Voilà un nouveau chapitre, très long qui je l'espère vous comblera. Bonne lecture !


La célébration d'un bicentenaire dans une petite ville du Texas n'était pas une mince affaire, comme le comprit Draco le lendemain. Le discours du maire donna le coup d'envoi des festivités qui s'étalaient sur une semaine, défilé dans la rue principale, réunions sportives, concours agricoles et divertissements divers et variés.

- Voilà M. Dumbledore, notre maire, lui dit Harry quand ils arrivèrent dans le parc au centre de la ville.

Ils restèrent à l'écart dans un endroit discret. Harry fit un signe de tête un vieil homme à barbe blanche qui se dirigeait à grands pas vers le bâtiment pavoisé de banderoles bleues, blanches et rouges.

- En robe de lin jaune, c'est son épouse, Minerva, ajouta-t-il en désignant une vieille dame, élégante et chapeautée, qui, depuis la tribune érigée pour l'occasion où elle siégeait parmi les hôtes de marque, observait son époux. Il y a longtemps, le maire était veuf, expliqua Harry. Minerva était psychiatre et allait prendre sa retraite quand il l'a rencontré, il y a deux ans. Il l'a amené ici et papa les a mariés. Ils possèdent un ranch superbe en dehors de la ville et sont en train de se faire construire une maison neuve sur la colline. Ils sont tout à fait charmants.

Draco glissa son bras dont le dos de Harry, attira ses fesses fermes contre lui et sourit dans ses cheveux.

- Tu me parais tout à fait charmant.

Harry s'appuya légèrement contre lui et sentit tout son corps se durcir.

- Toi aussi.

Draco concentra son attention sur le maire pour ne pas penser à son désir. Dumbledore avait cet amour de la pompe et des harangues qui fait vibrer tant d'hommes politiques, car il parla pendant près d'une demi-heure de la grande bataille qui eut lieu sur le sol de Keaton et de l'histoire de la ville depuis sa fondation. Draco comparait mentalement les mérites individuels, ou l'absence de mérites, des scénarios qu'il avait lu la semaine passée, quand il se rendit compte que le discours était terminé et qu'il parlait de lui.

- Avant de tirer le canon et d'inaugurer cette célébration, j'aimerais vous parler un peu d'un visiteur de marque. Ce n'est un secret pour personne que Draco Malfoy se trouve ici en ce moment pour rendre visite à Harry Potter. Ce n'est pas non plus un secret que le grand Etat du Texas ne lui a pas porté chance et ne c'est pas montré très aimable envers lui ces derniers temps. Je sais que vous avez tous hâte de le rencontrer et de connaître ses impressions mais, mes amis, le meilleur moyen d'y parvenir, c'est de le laisser un peu tranquille pour qu'il apprenne à nous connaître à sa manière. Vous savez tous ce qu'il a vécu et vous avez tous vu comme les foules assaillent les vedettes de cinéma et les harcèlent pour obtenir des autographes. Il n'y a sans doute pas un endroit au monde où Draco puisse se détendre et se voir traiter comme un homme ordinaire. Sauf ici. Montrons-lui ce que c'est d'avoir une ville natale comme celle d'Harry, où l'on se soucie les uns des autres !

Cet appel au peuple fut salué par un tonnerre d'applaudissements, un roulement de tambour provenant de la tribune, de grands sourires et des signes de main de centaines de gens tournés vers Draco, qui leur répondit poliment.

Draco eut alors l'étonnement et la joie de constater que les habitants de Keaton semblaient souscrire à la suggestion de leur maire, et il passa, dans ce lieu public, la journée la plus calme qu'il ait connu depuis une quinzaine d'années. Il ne fut pas non plus insensible ni à l'ambiance de fête ni au charme bien américain de ce qui l'entourait. A la tombée du soir, il s'amusa énormément à des choses toutes bêtes, à passer devant des stands où l'on vendait des produits maison, à dévorer des hot-dogs noyés de moutarde et à plaisanter avec Julian et Sydney. Mais surtout il était avec Harry, qui avait le don de transformer en aventure les activités les plus banales, comme il l'avait appris dans le Colorado.

Les gens l'adoraient et leur affection semblait à présent s'étendre timidement à lui, puisque les paroles qu'il avait prononcées la veille au gymnase leur donnaient tout lieu de croire qu'il était venu « lui rendre justice ». Draco mourait d'envie de le leur prouver, à eux et au monde entier, en lui glissant au doigt la bague qu'il avait choisie le matin même, mais il attendait le bon moment. Leur dernière tentative s'était soldée par un désastre. Pour effacer la tristesse de ce passé là, il tenait à ce que ce soit un moment heureux et mémorable.

Tandis qu'il traversait le terrain bruyant et violemment éclairé où se trouvait la fête foraine, Draco songeait à la bague qu'il avait dans la poche ainsi qu'aux regards curieux et souriants des centaines de citoyens de Keaton qui s'amusaient entre les stands et les manèges et qui se demandaient tous si et quand il allait se déclarer. De temps à autre, l'on prenait des photos d'eux, discrètement toutefois.

- Tu veux monter sur la grande roue ? demanda Draco à Harry qui s'était arrêté pour la contempler.

- Seulement si tu me promets de ne pas faire basculer le siège, dit le brun en lui mettant un morceau de barbe à papa dans la bouche.

- Ça ne me serait pas venu à l'esprit, mentit Draco en mâchonnant. Harry, ce truc est dégueulasse. Comment peux-tu manger ça ? Donne-m'en encore un bout.

En riant le brun en arracha un nuage rose et poisseux. Ils souriaient tous deux aux couples qui passaient devant eux en les saluant d'un signe de tête.

- Je ne plaisante pas pour le siège, le prévint Harry quand Draco plongea la main dans sa poche pour y trouver de la monnaie. Je suis… heu… un peu à cran sur la grande roue.

- Toi ? fit Draco incrédule. Toi, qui a faillit nous tuer dans cette capsule volante en la faisant tournoyer ?

- C'était différent. Nous étions enfermés dans une cage. La grande roue, dit Harry en rejetant la tête en arrière pour regarder tout en haut, c'est ouvert et ça fait peur.

Draco allait monter acheter les billets quand un bonimenteur cria derrière lui :

- Avancez et gagnez un ensemble de bagues plaquées d'or vé-ri-ta-ble ! Pour cinq canards abattus, gagnez une bague pour votre petite amie, pour dix, vous repartirez avec un nounours géant pour qu'elle s'y blottisse !

Draco se retourna, jeta un coup d'œil aux canards mécaniques qui défilaient sans interruption, aux modestes fusils alignés dans le stand et au plateau de bagues avec d'énormes fausses pierres de toutes les couleurs, du jaune d'œuf au rouge rubis. Et il eut une idée.

- Je croyais que tu voulais monter sur cette grande roue, fit Harry quand il lui prit le bras pour l'emmener dans la direction opposée.

- Je veux d'abord t'offrir une bague, annonça-t-il.

- Combien de coups vou...lez-vous ? Demanda le type du stand d'une voix de plus en plus traînante tandis qu'il fixait Draco. Vous avez une tête qui me dit quelque chose, mon vieux.

Il prit l'argent et tendit un fusil à Draco sans le quitter des yeux, puis il se tourna vers Harry.

- Votre ami ressemble à... Vous savez bien... Comment s'appelle-t-il ?... L'acteur, voyez qui je veux dire, n'est-ce pas ?

Harry répondit au rictus de Draco par un sourire très provocant.

- Le beau type ? précisa-t-il, s'adressant au bonimenteur. Les traits burinés ? Les cheveux blonds ?

- C'est ça !

- Brad Pitt ! plaisanta Harry et Draco manqua la cible.

En baissant son fusil, le blond lui jeta un regard indigné avant de lever à nouveau.

- Non, pas lui, fit l'homme. Il est plus grand, un peu plus vieux, plus beau.

Draco lui lança un sourire méprisant.

- Robert Redford ! Cria Harry et Draco manqua son deuxième tir.

- Harry, fit-il d'un air menaçant, les lèvres pincées et les épaules secouées par l'hilarité, tu veux une bague oui ou non ?

- Non, répliqua-t-il dédaigneusement, les bagues c'est pour les filles. Je veux un ours en peluche.

- Alors arrête de t'extasier sur mes rivaux et laisse moi descendre ces fichus canards avant que nous n'attirions encore plus de monde.

Harry jeta un regard autour de lui et vit qu'en dépit de la volonté des gens du cru de suivre les conseils du maire, un attroupement s'était formé, attiré par l'étonnant spectacle de Draco Malfoy en chair et en os, rejouant une scène de tirs comme dans un de ces vieux films, si ce n'était que les cibles étaie des canards en métal, non des sbires de la mafia, des espions ou des bandits.

Draco abatis huit canards sur huit. Quelqu'un se mit à applaudir et s'arrêta vite.

- Retourne-toi, dit Draco. Tu me rends nerveux.

Quand le brun fit volte-face, Draco plongea la main dans sa poche, fit un clin d'oeil au type du stand et glissa sa bague de fiançailles dans le plateau au milieu de la verroterie, puis tira deux coups qu'il manqua délibérément.

- Bon, dit-il à Harry en prenant le plateau, retourne-toi et choisit une bague.

- Comment ? Pas de nounours ? demanda le brun sans remarquer le forain qui restait bouche bée devant le plateau.

- Désolé, j'ai raté les deux derniers coups. Laquelle veux-tu ?

Harry baissa les yeux vers l'arc-en-ciel de gros caillou jaune, rose, rouge et bleu marine qui scintillait sur leur bon turbo marché. Puis il aperçut l'anneau en argent mat, simple, sobre, incrusté de minuscules diamants qui brillaient de tous leurs feux, reflétant les lumières tournantes de la grande roue. Il reconnut le style de bagues de son alliance et, quand il leva les yeux vers Draco, ils reconnut aussi ce regard sombre et tendre.

- Elle te plaît ?

Les badauds qui l'avaient regardé tirer durent sentir qu'il se passait quelque chose, à moins que ce ne fut la mine ahurie du type du stand qui les ait incités à se rapprocher.

- Elle me plaît, dit doucement Harry d'une voix tremblante.

- Si nous comportions et si nous trouvions un endroit pour l'essayer ?

Harry acquiesça en silence et, quand ils se retournèrent, le petit attroupement vit qu'il souriait et fit de même.

- Leur eau, décrit à Draco en la tirant vers la cabine où l'on vendait les billets pour la grande roue. Vite, ajouta-t-il en riant tandis que le forain lançait d'une voix forte et ahurie :

-Ce type... Celui qui ressemble à Robert Redford... Vient de sortir de sa poche la plus belle bague du monde et la lui a donnée !

Monsieur et Madame Potter était en grande conversation avec le maire, sa femme et les parents de Sydney, qui étaient venus pour l'occasion. Ils se tenaient prêt d'une immense roulette, quand Sydney et Julian arrivèrent en courant, suivis d'un groupe d'amis.

- C'est officiel, dit Julian en riant. Harry et Draco viennent de se fiancer. Avec une bague que Draco a gagnée dans un stand, ajouta-t-il délibérément pour décontenancer son père.

- Ça ne me semble pas très officiel, fit le révérend Potter en fronçant les sourcils.

Tous se retournèrent, ravis et surpris, et cherchèrent le jeune couple pour le féliciter.

- Où sont-ils ? demanda Lily Potter, rayonnante.

Sydney pointa le bois vers la grande roue, qui était arrêtée. Au pied, la foule les acclamait bruyamment.

- Ils sont là en haut ! Dit Catherine.

Quand ils parvinrent à la grande roue, la foule scandait :

- Embrassez-le, Draco ! Embrassez-le !

Et le photographe de la Gazette de Keaton braqua son appareil sur le couple et se joignit au concert de voix.

Un bras autour de ses épaules, Draco lui prit le menton.

- Ils ne nous laisseront pas descendre tant qu'ils n'auront pas eu leur baiser.

Harry se mordit la lèvre, ses joues se colorèrent, ses yeux brillaient et de la paume de la main il protégeait la bague que Draco lui avait glissée au doigt.

- Je n'arrive pas à croire que tu aies fait ça ici... Devant tout le monde, toi qui détestes la publicité.

Draco resserra son étreinte et le poussa en avant.

- Pas cette publicité-là. Le monde entier, lui murmura-t-il, a été témoin de nos malheurs. Qu'il voit donc ce qui se passe quand un fugitif endurci rencontre un ange qui croit en lui. Embrasse-moi, Harry.

Au milieu des acclamations qui montaient vers le couple enlacé, le maire sourit à sa femme et se tourna vers Julian.

- Ton père lui a fait jurer ?

- Oui, fit Julian en se tenant les côtes.

- Pauvre diable, dit Dumbledore qui contempla le long baiser que Draco donnait à son fiancé. Il ne tiendra jamais.

- Non.

- À quand le mariage ?

- Draco voudrait que ce soit dans deux semaines.

- Pas assez tôt, intervint Marcus Dixon, l'un des amis de Julian, avec un sourire entendu. (Il regarda sa femme.) Ça nous a semblé deux ans, tu te souviens ?

Sa femme acquiesça en jetant un coup d'oeil furtif à Sydney.

- Ton beau-père est vraiment traître.

- Et très sage, ajouta Dumbledore, plus sérieux.

- Ce n'était pas ce que tu disais avant notre mariage, mon cher, lui rappela Minerva.

- Non, mais c'est ce que j'ai pensé pendant notre nuit de noces.

Dixon observa un instant le couple qui s'embrassait.

- Je suppose qu'ils connaissent le coup de la douche froide, dit-il.

oooooooooooooooooooo

- Harry, non, mon chéri, je ne supporte plus tout ça, marmonna Draco quelques jours plus tard en détachant à contrecoeur ses bras de son cou, avant de se redresser sur le canapé du salon.

Après avoir passé deux jours au motel du Bon Repos, Draco s'était rendu compte que les parents de Harry étaient vraiment vexés qu'il eût refusé leur hospitalité. Il avait donc quitté le motel avec joie et accepté leur invitation. C'était beaucoup plus confortable, on n'y faisait bonne chair, mais il dormait dans l'ancienne chambre de Harry, entouré de ses souvenirs d'enfance. Toute la journée, tandis que le brun enseignait à l'école, il travaillait chez lui, revoyait des scénarios, s'entretenait avec son équipe californienne et discutait d'éventuels contrats par téléphone avec les producteurs. Là il parvenait à penser à autre chose qu'à sa frustration croissante. Mais quand Harry rentrait à la maison, il lui suffisait de le voir pour que le désir mène aux caresses, les caresses à la frustration, et tout recommençait.

Ce qui lui restait de maîtrise de soi était si fragile qu'au lieu de rester chez Harry le soir il préférait sortir dîner avec des amis. Deux jours auparavant, il s'était retrouvé à flirter avec le brun au dernier rang d'un cinéma, où tous deux savaient qu'ils ne pourraient pas aller trop loin et, la veille, Draco leur avait proposé le bowling, où ils ne pouvaient aller nulle part.

En jurant dans sa barbe, Draco repoussa Harry loin de lui et se leva.

- Je n'aurais jamais dû accepter ce ridicule voeu d'abstinence avant le mariage. C'est archaïque, insensé et puéril ! Il a fait ça pour se venger de ton enlèvement. C'est un homme sadique ! La seule fois où je n'étais pas mécontent d'avoir fait ce serment, c'était dimanche, à l'église.

Harry réprima un sourire impuissant.

- Si cela peut te rassurer, je suis dans le même état que toi. Mais à ton avis, pourquoi à l'église ? demanda le brun avec un semblant de gravité.

- Je sais très bien pourquoi ! Parce que l'heure que j'ai passée dans cette église a été le seul moment de la semaine je n'ai pas bandé.

Ce n'était pas la première fois que Draco lui parlait du marché qu'il avait conclu avec son père, mais c'était un sujet tellement sensible que Harry redoutait presque de lui dire qu'il n'en était pas la seule victime. Draco était orgueilleux et surtout très secret. Et Harry ne savait pas très bien comment il réagirait en apprenant que tous les hommes de la ville qu'avait mariés son père étaient au courant. Quand le blond se mit à faire les cent pas, Harry leva les yeux vers lui.

- J'ai trente-cinq ans, expliqua Draco d'un ton amer. Je suis un homme avec un QI au-dessus de la moyenne et je dois me comporter comme un ado libidineux en manque ! J'ai pris tellement de douche froide que ta mère doit penser que je suis un maniaque de la propreté. Et je suis en train de devenir irritable.

Harry dégagea les mèches de son front, se leva et le regarda avec un amusement exaspéré.

- Je n'avais pas remarqué.

Bizarrement, même s'il lui même était dans le même état que Draco, il le prenait avec beaucoup plus de philosophie.

- Que pourrions-nous faire ce soir ? demanda le blond en soupirant, tandis qu'il empilait les scénarios qu'il avait lus.

- As-tu songé aux propriétés sédatives du rangement de placards ? le taquina Harry. Ça a toujours marché pour moi. Nous pourrions le faire ensemble.

Draco allait répliquer vertement quand le téléphone sonna. Il bondit et passa sa mauvaise humeur sur son interlocutrice.

- Mais qu'est-ce que vous voulez, bon sang ?

- Bonsoir, Draco, dit ironiquement Emma Watson, son attaché de presse californienne. Quelle joie de vous entendre ! C'est à Harry je veux parler. Il faut qu'il me dise s'il veut que j'envoie les invitations de mariage demain matin par limousine ou par coursier. J'ai déjà appelé les cinquante heureux élus qui recevront cette invitation très convoitée, pour qu'ils aient le temps de prendre leurs dispositions pour se trouver au Texas, samedi matin, dès potron-minet. Personne ne l'a déclinée. Betty et moi, ajouta-t-elle en faisant référence à sa secrétaire, nous avons prévu des limousines pour aller les chercher à l'aéroport de Dallas et les emmener à Keaton. Et j'ai réservé des suites pour samedi soir dans les hôtels de Dallas qui ont eu votre approbation.

L'agacement de Draco s'estompa quelque peu. Il attendit que Harry soit dans la salle à manger et demanda à voix basse :

- Harry a-t-il une idée de qui sera là ?

- Non. Suivant vos instructions, je lui ai dit qu'y assisterait une cinquantaine de vos associés les plus ennuyeux. Cinquante et un, si je me compte.

- Et la presse ? fit Draco. Comment allez-vous vous débrouiller pour qu'elle ne nous casse pas les pieds ? Ils savent que je suis ici et que je me marie samedi. On ne parle que de ça dans les bulletins d'information. Je n'ai vu que quelques journalistes traîner dans le coin. Ils gardent leurs distances. Je m'étais imaginé qu'ils grouilleraient autour de nous comme des sauterelles.

Emma hésita, et son silence était lourd de sens.

- Harry ne vous a pas dit ce qu'il avait décidé pour la presse ?

- Non.

- Vous feriez mieux de le lui demander. Si vous n'êtes pas d'accord, je vais avoir un mal de chien à revenir sur notre marché.

- Quel marché ?

- Demandez le lui. Pouvez-vous me le passer ?

Draco tendit l'appareil et jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule.

- Harry, Emma veut te parler !

- J'arrive, dit-il.

Il apparaît avec le bloc qui ne le quittait plus et sur lequel ils notaient tous les détails dont il semblait se préoccuper pour cette occasion. Draco le regarda coincer le téléphone entre son épaule et son menton.

- Bonjour, Emma. Qu'est-ce qui se passe ?

Puis il écouta Emma.

- Je vais demander à Draco, dit-il. Emma veut savoir si on envoie les invitations pour la Californie par limousine ou par coursier. (Il consulta son bloc-notes.) Ça coûte quatre fois plus chères de prendre des limousines.

- Des limousines, décréta Draco.

- Des limousines, répéta Harry dans le combiné.

Quand il eut raccroché, Draco l'observa et son impatience se mua en admiration. Malgré la terrible pression que faisait peser sur ses épaules les préparatifs de leur mariage, Harry ne perdait jamais son calme. Pansy avait passé plusieurs mois et dépensés 250 000 $ pour monter un véritable cirque médiatique qui avait requis les efforts de deux attachés de presse et d'une armée de domestiques, de conseillers et d'assistants divers, et l'actrice était habituée aux pressions d'une vie publique. Or quand le jour du mariage était arrivé, Pansy se comportait comme un virago hystérique depuis des semaines et avalait des tranquillisants comme des bonbons.

Harry n'y avait passé qu'une semaine et s'était contenté de l'aide de Sydney et de l'équipe californienne de Draco, compétente mais lointaine. En même temps, il avait poursuivi son travail et s'était arrangé pour sous-louer sa maison. Il ne s'était jamais mis en colère et n'avait pas non plus offensé Draco. Comme toute la ville de Keaton s'était donnée le plus grand mal pour qu'ils soient à l'aise et que Harry était l'un des leurs, on avait décidé de s'en tenir à la famille et aux amis intimes pour la cérémonie de l'après-midi, mais d'inviter le vaste cercle des relations des Potter à la réception du soir, qui devait se dérouler dans le parc. C'était Draco qui avait insisté pour inviter six cent cinquante personnes au lieu de se contenter d'une fête intime. Depuis que le blond était là, il avait apprécié la compagnie de gens simple et honnête, plus qu'au cours de toute son existence. En dépit de ses lamentations, il avait aimé partager avec Harry les plaisirs les plus banals, danser dans des restaurants ou des amis se joignaient à eux sans les importuner, aller au cinéma et manger du pop-corn, flirté au dernier rang, puis rentrer à la maison en lui tenant la main dans la douceur du soir. La veille, Draco avait joué aux cartes chez les Bristow avec Julian et ses amis tandis que Harry, Sydney et les autres femmes leur rapportaient de quoi se sustenter en les encourageant de la voix puis, à son grand étonnement, il avait vu Harry affronter le vainqueur... et le battre.

Harry avait réussi à faire tout cela et veillé de surcroît à tous les détails de la réception avec une dizaine de femmes, engagé les musiciens, choisi les morceaux, commandé les bouquets chez un fleuriste du coin et fait venir de Dallas les tentes qui abriteraient les traiteurs. Draco, que Harry tenait régulièrement informer des dispositions qu'il prenait, nourrissait l'espoir que son second mariage gagnerait en chaleur et en ambiance ce qu'il perdrait en décorum et en beauté. Sinon, on risquait fort d'assister à un désastre ridicule. Dans ce cas, il espérait ardemment qu'il pleuvrait.

La seule chose qui avait momentanément brisé l'élan de Harry, c'était sa tenue et les robes de Sydney, d'Hernione et de Pearl, qui seraient ses trois témoins. Pearl s'était proposée de trouver une solution au problème quand Harry l'avait appelée pour l'inviter à participer à la cérémonie. Du jour au lendemain, elle lui avait fait envoyer des photos des divers modèles des boutiques spécialisées de Knightley et compagnie, pour que Harry puisse les parcourir. Celui-ci avait arrêté son choix sur trois tenues, que le pilote des Snape alla chercher à Chicago et rapporta Keaton. Pansy avait tergiversé pendant trois semaines avant de choisir sa robe de mariée. Il avait fallu deux heures à Harry, à Sydney et à Hernione, pour décider d'une tenue pour Harry en plus de celle des demoiselles d'honneur. Les trois jeunes gens avaient ensuite rendu visite aux soeurs Maxime pour les retouches. Quant à Pearl, qui était de retour à Chicago avec Severus, elle mettait la dernière main à la sienne.

Durant cette période, le seul désaccord entre Draco et Harry eut lieu le soir de leurs fiançailles, Draco ayant insisté pour payer le mariage. Il avait fini par s'entendre avec le père d'Harry qui, grâce au ciel, n'avait pas la moindre idée du coût d'un costume et de robes de demoiselles d'honneur chez Knightley et compagnie, ni de l'essence de l'avion que Draco allait rembourser à Severus ni de quoi que ce fût. Draco avait donc renâclé avant d'accepter gracieusement que le révérend Potter contribue pour 2000 $ à la réception, puis il lui avait proposé avec la même amabilité de laisser à son comptable en Californie le soin de se charger de l'ennuyeuse tâche consistant à payer les factures et à rendre au révérend Potter toutes sommes perçues en sus.

En regardant Harry prendre des notes, Draco pensa à tous les tracas auxquels le brun faisait face avec tant d'élégance. En comparaison, lui-même avait vécu ces moments dans la paix et la plénitude. N'étant plus dérangé en permanence comme c'était le cas en Californie, il avait pu lire des scénarios, et penser à son premier projet de fil. Les directeurs des studios, les producteurs et les banquiers qu'il lui faudrait aller trouver attendraient son retour. Sa spectaculaire évasion, sa capture, sa libération et son mariage avec le jeune instituteur qu'il avait pris en otages avait nourri « sa légende ». Il n'avait pas besoin de lire Variety pour savoir qu'il était la valeur la plus sûre de l'industrie cinématographique. Son travail mis à part, la seule question qu'il avait dû régler personnellement la dernière semaine était celle de l'image d'Harry auprès du public. Quand on avait diffusé les bandes de son arrestation à Mexico, le monde entier l'avait tenu pour un héros qui avait piégé un tueur en série fou. Quelques semaines plus tard, quand l'innocence de Draco avait été prouvée et qu'il avait été relâché, ces mêmes films avaient fait de lui un martyre de la brutalité policière et de Harry un sale traître. Plutôt que de voir sa réputation entachée par ces événements, Draco avait envoyé une copie de la cassette que lui avait remise Weasley a un ami de CNN sans en parler à Harry. 24 heures après la première diffusion, l'opinion publique avait changé d'avis, tout comme Draco l'avait fait lui-même devant la souffrance du jeune homme.

À présent, Draco se sentait coupable et honteux de son irascibilité pour ce qui n'était, après tout, que quelques jours de célibat forcé en présence d'un jeune homme qui désirait plus qu'il ne l'aurait cru possible. Il lui prit le bloc des mains et lui embrassa le front.

- Tu es formidable, mon amour, lui dit-il doucement. Malheureusement, tu épouses un pauvre type qui a mauvais caractère et un obsédé sexuel qui te désire désespérément.

Harry l'embrassa avec une ardeur telle que Draco gémit et le repoussa à nouveau.

- Il ne te reste plus, lui dit le brun, qu'à rompre ton serrement ou à annoncer à mon père que le marché ne tient plus.

- Je ne romprai pas mon serment.

Harry hocha la tête en riant et reprit son bloc comme si il avait déjà oublié le baiser brûlant que Draco venait de lui donner.

- Je sais. Ça me décevrait.

- Ce serait plus facile, fit Draco, agacé par cette même patience qu'il admirait quelques instants auparavant, si je pouvais penser que cette abstinence te rendait aussi fou que moi.

- Nous sommes censés allés au match de base-ball ce soir, lui rappela Harry d'un ton irrité. C'est une rencontre très spéciale, puisqu'elle oppose l'équipe que j'ai entraîné toute l'année et ses rivaux de Perseville. Tu avais accepté de faire l'arbitre et tout le monde était enthousiaste. Ne discutons pas ! Et si tu n'es pas d'accord, fait un effort pour le match.

Ce que fit Draco.

Trois heures plus tard, sous les yeux de deux équipes éblouies et des parents installés dans les tribunes, Draco Malfoy récolta la désagréable moisson de la semaine d'impatience et d'injustice qu'il avait infligée à son fiancé.

Accroupi entre la ligne d'arrivée à la fin du septième tour de batte, les deux équipes étant prête à marquer et le score encore nul, Draco vit l'un des meilleurs coureurs d'Harry s'élancer vers la ligne.

- Hors jeu ! cria-t-il en levant le bras comme l'exigeait le rituel.

Les Texans prenaient le base-ball très au sérieux, il l'avait constaté lors des six premiers tours de batte, et même une vedette de cinéma, célèbre et apprécié de tous, n'était pas à l'abri du tollé d'indignation que soulève toute décision impopulaire, si justifiée soit-elle. Le public de Keaton hua et hurla sa désapprobation.

Aux yeux d'Harry, qui était assis sur le banc de touche, la décision de Draco n'était pas seulement impopulaire, mais aussi injustes et mauvaises que les deux précédentes. Cette fois, il ne se contenta pas de grincer des dents. Il bondit et alla le trouver au pas de charge.

- Tu es dingue ! explosa-t-il devant un Draco abasourdi. Il n'était absolument pas hors-jeu !

- Il l'était ! dit Draco.

Harry planta les mains sur ses hanches sans se préoccuper des cris ni des rires qui fusaient de la foule qui observait leur dispute.

- Tu reportes cette ridicule frustration que tu éprouves sur mon équipe, et ça, je ne le tolérerai pas !

Draco, toujours accroupi, leva les yeux, la colère lui montant au nez devant cette attaque publique, embarrassante... et injuste.

- Il était hors-jeu ! Maintenant va t'asseoir à ta place sur ce banc !

Le blond comprit trop tard que les rires que suscita Harry en obtempérant d'un air furibond ne faisait que mettre ses nerfs à vif.

Son troisième batteur fit deux strikes, pivota, lança et rata sa cible d'un cheveu avant de s'éloigner.

- Trois strikes ! annonça Draco et, comme le point était discutable, même depuis le poste privilégié qu'il occupait, il ne fut pas surpris d'entendre rugir la foule, mais il fut sidéré de voir Harry partir comme une flèche, hurler à son équipe abattue de rester sur le terrain et se ruer vers lui comme un virago, toutes griffes dehors.

- Il te faut des lunettes ! explosa-t-il, tremblant de colère. C'était une balle, pas un strike, et tu le sais !

- Il est hors-jeu !

- Non ! Tu tiens tellement à montrer à tout le monde que tu es impartial que tu pénalises mon équipe !

- Il est hors-jeu et tu le seras bientôt aussi, si tu continues comme ça.

- Tu n'oserais quand même pas m'exclure du terrain !

Draco se releva lentement.

- Tu es en train de me faire une scène, fit-il, cinglant. Va t'asseoir !

- Je ne fais pas de scène ! rétorqua Harry et, à l'étonnement de Draco, il lança de la poussière sur la plaque marquant la ligne d'arrivée et sur ses chaussures pour qu'il soit obligé de l'essuyer. Ça, c'est une scène ! fit-il furieusement.

- Sors du terrain ! hurla Draco en levant le bras, geste ô combien reconnaissable de l'arbitre excluant l'entraîneur et, dans la douceur du soir, ce fut un tonnerre de sifflements, d'acclamations, de grognements et d'applaudissements, tandis que Harry quittait le terrain au pas de charge.

- Jouez la balle ! Cria Draco en faisant signe à l'autre équipe avant de s'accroupir de nouveau derrière la marque de la ligne.

Du coin de l'oeil il surveilla les épaules raidies d'Harry, le doux balancement de ses hanches et sont pas rageur, tandis qu'il regagnait le banc et prenait son gilet. Draco allait regretter sa décision, comprit-il alors. Harry se vengerait.

Le jeune Seamus Finnigan était du même avis.

- Vous êtes dans la merde jusqu'au cou, Draco, lui dit-il de sa voix forte et rocailleuse en passant devant lui à la sortie du terrain.

L'équipe d'Harry avait perdu quatre à trois. Quand les perdants et les parents des perdants se retrouvèrent dans un restaurant du coin pour le pot et le repas traditionnels, Harry les attendait. Il trouva les mots pour consoler et féliciter chacun de ses joueurs, mais il n'eut rien à dire à Draco quand celui-ci lui tendit quelque chose à boire. Les adultes semblaient prêts à oublier que c'était sa décision qui avait coûté le gain du match à leur équipe, et plusieurs lui proposèrent de lui offrir une bière, mais Harry lui tournait délibérément le dos tout en bavardant ostensiblement avec Sydney, Hermione Potter et d'autres amis.

Il ne restait plus à Draco qu'à essayer de l'amadouer en public, ce qu'il se refusait à faire, ou à battre en retraite vers le bar où il aperçut Julian, Ron, Marcus Dixon et le maire qui partageaient une pizza. Draco opta pour la seconde solution. Julienne vit qu'il se dirigeait vers eux, fit volte-face et posa ses coudes sur le comptoir.

- Tu n'aurais pas dû faire ça, déclara-t-il avec un grand sourire.

- Vraiment pas, confirma Ron.

- Mais pas du tout ! appuya Dumbledore, qui jeta une poignée de cacahouètes dans sa bouche ricanant.

- C'était la bonne décision, qui Draco d'un ton catégorique.

- Bonne peut-être, fit Dumbledore, mais pas habile.

- La barbe ! s'exclama Draco. S'il a peur de se brûler, il n'a qu'à ne pas s'approcher du feu.

Pour une raison qu'il ignorait, cette banalité si hurler de rire les quatre hommes.

Draco ne leur prêta guère attention, mais sa colère s'accrut quand il comprit dans quelle situation absurde, indigne, injuste Harry l'avait mis. Il avait 35 ans, valait plus de 100 millions de dollars et, à l'exception de cinq années de prison, il avait passé sa vie dans les meilleurs restaurants, les plus beaux hôtels, à fraterniser avec des gens aussi célèbres, brillant et talentueux que lui-même. Et voilà qu'il est relégué dans un coin de restaurant minable de la métropole de Snake Naval, Texas, a grignoté de la pizza, battu à froid par un jeune homme qui aurait dû être honoré qu'il veuille bien l'épouser ! Il avait bien envie de le forcer à sortir de ce lieu, de lui imposer sa loi et de l'emmener dans un lit.

Draco s'éloigna du bar.

La main du maire se posa lourdement sur son épaule.

- Écoutez le conseil d'un homme qui est déjà passé par là, lui dit-il d'un ton paternel. Ne le faites pas.

- Quoi ? aboya Draco.

Julian se pencha à côté du maire et lui sourit.

- Bois quelque chose de frais, mange un hamburger, rentre à la maison, prend une douche froide et attend patiemment que la semaine passe. Un jour, tu y penseras en riant.

- Je ne sais pas de quoi vous parlez, bon sang !

- Nous parlons de ce qu'on l'on appelle dans cette ville le désolant syndrome Potter, répondit doucement Julian. Avec ses bonnes intentions, mon père a entrepris de redonner du piquant à la nuit de noces à une époque où, selon lui, les couples n'en connaissent plus la magie parce qu'ils ont croqué la pomme prématurément.

Draco serra les mâchoires en croyant à tort que le père d'Harry avait raconté dans toute la ville le marché ridicule qu'il avait imposé à Draco en représailles.

- Qu'est-ce que tu dis ?

Marcus Dixon, qui avait entendu la question, se pencha vers Julian.

- Il est déjà sourd. Vous savez d'où ça vient ? ajouta-t-il lourdement avec un air lubrique.

Julian avala une gorgée.

- Non, on devient aveugle, pas sourd.

- Mais de quoi parlez-vous, nom de Dieu ?

- Nous parlons de toi, mon ami, répliqua Julian. Ce n'est pas Harry qui a peur de « se brûler », c'est toi. Nous sommes aussi passés par là. La moitié des hommes de cette ville ont dû signer le même pacte que toi, et la plupart d'entre nous, ceux qui s'y sont tenus, on finit par s'engueuler comme du poisson pourri avec leur future épouse.

La fureur et la frustration que Draco éprouvait s'évanouirent en un éclair, le laissant ébahi, incrédule et hilare devant l'absurdité de ce qu'il venait d'entendre.

- Dites-le lui, Monsieur le maire, insista Julian.

- C'est l'enfer. J'ai près de 20 ans de plus que vous, mon vieux, et j'avais du mal à croire que j'en avais d'autant plus envie que j'y avais renoncé. Les Flamands souffrent aussi, mais je pense que leur malaise est amoindri par la joie discrète de voir le mal réglé à désirer furieusement. Ce que je dis des femmes, ajouta-t-il avec un grand sourire, ce n'est pas ma propre théorie, mais l'analyse d'un professeur de sociologie que j'ai eu en deuxième année d'études d'ingénieur. Bien sûr, Harry n'est pas une femme. Mais je pense que dans son cas, le schéma est le même. À propos, où êtes-vous allés à l'université ? Vous avez l'air d'un Yankee, mais vous en avez un peu perdu l'accent.

Partagé entre l'agacement et le scepticisme quant à la méthode Potter, Draco hésita, conscient que Dumbledore s'efforçait de désamorcer la situation, puis il regarda le joli profil d'Harry et trouva amusant que sa frustration soit non seulement connue mais comprise de la plupart des hommes de ce restaurant. Alors il capitula.

- À l'université de Californie.

- Quel était votre matière principale ?

- Finances et cinéma.

- Vous en aviez deux ?

Draco acquiesça sans quitter Harry des yeux.

À l'autre bout de la salle, Harry regarda Draco à la dérobée. Le blond vit son regard, le soutint avec un visage de marbre. Draco attendit. Ce qu'il restait de colère chez le brun s'évanouit. Harry l'aimait tant et ils avaient traversé tant d'épreuves. Le brun avait tort ce soir et il le savait. Harry regrettait de n'avoir pas accepté les excuses de Draco plus tôt. Il n'aurait pas eu à ravaler sa fierté sous le regard de tous. En revanche, se dit Harry en s'excusant auprès de ceux qui lui adressaient la parole, il était fou de rester une minute de plus dans cette ridicule impasse. Quand il fut devant Draco, il fit un signe de tête au maire, à ses frères et à Marcus Dixon, puis il planta les mains dans les poches de son short d'un air hésitant.

- Eh bien ? Si doucement Draco en s'efforçant de ne pas trop s'attardait sur ce T-shirt qui le moulait à la perfection.

- Je voudrais manger quelque chose, dit Harry.

Déçu que le brun n'est pas la courtoisie de lui présenter des excuses, Draco leva les yeux et fit un signe de tête à la serveuse, qui se précipita vers eux.

- Qu'est-ce que ce sera pour vous ? demanda Sookie, les yeux rivés sur son bloc et sous le crayon qu'elle avait en main pour dissimuler le malaise qu'avait fait naître leur querelle publique sur le terrain de base-ball.

- Je n'arrive pas à me décider, répondit Harry qui regarda la serveuse, puis son fiancé. Dois-je commander de la soupe à la grimace, Draco ? Ou me contenter de ravaler ma fierté ? demanda-t-il solennellement.

- À ton avis ? fit Draco, les lèvres distordues par le rire qu'il réprimait.

Harry observa la serveuse qui essayait sans succès de garder un visage de marbre.

- Apportez-vous donc une pizza. Avec du fromage et des poivrons en supplément, lança Draco après avoir glissé son bras autour des épaules d'Harry, qu'il serra contre lui.

- Oh, et des lunettes pour l'arbitre, Sookie, ajoute le brun quand la serveuse se fut éloignée.

Un soupir de soulagement muet parcouru la salle, puis les rires et le vacarme reprirent de plus belle.

Ils rentrèrent chez eux dans la douce nuit de printemps, main dans la main.

- J'aime bien cet endroit, dit Draco, tandis qu'ils s'engageaient dans sa rue. Je ne m'étais pas rendu compte à quel point j'avais besoin d'une vie normale. Je n'avais même pas pris le temps de me reposer depuis le jour où je suis sorti de prison.

Quand Harry ouvrit la porte et entra, Draco resta sur le porche en hochant la tête.

- Ne me tente plus, le taquina-t-il en l'attirant contre lui pour un baiser furtif.

Ses lèvres effleurèrent les siennes, puis il relâcha le brun, mais Harry se pendit à son cou et lui donna un baiser plein d'amour et de remords. Draco perdit la bataille. Sa bouche s'entrouvrit avec avidité, ses mains se promenèrent sur ses fesses, le pressant contre son corps et ils s'embrassèrent jusqu'à ce qu'ils soient tous deux en feu.

Quand ses lèvres se détachèrent de celle d'Harry, le brun laissa ses bras autour de son cou et frotta sa joue contre son torse. Son corps était plaqué contre celui de Draco, qui se demandait s'il était bien sage de se laisser tourmenté par un autre baiser. Mais Harry rejeta la tête en arrière et lui lança un sourire tentateur. Tout son corps se tendit en réaction à ce regard provocant et le blond hocha la tête à contrecoeur.

- Non, mon joli sportif. Je suis déjà tellement excité que j'ai du mal à tenir debout. De plus, ajouta-t-il d'un air qui se voulait sévère, je ne t'ai pas encore pardonné de ne n'avoir pas prévenu que ton père infligeait ce misérable marché à tous les hommes qui lui demandaient de célébrer leur mariage.

Au clair de lune il vit son sourire gêné.

- Je craignais que ça ne te mette encore plus mal à l'aise de savoir que tout le monde connaissait les affres par lesquels tu passais.

- Harry, dit-il en plaquant ses hanches contre son sexe dur, je ne pourrais pas être plus mal à l'aise qu'en ce moment.

- Moi non plus ! dit Harry avec une telle conviction que Draco éclata de rire et l'embrassa encore avant de s'éloigner doucement.

- Tu me rends très heureux, ajouta-t-il avec tendresse. Je me suis plus amusé avec toi que dans ma vie entière.

ooooooooooooooooooooo

Deux jours avant son mariage, Draco, qui était assis au bureau de M. Potter, leva les yeux du scénario qu'il était en train de lire et sourit d'un air absent à Lily Potter.

- Draco, mon cher, lui dit-elle, un peu chagrinée en posant une assiette de cookies frais à côté de lui, puis-je vous demander un service ?

- Tout à fait, répondit Draco en tendant la main vers l'assiette.

- N'allez pas perdre l'appétit à force de grignoter, lui conseilla-t-elle.

- Non, promit-il avec un sourire enfantin.

Depuis près de deux semaines qu'il habitait chez eux, Draco s'était pris d'une sincère affection pour ses futurs beaux-parents. Ils étaient les parents qu'il n'avait jamais eus et leur maison était pleine de ces rires et de cet amour qui lui avaient manqué. James Potter était intelligent et bon. Il veillait tard le soir pour mieux connaître Draco, le battre aux échecs et lui raconter de merveilleuses histoires sur l'enfance d'Harry et de Julian. Il traitait Draco comme un fils adoptif, lui donnait des conseils d'économie et l'exhortait d'un ton sévère de ne pas faire de films violents. Lily Potter le maternait, le grondait quand il travaillait trop tard et l'envoyait faire des courses en ville, comme s'il était son propre fils. Pour Draco qui n'était jamais aller chez un boucher ni dans une blanchisserie depuis qu'il était adulte, c'était à la fois touchant et déconcertant de se voir tendre une liste. Il lui était aussi étrangement agréable de se retrouver face à des commerçants qui lui souriaient en lui demandant des nouvelles de sa belle-famille.

- Est-ce que Lily tient le coup avec tous ces préparatifs de mariage ? s'enquit le boucher en lui tendant un poulet enveloppé dans un papier blanc. J'espère qu'elle surveille sa tension.

Le propriétaire de la blanchisserie remis à Draco une brassée de linge de table qu'il venait de nettoyer.

- C'est gratuit, lui dit-il. Nous participons tous un peu à ce mariage et nous le faisons avec plaisir. Vous entrez dans une famille très bien, M. Malfoy.

- La meilleure, répondit-il, et il le pensait.

À présent, Lily Potter le regardait et tentait de dissimuler son inquiétude en lissant son tablier.

- De quel service s'agit-il ? S'il faut encore peler des oignons comme hier, la taquina-t-il, cela vous coûtera une fournée de cookies.

Elle s'assit sur le bord d'un fauteuil.

- Ce n'est pas du tout ça. J'ai besoin d'un conseil... ou plutôt d'être rassurée.

- À quel sujet ? Lui demanda Draco, prêt à la rassurer dans tous les domaines.

- À propos d'une chose que Harry a faite est que je l'ai incitée à faire. Il faut que je vous pose une question... en tant qu'homme.

Draco se cala dans son fauteuil et l'écouta attentivement.

- Allez-y !

- Supposons qu'un homme, mon mari par exemple, fit-elle d'un air coupable, et Draco se dit aussitôt que l'homme en question était bien James Potter, supposons qu'il ait un parent âgé avec lequel il soit brouillé depuis longtemps et que je sois absolument certaine que ce parent âgé souhaiterait vivement se réconcilier avec lui avant qu'il soit trop tard. Si le mariage d'Harry était peut-être la dernière occasion pour ce faire, serait-il bien ou mal d'inviter ce parent sans le lui dire ?

Draco chassa de son esprit la pensée amusante mais peu charitable qu'il avait là l'occasion de rendre à son beau-père la monnaie de sa pièce. Cependant, il ne pensait pas que c'était une bonne idée et il allait le lui dire quand elle ajouta d'un air penaud :

- Le problème, c'est que nous l'avons déjà fait.

- Je vois, fit Draco avec un petit sourire. Dans ce cas, il ne nous reste plus qu'à espérer que tout se passera bien.

Elle hocha la tête, se leva et rajusta son tablier.

- C'est bien ce que je pensais. La rancune est une mauvaise chose, déclara-t-elle avec conviction, et c'est le plus important. La Bible nous demande de pardonner à ceux qui nous ont offensé. Le seigneur a été très, très clair sur ce point.

- Oui, madame, c'est ce qu'on m'a dit, répondit-il avec une gravité de bon ton.

- Appelez-moi maman, le corrigea-t-elle, puis elle s'avança vers lui et lui mit un bras maternel autour de l'épaule, ce qui lui donna le sentiment d'être très jeune et très aimé. Vous êtes un homme bien, Draco. Un homme très bien. James et moi, nous sommes fiers de vous voir entrer dans la famille.

Il ne releva le nez qu'une heure plus tard, quand Harry rentra de l'école et jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il en lui embrassant la joue, les deux mains posées sur les épaules de Draco.

- Le scénario d'un film que j'aimerais bien tourner. Ça s'appelle Dernier interlude, mais il pose de gros problèmes qui nécessiteront beaucoup de travail.

Harry l'écouta attentivement tandis que Draco lui racontait l'histoire sans en oublier les difficultés.

- J'ai un service très important à te demander, fit Harry d'une voix hésitante, quand le sujet fut épuisé. Demain, ce n'est pas seulement mon dernier jour de classe, c'est aussi ma dernière soirée avec les femmes auxquelles j'apprends à lire. Elles seraient très touchées si tu faisais l'effort de les rencontrer. J'aimerais surtout que tu fasses la connaissance de Nymphadora Tonks. Elle est tellement intelligente et tellement abattue ! Comme au bout de quelques mois elle ne lit pas encore comme un professeur d'université, elle se croit bonne à rien. Elle est très cultivée... grâce à des livre-cassette, précisa Harry devant son air ahuri, et elle dit merveilleusement les choses, très simplement, et pourtant elle nous les fait ressentir. Un jour, elle voudrait écrire.

- Comme tout le monde, non ? le taquina Draco.

Harry lui jeta un regard étrange, coupable.

- Probablement, acquiesça-t-il. Mais ne la sous-estime pas. Avec un petit encouragement de quelqu'un qu'elle admire tout particulièrement...

- Comme moi ?

- Comment as-tu deviné ? fit Harry en lui embrassant le front.

- À quelle heure veux-tu que je vienne ?

- Vers sept heures. Cela nous laissera bien assez de temps avant la répétition.

- Marché conclu ! À propos, j'ai croisé l'une des jumelles en ville et elle m'a fait entrer dans sa boutique pour voir leurs travaux de couture. Je ne suis pas un expert, mais ça a l'air très beau.

- Vous êtes tous pareils, vous les citadins, le taquina Harry. Vous êtes persuadés que le talent ne fleurit que dans les grandes villes. Notre fleuriste a été sélectionné par l'association des fleuristes pour diriger l'équipe qui décore la Maison-Blanche pour le bal inaugural ! Attends un peu de voir ce que sera notre réception de mariage. Toutes les femmes qui y travaillent seront aussi nos invitées. Elles ont donc deux fois plus à coeur que ce soit absolument parfait.

- Tant que tu seras là et que nous nous marierons, ce sera parfait, déclara Draco, qui ne se risqua pas à hasarder une opinion sur la compétence de ces dames.

Tout à coup Harry s'assombrit et paru anxieux.

- Je serai là. Pour l'instant, le principal, c'est que tu m'aimes assez pour me pardonner si je devais faire quelque chose qui te semble stupide ou même mal.

- Il ne s'agit pas d'un autre homme, n'est-ce pas ?

- Bien sûr que non !

- Dans ce cas, fit Draco, magnanime, tu trouveras en moi le plus clément des hommes. Mais en ce qui concerne les rapports avec les autres hommes, je crois que je suis d'une jalousie est une possibilité impressionnante, ajouta-t-il en pensant à Weasley. Alors qu'as-tu fait de stupide ou de mal ?

- Oh, je n'ai pas dit que je l'avais fait, esquiva Harry. Simple façon de parler. Il faut que j'aide maman à préparer le dîner, dit-il, battant soudain en retraite.

- Tu es certain qu'il n'y a rien qui cloche ?

- Pas encore, répondit-il pour clore le débat avant de disparaître.

En dépit de l'assurance dont le brun avait fait preuve, Draco eu l'impression pendant tout le dîner qu'il y avait quelque chose qui tracassait Harry et ses parents. Dès que la table fut débarrassée, le révérend et Mme Potter annoncèrent leur intention de rendre visite à des amis et s'éclipsèrent avec une hâte qui ne fit qu'ajouter à ce sentiment de malaise, puis Harry déclina son offre de lui donner un coup de main dans la cuisine, ce qui était tout aussi inhabituel. Draco retourna donc dans le bureau pour méditer sur cet étrange comportement. Il étudiait des documents juridiques que son avocat lui avait envoyés quand Harry réapparut, une demi-heure plus tard.

- Draco, dit-il avec un sourire un peu trop radieux, il y a quelqu'un qui veut te voir.

Draco se leva, pénétra dans le salon et s'arrêta net, les yeux rivés sur la vieille dame qui se tenait au centre de la pièce, une canne à la main. Elle avait exactement la même voie que dans ses souvenirs, puissante, froide et arrogante.

- Cela fait bien longtemps, Draco, dit-elle en inclinant majestueusement la tête.

- Pas assez longtemps, rétorqua-t-il d'un ton cinglant. Pourquoi as-tu fait ça ? demanda-t-il en tournant son regard glacial vers Harry.

- J'ai fait ça, fit le brun calmement, pour que tu écoutes ce que ta grand-mère a à te dire.

Draco tourna les talons et se dirigea vers la porte, mais Harry posa la main sur sa manche.

- Je t'en prie, mon amour. Fait cela pour moi. Comme cadeau de mariage. Je vais préparer du thé.

Draco jeta alors un regard plein de dédain à la vieille dame.

- Dis-moi ce que tu as à dire et sort de ma vie ! Et que je ne te revois plus !

Au lieu de lui répondre sur le même ton cinglant, elle hocha la tête et déclara d'une voix saccadée :

- Je suis venue te dire comme... je regrette amèrement tout ce que je t'ai fait.

- Très bien, fit Draco d'un air sarcastique. Maintenant sort !

- Je suis aussi venu te demander de me pardonner.

- Ne soit pas ridicule.

- Et que je... je..., bredouilla-t-elle d'une voix éteinte.

Elle chercha désespérément l'aide d'Harry, mais celui-ci était déjà dans la cuisine.

- Draco, je t'en prie, murmura-t-elle en lui tendant une main suppliante.

Draco baissa les yeux vers la main aristocratique qui se tendait vers lui.

Elle était vieillie, trop maigre, avec une alliance pour seul ornement. Comme il refusa de la prendre, elle la laissa tomber et dit en relevant fièrement le menton :

- Je ne t'implorerai pas.

Puis elle se tourna vers la fenêtre, redressa les épaules et contempla la rue tranquille.

- Cependant, il y a certaines choses que je veux t'expliquer et je le ferai.

Elle se tue un instant et, quand elle s'adressa de nouveaux à lui, elle avait dans la voie une incertitude que Draco ne lui connaissait pas.

- Peu avant la mort de William, je suis montée mettre un vase de fleurs sur la table qui se trouvait près du palier. Je vous ai entendu vous quereller dans sa chambre. Vous vous disputiez pour savoir qui emmènerait Paula Montgomerie au bal du Country-club... Quelques minutes plus tard, il y a eu un coup de feu et William était mort, ajouta-t-elle après avoir inspiré par à-coups.

« Je savais que tu mentais quand tu as raconté à la police que le coup était parti par accident, fit-elle amèrement en jetant un coup d'oeil par-dessus son épaule, je le voyais dans tes yeux. Seulement je... je croyais que tu l'avais tué. »

Draco décela sur ses traits une peine profonde et se durcit pour ne pas réagir, mais il était étonné qu'elle les ait entendu se quereller et comprit tardivement à quel point cela avait dû lui sembler accablant.

- S'il te plaît, fit-elle d'une voix rauque, dit quelque chose !

Comme Draco demeurait muet, Harry, qui était resté à l'écart, intercéda pour la vieille dame.

- Mme Black, pourquoi n'avez-vous pas parlé à la police de cette querelle avec William ?

Reine Black baissa les yeux vers ses mains croisées sur sa canne, comme si elle avait honte de sa propre faiblesse.

- Je n'ai pas pu, dit-elle. Je ne pouvais pas plus supporter la vue de Draco que l'idée qu'il aille en prison. Donc, conclut-elle en levant les yeux vers le visage impassible de son petit fils, je t'ai renvoyé pour ne plus te voir. Loin de ta maison, de ton frère et de ta soeur. Je savais que tu survivrais très bien, ajouta-t-elle d'une voix sourde d'émotion. Tu vois... Je savais que tu étais le plus fort de mes petits-enfants, Draco.

Elle inspira difficilement avant de poursuivre.

- Et le plus intelligent. Et le plus orgueilleux. Ton grand-père vous a fait jurer à toi et à Dobby de ne jamais me révéler que William s'était suicidé ni pourquoi il l'avait fait, dit-elle comme Draco ne réagissait toujours pas. Dobby a rompu sa promesse le jour où tu es sorti de prison. Il considérait que tu avais été victime de trop d'injustice et il ne pouvait plus supporter ce fardeau. Maintenant c'est moi qui porte le poids de tous les torts que je t'ai faits. C'était moi qui t'avait privé de ton frère et de ta soeur, moi qui t'avais jeté hors de ta maison, moi qui avais fait croire à Harry que tu étais capable de meurtre. Moi qui lui avais fait peur pour qu'il te livre aux autorités.

Quand elle est terminée, elle attendit qu'il dise quelque chose y, comme il restait silencieux, elle se tourna vers Harry en désespoir de cause.

- Je vous avais dit qu'il ne pardonnerait pas. Il me ressemble trop pour se contenter d'une excuse face à l'impardonnable.

Elle fit volte-face et se dirigea vers la porte, puis s'arrêta et regarda Draco :

- Comme je dois te sembler pitoyable ! Et aveugle ! J'ai gâché ma vie à me durcir pour ne pas me laisser aller à aimer ton grand-père, puis toi. Et Harry me dit que vous m'avez tous deux aimé plus que je ne l'ai jamais imaginé. Je vais passer le reste de mes jours à regretter les années perdues, ma bêtise, ma cruauté et mon aveuglement. Un châtiment qui me convient à merveille, tu ne crois pas, Draco ?

- Non ! Explosa Harry qui, voyant sa mâchoire se contracter, puis se relâcher, sentit que Draco était en proie à un combat intérieur. Ce n'est pas du tout un châtiment qui convient, et il ne le pense pas non plus ! Draco, dit-il doucement, ne fais pas ça. Tu peux mettre fin à ce malentendu. Tu aimais ta grand-mère, je le sais. Je l'ai bien vu à la manière dont tu en parlais dans le Colorado. Elle t'a entendu te disputer avec William juste avant sa mort, est-ce que tu le savais ?

- Non, fit-il d'un air pincé.

- Tu m'as pardonné bien pire, l'implora Harry en lui serrant le bras.

Mme Black sortit de son sac une petite boîte en velours.

- J'ai apporté ça pour toi, dit-elle en la lui tendant.

Comme Draco refusait de la prendre, elle la tendit à Harry.

- C'était la montre de ton grand-père.

Elle fit un signe de la tête à Harry et lui lança un sourire mélancolique.

- Merci pour tout le mal que vous vous êtes donné aujourd'hui. Vous êtes un jeune homme remarquable, chaleureux et courageux, le compagnon idéal pour mon petit-fils.

Sa voix se brisa sur ce dernier mot et elle saisit la poignée de la porte. Derrière elle, Draco dit d'un ton abrupt :

- Harry a préparé du thé. Il aimerait sans doute que tu restes.

C'était tout ce dont il était capable pour exprimer qu'il acceptait la trêve, mais Harry et la vieille dame le comprirent aussitôt. Mme Black regarda cet homme grand, beau, fier, qui avait survécu et triomphé en dépit des obstacles et le vaillant jeune homme qu'il aimait.

- Ton frère et ta soeur attendent dans la voiture, fit-elle d'une voix rauque. Ils aimeraient te voir, si tu le veux bien.

Harry retint son souffle. Draco hésita, puis il se dirigea vers le porche à pas lents. Il observa la limousine qui était garée là, les mains dans les poches. Il n'irait pas jusqu'à la voiture, comprit Harry, il ne ferait même pas la moitié du chemin, mais il leur faisait un signe.

La portière arrière de la limousine s'ouvrit brusquement et un jeune garçon en costume sombre et en cravate sortit en courant, suivi de sa mère et de son oncle qui remontèrent plus lentement le trottoir. Il grimpa l'escalier du porche quatre à quatre et s'arrêta devant Draco, la tête en arrière pour mieux examiner son visage.

- Est-ce que vous êtes vraiment mon oncle Draco ? demanda-t-il.

Draco baissa les yeux vers l'enfant aux cheveux blonds et sourit malgré lui en reconnaissant les traits de la lignée des Black. Le petit garçon ressemblait tant à celui qu'il était à son âge que c'en était presque inquiétant.

- Oui, répondit-il. Et toi, qui es-tu ?

L'enfant lui fit un grand sourire.

- Je m'appelle Zachary Draco Lucius Black. Vous pouvez m'appeler Zack comme tout le monde. Maman m'a nommé Draco à cause de vous. Grand-mère était très en colère, lui confia-t-il.

Draco se pencha et le prit dans ses bras.

- J'imagine, dit-il d'un ton pince-sans-rire.

Harry observait la scène dans l'embrasure de la porte. Il entendit Draco dire avec calme :

- Bonjour, Millicent, et Harry aperçut le sourire las de sa soeur, qui monta les marches et le prit dans ses bras.

Son frère lui tendit la main d'un air hésitant.

- Je ne t'en voudrais pas si tu refuses de me serrer la main, Draco, fit-il. Si les rôles étaient inversés, je ne le ferai pas.

Draco tendit la main à son frère. Marcus la regarda, la prit dans la sienne, puis le serra dans ses bras en lui tapotant l'épaule.

Zack leva les yeux vers sa mère, sa grand-mère, puis Harry.

- Pourquoi pleurent-ils tous ? Demanda-t-il.

- C'est une question d'allergies, mentit Draco avec un sourire rassurant. Quel âge as-tu ?

Plus tard dans la soirée, ils restèrent assis sur le porche d'Harry à contempler les étoiles scintiller dans le velours noir du ciel et à écouter le coeur des criquets.

- Cet endroit va me manquer, dit Harry en s'appuyant contre le torse de Draco.

- Je sais, répondit-il. À moi aussi.

En quinze jours il avait fait deux voyages d'affaires en Californie et, chaque fois, il attendait de revenir vers Harry et vers Keaton avec une impatience de gamin. Le lendemain, il prendrait l'avion pour Austin où il avait rendez-vous avec le comité directeur de la justice pénale du Texas, qui envisageait de prendre des mesures disciplinaires contre Tom Voldemort. Le surlendemain, il se mariait.

- J'aimerais que tu ne sois pas obligé d'aller à Austin demain.

- Moi aussi, dit Draco en lui embrassant le sommet de la tête et en lui enlaçant la taille.

- Reviens le plus tôt possible.

- Pourquoi ? le taquina-t-il. Tu as l'intention de faire débarquer à l'improviste d'autres parents avec qui j'ai perdu tout contact ?

Harry leva la face vers lui.

- Il y en a d'autres ?

- Non ! s'exclama Draco avec force, mais il vit qu'Harry s'efforçait de sourire et il lui prit le menton. Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Je n'aime pas te voir dans des endroits qui ont quelque rapport que ce soit avec la prison.

Son sourire se voulait rassurant, mais le blond déclara d'un ton implacable :

- Je dois le faire, mais tu n'as aucune raison de t'inquiéter. S'ils essayent de me boucler, ajouta-t-il en plaisantant, je sais que je peux compter sur toi pour me tirer de là à temps pour le mariage.

- Et comment ! dit Harry avec une telle ardeur que Draco éclata de rire.

- Je serais à l'école demain soir à sept heures, lui promit-il.

oooooooooooooooooo

Quand Draco longea à pas lents le couloir désert qui menait à la seule salle de classe éclairée, l'odeur nostalgique de la craie et de la pâte à modeler lui monta aux narines. En se rapprochant, il entendit des rires et s'arrêta à l'entrée de la pièce sans se faire remarquer, puis il contempla les sept femmes qui occupaient les bureaux des premiers rangs.

Harry était adossé à sa table, entouré de tableau noir surmonté de dessins d'enfants et de lettres géantes disséminées dans toute la salle. Il était déjà habillé pour le dîner qui devait suivre la répétition de la cérémonie, les cheveux en pétard comme à son habitude mais désorganiser de manière plutôt sensuelle. Draco était en train de l'admirer dans son costume noir quand il leva les yeux et l'aperçut.

- Tu es juste à l'heure, lui dit-il en se redressant. Nous avons terminé notre cour et nous étions en train d'évoquer des souvenirs et de faire notre petite soirée d'adieu.

Le brun tourna la tête vers le gâteau et les verres en carton qui se trouvait sur le bureau et lui tendit la main.

- Draco est venu ce soir parce qu'il tenait absolument à faire votre connaissance avant que nous partions, expliqua Harry à ses élèves en l'entraînant, leurs doigts entremêlés.

Sept visages l'observèrent alors, exprimant des sentiments allant du franc malaise à l'ébahissement.

- Lavande, commença Harry, je vous présente mon compagnon. Draco, voici Lavande Brown...

Dès la seconde présentation, Draco compris que Harry voulait leur faire sentir que c'était lui qui était honoré. Tandis que le brun faisait un petit laïus sur chacune d'entre elles, Draco vit leur tension se dissiper et des sourires illuminer leur traits.

Impressionné par tant de tact, il se redressa après la dernière poignée de main et se tint auprès d'Harry. Le silence gêné qui suivit fut soudain brisé par une jeune femme d'une vingtaine d'années, qui avait un bébé dans une poussette près de sa table et que Harry avait présentée comme Pavartie Papil.

- Est-ce que vous... voulez un peu de gâteau ?

- Je ne refuse jamais un gâteau, mentit Draco en souriant pour la mettre à l'aise. Puis il se tourna vers le bureau et se trancha une part.

- C'est moi qui l'ai fait, fit-elle d'une voix hésitante.

Un morceau de gâteau au chocolat à la main, il s'aperçut que les lèvres d'Harry formaient le mot « comment ».

- J'ai...

Pavartie redressa alors ses frêles épaules.

- J'ai lu la recette ! annonça-t-elle avec une fierté telle que Draco ressentit un étrange pincement au coeur. Et c'est Laura qui nous a conduite jusqu'ici, ajouta-t-elle en désignant celle qui se nommait Laura Madley. Elle a lu à voix haute tous les panneaux indicateurs qu'il y avait sur notre chemin.

- Il s'en fiche ! lança Laura Madley en rougissant comme une pivoine. Tout le monde sait lire les panneaux indicateurs.

- Pas tout le monde, s'entendit-il dire car devant l'expression pleine d'espoirs de ces femmes, Draco aurait fait n'importe quoi pour qu'en quittant cette classe elles se sentent fiers d'elles-mêmes. Harry m'a dit que longtemps il n'avait pas su lire.

- Il vous a dit ça ? Si l'une d'elle, ébahi qu'Harry eut fait un tel aveu.

- Je l'ai beaucoup admiré, répondit Draco en hochant la tête, d'avoir eu le courage d'apprendre. Maintenant, ajouta-t-il en se tournant vers Laura Madley, quand vous saurez lire une carte, vous me direz comment on fait. Moi, il suffit que je la déplie pour être perdu.

On entendit rire, et Draco poursuivit :

- Qui a apporté le punch ?

Une main se leva.

- C'est moi.

- Vous avez lu la recette ?

Elle hocha la tête avec tant de fierté que Draco se laissa mystifier jusqu'au moment où elle précisa :

- C'était une boîte. J'ai lu l'étiquette. À l'épicerie. Ça coûte un dollar soixante-neuf cents, et ça aussi, je l'ai lu.

- Je peux en avoir un peu ?

Quand elle acquiesça, Draco éprouva le même pincement au coeur en versant le liquide rouge dans son verre en carton. Il était si absorbé qu'il en renversa sur son poignet de chemise, et Celestina Moldubec bondit.

- Je vais vous montrer où sont les toilettes pour que vous puissiez y mettre de l'eau froide.

- Merci, dit-il, craignant de la heurter s'il refusait. Je suis un peu nerveux de faire la connaissance des élèves d'Harry, plaisante-t-il. J'ai peur qu'il n'annule notre mariage si je ne vous plais pas.

Il emboîte le pas à Celestina Moldubec, et il eut l'impression d'avoir fait quelque chose de merveilleux quand la classe éclata de rire.

Quand il revint, la petite fête touchait à sa fin et chacune redoutait qu'Harry ne soit en retard pour la répétition.

- Nous avons encore le temps, dit-il alors que Draco restait à l'écart pour déguster son punch.

Il remarqua que Celestina Moldubec chuchotait quelques mots à l'oreille de Nymphadora Tonks, qui hocha la tête. Jusque-là, la protégée d'Harry, une jeune femme aux cheveux bizarrement roses, coupés au carré, n'avait pas dit grand-chose. Draco se demanda ce que Harry pouvait bien lui trouver. Les autres étaient tellement attachantes.

- Harry, intervint Celestina, Nymphadora vous a écrit un poème d'adieu, mais elle ne veut pas le lire.

Comprenant aussitôt qu'il était la cause de ce refus, Draco allait l'en implorer, mais la voix d'Harry s'éleva, apaisante et encourageante.

- S'il vous plaît, lisez-le moi, Tonks.

- Ce n'est pas très bon, fit-elle d'un ton désespéré.

- S'il vous plaît.

D'une main tremblante elle saisit la feuille de papier qui se trouvait sur son bureau.

- Ça ne rime pas.

- Un poème ne rime pas forcément. Quelques-uns des plus beaux poèmes de tous les temps ne riment pas, ajouta Harry. Je suis très honoré.

Nymphadora parut s'enhardir et se redressa.

- Je l'ai appelé « Merci Harry », fit-elle en jetant un regard plein d'appréhension à Draco, mais à mesure qu'elle lut, sa voix gagnait en force et en émotions.

J'avais honte

Et maintenant je suis fière.

Le monde était noir

Et maintenant il est beau.

Je marchais tête basse

Et maintenant je vais tête haute.

Je rêvais

Et maintenant j'espère.

Merci Harry.

Draco la fixa du regard. Ces mots simples et expressifs lui tournaient dans la tête si bien que le punch resta coincé dans sa gorge. Il vit Harry sourire et lui demander de garder son poème, qu'il serra contre son coeur comme il l'avait fait de l'alliance à Mexico. On se sépara et, après les politesses d'usage, Draco les regarda sortir en groupe de la salle de classe.

Quand Harry débarrassa son bureau, Draco s'avança d'un pas nonchalant vers le tableau noir du mur latéral, mais il ne se préoccupait nullement des dessins qu'il avait sous les yeux. Il était obsédé par le poème qu'il venait d'entendre et qui exprimait très exactement ce qu'il ressentait lui-même. Il songeait au Colorado, à la manière dont Harry lui avait tendu la main, à cet émerveillement sur son visage, alors qu'il essayait de lui faire comprendre ce que tout cela représentait pour lui : « Oh Draco... Les voir découvrir qu'elles savent lire, c'est comme tenir un miracle dans sa main. »

Un élastique faillit le toucher à l'oreille et vint rebondir sur un panneau d'affichage. Il releva la tête en se disant que quelque chose avait dû tomber. Quand un second lui siffla à la tempe, il se retourna en souriant et s'efforça de chasser l'émotion qui lui serrait le coeur. Adossé à son bureau, un élastique tendu entre les doigts, Harry lui souriait.

- Joli tir, fit Draco pour plaisanter.

- J'ai été à bonne école, répliqua Harry en esquissant un sourire. Qu'est-ce qui vous tracasse, M. Malfoy ? demanda-t-il doucement en baissant le bras et en visant un livre posé sur le bureau.

Il ne manqua pas sa cible.

Quand son cartable fut prêt, Draco s'avança vers lui sans trop savoir comment lui poser la question qui lui brûlait les lèvres.

Harry savait ce qui le rendait songeur, car il inclina la tête, croisa les bras et lui demanda innocemment :

- Mes dames t'ont plu ?

- Je... Nymphadora Tonks est différente. Elles sont toutes... différentes de ce que je pensais, c'est tout ce que je peux dire.

- Il y a quelques mois, aucune n'aurait dit un mot en ta présence.

- Elles ont pas mal d'assurance à présent.

- Tu crois ? fit Harry avec un petit air dubitatif. Si elles avaient su que tu viendrais ce soir, je n'aurais jamais pu les traîner jusqu'ici. La femme du boucher vient à notre réception de mariage, les parents de tous mes élèves viennent à notre réception de mariage, la femme du gardien de l'église vient elle aussi. Mais je n'ai réussi à convaincre aucune de ces femmes que cela me faisait plaisir de les inviter. Or j'ai passé plus de temps avec elles qu'avec quiconque. Voilà leur belle assurance ! Quand je suis revenu du Colorado avec l'argent que j'avais récolté à Amarillo, j'ai commandé des tests pour évaluer leurs capacités.

- Comment peut-on tester quelqu'un qui ne sait pas lire ?

Une par une. Oralement. Avec un matériel adapté, c'est simple. Et on ne parle pas de « tests » parce qu'elles sont tellement insécurisées qu'il suffit de prononcer ce mot pour qu'elles s'effondrent. Et tu sais ce que j'ai découvert ?

Draco hocha la tête, fasciné par tant de zèle et muet devant tant d'attention à autrui.

- J'ai appris que Nymphadora avait déjà atteint le niveau de lecture du CE2 et que deux d'entre elles avaient de légers problèmes d'apprentissage. Voilà pourquoi elles ne savaient pas lire ! Sais-tu ce dont elles ont besoin autant que de cours ?

Comme Draco hochait de nouveau la tête, Harry poursuivit, le coeur gros :

- Elles ont besoin de moi. De quelqu'un qui s'intéresse à elles. Mon Dieu, comme elles s'épanouissent quand il y a une autre personne pour croire en elles, pour leur consacrer un peu de temps. Il n'est pas nécessaire que ce soit un professeur, juste une autre personne. Sydney, qui me remplacera, réussira-t-elle à donner de l'assurance à Celestina, à lui faire croire qu'elle est capable d'apprendre ? L'avenir de son bébé en dépend. Si elle n'y arrive pas, cet enfant grandira à la frange de la misère, tout comme sa mère. Il y a quelques groupes qui démarrent dans ce pays, certains sont fondés par des municipalités, et l'un d'eux se consacre exclusivement aux femmes, « Alphabétisation, passés le mot ». Je n'en ai appris l'existence qu'il y a quelques jours.

À le regarder, à l'écouter ainsi, Draco ne savait plus s'il devait lui signer un chèque ou se mettre à enseigner.

- Je sais que Pansy n'a pas pu renoncer à sa carrière quand vous vous êtes mariés et il... il faut que je te dise que je peux continuer à enseigner en Californie, Draco. À des femmes adultes, pas à des enfants. Je veux m'investir dans ce programme, dit-il d'un air désespéré.

- Et c'est pour cela que tu voulais que je vienne ce soir, fit Draco ironiquement en songeant à quel point la comparaison entre l'ambition égoïste et débridée de Pansy et le désir d'aider les autres d'Harry était absurde.

- J'ai quelque chose à donner, Draco. Il faut que je fasse ce cadeau-là, l'implora Harry, qui s'était totalement mépris sur les causes de son ironie.

Draco le prit dans ses bras et le serra contre lui.

- C'est toi le cadeau du ciel, lui murmura-t-il avec ardeur. Il y a en toi de nombreuses facettes que je découvre chaque jour et je les aime toutes à la folie...

Quand Draco releva la tête et desserra un peu son étreinte, Harry frotta son doigt sur sa cravate en soie et lui lança un regard hésitant.

- Nymphadora est au chômage parce que la famille pour laquelle elle travaille depuis son adolescence déménage. Elle ne sait pas faire grand-chose, le ménage mis à part...

Draco lui prit le menton et céda sans lutter.

- J'ai une très grande maison.

ooooooooooooooo

- Tu es sûr que tout est prêt à l'église ? demanda Draco à Severus Snape en boutonnant les minuscules attaches de la chemise de son habit.

- Tout est prêt sauf toi, répondit Severus en riant.

Comme il avait dû assister au dîner après la répétition et qu'il ne pouvait pas téléphoner de chez les Potter sans courir le risque d'être entendu, il avait donc dû compter sur Severus et sur Pearl qui étaient arrivés la veille et avaient passé la nuit chez Harry, pour relayer les informations de dernière minute et les diverses instructions entre Emma Watson et lui.

- Tous les californiens sont-ils là ?

- Ils sont à l'église.

- As-tu demandé à Pearl d'empêcher Harry de regarder dans l'église avant de descendre l'allée ? poursuivit Draco qui, le nez sur la glace, nouait sa cravate noire. Je ne veux pas qu'il sache qui est là. Je tiens à ce que ce soit une surprise.

- Pearl et Sydney Bristow l'ont bien en main. En ce moment il a sûrement l'impression qu'elles sont collées à lui et il doit se demander pourquoi.

Draco haussa les épaules dans sa veste noire.

- Tu es certain que Barbra est là ?

- Elle est là avec son accompagnateur. Je lui ai dit deux mots hier soir à l'hôtel de Dallas. Pour l'instant, elle est dans le choeur et elle attend que ça commence.

Draco passa la main sur sa mâchoire pour vérifier qu'il était rasé de près.

- Quelle heure est-il ?

- Quatre heures moins dix. Tu as dix minutes pour te rendre à l'église. Julian Potter y est déjà. En chemin, je reverrai le rôle que tu étais censé avoir appris pendant la répétition d'hier soir.

- J'ai déjà eu une répétition générale, fit Draco d'un ton pince-sans-rire. Je suis déjà passé par là, tu te souviens ?

- Il y a quelques différences de taille, lui fit remarquer Severus en souriant.

- Ah bon ? Lesquelles ?

- Tu n'étais pas aussi heureux la dernière fois, mais tu étais plus calme.

Il y avait une autre grande différence entre son précédent mariage et celui-ci et, en dépit de sa désinvolture, Draco le savait. Il le savait même avant d'apparaître devant une foule souriante et de se tenir devant son futur beau-père dans une église éclairée par des cierges et parfumées par de splendides bouquets de roses blanches attachées par des rubans de satin. Cette fois, il y avait en lui un recueillement, une joie sereine, tandis qu'il attendait Harry à l'autel. Il vit Pearl s'avancer vers lui enveloppée de soie vert pomme, suivi de Sydney et de Hermione qui portaient des robes identiques, toutes trois belles, souriantes et paisibles.

La musique de l'orgue s'éleva crescendo, et Draco cru que son coeur allait éclater devant le spectacle qui s'offrait à ses yeux.

Il vit venir à lui, dans un somptueux costume blanc, l'homme qu'il avait enlevé, aimé, avec lequel il avait tant ri. Harris avança dans la lumière des candélabres, le visage rayonnant, et dans ses yeux Draco lu tout l'amour du monde, la promesse d'une vie emplie de cette joie qu'Harry avait à donner. Draco vit tout cela, mais il vit aussi Harry écarquiller les yeux quand la voix de Barbara Streisand s'éleva dans le choeur :

Il y a longtemps et loin d'ici, j'ai fait un jour un rêve
Et maintenant ce rêve est devant moi.
Jadis les cieux étaient couverts,
Mais les nuages s'en sont allés
Et tu es enfin là.

Je suis parcouru de frissons.
La lampe d'Aladin m'appartient.
Mon rêve ne m'a pas trompé.
Il a suffi d'un regard et j'ai compris
Que ce dont je me languissais depuis si longtemps,
c'était toi.

Draco prit la main d'Harry et la tint fermement dans la sienne, puis ils se tournèrent vers l'autel.

Le révérend Potter sourit et leva le livre qu'il tenait dans ses mains.

- Mes chers amis, nous sommes réunis ici, sous le regard de Dieu...

Sur le devant, Severus Snape plongea dans les yeux de sa femme. Julian et Sydney Potter se sourirent.

Au fond de l'église, Rubeus Hagrid tendit la main et prit celle d'Olympe.

Dans le rang qui se trouvait juste derrière eux, le jeune Seamus Finnigan observait le vieux couple qui échangeait un regard. Il donna un coup de coude à la petite fille qui se trouvait à côté de lui.

- Je parie que Rubeus Hagrid n'acceptera jamais le marché du révérend Potter. Il est trop vieux pour attendre...

À quoi la petite fille répondit :

- La ferme, Seamus ! Je ne vois pas de quoi tu parles.

- Mon grand frère m'a dit, poursuivit Seamus sans se démonter, qu'on n'avait pas le droit de s'embrasser avant la nuit de noces.

- Pouah ! Si la petite vie en frissonnant et en s'écartant le plus possible son voisin. S'embrasser !

ooooooooooooooo

La réception qui eut lieu dans le parc fut tout à fait somptueuse avec les guirlandes lumineuses clignotantes dans les arbres et ses tables couvertes de belles nappes croulant sous un assortiment de plats merveilleusement décorés qui n'avaient rien à envier à ceux des traiteurs de Draco.

Tandis que celui-ci se tenait un peu à l'écart en compagnie de Severus Snape, il regarda Patrick Swayze remplacer prestement Harrison Ford qui venait de danser avec Harry. Il sourit intérieurement de l'ébahissement de celui-ci quand, au moment d'accueillir leurs invités, Draco lui avait présenté presque tous les hommes qu'il avait mentionnés parmi ses acteurs préférés. Le premier instant de perplexité passé, Harry avait repris ses esprits et reçu ses hôtes de marque avec une grâce sans affectation qui emplit Draco de fierté.

- Magnifique mariage, Draco, lui dit Robert Redford, qui donnait la main à sa femme et de l'autre une assiette de nourriture. Le buffet est fantastique. À propos, qu'est-ce que c'est que ce truc ?

Draco regarda son assiette.

- Des travers de porc grillé au barbecue, dit-il d'un ton moqueur. À la texane.

Quand ils s'éloignèrent, Draco consulta sa montre, puis il chercha Harry et vit qu'il dansait encore avec Patrick Swayze en riant de ce que celui-ci était en train de lui raconter.

- Il les a tous pris dans ses filets, fit Severus avec un sourire approbateur.

- Surtout Swayze, fit observer Draco qui remarqua qu'Harry dansait bien avec lui et s'efforça de ne pas trop prêtait attention à la manière dont ils évoluaient.

Quelques instants plus tard, Severus lui donna un coup de coude et désigna Pearl d'un signe de tête.

- Regarde ce qu'il faut que j'endure. C'est la troisième danse qu'elle accorde à Costner. Pearl est l'une de ses grandes admiratrices.

- Et réciproquement, semble-t-il. Heureusement, Costner et Swayze sont tous deux mariés et à des femmes superbes, répliqua Draco avec un sourire nonchalant, avant de poser sa flûte de champagne sur une table. Je pense qu'il est assez tard pour réclamer la dernière danse et nous en aller.

- Impatient de commencer ta lune de miel ?

- Tu n'imagines pas à quel point, plaisanta Draco.

Après avoir demandé à l'orchestre de jouer un air, Draco alla retrouver son mari. Harry abandonna Patrick Swayze et se laissa aller dans ses bras.

- Il était temps que tu viennes me chercher lui dit-il doucement.

- Prêt ? demanda Draco alors que l'orchestre jouait les dernières notes.

Harry mourait d'envie de le suivre et d'être à nouveau seul avec lui. Il acquiesça et s'écarta, mais Draco lui dit d'une voix rauque :

- Après cette chanson.

- Quelle chanson ? demanda Harry dans le silence, mais Draco se contenta de lui sourire.

- Celle-ci, répondit-il, tandis que les paroles envoûtantes de la chanson de Féliciano résonnaient dans le soir. Embrasse-moi, Harry, lui ordonna-t-il dans ce mouvement avec lui en cadence.

Harry tomba sous le charme de ses yeux aux paupières lourdes et de son sourire engageant. Oubliant la foule qui les observait, Harry se rapprocha de lui, épousant les mouvements subtils de son corps. Draco glissa les mains autour de sa taille pour le serrer contre lui.

- Encore.

ooooooooooooooo

Pelotonné sur le canapé de la luxueuse cabine de l'avion, Harry scruta les ténèbres. En dessous il apercevait une lumière de temps à autre, mais à part cela, ils semblaient s'enfoncer dans l'obscurité. Draco était assis en face de lui, les pieds posés sur la table basse, la veste de smoking ouverte, l'image même de la patience satisfaite. Il s'était précipité à bord de l'avion de Severus Snape dès qu'ils avaient quitté la réception, mais à présent qu'ils s'envolaient vers une destination dont Draco ne voulait rien lui dire, le blond semblait prêt à attendre d'y arriver pour consommer leur union.

Harry cherchait à comprendre mais il y renonça. Toutefois, tout s'éclaira quand il sortit de l'avion et posa le pied sur une piste où attendait une voiture et qu'il vit autour de lui l'ombre grandissante de la montagne.

- Le Colorado ! souffla-t-il en se frottant les bras dans l'air frais de la nuit. Nous sommes dans le Colorado, mais oui !

Ce fut pour Harry une expérience poignante que de grimper la voie privée qui menait au refuge où ils avaient vécu ensemble une semaine tumultueuse. De pénétrer dans la maison avec Draco et de voir ces belles pièces familières où il avait lutté contre lui, danser avec lui, où il était tombé amoureux de lui.

Tandis que Draco portait les valises et qu'il faisait du feu dans la cheminée, Harry contempla de la fenêtre l'endroit où le blond avait fait son « monstre de neige ».

Draco le rejoignit, glissa un bras autour de sa taille, le serra contre lui, et dans la vitre apparut leur reflet... Draco vit briller des larmes dans ses yeux.

- Pourquoi pleures-tu ? demanda-t-il doucement en se penchant pour lui effleurer le cou.

Harry déglutit et rejeta la tête en arrière.

- Parce que, murmura-t-il avec émotion en songeant à l'amour qui transparaissait dans tout ce qu'il faisait pour lui, tu es si parfait !

Draco resserra son étreinte protectrice.

- Nous sommes parfaits ensemble, murmura-t-il.

- Je te rendrai heureux, déclara Harry d'une voix tremblante, je te le jure.

Son mari le retourna dans ses bras et leva la main pour la passer dans ses cheveux.

- Tu m'as rendu heureux dès la première nuit que nous avons passée ensemble, quand tu t'es assis sur ce canapé et que tu m'as fait observer toute l'absurdité des règles du football où l'on parle d'arrière, de quart arrière, de demi, mais pas de trois-quarts arrière.

Harry esquissa un faible sourire, puis il vit que le feu scintillait sur l'alliance qu'il portait à présent à la main gauche. Il posa la paume de Draco contre sa joue et effleura l'anneau de ses lèvres.

- Je t'aime, Draco, fit-il à voix basse. J'aime le son de ta voix, le contact de ta main, la façon dont tu souris. Je veux te donner une vie heureuse... une maison pleine de rires... et moi.

Nourri par des semaines d'abstinence, le désir commençait à palpiter dans ses veines et Draco le plaqua contre lui et l'embrassa avec une urgence soudaine.

- Viens avec ton mari, mon amour.

Époux. Ce mot tournoyait lentement dans l'esprit d'Harry, d'où est profond, tandis qu'il pénétrait dans la chambre qu'ils avaient partagée. Ce mot lui emplissait le coeur quand Draco le prit dans ses bras avant de le poser sur le lit. Harry l'accueillit avec une ardeur délicieuse qui fit trembler les mains de Draco qui le caressaient en attirant ses hanches contre son corps. Le brun répondit à sa passion, le couvrit de baisers brûlants et quand il pénétra enfin au plus profond de lui, Harry lui enserra les épaules de ses bras et lui murmura :

- Bienvenue à la maison, Draco.

Ces mots tendres lui arrachèrent un gémissement et il bougea en lui. Harry l'accompagnait de ses mouvements, le noyant dans un plaisir indicible jusqu'à ce que la beauté sauvage de leur acte les amène tous deux à une jouissance qui les submergea.

Dans les bras l'un de l'autre, comblés et exténués, ils revinrent lentement à la réalité, dans ce lit où ils n'avaient pas osé penser à l'avenir. Tandis que sa main glissait lentement sur le dos d'Harry, Draco songea aux années qu'il avait devant lui en compagnie de l'homme qui l'avait aimé, qui lui avait fait confiance et qui lui avait appris à pardonner. Bienvenue à la maison, avait-il dit.

Pour la première fois de sa vie, Draco savait enfin ce que c'était que d'avoir une maison et une famille. Harry était sa maison, sa famille.

EPILOGUE

Entouré de somptueux bouquet de roses à longues tiges de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, Harry câlinait son enfant mais pour la première fois depuis l'arrivée de son fils trois jours auparavant, son intention de se porter pas sur le ravissant petit enfant que Draco et lui avaient fini par adopter après de longues et difficiles démarches.

Quelques minutes plus tôt, toute sa famille l'entourait pour fêter l'arrivée du bébé. Mais chacun était rentré chez soi et Harry était soulagé de se retrouver seul. L'Oscar du meilleur premier rôle devait être attribué très bientôt et, bien qu'il fût certain que Draco l'obtiendrait, il n'avait pas envie d'une autre présence quand on annoncerait le nom du vainqueur.

- Regarde, Nicky ! Murmura-t-il en le tournant légèrement dans le poste de télévision, voilà tes futures parrains et marraines, M. et Mme Snape. Et au papa et à côté d'eux, même si la caméra ne nous l'a pas montré cette fois-ci

Nicholas Alexander Malfoy, qui avait cessé de boire son biberon quelques instants plus tôt, manifesta aussitôt son mécontentement d'être privé de sa tétine, si bien que Harry le remis en position et l'aida à trouver ce qu'il cherchait, puis il reporta toute son attention sur la télévision.

Le premier film que Draco avait tourné après leur mariage, Dernier interlude, avait non seulement fait exploser le box-office, mais il avait aussi recueilli diverses nominations aux Oscars. Ce soir, on engrangeait la moisson. Draco avait remporté celui du meilleur réalisateur, Matt Farell celui de la meilleure photographie, et tous ceux qui avaient participé à l'aventure, du responsable des effets spéciaux au compositeur de la musique, avaient été récompensés.

Draco voulait rester et regarder la remise des prix avec lui et, comme Harry n'avait pas trouvé d'autres arguments pour l'en dissuader, il lui avait implacablement fait observer qu'il devait y assister pour ceux qui avaient travaillé avec lui, surtout pour ses partenaires qui étaient eux aussi en course.

En fait, Harry sentait que ce serait son jour de gloire et il était bien décidé à ce que ni le bébé ni lui-même ni même la main de Dieu n'en entravent le déroulement. Ce matin, les premiers exemplaires du livre qu'il avait écrit pour recueillir des fonds pour les programmes d'alphabétisation des femmes étaient enfin arrivés à la maison. Bien qu'arrive à la fois impatiente et inquiète de les montrer à Draco et d'avoir son avis, il avait demandé à Emma de les lui envoyer et lui avait fait jurer le secret.

On annonçait la nomination pour le meilleur scénario, et Harry se mordit anxieusement la lèvre, puis il se mit à rire quand on appela Remus Lupin et que celui-ci monta à grandes enjambées sur la scène pour recevoir la récompense de son travail pour Interlude.

- Nicky, regarde ! murmura-t-il joyeusement. C'est Remus qui a gagné ! Tu devrais lui être extrêmement reconnaissant, le taquina-t-il. Grâce à lui, tu as la seule chaise haute au monde qui ressemble à un fauteuil de réalisateur, avec ton nom au dos.

Remus était l'un de ceux que Harry préférait. D'une part parce que cet homme à l'allure studieuse avait tant travaillé chez eux avec Draco qu'elle avait appris à le connaître, d'autre part parce qu'il entretenait des rapports d'amour et de haine avec Nymphadora Tonks, qui avait tranquillement déclaré à Draco il y a Remus qui cherchait une meilleure fin à leur scénario qu'elle en avait trouvé une. Le visage impassible de Remus masquait un tempérament de feu comme en ont souvent les artistes, et si la pauvre Tonks n'eut pas à subir les foudres de sa colère, ce fut uniquement parce que cela plus instantanément à Draco. Cela lui plut même tant qu'il fit travailler Remus sur l'idée de Tonks, et ce fut cette intensité nouvelle et touchante qu'avait atteinte Interlude qui contribua au succès du film.

Remus fit un discours respectant les usages, puis il leva les yeux vers les caméras et ajouta :

- J'aimerais aussi remercier Mlle Nymphadora Tonks, pour son inestimable contribution à mon travail.

- Remus, cher Remus ! s'écria Harry en serrant Nicky contre lui.

L'insatiable désir d'apprendre de Tonks, combiné à ses efforts infatigables, à l'admiration rétive de Remus et à son exigeante tutelle, avait fait des miracles.

Quelques minutes plus tard, le coeur d'Harry se mit à battre plus fort et son corps se tendit tout entier quand Robert Duval et Meryl Streep s'avancèrent sur la scène et lurent la liste des nominations pour le meilleur premier rôle masculin.

- Croise les doigts, mon amour, dit-il, puis il embrassa le petit poing qu'il enroula autour de son index et qu'il recouvrit de son majeur pour porter chance à Draco.

- Les nominés sont...

Meryl Streep leva les yeux vers la caméra.

-... Kevin Costner pour Au bout de l'arc-en-ciel.

- Kurt Russell pour La mort dans la nuit, enchaîna Duval.

- Draco Malfoy pour Dernier Interlude, fit Meryl Streep.

- Et Jack Nicholson pour Le Pacifique, termina Robert Duval.

Il tendit la main pour prendre l'enveloppe, et Harry ressenti un curieux picotement dans la nuque.

- L'Oscar est attribué à...

L'acteur regarda le papier glissé dans l'enveloppe et eut un grand sourire.

- Draco Malfoy pour Dernier Interlude !

Ce fut alors un tonnerre d'applaudissements et dans le public, certains se levèrent pour lui faire une ovation. La caméra se dirigea vers un homme grand et brunen smokingqui descendit à grands pas l'allée qui menait à la scène, et Duval salua.

- C'est Severus Snape qui recevra la récompense de Draco...

Et Harry comprit soudain la cause de cet étrange picotement dans la nuque...

- Tu es là, n'est-ce pas ? dit-il sans regarder vers la porte.

- Comment as-tu deviné ? le taquina Draco.

Quand Harry tourna la tête, il le vit s'avancer vers lui, la veste de smoking négligemment jeté sur l'épaule et retenue par le pouce, l'Oscar du meilleur réalisateur à la main gauche.

- Tu étais censé resté là-bas pour recevoir tout prix, lui rappela Harry, mais il entoura ses larges épaules de son bras libre, quand il vint s'asseoir à ses côtés. Félicitations, mon chéri !

En prenant soin de ne pas réveiller son fils, Draco embrassa son mari sur la bouche, puis sur la joue.

- En ce moment, je suis où j'ai envie d'être, lui murmura-t-il tendrement en lui caressant la nuque. Dans le seul endroit où j'ai envie d'être.

Harry lui frotta la joue du bout des doigts.

- Nicky et moi, nous sommes très fiers de toi, dit-il doucement, et, tandis que Draco contemplait son visage rayonnant et son fils blotti contre sa poitrine, son petit poing posé sur le pli de satin de son pyjama, ses yeux se mirent à le picoter.

- Il dort, dit-il d'une voix rauque d'émotion. Tu veux que je le remette dans son berceau ?

- Tu peux toujours essayer, répondit Harry en lui tendant avec précaution le bébé endormi.

Après avoir couché l'enfant, Draco se débarrassa de ses chaussures et s'étendit auprès d'Harry sur le lit en le serrant contre lui.

- Merci pour tout ce que tu m'apportes, lui murmura-t-il.

Son regard tomba alors sur le livre retourné qui se trouvait sur la table de chevet. Il le prit.

- Qu'est-ce que tu lis ?

Que ce soit au cours de la rédaction ou de la fabrication de l'ouvrage, Harry n'avait jamais accepté d'en discuter avec lui. Draco était un professionnel exigeant, et le jeune homme ne voulait pas se laisser démonter par ses critiques. Cependant, le moment de vérité était venu, et le brun inspira nerveusement.

- C'est mon livre... Les premiers exemplaires reliés qui viennent de sortir des presses. Emma me l'a envoyé ce matin.

- Pourquoi diable ne me l'as-tu pas dit ? s'enquit-il. C'est très excitant.

- Parce que c'était le jour de la remise des Oscars et que je ne voulais pas que ce livre t'en détourne, ne serait-ce qu'une minute.

Touché par cette inutile sollicitude, Draco prit le livre, le retourna, et Harry le regarda faire avec une anxiété mêlée d'impatience. Comment allait-il réagir à la vue de la couverture ?

- C'est beau, déclara-t-il avec conviction en le tendant à bout de bras pour mieux étudier les roses vives qui se détachaient en relief d'un fond marbré rose.

- Que penses-tu du titre ?

Draco sourit et lu tout haut :

- Tu as appelé ça Kidnapping. Ça me plaît, ajouta-t-il. Comment as-tu trouvé ce titre ?

- C'était ce qu'il y avait de plus facile, murmura Harry en levant les yeux vers lui. C'est notre histoire, mais ce livre parle surtout de toi.

Le sourire de Draco s'évanouit et son coeur fondit de tendresse. Il attira violemment Harry dans ses bras, enfoui son visage dans ses cheveux et le tint serré contre lui. Le brun l'avait soutenu quand le monde entier le vouait au bûcher, il l'avait désiré alors qu'il n'avait rien à lui offrir et il lui avait appris le pardon. Le jeune homme acclamait ses triomphes, le soutenait quand il était dans son droit et s'opposait à lui avec entêtement quand il avait tort. Il réinventait la vie pour lui, l'emplissait d'amour et de rires, et lui donnait un sens, un but. Et ensemble ils avaient eu un enfant. Il se souvint du poème que Nymphadora Tonks avait écrit pour lui :

J'avais honte

Et maintenant je suis fière.

Le monde était noir

Et maintenant il est beau.

Je marchais tête basse

Et maintenant je vais tête haute.

Je rêvais

Et maintenant j'espère.

Merci Harry.

- Ne pleure pas, mon amour, murmura Harry, bouleversé. Tu n'as pas encore lu mon livre, le taquina-t-il en glissant une main derrière ces points ce n'est peut-être pas si mauvais que ça.

Et, dans l'un des moments les plus poignants de son existence, Draco éclata de rire.

FIN


Et oui, vous ne rêvez pas ! C'est vraiment la fin de cette histoire qui a duré plus de deux ans ! Je suis triste que cela soit fini mais je tiens à tous vous remercier de m'avoir suivit fidèlement malgré mon retard de publication parfois et d'avoir laissé tant de rewiews.

Au commencement, je pensais m'estimer fière d'arriver à la centaine de commentaire mais vous avez dépassez mes espérances alors un grand MERCI à vous ! Et à très vite sur une autre histoire ! En attendant donnez moi un dernier avis sur ce chapitre. Bises.

Naughtymily