Chapitre 49 :

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- « Regina ! REGINA ! »

Regina descendit les escaliers en les survolant presque, quatre à quatre. Elle prit fermement appui à la rampe pour ne pas rater une marche et tomber.

- « Qu'est-ce qui se passe, Emma ? Qu'est-ce qu'il te prend d'hurler comme ça ! »

Elle entra précipitamment dans le salon à la rencontre de sa compagne et c'est là qu'elle la vit aussi.

- « Le… La … Elle est là ! Tu la vois n'est-ce pas ? Dis-moi que tu la vois ! »

Emma, blafarde, acculée contre le mur - si elle le pouvait, elle se réfugierait à l'intérieur - pointait de l'index tremblant, une direction.

Au milieu de la table à manger, suspendue dans les airs et brillant de mille feux, dansait La Dague. Comme pour les perturber davantage, comme si son apparition n'avait pas suffi, les rayons du soleil se réfléchissaient sur la lame et éblouissaient selon son mouvement l'une ou l'autre habitante de la maison.

- « Oui, je la vois. » Regina posa sa main sur celle d'Emma pour la rassurer de sa présence à ses côtés et elle répéta plus calmement : « Je la vois. »

Emma était tétanisée, paralysée. Elle ne bougeait plus, les yeux rivés sur l'arme. Regina s'en aperçut et se rapprocha. Elle s'intercala volontairement entre Emma et le poignard pour obstruer son champ de vision. Il fallait qu'elle coupe le contact ou quel que soit le lien qui les connectait.

- « Emma, regarde-moi. » Regina posa ses deux mains sur les joues de la jeune femme et leva tendrement son visage vers le sien. « Regarde-moi » Dit-elle doucement.

Emma semblait prendre enfin conscience de sa présence et reprit des couleurs.

- « Réponds-moi franchement. Je veux la vérité. Il n'y a que ça qui pourra nous aider. » Elle se tut, laissant les mots entrer dans le cerveau de son amie. Puis elle reprit : « L'as-tu appelée ? L'as-tu d'une quelconque manière, volontairement ou involontairement, invoquée ? As-tu pensé à elle, à la retrouver ou à la chercher ? Réponds en toute sincérité, c'est important. »

Emma secoua la tête avec frénésie.

- « Non, Regina. Je te le jure. Crois-moi… » Elle prit ses mains dans les siennes, pour se montrer plus convaincante et les serra : « Aussi dingue que cela puisse être, je n'ai plus du tout pensé à elle. Je te le promets !

- Je te crois. » Regina tourna la tête et regarda la Dague. « C'est que c'est elle qui veut te rappeler à son bon souvenir.

- Mais pourquoi ?

- Tu viens de le dire…Tu n'as plus du tout pensé à elle. »

Cette dague devait posséder des pouvoirs qui la liaient à son possesseur… Elle devait probablement, elle-même, contenir une sorte d'âme ou d'esprit. Sans son Maître – mais qui était bien le maître de qui ? – elle n'avait aucune existence. Ensemble, ils ne formaient qu'un et ils étaient surpuissants, alors que séparés, ils étaient voués à … l'Impuissance. Regina réfléchissait rapidement. Elle devait comprendre le sens de cette apparition. Si en résumé, sa théorie se vérifiait, ceci expliquerait alors la raison pour laquelle Rumple n'a jamais pu se défaire de sa dague, la raison pour laquelle il ne la quittait jamais. Il avait toujours su où elle se trouvait, veillait sur elle comme un leprechaun sur son chaudron rempli d'or, ou la dissimulait, âpre et avaricieux. Il était lié à elle parce qu'elle se liait à lui, grâce à une obscure connexion. Et plus le temps passé ensemble se rallongeait plus son âme se noircissait. Gollum n'avait pas été que le fruit de l'imagination de J.R.R. Tolkien, il avait bien dû s'en inspirer de quelque part…

- « Je crois que le moment est venu, Emma. » Regina fit à nouveau face à la jeune femme blonde qui leva ses yeux effrayés. Le moment qu'elle redoutait tant se présentait à l'instant. Elle fit non de la tête.

- « Il va falloir que tu l'affrontes… » Emma refusa avec obstination. « Si ! » Insista la jeune Maire : « Elle va te poursuivre, te hanter, jusqu'à ce que tu cèdes ou que tu l'emportes.

- Je ne peux pas.

- Tu le peux. C'est en toi. Maintenant, c'est le moment ou jamais de prendre le dessus. Si tu repousses l'échéance, tu diminues tes chances de réussite. Avec le doute qui va s'installer en toi, tu vas t'affaiblir. Elle le sent. C'est pour ça qu'elle est là. Elle cherche à te déstabiliser.

– Et elle l'a fait ! Je ne suis pas prête.

- Tu l'es, Emma. Tu l'es. C'est pourquoi elle est là.

- Tu ne comprends pas. »

Regina la tira hors du salon avec brusquerie, et la fit asseoir sur les marches des escaliers, loin de tout contact visuel et de présence physique maléfiques. Elle s'agenouilla à sa hauteur.

- « Si je comprends. Mieux que n'importe qui ! »

Emma regardait ses mains, elle avoua :

- « J'étais en haut et j'ai senti comme une présence. J'ai senti … » Elle ne quittait pas ses mains des yeux, puis elle releva la tête. « J'ai su que c'était elle. J'ai ressenti les ténèbres. Elles s'immiscent en moi et elles continuent encore maintenant, là quand je te parle. Je sens qu'elle reprend ce qui lui appartient. Elle est venue me chercher.

- Oui, elle est venue te chercher. » Son ton était sec et cinglant. Il leur fallait agir vite. « Et tu vas répondre à son appel… à la différence que c'est toi qui vas prendre ce qui t'appartient. C'est la seule solution pour la maîtriser, pour la dominer. C'est à toi à la dépasser. »

Le visage de la jeune Maire était sérieux et fermé. Elle fronçait les sourcils, consciente de la gravité de la situation et de l'importance de l'acte qui allait être posé.

- « Je ne sais pas.

- Je suis là. Tu n'es pas seule.

- Et si elle … Si c'est elle qui gagne ? Si je redeviens la Dark One ?

- Seule une âme désespérée peut devenir le Dark One. Tu n'en es plus une.

- Tu ne me laisseras pas ?

- Jamais. » Répondit-elle avec une telle franchise que cela dissipa, au moins pour quelques minutes, tout doute. « Je resterai là, à tes côtés.

- D'accord… Bien…. » Dit-elle à voix haute pour s'encourager, alors qu'elle pensait tout le contraire. Emma se leva et essuya ses mains moites sur son jeans. Elle serrait et desserrait les poings comme les mâchoires. Elle pouvait entendre ses dents grincer. Ses yeux étaient tristes. Elle regarda une dernière fois Regina qui se leva à son tour et qui lui prit la main.

- « Je suis là. » Réaffirma-t-elle en serrant plus fort sa main.

Ensemble, elles se dirigèrent vers la salle à manger. Emma recula une chaise et s'installa. Regina se positionna derrière elle, les mains posées sur le dossier. La Dague virevoltait sur sa pointe, comme excitée. Emma inspira profondément et des deux mains, saisit la garde. Elle avait à peine posé ses doigts, qu'une vague d'énergie la submergea et ondula sur sa peau de manière sourde et vibrante. Ses cheveux s'élevèrent comme si une légère brise soufflait dans la maison. Ses tympans se mirent à bourdonner et tous ses muscles se contractèrent soudainement. La magie déferla en elle comme une avalanche, en pleine saison printanière.

- « Elle m'aspire… » Regina pouvait sentir dans le ton de la voix d'Emma qu'elle angoissait « Je me sens oppressée. Ha ! » Elle ferma les yeux. « J'étouffe, la douleur est … si aiguë … Ce feu intérieur…

- Résiste Emma ! » Regina posa ses mains sur ses épaules, à présent, pour l'encourager. Elle ressentait son corps vibrer sous l'effet de la lutte que son amie menait contre l'emprise de la magie noire.

- « Je les entends… toutes… ces âmes … torturées… » Emma baissa la tête, la tension était forte. « Elle … Elle est désespérée … et cruelle.

- Quoi ? Qui, Emma ? »

Mais Emma ne l'écoutait plus, elle s'agrippa à la dague comme si sa vie en dépendait, ses jointures blanchissaient sur la prise, ses épaules s'affaissaient sous le poids du contact.

- « C'est trop fort… » Cria-t-elle à bout de souffle. « C'est trop puissant… je sens … je sens… »

Elle fut soudainement prise de soubresauts et semblait convulser. « Je vais … je ne peux plus tenir… je ne vais pas y arriver… Je ne peux … » Elle ouvrit les yeux et tourna la tête vers la jeune femme brune. « Regina, je ne peux pas… Je ne suis pas assez forte. Je t'en supplie… Je n'y arrive pas… Je ne peux … S'il te plait… Pardonne-moi ! »

Regina posa ses mains sur les siennes. Elle perçut toute la puissance qui s'en dégageait. Elle avait l'impression d'être également entrainée par le courant qui emportait tout vers cette arme maudite :

- « Lâche, Emma. Lâche tout ! »

La jeune Maire se concentra et appela sa propre magie pour influencer l'emprise physique des mains d'Emma sur la dague. Elle l'incanta encore et encore en y mettant toute sa force, elle récita des formules dans une langue étrangère et transféra sa magie dans ses mains. La Dague semblait résister et attirer Emma comme un aimant. Elle l'avait attrapée, elle voulait la garder. Cependant, l'Ancienne Evil Queen ne se laissa pas abattre. Elle n'allait pas abandonner si facilement. Elle communiqua toutes ses pensées sur cette action : « Lâche, Emma, je suis là. Lâche, Emma ». Elle lui parlait intérieurement, espérant qu'elle l'entende et qu'elle la ressente.Quand Régina sentit les doigts de sa compagne se détendre un à un de la garde, elle sut qu'elle avait été entendue. Elle la tira dans un dernier espoir et un ultime élan. Le contact rompu, elles furent toutes les deux projetées par une onde de choc et tombèrent en arrière.

Emma était exténuée et ne bougeait plus, assommée par l'effort physique et psychologique que cela lui avait demandé. Regina rampa péniblement jusqu'à elle et l'enlaça. Emma pleurait.

- « Je suis désolée… Je suis désolée… » Répéta-t-elle. « Je ne suis pas assez forte… »

Regina la blottit dans ses bras et tentait de l'apaiser.

- « Oh si tu l'es, Emma. » Lui dit-elle en souriant. « Tu as résisté… » Elle la berçait, fière, presque heureuse. « Tu n'as pas cédé… »

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- « Je te veux, Emma. Je ne te partage pas. Ce choix était le tien. Tu dois l'assumer jusqu'au bout. » La voixcaverneuse, rocailleuse, la fit sursauter. « Nous avons conclu un pacte qui nous lie, tu m'as empoigné et j'ai répondu ! J'ai partagé ta tristesse, je t'ai donné une raison de vivre, je t'ai offert une arme de destruction et je t'ai permis de te venger… » Silence. « Et maintenant que tu as eu gain de cause, TU ME TOURNES LE DOS !? » La voix hurla sa colère. Emma voulut porter ses mains à ses oreilles pour se les boucher car un son strident irrita ses tympans, mais elle ne pouvait effectuer aucun mouvement. Elle reconnut la pièce dans laquelle elle était et se rappelait qu'elle s'était couchée quelques heures auparavant. Il devait être le milieu de la nuit. Et elle s'était endormie, rompue de fatigue, après la confrontation de l'après-midi. La pièce était plongée dans le noir le plus profond et pas un son ne s'échappait au-delà de la porte.

- « Tu es à moi ! Tu auras beau lutter, tu es à moi. Tu as scellé notre pacte de leur sang, de NOTRE sang. Il est indestructible. » Une seconde voix cassante et grave s'éleva à son tour. Elle sentit alors sa peau lui brûler et crépiter sous l'effet de tisonniers ardents, venus de nulle part, des milliers d'aiguilles la transperçaient également. Elles se frayaient un chemin, lentement, en prenant tout leur temps, comme si elles éprouvaient un plaisir infini à la faire souffrir. La jeune femme blonde voulait crier sa douleur, mais elle ne pouvait pas ses lèvres étaient cousues. Elle se cabra sur son lit, tenta d'agiter ses membres pour se lever et fuir, mais elle les sentait retenus, entravés. La souffrance qu'elle endurait lui extirpa des larmes au coin de ses yeux qu'elle ne pouvait pas ouvrir, ses paupières étaient collées.

- « Détache-toi d'eux, ils ne t'apportent que Misère, Malheur et Soumission. Vois, je suis le seul à ne pas t'avoir trahie. Il ne te sert à rien de lutter. Tu m'es promise. Nous sommes liés. Ensemble, nous sommes plus puissants ! Deviens froide, deviens feu ! Deviens la plus puissante de tous … Ne laisse pas ton cœur s'affaiblir... Il pourrit. Tu sens cette odeur de chair brûlée ? … » Elle l'entendit rire dans sa tête. Un autre ton, plus persifflante, se mêla à la conversation : « Leurs intentions ne sont pas pures, leur affection n'est pas gratuite, tu le sais, tu le ressens ! Ils te mentent. Ils ont peur. Ils tentent de te museler. Accomplis ton devoir, accomplis notre destin. Arrache ton cœur ! Jette-le ! Détruis-le ! Serre-le, presse-le entre tes mains… Sens son sang s'écouler entre tes doigts. »

Et pour joindre l'acte à la parole, Emma ressentit le néant l'aspirer au niveau de son torse et la soulever. Son dos formait, sous la force d'attraction, un arc étrange au-dessus de son lit. Des doigts aux griffes acérées pénétrèrent sa poitrine, ils écartèrent peau, graisse et veines pour atteindre l'organe chaud et pompant toujours vigoureusement. Ils le saisirent, affirmèrent leur prise. Elle gémissait.

- « Ça fait mal, n'est-ce pas ? Tu t'habitueras. Il n'y a qu'une seule façon de t'en libérer… diffuse-la, propage-la… Tu ne dois pas être seule ! Frappe comme on t'a frappée ! Punis. Ravage. Ne laisse pas ton cœur se ramollir face à ces faux sentiments. Ne te laisse pas entrainer par ces poids morts et ces chaines. Débarrasse-t'en ! » Ordonna encore une autre voix. Elle ne pouvait les reconnaître mais elle savait que c'étaient ces mêmes âmes qu'elle avait torturées, il y avait quelques semaines. Les serres lui arrachèrent ensuite le cœur d'un geste brutal et l'extirpèrent de sa cage thoracique. Il flottait là, sous ses paupières closes, mais elle pouvait le voir, l'entendre, le sentir. Elle souffla fortement et rapidement par les narines, sous le choc et la panique. La tête lui tournait, elle hyper-ventilait. Elle s'agitait sur son lit, grognait, puis elle fut prise de vertiges. La prise se resserrait comme un étau autour de son cœur. Et elle s'évanouit.

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Elle se réveilla en sursaut et en sueur dans des draps froids et trempés. Combien de temps s'était écoulé ? Elle palpa son cœur. Il était toujours en place et battait à un rythme effréné. Elle vérifia sa peau. Il n'y avait aucune trace de griffure, de lacération ou d'ecchymose. Ses poignets et chevilles ne portaient aucun signe de ligature ou d'entrave. Ses yeux, sa bouche, ses oreilles… Tout était intact. N'était-ce bien qu'un cauchemar ? Elle n'était sûre de rien.

Incapable de se rendormir, elle se leva et sortit de la chambre. Elle s'avança sur la pointe des pieds vers la chambre que Regina occupait depuis un certain temps. Depuis son arrivée dans la maison, la jeune Maire ne lui avait jamais suggéré d'échanger de pièces et de réintégrer son ancienne chambre, privilégiant son confort et son bien-être avant le sien.

Emma poussa la porte entre-ouverte et regarda à l'intérieur… juste pour se rassurer que tout allait bien. La lumière de la lampe du couloir éclairait faiblement le visage endormi de la jeune femme brune. Sa respiration était lente et régulière. Cette attitude posée lui confirma qu'elle avait dû rêver. Regina s'était toujours montrée à l'affût du moindre appel de sa compagne. Aucune nuit n'avait fait exception. Pourquoi celle-ci l'aurait-elle été ?

Emma aurait pu faire demi-tour, rassurée… mais elle pénétra dans la pièce et referma la porte derrière elle. Sa vue s'ajusta à la pénombre et elle distingua petit à petit l'emplacement des meubles. Après toutes ces émotions, elle avait besoin de contact, de chaleur humaine, de sentir… physiquement… Regina. Elle marcha à pas de loup sur la moquette et s'approcha du lit. Elle s'assit sur le rebord. Le matelas s'affaissa doucement. Mais le mouvement était tellement léger que la jeune femme brune ne sourcilla pas. Elle dormait toujours.

Emma posa sa main sur sa joue. Elle la regardait dormir profondément. Elle traça doucement le contour de son visage en partant de son front. Elle longea sa joue, la ligne de sa mâchoire, son menton. Elle était si paisible, si détendue. C'étaient les seuls moments où Regina se relâchait totalement, où ses barrières étaient baissées. Emma se pencha et déposa un baiser sur son front. Regina ne bougea toujours pas. Sa respiration lente lui confirma qu'elle dormait toujours paisiblement. Elle redéposa un baiser sur son front, puis sur son nez, et sur ses joues, chuchota son prénom… Emportée par ses sentiments conflictuels, Emma inclina la tête et effleura sa bouche. Elle ne résista pas longtemps à la tentation et l'embrassa. Regina ne se réveilla pas. Cependant elle entrouvrit les lèvres et laissa échapper un soupir. Et Emma le prit pour une invitation. Même si elle savait qu'elle bravait un interdit, même si elle était parfaitement consciente qu'elle confondait ses espoirs avec la réalité elle avait besoin de se laisser glisser dans cette douceur que lui offrait l'image de Regina, endormie. Elle voulait tellement oublier ne fusse que quelques instants ces tourments qui la torturaient depuis des heures. Son besoin d'Amour était tellement grand qu'il dépassait le risque considéré qu'elle prenait. Alors, elle s'allongea à ses côtés, parsemant sa peau découverte de légères caresses. Elle voulait trouver refuge dans ce corps si rassurant. Elle voulait de faire qu'une, se fondre, disparaitre en elle. Son cœur battait dans ses oreilles, le sang lui montait au cerveau. Elle se glissa sous les draps chauds, toujours plus proche, à la recherche de réconfort. Elle se faufila contre elle, colla son corps contre le sien et passa sous son bras, comme un enfant qui se protège dans les bras de sa mère.

Les paupières lourdes de Regina se soulevèrent doucement, puis son regard vague et perdu rejoignit le sien. Elle prit conscience de leur position et se redressa soudainement :

- « Emma ? Qu'est-ce que tu fais ?

- S'il te plait, Regina. » Elle se blottit davantage contre elle, serrant son abdomen contre le sien. « J'ai tellement besoin de toi » Elle chuchotait, empruntée par l'atmosphère qu'elle avait mise en place, seule, quelques minutes auparavant. « S'il te plait », supplia-t-elle. « Je me rapprocher de toi… ».

Regina prit délicatement sa main. A peine sortie des limbes, elle ne voulait pas brusquer l'ancien shérif. Le comportement d'Emma trahissait la peur, le doute, le manque de confiance. Regina sentait qu'Emma était fragile et fébrile. Un geste, un mot inconsidéré et elle pouvait se refermer comme une huître. La moindre étincelle de contrariété pouvait la faire exploser.

- « Attends » Elle prit ses mains « Attends. Dis-moi… » Elle se recula un peu, enfonça son dos dans ses oreillers. Elle ne marqua pas le rejet, elle voulait comprendre, prendre son temps. Son esprit était encore embrouillé et elle tentait malgré tout de rassembler ses idées. « Parle-moi… » Vite et bien. « Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ? »

Emma s'arrêta. Elle planta ses yeux dans les siens et elle y lut de tendresse et de l'inquiétude. Elle constata également que Regina ne la repoussait pas. Elle ne la détestait pas. Elle semblait posée, calme. Emma réalisa alors sa position équivoque et voulut se lever… s'enfuir mais Regina la retint d'une poigne ferme mais douce.

- « Non. Non. Reste. Explique-moi. » A son tour, elle posa sa main sur le visage de la jeune femme blonde, effarouchée. Elle voulait l'apaiser, la rassurer. « Chut. Calme-toi. Ce n'est rien… Viens. » Elle l'attira à elle, elle lui imposa de suivre son mouvement. Elle s'allongea et posa sa tête sur son coussin. D'une main, elle tira le drap de l'autre côté du lit, sans lâcher de l'autre son amie. « Viens » Répéta-t-elle.

Emma se reglissa sous les draps comme un automate docile.

- « Rapproche-toi contre moi. » Silencieusement, Emma se faufila tout contre le corps accueillant de sa compagne. Cette fois, ce fut Regina qui l'enlaça et la serra dans ses bras. « Ça va aller maintenant. Tout ira bien. » Elle n'insista pas et ne chercha pas d'explications … pour le moment. Tout ce qui lui importait était qu'Emma se sente en sécurité, en confiance.

Regina massa du bout des doigts le haut de son dos. Elle poursuivit doucement son massage. Emma devait savoir qu'elle la protégeait, qu'elle était là, qu'elle pouvait se laisser aller. Finalement, la jeune femme se détendit. Son souffle devint lent et régulier et elle s'endormit. Regina caressa ses épaules encore un peu, l'embrassa, sur le front et s'endormit à son tour.

Quelques instants plus tard, elle fut réveillée par la voix d'Emma. Elle gémissait et pleurait dans son sommeil.

- « Ha ça brûle ! » Cria-t-elle en se débattant.

- « Emma, réveille-toi ! »

La jeune femme sanglotait et roulait dans ses bras en pleurant. La terreur déformait les traits de son visage.

- « Emma, je suis là. Tu n'as rien à craindre. Je suis là. » Répéta-t-elle impuissante.

Emma se tenait au milieu d'un champ de bataille. La terre était dévastée, brûlée, roussie. Tout avait été détruit. Les décombres fumaient encore. Des corps gisaient à ses pieds, sans mouvement, évanouis, morts peut-être… Plus loin quelques-uns gesticulaient violemment, d'autres hurlaient leurs angoisses. Tous les sens en alerte, elle se releva tant bien que mal, luttant contre la nausée qui l'attirait vers le sol. Elle appela, elle cria mais des gémissements et autres éclats de voix recouvraient son appel. Elle se crispa de douleur et de rage. 'Pourquoi ?' Pouvait-elle entendre 'Pourquoi nous, Emma ?'. Elle sentit une main s'agripper à sa cheville. Elle remonta à l'origine et aperçut le visage ensanglanté de Regina. Elle était allongée, livide, près du corps sans vie d'Henry.

- « Réveille-toi ! »

La jeune femme blonde se réveilla brusquement, tremblant de tous ses membres. Rassurée sur l'endroit où elle était, elle enfouit son visage dans le cou de sa compagne et se pressa contre elle :

- « Je ne suis pas assez forte ! …

- Ce n'est qu'un cauchemar. Raconte-le moi. Parle-moi. »

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- « Elle ne te laissera pas en paix. »

C'était la troisième tasse de café qu'elle leur servait. Les heures se suivaient et la nuit s'éternisait. Elles n'étaient plus arrivées à dormir. Après ce dernier cauchemar, Emma refusait de fermer les yeux de peur de se retrouver à nouveau projetée dans ce paysage de désolation et de terreur. Elle avait reconnu la ville de Storybrooke, à l'état de ruines… et elle savait qu'elle en était à l'origine de sa destruction.

Chaque fois qu'elle baissait les paupières, malgré le son de voix apaisant de sa compagne, elle revoyait la Dague dans sa main, couverte de sang. De leur sang.

Elle craignait que cela soit un rêve prémonitoire, un avertissement.

- « C'est aujourd'hui que tout va se jouer. » Regina la sortit de sa torpeur.

- « Non. Il est hors de question que je m'y resoumette. » Elle leva les yeux. « Je n'y arriverai pas. Elle aura l'emprise sur moi. Elle va à nouveau me transformer. Et on n'y pourra rien ! Tu n'y pourras plus rien !

- Je sais que tu as du mal. Je sais que tu es effrayée. Tu as peur parce que tu penses que tu as encore ce cœur obscur en toi.

- Je l'ai ! Je l'ai vu ! Cette nuit. Je sais de quoi je suis capable et elle aussi. C'est ce que cette Dague me dit ! Elle me veut. » Elle tapa des poings sur la table et le café éclaboussa la soucoupe. « Pourquoi ne le vois-tu pas ? Comment fais-tu pour ne plus voir ce que j'ai fait ? Tout ce que je leur ai fait ? »

Regina se montra impassible, même si à l'intérieur, tout bouillait en elle :

- « Ne te méprends pas, je n'occulte pas tes actes. Je vais de l'avant. C'est tout. » Elle prit une éponge et nettoya les gouttelettes brunes. « Que préfères-tu que nous fassions ? Tu as une autre idée ? Elle est là. Elle ne te laissera pas tranquille. » Elle sécha les dernières traces d'humidité avec un linge. Puis elle leva les yeux et les planta dans les siens : « Nous pouvons te sauver de son emprise et nous pouvons aussi y mettre un terme. » Elle s'arrêta dans sa tâche. Elle paraissait si confiante. « J'ai entrevu une part de lumière dans ta zone d'ombre. » Elle posa sa main à plat sur la poitrine d'Emma et ressentit les battements de son cœur. « Il te faut apprendre qu'à l'intérieur de toi, les deux cohabiteront toujours. Fais-moi confiance… Mais tu dois l'accepter… Et c'est un choix que tu devras faire pour toi-même. »

Emma balaya les mèches rebelles et les fit glisser à l'arrière de ses oreilles. Elle souffla, lasse.

- « Je ne te mérite pas. Je ne mérite pas que tu m'aides et que tu sois à mes côtés. Cet espoir que tu as en moi…

- Il ne s'agit pas de mérite, Emma… Il s'agit de la bonne chose à faire. Ce pouvoir… tu doutes, mais tu l'as tout au fond de toi. En ça j'y crois… Je crois en toi… Tu ne le vois pas… Et cette noirceur, tu ne pourras la vaincre. Alors, on pourra parler de mérites.

- Mais mes souffrances ne sont rien en comparaison avec les leur… Pourquoi aurais-je droit à-

- Je t'arrête tout de suite. C'est un autre problème. » Regina s'approcha d'elle, elle posa ses deux mains sur son visage. « Chaque chose en son temps. Nous travaillerons ta rédemption plus tard, si tu le veux toujours. » Elle déposa ses lèvres sur les siennes et ferma les yeux. Elle lui communiqua tout l'amour qu'elle ressentait pour elle. « D'abord débarrassons-nous de ces Ténèbres... Ensuite nous aviserons. »

Regina posa son front sur le sien et s'imprégna de sa présence. Si seulement Emma savait ce dont elle était vraiment capable… Si seulement, elle ne doutait pas…

- « Je n'y arriverai pas, Regina. Je ne pourrai jamais la contrôler… Je ne serai jamais prête… Si j'essaie encore … je sens, je deviendrai à nouveau la Dark One.

- C'est ce qu'elle te dit. C'est pourquoi elle envahit ton sommeil. Elle te projette tes angoisses, tes pires cauchemars, tes pires craintes…

- Je vous ai vus… Tu étais là, je vous ai …

- En laissant ta peur t'envahir, tu laisses la dague et le pouvoir du Dark One prendre le contrôle sur toi… Ne le comprends-tu pas ? C'est sa tactique… Elle t'attaque déjà… Si elle t'attaque, c'est qu'elle se sent menacée !

- Ce n'est pas…

- Tu es prête… Mais tu as peur. Tu refuses parce que tu as peur. Ne laisse pas tes émotions obscurcir ton jugement.

- Et si je perds ?

- Et si tu l'emportes ? »

Emma baissa la tête. Elle était arrivée au bout de ses arguments et elle sentait que Regina avait raison. Elle le ressentait de plus en plus.

Oui elle avait peur. Elle était terrorisée même. Cependant, elle sentit une petite lueur d'espoir. La première. Les explications de Regina avaient tout leur sens. Pourquoi la Dague la hantait-elle ? Pourquoi lui montrait-elle des images qui la paralysaient ? Si ce n'était que pour la déstabiliser, si ce n'était qu'elle-même se sentait en danger…

Mais pour l'affronter, il fallait pour cela qu'elle en accepte également les responsabilités et c'était peut-être ce qui t'effrayait plus que tout. Que deviendrait-elle après ? Le pire n'était-il pas à prévoir après …

Après ! Elle pensait enfin à un après. Elle releva la tête et sourit à l'ancienne Sorcière. Celle-ci ne put que se rendre compte de la transformation mentale qui s'opérait devant elle.

- « Allons-y ! » avant que je ne change d'avis.

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Comme la veille, elle prit place sur la chaise près de la table et d'une main décidée, elle empoigna la dague. Le contact fut plus violent et l'onde de choc ravagea chaque partie de sa peau. Elle joignit son autre main à la première et ordonna :

- « Va-t-en Regina.

- Tu as besoin de moi ! » Cria-t-elle par-dessus les tourbillons de vent qui les encerclaient soudainement. « Je reste. »

Les attaques furent pénibles Emma fut assaillie par d'autres maux, d'autres fléaux tous plus douloureux les uns que les autres. Elle revit les épisodes déprimants de sa vie, elle revécut les moments les plus dramatiques, … elle se sentit sombrer jusque dans les plus profonds de ses ténèbres.

- « J'ai détruit de mes mains la vie des autres …» Elle regarda ses mains, dégoutée, écoeurée, comme si elles étaient couvertes du sang de ses victimes. Son esprit était en plein combat intérieur, des images du passé surgissaient sous ses yeux. « Ils sont tous là, » Elle secoua la tête comme pour les chasser « leurs voix me hantent, et leurs visages … grimaçants, déformés, j'entends sans cesse leurs hurlements… » Cria-elle au milieu de la mêlée. « Les cris d'agonie et de terreur, les regards d'effroi, la peur, … C'est horrible… Mais qu'est-ce que j'ai fait ? » L'appel de la magie noire lui montait à la tête. Ses sens se perdaient. « Je la sens qui veut reprendre sa place.

Regina s'approcha et la prit dans ses bras. Elle se colla tout contre elle, sa poitrine contre son dos, son nez dans son cou. Emma était si froide. Elle ne la lâcha pas pour autant :

- « Je suis là Emma. » Elle parlait doucement malgré la fureur qui se déchainait tout autour d'elles. « Je crois en toi.

- Toute cette énergie. Toute cette puissance. Elle est entrain de m'avaler de l'intérieur. J'ai l'impression que je peux tout ressentir ! Toutes ces émotions, cette souffrance. Il y a trop de souffrance … » Des larmes s'échappèrent. « Je peux sentir … Ça fait mal, à l'intérieur… C'est horrible, cette sensation…

- Ce sont toutes les peines et toutes les souffrances dont tu es responsable qui te reviennent. » Unie à elle, Regina pouvait voir et ressentir ce qu'Emma vivait. « Ressens-les. Ne les chasse pas. Ne résiste pas. Tu le leur dois… Elles ont le droit d'exister et d'être reconnues. Utilise-les, Emma. C'est la seule façon de te libérer.

- Je sens ces âmes torturés… C'est de la colère que je ressens. Je la sens encore bouillonner en moi. Elle me dévore.

- Ne laisse pas la haine t'envahir. Je sais que tu as mal et que tu es envahie par ces pouvoirs démoniaques et torturés. Lutte contre cette envie… » Regina maintint sa prise, elle ne lâcha pas son étreinte malgré la force du vent. Elle hurlait presque pour se faire entendre : « Je sais ce que tu endures. Tu n'échapperas pas à cette culpabilité qui te ronge. Tu dois l'endurer. Ouvre les yeux. » Elle la coutourna et se place en face d'elle. Elle n'avait pas rompu le contact, ses mains, ses bras étaient toujours posés sur les siens. « Regarde-moi, mon Amour… Regarde-moi. » Emma ouvrit les yeux et vit le doux visage de Regina. « On y arrivera à deux. Ce n'est plus du ressort de la magie ou d'une puissance surnaturelle. C'est ce que tu as en toi. Laisse ces pouvoirs emplis de rage de désespoir et de vengeance. Abandonne-les. Tu n'en as pas besoin. »

Emma poussa un long cri plaintif dans lequel elle projeta toute sa hargne. Elle se leva, ancra ses pieds dans le sol et transmit toute sa magie noire vers la Dague. Une énorme explosion les sépara soudain. La jeune femme blonde fut submergée par l'intensité du combat, elle perdit l'équilibre. Elle voulut prendre appui sur la chaise mais s'affaissa et s'écroula sur ses genoux. Regina la rattrapa tout juste. Elle était blême, le visage ruisselant de sueur et les yeux vides.

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