Il n'y a pas longtemps, je me suis mise à relire certaines reviews qu'on m'avait laissées, lorsque cette fic n'en était qu'à ses débuts.

J'ai été émue, je crois. Quand je survolais un peu mes premiers chapitres, et que je compare la différence de style par rapport à maintenant. Et quand je regarde après certaines critiques qu'on m'avait faites, je pense pouvoir dire que j'ai quand même progressé, depuis le temps. Il y a des "boulettes" que je faisais à l'époque, que je ne m'aviserais plus de faire maintenant, c'est dire. Du coup, je suis contente, même si je sais que je ne dois toujours pas me reposer sur mes acquis. JAMAIS.

Il m'arrive aussi de zyeuter les RàR de l'époque. Haha, pour la plupart, je rougis - d'embarras et même de honte, parfois. Il m'est arrivé d'en supprimer quelques-unes à une époque où je ne pouvais vraiment pas supporter le comportement que j'avais à l'époque, mais je garde le reste en me disant simplement que c'est assez touchant, au bout du compte. Ça me fera un souvenir de ce que j'étais quand j'avais deux ans de moins qu'aujourd'hui :D

C'était la synthèse de 19 ans d'existence - ou du moins de ces deux dernières années en particulier. Et voici pour vous un bonus juste avant Noël, pour vous faire patienter en attendant le prochain chapitre ! Il ne vous apprendra rien de nouveau, je le redis, et même, il risque un peu de paraphraser un épisode de la fic, et ça tient notamment du fait que je ne me suis pas trop cassé la tête en l'écrivant - après l'épisode sur Tessa, j'avais besoin de m'aérer l'esprit... J'espère simplement que ce bonus vous permettra de cerner un peu mieux l'état d'esprit du personnage... si possible.

Merci à cat, Barbiemustdie, Karakorum (ben zut, jusqu'alors je lisais Kakaorum ! Sans doute mon obsession pour le chocolat qui me fait halluciner...), AvisThestral, Amandine Valentine, Gag et Melfique pour leurs reviews du chapitre précédent. Petit mot personnalisé pour toi, Gag : merciiii ! J'espère que la suite de ma fic t'a plu.


Troisième entracte – La valeur de l'existence

Il avait cinq ans quand c'était arrivé, et donc très peu de souvenirs. A cette époque, il se rappelait très vaguement avoir eu une enfance heureuse, et encore en doutait-il. Il avait deux parents, dont une mère au caractère froid et distant, ce qui ne l'empêchait pourtant pas de veiller à son confort et à sa sécurité. Quant à son père, il était toujours en total désaccord avec elle, et les disputes n'étaient pas rares lorsqu'ils se retrouvaient ensemble.

Natanael était tout petit à l'époque, et il ne prêtait pas vraiment attention à ce qu'il se passait autour de lui. Il ne savait pas qu'il y avait la guerre, que ses parents s'inquiétaient pour son avenir, et pour celui des autres enfants de leur espèce. Déjà, à l'époque, ils se demandaient si leur fils connaîtrait un jour le bonheur d'être élève à Poudlard, l'école de sorcellerie du pays, pays aujourd'hui en péril.

Natanael ne se souciait pas de toutes ces choses. Il était trop petit. Et aujourd'hui encore, il daignait se traiter de naïf. Mais ne l'était-on pas, quand on était enfant ?

Natanael avait oublié son enfance. Il n'en avait peut-être même jamais eu une. Au lendemain de la Bataille de Poudlard, il se rappelait distinctement l'expression du visage de sa mère en lisant les nouvelles de La Gazette du Sorcier, et plus tard quand son grand-oncle « le Ministre » (aimaient-ils à l'appeler) était venu apporter la nouvelle. Voyant son fils debout près d'elle, elle s'était baissée pour l'enlacer longuement, chose qu'elle n'avait jamais faite avant. C'était suffisamment exceptionnel et les mots qu'elle avait prononcés étaient assez forts pour que Natanael sût que rien ne serait comme avant, pour elle : « c'est fini. »

Les jours suivants, on avait souvent sonné à la porte. La plupart du temps, c'étaient des membres de la famille, avec lesquels Maman finissait toujours pas se disputer. Et puis enfin, il y avait eu les gens. Toujours masqués, tout de noir vêtus, d'aspect menaçant. Ils venaient pour lui, ils ne cessaient de prononcer son nom. Et sa mère secouait la tête en se dressant dignement pour leur afficher sa décision. Ils partaient en murmurant des malédictions, et le soir, Natanael tremblait dans son lit, songeant que c'étaient des monstres qui allaient l'emporter pour le manger, comme dans ces contes qu'on lui lisait.

Et puis était arrivé ce jour, il ne savait plus quand. La porte avait claqué, les gens étaient entrés avec leurs baguettes, avaient tué l'Elfe de Maison et pris en otage sa mère. Ils l'avaient appelé, et lui, à peine vêtu, était descendu sans comprendre. Sa mère avait hurlé, s'était déchaînée, mais ils l'avaient fait taire d'un sort, et le chef de la bande avait fait signe à Natanael de s'approcher, lui parlant doucement. Le petit garçon s'était effrayé, avait dit non, et demandé ce qu'ils faisaient à sa mère. Elle pleurait, elle suppliait silencieusement son fils, mais il ne savait de quoi. Le chef l'avait pris par le bras, avait ordonné qu'on la lâchât, et ils avaient pris le chemin de la porte. Maman avait hurlé, avait pris sa baguette et lancé des sorts, sans jamais atteindre ses cibles. Les gens étaient sortis de la maison et avaient transplané avec lui, petit encore, pour une destination encore inconnue.

Ils n'avait jamais revu sa mère depuis.

Les gens l'avaient emmené dans un vaste corridor obscur, et il avait pris peur, songeant que c'était l'endroit où ils allaient le manger. Mais ils s'étaient contentés de l'escorter, et en ouvrant l'une des portes, il avait eu la surprise de voir une dizaine d'autres enfants, qui jouaient et piaillaient. Le chef l'avait poussé en lui disant : « voilà ton nouveau chez toi. »

Il s'était retourné, les avait regardés, et demandé : « mais Maman ? »

Ils avaient ricané : « Plus de Maman, plus jamais. Ça m'étonnerait que tu saches encore ce que c'est, dans quelques années. »

Il n'avait pas compris ce qu'ils voulaient dire. Ils avaient refermé la porte et s'était retrouvé avec les autres gosses.

Ils avaient eu raison. Natanael s'était vite laissé emporter par le cours des événements, et savoir ce qu'étaient des parents était devenu le moindre de ses soucis. Petit, on l'avait éduqué au sein du Nouveau Ministère, avec les autres marmots qu'il avait rencontrés ce jour-là. Ils étaient devenus ses camarades, ses frères et sœurs d'infortune, et les surveillants les élevaient dans un but qu'ils ignoraient encore. On leur disait qu'il ne fallait jamais crier, jamais pleurer quand on avait mal, et surtout ne jamais se venir en aide mutuellement. On leur apprenait à ne penser qu'à eux-mêmes, en attendant le jour où ils apprendraient la magie. Enfin, on ne faisait pas cas de leur amour-propre.

Le premier jour de son apprentissage, Natanael était déjà bien formé. Il était doué en magie, il était le plus égoïste de tous, et pourtant, il n'était pas le plus fier ; toujours, ces mots qu'il avait entendus resteraient imprimés en lui, des mots marqués à vif, comme du fer rouge :

« Vous ne valez rien. Votre existence n'a aucune importance. Vous n'avez ni parents ni amis pour vous prêter attention. Vous avez été triés sur le volet, mais pour autant, vous n'êtes pas l'élite. Votre unique but, c'est de faire don de votre vie. Peu importe pourquoi, peu importe comment, mais ceci afin de servir notre Maître à tous. N'oubliez jamais cela. »

Alors Natanael avait fini par donner une légitimité à ces mots, à force de se les entendre dire. Rien ne l'attendait, dehors, et la vie lui semblait de toute façon bien fade. Il n'était entouré que d'enfants hargneux, abandonnés, élevés dans l'adoration d'un être. Le Seigneur était leur seul parent, leur seul ami, la seule personne à aimer. Les autres n'en valaient pas la peine. Ils n'étaient pas le Seigneur, et leur vie avait bien moins de valeur. Mieux valait préserver la vie de leur Maître à tous plutôt que celles de milliers d'autres.

Tous les matins, midis et soirs, il y avait les prières. Et puis les séances de combats, que Natanael adorait, car elles lui permettaient d'évacuer toute sa rage. Sa baguette faisait corps avec lui et il ne s'en séparait plus, même pour dormir. Il y avait les cours plus théoriques, mais qu'il trouvait ennuyeux. Il y avait les séances d'écriture du Vox, mais là encore, ayant une mémoire auditive performante, le garçon les trouvait inintéressantes à mourir. Il retenait toutes les formules-clés et savait les ressortir en certaines occasions, si bien qu'il n'avait jamais besoin d'ouvrir sa bible en dehors des cours et des prières. Le soir, il les récitait, la nuit, il en rêvait. Il était imprégné de cette religion. On l'encourageait à ne penser que par elle. Elle devenait sa raison de vivre, et il était inenvisageable pour lui d'avoir une autre philosophie de vie.

Bien sûr, les doutes ne manquaient pas, parfois. Plusieurs « bons » éléments s'étaient déjà laissés aller à formuler leurs pensées, un jour, et soit on s'était moqué d'eux, soit dans les cas extrêmes, on les avait corrigés publiquement. Natanael avait déjà été victime de cette injustice, un beau jour. Il avait été dénoncé pour avoir murmuré des insanités dans son sommeil, par un de ses camarades de chambre. Les enfants s'espionnaient les uns les autres, et il arrivait souvent qu'un différend les amenât à se mettre des bâtons dans les roues. Le garçon, pour se venger des moqueries de Natanael, était allé voir le surveillant des chambres, et l'enfant avait été soumis à la correction d'usage.

Natanael n'avait jamais oublié cette humiliation. Il avait par la suite battu son camarade presque à mort au cours d'une séance de duel. Le garçon avait survécu, mais Natanael n'avait eu qu'un regret, c'était de ne pas l'avoir achevé, quand bien même des spécimens comme eux, qu'on élevait précieusement, étaient rares. La vie, dans son sens général, la sienne et celle des autres étaient devenues sans importance. Il ne voyait que par le Seigneur, la seule personne véritablement importante pour lui. La seule personne qui paraissait le comprendre dans ce monde si noir. La seule personne qui le touchait vraiment, par ses mots si forts et compréhensifs.

A dix-sept ans, au terme de son éducation si spéciale dont seuls les membres du Nouveau Ministère savaient quelque chose, Natanael avait été mêlé à la populace. On lui avait appris à quel point il était différent des gens normaux, et qu'il ne connaîtrait pas le même destin qu'eux tous. Quand certains étaient destinés à de hautes fonctions, d'autres devaient se battre, ou servir, ou mourir. C'était l'ordre des choses. Natanael exécutait les ordres et accomplissait des missions spéciales pour le Seigneur. On lui avait demandé une tâche tout à fait basique : relever l'activité d'un camp, au sud du pays, pour vérifier que tout s'y déroulât bien. Lorsqu'il serait plus âgé et expérimenté, le jeune homme savait qu'on lui confierait des ordres de missions plus complexes et dangereux. Du moins, si la mort ne le prenait pas avant.

Natanael établissait donc des comptes-rendus au fil de ses observations. Il était considéré comme un bon élément, et en était fier. Mais il savait que ce qu'il faisait n'était pas encore assez pour le Seigneur. Il rêvait de lui donner une entière satisfaction, en exauçant le moindre de ses vœux, au détriment de son propre bonheur s'il le fallait. Et de toute manière, qu'était le bonheur, finalement ? Il n'arrivait pas à donner une définition exacte de ce mot, et il doutait même que la notion existât réellement. Les hommes étaient des imbéciles, à croire que des choses pouvaient être vraies simplement parce qu'ils les imaginaient. Il pensait que la véritable puissance, en magie, découlait du pouvoir, et non de sentiments superflus et instables. Ainsi, seul le Seigneur la détenait, cette puissance. Elle n'appartenait qu'à lui. Il lui arrivait de la donner, mais jamais sans un but bien arrêté ; aussi, quand ce but était atteint, il la reprenait tout aussi vite des mains de celui à qui il l'avait confiée.

Tout à son obsession, Natanael était de ce fait complètement éloigné des mœurs de la société. Il ne la comprenait pas, et il en était exclu. Lorsqu'il voyait deux membres du camp commencer à se rapprocher ou à se tomber dans les bras, il était à mille lieues de se dire qu'ils étaient en train de se lier d'amitié, voire de tomber amoureux. Il n'analysait cela que comme un comportement suspect ou dangereux, et le mettait immédiatement dans son rapport. Si rien n'était changé, c'était que ce détail ne valait sans doute pas la peine d'être examiné.

En vérité, Natanael avait, au fil du temps, commencé à se faire une idée de l'amour. Il connaissait le mot, mais ne comprenait pas la notion. Elle lui apparaissait encore comme une donnée inutile, qui ne servait pas leur cause. Mais il avait découvert la force véritable qui s'en dégageait, il l'avait ressentie, comme un parfum, et il avait compris. Il avait compris que l'amour pouvait être dirigé envers quelque chose ou quelqu'un. Et il avait su aussitôt à qui il le destinait. Cela l'avait fasciné et terrifié. Il croyait au départ n'agir que dans un but purement objectif, mais la ferveur de ses actes démontrait plus que cela. Il faisait tout par amour. Pour l'amour d'un seul être. Alors il se plaisait à employer le terme chaque fois qu'il accomplissait un ordre du Seigneur. Il donnait un sens à sa vie, quand bien même on lui disait qu'elle n'en avait pas.

Et puis, il y avait eu cette fois, qui avait changé tout le reste. La routine s'était installée et Natanael était l'un des plus anciens membres du camp. Les attaques s'enchaînaient, les ripostes aussi, mais jamais rien ne se profilait à l'horizon. Jusqu'à l'envoi de ce hibou. Un ordre de mission spécial, une surveillance sur une personne qui devait arriver bientôt. Dans la soirée, il avait fait la rencontre d'une personne qu'il n'avait jamais vue avant, et il avait su que c'était elle. Meryl Greylord, un élément important aux yeux du Seigneur.

« J'imagine que tu viens d'arriver, » lui avait-il alors dit, pour confirmer ses doutes.

Elle avait acquiescé, l'observant des pieds à la tête d'un air curieux et un peu craintif.

« Oui, je viens du Pensionnat de…

-Oui, oui, pas la peine de le signaler. Je m'en fiche comme de l'an quarante. Dans quelle faction tu vas finir, dis-moi ? »

Il l'avait vue se renfrogner, et avait presque souri, avec un semblant de mépris. Une nouvelle petite idiote naïve, comme les autres. Il ne comprenait pas encore très bien ce que lui voulait le Seigneur.

« Je suis soigneuse, avait-elle répondu après un temps.

-Ah ! C'est vrai qu'on en manque ici, s'était-il alors animé. Au dernier combat, le trop grand nombre de morts dans notre camp était surtout dû au fait qu'on avait peu d'infirmiers. C'est bien de garnir les rangs de temps à autre. »

Il voulait la mettre en confiance, pour ne pas l'éloigner trop vite de lui. Si ce n'avait tenu qu'à lui, Natanael ne se serait même pas avisé de lui adresser la parole, mais il n'obéissait pas à ses propres désirs. Il n'était pas maître de lui.

Voyant qu'elle ne répondait rien, il avait pris sur lui de s'avancer vers elle, et de poser une main sur son épaule, un geste familier qu'il n'avait que rarement fait, auparavant. Ce contact le gênait, aussi ne l'avait-il pas prolongé par la suite :

« Je m'appelle Natanael Fudge. Je te souhaite une aussi bonne intégration que possible ici.

-Natanael… Fudge ? J'ai déjà entendu ce nom quelque part, » avait-elle alors remarqué.

Un tressaillement de la mâchoire, un sursaut imperceptible. Le souvenir s'était rappelé à lui, une voix lointaine issue de son passé, une voix désagréable, faussement aimable et chaleureuse… Une voix qui raillait sa mère à cause de ses idées politiques…

« Oh… ça. C'était le nom de mon incapable de grand-oncle. Il était assez connu dans le monde de la magie pour être le Ministre qui a facilité le retour du Seigneur des Ténèbres, puisse t-Il vivre à jamais. Nous ne le remercierons jamais assez pour cela. Bon, si tu veux bien maintenant… me donner ton nom ? »

Il avait souri, heureux de s'être vengé du souvenir amer, et aussi de son passé qui n'avait plus rien à voir avec lui. Natanael n'avait que cinq ans quand c'était arrivé, et sa vie se résumait désormais au Seigneur, et à ses missions. Il devait en accomplir une.

Meryl Greylord lui avait alors donné son nom. Employant le même ton faussement chaleureux que son grand-oncle, il l'avait complimentée, histoire d'être dans ses petits papiers. Béatrice avait bien arrangé les choses. Elle s'était liée presque immédiatement d'amitié avec Greylord et avait voulu les rapprocher. Béatrice qui voulait être amie avec tout le monde, bien naïvement d'ailleurs, et qui croyait voir du bon en tout le monde. S'il savait quelle part sombre son cœur cachait, ainsi que celui de Greylord… Car il avait vite deviné quelles noires pensées agitaient son esprit. La nuit, lorsqu'il surprenait ce qu'elle disait dans ses rêves, et le jour, quand il la voyait regarder autour d'elle d'un œil alerte, comme si elle craignait qu'on l'attaquât par derrière. Greylord était comme lui, elle n'était juste pas élevée pour la même visée. Mais il avait continué à la mépriser en silence, car elle était faible, et les plus faibles devaient mourir dans ce monde créé de toutes pièces par le Seigneur.

Puis était venue l'attaque, non moins virulente que les précédentes, bien qu'ayant fait moins de victimes. Il ne s'était qu'à peine étonné du départ de Greylord, dont tout le monde louait les capacités extraordinaires. Il comprenait pourquoi on lui avait ordonné de la surveiller, et il avait rapidement bouclé son rapport suite au combat. La décision avait sans doute été prise par la suite, lorsqu'elle s'était réveillée de son coma. L'envoyé du Ministère s'était vite entretenu avec elle, et puis tout avait été très vite. Il s'était empressé de la retrouver, avant son départ, ne résistant pas au plaisir de jouer encore un peu avec elle.

Natanael ne connaissait pas le passé de Meryl, et il s'en moquait bien. Mais ce qu'il avait appris l'avait surpris, durant leur brève conversation :

« Alors, tu t'en vas ? Ils ont décidé de te changer, toi aussi ?

- Apparemment oui, je ne leur sers plus à rien.

-Étrange de voir que tu sembles regretter. Il y a deux semaines, je ne te donnais pas deux jours sans que tu te mettes à appeler ta maman pour qu'elle vienne te chercher. J'imagine que ça doit être beaucoup plus plaisant dans ta petite famille où les domestiques te préparent un lit chaud et confortable et t'apportent le petit-déjeuner le matin…

-Je n'ai pas de parents. »

Ah. Il s'était tu un moment. Au fond de lui, une brusque sympathie était née, qui remplaçait son mépris à l'égard de la jeune fille. C'était presque perturbant, mais il avait compris combien ils se ressemblaient, tous deux.

« Toutes mes excuses dans ce cas. J'imagine qu'ils sont morts pour la juste cause. »

S'il savait, à l'époque… Il ne savait pas tout. Greylord était une véritable énigme, qui n'arrivait pas à se résoudre elle-même. La jeune fille avait répliqué sur un ton froid, un peu hargneux, et pourtant, quelque chose la hantait. Elle voulait se connaître, elle était curieuse. La curiosité était un vilain défaut, avait-on enseigné, à Natanael.

« Je te souhaite bonne chance pour la suite. J'espère que tu auras une aussi belle vie que possible, » lui dit-il, finalement, en lui tendant la main une dernière fois.

Il ne pensait pas ses mots, car il ne s'agissait que d'une formule d'usage. Une vie heureuse, ça ne voulait rien dire. Mais dans son ton, il y avait une sollicitude nouvelle, comme s'il se permettait enfin de se rapprocher davantage d'elle. Ils étaient pareils, après tout. Deux êtres abandonnés dans l'impitoyable cours de la vie.

« A toi aussi… Je ne sais pas si on aura le loisir de se revoir un jour.

-Peut-être, répondit-il, avec un sourire mystérieux. Peut-être… »

Et il lui promit alors d'adresser ses adieux à tous les autres, en particulier à Béatrice, lui permettant de s'en aller avec un petit sourire rassuré aux lèvres. Se revoir ? Sans doute. Le Seigneur allait encore avoir besoin de lui.

Il semblait à Natanael qu'il avait attendu toute sa vie cet instant. Ce moment où il ferait la rencontre de l'être qui devait donner un sens à son existence. Meryl n'était pas étrangère à l'exaltation qui l'avait pris, à l'idée qu'il allait jouer un rôle dans sa protection. Meryl Greylord était très importante pour le Seigneur. Il ne l'aurait jamais déménagée, sinon. Et Natanael n'aurait sans doute pas reçu ce médaillon qui lui était destiné, un jour qu'il avait appris la fuite de la jeune fille, et qu'il avait été chargé de le lui remettre si elle venait à revenir par ici. Il savait qu'il ne le devait pas, mais il s'était senti gonflé d'importance. Enfin, il allait peut-être pouvoir manifester son amour pour le Seigneur. Même si cela ne devait laisser qu'une trace effaçable dans le cours de l'histoire, l'effet sur le long terme en serait formidable.


Voilà. Le bonus - le chapitre - le plus court que j'aie jamais écrit. Il n'est pas d'une qualité formidable, je l'admets, je l'ai écrit à la va-vite et ça doit se sentir. La reprise des dialogues du chapitre 3 était voulue, en revanche, et non pas due à une flemme monumentale. C'est d'ailleurs en revenant à mes tout premiers chapitres que j'ai été prise d'un énorme élan de nostalgie : c'est comme si je lisais la fic de quelqu'un d'autre, il me semble l'avoir déjà dit, je ne sais plus quand.

Aaaaah, Noël... Les bougies, les sapins, les petits lapins blancs qui gambadent, la neige, les lutins, Jack Frost... Un SUPER MEGA JOYEUX NOEL A TOUS, et croyez au Père Noël !