nos allégeances, actuelles et futures.

- Quoi, t'as fini par être dégouté des mangemorts et de leurs actes ? ironisa-t-elle, en haussant dubitativement les sourcils.

- Je suis sérieux, Emma. Il faut qu'on se mette d'accord sur notre ligne de conduite à tous les deux.

- Et qu'est-ce que tu proposes ?

- Faire ce qu'il faut pour rester en vie.

- N'était-ce pas déjà le même discours à la fin de l'été ? fut quelque peu déçue la jeune fille.

- Sauf que cette fois-ci je suis d'accord pour que l'on joue sur les deux tableaux.

- Vraiment ? préféra-t-elle demander confirmation.

- Mais j'ai bien dit jouer sur les deux tableaux, Emma. Pas sur un seul des deux, la mit-il en garde.

- Sous-entendu... que je devrais moi aussi jouer le jeu des mangemorts, comprit-elle le revers de la médaille.

- Que ce soit bien clair, je ne souhaite pas que tu deviennes mangemort. Mais c'est ce que je suis, moi. Et là aussi, ça devient une difficulté dans l'hypothèse où le clan de Potter réussit à vaincre... Tu-sais-qui.

- Et c'est là que j'interviens ? questionna-t-elle de manière rhétorique.

- C'est pratiquement sans espoir, je sais. J'étais là à la mort de Dumbledore, et c'est même moi qui ait fait entrer les mangemorts dans le château. Sans compter les prisonniers que m'a demandé de punir le Maître. Et le fait que... Merlin tout-puissant... son QG se trouve chez moi..! Mais s'il y a la moindre chance que tes actes puissent nous permettre, toi et moi, de vivre une vie décente en cas de victoire de Potter – ou d'un quelconque camp du bien – je ne pourrai que te soutenir, Emma... Et de la même manière, je mettrai tout en oeuvre, de mon côté, pour nous offrir une vie potable dans le cas où le Seigneur des Ténèbres serait amené à régner de manière durable.

- En gros, tu souhaiterais qu'on soit le sauf-conduit de l'autre en cas de victoire de tel ou tel camp, résuma la jeune fille avec calme.

- En gros, oui, confirma-t-il en appréhendant sa réaction. Sachant que cette fois-ci, on ne peut pas se permettre de ne pas avoir confiance en l'autre.

- Cela me semble être... une bonne solution... si on veut réussir à passer notre vie ensemble quoiqu'il arrive.

- Et c'est quelque chose que tu veux ?

- Laisse-moi réfléchir... fit-elle mine d'hésiter. Je suis la fiancée et vais devenir la femme de la personne pour qui j'éprouve des sentiments certains... Hum, je pense que c'est quelque chose que je veux, lui offrit-elle un grand sourire appuyé.

- Donc, on est d'accord... pour faire confiance à l'autre quelque soit la décision prise ?

- On est d'accord, accepta-t-elle en plongeant dans son regard alors que le jeune homme finit par se redresser à son tour, afin de se pencher jusqu'à ses lèvres.

- Et plus de secrets, ajouta-t-il avant que tout contact ne survienne.

- Je crois que j'ai dû épuiser tout mon stock de secrets ces derniers temps, assura Emma dans un rire.

- Sûre de ça ? la taquina-t-il légèrement.

- Certaine, confirma-t-elle après avoir feint un quelconque décompte.

- Parfait, approuva-t-il alors avant de l'embrasser délicatement.

Alors que leur baiser se faisait de plus en plus fougueux, les mains de Drago commencèrent à courir le longs des cuisses nues de la jeune fille. Il n'eut pas le temps d'approfondir sa caresse puisque sa fiancée pris d'elle même l'initiative de se mettre à califourchon sur lui. Ne s'en offusquant pas le moins du monde, le jeune homme ôta le débardeur qu'avait troqué Emma contre son pyjama peu après leur douche de la veille. Basculant sa tête en arrière, la brune gémit doucement lorsque son compagnon s'occupa subtilement de sa poitrine. N'en pouvant plus, Drago souleva le corps de sa partenaire afin de la poser un peu plus loin devant lui. Après un regard empli de désir, chacun d'eux se débarrassa de leur unique sous-vêtement avant de se presser avidement l'un contre l'autre. Entre baisers et caresses, leur danse enivrante du plaisir mêla à la fois passion et tendresse, images de leur relation nouvelle.


Plus elle s'approchait du bourdonnement quotidien de la Grande Salle, plus Emma sentait son ventre se tordre d'angoisse. Des centaines de paires d'yeux se tourneraient vers elle à son entrée. Tentant de contrôler sa respiration, la jeune fille s'essaya à suivre les conseils que lui avait prodigués son grand-père en se faisant la plus rationnelle possible. La distorsion de son estomac n'était autre que le réveil de sa faim à l'approche de ces mets délicieux mis à leur disposition. Et n'avait-elle pas déjà dû faire face à une vingtaine de paires d'yeux sur le chemin la menant à la Grande Salle ? Elle serait tout à fait capable d'en gérer le quintuple. Elle était Sang-Pur, elle était Préfète-en-chef, elle était une Oreiro, elle était Emma. Elle s'en sortirait et s'accorderait même le plaisir de fixer son détesté professeur d'Art de la Magie Noire. Un sourire mauvais s'installa sur son visage en imaginant la mort subite d'Amycus Carrow suite à la malencontreuse rencontre de leurs yeux.

- Qu'est-ce qui te fait sourire comme ça ? lui demanda, curieux, son fiancé à ses côtés.

- La perspective de croiser le regard de ce cher Carrow, lui avoua-t-elle avec un soupçon de jubilation.

- Hum, se contenta-t-il de réagir.

- Tu ne semble pas satisfait du sort qui lui est réservé.

- Morag a dû me lancer le Maléfice du saucisson lorsque Padma a lâché le morceau. Il n'aurait pas été sagement assis à la table des professeurs si elle n'avait pas fait ça, crois-moi, assura-t-il, le regard perçant, alors qu'ils franchissaient tout deux les portes de la Grande Salle.

Le temps qu'elle tourne son attention vers le mangemort, ce dernier s'était déjà levé et quittait à grandes enjambées l'immense pièce par l'entrée réservée aux professeurs, la tête résolument baissée vers le sol. Une fureur semblait se dégager de l'homme. Un sourire satisfait sur les lèvres, Emma affronta sans mal les regards tournés vers elle. Drago et elle se séparèrent, chacun se dirigeant vers la table de sa maison. Lorsqu'elle passa devant Anthony et Padma – Michael étant de dos – la jeune fille les salua d'un sourire avant de continuer son chemin jusqu'à Morag. Stephen et Kevin, les amis Serdaigle de Théodore, étaient avec elle.

- Comment va la Belle au bois dormant ? lui demanda Kevin après qu'ils se furent salués.

- Plutôt bien. Deux semaines de vacances en pleine période scolaire, c'est le rêve.

- Et c'est une Serdaigle qui dit ça ! Sacrilège, fit mine d'être choqué Stephen.

- Empoisonnement du sang, donc ? sembla s'intéresser Kevin à la cause de son alitement.

- Comment est-ce qu'une fille aussi méticuleuse que toi peut laisser passer l'infection d'une blessure jusqu'à ce stade ? ajouta son compère avec un certain étonnement.

- Les garçons, tenta d'intervenir Morag avant qu'Emma ne finisse tout de même par répondre.

- Vous m'avez l'air plutôt renseigné sur le sujet. Mais sans doute pas assez pour savoir que ce genre d'infection n'est pas forcément visible à l'oeil nu. En l'occurrence, il s'agissait là de ma voie urinaire, expliqua-t-elle l'air de rien alors que le visages des deux autres semblaient se décomposer.

- Vous l'avez cherché, fut amusée Morag de voir le malaise de ses camarades de maison sur le sujet.

- Oui... A trop vouloir les détails, déclara Kevin d'un ton morne.

- Oh mais je peux vous en donner d'autres si vous insistez, les taquina la brune, l'air faussement sérieux.

- Merci, ça ira, ajouta-t-il aussitôt avant de se lever. On va vous laisser, les filles.

- Content de te voir en forme, Emma, en tout cas, lança Stephen qui faisait de même.

- Bon retour parmi nous ! lui souhaita Kevin alors qu'ils s'éloignaient tout deux.

- Théo ne leur a rien dit ? demanda Emma à son amie tout en remplissant son verre de jus de citrouille.

- Ce sont peut-être ses meilleurs amis, mais aussi de vraies commères !

- Plus que Daphné ? mit-elle en doute avant que toute deux ne se mettent à rire.

- Comment s'est passée cette première soirée de cohabitation, la questionna Morag une fois le calme revenu, Emma mâchant très lentement son bout de pudding histoire de retarder et préparer sa future réponse.

- Mieux que je ne le pensais, finit-elle par dire avant d'engloutir son verre pour ne pas croiser le regard inquisiteur de son amie.

- C'est à dire ? insista-t-elle. Oh je vois, sourit-elle en notant le rouge montant aux joues d'Emma.

- Il m'a écrit... quand j'étais à l'infirmerie, dévoila-t-elle tentant de mettre de côté sa gêne. Et... On s'est mis d'accord pour partir sur de nouvelles bases, conclut-elle rapidement avec plus d'assurance.

- Et ce qu'il t'a fait ? lança Morag, une pointe de rancune dans la voix.

- On ne va pas passer notre vie à se détester pour chaque connerie que l'autre fait, argumenta Emma.

- C'est sûr. Mais encore faut-il qu'il ait compris la leçon. A lui pardonner aussi rapidement, je n'en suis pas certaine.

- Crois-moi... Il l'a compris à la minute où... s'arrêta la brune, son regard se perdant dans la tablée des Serpentard.

- Où quoi ! Tu étais morte dans ses bras ? s'agita-t-elle malgré elle.

- En fait, je pense qu'il a dû comprendre avant ça... Tu étais avec lui, non ? Vous étiez à ma recherche durant toute cette journée.

- Oui, Emma, nous étions à ta recherche. D'ailleurs j'ignorai tes talents de vol en balai, rétorqua la rousse que les souvenirs agacèrent.

- Il ne s'agit pas de Drago, n'est-ce pas..? Mais de la confiance brisée que tu avais en moi ? sembla comprendre la jeune fille.

- Non ! réfuta Morag aussitôt. Tu n'étais pas dans ton état normal à ce moment là. Ce serait injuste de t'en vouloir pour ça.

- On ne s'est rapproché qu'à cause de cette potion, Morag. L'Emma que tu as appris à connaître, protéger et aider... et qui a trahi ta confiance... n'était qu'une mauvaise facette de moi-même. Je suis désolée qu'on soit devenues amies dans ces circonstances, déplora-t-elle tristement.

- Peut-être que nous aussi on devrait repartir sur de nouvelles bases, alors.

- Je crois bien, oui, lui sourit-elle.

- Alors, qu'est-ce que tu proposes ? enchaîna la rousse avec entrain. Aucune parole, aucun échange, justes quelques regards complices, vis à vis de nos fiançailles respectives – bref – comme avant. Ou bien...

- C'est ce que tu craignais qu'il arrive ? l'interrompit-elle. Une fois... rétablie et... réconciliée avec mon fiancé.

- C'était quelque chose de très probable alors... Je ne t'en voudrais pas, tu sais, tu fais ce que...

- Morag, lui coupa-t-elle à nouveau la parole. Ce que tu as fait pour moi... Je te serai éternellement reconnaissante. Tu n'étais pas mon fiancé aveugle qui s'est aperçu bien trop tard que quelque chose de grave se passait. Tu n'étais pas... cet ami amoureux de moi tiraillé et dépassé par les évènements. Tu étais... là, tout simplement. Une âme extrêmement généreuse, qui s'est fait du souci pour moi, de manière totalement désintéressée.

- C'est faux. Moi aussi, j'ai agi par intérêt, Emma. Tu es la seule avec qui je partage mon secret. Tu es la seule qui peut comprendre ce que je vis. Je ne supportais pas l'idée de perdre une personne comme toi. L'idée d'être seule... à nouveau... face à mon destin.

- Tu ne l'es pas, assura la brune en posant sa main sur celle, tremblante, de son amie.

- On s'en est bien sortie, n'est-ce pas ? lança-t-elle après quelques secondes de silence. Finir... par bien s'entendre avec ces fiancés qui nous en ont fait voir de toutes les couleurs.

- Eh ! Mais c'est vrai que le tien aussi a agit en parfait connard, s'exclama Emma en se remémorant les nombreuses tromperies du concerné.

- Vous n'avez pas le monopole de la souffrance pré-conjugale, Mademoiselle la Préfète-en-chef, déclara-t-elle solennellement sur le ton de l'humour.

- Et tu lui as pardonné à ce que je sache. Je ne vois pas pourquoi je ne pourrais en faire autant, argua à nouveau la brune.

- Sauf que je l'ai fait mariner, moi !

- Combien de temps ? Si je me souviens bien, vous étiez partis en voyage ensemble. Donc, combien de temps entre le jour de votre arrivée et le premier baiser ?

- Le premier ne compte pas ! assura Morag, poussée dans ses retranchements. Il me l'avait volé.

- Mais tu as aimé ça, la titilla-t-elle.

- Je me suis surtout arrêtée à là, contra alors la rousse avec satisfaction face à l'air faussement outré de sa camarade de maison. Je le savais que vous l'aviez fait à ton regard ! s'exclama-t-elle ainsi avec raison. Tu m'étonnes que tu sembles aller « plutôt bien ».

- Bon, on va peut-être s'arrêter là, battit en retraite la jeune fille dont les joues se coloraient à nouveau.

- Aux nouvelles bases, leva son verre Morag avant qu'Emma ne trinque avec elle avec sourire.

Lorsqu'elle but la fin de son jus de citrouille, son regard croisa celui d'Alecto Carrow qui la fixait à l'autre bout de la table des professeurs. Décollant le verre de sa bouche, la Serdaigle fit mine de le lever en direction de la directrice adjointe avant de le poser. La femme lui rendit discrètement son geste, un masque de neutralité traversant toujours ses traits légèrement de travers.


Emma s'avança jusqu'à l'armoire à pharmacie mise à la disposition de tous à l'infirmerie. Son regard tomba alors sur le rayon destiné aux potions de relaxation. Celui-ci était vide. Les récents évènements la concernant ne devaient pas y être étrangers. Puis, elle se résolut à porter son attention sur ce pour quoi elle était venue. Au moment où elle allait s'emparer du récipient, une voix la fit sursauter.

- Miss Oreiro ! l'avait interpelée Mrs Pomfresh. Je peux vous aider peut-être, proposa-t-elle méfiante, alors qu'Emma retira immédiatement ses mains de l'armoire, l'air plutôt embêté. J'ai retiré toutes les potions de relaxation et tout dérivé composé d'éther diéthylique.

- Ce n'est pas ce que vous pensez, affirma la jeune fille.

- L'infirmerie vous manque-t-elle peut-être alors ? lui demanda-t-elle, pas crédule pour un sou.

- Oui, j'ai fixé le rayon vide pendant de longues secondes, concéda Emma. Mais non, ce n'est pas ce que j'étais venue chercher.

- Et qu'étiez-vous venue chercher ? questionna l'infirmière, les mains toujours posés sur les hanches, signe que le sermon n'était pas loin.

- Ca, avoua la jeune fille en s'empara de l'échantillon de potion contraceptive que Mrs Pomfresh mettait à la disposition des élèves, à défaut de pouvoir contrôler les pulsions sexuelles de ces derniers.

- Oh, lâcha la dame, légèrement prise au dépourvu. Je vois. J'en conclue que Monsieur Malefoy et vous, vous êtes réconciliés, ajouta-t-elle, intensifiant de manière considérable le malaise de la Serdaigle. Je doute que ce soit ce à quoi s'attendait votre grand-père en décidant de vous loger dans l'ancienne salle commune des préfets, la sermonna-t-elle alors qu'Emma restait cloitrée dans son silence, la tête baissée. Mais si par Merlin, cela vous permet de remonter la pente, abandonna, impuissante, l'infirmière qui s'écarta pour laisser passer la jeune fille.

- Merci, Mrs Pomfresh, la salua-t-elle rapidement en se hâtant de quitter la pièce.

- Emma, attendez, l'arrêta-t-elle toutefois.

- Oui ? répondit l'interpellée en se forçant à la regarder dans les yeux.

- Vous devriez plutôt prendre ceci, l'intima-t-elle lui montrant une des potions contraceptives grand format.

Plus rouge que jamais, Emma s'avança à nouveau vers l'infirmière et s'empara de la chose. Une fois hors de la pièce, la jeune fille se promit que plus jamais un moment aussi gênant ne se reproduirait. Quitte à obliger Drago à s'en charger lui même. Il lui devait bien ça après tout, pesta-t-elle intérieurement.

- Tu en as mis du temps ! lâcha le blond, qui l'attendait dans le couloir de l'infirmerie.

- La prochaine fois, c'est toi qui y va, rétorqua-t-elle sans s'arrêter une fois arrivée à son niveau, l'obligeant à lui emboiter le pas.

- Très drôle.

- Je ne plaisante pas.

- Qu'est-ce qui s'est passée ?

- Il s'est passé que j'ai croisé Mrs Pomfresh, raconta-t-elle avec humeur alors qu'ils prenaient tout deux le chemin de la salle des Préfets. Et qu'une fois avoir compris jusqu'à quel point je m'étais rabibochée avec mon fiancé – colocataire – elle m'a conseillée « ça », plutôt que « ça » !

Comprenant mieux le pourquoi de l'humeur de la Serdaigle, Drago se mit à rire, ce qui eut le don de l'agacer encore plus. Rangeant les potions dans son sac, elle se décida qu'il était tout de même préférable de boire de suite le plus petit des échantillons. Il serait en effet difficile de le faire avec discrétion au cours de la réunion extraordinaire des préfets, prévue pour dans les prochaines minutes. Une fois dans l'escalier magique menant au bon étage, un certain silence flotta alors que les deux fiancés se faisaient face.

- J'y peux rien si Pomfresh était dans le coin, aborda-t-il la conversation de manière totalement malhabile.

- T'inquiète pas Drago, je ne vais pas injustement allonger la liste des choses pour lesquelles je suis supposée t'en vouloir, répliqua Emma, mi-ironique, mi-sérieuse.

- Je croyais que tu ne faisais pas de liste, se contenta-t-il de dire, l'air calme, en la fixant de son regard bleu.

- J'ignorai que mon petit discours t'avait marqué, se fit-elle cinglante.

- Ce jour-là tu m'as dit que tu m'aimais, Emma. Evidemment que ça m'a marqué. Quelque soit la manière dont j'ai pu réagir.

- Tu as agit comme un véritable connard.

- Oui.

- Tu m'as humiliée. Comme jamais.

- Je sais. Tout comme je sais qu'il serait trop facile de simplement te dire à quel point je suis désolé.

- Surtout que tu ne l'étais pas – désolé – à ce moment là, ajouta la jeune fille qui se remémorait ledit moment. Ce que j'ai entendu grâce aux oreilles à rallonge... Ce que tu as dit à Astoria... C'était le vrai Drago qui parlait. Tu le pensais vraiment.

- J'avais perdu ma confiance en toi, Emma.

- Je ne sais pas pourquoi on est parti là dessus, lâcha-t-elle après un rire nerveux. On avait dit... qu'on irait de l'avant, et qu'on cesserait de se ressasser le passé.

- Ca peut être bénéfique d'en parler. A partir du moment où on n'est pas en train de se taper dessus ou de se faire la guerre.

- Merlin, qu'avez-vous fait de Drago Malefoy, sembla soufflée la jeune fille par le pragmatisme de son fiancé.

- C'est plutôt à toi qu'il faudrait demander ça, répondit-il en s'approchant d'elle. Emma, appuya-t-il de manière caricatural, qu'as-tu fais de moi ?

- Tu me refais ça, et je t'envoie par dessus la rambarde de l'escalier, rétorqua-t-elle pas vraiment séduite par la performance.

- Essais toujours, la provoqua-t-il, leurs lèvres se frôlant presque alors que ledit escalier mobile arrivait à destination.

Sans faire attention à la présence de telle ou telle personne, ils s'embrassèrent. Une toux franchement mal imitée les poussa à se séparer. Emma fut surprise de voir à l'embarcadère de l'escalier la personne qui s'y trouvait. Adrian Ackerley – le première année de Gryffondor qui n'en faisait qu'à sa tête – attendait tranquillement qu'ils s'interrompent, les fixant de ses yeux défiants. L'ami à ses côtés devait probablement être la personne s'étant essayé à cette toux incertaine.

- Tu n'as rien de mieux à faire que de nous regarder, morveux ! l'invectiva soudain Drago sous le regard surpris de sa fiancée.

- Je m'entraine. Plus on assiste à des choses répugnantes, plus on est capable de les supporter – à ce qu'il paraît.

- Espèce de...

- Drago, le retînt par le bras Emma alors qu'il tourna brusquement vers elle un regard d'avertissement, sembla-t-il.

- Notre Préfète-en-chef est-elle prête à reprendre ses tortures ? la provoqua le jeune Ackerley.

- 50 points en moins pour insultes à deux représentants de ta hiérarchie, le sanctionna Drago. Un mot de plus, et je t'envoie dans le bureau de la directrice adjointe, le prévint-il avant de le dépasser, non sans le bousculer.

- Bon retour parmi nous, Emma, souhaita le garçon avec un certain non-sens.

- Merci à toi, Adrian, lui répondit-elle alors qu'un mystérieux sourire s'affichait sur le visage du Gryffondor.

Sans s'en préoccuper pour autant, Emma quitta à son tour l'escalier magique et rejoignit Drago. Ils étaient en retard, avait-il précisé avant d'entamer une rapide marche. Il avait été bien beau de parler de la sorte, bien au chaud dans ce lit douillet ce matin. Mais appliquer leurs résolutions s'avéraient légèrement plus complexe. La jeune fille avait perçu dans le regard de son fiancé l'agacement de la voir ainsi tenter d'interférer. Elle devait lui faire confiance. Elle devait le laisser jouer ce rôle. Et même s'il ne s'agissait pas exactement là d'un rôle – Ackerley tapant réellement sur les nerfs du jeune homme depuis ce début d'année – elle devait tout simplement le laisser faire. Tel était le revers de la médaille. Partir sur de nouvelles bases. Faire confiance. Accepter l'autre.

Emma fut sortit de ses pensées par leur imminente arrivée. Désormais devant la porte de la salle des préfets, la jeune fille se prépara à affronter leur petite armée de préfets, qui n'étaient qu'au nombre de six, mais tout de même. Drago prononça le mot de passe – toujours le même depuis le début de l'année – et la porte s'ouvrit.


« Bon retour parmi nous, Emma. » Tel était ce qui était marqué sur une petite banderole entourant le cadeau que lui avaient offert les préfets. Romilda Vane – à l'initiative dudit cadeau – s'était efforcée de faire quelque chose d'à la fois beau et gourmand. Ainsi, une belle et plutôt grande boite en bois vernis et gravé de runes anciennes – signifiant santé et prospérité – trônait sur la table autour de laquelle étaient rassemblés les préfets et préfets-en-chef. A l'intérieur, des chocolats de toutes les couleurs attendaient d'être patiemment dévorés. Comme pour les muffins, Emma n'avait pas hésité à en distribuer en tout début de réunion. Une fois l'évènement de son retour ainsi célébré, ils s'étaient attablés et avaient démarré le compte rendu de ce qu'il s'était passé durant l'absence de la Préfète-en-chef, et au cours de laquelle, le Préfet-en-chef avait lui même délégué certaines de ses obligations.

Alors que le préfet Sang-mêlé de Gryffondor faisait son rapport de la semaine, ce dernier fut soudainement pris d'un violent haut le coeur et régurgita brusquement sur la table une horrible mixture odorante. Romilda Vane, assise face à lui, reçut une bonne partie des éclaboussures du vomi de son homologue masculin. Comme saisies par l'évènement, aucune des personnes présentes dans la pièce ne réagit durant plusieurs secondes.

- Par la barbe de Merlin, t'aurais pas pu tourner ta putain de tête, Hooper ! s'exclama avec dégoût la Gryffondor, les bras à moitié levés, comme si cela pouvait atténuer l'étendu des dégâts sur sa personne.

Au même moment, Geoffrey Hooper sembla l'avoir écouter puisqu'il vomit cette fois-ci sur le côté, au pied de la table des préfets. Alors que quelqu'un suggéra l'idée de l'accompagner à l'infirmerie, ce fut au tour de Romilda en personne d'être prise à dégobiller à même la table sans qu'elle n'ait eu le temps de faire quoique ce soit.

- « Tu peux pas tourner ta putain de tête », Vane ! eût tout juste le temps de répliquer Hooper entre deux hauts le coeur.

- Vous avez bouffé quoi les Gryffondor, ce matin ? se moqua gentiment Alphard Sumerby, le préfet Sang-Pur de Poufsouffle.

- Bon... Je crois qu'on va devoir s'arrêter là pour aujourd'hui, déclara Emma face à la situation. Sumerby, Bundy, accompagnez-les à... commença-t-elle avant d'être interrompu par les vomissements tout aussi soudain de Kristen Bundy, la préfète Sang-mêlée de Poufsouffle. Tu crois qu'on va tous y passer ? demanda-t-elle avec appréhension à Drago.

Pour simple réponse, elle entendit le bruitage si significatif d'un brusque renvoi de la part de son fiancé, penché par dessus le bras de son siège. Alors qu'Alphard Sumerby fut quant à lui pris d'un intense saignement de nez, Emma eût la certitude qu'elle ne tarderait pas à « y passer ». Visualisant le vase ancien trônant à quelques mètres sur sa gauche, elle eût tout juste le temps d'atteindre ce dernier avant d'à son tour y régurgiter ce qu'elle avait dans l'estomac. Une fois, deux fois, trois fois. A ce stade, ce n'était plus que de la bile malodorante.

Au bout de ce qui lui sembla être plusieurs minutes, Emma constata que les préfets touchés par les vomissements ne l'étaient plus. Ceux victimes des saignements de nez – à savoir Sumerby et Astoria – luttaient quant à eux toujours autant contre leur mal, tentant de pencher au maximum leur tête en arrière. La préfète-en-chef prit alors la décision d'appeler un des Elfes de maison du château. L'un d'entre eux l'entendrait surement et répondrait avec fierté à l'appel d'un des élèves de Poudlard. Lorsqu'un Elfe fit son apparition, Emma le remercia chaleureusement avant de lui demander d'apporter six bouteilles d'eau et de quoi contenir les saignements des deux autres préfets. Lorsque l'Elfe disparut aux fins de lui obéir, la jeune fille prit l'initiative de faire disparaître les horripilantes mixtures que leurs corps avaient ainsi régurgitées. Les préfets encore en état l'imitèrent et la pièce fut ainsi libérée de tout résidu nauséabond. Cela ne marcha toutefois pas pour l'odeur qui eût le dont de prolonger la nausée de la Préfète-en-chef.

Alors que l'Elfe réapparaissait, Emma chercha Drago du regard. Ce dernier avait conduit Astoria jusqu'au petit salon de la pièce et semblait tenter de contenir le saignement du nez de la Serpentard. S'emparant du tissu que lui tendait Rico, le petit Elfe ayant répondu à son appel, Emma se dirigea vers les deux – ne put-elle s'empêcher de penser – anciens amants.

- Ce sera sans doute plus efficace avec ça, l'aborda-t-elle en lui proposant ledit tissu.

Une fois que Drago l'eût mis sous le nez d'Astoria, le bout de toile devint instantanément rouge tellement les giclements se faisaient vifs. Emma observa son fiancé et ne put s'empêcher de sentir la jalousie poindre en elle.

- Il vaut mieux les conduire à l'infirmerie, déclara-t-il finalement, toujours aussi concerné par l'état d'Astoria qui n'en menait pas large. Hooper ou Jones, qu'importe, occupez-vous de Sumerby.

- Avant que vous y alliez... intervint soudainement Romilda. Vous seriez d'accord pour qu'on... évite de parler de ce qui nous est arrivé à nous..? Les vomissements et tout ça...

- D'accord avec ça, approuva aussitôt Kristen, sa bouteille d'eau à la main.

- Oui, on ne parlera que des saignements, accepta également Derek Jones, le préfet de Serdaigle, lui aussi touché par le mal. N'est-ce pas ? sembla-t-il requérir l'autorisation de Drago et d'Emma.

- Faites comme vous voulez, balaya la question le préfet-en-chef alors qu'il portait Astoria dans ses bras. Mais dépêches-toi d'emmener Sumerby à l'infirmerie avant qu'il ne se vide de son sang. Et ouvrez-moi la porte, aboya-t-il avant de passer ladite porte une fois ouverte et de quitter la pièce, non sans un regard rassurant vers sa fiancée qui le suivait silencieusement des yeux.

- C'était quoi ce bordel !? s'écria alors Hooper, encore assis à sa chaise.

- Ca ne peut définitivement pas être un hasard ! Et pourquoi les saignements de nez ? Ca sous-entend que ce n'est pas une simple indigestion ! apporta son point de vue la préfète de Poufsouffle.

Elle avait raison, pensa Emma. Ce n'était ni une coïncidence, ni médical. Son regard tomba alors sur la banderole galamment accrochée à la boite en bois dans laquelle ils avaient tous pioché un chocolats multicolores. « Bon retour parmi nous, Emma. »

- Romilda, combien de temps la boite de chocolat est-elle restée dans la salle commune des Gryffondor ?

- Je l'ai commandée depuis ton réveil. Comme je ne savais pas quand tu quitterais l'infirmerie exactement je l'ai conservée dans mon dortoir jusqu'à aujourd'hui. Pourquoi ? Tu penses que...

- Ca ne peut être que ça ! assura Kristen en interrompant sa collègue. On en a tous mangé avant la réunion.

- Et ça nous a d'ailleurs touché en fonction de l'ordre dans lequel on en a mangé. Moi le premier, puis, Romilda, et ainsi de suite, précisa Hooper.

Emma n'eut pas besoin d'en entendre plus. A ce stade de l'enquête, elle pensait savoir pertinemment qui était derrière tout ça. « Bon retour parmi nous, Emma. » Adrian Ackerley avait minutieusement préparé son coup. Prévoyant même de la croiser afin de lui souhaiter cette même phrase. Chose qu'il n'aurait jamais faite sans une bonne raison. Et quelle bonne raison ! Ceci expliquait cela. Notamment le mystérieux sourire qu'il lui avait adressé avant qu'elle ne s'en aille. Tel avait été le cadeau du jeune première année pour son retour. A moins que ce n'eût-ce été là, qu'une simple vengeance pour ce qu'elle lui avait fait subir sous les ordres de Carrow. Elle l'avait mérité, ne put-elle s'empêcher de penser. Ils le méritaient tous d'ailleurs, à suivre sans broncher la politique infâme de la nouvelle direction.

Emma conduisit les préfets restant jusque dans la salle de bain leur étant réservé à tous, le petit groupe traversant ainsi l'ancienne salle commune qu'elle et son fiancé occupaient désormais. La Préfète-en-chef ne dévoila pas l'identité du responsable de leur mésaventure. Elle ignorait encore ce qu'elle ferait de cette information pour le moment. Une fois tout le monde correctement débarbouillé, les préfets quittèrent la sale de bain par la porte principale. Emma quant à elle, l'air songeur, conservait le doux contact de sa serviette en coton contre le bas de son visage. Ses pensées convergeaient dans une multitude de directions dont les principales furent Ackerley, Carrow soeur, Carrow frère, Drago, Astoria... Tellement de choses encore se devaient d'être réglées avec la plupart de ces personnes. Enfouissant totalement sa tête dans le tissu de bain, la jeune fille inspira un grand coup avant de la relever, une certaine résolution gravée dans le regard.


Lorsque Drago regagna l'ancienne salle commune des préfets, ce fut par le passage reliant cette dernière à la luxueuse et gigantesque salle de bain. Emma était confortablement installée dans le canapé de la pièce de vie, lisant consciencieusement les cours qu'elle avait manqué ces deux dernières semaines. Alors qu'elle ne quittait pas des yeux son parchemin, le jeune homme se dirigea vers elle. Soulevant les jambes de sa fiancée, Drago s'assit sur le divan avant de doucement les reposer sur ses cuisses. Il laissa bruyamment choir sa tête en arrière.

- C'est inhumain d'avoir la force de se plonger dans les cours après ce qu'il s'est passé tout à l'heure, lui lança-t-il de sa voix trainante.

- Comment va ta petite protégée ? se contenta-t-elle de lui répondre sans aucune autre attention.

- Sumerby et Astoria sont entre de bonnes mains, informa-t-il après un long soupir.

- Bien, approuva-t-elle les yeux toujours rivés sur sa paperasse.

- Et toi, comment tu vas ? se soucia-t-il de son état.

Enfin, Emma tourna vers lui son regard vert. Elle ne s'était pas attendue à cette question. Leur contact visuel déclencha en elle de douces étincelles au creux de son ventre. Sensation disparaissant aussitôt une fois les douleurs gastriques – récurrentes depuis l'incident – ayant à nouveau pris d'assaut le fond de ses entrailles.

- Si on ne compte pas les quelques désagréments de mon estomac, je vais bien, merci.

- Ce sont les effets secondaires classiques selon Pomfresh, indiqua-t-il en repositionnant sa tête contre le moelleux du canapé.

- Vous en avez finalement parlé à l'infirmière ?

- Elle pense que je suis le seul ayant été touché. Selon elle, cela ressemble fortement aux effets produits par les sucreries des boites à flemme des jumeaux Weasley.

- Ackerley s'est démené pour m'offrir le cadeau de bienvenue idéal, lança Emma avec sarcasme, en dévoilant ses doutes concernant l'identité du coupable.

- Je vois que je ne suis pas le seul à soupçonner ce morveux, s'agaça Drago en tournant à nouveau son regard vers elle. Et évidemment, tu es tranquillement installée dans ta salle commune plutôt que de punir ce crétin d'Ackerley, railla-t-il alors.

- Je vais m'occuper de lui, assura la jeune fille en abandonnant finalement sa lecture, devenue tout bonnement impossible depuis l'arrivée de son fiancé.

- Et je peux savoir comment ?

- Tu le sauras en temps voulu, éluda-t-elle la question.

- Quelle plaie ce môme ! jura-t-il, encore remonté contre le jeune Gryffondor.

- C'est vrai qu'il ne nous rend pas la tâche facile, lui accorda Emma. Mais le monde à besoin de ce genre de hardiesse.

- Foutaises !

- Je suis sérieuse, Drago. C'est ce genre de comportement, ce genre de personne, qui peut permettre aux plus désespérés de garder la foi.

- Je ne vois pas en quoi foutre la nausée à tous les préfets peut permettre de vaincre le Seigneur des Ténèbres ! fut bien loin d'intégrer le jeune homme.

- Ne me fait pas dire ce que je n'ai pas dit.

- Alors quoi ? Explique-moi, car je ne comprends vraiment pas comment tu peux approuver ce genre de choses !

- Je n'ai pas dit que j'approuvais. Je trouve ça complètement inconscient pour un enfant de son âge. Mais...

- Tu vois qu'il y a un mais, l'interrompit-t-il, le regard dur.

- Je dis juste que ces actes de résistance, sont absolument nécessaires pour transmettre l'espoir... d'un renouveau, eut-elle du mal à choisir son mot.

- C'est vrai que ça marche du tonnerre, ironisa-t-il d'un air appuyé.

- Eh bien moi j'ai envie d'y croire, rétorqua-t-elle avec force alors qu'il l'étudiait en silence.

- Eh bien tant mieux je dois dire, finit-il par réagir. C'est ta part du marché après tout. Faire en sorte qu'on puisse s'en sortir dans l'hypothèse d'une victoire du bien, précisa-t-il. Autant commencer par y croire un minimum.

- Ma part du marché ? Je croyais qu'on devait tout deux, mettre de l'eau dans nos vins, argua-t-elle en arquant les sourcils.

- Oui... Mais chacun de nous a son rôle prédominant, se défendit-il.

- Je pense avoir la parfaite punition pour Adrian, déclara sans transition la jeune fille, le regard déterminé.

- Parfaite dans mon sens, ou dans ton sens ?

La Préfète-en-chef ne répondit pas, un sourire sadique collé au visage. Ce fut alors qu'elle se redressa tout en ôtant ses jambes des cuisses de son fiancé, avant de se lever.

- Emma ? s'inquiéta le jeune homme face à son air résolu.

- Fais-moi confiance. Ca aussi, c'est une part du marché, non ? lui répondit-elle en disparaissant dans sa chambre.

Pas rassuré pour un sou, Drago la vit ressortir vêtue d'une cape propre, son insigne de Préfète-en-chef soigneusement épinglée. Au lieu de quitter directement la pièce comme il s'y était attendu, elle s'avança dans sa direction, se plaçant derrière lui. Emma plaqua doucement la tête du jeune homme en arrière, le contact de ses mains sur ses joues procurant à nouveau ces mêmes étincelles ressenties un peu plus tôt. Leurs yeux semblaient se caresser dans cet échange silencieux. Un léger sourire aux lèvres, Emma se pencha jusqu'à celles de Drago.

Ce baiser à l'envers, aussi inédit qu'empli de tendresse, les renversaient tous les deux. Yeux clos, les fiancés entamaient une douce et lente danse de leurs langues. Un chatouillis sur son palais fit sursauter Emma, rompant ainsi leur embrassade. Gloussant légèrement, la jeune fille se mordit légèrement la lèvre inférieure alors qu'un fin rictus s'apposa sur celles de Drago.

- Je vais essayer de faire ça, déclara-t-il, le regard ancré dans celui de sa fiancée.

- Quoi donc ? sembla-t-elle légèrement perdue.

- Te faire confiance... laissa-t-il traîner sa voix grave.


Trouver Adrian Ackerley ne fut pas la première action d'Emma lorsqu'elle s'engagea dans les interminables couloirs du château. Un soupir ironique s'empara de la jeune fille lorsqu'elle traversa à nouveau les portes de l'infirmerie. Comme si elle n'y avait pas assez mis les pieds ces derniers temps. Comme si elle ne s'y était pas sentie assez gênée un peu plus tôt dans la journée. Pourtant ce fut bien là qu'elle se retrouva en cet instant, le regard rivé sur le lit qu'elle avait occupé durant deux longues semaines. Ce dernier avait toutefois semblé trouver une nouvelle occupante en la personne d'Astoria Greengrass. Etendue et blottie dans les grands draps blancs, Emma eut soudainement l'impression de se voir. Ce fut un regard dur qui se posa alors sur la silhouette de l'adolescente. Comme si cette dernière avait senti les iris verts la brûler, Astoria sortit de sa somnolence et ouvrit ses grands yeux bruns.

- Emma, questionna-t-elle plus qu'elle ne la salua.

- Rebonjour, Astoria.

Un long silence vibra dans la pièce, seulement entrecoupé par les quelques ronflements inopinés de Sumerby, installé quelques lits plus loin. Au bout de plusieurs secondes, Emma s'empara d'une chaise et s'installa au chevet de celle qui avait été son amie fut un temps. Avant de devenir l'amante de son fiancé, ne put-elle empêcher ce grondement intérieur au plus profond de son être. Un regard circulaire dans la pièce lui apprit que l'infirmière était absente, ce qui l'enchanta. Lorsqu'elle ramena son regard à celui de la Serpentard, Emma se demanda ce qu'elle allait lui dire. Elle avait eu cette envie de venir mettre les choses au clair avec la jeune fille, sans pour autant avoir préparé son discours.

- Comment va ton nez ? demanda-t-elle finalement.

- Bien, répondit Astoria d'une voix légèrement anxieuse. On doit attendre que la potion de régénération sanguine fasse complètement effet avant de quitter l'infirmerie, ajouta-t-elle, reprenant plus d'assurance.

- Cela fait longtemps qu'on n'a pas parlé, toi et moi, indiqua posément Emma sans cesser de la fixer.

- C'est vrai, ne put que confirmer son interlocutrice. Tellement de choses se sont passées depuis...

- Depuis ? insista volontairement la Serdaigle sur le même ton plat arboré depuis le début.

- Depuis ta trahison, ne se laissa pas démonter la plus jeune des deux.

- Ma trahison, répéta Emma en haussant la voix. Et si on parlait de la tienne, glissa-t-elle aussitôt entre ses dents serrées.

- Techniquement, je ne t'ai pas vraiment trahie vu que nous n'étions plus amies, contesta Astoria qui tentait de garder contenance. Et puis, ce n'est pas comme si tu n'avais jamais été au courant de mes sentiments pour Drago.

- Et surtout, ce n'est pas comme si nous étions destinées à devenir à nouveau amies, n'est-ce pas, claqua la voix de la Préfète-en-chef.

- Oui, je pense aussi que c'est quelque chose devenu impossible.

- Je me suis toujours demandée ce que tu faisais à Serpentard, avoua Emma avec une légèreté feinte, quelques secondes de silence plus tard. Maintenant, je comprends mieux pourquoi. Tu es aussi égoïste que les tiens.

- En matière d'égoïsme, tu peux parler, Emma ! l'interrompit-elle avec vigueur.

- Aussi vicieuse... continua-t-elle tout de même, ne faisant cas de sa réaction. Et ambitieuse, siffla-t-elle chaque mot.

- J'ai toujours été vraie avec toi. Je me contrefiche de la perception que tu as pu avoir ou que tu as désormais de moi.

- Tu as couché avec lui, lança d'une voix soudainement tremblante la Serdaigle. Tu lui as offert ta putain de virginité !

- Je t'en prie, dis-le un peu plus fort, je crois que le calamar géant du lac ne l'a pas entendu, rétorqua Astoria, le rouge commençant à envahir ses joues. Ce n'est pas de ma faute si tu n'as pas su préserver la tienne comme tu l'aurais voulu, ajouta-t-elle tout de même d'un ton aussi sec que l'était sa bouche.

- Espèce de... serra-t-elle les poings et les dents.

- Et puis, si j'en crois les dires de Daphné, tu n'as pas mieux agi avec Théodore, enchaina la Serpentard.

- Je peux savoir quel est le rapport ? répliqua-t-elle froidement.

- Ainsi donc, selon toi, Drago n'a pas le droit de te tromper avec moi, alors que toi tu te permets de prendre du bon temps avec Théo sans te préoccuper des conséquences que cela peut avoir sur lui.

- Il ne s'agit pas de Drago et de moi. Encore moins de Théo et moi, articula fortement Emma. Mais de toi et moi, Astoria Greengrass.

- Tu sais bien qu'on marchera toujours à quatre, assura d'un air solennel la jeune fille provoquant alors le brusque rire mi-glacial, mi-nerveux, de celle qui lui faisait face.

- J'ose espérer pour toi et Théodore que vous passiez à autre chose une fois Poudlard terminé.

- Pourquoi, tu comptes être le genre de femme qui contrôlera chacune des fréquentations de son mari ? ironisa-t-elle avec un léger dédain.

- Je suis contente que tu ais fini par intégrer l'avenir qui nous uni, lui et moi. Un peu moins de constater que tu sembles croire que tu feras toujours partie de nos vies.

- L'amitié qui me lie à Drago ne peut pas disparaître selon ton seul bon vouloir !

- L'amitié ? Laisse-moi rire, s'exclama-t-elle. C'est plutôt un amour à sens unique que je vois, moi.

- Comme je te l'ai déjà dit, je me contrefiche de tes perceptions, Emma, répéta avec ténacité l'adolescente alors que le ronflement soudain de Sumerby sembla clore leur échange tendu.

- Ce fut un plaisir, Astoria, déclara avec sarcasme la Préfète-en-chef. Je vais te laisser te reposer.

- Tu salueras Drago de ma part, manda-t-elle, un faux sourire planté sur le visage.

- Mais certainement. Je pense pouvoir trouver le temps entre deux baisers, ajouta la jeune fille en se levant de sa chaise alors que le sourire de son interlocutrice perdait légèrement de sa force.

Sans plus de cérémonie, Emma s'éloigna du lit et quitta l'infirmerie. Leur conversation n'avait en rien fait avancer les choses. Elle n'avait de toute manière aucune envie que les choses avancent entre elles deux. Si abcès il y avait eu, il paraissait au moins avoir été percé. La jeune fille pouvait désormais tirer un trait final sur ce qu'avait été leur amitié. Avoir laissé les choses en suspends n'avait fait qu'accentuer l'instabilité de ses relations. Affaire classée, se dit-elle alors qu'elle quittait les escaliers magiques l'ayant menée jusqu'au septième étage. Affaire suivante, clama son esprit une fois devant le tableau de la grosse dame.

- Bonjour, salua-t-elle le portrait constituant le passage vers la salle commune des Gryffondor.

- Encore vous, constata la peinture d'un air blasé, presque ennuyé.

- Je souhaiterais que vous me laissiez rentrer, « s'il-vous-plait », prononça-t-elle le mot de passe utilisé la fois où elle avait raccompagné Ackerley après l'avoir torturé sous les ordres de Carrow.

- En tant que Préfète-en-chef vous devriez savoir que le mot de passe a été changé depuis quelque temps déjà, lui refusa-t-elle le passage.

- Je comprends que vous vouliez appliquer les règles et directives qui vous incombent depuis ce qui doit être une éternité maintenant, commença Emma avec calme. J'ai toutefois mes propres devoirs à accomplir, ce qui suppose que j'entre dans cette salle commune afin de pouvoir appréhender un élève.

- Les élèves ressortissants des autres maisons n'ont aucun droit d'accès à la salle commune des Gryffondor, clama la grosse dame de sa voix forte. Et vous n'avez aucun Gryffondor sanguinolent dans vos bras, cette fois-ci, pour vous y permettre l'accès.

- Vous tentez de les protéger, n'est-ce pas ?

- Je fais mon devoir, jeune fille.

- Dommage que les autres salles communes n'aient pas de chien de garde tel que vous, déclara la Serdaigle en pensant à la simplicité des accès aux pièces de vie des autres maisons.

- Ma parole, vous devenez insolente !

- Veuillez m'excuser, chère madame.

- Excuses rejetées, je vous suggère de quitter les lieux. De nombreuses personnes attendent de sortir derrière cette porte, indiqua le portrait d'un ton impérieux.

- Et si je vous disais... « Pour que ce jour compte », vous me laisseriez rentrer ? tenta en dernier recours la jeune fille, faisant référence à la conversation qu'elle avait eue avec Ginny Weasley, non loin de la grosse dame qui avait tout entendu.

Comprenant l'origine de ces mots, la peinture garda un long silence durant lequel elle l'observa de ses yeux furibonds. Au bout d'un moment, la grosse dame reprit la parole. « Vous avez de la chance que ce soit elle derrière la porte. » Ce fut alors qu'elle ouvrit, à contre cœur, le fameux passage. Apparut ainsi dans le champ de vision d'Emma une Ginny Weasley sur ses gardes, cherchant à savoir l'origine du blocage dudit passage vers la sortie. Derrière elle, plusieurs élèves semblaient faire la queue afin de pouvoir passer.

- Emma ! Quelle surprise de te trouver là, l'aborda-t-elle avec une légère méfiance dans la voix quant à sa présence ici.

- Bonjour, Ginny. Il me faut trouver, Adrian Ackerley, expliqua la Serdaigle alors que l'agacement passa sur le visage de la rousse.

Cette dernière s'extirpa alors du passage et le referma derrière elle. Voyant que des élèves commençaient également à s'agglutiner au niveau de l'entrée, la Gryffondor la pria de bien vouloir la suivre dans un lieu plus discret.

- Ca tombe bien que je sois tombée sur toi, énonça Emma une fois arrivées dans une petite impasse. J'espérais avoir l'occasion de te croiser.

- Ah oui ? fut-elle plutôt étonnée. En tout cas je suis contente de te voir en meilleure forme, ajouta-t-elle en constatant que la septième année ne s'expliquait pas vraiment. C'est tout de même étonnant ce qu'il t'est arrivé. Un empoisonnement du sang, c'est ça ? parut-elle peu convaincue.

- On ne peut rien te cacher, n'est-ce pas, petite Weasley ? sourit quelque peu Emma de l'intuition infaillible de la Gryffondor.

- Que s'est-il passé, alors ? Ce sont les Carrow qui t'ont fait ça ? Ils ont découvert que tu n'étais pas totalement soumise à leur cause ?

- C'est vrai que ça a commencé comme ça en y réfléchissant, se rappela la brune de sa première confrontation avec Amycus Carrow.

- Ils t'ont torturée ? Tu as été dans le coma pendant une semaine, cela a dû être terrible, s'exclama gravement la rousse.

- C'est... un peu plus complexe que ça, ne trouva-t-elle rien d'autre à dire.

- Emma, commença la sixième année avant de se faire interrompre.

- Ne t'inquiète pas pour moi, je vais bien maintenant. Ce qui est arrivé est en grande partie ma faute. Je n'ai pas su gérer toute cette pression et... j'ai complètement merdé, se surprit-elle à confier dans un rire nerveux.

- Je t'avouerais que je ne vois pas vraiment où tu veux en venir, Emma.

- Sache juste que tu m'as rendue un immense service.

- Et là, je comprends encore moins, partagea-t-elle son léger rire.

- Je ne sais vraiment pas ce qui vous est passé par la tête ce soir-là, mais... je bénis votre tentative de vol de l'épée de Gryffondor, aussi folle et idiote soit-elle, précisa enfin la Préfète-en-chef.

- Co...comment tu sais ça ? demanda Ginny alors qu'Emma soupira profondément.

- Amycus Carrow a tenté de me violer, balança de but en blanc la brune.

- Qu...quoi ! fut-elle horrifiée.

- Et je ne dois mon salut qu'à l'outrage subi par Alecto Carrow du fait de la démesure de vos punitions face à vos actes. Je devrais d'ailleurs peut-être aller remercier Rogue pour sa surprenante clémence, ironisa-t-elle sans y penser une seule seconde.

- Emma, c'est affreux ce que tu me dis là, était toujours aussi choquée la jeune fille.

- Oui, je sais. Et comme je n'étais plus à même de gérer autant d'horreurs, expliqua la Préfète-en-chef en taisant plusieurs parties de l'histoire, j'ai fini à l'infirmerie. Mais maintenant je vais mieux. Et... ça aura au moins eu le mérite de me permettre de régler pas mal de choses, avec pas mal de monde.

- On t'a vu entrer avec Malefoy ce matin, dans la Grande Salle, acquiesça la rousse en baissant son regard légèrement dégouté.

- Oui, en effet. Drago et moi, sommes réconciliés, confirma Emma en observant chaque réaction de son interlocutrice.

- Comment tu peux... Après ce que ces gens t'ont fait, comment tu peux... tenta de comprendre Ginny sans parvenir à finir sa phrase.

- Même s'il est loin d'être un ange, Drago n'est pas « eux », affirma la Serdaigle avec assurance.

- Mais sa famille, son père, grinça-t-elle des dents à la survenance d'une telle pensée. Bon sang, Emma, tu ne peux pas te marier à Malefoy ! Ni même penser t'unir à sa famille !

- Je ne peux pas changer mon destin, Ginny.

- On a toujours le choix.

- Oui c'est probablement vrai, sembla approuver Emma en baissant le regard. En parlant de choix, reprit-elle d'un ton un peu plus formel. Je t'en laisse un : soit tu me fais entrer dans votre salle commune, soit tu m'amènes Adrian Ackerley.

- Qu'est-ce qu'il a encore fait, soupira la rousse.

- Il m'a souhaité un bon retour à sa façon, se contenta d'expliquer Emma, la Gryffondor la scrutant de ses yeux vifs.

- Je ne ferai ni l'un, ni l'autre, Emma, dévoila Ginny en soutenant son regard.

- C'est bien dommage, répondit-elle calmement.

- Tu pourrais peut-être fermer les yeux pour cette fois, tenta-t-elle de négocier pour son camarade de maison.

- Tu sais très bien que c'est une chose que j'ai bien souvent faite pour lui.

- Et tu sais très bien qu'il n'arrêtera jamais, quoique tu fasses. Il n'est pas à Gryffondor pour rien.

- C'est le moins qu'on puisse dire, partagea Emma son sourire avec la rousse.

- C'est moi que tu cherches, Oreiro, s'éleva soudain la voix d'Adrian Ackerley, sa silhouette apparaissant à l'entrée de l'impasse où elles se trouvaient, son regard noir et perçant planté dans celui de la Préfète-en-chef.


Les deux élèves se faisaient face en silence alors que l'escalier mobile les emmenait loin du septième et dernier étage. Emma réfléchissait à ce qu'elle allait faire concernant le jeune Adrian. En réalité, là n'était pas vraiment la question. Son plan était ficelé, mais encore fallait-il qu'elle s'y tienne. Une légère bouffée de stress la menaça soudain mais la jeune fille réussit à contrôler ses nerfs. Elle pouvait tout aussi bien abandonner, lui souffla une petite voix intérieure.

La préfète-en-chef croisa le regard impassible du première année, la stoppant ainsi dans ses réflexions. De nouvelles s'insinuèrent alors en elle, et non des moindres. En effet, Emma avait vu d'un mauvaise d'oeil la soudaine apparition de celui qu'elle était initialement venue chercher dans la salle commune des Gryffondor. Depuis combien de temps avait-il été présent dans cette impasse ? Avait-il entendu quelque chose de leur conversation ?

- Tu n'es pas curieux de savoir sur lequel des deux effets je suis tombée ? questionna-t-elle afin de s'enlever les images et souvenirs désagréables qui lui revenaient.

- Ce n'est pas vraiment compliqué de deviner sur quoi sont tombés les préfets qui n'ont pas atterri à l'infirmerie, indiqua d'un air vindicatif le première année.

- Hum… Tu deviens de plus en plus inventif à ce que je vois.

- On m'a toujours dit qu'il fallait savoir se surpasser dans la vie, se vanta-t-il légèrement.

- Tes parents auraient mieux fait de t'apprendre l'obéissance et le respect des règles.

- Pas quand le système pue la corruption à plein nez !

Emma fut choquée de voir de tels mots sortir de la bouche de celui qui n'était qu'un enfant. Comment avait-il pu tourner ainsi ? Où était passé son innocence ? Que s'était-il passé dans sa vie pour qu'il se sente aussi concerné par cette guerre au point de mener une résistance inconsciente pour un élève de son âge ? La perte d'un être cher, peut-être ?

- Qui as-tu perdu ? demanda alors de but en blanc la jeune fille.

- Quoi ? fut-il quelque peu décontenancé.

- Dans ta si courte vie, qui as-tu perdu pour avoir grandi aussi vite ? soutint Emma sans le lâcher du regard.

- Qu'est-ce que ça peut te foutre !

- Moi, j'avais huit ans quand mon père est mort… se perdit-elle un peu dans ses propres pensées.

- Ah oui, le mangemort, lâcha-t-il en se remémorant le soir de sa punition dans le bureau de Carrow.

- Une partie de moi admire ce que tu es capable de faire Adrian, avoua Emma avec une soudaine intensité. Aussi jeune que tu puisses être, tu as choisis de te battre plutôt que de fuir le monde comme moi je l'ai fait. Mais la voie que tu choisis ne laisse aucune place à la réflexion et à l'observation. Il est bon d'agir, mais de manière intelligente. Chose que tu ne sembles pas vraiment maîtrisée.

- Les gens comme toi me font pitié, Oreiro. J'ai beau les mépriser, mais ceux comme Malefoy ou Parkinson ont au moins la décence de revendiquer leur appartenance.

- Les Carrow revendiquent leur appartenance aux forces du mal. Mais ce n'est pas parce que des élèves jouent leur jeu qu'ils en font de même.

- C'est que vous n'êtes tous que des chiffes molles alors, détourna-t-il le regard vers l'embarcadère de l'escalier magique sur lequel ils s'entretenaient.

- Si l'on suit ta logique, 98% de la population de l'école n'est que « chiffe molle ».

- Et c'est bien là le problème… souffla-t-il presque d'un air sombre avant de rejoindre le couloir vers lequel menait l'escalier.

Emma l'observa silencieusement avant de le rejoindre et de le conduire vers la destination qu'elle avait pris soin de choisir. Sa tension s'élevait à mesure qu'elle approchait de ce lieu qui hantait encore son esprit. Ce n'était pas le jeune Ackerley qu'elle souhaitait punir en s'y dirigeant, mais bien Amycus Carrow. Dès le moment où elle avait compris qu'elle devait se charger du cas d'Adrian, Emma avait pris la décision de se confronter au directeur adjoint. Il avait voulu qu'elle se réfère à lui à chaque infraction, c'est donc ce qu'elle ferait. Son désir de soumettre Carrow à une mort imminente en cas de contact visuel était pour l'heure, plus important que son désir de l'avoir hors de sa vue. Elle ne voulait pas être son éternelle victime. A présent, ce serait elle le bourreau. Elle avait envie de le voir transpirer de peur face à ce qu'il risquait pour une simple erreur d'inattention.

- Je n'arrive pas à croire qu'après ce que ce fils de pute a tenté de te faire tu viennes encore lui lécher les bottes pour une punition, lâcha soudain le pré-adolescent avec dégoût, répondant ainsi à la question qu'elle se posait un peu plus tôt.

- Je constate que tes oreilles traînent toujours autant… déclara-t-elle en refoulant la gêne et la honte qui lui venaient. C'est dans le bureau de McGonagall que tu te retrouveras tout à l'heure. Je souhaitais juste rendre une petite visite de rigueur à notre ennemi commun, expliqua-t-elle avec transparence alors qu'ils se trouvaient désormais nez à nez avec la porte du bureau.

- Avoir un ennemi commun, ne fais pas de nous des amis, se sentit-il obligé de préciser.

- Je n'attends pas de toi que tu sois un « ami », Ackerley, loin de là. Je voudrais juste que tu collabores enfin.

- Jamais de la vie !

- Et à partir de maintenant, je souhaite que tu te taises, ordonna-t-elle d'un calme apparent alors que bouillait en elle une appréhension viscérale.

Contre toute attente, le première année sembla enfin l'écouter. Prenant une profonde inspiration, Emma se sentit alors prête. Bien droite et tête haute, la jeune fille lança un sortilège qui fit brusquement ouvrir les deux battants de portes. Le professeur d'Art de la magie noire, qui se trouvait dans sa sempiternelle et désinvolte position – pieds et jambes croisés sur la table – perdit tout équilibre et faillit même en tomber de sa chaise au moment de découvrir l'identité des nouveaux venus. Emma le fixait d'un air dur tout en s'avançant vers ce bureau qu'elle avait envie de mettre en pièce, les souvenirs lui revenant avec amertume. Carrow vivait toujours, il n'avait donc croisé son regard.

- Miss Oreiro… Quelle surprise de vous trouver… ici… entama Carrow avec fébrilité après de longues secondes de silence.

- Je ne fais que mon devoir de Préfète-en-chef, « professeur », appuya-t-elle sur le dernier mot, alors que Carrow se concentrait tant que possible sur la personne d'Adrian, afin d'éviter tout risque de contact visuel avec elle.

- Pourquoi n'iriez-vous pas voir la directrice adjointe ? Je suis un peu surchargé de travail comme vous pouvez le constater, tenta-t-il de se défiler en rassemblant nerveusement la centaine de copie qui jonchait son bureau.

- J'ai suivi vos ordres, professeur Carrow, continua Emma son petit jeu tout en gardant le ton glacial qu'elle ne pouvait gommer. Vous m'avez demandé de me référer davantage à vous lors de la constatation d'une infraction. C'est donc ce que je fais.

- Espèce de salope… chuchota-t-il avec une telle rage que sa voix parvint tout de même aux deux élèves.

- Pardonnez-moi, mais je n'ai pas bien saisi… joua-t-elle l'innocence avant de se faire interrompre.

- Sortez de ce bureau, vous et votre putain de serment, cracha-t-il avec mépris en se dirigeant vers la porte afin de leur montrer la sortie. Il me semble que ma sœur sera plus disposée que je ne le suis à accéder à votre demande d'attribution de punition pour ce rat d'Ackerley, continua-t-il en agrippant le battant de porte avec tellement de force qu'elle se mit à trembler au rythme de sa main cornue.

- Je ne manquerai de revenir vers vous, professeur. Vous pouvez compter sur ça, déclara-t-elle sortant de la pièce et dirigeant Adrian par le col arrière de sa chemise.

Emma fit alors un arrêt au plus près du directeur adjoint, qui détournait méticuleusement son regard enragé. Elle contempla ce visage aux traits irréguliers et abimés par ses années passés à Azkaban. Un dégoût surmonté d'un violent haut le cœur s'empara d'elle mais la jeune fille n'y fit rien paraître. Ses yeux verts se firent alors plus perçants, sa bouche tressaillant au fil des images qui lui revenaient en tête en ce lieu maudit.

- Il s'agit de votre serment, Carrow, pas du mien, lança-t-elle en faisant référence au serment inviolable conclu entre son grand-père et son agresseur. Pour ma part, ce serait un plaisir de croiser à nouveau votre regard, souffla-t-elle d'un ton aussi charmeur qu'il était acéré.


Emma ne réintégra la salle commune des préfets – qu'elle partageait désormais avec son fiancé – qu'en fin de soirée. Avoir été en présence de Carrow, et avoir jouer son rôle de Préfète-en-chef auprès du professeur McGonagall l'avait épuisée. La petite plaisanterie du jour d'Ackerley ne devait pas non plus être étrangère à cette fatigue extrême. De même que ses confrontations successives avec Astoria et Ginny, pensa-t-elle. Et si l'on revenait aux évènements du matin, son retour aux yeux de tous, et sa mise au point avec Morag devaient également avoir leur part de responsabilité. Et Drago…

Ce dernier qui avait déserté la salle commune, devait très certainement se trouver dans sa chambre. Lorsqu'elle l'y vit confortablement adossé à sa tête de lit, une désagréable sensation s'empara d'elle. Il n'y a pas si longtemps, le blond était loin de se dédier à ses devoirs. Il n'y a pas si longtemps, ce n'était pas un parchemin qui trônait sur sa personne à cette même place. Il n'y a pas si longtemps, Drago profitait tout bonnement d'une petite gâterie de Pansy Parkinson. Ce fut cette image qui hanta les pensées de la jeune fille à l'entrée de la chambre, lui coupant ainsi tout mouvement et parole.

- Emma ? Tout va bien ? Je ne t'avais pas entendue arriver, l'interpella-t-il en remarquant sa présence.

- Finalement tu t'y es mis, ne répondit-elle pas à sa question avant d'ajouter face à son froncement de sourcils. Tes devoirs. Malgré « ce qu'il s'est passé tout à l'heure ».

- Oh ça. McGonagall ne me lâche jamais avec ses devoirs à la con.

- Je n'ai pas aimé son regard compatissant, déclara-t-elle en restant accoudée à l'encadrement de la porte.

- C'est donc là que tu te trouvais. Rien de bien exceptionnel au final en matière de punition pour le morveux. J'avais espéré mieux en te voyant partir, fit-il légèrement déçu.

- J'ai amené Ackerley jusqu'au bureau de Carrow.

- Tu as fait quoi ? s'exclama-t-il soudain.

- Histoire de lui donner quelques sueurs froides.

- Je peux savoir ce qu'il t'a pris ! Imagine qu'il…

- La ferme, Drago ! l'interrompit-elle brusquement. Si tu veux savoir ce que j'imagine à cet instant précis, c'est le mouvement de va et vient qu'effectuait Pansy sur ta petite personne il y a tout juste deux semaines. Sans compter la délicate attention que tu as pu avoir envers Astoria pour sa première fois quelques heures à peine avant ça.

- Emma… souffla presque blasé le jeune homme en se massant le haut du crâne. Je croyais qu'on avait – ou du moins qu'on essayait – de dépasser tout ça…

- A croire que je suis trop fatiguée pour faire ce genre d'effort, avoua Emma en fermant les yeux, sa tête reposant sur le bois de l'encadrement qu'elle ne quittait pas.

- Alors viens te coucher. La journée a été longue et pas des plus faciles, l'incita-t-il en essayant de radoucir sa voix qui s'était quelque peu tendue.

- Quoi, dans ton lit ? Sache que je ne remettrai plus jamais un pied dans ce « baisodrome ».

- Dois-je te rappeler que tu es la dernière à y avoir été invitée, rétorqua-t-il avec humeur face à la remarque. Et dans la douche. Et dans la baignoire. Et sur le canapé. Le tout en une soirée.

- Il n'y a pas de quoi se vanter quand on sait qu'il a fallu une bouteille entière de Firewhisky pour que tu me montres ne serait-ce qu'une once d'intérêt. D'autant plus qu'il ne fut que purement sexuel ce soir-là.

- Et hier soir… Et ce matin ? Ca n'était que du sexe peut-être ? s'écria-t-il agacé plus que jamais par la tournure que prenait leur conversation.

- Qui sait… ? Drago Malefoy n'est-il pas un expert en matière de comédie ? lâcha-t-elle de mauvaise foi, les bras croisés sous l'énervement.

- Emma, arrête-ça tout de suite, la menaça-t-il le regard dur.

- Sinon quoi ? Tu vas cesser de me parler, m'ignorer, m'abandonner… répliqua-t-elle alors que des larmes la submergèrent au prononcé du dernier mot.

S'en rendant compte, la jeune fille ravala son sanglot alors que les yeux bleus sondaient douloureusement les yeux verts. Ne pouvait plus soutenir le regard du blond, Emma fit volte face et alla s'exiler dans la salle de bain des préfets. Elle voulait se laver. De toute cette journée, de toutes ces émotions et règlements de compte. Une fois sous la douche, la brune tenta d'appliquer au maximum les conseils de méditation de son grand-père afin de contrôler ses nerfs, et par conséquent ses envies de potion interdite.

Une longue heure plus tard, Emma se retrouva enfin dans son lit. Il n'avait été le sien que depuis une nuit, mais son appropriation n'avait pas bien été compliquée, tellement il était confortable et tellement elle était épuisée. Lorsqu'elle rouvrit les yeux après s'être rapidement assoupie sans même avoir fait l'effort d'éteindre la lumière, la jeune fille tomba nez à nez avec son fiancé. Celui-ci l'observait d'un air sérieux, presque grave. La profondeur de son regard la remua toute entière. Allongés face à face sur leur flanc respectif, tous deux se perdirent dans un long silence.

- Quel est ton premier souvenir de moi ? demanda-t-il soudain avec le plus grand des sérieux.

- Tu crois vraiment que c'est le genre de question qu'on pose à une heure du matin ?

- Je tiens vraiment à le savoir.

- Qu'est-ce que j'en sais, Drago… soupira-t-elle. Ce n'est pas comme si j'avais particulièrement pris attention à toi à l'époque.

- Fais un effort… murmura-t-il en laissant entrevoir une certaine fragilité qui poussa la jeune fille à y mettre du sien.

- D'aussi loin que je m'en souvienne… c'était avant même d'entrer à Poudlard. Au chemin de traverse pour être plus précise, au pas de la porte de la boutique d'Ollivander. Ma mère s'était arrêtée pour échanger des banalités avec la tienne. Une fois, les compliments fait sur leurs magnifiques enfants respectifs, je me suis directement dirigée vers le comptoir du magasin pour observer les baguettes exposées. On avait dix ans à l'époque. Moins j'étais en présence d'enfants de mon âge, mieux je me portais… Alors c'est plus de la situation que de toi dont je me souviens réellement. Pourquoi tu me demandes ça ? questionna-t-elle alors que le jeune homme ne réagissait pas.

- On s'est vu bien avant ça… laissa-t-il trainer après s'être lentement retourner sur le dos, regardant désormais loin devant lui.

- A l'enterrement de mon père surement… Mais je t'avoue n'avoir pas vraiment passé mon temps à observer chaque invité.

- Avant ça encore… On était bien plus jeune…

- Ca ne me dit rien du tout, déclara Emma qui chercha vainement dans ses souvenirs.

- Je me suis toujours demandé si tu t'en souvenais, au moins je suis fixé maintenant.

- A quelle occasion c'était ? fut-elle curieuse d'en savoir plus.

- On devait avoir quatre ans à peine. C'était chez moi. Il y avait ton père, ta mère, toi, mes parents… On a joué ensemble. Ou plutôt tu voulais jouer avec moi, chose à laquelle je n'avais pas vraiment été habitué. On dessinait. Nos pères sont entrés. Tu as accouru vers le tiens, un grand sourire aux lèvres et ton dessin à la main. C'était sensé représenter un paon. Tu n'en avais jamais vu avant de venir ce jour là, et tu as absolument voulu dessiner les « animaux blancs du jardin ». Ton père t'a prise dans ses bras et riait aux éclats en t'écoutant décrire ton dessin. Je n'avais jamais assisté à ça auparavant. Je suis resté là à vous regarder sourire, rire, faire comme si le monde autour de vous n'existait pas. Quand on s'est retrouvé à nouveau seuls toi et moi, j'ai continué à t'observer avec curiosité. Ton regard m'a marqué ce jour-là. Je ne comprenais pas. Un Sang-Pur ne devait pas montrer ses émotions. Et pourtant tu étais là à t'enthousiasmer pour chaque nouveauté, et à rire de bon cœur. Tes grands yeux verts rieurs et emplies de joie ont longtemps hanté le petit garçon Sang-Pur que j'étais.

- Je n'ai aucun souvenir de cette journée là, avoua Emma bouleversée par cette histoire. Pourquoi ne m'en avoir jamais parlé… ?

- Je doute que dire à ma fiancée que je suis obsédé par elle depuis ma plus tendre enfance soit la meilleure des approches.

- N'exagère pas ! Ce n'est pas parce que tu as été choqué par le bonheur apparent d'une petite fille que ça te rend obsédé par elle. Surtout que ça n'a pas duré bien longtemps…

- C'est justement ce qui m'a à nouveau troublé la deuxième fois que l'on s'est vu. C'était effectivement aux funérailles de ton père, quatre ans plus tard. Je me souvenais de « la fille aux yeux brillants » et de son père. J'étais curieux de te revoir, toi et ton rire. Mais lorsque je me suis dirigé vers toi, tu m'as ignoré. Tu m'as même regardé sans réellement me voir. C'était de larmes que tes yeux brillaient cette fois-ci. Tu avais perdu cet éclat qui t'avais rendue spéciale à mes yeux. Tu n'étais plus qu'une petite fille triste, emprisonnée dans son silence. Tu étais devenue une banale fillette incapable de contrôler sa peine. Ce jour-là, je t'ai trouvée pitoyable. Puis les jours ont passés, les mois et les années et je n'ai plus du tout repensé à toi. C'était l'époque où mon père me faisait rencontrer d'autres enfants de mon âge issus des plus grandes familles de Sang-Pur : les Nott, les Parkinson, les Goyle, les Crabe… Jusqu'à ce fameux jour du chemin de Traverse… Et dans ces grands yeux verts, ce n'était plus de la tristesse mais de la froideur, et du désintérêt total pour ma personne. Tu n'étais pas comme nous autres, les enfants de Sang-Pur. Pourtant ma mère m'assurait de la pureté de ton sang. Alors je t'en ai voulu, de ne pas être comme une vraie Sang-Pur, mais également de ne plus être cette petite fille qui un jour m'avais marqué. Même si ce n'était pas bien compliqué, j'ai tout fait pour t'exclure de notre groupe une fois à Poudlard, tout en gardant un œil sur toi. Tu étais une solitaire et ça m'allait très bien. Puis tu as commencé à te rapprocher de ton groupe de Serdaigle. Je trouvais ça inadmissible. Une Sang-Pur d'un tel rang avec des Sang-de-bourbe ! Tu ne valais vraiment pas mieux que Saint Potter et tous les autres. Alors j'ai décidé de t'ignorer à nouveau.

- Je commence à comprendre comment il t'a été si facile de m'ignorer cette année… C'est que tu en avais de l'entrainement… se permit-elle de rétorquer toutefois plus que décontenancer par une telle vision des choses.

- Puis un jour de troisième année, alors que je me promenais dans les couloirs, j'ai entendu un rire. Ton rire. Ce rire. Ce n'était plus celui d'une petite fille, mais c'était bien le tien. Je pouvais le reconnaitre sur mille. Tu étais avec Diggory, et tu semblais heureuse. Pas autant que lorsque je t'avais vue dans les bras de ton père, dix ans plus tôt, mais toujours plus que toutes ces autres fois où j'avais pu te voir. Il avait beau être de bonne lignée, je ne considérais pas Diggory comme apte et méritant pour réussir à te redonner ce sourire perdu. Et au fond, tu n'as jamais retrouvé ce même éclat. Ni avec lui, ni avec Corner, aussi Sang-Pur soient-ils. Lorsque mes parents m'ont annoncé que j'étais fiancé depuis ma naissance à la fille d'une importante famille, j'ai tout de suite su que c'était toi. Pour moi tout s'expliquait. Je ne me serais pas abaissé à tant d'intérêt pour une fille qui n'en valait pas la peine. Tu m'étais destinée depuis ta naissance et c'est pourquoi je m'intéressais plus que de raison à la banale vie d'une simple fille. Je n'ai eu la confirmation de ton identité que lors de notre première rencontre post-fiançailles.

- Tu avais le regard fier, et vaniteux. Pompeux au possible…

- Mon instinct m'avait poussé à avoir de l'intérêt pour la bonne personne, évidemment que j'étais fier de moi. Et pour la première fois, je me suis permis de te trouver resplendissante. Ma fiancée était belle et mienne. Tu étais à moi et personne d'autre désormais. Face à ton regard écoeuré et arrogant, je me suis alors lancé un défi.

- Quel défi ? demanda Emma alors que le jeune homme avait stoppé son récit.

- Le défi d'être celui qui réussirait à te faire retrouver cet éclat perdu depuis longtemps. Ce rire, et ces yeux brillants. J'admettais la difficulté de la tâche, mais étais prêt à faire le nécessaire – que ce soit en terme de comédie ou de manipulation – pour venir à bout de ce défi que je me lançais. Alors, j'ai décidé de te séduire.

- C'est pour ça que tu ne m'as jamais lâchée ? Le baiser du nouvel an, tes approches douteuses, le diner de la saint-valentin, les boucles d'oreilles, la journée passée chez moi après la soirée de Daphné, la bague…

- En tout cas, oui, c'est comme ça que ça a commencé. Mais comme toujours, tu as réussi à me surprendre, à me faire sortir de mes gonds, à me faire agir comme je n'agissais avec personne d'autre. Je ne supportais pas l'idée que tu m'échappes. Ton baiser avec Théodore a été une vraie claque. Je ne voulais surtout pas qu'un autre que moi réussisse ce que je peinais à mettre en place. Tu te proclamais loyale et j'ai bien voulu te croire, quitte à m'en mordre les doigts. Puis est arrivé le temps de mes propres chocs, l'emprisonnement de mon père, le chantage de Voldemort, mon entrée forcée dans le rang des mangemorts, ma mission suicide, et tout ce qui s'en suivit… Et il se trouve que toi, cette fameuse petite fille aux yeux verts, était là pour moi, me soutenait, m'encourageait, et semblait se soucier de moi autant que je pouvais me soucier d'elle. Jusqu'au jour où tout s'écroule. Je n'ai pas compris ta traitrise. Alors comme j'avais si bien appris à le faire par le passé, je t'ai détestée et ignorée, et fais bien plus que ça malheureusement. Tu parles d'abandon, Emma, mais moi aussi je me suis senti abandonné par celle qui avait toujours su me toucher là où personne ne l'avait fait. Je suis sincèrement désolé pour tout le mal que j'ai pu te faire. Au lieu de réussir ce stupide défi de retrouver l'éclat de ton bonheur d'antan, je n'ai fait que l'éteindre un peu plus, te guidant jusqu'à ta perte. Voir tes yeux fermés et les imaginer ainsi à tout jamais a été la pire image qu'il m'ait été donné de voir.

- Merlin, Drago… réagit Emma en lui prenant la main, face au sanglot qui lui brisait la voix.

Je ne veux pas perdre l'espoir qu'un jour, cette petite fille aux yeux brillants et rieurs finisse par resurgir… Quitte à ce que ça ne soit qu'à travers nos enfants…

- Drago… Regarde-moi… supplia-t-elle alors que le jeune homme avait le regard obstinément fixé devant lui. Je t'ai vu… commença-t-elle. Carrow m'a fait voir un souvenir le soir de la punition d'Ackerley. C'était au sujet du meurtrier de mon père, mais… ça a débuté dans le manoir Malefoy, un soir de juin 1980. Et tu étais là, dans les bras de ta mère. Et je peux te promettre que ce n'était pas qu'une simple exhibition Sang-Pur. Elle te regardait et te pressait contre elle d'une infinie tendresse. J'ai trouvé ça beau… et ai envié ce moment.

- Ma mère sait très bien cacher son jeu. De son amour pour moi, elle n'en montre que les extrémités, ennuyantes et embarrassantes.

- L'humain est un éternel insatisfait… souffla Emma qui ne cessait de repenser aux récents dire de son fiancé.

- Tu m'es précieuse, Emma… déclara-t-il en se tournant enfin vers elle. Ne l'oublie jamais.

La jeune fille ne sut quoi dire face à ces mots. Elle se contenta de s'approcher et de se caler tout contre lui. Drago l'entoura de son bras et déposa un baiser protecteur au sommet de sa tête. En réponse, Emma pressa ses lèvres à là jointure de ses clavicules. Elle se sentait en sécurité dans ses bras. La chaleur qui se dégageait de leurs deux corps la berçait et l'embaumait. Elle ne partageait peut-être pas les mêmes souvenirs, mais lui aussi était précieux à ses yeux. Il était vraiment temps de se concentrer sur cette unique sensation et son besoin de lui. Terminé le passé. Finies les peurs de l'avenir. N'être que dans le présent.


Voici... Comme pour la fin du chapitre précédent, j'appréhende grandement vos avis sur la tournure que prend l'histoire et notamment le personnage de Drago Malefoy. Je remarque que je commence de plus en plus à lui appliquer une vision propre qui l'éloigne peut-être un peu du personnage original.. Mais mon but était au fond, de justifier l'intérêt qu'il avait toujours semblé avoir pour Emma. Drago Malefoy est pour moi quelqu'un de complexe. Et l'idée qu'un petit garçon élevé dans un pur monde de tradition et de distance soit marqué à vie par cette fenêtre ouverte sur le bonheur m'a parue être quelque chose de bien à développer... Bon je l'avoue la confession sur l'oreiller fait peut-être un peu too much, mais je voulais qu'Emma soit consciente de tout ça à ce moment là de l'histoire.

Surtout n'hésitez pas à me laisser votre avis sur la chose ainsi que sur tous les autres "règlements de compte" qu'il y a pu avoir dans ce Chapitre 43 : L'addition s'il vous plait !

J'ai interdiction (par ma raison) de toucher à cette histoire jusqu'à au moins mi-mai. J'ai une thèse professionnelle à écrire pour le 14, et pour ne pas changer je suis à la bourre !
Mais j'ai quand même voulu vous offrir de la lecture avant de repartir au combat !

Merci encore à tous pour vos nombreuses lectures !

A bientôt je l'espère !

Desea Oreiro