CHAPITRE 22
" Le chemin de toutes les guérisons "
Bien sûr, le docteur Hadiya Maathaï n'ignorait rien de l'histoire. On en avait tant parler depuis la veille. A la radio, à la télévision et dans les journaux. Même ses patients qu'il avait reçus en consultation lui avaient demander comment une telle chose était possible. Que répondre à cela ? Il ne pouvait pas l'expliquer lui-même. Ce qu'il savait, c'est ce qu'il avait vu. Un jeune homme traumatisé que l'on avait martyrisé à un point inouï. Et dire qu'il avait fallut juste quelques mois pour en arriver là.
Bien sûr, il ne pouvait pas l'oublier. Il ne l'oublierait certainement jamais. Mais une question restait à son esprit. Et l'enfant ? La petite fille qui, elle, avait été retenue prisonnière non durant des mois mais durant des années. Et dans les pires conditions. Une enfant-esclave. Une enfant-courage qui avait dit que cela suffisait et qui osée prendre son destin en main non pour sauver sa vie mais pour pour sauver deux vies.
Cela, bien sûr, personne ne le savait. Cela, c'est Mary qui le lui avait dit parce que la demoiselle de Scotland Yard le lui avait raconter. Elle les avaient accompagnés jusqu'au centre médical qu'il avait ouvert non loin de l'hôpital Saint-Barholomew. Un centre médical fréquenté bien sûr principalement par la communauté africaine mais où chacun était reçu, quelque soit son origine. Le docteur Hadiya Maathaï soignait toute personne en ayant besoin, sans distinction de religion, de race, de couleur de peau. Et ainsi, pendant qu'il allait prendre sa mallette de médecin, la vérifiait, y mettait ce qu'il pensait avoir besoin, les deux filles étaient montées jusqu'à l'appartement et tandis que Mary se changeait, le sergent Donovan lui avait raconter cette histoire incroyable.
- Tu sais, elle ne s'est pas enfuie, lui dit Mary alors que son 4x4 suivait la Mini du sergent Donovan. Elle s'est seulement sauvée parce qu'elle n'avait pas le choix. Ils étaient tous les deux en danger. Lui sans doute plus qu'elle. Il a été tellement battu la nuit précédente et elle a tout entendu. Cela durait parait-il depuis des jours, peut-être même des semaines. Je ne sais pas où leur tortionnaire voulait en venir, peut-être voulait-il en finir définitivement avec lui. Et il y est presque arrivé, tu l'as vu toi-même. Alors, elle s'est sauvée pour trouver du secours. Tu te rends compte, elle n'a pas fait ça pour elle mais pour lui, et elle n'a que dix ans. Mais je me pose des questions. Que va-t-il se passer maintenant ? Et après ? Ne penses-tu pas qu'elle garde des séquelles de ses années de séquestration et de mauvais traitements ?
- Je l'ignore, lui répondit Hadiya après l'avoir attentivement écouter. Je ne pense pas qu'on puisse imager qu'elle n'ait à souffrir du syndrome de Stockholm * puisqu'elle ne s'est apparemment jamais identifiée à son geôlier, qu'elle a tout fait pour lui échapper. Mais je crains qu'en effet elle n'ait besoin d'une aide psychologique. A moins qu'elle n'ait déjà trouver une toute autre forme d'aide. Regarde donc.
Car, en effet, ils venaient de se garer derrière la Mini rouge qui s'était arrêtée dans Baker Street, devant une haute maison portant le numéro 221b. Devant cette maison, se tenaient plusieurs personnes s'apprêtant à monter dans une belle BMW couleur argent : le couple qu'ils avaient rencontré un peu plus tôt à la clinique Albert Schweitzer (les parents du jeune homme), une toute jeune fille qui semblait n'avoir guère plus de dix-huit ou vingt ans ainsi qu'une jeune femme qui venait de s'installer à l'arrière de la voiture. Mais ils eurent tout de même le temps de voir qu'elle tenait un bébé dans ses bras. Une femme âgée se tenait sur le perron de la maison. Et parmi eux, se trouvait une fillette. Une adorable petite métisse qui, se dit le médecin kenyan, ne pouvait être que l'enfant en question tant elle lui parut frêle, fragile. Une enfant tenant la main de l'homme aux cheveux grisonnants dont il avait fait la connaissance un peu plus tôt dans l'après-midi.
- C'est miss Sally, s'écria la petite fille. Miss Sally est revenue.
A peine avait-elle aperçue le sergent Donovan qu'elle se précipita vers elle. La jeune femme s'agenouilla et tendit ses bras dans lesquels la petite fille vint se blottir.
Mais la petite fille avait vue le couple qui venait de descendre du beau 4x4 doré. Elle regarda les deux nouveaux venus en fronçant ses jolis sourcils, méfiante mais curieuse, semblant se poser bien des questions. L'homme au teint sombre et si grand qu'à côté de lui elle dut se sentir minuscule. Et puis, cette belle jeune fille aux cheveux roux vêtue d'une robe comme elle n'en avait encore jamais vue.
La robe, en effet, était très jolie. C'était une longue robe descendant jusqu'aux chevilles, taillée dans une très belle étoffe de soie couleur turquoise imprimée de motifs cachemire à reflets argentés mais sa coupe n'était de celle que l'on rencontre fréquemment dans les rues de Londres.
- C'est une jolie robe, n'est-ce pas ? lui souffla Sally à l'oreille. Cela s'appelle un boubou. C'est ainsi que les femmes s'habillent en Afrique.
L'Afrique ? Cela ne disait rien à la fillette, elle qui ignorait à peu près tout du monde qui l'entourait. Tout ce qu'elle savait, c'est que cette robe était très jolie et que la demoiselle qui la portait était vraiment belle.
La robe était en effet très jolie mais si Mary s'en était revêtue, ce n'était pas pour une question de coquetterie. Bien au contraire. Sitôt qu'elle avait quitter Scotland Yard en compagnie d'Hadiya et du sergent Donovan, sitôt qu'ils étaient arrivés au centre médical, la jeune fille n'avait eut qu'une idée. Enlever ces vêtements qu'elle portait depuis le matin. Elle ne les supportait plus, elle avait l'impression qu'ils lui brulaient la peau. Après ce qui s'était passé à Saint-Christophe, elle avait eut l'impression d'avoir emporter avec elle, sur elle l'institution psychiatrique. C'était une insupportable impression de dégoût, elle se sentait sale. Alors, elle était aussitôt montée jusqu'à l'appartement et après avoir pris une longue douche aussi chaude que sa peau pouvait le supporter, elle s'était revêtue de l'une des robes dans lesquelles elle se sentait vraiment elle-même et qu'elle avait malheureusement dut abandonner six mois plus tôt en arrivant à Londres. Et en revêtant à nouveau l'un de ses boubou, elle ne voulait qu'une chose. Tenter d'effacer les six mois d'enfer qu'elle avait vécue à l'institution psychiatrique Saint-Christophe et l'horreur des dernière heures. En vain. Car les souvenirs s'ils n'étaient plus sur sa peau, l'étaient encore dans son esprit. Mais de voir les yeux brillants de cette petite fille posés sur elle, cette petite fille pour qui avait tant souffert, lui disaient que les souvenirs de souffrance ne sont pas éternels.
Mais la petite fille en question avait à nouveau portée son attention vers l'homme et la grande mallette noire qu'il tenait à la main. Elle les observaient, l'un et l'autre, avec méfiance.
- Et lui, c'est qui ? demanda-t-elle. Et ça, c'est quoi ?
- N'aie pas peur, mon trésor, lui dit doucement Sally. Tu n'as rien à craindre. Voici Hadiya, il est très gentil. Et ça, c'est sa mallette de docteur.
- Ah ? C'est un docteur comme le docteur John ? Il vient pour voir My ? Monsieur Greg l'a dit. Le docteur John ne peut pas venir parce qu'il est avec Sherlock et My a besoin de voir un docteur.
Et regardant le médecin kenyan avec sévérité.
- My est mon ami et je l'aime beaucoup. Alors, il faut le guérir.
- Je vais du moins faire en sorte, dit doucement Hadiya en souriant. Et toi, dis-moi, qui es-tu ?
- C'est Aurore, dit Gregory Lestrade qui s'était approché et avait doucement posé sa grande main solide sur la frêle épaule de la fillette.
Puis, tendant son autre main à Hadiya :
- Merci d'être venu si vite, docteur Maathaï. Et vous aussi, miss Morstan. Vous êtes attendus avec beaucoup d'impatience... et d'inquiétude. Cette petite fille a raison. Mycroft est quelqu'un qui nous est précieux et auquel nous tenons tous beaucoup.
- Qui est-il exactement ? demanda Mary.
- Oh, simplement le frère aîné de sherlock. Veuillez maintenant nous excuser, nous avons un rendez-vous important auquel nous devons tous nous rendre... Tu viens, Aurore ?
Ainsi donc, Sherlock avait un frère.
Et tandis qu'ils regardaient la voiture s'éloigner dans le lointain de Baker Street, la jeune Mary Morstan, plutôt stupéfaite d'apprendre une telle nouvelle se demanda qu'elle nouvelle surprise l'attendait encore.
oOoOoOo
Margaret Hudson avait descendue les marches du perron. Elle s'était avancée vers le sergent Donovan, l'embrassant sans hésiter. La jeune femme fut plutôt surprise mais rendit ce baiser, heureuse de se sentir ainsi accueillie. Tout semblait être oublier malgré Sherlock et tout ce qu'elle lui avait fait subir ces dernières années.
- Ah, Sally, ma chère enfant. Vous voilà donc revenue ?
- Oui, madame Hudson, lui répondit-elle. Je m'inquiétai pour Mycroft. Il allait pourtant mieux lorsque je suis partie. Mais, mon Dieu, que se passe-t-il donc ?
- Je l'ignore, ma petite, je l'ignore vraiment. Je suis vraiment inquiète, je ne l'ai jamais vu ainsi. Nous avons vraiment besoin d'aide... et nous vous attendions avec beaucoup d'impatience, docteur. Mais surtout vous, mademoiselle. On m'a dit tout ce que vous avez fait pour Sherlock.
Et disant cela, elle tendit les mains vers Hadiya et Mary.
- Je m'appelle Margaret Hudson. Jeunes gens, soyez les bienvenus chez moi. Mais dîtes-moi, comment va mon pauvre petit ?
- J'ai seulement fait ce que devais faire, dit Mary avec modestie. Mais ne vous inquiétez pas, madame, Sherlock va bien. Il va maintenant bien mieux depuis qu'il est avec son ami John Watson.
- Ah, tant mieux. Et bien, si vous voulez me suivre, je vais tout de suite vous conduire près de Mycroft.
Mais au moment où la vieille femme s'écartait pour laisser Mary et Hadiya entrer dans la maison, une Bentley noire vint se garer là d'où venait de partir la BMW argentée. Un bel homme, Noir, vêtu d'un uniforme de chauffeur de maître en descendit et alla ouvrir la portière arrière de la luxueuse voiture de laquelle sortit une élégante jeune fille.
- Oh, mon Dieu, murmura Mary. Ce n'est pas possible.
Ce n'était pas vraiment le fait que cette jeune personne eut à sa disposition un chauffeur personnel qui stupéfiait la jeune fille. Non. C'était plutôt la jeune personne elle-même. Elle était belle, il est vrai mais, surtout, elle avait un ravissant visage au teint de porcelaine, de grands yeux clairs d'un bleu d'azur et de longues boucles noires. S'en était presque troublant.
- Il aurait donc également une soeur ? s'étonna Hadiya.
- Moi ? dit la nouvelle venue en riant. Moi, la soeur de Sherlock ? Oh, non, je ne suis pas sa soeur mais simplement sa cousine.
- Permettez-moi de vous présenter miss Janet Ann Moran, que nous appelons tous " Annie ", continua Margaret Hudson.
- On m'appelle également " Anthea ", dit la jeune fille en souriant. Mais cela est seulement réservé à Mycroft.
- Ma chère petite, voici miss Mary Morstan et le docteur Hadiya Maathaï. Ils viennent voir Mycroft.
- Oui, on m'a prévenu de cela et que je devais également parler à miss Morstan d'une certaine chose.
Mary regarda avec étonnement cette jeune fille qui lui était inconnue et ne comprenait vraiment pas pourquoi elle voulait lui parler tandis que la jeune fille se tournait vers son chauffeur.
- Joshua, je n'ai pour l'instant plus besoin de vous, lui dit-elle. Veuillez donc retourner à la clinique et mettez-vous à la dispositions de madame Moran. Elle vous fera part de ses désirs.
- Bien, mademoiselle, dit le chauffeur en s'inclinant avec respect avant de remonter dans la Bentley qui partit aussitôt.
Puis, Anthea se tourna vers Mme Hudson.
- Maggie, j'ai demander à maman de venir ici ce soir. Elle ignore pourquoi mais je lui ai dit que c'était important. Maintenant que Miranda est en sécurité et que maman sait pour Gabriel, je crois que le moment est venu qu'elle apprenne pour Rebecca.
Pendant ce temps, Sally s'était approchée d'Anthea.
- Comment va Miranda ? lui demanda-t-elle avec inquiétude.
- C'est très gentil à vous de vous préoccuper ainsi de ma soeur, lui répondit Anthea. Miranda va beaucoup mieux, surtout depuis que je lui ai amener Gabriel. Mais je suis toujours inquiète. Nous avons vu le psychiatre de Sainte-Mary et il ne nous a pas donner de bonnes nouvelles. Il pense que sera sans doute long avant que Miranda redevienne vraiment elle-même. Ma pauvre soeur n'a vraiment pas mériter de subir cela. Mais... Sally, est-ce que vous avez de bonnes nouvelles ? Avez-vous le résultat des prélèvements ?
- Oh, mais bien sûr. Pourtant, j'ignore si vous considèrerez cela comme une bonne nouvelle. Le laboratoire a confirmer que l'ADN de l'un des agresseurs de Miranda est identique à celui d'Aurore. Il ne fait plus aucun doute qu'il s'agit bien de Sieger Holmes. Quant au second, et bien... Nous n'avons pas encore la preuve qu'il s'agisse bien de lui, mais il se pourrait que ce soit Sebastian. Mais, miss Moran... Oh, comment vous dire... Il semble que lord Sieger et Sebastian partagent le même ADN, qu'ils soient père et fils.
- QUOI ?
Anthea sursauta violemment tant cette nouvelle la stupéfia. Quoi ? Sebastian serait le fils de Sieger ? Alors sa mère aurait...
" Non, c'est impossible, " se dit-elle. " Jamais maman n'aurait fait une chose pareille. Pas avec ce monstre. "
- Que nous dîtes-vous donc là, jeune dame ? s'exclama vivement Margaret Hudson comme si elle avait inconsciemment partager les pensées d'Anthea. Sebastian serait... Non, jamais Esther n'aurait fait une chose pareille. Pas avec cet individu.
- Non, non, s'exclama Sally. Ce n'est pas cela. Il semble que madame Moran n'a jamais...
Et se tournant de nouveau vers Anthea :
- Oh, Annie. Sebastian ne vous est rien, absolument rien. Il n'est pas votre frère, il ne l'a jamais été. Je ne sais pas ce qu'il est pour votre mère, mais vous ne partagez pas le même ADN avec lui.
- C'est vrai ? s'exclama Anthea, stupéfaite. Mais comment cela est-il possible ?
- Je ne sais pas, du moins pas encore. Mais je ferais en sorte de le découvrir. Même si c'est la dernière chose que je devrais faire, je le découvrirais. Au point où j'en suis...
Et la jeune femme baissa la tête en se mordant les lèvres. Oui, c'était certainement la dernière chose qu'elle risquait de faire tant le plan qu'elle avait imaginé était risqué. Elle savait à quel point ces individus étaient dangereux mais elle devait le faire si elle voulait vraiment se pardonner. Même au risque de sa vie.
- Qu'y-a-t-il ? lui demanda Anthea en lui prenant les mains. Il s'est passé quelque chose à Scotland Yard, c'est bien cela ?
- Oh, ce n'est rien, dit Sally en haussant les épaules. Rien qui puisse vous préoccuper.
- RIEN ? s'exclama le docteur Maathaï en s'approchant. Comment pouvez-vous dire une telle chose, miss Donovan.
Le médecin kenyan raconta alors ce qui s'était passé lorsqu'ils avaient quitté Scotland Yard, la sévère décision qu'avait pris le haut-commissaire et les conséquences pour le sergent Donovan.
- QUOI ? s'écria Anthea, scandalisée. Mais, c'est... Et cet homme a osé faire une telle chose ? Mais ne vous inquiétez pas, Sally. Tout finira bien, je vous le promet et si ce n'est pas le cas... Et bien, disons qu'il y a tant de possibilités qui peuvent s'offrir à vous. Et maintenant, venez, allons voir Mycroft.
Elisabeth passa doucement un linge humide sur le visage brûlant de Mycroft puis se laissa tomber dans le fauteuil en soupirant, regardant son fils allongé dans ce lit, le corps dévoré par la fièvre, inquiète et se sentant impuissante.
- Que fait donc ce médecin ? murmura-t-elle. Pourquoi n'est-il encore pas là ? Et pourquoi John Watson n'est-il pas revenu comme il aurait dut le faire ?
- Allons, ma chérie, lui dit doucement William en s'agenouillant près d'elle. Tu sais bien que le docteur Watson se trouve près de Sherlock. Le médecin qu'il nous a recommandé va certainement bientôt arriver.
A peine avait-il prononcé ces mots, que des bruits de pas se firent entendre dans l'escalier. Ils se levèrent l'un et l'autre et se tournèrent vers la porte tandis quz les pas se rapprochaient. Plusieurs personnes traversaient l'appartement et, enfin, Margaret Hudson apparut, bientôt suivie d'Anthea de de Sally.
- Comment va Mycroft ? murmura Margaret en regardant la silhouette allongée dans le lit.
- Vraiment pas bien, dit Elisabeth dans un souffle. Il ne fait que dormir et sa fièvre est toujours aussi élevée. Mais, est-ce que...
- Ne t'inquiètes, pas ma fille. Le médecin que nous a recommandé John vient d'arriver. Voici le docteur, euh... Quel est déjà votre nom, jeune homme ?
- Hadiya, madame, dit celui-ci en s'approchant. Hadiya Maathaï.
- Vous êtes kenyan, jeune homme ? lui demanda Elisabeth. C'est bien cela ?
- Oui, madame. Masaï, pour être précis. Et voici mon amie Mary Morstan.
- Ah, très bien. La courageuse jeune fille qui est venue en aide à notre Sherlock. Vous avez un boubou ravissant, mademoiselle. Il vous va à merveille. Mais je vois que vous avez des origines africaines.
Mary écarquilla les yeux, stupéfaite.
- Mais... oui, dit-elle. Par mon arrière-grand-mère, la grand-mère de ma mère. Elle était Masaï. Mais comment le savez-vous, madame ? Personne ne saurait dire que...
Elisabeth regarda la ravissante jeune fille aux longs cheveux roux, aux grands yeux verts mais, surtout, au teint pâle, à la peau diaphane, d'une éclatante blancheur.
- Quelqu'un d'un peu observateur le saurait, mais personne ne sait vraiment observer. Quant à moi, je devine vos origines rien qu'en observant votre visage : votre front haut et bombé, vos lèvres charnues, la forme de votre nez, la forme de votre mâchoire. Tout cela dit qui vous êtes. Et bien... je suis Elisabeth Holmes, la mère de Mycroft. Et voici William, mon époux.
- Ses parents ? s'étonna Mary. Mais je croyais que Mycroft était le frère aîné de Sherlock ? Sherlock est bien le fils de l'inspecteur Lestrade et de cette dame, euh... Rebecca ? Elle est votre soeur, c'est bien cela ? Alors vous êtes en réalité la tante de Sherlock.
- Je suis également un peu sa mère, lui dit Elisabeth. Nous avons une histoire familiale quelque peu compliquée, mais ce serait beaucoup trop long à vous raconter et pour vous résumer la situation, Greg et Rebecca, le couple dont vous fait la connaissance, sont bien les véritables parents de Sherlock mais pour certaines raisons, ils n'ont jamais eut la possibilité de s'occuper de lui. Sherlock a était élevé avec mon fils et bien que son cousin, Mycroft l'a toujours considéré comme son petit frère.
- Oui, je comprend, dit Mary en hochant la tête. Ils sont frères par le coeur. Les sentiments sont souvent aussi importants que la naissance.
Et disant cela, elle se tourna vers Hadiya qui lui sourit. Hadiya qu'elle avait toujours considéré comme son grand frère, avec qui elle avait toujours été très proche avant qu'ils ne se découvrent d'autres sentiments. Ces genres de sentiments que l'on nomment des sentiments amoureux.
Mais pour le moment, d'autres sentiments importaient. Des sentiments d'inquiétude.
Anthea avait laisser Elisabeth a ce qui semblait être une agréable conversation. Mais elle le savait, derrière des propos anodins, c'est ainsi que sa tante évaluait ceux qu'elle rencontraient. Elle jaugeait donc les nouveaux venus afin de voir si elle pouvait leur faire confiance, leur confier la vie de son fils. Mais, semble-t-il, tout allait bien. Elisabeth était souriante.
Alors, la jeune fille traversa la chambre et vint s'asseoir au bord du lit. Elle prit la main de Mycroft dans la sienne, le regardant en fronçant le sourcils, inquiète. Il paraissait profondément endormi, mais son sommeil n'était en rien paisible. Sa respiration était lente et régulière comme à toute personne plongée dans le sommeil mais son visage trop pâle et son front était moite. Parfois un gémissement lui échappait. Il s'agitait, se tordant dans les draps maintenant froissés et sans doute devenus inconfortables a son corps brûlant, fiévreux.
- Mycroft, murmura-t-elle en se penchant vers lui. Réveille-toi, Mycroft.
Un faible gémissement lui répondit.
- Non... non. Dormir, je... je veux dormir.
- Non, Mycroft, non. Ouvre les yeux, mon coeur. Le médecin est là.
Les paupières se levèrent lentement sur des yeux emplis de lassitude.
- John ? dit Mycroft. C'est John ? Pourquoi John est-il là ? Il faut... Dis-lui de retourner avec Sherlock. Pas laisser mon petit frère tout seul.
- Non, lui dit Anthea. John est toujours avec Sherlock. C'est le médecin qui a aider ton petit frère. Il vient maintenant pour toi.
Hadiya se tenait à l'entrée de la chambre, attendant calmement qu'on l'invite a y pénétrer. On lui avait expliquer la difficulté de Mycroft à faire confiance, ses réticences à accepter de nouveaux visage. Cette légère paranoïa, souvenir des traumatismes de son enfance maltraitée. Alors, il attendait. Mais il sentait le regard de son futur patient posé sur lui, un regard inquiet, anxieux.
- Non, je ne veux pas, gémit Mycroft en s'accrochant désespérément à Anthea. Je ne le connais pas. Je t'en prie, dis-lui de partir.
- Calme-toi, murmura la jeune fille d'une voix qui se voulait rassurante. Tu sais bien que je ne laisserais jamais personne te faire du mal. C'est un médecin, rien qu'un médecin. Comme John Watson. Il est venu pour t'aider. Et puis, tu sais, elle est venue également. La jeune fille rousse. Ne veux-tu pas la voir ?
- Elle est là ? Elle est vraiment là ?
- Mais, oui. Souviens-toi, Rebecca t'as parler d'elle. Mary Morstan. Tu voulais lui parler, tu voulait qu'elle sache la vérité.
Mais Mycroft ne se souvenait pas. La fièvre lui brûlait le corps, sa tête lui faisait mal, l'empêchant de réfléchir. Non, il ne se souvenait pas. Il ne se souvenait que de la jeune fille rousse qu'il avait vu dans ses songes.
Et elle était là. Elle se tenait près de l'homme en qui Anthea voulait qu'il ait confiance. Elle se tenait tout près de lui et l'homme avait tendrement passé un bras autour de ses épaules.
C'était bien elle, il la reconnaissait. Elle était là et elle lui souriait. Elle était là, la jeune fille aux longs cheveux couleur de feu qui était venue en aide à Sherlock, qui avait sauver son petit frère.
Alors, il lui tendit la main.
Il avait fallut expliquer la situation à Mary, lui parler des songes de Mycroft, de son étrange capacité à rêver des autres, même de parfaits inconnus. Mais Mary Morstan avait grandit au Kenya, avait été élevée au sein du peuple Masaï. Elle n'ignorait rien de ses traditions, de ses croyances. La magie, le surnaturel étaient des choses qu'elle connaissait, auxquelles elle croyait. Les songes de cet homme blottit dans les bras de cette belle jeune fille aux longs cheveux noirs ne l'étonnaient pas. Il avait rêver d'elle ? Elle n'en doutait pas. Etais-ce pour cela qu'il voulait lui parler ?
Mycroft tendit sa main vers elle et Mary alla jusqu'à lui. Elle prit cette main dans la sienne et tandis qu'elle serrait doucement ses doigts, elle plongea ses yeux dans ce regard qui semblait la dévorer.
Elle regarda ce visage qui se tendait vers elle. Et même si ses cheveux étaient brun-roux au lieu d'être noirs, même si ses yeux n'étaient pas d'un bleu aussi clair, même s'il avait des tâches de rousseur elle aima tout de suite ce visage pâle dans lequel elle retrouvait un autre visage.
Mais, parfois, le regard de Mycroft quittait le visage de la jeune fille. Il regardait l'homme qui était resté à l'entrée de la chambre, ne bougeant pas, attendant patiemment. Mary compris, lisant dans ce regard inquiet cette interrogation muette.
- Hadiya est mon meilleur ami, dit-elle. Il est bon et généreux. Il m'a aider à sauver Sherlock et à le mettre en sécurité. Et c'est aussi un excellent médecin. Vous pouvez lui faire confiance, même s'il est africain.
Le regard de Mycroft revint vers la jeune fille et soudain, son visage n'était plus aussi pâle. Ses joues étaient devenues rouges de confusion.
- Oh, non, non, s'exclama-t-il vivement. Ce n'est pas ça. Je ne suis pas comme ça, jamais je n'ai été comme ça. Mais, c'est que...
- Allons, calme-toi, Mycroft, lui dit doucement Anthea. Bien sûr que tu n'a jamais été comme ça. Tout le monde sait que tu est quelqu'un de bien.
- Alors, acceptez-vous de vous faire examiner ? demanda Mary.
- Je suis désolé, dit Mycroft d'une voix à peine audible. Je ne voulais pas... C'est que... je... je ne le connais pas et que je... je...
- ...vous n'arrivez pas à faire confiance aux inconnus, intervint une voix.
Le médecin kenyan s'approcha lentement du lit.
- Je m'appelle Hadiya Maathaï, dit-il de sa voix la plus douce. Et vous, quel est votre nom ?
- Mycroft Holmes.
- Enchanté de faire votre connaissance, monsieur Holmes. Et maintenant que nous nous connaissons, acceptez-vous que je vous examine ?
Mycroft hocha la tête en baissant les yeux, soudain écarlate. Il se sentait stupide, vraiment stupide. Enfin, il leva les yeux vers le médecin avec un sourire gêné.
- Voilà qui est parfait, dit Hadiya en lui rendant son sourire. Et bien, voyons comment nous pouvons vous aider.
Il s'assit sur le fauteuil installé près du lit tandis que Mary se tenait debout près de lu. Il posa sa sacoche de médecin devant lui.
- John Watson m'a expliquer la situation, continua-t-il. Vous avait eue la grippe il y a quelques temps et vous ne ne vous êtes pas montré raisonnable. Vous auriez dû prendre quelques jours de repos.
- Je ne pouvais pas me le permettre, répondit Mycroft en évitant le regard sévère d'Anthea.
Regard qui n'échappa pas à Hadiya.
- Notre corps est un temple sacré, dit-il. Nous devons le traiter avec respect. Mais je ne pense pas que votre actuel état de santé ait à voir avec un quelconque surmenage. Ni avec l'injection qu'on vous a faite hier. Vous aviez déjà de la fièvre, n'est-ce pas ? Il faudrait que je puisse consulter le résultat de la prise de sang qui a été faite. Ah, le voilà
Il prit la feuille de papier pliée en deux qui se trouvait sur la table de chevet et après l'avoir consulter :
- En effet, ce n'était qu'un sédatif. Aucun risque qu'il puisse provoquer cette forte fièvre. Cela provient certainement d'autre chose. Et comme le sédatif a cessé de faire effet, je vais vous faire une prise de sang pour savoir ce qu'il en est. Nous aurons le résultat tout de suite. Mary, pourrais-tu t'en charger pendant que je prépare l'analyseur.
La jeune fille s'agenouilla près de la sacoche et en sortit une petite boîte de carton : un kit de prélèvement jetable. Mycroft la regarda faire avec inquiétude tandis qu'elle préparait le garrot, la lingette imprégnée de désinfectant et la seringue. Mais lorsque l'aiguille s'approcha de son bras, cherchant une veine, il eut un geste de recul.
- Ne me dîtes pas que vous avez peur d'une simple petite piqûre, dit Mary en riant.
- Allons, Mycroft Holmes, ne fait pas le bébé, le gronda gentiment Anthea.
Et pour ajouter à la confusion du malheureux, il sentit sur lui la pression d'un regard. Là, près de la porte ouverte, se tenait Sally Donovan. Elle le regardait avec un sourire moqueur.
- Oh, par pitié ! gémit Mycroft.
Il détourna le regard, le visage rouge de confusion. Honteux, il ne voulait pas que la jolie métisse le prenne pour un lâche. Oui, c'est vrai, il n'avait jamais aimer les piqûres et...
- C'est terminé, dit soudain la voix de Mary.
- Oh, mais je n'ai rien senti, s'exclama Mycroft.
- Mais je suis une infirmière professionnelle, mon cher monsieur, lui répondit la jeune fille en riant.
- Et moi je suis prêt pour l'analyse, ajouta Hadiya.
Il avait sortit de sa sacoche un petit appareil pas plus grand qu'un téléphone portable. Sur le dessus, se trouvait un écran et sur le côté se trouvait une rangée de petits boutons. Le médecin kenyan manipula l'un d'eux, un déclic se fit entendre et un compartiment jusque là invisible apparut. Mary avait transférée le sang qu'elle avait prélevée dans un petit tube en plastique et le remis à Hadiya qui le glissa dans le compartiment qu'il referma et appuya sur un autre bouton. Un bourdonnement se fit entendre et l'analyseur se mit en route.
- Nous aurons le résultat dans une dizaine de minutes, dit-il. Pendant ce temps, je vais vous ausculter, monsieur Holmes.
Il sortit un thermomètre, un tensiomètre et un stéthoscope. Il prit tout son temps, examinant son patient avec des gestes doux, délicats, commentant chacun de ses gestes d'une voix calme.
- Vous avez en effet une fièvre élevée : 39,5°C. Les battements du coeur sont réguliers quoique un peu lents. Mais avec 9 de tension, s'est beaucoup trop bas. Et votre poids pause un véritable problème. Il semble inférieur à ce qu'il devrait, beaucoup trop inférieur. Est-ce que...
Hadiya n'acheva pas sa phrase. Un léger bourdonnement se fit entendre. L'analyse de sang était terminée et lorsque le médecin eut consulté les données affichées sur l'écran de l'analyseur :
- C'est bien ce que je pensais. Il ne reste plus trace du sédatif mais les taux sont par contre beaucoup trop bas. Votre grippe ne vous a bien sûr fait aucun bien et vous en subissez actuellement les conséquences. Mais votre état de santé actuel n'est pas seulement consécutif a cette grippe. Vous êtes sous-alimenté, monsieur Holmes. Gravement sous-alimenté. Et votre organisme ne peut plus compenser. D'où ce violent accès de fièvre. Cela fait sans doute un certain temps que votre corps donnait des signaux d'alarme.
- Alors, cela n'a rien à voir avec l'injection que lui a fait Miranda ? demanda Anthea. Ma soeur n'y est pour rien ?
- En effet, mademoiselle. Ce n'était qu'un simple sédatif et monsieur Holmes ne craignait rien, excepté si il avait été allergique au produit.
Anthea ferma les yeux en soupirant de soulagement.
- Et cet autre produit ? intervint Sally Donovan en s'approchant. Ce produit que cette Shannon Riordan à donner a Rebecca pour qu'elle l'injecte à Mycroft. Il devait provoquer un comas. Mais est-ce que...
- Sans aucun doute, miss Donovan, lui répondit Hadiya. Vu l'actuel état de santé de monsieur Holmes, l'injection lui aurait été fatale.
- Seigneur ! murmura Anthea.
Mycroft qui avait tout écouter, devint livide.
- De quoi voulez-vous parler ? demanda-t-il presque sans voix. De qu'elle injection ? Et pourquoi devait-elle être fatale ?
- Oh, Mycroft, je suis vraiment désolée, s'exclama Anthea en le serrant dans ses bras. Mais cette femme, cette Shannon Riordan a demandée à Miranda de t'injecter un produit mortel.
- Mais, pourquoi ? Je ne connais pas cette femme ou, du moins, je ne m'en souviens pas. Est-ce que je lui ai fait quelque chose ? Pourquoi voulait-elle me tuer ?
- Non, Mycroft, tu ne lui as jamais rien fait. Vous ne vous êtes même jamais rencontrés. Ce n'est pas elle, c'est... Oh, je suis vraiment désolée. C'est Sieger, c'est ce monstre. Elle n'a fait que lui obéir. Elle devait également injecter le même produit à Sherlock. Vous deviez mourir tous les deux.
- Mais pourquoi ? Que lui avons nous donc fait ?
- Tout cela s'expliquera très bientôt, intervint Sally. Je suis persuadée que ce vilain monsieur sera bientôt entre nos mains et à ce moment-là, il n'aura pas d'autre choix que de parler.
- Je ne veux pas vous faire de peine, ma chère Sally, mais vous ne connaissez pas Sieger Holmes. Jamais vous ne le trouverez s'il ne le désire pas. C'est plutôt lui qui vous trouveras, et à ce moment-là... Voyez ce qu'il a fait à Sherlock.
- Et à Miranda, murmura Anthea... Et maintenant, que devons-nous faire.
- Maintenant ? dit Hadiya. Nous devons parler de choses sérieuses.
Le médecin kenyan regarda Mycroft.
- Mon cher ami, lui dit Hadiya, je crois imaginer ce qui a dû se passer. Vous vous êtes sans doute reprocher ce qui s'est passé, vous vous êtes senti responsable de la " mort " de Sherlock. J'imagine que cela doit faire un an que vous avez cesser de vous alimenter normalement.
Mycroft le regarda, stupéfait.
- Comment savez-vous cela ? s'exclama-t-il. Oui, c'est vrai, j'avais trahi mon petit frère. J'avais parler de lui à Jim Moriarty, je lui avais tout dit. J'ai pour ainsi dire " vendu " Sherlock. Tout ce désespoir que j'ai provoquer. Tout cela à cause de moi. Alors...
- ...tu as cessé de t'alimenter, murmura Anthea. Et moi qui n'ai rien compris. Pendant des mois je t'ai harcelé. Je suis vraiment désolée, j'ai dû faire de ta vie un véritable enfer.
- Maintenant que vous savez que tout va bien, continua Hadiya, que vous savez que Sherlock va bien, c'est avant tout à vous qu'il va falloir penser maintenant. A commencer par à nouveau vous alimenter normalement. Je vais vous faire une prescription qu'il faudra suivre à la lettre. Mais, surtout, vous avez besoin de repos. Non, non, ne protestez pas, mon ami. Vous êtes également surmené. Il vous faut lever le pied, monsieur Holmes.
- Mais je ne peu pas, protesta Mycroft. Mon travail...
- Allons, monsieur Holmes, soyez un peu raisonnable. J'ignore quel est exactement votre travail, mais pensez-vous qu'il soit plus important que votre santé ?
- Bien sûr qu'il le pense, dit Anthea en riant. Mais ne vous inquiétez pas, docteur, je veillerai à ce qu'il vous obéisse. N'est-ce pas, Mycroft ?
- Et moi aussi, intervint Sally. Si on veux bien de mon aide, bien sûr. Et comme de toute façon je suis en repos forcé...
- Alors c'est parfait, dit Hadiya. Je vais commencer par vous faire une injection de caféine. Cela stimulera votre rythme cardiaque et fera remonter votre tension. D'ici quelques minutes, vous vous sentirez déjà mieux et vous pourrez vous lever quelques minutes.
Et tandis qu'il se penchait au-dessus de sa sacoche pour y chercher ce qu'il lui fallait, Mycroft regarda Sally.
- Pourquoi avez-vous dit que vous étiez en congé forcé ? lui demanda-t-il. Il s'est passé quelque chose ? Quelque chose de grave ?
- Mais, non..., répondit celle-ci d'une voix hésitante. Enfin, oui... Oh, mon Dieu, comment dire.
- Moi, je le peux ! s'exclama soudain Mary Morstan. C'est tellement injuste. Le sergent Donovan n'a fait que son devoir. Elle a seulement voulu aider Sherlock, lui rendre sa vie et voilà comment on la récompense.
Alors, elle raconta ce qui s'était passé un peu plus tôt à Scotland Yard, la décision qu'avait pris le haut-commissaire. Mycroft l'écouta attentivement tout en regardant Sally qui avait baissée la tête. Il était tellement attentif aux paroles de Mary, qu'il ne se rendit pas compte qu'Hadiya s'était approché de lui et lui avait fait l'injection.
- Ne vous inquiétez pas, Sally, dit-il. Tout va s'arranger. Vous allez bientôt comprendre pourquoi Sherlock me surnomme le Gouvernement britannique. Anthea ?
La jeune fille sourit car à ce moment-là, elle n'était soudain plus Janet Ann Moran, la petite cousine de Mycroft mais était redevenue Anthea, l'assistante personnelle de Mr Holmes.
- Oui, monsieur, dit-elle. Je sais très bien qui nous rendra ce service et je sais d'avance qu'il acceptera. Je vais tout de suite l'appeler et je pense que nous aurons une réponse assez rapidement.
Pendant ce temps, Hadiya finissait de rédiger sa prescription sur son ordonnancier.
- Voilà, dit-il en arrachant la page. Je vais appeler mon assistante pour qu'elle vous amène les médicaments que je vous ai prescrits. Ils sont fait avec des plantes médicinales, il y a rien de meilleur pour la santé. J'espère que vous n'êtes pas opposé à prendre des remèdes africains, monsieur Holmes ?
- Non, docteur.
- Très bien. Dans ce cas, suivez scrupuleusement ce qui est écrit et vous vous sentirez bientôt mieux.
- Oui, docteur. Mais, s'il vous plaît.
Mycroft lança un regard suppliant au médecin kenyan.
- Qu'allez-vous leur dire ? Je ne voudrais pas que... Personne ne dois savoir que j'ai...
- Ah, je comprend. Vous craigniez la réaction de vos parents. Très bien, je ne voudrais pas vous mettre en difficulté. Et bien, nous parlerons des suites de votre grippe, que vous n'étiez pas tout à fait guéri. Ce sera très vraisemblable.
- Oh, merci docteur. Mais ce n'est pas cela. Ce n'est pas à cause de mes parents. Mais madame Hudson, vous comprenez.
Non, Hadiya Maathaï ne comprenait pas. Il regarda cet homme qui devait avoir à peu près son âge et il ne comprenait pas. Pourquoi craignait-il autant la réaction de cette femme ? Et pourquoi, en fait, se trouvait-il chez elle ?
- Que devrais-je comprendre ? demanda-t-il.
- Simplement que Mycroft ne veux pas faire de peine à madame Hudson, répondit Anthea. Il ne veux pas qu'elle se fasse des idées et qu'elle s'inquiète inutilement.
- Mais pourquoi ? Qui est exactement cette dame ? Elle appelle Sherlock " son " petit. Mais qu'est-elle exactement pour lui ? Qu'est-elle exactement pour Mycroft. Pardon. Je veux dire pour monsieur Holmes.
- Oh, elle n'est pas seulement la propriétaire de cette maison. Elle n'est pas seulement la logeuse de Sherlock et de John Watson. Elle est beaucoup plus que cela, en fait. Elle a été la nurse de mes cousins. Elle a élevés Mycroft et Sherlock dès leur naissance.
- Oui, je comprend. Elle a donc pour ainsi dire été leur mère. Et bien, nous ferons en sorte de ne pas inquiéter cette brave dame.
- Je crains qu'il ne soit trop tard, jeune homme, dit une voix douce près de la porte.
Margaret Hudson se tenait là, à l'entrée de la chambre. Elle souriait. Un doux sourire plein de bonté. Un sourire maternel qu'elle n'adressait qu'à Mycroft.
William et Elisabeth se tenaient derrière elle. Et eux aussi regardaient leur fils en souriant. Ils souriaient avec indulgence. Depuis combien de temps étaient-ils là ? Ils étaient restés juste à côté, dans le salon, attendant que le médecin ait fini d'ausculter Mycroft. De toute évidence, ils avaient assister à ce qui venait de se passer. De toute évidence, ils ne lui en voulait pas d'avoir penser à elle au lieu d'avoir penser à eux.
- Elle est tout pour lui, murmura Elisabeth. Nous ne sommes que ses parents.
William lui pris doucement la main.
- Il ne nous a pas laisser être ses parents, lui dit-il. Nous ne sommes rien pour notre fils, rien que des étrangers. C'est elle, sa mère.
En fait, William se disait souvent que c'était surtout lui qui était un étranger pour son fils. Il ne savait jamais comment réagir fasse à ce garçon qui ne l'avait jamais appelé " papa ". Il s'était découvert père trop tardivement, alors que Mycroft était déjà un grand jeune homme. C'était, en fait, au moment où Sieger et Elisabeth avaient divorcés. Elle ne l'avait pas appelé, car elle ne savait pas ce qu'il était devenu. Il avait disparu bien des années plus tôt, parce qu'il n'avait pas le choix. Mais il était finalement revenu lorsqu'il avait entendu parler de ce scandale épouvantable qu'avait provoquer ce prétendu lord Sieger Sherringford Holmes, un monstre en réalité. Il était revenu pour récupérer celle qui lui était destinée depuis toujours et il avait découvert qu'il avait plus que cela. Qu'il avait un fils. Que l'enfant n'était pas de Sieger, qu'il ne l'avait jamais été. Cet enfant qui avait été conçu par hasard parce qu'Elisabeth ne voulait pas épouser Sieger, qu'elle ne voulait pas qu'il soit le premier. Mais elle l'avait épousé et lui était parti. S'il avait su alors, il aurait bien sûr fait valoir ses droits et tous ces malheurs ne seraient jamais arrivés. Y compris pour Sherlock. Lui, pendant que l'Enfer s'abattait sur le joli château de la famille Vernet, faisait sa vie bien loin de là, inconscient de ce qui se passait. Et maintenant, il était bien trop tard pour lui d'être celui que l'on appelle " papa ".
Mais Margaret s'était doucement avancée et tandis qu'Anthea se levait pour lui laisser sa place, elle s'assis au bord du lit et tendit ses bras. Mycroft vint vint s'y blottir et posa son front sur l'épaule de la vieille femme.
- Tout ira bien, murmura-t-elle. Maintenant, tout ira bien. Tu n'as rien à craindre, mon petit. Tu n'as rien fait de mal. Je ne t'en veux pas, personne ne t'en veux. N'est-ce pas, Elisabeth.
- Mais bien sûr, dit celle-ci en s'approchant et en passant doucement sa main dans les cheveux de son fils. Peu importe ce qui s'est passé. Peu importe ce que tu as fait ou que tu a cru faire. Et puisque que nous savons tous que Sherlock va bien, s'est maintenant à toi qu'il va falloir penser. Uniquement à toi. Nous sommes tous là pour toi. Et puisque ton médecin dit que tu a besoin de repos, tu viendras t'installer quelques temps au château.
- Au château ? s'exclama Mycroft avec effroi.
Le château. Le château de la famille Vernet. Le château où il avait vécu une enfance qu'aucun enfant ne devrait connaître, des années de terreur entre soumission et humiliations, des années de mauvais traitements qui avaient fait de lui celui qu'il était devenu.
- Oh, non, non ! gémit-il. Par pitié, non. Je ne pourrais pas.
Elisabeth savait se qui se passait dans le coeur et dans l'esprit de son fils. Il lui suffisait de fermer les yeux pour se souvenir. Elle entendait encore les cris de terreur, de souffrance, elle voyait encore le petit corps meurtri. Non, les petits corps meurtri. Car ce qui était arrivé à Sherlock avait été encore pire. Mycroft avait été celui sur qui Sieger s'était fait la main, mais Sherlock avait été son favori.
- Ne crains rien, mon chéri, lui dit-elle. Je sais que cela fait des années que tu n'y ai plus retourné, mais il ne reste plus rien de lui là-bas. Absolument rien. Plus le moindre souvenir. Ce n'est plus depuis longtemps le lieu de cauchemar que tu as connu. Il n'est plus qu'un joli château où il est agréable d'y vivre. Où l'on peu y être heureux, vraiment heureux.
Et comme Mycroft la regardait d'un air sceptique en fronçant les sourcils, William s'approcha et posa une main sur son épaule.
- Ta mère dit la vérité, mon garçon, lui dit-il d'une voix qui se voulait convaincante. Là-bas, tu ne risquera rien. Nous serons tous là pour te protéger de tes mauvais souvenirs. Tu pourras t'en créer de nouveaux, et se ne seront que de bons souvenirs. Alors, mon fils, qu'en dis-tu ? Veux-tu venir passer quelques temps avec nous à la campagne ?
Encore hésitant, Mycroft regarda chaque personne autour de lui. Mais, surtout, il regarda Sally Donovan. Pourquoi Sally ? Il la connaissait à peine. Elle n'était pour elle qu'un joli visage et un corps attirant. Alors, pourquoi attendait-il autant d'elle ? Comme si il y avait entre eux une possibilité d'avenir. Mais la jeune femme lui souriait. Elle semblait avoir compris ce qu'il désirait sans oser le dire.
- Et si moi je venais aussi ? dit-elle. Enfin, si on veux bien de moi.
- C'est vrai ? demanda Mycroft. Vous viendriez vraiment ? Pour moi ?
- Bien sûr. Pour vous, rien que pour vous. Après tout, je serais libre de faire ce que bon me semblera durant les deux mois à venir et personne à qui rendre des comptes.
- Et le nommé Anderson ? demanda Anthea. C'est bien ainsi que se nomme votre ami ?
- Anderson ? Je ne vois pas de qui vous voulez parler. Je ne connais plus ce monsieur.
- Alors s'est parfait, intervint le docteur Maathaï. Lorsque vous vous sentirez mieux, monsieur Holmes, vous pourrez partir pour la campagne. Mais n'oubliez pas mes recommandations. Reposez-vous et nourrissez-vous correctement.
- Oui, docteur. Mais monsieur Holmes, c'est mon père. Moi, je suis simplement Mycroft.
Et disant cela, il sourit à William qui se dit que, après tour, il n'était pas encore trop tard. Son fils finirait bien par l'appeler papa.
- Et moi, je suis Lucas, dit soudain une voix.
Chacun se retourna pour apercevoir un jeune homme qui se tenait à l'entrée de la chambre.
- Qui est-ce ? demanda Mycroft, méfiant.
- Je t'ai parler de lui tout à l'heure, lui dit Anthea. Il est arrivé ce matin avec Rebecca.
- Lieutenant Lucas Mareuil d'INTERPOL, dit le jeune homme en s'avançant. Enchanté de faire votre connaissance.
Après un moment d'hésitation, Mycroft pris la main qui se tendait. Cette poignet de main était franche et le visage était sympathique. Ce jeune homme lui plu et il se dit qu'on pouvait sans doute lui faire confiance.
Mais Lucas se tourna vers Anthea :
- Je suis passé au MI6 avant de revenir ici. On m'a demander vous remettre ceci. Ce n'est guère prudent de confier ainsi des documents à un parfait inconnu. Nous n'agissons jamais ainsi à INTERPOL.
- Oh, ce ne sont pas des secrets d'Etat, lui dit la jeune fille en prenant la chemise cartonnée qu'il lui tendait. Et puis vous n'êtes plus vraiment un inconnu. Il ne nous a fallu que quelques heures, le temps de votre mission, pour que nous apprenions tout sur vous. Vous n'avez plus aucun secret pour le MI6, lieutenant Mareuil.
Le MI6 ?
Hadiya Maathaï et Mary Morstan se regardèrent avec stupéfaction puis regardèrent Mycroft et Anthea.
- Alors, vous travaillez pour le MI6 ? s'exclama Mary en s'adressant à l'un comme à l'autre. Vous êtes vraiment des agents des services secrets.
- En effet, lui répondit Anthea. Mais cela n'a rien d'extraordinaire. Nous ne sommes, après tout, que des fonctionnaires du gouvernement. Mais nous oeuvrons souvent pour faire le bonheur des autres comme vous le verrez, miss Morstan. Je pense avoir des réponses à vos questions. Venez avec moi, je dois vous parler. Vous aussi, sergent Donovan.
Et laissant les autres s'occuper de Mycroft, Mary et Sally suivirent Anthea.
Les trois filles descendirent au rez-de-chaussée et furent bientôt installées dans le salon de Mme Hudson. Anthea déposa le dossier sur la table basse et prenant son Blackberry, elle composa un numéro puis, quelques instants plus tard :
- Bonjour, monsieur. Ici l'assistante de monsieur Holmes. Je pense que vous savez déjà ce qui s'est passé cet après-midi à Scotland Yard, y compris la décision qu'à pris monsieur le haut-commissaire à l'égard du détective-sergent Sally Donovan et... Ah, la décision est irrévocable et... Pardon ? Ce n'est pas possible. Mais miss Donavan devait être convoquée devant la commission disciplinaire. On ne lui laisse donc aucune chance de s'expliquer ?
Sally était devenue livide. Une main sur la bouche et les yeux emplis d'effroi, elle écoutait. Et plus elle écoutait plus elle comprenait que son destin était scellé. Même Mycroft Holmes avec tout son pouvoir ne pourrait rien faire.
- C'est trop tard, gémit-elle les yeux pleins de larmes tandis que Mary passait un bras autour de ses épaules et l'attirait contre elle. Oh, mon Dieu, c'est trop tard.
Mais Anthea continuait à parler avec son correspondant.
- Vous m'en voyez désolée, mais puisque que vous dîtes que la décision a été prise. Ah, monsieur, une dernière chose. Je ne veux pas vous donner l'impression que je me préoccupe de votre vie privée mais je pense que pendant quelques temps vous devriez cessez de fréquenter un certain endroit et de... Oh, monsieur, je ne doute pas que ces jeunes gens soient charmants, bien éduqués et issus du meilleur milieu, mais les gens aiment parler et les choses se savent très vite comme vous le savez. On pourrait se méprendre et... Mais, bien sûr. C'est vraiment gentil à vous. J'attend donc très vite votre décision... Oui, monsieur, c'est bien cela. Au secrétariat de monsieur Holmes au MI6. Et bien, bonsoir monsieur.
Mary et Sally la regardèrent avec des yeux ronds, stupéfaites.
- Oui, oui, je sais, dit Anthea en composant un autre numéro sur son Blackberry. C'était du chantage et je suis une très vilaine fille. Mais ce monsieur n'en parlera jamais... Ah, Gladys. C'est une chance que vous soyez encore au bureau. J'aurais besoin que vous me rendiez un service. Un document devrait bientôt vous parvenir. Pourriez-vous le faxer tout de suite au 221b Baker Strret ? Je vous remercie. Bonsoir, Gladys.
Puis, Anthea posa son Blackberry sur la table basse et regarda en souriant les deux filles assises en fasse d'elle.
- Et bien, ma chère Sally, je pense que quelqu'un doit vraiment vous en vouloir, dit-elle.
Et comme le sergent Donovan la regardait sans comprendre.
- La décision qu'à prise le haut-commissaire n'a sans doute pas dû satisfaire cette personne. Ce qu'elle voulait ce n'était pas cela et jamais vous n'auriez put vous expliquer devant le conseil disciplinaire. Ce n'est pas une convocation que vous alliez recevoir mais, au contraire, une lettre de licenciement. Votre présence dans la police britannique ne semble plus désirée.
- Mais, enfin, pourquoi ? s'exclama Sally. Qu'est-ce que j'ai bien pu faire ? Qui peut bien autant m'en vouloir ?
- Oh, quelqu'un qui a réussi à introduire ses gens partout, à tous les niveaux. Quelqu'un qui sait qui vous êtes et qui vous en veux, qui vous en veux vraiment. Et je pense que vous vous doutez du qui et du pourquoi.
- Sieger Holmes, murmura Sally. Mon Dieu, ce n'est tout de même à cause de graffiti ?
- Et la personne que vous avez appelée ? demanda Mary. Qui est-ce exactement ?
- Quelqu'un dont vous ne saurez jamais le nom, lui répondit Anthea. Quelqu'un de très haut placé dans le gouvernement.
- Mais surtout quelqu'un qui semble cacher un vilain secret, ajouta Sally. Mais, est-ce bien ce que j'ai compris ?
- Oh, oui. Mais cela n'a rien de nouveau, des hommes qui fréquentent des jeunes garçons. La pédérastie, c'est aussi vieux que le monde mais ce n'est pourtant pas entièrement accepter. Et pour certains, c'est encore une honte, cela reste un secret, on n'ose pas avouer ses préférences sexuelles, on n'ose pas vivre sa sexualité au grand jour. Surtout lorsque que l'on est une personnalité haut placée. Comme l'homme que j'ai contacté. Il n'osera jamais avouer ses préférences et je sais qu'il nous aidera, ne craigniez rien, Sally. Bon... Et si nous nous occupions de vous, miss Morstan.
Anthea pris le dossier qu'elle avait posé un peu plus tôt sur la table basse et sous le regard intrigué de Mary, elle le consulta quelques instants.
- Je sais que vous vous posez des questions sur la mort de vos parents, dit-elle. Que vous n'avez jamais crut que leur mort avait été accidentelle ?
- Non, lui répondit Mary. Jamais. Mon père était un pilote expérimenté et il s'occupait lui-même de l'entretien de son avion. Mais... vous savez quelque chose ? C'est bien cela ?
- Oui, en effet. Je connais la raison de leur mort et vous aviez raison, leur mort n'était en rien accidentelle.
Mary devint livide et ce fut au tour de Sally de passer son bras autour des épaules de la jeune fille.
- Et... et que s'est-il passé ? demanda-t-elle. C'était bien à cause de leur lutte contre l'excision des fillettes, n'est-ce pas ?
- Non, lui répondit Anthea. C'est... Voyons, comment vous expliquer ? Dans les dernières années qui ont précédé leur décès, vos parents venaient en aide aux Africains souffrant du SIDA. C'est à dire qu'ils ne se contentaient pas de les soigner, de donner des conseils de prévention, ils tentaient également d'obtenir la gratuité des traitements. Et cela ne plaisait pas à certaines personnes.
- Oui, je sais. Et ce n'est pas nouveau. La plupart des Africains pensent que l'épidémie de SIDA est causée par les mauvais esprits, le mauvais oeil, une malédiction lancée par les sorciers. Et les prêtres qui refusent l'usage du préservatif ne font pas mieux.
- Ce n'est pourtant pas cela et ces gens, même si ils ont des idées arriérées, n'y sont pour rien. En fait, vos parents avaient découverts un trafic sur les médicaments. Un trafic meurtrier. Les médicaments qu'on leur fournissaient n'étaient en fait que des placébos, ne pouvaient absolument rien soigner. Les véritables médicaments, ceux qui auraient pu sauver des vies étaient vendus au marché-noir. Un trafic qui rapportait et rapporte encore des sommes énormes. Des millions, pour être précis.
- Alors, c'est ça ? C'est pour cela que mes parents sont morts ?
- Oui, et sans eux ont n'aurait jamais rien découvert. Mais, malheureusement, ils sont allés trop loin dans leur enquête et... et...
- Mais comment avez-vous appris cela ? Pourquoi le MI6 s'est-il intéressé à cette affaire ?
- Oh, par accident. L'un de nos agents de terrain était à l'époque en mission au Kenya. Il a surpris une conversation et lorsqu'il a réalisé de ce dont il s'agissait, lorsqu'il a compris ce qui se préparait, c'était malheureusement trop tard. Il n'a pas réussi à prévenir vos parents à temps. Leur avion a malheureusement décollé et... Mais il s'est assuré d'une chose, que vous n'étiez pas vous aussi visée, que vous étiez en sécurité.
- Alors, j'avais un ange gardien sans le savoir ? Mais, cet homme ? j'aimerai tant pouvoir le remercier. Je sais qu'il n'a pas réussi a sauver mes parents mais il a au moins essayé. J'aimerai pouvoir le remercier. Vous croyez que s'est possible ?
- Mais certainement, cela n'a rien d'impossible. Et je suis certaine qu'il sera heureux de savoir que vous allez bien.
Mary s'était levée et après un moment d'hésitation - après tout, elle l'a connaissait à peine -, elle s'approcha d'Anthea et jetant ses deux bras autour du cou de la jeune fille et l'embrassa sur les deux joues. Puis, rouge de confusion, elle courut vers la porte mais se retourna un instant et s'écria : " Oh, merci ! Merci ! " Puis on l'entendit monter l'escalier en criant : " Hadiya ! Hadiya ! "
Anthea et Sally la regardèrent partir en riant.
- Je pense que c'était la seule chose qu'elle désirait savoir, dit finalement Anthea. La façon dont sont morts ses parents. Quant à moi, j'aurai tellement voulu lui dire que les responsables de leur mort avaient été arrêtés. Mais saura-t-on jamais qui ils sont ? Ils sont sans doute protégés par des gens extrêmement puissants. Ce trafic de médicaments est tellement important. Un trafic au niveau mondial, vous savez. C'est INTERPOL qui est chargé de l'enquête mais malgré tous leurs moyens à leur disposition, ils en ont certainement pour des années avant d'arrêter tous les responsable.
- On ne peut pas tout obtenir, lui dit Sally. Si tel était le cas, cela se saurait et la vie que nous vivons aurait le goût du miel. Mais, malheureusement, elle a souvent un goût bien amer.
Elle avait à peine prononcer ces mots, qu'un bruit ce fit entendre dans un coin du salon. Sur le petit bureau, le fax s'était mis en marche et la réponse tant attendue apparue bientôt. Sous le regard anxieux de Sally, Anthea prit la feuille imprimée, la consulta et se tourna enfin vers la jeune femme, un grand sourire aux lèvres.
- Et bien, vous pourrez dire qu'aujourd'hui votre vie a un goût de miel.
Lorsque Sally eut la feuille entre les mains, il lui fallut s'y reprendre à plusieurs fois pour vraiment comprendre se qu'elle lisait tant le contenu était incroyable.
- C'est vrai ? s'exclama-t-elle. C'est vraiment vrai ?
- De toute évidence, lui dit Anthea en riant.
- Oh, mon Dieu ! Venez vite, il faut tout de suite monter pour leur annoncer la nouvelle. Si je garde cela pour moi, je sens que je vais exploser.
Quelques minutes plus tard, elles se trouvaient à nouveau dans l'appartement du premier étage. Elles y furent accueillies avec joie - Mary avait déjà raconter ce qui s'était passer - et lorsque Sally brandit la réponse qu'elle avait reçue, tout le monde voulu savoir ce qui était écrit sur la feuille. Alors, ne pouvant plus elle-même attendre, Sally lu d'une voix éraillée par l'émotion :
" Monsieur le haut-commissaire représentant la police métropolitaine de Londres tiens à présenter ses excuses au détective-sergent Sally Donovan pour les erreurs qui ont été faites. Elle ne devra donc tenir aucun compte des décisions qui ont été précédemment prises. Le haut-commissaire tiens par contre à lui faire savoir que : 1° elle est nommée dès à présent au grade de lieutenant, 2° son salaire présentera désormais une augmentation de 10 %, 3° un congé exceptionnel de deux mois lui est accordé. Cette décision prend effet immédiatement. "
Puis, elle tomba à genoux près de Mycroft et prenant ses mains dans les siennes :
- Merci, merci mon ami. Jamais je n'oublierai ce que je vous dois. Jamais nous n'oublierons. Mary sait maintenant ce qui est arrivé à ses parents et je sais à quel point son âme doit être apaisée. Quant à moi, vous m'avez seulement rendu ma vie.
Mycroft se contenta de lui sourire puis, levant les yeux vers Anthea, il lui adressa un hochement de tête entendu. La jeune fille se contenta de hausser les épaules d'un air de dire : je n'ai pas fait grand chose.
Mycroft n'était plus allongé dans le lit, il ne se trouvait même plus dans la chambre. On l'avait installé dans le salon, confortablement assis sur le divan de Sherlock, un oreiller soutenant son dos et un plaid couvrant ses jambes. Le bol vide qui avait contenu la soupe que Chiarra lui avait monté plus tôt dans l'après-midi et qu'il n'avait alors pas eue la force de boire, était posé près de lui.
Après l'injection que lui avait fait Hadiya, il s'était senti la force de se lever. On l'avait aider à faire une courte toilette, à changer de pyjama et à revêtir sa robe de chambre pendant qu'on mettait des draps frais dans le lit. Il se sentait maintenant beaucoup mieux mais, pourtant, malgré tous les soins dont on l'entourait, il ne désirait qu'une seule chose :
- J'aimerai tant pouvoir parler à Sherlock, dit-il. Je voudrai tant savoir comment va mon petit frère.
- Mais il n'y a rien de plus simple, lui dit Hadiya. Je dois de toute façon appeler John Watson. Veuillez m'excuser un instant.
Le médecin kenyan prit son portable, composa un numéro et fut bientôt en communication avec son correspondant.
- Docteur Watson ? Et bien, cher confrère...
Et tout en parlant, il s'éloigna de quelques pas. La conversation ne dura que quelques minutes mais personne n'entendit ce qu'il disait. Puis, lentement, il revint. Il souriait. Chacun pouvait sentir, sans pourtant le voir, que John Watson était rassuré comme chacun l'était désormais dans la maison.
- Mycroft pourrait-il parler à Sherlock ? demanda enfin Hadiya.
Il y eut un bref instant de silence. Un instant qui fut pourtant trop long pour le pauvre Mycroft.
- Il ne veut pas me parler, gémit-il. Mon petit frère ne veut pas me parler. Il sait ce que j'ai fait et il ne veut pas me parler.
- Mais bien sûr que non, s'exclama Hadiya en lui tendant son téléphone. Pourquoi Sherlock refuserait-il de vous parler ?
Mycroft regarda sans vraiment réaliser le portable qu'on lui tendait et enfin, il s'en empara. Ou, plutôt, il l'arracha pour ainsi dire des mains du médecin Kenyan qui ne put s'empêcher de rire. Et le portant à son oreille :
- Sherlock ? Sherlock ? Oh, mon Dieu, Sherlock !
- Oui, c'est moi. C'est moi, Mycroft.
- Oh, Sherlock. Je suis désolé, je suis vraiment désolé. Tout est de ma faute, tout est arrivé à cause de moi.
- Non, My. Tout va bien. Ne t'inquiètes pas, tout va bien. Tout va bien, je vais bien. Tout seras bientôt oublié.
- Non, Sherlock, non. Ecoute, écoute-moi. Tout est de ma faute, j'ai tout dit, je lui ai tout dit. Il a tout su et à cause de cela, il a... tu as...
- Et c'est pour ça que tu as... Tu n'es qu'un idiot, mycroft. Et même si j'étais vraiment mort, tu n'avais pas à faire une telle chose. Pourquoi voulais-tu mourir toi aussi ? Tu les auraient laissés seuls. Et comment auraient-ils faits pour survivre à ce nouveau chagrin ?
- Mais, Sherlock...
- Non, My. Tu n'es qu'un idiot, Mycroft Holmes. Mais tu es un idiot que j'aime. Tu est mon grand frère, My.
- Je t'aime aussi, mon Lockie. Je voudrais tant te voir. Oh, je le voudrais tant.
- Très bientôt, My. Très bientôt, si tu fait ce qu'on te dis. Tu le feras, My ? Tu les écouteras ? Tu leur obéira. ?
- Oui, Lockie. Oui, Sherlock.
- Alors, c'est bien. Tout seras bientôt terminé et nous nous verrons bientôt. Très bientôt.
- Oui, Lockie, oui. Je t'aime, petit frère.
- Je t'aime aussi, My. A bientôt, My. A bientôt.
- A bientôt, Lockie.
Mycroft ferma les yeux et laissa tomber le téléphone sur ses genoux. Les larmes coulaient sur ses joues, mais s'étaient des larmes de joie. Il avait entendu la voix de son petit frère.
- Il va bien, murmura-t-il. Il va bien, il va bien. Oh, mon Dieu, merci, merci. Mon petit frère va bien.
JoOoOoOo
Finalement, tout semblant être pour le mieux.
Lorsque Mycroft rendit son portable à Hadiya, ses yeux étaient brillants et sur ses lèvres, flottait un léger sourire. Et comme chacun le regardait, son sourire devint éclatant.
- Il va bien, s'exclama-t-il. Sherlock va bien. Il a dit que j'étais un idiot.
Quelque part dans Londres, un ex-médecin militaire regardait son compagnon, et son regard se voulait choqué. Mais c'était impossible, tant le sourire du jeune homme allongé dans le lit était malicieux.
Sherlock venait de lui rendre son téléphone. Il soupira d'aise et se laissa aller contre ses oreillers. Le jeune homme semblait satisfait de ce qui venait de se passer.
- Je vois que les choses reprennent les places qui leurs sont dévolues, dit John Watson. Au moins tu n'as pas changé.
- Ah, oui ? lui répondit Sherlock avec une expression faussement innocente sur le visage. Comment cela ?
- Sherlock Holmes, vous n'êtes vraiment qu'un petit sournois. Tout de même, pauvre Mycroft.
- Pauvre Mycroft ? Mais, John, quand on se comporte comme un idiot il faut toujours s'attendre se faire traiter d'idiot.
John eut alors un peu honte de la pensée qui lui vint, mais il était absolument d'accord avec son compagnon. Et lorsque tous deux se regardèrent, ils ne purent s'empêcher d'éclater de rire.
* Le syndrome de Stockholm désigne un phénomène psychologique où des otages partageant longtemps la vie de leur geôliers développent une empathie, voir une sympathie envers ces derniers.
