Disclaimers : No, no... Not me ! Well, je ne possède rien d'autres que les pensées d'Edward dans ce chapitre.

AN : Merci, une fois de plus.

A part ça, je voulais répondre à une question qui me vient de plus en plus souvent (la fin de l'histoire approche, en même temps...). Non, je ne ferais pas les tomes suivants du POV d'Edward. Ce n'est pas que ça ne me plait plus, j'aurais toujours autant de plaisir à écrire, mais... Le livre prend trop d'importance, il prend le pas sur mes propres idées au fur et à mesure que j'écris, et j'aimerais avoir plus de libertés dans ce que je fais. Donc voilà. Ce sera bel et bien terminé dans 3 chapitres maintenant.

J'ai cependant peut-être un autre projet, dont je parlerais après avoir posté l'épilogue de cette histoire. Mais pour l'instant, bonne lecture, et profitez de ce chapitre !


Emmett et Carlisle parlaient doucement à coté de moi, mais je ne pouvais me concentrer sur leurs paroles. Je ne pouvais me concentrer sur rien, à vrai dire.

J'avais compté les minutes qui s'étaient écoulées depuis le décollage, passant plus lentement les unes que les autres. Je ne gardai pas en mémoire combien avaient passé, me contentant de reprendre inlassablement le compte des secondes. Je me maintenais en activité, pour garder à la fois la notion du temps et de l'urgence de la situation.

Je ne savais toujours pas ce que nous allions faire de Bella, une fois que nous l'aurions rejointe. Il faudrait la cacher, je le savais déjà, mais je ne pouvais songer à un endroit qui soit particulièrement sur. Il faudrait fuir, seulement. Le plus loin possible, sans avoir rien prévu. Diantre, je détestai déjà ce qui allait nous arriver.

Emmett me lança un nouveau regard, et je jetai un œil par la fenêtre. Le sol s'était rapproché, nous arrivions. Enfin.

D'un coup, je ne tins plus en place. Mes pieds se mirent à taper sur le sol, presque d'eux-mêmes, un rythme qui m'était inconnu. Mes mains tremblaient sans que je puisse les contrôler. Une hyperactivité qui ne me convenait guère, alors que j'essayais de me calmer.

Mais dans mon esprit, les mêmes pensées défilaient toujours. Une alternance de visages, celui de Bella, celui de James. Je les reliai, espérant cependant ne pas avoir à le faire dans le futur.

Dans vingt minutes, l'avion se poserait, et nous pourrions descendre. Une demi-heure, et nous serions avec Jasper et Alice, plus forts à cinq pour protéger Bella. Je secouai la tête.

Carlisle et Emmett avaient de nouveau attaché leurs ceintures, notre descente commençait réellement à s'amorcer. Je fixai le hublot, voyant plus la fenêtre que l'extérieur, tentant de nouveau de stabiliser mon attention.

Mon frère posa une main ferme sur mon bras, m'enjoignant de garder mon calme. Les personnes des rangs autour de nous me fixaient, étonnés ou fâchés. Mes mouvements n'avaient pas cessé.

Je fixai le plafond de l'avion. Et les minutes défilèrent, les unes après les autres. Pas plus vite qu'avant, pas plus lentement qu'elles ne le seraient plus tard.

Et puis, je me levai. Je ne guidai pas réellement mes pas, je passai devant Emmett et Carlisle qui s'effacèrent un instant sur mon passage. J'étais conscient des regards posés sur moi alors que je passai les rangées de sièges, les unes après les autres. Aucun bruit ne m'atteignait, ni les chuchotement des passagers, ni les bourdonnements des gens qui se lèvent, qui récupèrent leurs sacs, déroulant leurs muscles endoloris. Pas non plus les rires, les soupirs de soulagement de ceux qui ont eu peur de l'atterrissage.

Les pas de ma famille étaient juste derrière les miens, discrets comme toujours alors que j'atteignait l'avant de l'appareil. Je ne remerciai personne, ne prêtai pas attention au sourire figé de l'hôtesse, me contentant de poser mes pas dans ceux des personnes qui m'avaient précédé.

Les terminaux se ressemblaient tous dans mon esprit, en cet instant, succession de gris et de blancs, de murs impersonnels et de murmures excités. Je ne jetai pas un œil sur ceux qui m'entouraient, ne cherchant que le visage de Bella dans la foule, son sourire, et son appréhension, aussi. Cherchant à son odeur là où elle aurait pu se trouver. Mais dans une telle foule, je n'arrivai pas à discerner sa senteur, ni sa trace. Les gens qui se retournèrent sur notre passage, les visages qui se tendent, Emmett qui écarte la foule autour de lui, ses sens tendus, incertain de s'il saura contrôler sa faim.

Repérer les pensées d'Alice était toujours difficile, mais j'avais espéré qu'aujourd'hui elle éclaircirait son esprit, me permettant de les retrouver plus facilement, plus rapidement encore. Je ne pouvais pas être le seul à avoir peur.

Et pourtant, je ne la trouvai pas. Mes yeux tournaient dans le hall, s'arrêtant sur chaque visage. Emmett était à deux pas derrière moi, scannant la pièce entière, une tête au dessus du reste de la foule. Je soupirai. Nous ne les trouverions pas de cette manière.

Et puis, soudainement, je sentis Carlisle ralentir dernière moi, et poser l'une de ses mains sur mon épaule. Je me retournai, les sourcils froncés. Son bras était tendu en direction de l'un des bancs.

Alice se tenait là, seule, la tête baissée. Son étrange coiffure attirait les regards, à moins que ce ne fut sa petite taille… Ou son manque d'humanité. Ses mains étaient crispées sur un petit objet que je reconnus immédiatement : le mobile que mon père lui avait donné au moment de notre départ. Je serrai les lèvres.

Pourquoi était-elle seule ?

Elle releva la tête un instant, comme si elle avait entendu ma question. Ses yeux rencontrèrent les miens et elle fit le geste que j'attendais le moins. Elle sourit, largement, avant de nous demander de la rejoindre d'un signe de la main. Comme si nous n'en avions pas eu l'intention.

Je m'approchai, rapidement, fendant la foule dans un scénario mille fois utilisé. Comme si le monde s'écartait autour de moi, me permettant de rejoindre celle que je voulais. Mais en réalité, c'était moi qui écartait les humains agglutinés autour de moi… Et Alice n'était pas exactement celle que je voulais voir, en cet instant.

Elle sourit plus largement alors que nous arrivions à ses cotés. Et ses pensées étaient toujours cachées, plus par réflexe que par réel besoin, je le comprenais.

-Carlisle, Emmett. Edward.

Elle nous salua l'un après l'autre, très calmement. Je cherchais toujours autour de moi.

Carlisle et Emmett répondirent à son salut, mais ils pensaient la même chose que moi.

-Alice.

Ma voix était à l'opposée de la sienne, bien que j'eus fait de mon mieux pour en cacher les tremblements.

-Où est Bella ?

Un sourire. Encore un. Je me mis à respirer plus calmement. Si Alice souriait…

-Avec Jasper. Elle avait…

Et Alice qui s'arrête. Et son regard vide, que je connais trop bien. Ses jambes qui se dérobent sous elle, comme jamais elles ne l'avaient fait auparavant. Ses sourcils qui se froncent, intense concentration. Elle tremble.

Comme moi dans l'avion quelques dizaines de minutes auparavant. Comme Bella quand elle a froid, quand elle a peur.

Ses yeux qui se ferment, elle est revenue à elle même, elle m'entend, elle sait.

Carlisle s'est penché pour la rattraper avant qu'elle ne heurte le sol. Le bruit autour de nous a disparu, les murmures, les sourires. Le sien et le mien en même temps.

Elle est dans les bras de Carlisle, elle a l'air si fragile, si triste… Elle se relève, et maintenant elle semble forte. Curieux contraste. Et pourtant, quand elle lèvre les yeux, elle évite mon regard. Sa poitrine se soulève, comme quand si elle allait se mettre à pleurer. Comme si des sanglots allaient surgir de sa poitrine, ainsi, aussi vite. Je secoue la tête, et alors, elle me regarde.

Et ses pensées se mettent à s'ouvrir, dans mon esprit. Pas parce qu'elle le souhaite, mais parce qu'elle ne peut pas faire autrement. Elle est émue, elle est choquée, et elle ne peut que déverser sa peur en moi.

Et j'ai peur aussi, d'un coup.

Bella qui s'éloigne, avec Jasper, sans se retourner. Jasper qui la suit, ne marche pas à ses cotés. Ils ne parlent pas, ils ne savent pas quoi se dire, aussi gênés l'un que l'autre. Il a peur parce qu'elle a peur aussi. Il le sent, et il est mal à l'aise. Un blanc, d'un coup, et puis l'image de Jasper, seul, tendu, devant une porte. Au milieu de la foule, les traits tirés, les yeux noirs. Il ressent la soif, on peu le lire dans ses traits. Mais il ne va pas abandonner, il est là pour une raison.

Et puis, enfin, Bella. Bella, seule, au milieu d'une pièce vide. Pas un bruit autour d'elle, et pourtant elle a peur, et pourtant elle tremble. Elle regarde autour d'elle, sans trop savoir quoi faire, ou quoi dire. Elle ne sait pas ce qui va s'ensuivre.

Je rouvre les yeux. Alice se tient en face de moi, les lèvres pincées.

-Alice. Où est Bella ?

Elle respire profondément. Je sais déjà la réponse. Bella n'est pas là.

-Elle est… partie avec Jasper. Elle a dit qu'elle… Elle avait faim. Il a du s'introduire dans l'aéroport, et…

-Où est-elle ?

Ma voix est plus sèche que ce que j'aurais voulu. Je lui fais peur, en cet instant. C'est pour le bien de Bella, j'essaye de m'en convaincre.

-Ils sont partis par là.

Elle me montre la droite du doigt. Alors, Carlisle s'assoit à coté d'elle. Moi, je suis la direction de son index, Emmett sur mes talons. En effet. Son odeur est plus forte, par là. Moi qui avais eu tant de mal à la repérer en entrant dans le hall, je ne sens plus qu'elle à partir de maintenant. Je fends la foule, je ne regarde pas sur les cotés. Seul ce qui est devant moi m'importe.

Jasper est là, debout, tous les sens en alerte. Je le lis dans son esprit, il croit que Bella est encore derrière la porte, dans les toilettes de l'aéroport. Mais il a des doutes… Cela fait plus d'une demi-heure. Il ne sait pas trop quoi en penser, il y a tellement longtemps qu'il n'a pas eu ce genre de besoins.

Et là, maintenant, il me voit arriver. Ses sourcils se froncent, parce qu'il ne sait pas trop quoi en penser. Mais il décroise les bras de sa poitrine. Et puis, il voit mon expression. Et il sait, d'un coup, il lit mon angoisse, pas seulement sur mes traits.

Il se retourne. Et je suis à ses cotés en quelques secondes. On le sait déjà, Bella n'est pas là. Son odeur est toujours là, mais…

Il ouvre la porte. La pièce est vide, personne. Bella a disparu.

Je sens. Je regarde autour de moi. Une deuxième porte, qu'aucun de nous n'aurait pu prévoir. Je me retourne vers Jasper.

Il secoue les épaules, dépité. Ses yeux sont aussi tristes que les miens.

-Je suis désolé, Edward. Je n'ai pas…

Je balaye ses excuses d'un geste de la main. Peu importent les raisons, à présent, ce qu'il faut, c'est la retrouver. Vite.

Je sors, rapidement, et la porte claque derrière moi. Jasper, sur mes talons, ne fait aucun effort pour la retenir. Les autres nous attendent déjà à l'extérieur. Je me dirige droit vers Alice. Il est plus facile de la blâmer, elle.

Elle lève les yeux vers moi. Elle a peur, elle aussi. Mais rien n'y fait, il faut que je rejette ma peine, ma colère sur quelqu'un. Bella a disparu.

-Comment as-tu pu la laisser seule un seul instant !

-Elle était avec Jasper !

Le ton de ma sœur est froid, comme si elle essayait de se retenir de crier, de laisser éclater sa déception, sa honte. Je secoue la tâte alors qu'elle continue.

-Elle a juste dit qu'elle avait faim. Elle ne voulait pas que je l'accompagne… Mes visions n'ont pas changé, Edward !

Elle se fige. Ses yeux se fixent sur ma main, une seconde. Elle vient de réaliser quelque chose. Je la secoue, doucement. Elle ne réagit pas. Je la secoue, violemment. Vite !

-Mes visions ont changé il y a quelques heures… Une décision a été prise, très rapidement. J'étais persuadée que… James avait eu l'intention de rattraper Bella, très rapidement. Mais si c'était le cas, il ne pouvait en être sur. S'il l'avait maintenant, mes visions auraient de nouveau changé… Il n'y a que deux explications.

Je n'ai pas le temps de jouer aux devinettes, Alice, et je ne le veux pas ! Je hausse les épaules, attendant la suite de son récit. Elle a baissé les yeux, évitant mon regard. Mon souffle est de plus en plus erratique. Son esprit est de nouveau noir pour moi, et je n'aime pas ça.

-Il se peut qu'elle lui ai échappé, auquel cas il espère toujours. Ou…

-Dépêche-toi !

Mes mains tremblent de nouveau, et je ne peux rien faire pour les en empêcher. Jasper s'est posté derrière Alice, épaule secourable au cas où elle craquerait. Elle tremble aussi.

-C'est elle qui nous a faussé compagnie.

-Pardon ?

-Il a du entrer en contact avec elle, d'une quelconque manière, et nous n'avons rien vu. Elle a décidé de s'en aller, de… Peut-être d'aller le retrouver… Mais je ne sais pas où !

Sa voix se casse, et mon pied frappe le sol, violemment. Carlisle et Emmett sont à coté de moi, et leurs yeux sont emplis de pitié envers Alice. Je renifle. Je ne sens plus rien.

-La maison de sa mère.

Ma voix est basse, je me rappelle de ce que m'ont dit les autres quelques heures auparavant. Il a prévu d'aller dans la maison de la mère de Bella, là-bas, à Phœnix. Il doit savoir qu'elle y est.

Mais Alice secoue la tête.

-Le studio de danse.

C'est Jasper qui a parlé. Ses yeux sont baissés vers Alice, et pourtant c'est à moi qu'il s'adresse. Je le regarde, sans comprendre. Alice hoche la tête, très lentement. Je ne comprends pas, et je n'ai pas le courage d'attendre qu'ils soient en mesure de parler.

-Explique.

J'ai conscience de les brusquer, de laisser échapper des détails, certainement. Mais je suis là, debout au milieu d'un aéroport, sous les regards de centaines d'humains, alors que Bella est seule. Seule, avec James.

Je secoue la tête. N'y pense pas, Edward. Tu y seras confronté suffisamment tôt.

-J'ai eu… Plusieurs fois le même rêve. Je voyais une pièce, longue, fine. Personne dedans, pas d'ombre dans les miroirs qui couvraient les murs. Je ne sais même pas à quel moment de la journée je m'y trouvais, mais il faisait sombre. Aucune lumière n'était allumée, mais des bruits couraient le long des murs, partout dans la pièce. Des murmures, des bribes de conversation que je ne pouvais pas entendre. La voix d'un homme. C'était il y a quelques heures, un jour peut-être, je ne sais plus bien. Alors, Jazz m'a encouragé à le dessiner. Montrer mon rêve, pour qu'il puisse éventuellement m'aider à le décrypter. Mais ce n'est pas lui qui a reconnu la pièce dans laquelle je me trouvais, dans ma vision.

-Bella, je souffle.

Elle hoche la tête, ne reprend pas son souffle. Elle continue, encore. Je bois ses paroles.

-Elle est arrivée dans la pièce alors que j'étais au milieu de ma vision. Ses yeux se sont écarquillés et elle nous a dit qu'elle reconnaissait les lieux. Un studio de danse où elle avait pris des cours quand elle était plus jeune. Elle ne s'en est pas inquiétée sur le moment. Moi un peu plus, mais tous les studios se ressemblent.

Jasper pose sa main sur son épaule. Je devine qu'il y a plus, mais, maintenant, je ne veux plus la brusquer. Elle a besoin de se rappeler d'elle même. Elle n'oublie jamais rien.

-Et puis, continue-t-elle, j'ai eu une autre vision. Dans une maison. James. Je l'ai dessinée, cette scène aussi. Il y est allé, deux fois. Une fois, il faisait nuit, l'autre, il faisait jour. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais il regardait une vidéo. Et alors, j'ai vu de nouveau la salle de danse. Cette fois-ci, il était dedans, et il attendait. Il avait pris sa décision, et… Je n'ai pas vu ce qui se passait, ensuite. Cette scène, je l'ai vue plusieurs fois, aussi. J'ai dessiné la pièce où il regardait la télévision, tentant de comprendre où il pouvait bien se trouver. Alors, Bella a vu le dessin. C'était la maison de sa mère.

Je reste calme, du moins à l'extérieur. Les mots d'Alice s'enchaînent dans mon esprit, sans que j'y trouve de sens logique.

-Je t'ai appelé, j'ai… J'ai tout fait. Dans aucune de mes visions, elle n'apparaissait dans la maison de Renée. Je suis… Je suis persuadée qu'elle n'y est pas. James n'avait pas l'intention d'y rester. A mon avis… Il sait que c'est le premier endroit où nous la chercherons.

-Et le studio ?

Alice respire plus difficilement, maintenant. Elle peine à se rappeler, elle se sent coupable.

Elle a de quoi.

Le visage de Bella apparaît devant mes yeux. Et je prends conscience de la signification des mains de mon père et de mon frère sur mes épaules.

Je veux partir, immédiatement, à sa recherche. Je ne veux pas perdre de temps. Nous avons l'idée d'un lieu, il ne nous reste plus qu'à y courir.

Et ils m'en empêchent. Veulent prendre le temps de réfléchir. Je secoue la tête.

Je ne peux pas partir seul.

-Je ne sais pas. Je ne les ai jamais vu ensemble, là non plus. Il se peut que ce ne soit qu'une étape… Qu'il l'attire là-bas avant de… de partir pour un autre endroit.

-Tu l'aurais vu, non ?

Les autres relèvent tous le visage vers moi. Je n'ai pas conscience d'avoir aboyé… Pas tant que ça. Et pourtant, je lis du reproche dans chacun de leurs yeux.

-Pas forcément !

Je me dégage de l'emprise de Carlisle et Emmett. On ne peut pas savoir… Je ne veux pas perdre encore plus de temps.

-Ce n'est pas sur qu'elle y soit, Edward.

Mon père essaye de me calmer. Risible.

-Jasper, Emmett.

Ils me fixent un instant, partagés entre le doute et l'envie. Et ils se redressent.

Carlisle hausse les épaules et suit le mouvement. Alice marche derrière nous.

Nous sortons de l'aéroport, vite. Nos pas ne font aucun bruit sur le sol lustré, et pourtant les têtes se tournent vers nous, encore.

Il fait beau, dehors, et je rabats ma capuche sur mon visage. Les autres font de même derrière moi. Et nous nous mettons à courir.

A vitesse presque humaine, bien sur. Maintenons la comédie un jour de plus !

Nous montons tous dans la voiture de Carlisle en un instant, et Jasper prend le volant.

Il sait où aller.

Moi, je me perds.

L'odeur de Bella est dans cette voiture, aussi. Il y a tellement longtemps que je ne l'ai pas vue, pas sentie…

Je me retiens de respirer, un instant. Et puis, non. Il y a une chance pour que nous ne la retrouvions jamais… je ne veux pas perdre ces instants.

J'inspire, profondément. Les autres me regardent avec stupeur. Je ne leur rend pas leurs regards.

Jasper ne roule pas assez vite, et mes pieds frappent le sol, encore. Une litanie nouvelle.

-Arrête !

Il est aussi tendu que moi, je le sens. Sans doute à cause de moi, d'ailleurs. Je fais de mon mieux pour me maîtriser. Les paysages défilent, lentement. Succession d'immeubles et de parcs, rues encombrées.

Je me pose la question de sortir, de marcher… Mais non.

Je ne reconnais rien autour de moi. Et Jasper non plus, a priori. Il s'arrête, se tourne vers Alice. Elle a les yeux fermés, elle se concentre. Et elle secoue la tête.

Emmett grogne de frustration. Et il fait ce que j'aurais voulu accomplir… Il sort.

Il est à l'ombre, le soleil ne l'atteint pas. Je le suis, Carlisle derrière moi. Jasper coupe le contact, rapidement.

Je regarde autour de moi, scannant l'esprit de ceux qui m'entourent.

Les préoccupations de tous ces humains… Et aucun qui semble capable de donner la moindre information.

-Nous sommes dans le bon quartier, chuchote Alice.

Elle a du voir notre environnement dans l'un de ses rêves, mais rien de plus. Je soupire.

Il y a trop de monde, si Bella est passée par là, son odeur s'est mêlée aux autres, pour ne plus former qu'un souvenir indistinct dans l'air. Celle de James, au contraire…

Je renifle. Rien.

Jasper a croisé les bras sur sa poitrine, observant les gens passer autour de nous.

-Non !

Ma voix n'est qu'un murmure, et il l'ignore.

Il se penche vers une femme qui vient de nous frôler. Il retient son souffle. Nous le retenons tous, prêts à bondir. Ses yeux sont encore noirs.

Il lui parle, elle tend le bras.

La solution était tellement simple. Demander. Il y avait tellement longtemps que nous n'avions pas du nous adresser à des humains pour une quelconque tâche… il n'y avait qu'à Jasper, qui se mêlait le moins possible à eux, que l'idée était venue. Je soupirai, alors que la direction envahissait son esprit.

Et je marchai.

Mon pas ne m'importait guère, sa vitesse et son humanité. Je marchai, je courai. Les autres me suivaient, ils savaient aussi.

Quelques rues, un tournant… Je m'arrêtai.

Je ne savais pas si je devais continuer. Je ne savais pas si je le pouvais, simplement.

Alice se plaça juste devant moi, les yeux fixés sur le bâtiment qui nous faisait face. Lentement, elle hocha la tête, avant de poser sa main sur la porte.

Nous n'avions pas le temps de réfléchir à un plan. Au moment où le poids de la main d'Alice poussait légèrement la porte, un gémissement parvint à nos oreilles.

A la fois léger et apeuré, sans espoir.

Ma mâchoire s'ouvrit légèrement. Mes dents se desserrèrent.

Le cri était celui de Bella. Elle avait peur et moi aussi.

Emmett, le premier, poussa la main d'Alice pour peser de tout son poids contre la porte. Précaution inutile, vu qu'elle était déjà ouverte. Mais elle céda sous la force, pour laisser à sa place un trou béant.

Un trou dans lequel je m'engageai.

J'avançai, vite, à travers le couloir, me laissant guider seulement par les chuchotements excités de James. Il ne savait pas que nous étions là.

Et puis, d'un coup, c'est l'odeur du sang qui me prit à la gorge, alors que j'arrivai en vue de la salle principale.

Un sang qui coule, qui se répand sur le sol, sans le vouloir vraiment. Le sang versé par un autre. Le sang de Bella.

Je retins ma respiration. Me focalisant sur la colère qui montait en moi, destructrice.

Emmett était juste derrière moi, et il me passa en un instant, alors que je m'arrêtai pour réfléchir, un instant de trop.

Le battant de la porte qui nous séparait de James –de Bella, s'ouvrit en un instant.

Elle était sur le sol, allongée. Des sanglots sortaient de sa gorge, froids. Ses bras le long de son corps, qui ne bougeaient pas. Elle avait déjà abandonné.

Et puis, il était accroupi, à quelques mètres d'elle. Prêt à bondir, à lâcher sur elle à la fois sa violence, sa colère et sa force. Il tourna la tête, légèrement, à notre entrée, et ne bougea pas.

Une seconde qui s'écoule.

Et puis une autre.

J'ai à peine conscience de Bella, mes yeux sont plongés dans ceux de son agresseur. C'est plus un duel qu'un combat. Celui qui de nous deux le premier lâchera aura perdu.

Et je n'ai pas envie de perdre.

Parce que Bella est là, à coté de lui, plus fragile encore qu'avant.

Il m'observe, et je fais de même.

Je ne sais pas où sont les autres, Emmett a disparu de mon champ de vision. Tout, d'ailleurs, a disparu.

Je tiendrais.

Les secondes s'écoulaient, lentement, combats de nos deux regards.

Et puis, tout aussi doucement, il se rapprocha de Bella. Un pas en avant, pour moi.

Un sourire se dessina sur ses lèvres, alors que je voyais l'ombre d'Emmett se rapprocher de lui, imperceptiblement, de l'autre coté de la pièce. Jasper le suivait.

Et puis, avant qu'aucun de nous ait eu le temps de réagir, James a serré son corps contre le sien, comme si elle lui appartenait.

Nous avons tous bondi, en même temps.