Joyeuses pâques à tous, je suis désolée pour le long délai mais je suis en stage en ce moment et je n'ai pas beaucoup de temps. A la base, ce chapitre devait être plus long mais je me suis dit que j'avais assez de retard comme ça et que j'allais le publier ce soir donc... voilà. J'espère qu'il vous plaira, le suivant devrait arriver bientôt (mais il ne sera pas très long puisqu'il devait à l'origine être englober dans celui-là).

Tous mes remerciements à Caromadden (désolée, toujours pas de Severus dans ce chapitre, il va falloir être patient), Zaika (voilà, tu es servie), Philae (moi aussi il me manque ;-) et, effectivement, ce serait un peu ennuyant) et Lily (je t'adore puce) pour leurs reviews qui me font toujours autant plaisir.

XXX

PS : j'espère qu'il n'y a pas trop de fautes d'orthographe, je n'ai pas vraiment eu le temps de me relire et je n'ai pas de bêta (manque de temps aussi) alors bon, si vous trouvez des atrocités, signalez-le moi...


oxoOoxo

Mercredi 6 juin 2006

Lorsque Narcissia et Megan transplanèrent devant l'élégant perron du manoir écossais, deux hommes les attendaient sur les marches. Derrière eux, l'imposante bâtisse se détachait avec majesté sur un ciel turquoise. De superbes roses trémières encadraient la haute porte de bois sombre, s'élançant sur les pierres roses jusqu'aux balcons de fer forgé du premier étage. De part et d'autres de l'allée qui menait au manoir, s'élevaient de vigoureux cèdres du Liban et, plus loin, près des grilles, on distinguait les deux licornes de buis qui semblaient garder l'entrée. De petits bosquets de fushia et de glaïeuls parsemaient les pelouses comme autant de touches de couleurs sur leur écrin d'un vert profond. Et s'est avec ravissement que la jeune femme aux boucles ébène parcourut du regard la réalisation de plus de dix mois de travail…

L'architecte fut le premier à les rejoindre et les salua avec déférence tandis que le paysagiste les accueillait d'un sourire avenant et sincère.

- « Que voudriez-vous voir en premier ? » s'enquit Angus MacBayn avec son fameux accent écossais qui était devenu si familier aux jeunes femmes.

- « Je pense que nous devrions commencer par l'intérieur du manoir » suggéra Megan avec un sourire enthousiaste. « Je dois dresser des listes pour la décoration de chaque pièces » fit-elle en sortant de son sac une épaisse pochette de carton à l'effigie d'Audrey Hepburn et une plume à papote d'un joli mauve pailleté.

- « Alors, si vous voulez bien me suivre » les invita l'homme aux cheveux poivre et sel alors qu'il les précédait dans le hall. « Vos directives ont été suivi à la lettre en ce qui concerne les sorts de protection et mes hommes n'attendent plus que la visite du professeur Dumbledore pour finaliser les derniers boucliers » expliqua t'il avec une nonchalance mêlée de respect.

- « C'est parfait, merci » l'assura la descendante de Merlin, le regard pétillant de ravissement, en posant une main légère sur l'avant- bras de l'écossais.

L'architecte les escorta immédiatement jusqu'au premier étage, Megan, Narcissia et Charlotte s'étant occupés du rez-de-chaussée la semaine précédente.

- « On a déjà fait les bureaux, la salle des professeurs et les adultes aménageront eux-mêmes leurs appartements donc je propose qu'on s'occupe des chambres et des parties communes de l'orphelinat. On commence par les petits ? » fit la jeune femme aux boucles ébène, le sourire aux lèvres, en se tournant vers ses compagnons.

- « Nous te suivons, chérie » répondit l'épouse de Lucius, souriante, avant de passer un bras sous celui de sa cadette.

- « Okay, alors on a quatre petites suites comprenant chacune deux chambres, sauf la dernière qui est plus petite et n'en comprend qu'une, avec une salle de bain attenante pour dix-sept enfants à répartir » annonça Megan alors que la plume à papote commençait à noircir une feuille blanche qui flottait doucement à ces côtés. « J'avais dans l'idée de laisser les murs et les meubles blancs puis de donner à chaque chambre une touche de couleur différente de sorte que les enfants puissent afficher ce qu'ils veulent mais qu'il y ait une certaine harmonie. Les enfants ont approuvé la répartition et ce sont eux qui se sont mis d'accord sur les couleurs mais, s'ils venaient à changer d'avis, il ne sera pas très difficile d'en utiliser une autre. En fait, j'avais pensé personnaliser l'encadrement de la porte, ajouter une frise au milieu des murs et accorder la couleur des rideaux, des draps, des tapis et des autres objets de décoration. Ce sera plus pratique, ne serait-ce que pour le rangement… » expliqua t'elle avec entrain alors que les quatre compagnons rejoignaient l'une des suites en question.

Elles se présentaient toutes, exceptée la dernière qui était spécialement agencée pour les besoins des plus petits, de la même façon. On pénétrait d'abord dans une sorte de petite antichambre avec d'un côté la porte qui donnait sur la salle de bain et de l'autre un espace vide d'une dizaine de mètres carrés où la jeune femme prévoyait d'installer un petit salon. Deux autres portes, qui menaient aux chambres, faisaient face à l'entrée. Ces chambres, de vingt mètres carrés chacune donnaient sur le parc et, plus loin, sur la sauvage et verdoyante campagne écossaise.

- « Celle-ci sera celle des plus grands. Dans l'une des chambres nous aurons Julia et Marcus tandis qu'Erwan et Aurèle se partageront l'autre. Avec du turquoise dans celle des garçons et anis dans celle de Julia et Marcus. Nous avons déjà vu pour les meubles avec Charlotte. Chaque enfant aura un lit, une table de chevet, une commode et la moitié d'une armoire. Il y aura également une table et quelques fauteuils dans l'antichambre. Leurs bureaux individuels seront dans la salle d'étude » continua la sorcière au regard émeraude. « Le fait qu'ils aient à changer de chambres lorsqu'ils iront à Poudlard, puisque les appartements des plus grands sont de l'autre coté du palier, pourrait être un problème » remarqua t'elle, les sourcils froncés et l'air songeuse. « Mais je pense qu'étant donné qu'ils passeront alors la plupart de l'année au château, cela les gênera moins… » ajouta la jeune femme alors qu'ils quittaient la suite.

- « Sans doute » acquiesça Narcissia, attentive, tandis que messieurs MacBayn et Griecher suivaient les explications avec une certaine perplexité.

- « Dans la suite suivante, nous aurons d'un côté Dylan et Audrey, avec du rouge bordeaux et de l'autre Thomas et Aristide avec du vert d'eau. Puis il y aura Eliane et Violette, avec du vert pomme, ainsi que Léonore et Pauline, avec une touche de fushia. Ensuite ce sera Hugo et Alexandre d'un côté, avec du vert amande, et Emma et Jade de l'autre, avec un rose très pâle. Et enfin, Alisson, dans la petite chambre pêche » conclut Megan avec un sourire pas tout à fait assez vaillant pour tromper l'aristocrate aux boucles blondes.

La vérité étant que la jeune sauveuse du monde sorcier pensait, ou plutôt espérait que Jade n'aurait jamais à emménager ici. Elle n'était pas encore tout à fait sûre d'elle, sans compter que sa propre maison n'était pas encore habitable, qu'elle devait d'abord en parler avec sa famille, avec ses amis et surtout avec Jade elle-même. Et puis elle devait absolument présenter la fillette à ses proches. Compte tenu de la situation, cela devenait urgent. Elle avait déjà montré quelques photos de sa famille et de certains de ses amis à la fillette mais c'était plutôt la réciproque qui l'inquiétait. Non pas qu'ils ne seraient pas tous sous le charme de Jade, toutefois ils n'apprécieraient sans doute pas le fait qu'elle ne leur ait rien dit pendant aussi longtemps…

D'un autre côté, si elle s'était tue c'était pour préserver Jade et éviter de décevoir tout le monde au cas ou ce projet n'aurait pas abouti… De toutes façons, ce qui était fait était fait, cela ne servait à rien de revenir dessus.

- « On va passer à la salle de jeu » déclara t'elle donc soudainement avant de se diriger d'un pas rapide vers la pièce en question.

Il s'agissait d'un vaste espace dont le côté droit, d'une soixantaine de mètres carrés, serait dédié aux jeux symboliques – tels que les petites voitures, les poupées, les peluches… Le côté gauche était, lui, séparé en deux parties par un mur à hauteur d'enfant. Il proposerait d'une part un espace 'bibliothèque' avec de nombreuses étagères de livres, des poufs colorés, quelques fauteuils confortables et une multitude de coussins. Et d'autre part, au-delà du mur, on mettrait en place un espace avec des tables et des chaises qui servirait de salle d'activité pour tout ce qui avait trait à l'artistique – comme le dessin, la peinture, la pâte à modeler… Le tout donnait sur une superbe terrasse d'une centaine de mètres carrés dont la vue sur les jardins était à couper le souffle.

Sur la gauche, au-delà des parterres de tulipes, d'azalées et de marguerites de toutes les couleurs, on pouvait apercevoir une immense aire de jeu qui apparaissait comme un îlot au milieu d'une mer de gazon. Et puis encore plus loin, entre les cimes de superbes bouleaux et de sapins majestueux, on distinguait le terrain de Quidditch dont les cercles de but semblaient minuscules. Sur la droite, de petits bosquets de cerisiers japonais et de pommiers en fleurs jouaient à cache-cache avec la surface miroitante d'une piscine tandis que, dans le lointain, on pouvait apercevoir la silhouette gracieuse d'un saule pleureur dont les feuilles effleuraient l'onde de rapide d'un cours d'eau serpentant entre de fiers roseaux.

- « Je pensais faire les murs dans une couleur neutre, comme de l'ocre par exemple ou un vert très pâle puis ajouter des bandes de couleurs vives dans les dégradés de rose » expliqua la jeune femme aux boucles ébène tandis que la plume à papote voulait sur le papier. « Mais je voudrais qu'on laisse les enfants décorer eux-mêmes le petit mur. Ils pourraient dessiner dessus où y afficher diverses choses » élabora t'elle en parcourant la pièce. « Je verrais bien du bois clair pour les meubles, mais pas peint, juste verni. Vous avez pensé aux sorts de protection à mettre autour de la cheminée ? » s'enquit-elle à l'attention de l'architecte.

- « Bien sûr, mademoiselle Potter. Ainsi qu'autour des escaliers, des fenêtres, des rambardes des terrasses et de la piscine et de l'étang également. Comme vous nous l'aviez précisés » répondit celui-ci avec un sourire entendu mais respectueux.

- « Merci, je ne voulais pas dire que vous le l'aviez pas fait, monsieur… » fit Megan, les yeux rieurs et les pommettes roses de confusion.

- « Angus, mademoiselle » la reprit l'homme avec une affection toute paternelle. « Et ne vous inquiétez pas pour ça. »

- « Alors, il faut que vous m'appeliez Megan, Angus » lui suggéra la jolie descendante de Merlin, souriante. « Vous aussi Marc » ajouta t'elle pour le paysagiste.

- « Avec plaisir, mademois… Megan » fit monsieur Grietcher avec bonhomie.

- « Parfait, passons aux appartements des plus grands » proposa la sorcière aux yeux de jade.

Ils refirent le chemin en sens inverse, traversèrent de nouveau le palier et rejoignirent l'aile qui abriterait l'orphelinat des adolescents. Elle se présentait de façon un peu différente que celle des plus jeunes. Cinq suites doubles, deux appartements d'adultes, une cuisine, un salon, une bibliothèque, une salle de jeu, une salle d'informatique et une terrasse légèrement plus petite.

- « Il n'y aura qu'un enfant par chambre même si ils devront se partager une salle de bain à deux. Chacun aura un lit sur le modèle de ceux de Poudlard, une table de chevet, un bureau avec un fauteuil et une armoire » lista la jeune sauveuse du monde sorcier en consultant un petit bloc-notes à l'effigie de Winnie l'ourson. « On va se contenter d'une peinture crème pour les murs. Idem pour la couleur des rideaux et du linge de lit. Les jeunes choisiront eux-mêmes leur décoration, quitte à ce que l'on aide les moins expérimentés à personnaliser leur chambre » continua t'elle en passant devant les suites de sa démarche gracieuse.

Ils passèrent dans une grande pièce clair qui, comme la salle de jeux des plus petits, donnait sur une terrasse de belle dimension qui surplombait le parc.

- « Pour les pièces communes, on gardera la couleur crème avec des touches d'émeraude, de rubis et de saphir. Il y aura trois postes informatiques, une bonne collection de livres et des jeux que les enfants ont choisi. Pour le salon, on a commandé deux canapés et quatre fauteuils de cuir plus une télé. La cuisine sera en bois clair et en inox et… eh bien, je crois qu'on a fait le tour » conclut l'ex-professeur de DCFM en secouant ses boucles ébène, un petit sourire satisfait flottant sur ses lèvres.

- « En effet, il ne nous manque que l'emplacement des meubles et celui, exact, des touches de couleurs en peinture » commenta Narcissia, souriante.

- « Nous allons faire ça tout de suite » reprit Megan avant de se tourner vers l'architecte qui dirigeait tous les autres corps de métier travaillant sur le manoir. « Vous êtes prêt à prendre des mesures ? » s'enquit-elle, la tête penchée sur le côté.

- « Tout à fait » approuva Angus en sortant de sa poche un bloc-notes, un mètre magique, une plume et un appareil photo magique miniaturisés auxquels il rendit leur taille normal.

Les trois heures suivantes furent donc consacrées à la prise de notes, de mesure et de photos puis, laissant l'architecte à ses préparations, les trois autres partirent à la découverte des jardins. Megan, enchantée, se délecta des élégantes allées d'ardoise, des délicats buissons de roses blanches, des riches parterres de fleurs sauvages où se mariaient coquelicots, bleuets et boutons d'or. Ils arrivèrent aux écuries au soleil couchant et la jeune femme se promit d'y placer quelques poneys. Du reste, Eowin s'y plairait sûrement beaucoup…

xxx

Mardi 12 juin 2006

- « Et voilà, ces demoiselles sont arrivées à bon port ! » fit Théo, un large sourire aux lèvres et l'air décidément malicieux, tandis qu'il garait sa voiture dans une petite rue, à deux pas de l'impasse des enchanteurs.

Il s'agissait d'une élégante Peugeot 407 SW noir-métallisé que le tout jeune directeur du département des jeux et sports magiques avait acquit récemment. Megan, qui occupait la place du passager secoua ses boucles ébène et se retourna vers Jade qui les observait avec attention depuis l'arrière du véhicule, confortablement installée dans un siège bébé. La descendante du monde sorcier s'était finalement décidée à présenter la fillette à ses amis et avait donc organisé une rencontre le week-end précédant. Elle savait que ce ne serait pas évident pour la petite d'être entouré de tant de gens en même temps mais l'après-midi s'était très bien passé. Elle avait été cherchée Jade à l'orphelinat dans la matinée du dimanche – après avoir passé la journée du samedi avec elle.

Elles avaient déjeuné toutes les deux au loft puis l'enfant avait fait une courte sieste. En attendant son réveil, Megan avait préparé du thé et des scones en chantonnant sur des airs de Claude François, à la fois terriblement anxieuse et étrangement légère. Le soulagement de révéler son secret à ses proches se mêlait à l'appréhension face à leur réaction. Ce qui, avec du recul, était complètement ridicule. Elle aurait du le savoir avec le temps. Quoiqu'elle fasse ils seraient toujours là pour elle… De fait, ils ne lui en avait absolument pas voulu – le projet les avait d'ailleurs emballé, ce qui l'encourageait à en parler à sa famille – et avaient adoré la petite. Elle n'avait pas encore parlé d'adoption. Il n'y avait pas encore eu de 'déclic', quelque chose qui pourrait lui donner la certitude qu'elle faisait le bon choix…

De son côté, Jade avait été tout de suite très à l'aise avec Draco, sans doute parce qu'il ressemblait autant à Lucius, ainsi qu'avec Chloé, dont l'instinct maternel était sur le qui-vive. Elle semblait également apprécier Blaise, Antoine et Aurore, même si elle s'était montrée plus timide envers eux. Mais son champion était définitivement Théo. La fillette le regardait avec une grande admiration et son imitation d'un norvégien à crêtes l'avait faite éclater de rire. Elle avait passé le reste de l'après-midi sur les genoux de l'ex-joueur de Quidditch et Megan en était positivement ravie. Aujourd'hui, Théo était passé les chercher, Jade et elle, un peu plus tôt pour les conduire à la librairie de la jolie irlandaise aux boucles brunes.

- « Nous vous en remercions » déclara la jeune sauveuse du monde sorcier, les yeux rieurs, en descendant de la voiture avec grâce. « Viens-là ma puce » fit-elle d'un ton affectueux tandis qu'elle détachait la ceinture qui maintenait la fillette sur son siège.

- « Mane » gazouilla Jade en tendant ses petit bras vers la sorcière au regard émeraude.

- « Nous allons voir Chloé et Elisabeth maintenant » expliqua Megan, souriant avec affection, alors qu'elle la prenait dans ses bras.

- « Lo' ? » l'interrogea la fillette en penchant sa tête sur le côté, sa licorne à la main.

- « Oui, Chlo' » acquiesça la descendante de Merlin, rieuse. « Et Lizzie. Elle est beaucoup plus petite que toi tu sais » ajouta t'elle tandis que Théo verrouillait les portes du véhicule puis les rejoignait sur le trottoir.

- « On y va ? » s'enquit le séduisant brun en passant un bras autour de la taille de son amie.

- « On y va » déclara la jeune femme, les yeux pétillant d'espièglerie.

Une des choses qu'elle appréciait particulièrement lorsqu'elle était en France résidait dans le fait qu'elle pouvait se permettre de se promener sans être obliger de dissimuler son identité sous un sort. Bien sûr, elle le faisait en certaines circonstances. Quand elle dédicaçait ses livres par exemple ou qu'elle se baladait avec son père ou… Severus. Mais à présent que sa photo faisait la une des journaux aux côtés de James Potter – futur ministre de la magie ? – et du reste de sa famille, elle était obligée de se déguiser sous un sortilège dès qu'elle quittait le monde moldu. C'était extrêmement agaçant. Toutefois, aujourd'hui la situation l'exigeait car la Gazette du sorcier aurait tôt fait de la trouver mariée à Théo – qui était plus que jamais célèbre – et déjà mère d'une petite fille.

En théorie ce genre de rumeurs ne l'atteignait pas mais si certains membres de son entourage venaient à tomber sur un tel article… Non. Pas avant qu'elle ait eu l'occasion de s'expliquer avec sa famille.

- « Tout va bien, Princesse ? » fit Théo, vaguement inquiet par l'air soucieux de sa compagne.

- « Cesse ? » répéta Jade avec curiosité.

Megan sourit et déposa un baiser sur la tempe de la fillette qui observait avec attention ce qui se passait autour d'eux. Il fallait avouer que les vitrines des boutiques de l'impasse des enchanteurs étaient époustouflantes et regorgeaient d'objets insolites. Les sorciers français étaient, pour la plupart, habillés à la mode moldu – ou une sorte de compromis entre robes de sorcier et jeans moldus – même si quelques uns arboraient encore des chapeaux aux formes bizarres qui fascinaient Jade.

- « Ce n'est rien, Théo » affirma l'anglaise aux boucles ébène. « Il y a… Je trouve seulement que ce n'est pas juste que nous soyons obligés de nous cacher… Je veux dire, c'est ça notre récompense pour les avoir débarrassés de l'autre mégalomane ? Non pas que je voulais une récompense mais être punis de cette façon, c'est… injuste » conclut-elle, les sourcils froncés et une adorable moue boudeuse aux lèvres.

- « Je sais, Princesse. Je sais » répondit l'ex-joueur de Quidditch avec un petit sourire contrit alors qu'ils arrivaient devant la librairie de leur amie.

Dans la vitrine dédiée à la littérature enfantine, les deux héroïnes de Megan occupaient une place d'honneur. Un fait qui n'échappa pas à Jade.

- « Mane, Nor ! » s'exclama t'elle avec une innocente surprise alors que son regard allait de la peluche présentée derrière la vitre et celle qu'elle tenait à la main.

La sienne était plus grande et entièrement blanche alors que les autres présentaient des touches de mauve.

- « Tu as raison, ma puce, ce sont des peluches d'Elanor comme la tienne » confirma la jeune femme aux boucles ébène à sa petite protégée.

- « Ne t'inquiète pas pour elles, Jade. Elles vont bientôt être adoptées par d'adorables petites filles comme toi » lui confia Théo avec un clin d'œil. « Allez, Chloé nous attend… »

Le trio pénétra donc dans la librairie qui, en cette matinée de semaine, n'était investie que par deux trentenaires discutant autour de la dernière aventure de 'Martine' et d'un homme au cheveux grisonnant qui parcourrait les rayons dédiés à la littérature policière. Chloé, perchée derrière le comptoir, sa fille sur les genoux, les accueillit avec un grand sourire et s'empressa de se lever pour aller étreindre sa meilleure amie. Megan y répondit tout en faisant attention à ne pas gêner Jade et Lizzie, dans leurs bras respectifs. La jeune sauveuse du monde sorcier adorait être ici. L'atmosphère provençale de la boutique lui rappelait le manoir Malfoy et la présence rayonnante de la jolie irlandaise apportait une chaleur à l'endroit qui apaisait la descendante de Merlin.

- « Meg', ça fait du bien de te voir... Jade, tu es adorable dans cette robe » fit la brunette au regard turquoise, sincère et souriante, avant de se tourner vers Théo. « Salut, toi, ton nouveau poste de chauffeur te convient ? » s'enquit-elle, taquine.

- « Imbécile… » grommela le directeur, ses yeux chocolat pétillant de malice.

- « Venez, on va aller de l'autre côté, j'ai commandé des macarons chez Adam et je vais faire du thé. Emilie s'occupera de la boutique » déclara Chloé avec enthousiasme en remontant Elisabeth sur sa hanche. « Meg', tu n'as qu'à montrer la librairie à Jade, je suis sûre qu'elle va aimer le coin des enfants » ajouta t'elle avant de disparaître dans l'arrière boutique où son employée triait des cartons de livres.

Une demi-heure plus tard, Théo, Megan et Chloé étaient assis autour d'une ravissante table en fer forgée sur laquelle étaient disposés un service à thé en porcelaine de chine et un délicieux assortiment de macarons. La petite Lizzie jouait sur son tapis d'éveil tandis que Jade feuilletait des livres tout en s'assurant régulièrement de la présence de la sorcière aux boucles ébène. L'arrière boutique de la librairie était composée d'une première salle où trônaient deux bureaux, d'une seconde, qui servait d'entrepôt, et une troisième où Chloé avait aménagé un charmant petit salon aux accents provençaux. Quand Elisabeth se mit à pleurnicher, sa mère vint s'agenouiller à ses côtés.

- « Alors, mon cœur, qu'est-ce qui se passe ? » murmura l'irlandaise en présentant un petit hochet aux couleurs vives au bébé, installé sur le dos, qui battait l'air de ses pieds. « Viens par ici, chérie » fit-elle avant de la prendre délicatement dans ses bras. « Tu voulais juste que maman s'occupe de toi, c'est ça ? » l'interrogea Chloé, taquine.

- « Elle a beaucoup grandi depuis la dernière fois » remarqua Megan, un sourire espiègle au coin des lèvres, alors que Jade s'approchait d'elle. « Hey, tu veux grimper sur mes genoux, puce ? » s'enquit-elle, le regard doux.

La fillette hocha la tête tout en jetant des regards furtifs et intrigués au tableau que formaient la jolie libraire et son bébé. La descendante de Merlin hissa Jade sur ses genoux et Théo ébouriffa gentiment les boucles ébène de l'enfant qui avait amené un livre avec elle.

- « C'est fou comme elle te ressemble » souffla l'ex joueur de Quidditch, son regard noisette allant de Jade à Megan.

La charmante jeune femme hocha doucement la tête, l'estomac noué et la gorge sèche, puis déposa un baiser sur le front de la fillette blottie sur ses genoux. Il était vrai que Jade lui ressemblait étrangement. Non seulement de part son teint clair, ses traits aristocratiques ou sa chevelure sombre et délicatement ondulée mais aussi par certaines expressions du visage, par certaines mimiques, qu'elle avait vraisemblablement empruntées à son aînée. C'était à la fois attendrissant, parce que cela prouvait l'attachement de Jade, et terrifiant, parce que Megan n'était pas persuadée d'être un si bon exemple que ça…

- « Et Lizzie ressemble de plus en plus à sa maman » ajouta le séduisant brun, malicieux.

- « C'est vrai, ça, que tu ressembles à maman ? » fit Chloé, souriante, en effleurant de son nez celui de sa fille avec tendresse.

C'était indubitable. En fait, Elisabeth était un mélange stupéfiant de ses deux parents. Son regard, d'un profond turquoise, était la parfaite combinaison de celui de Chloé – d'un vert d'eau très particulier – et de celui d'Antoine – d'un bleu presque électrique. Ses cheveux d'un brun sombre éclairés par des touches auburn étaient une subtile combinaison de ceux de du couple Everett-Lepré. Mais s'il était vrai que si la fillette avait le nez de son père, sa bouche et son front étaient ceux de sa mère.

- « En réalité, elle ressemble surtout à mon père » reprit Chloé alors que Lizzie s'emparait d'une de ses boucles brunes. « C'est flagrant sur les vieilles photos que nous a ramené ma grand-mère… »

La brunette murmura quelques mot puis agita sa baguette et un vieil album photo à la couverture de cuir apparut sur la table. L'heure suivante fut consacrée à la contemplation de clichés – la fois anciens et récents – ainsi qu'au partage d'anecdotes divers. Au moment de l'encas de dix heures et demi, c'est Théo qui donna le biberon à Elisabeth tandis que Jade se régalait d'une cracotte.

- « Je ne l'allaite plus que le matin et le soir » répondit Chloé à une question que lui avait posé le jeune directeur du département des jeux et sports magiques. « Je vais bientôt reprendre le travail, au moins à temps partiel alors je préfère qu'elle commence à s'y habituer » expliqua t'elle avec un sourire affectueux.

- « Effectivement, mieux vaut l'y habituer pendant qu'elle est encore avec toi, si elle devait passer tout d'un coup au biberon et être séparé de toi en même temps, ce serait encore plus dur » approuva Megan alors que Jade, sur ses genoux, mâchouillait toujours son biscuit.

- « Enfin, maintenant je suis rassurée de savoir que Lizzie aurait une place dans la crèche de ma très estimée meilleure amie » se moqua gentiment l'irlandaise aux boucles brunes. « Je n'arrive toujours pas à croire que tu l'aie dit à Rachel avant de me le dire à moi » la gronda t'elle en agitant un index sous le nez de la jolie sauveuse du monde sorcier.

- « Je ne voulais pas vous décevoir au cas ou ça ne marcherait pas » se défendit l'éducatrice de jeunes enfants, les yeux rieurs. « Et puis c'était quelque chose que j'avais besoin de faire seule… enfin, d'une certaine façon. D'ailleurs, je n'ai pas encore mis mes parents au courant. Mat', Amber et Grace le savent, mais pas papa ni Lily, ni Rémus, ni Sirius… » ajouta t'elle encore avec un petit air coupable alors que Jade la fixait de son intense regard onyx.

- « Ni Severus » intervint très justement Théo avec une pointe d'hésitation.

Le jeune homme n'était pas sûr de la manière dont serait accueilli son commentaire car, depuis leur rupture, son amie avait soigneusement évité le sujet de son ex-amant. Il pouvait, sans se tromper, deviner qu'elle pensait souvent à lui et il était sûr qu'elle éprouvait toujours quelque chose pour lui. Toutefois, bien qu'il fût en faveur d'une réconciliation, il respectait son désir de ne pas en parler. Il la soutiendrait, quoiqu'elle décide et si jamais elle avait besoin d'un avis, il serait là…

- « C'est vrai » admit Megan, le regard dans le vague, en jouant distraitement avec sa petite cuillère. « Je n'aimerai pas qu'il l'apprenne par les journaux. Je pense que je vais lui envoyer une lettre » décida t'elle, l'air résolue et l'ombre d'un sourire aux lèvres.

Il lui était toujours douloureux de parler du maître des potions qui, encore aujourd'hui, occupait l'un des rôles principaux dans ses rêves d'avenir. Mais elle ne savait pas quoi faire. Actuellement, le projet, Jade et sa nouvelle maison lui prenaient tout son temps. Elle n'avait pas peint une seule toile en trois mois et il n'y avait guère que la nuit qu'elle se laissait aller à ressasser le passé. Du reste, même si il lui manquait énormément, elle ne se sentait pas encore tout à fait prête à affronter ces démons-ci. Quoi qu'il en soit, elle avait également conscience du fait que si elle voulait que Severus est une place dans sa vie – future – il fallait qu'elle lui en fasse une, qu'elle l'associe à certaines de ses décisions, ou au moins qu'elle l'en avertisse. Avant que le grand public ne soit au courant.

- « Ce serait une bonne chose » renchérit Chloé qui, elle aussi, ne doutait pas que sa meilleure amie et l'ex-espion fussent destinés l'un à l'autre. « En attendant, cette demoiselle va venir avec sa maman, » fit-elle en prenant Elisabeth dans ses bras, « parce qu'il me semble que sa couche à besoin d'être changée… On revient » lança t'elle à l'attention des deux autres avant de disparaître dans la petite pièce qui servait de cabinet de toilette.

- « Et toi, ma petite princesse, c'est bon ce que tu as là ? » demanda l'ex-joueur de Quidditch sur un ton de conspirateur alors qu'il se penchait vers Jade en souriant.

La fillette le considéra un moment avec attention, l'air vaguement suspicieuse, comme si elle le soupçonnait de vouloir lui prendre son biscuit.

- « Mmmm ! » lui répondit-elle finalement avec un grand sourire édenté, après avoir décidé que sa cracotte ne risquait rien.

Le brun éclata d'un rire franc et sincère avant de pincer affectueusement la joue de l'enfant puis celle de son aînée. Plus tard dans la matinée, alors que sonnaient les douze coups de minuit à la Cathédral de Notre-Dame, Théo, Megan et Jade prirent congé de Chloé et de Lizzie qui sommeillait dans son transat. Les deux jeunes gens quittèrent la librairie, le sourire aux lèvres, ravis de ces quelques heures entre amis. Tous deux avaient prévu d'aller pique-niquer dans les jardins du Champs de Mars tandis que la brunette devait retrouver ses parents pour déjeuner. Jade, lovée dans les bras de la jeune descendante de Merlin, serrait dans ses petites mains sa licorne et le nouveau livre – à propos d'une petite coccinelle qui avait perdu son doudou – que l'irlandaise venait de lui offrir.

Alors que la jeune femme aux boucles ébène installait la fillette dans le siège auto, elle se rendit compte que Jade la fixait d'un regard intense, un étrange mélange entre adoration et appréhension.

- « Jade, qu'est-ce que… » commença Megan partagée entre l'inquiétude et la curiosité.

- « Maman ? » souffla la petite fille en tendant une main hésitante vers son aînée.

La crainte d'être rejetée se lisait clairement sur son visage et l'ex-professeur de DCFM en eut le souffle coupé. Sa vue se brouilla un instant et, le cœur battant à tout rompre, elle se demanda si elle avait bien entendu. Repoussant son réflexe premier, qui aurait été de corriger Jade et qui aurait sans doute été fatal à leur relation, Megan lui sourit tendrement et se saisit de la petite main tendue. Maman. Elle l'avait appelé maman. Et la sensation de bonheur pur que ce tout petit mot avait fait naître en elle, ce sentiment de justesse… C'était ça. Le déclic qu'elle attendait. Maman. Elle serait une maman. Elle avait pris sa décision. Et c'est ainsi que, profondément émue, la sorcière aux boucles ébène se pencha pour l'enfant dans ses bras. Jade s'accrocha à la nuque de la descendante de Merlin, l'air infiniment soulagée.

- « Maman » répéta t'elle, rayonnante, comme si elle savourait le mot.

- « Je suis là ma puce, je suis là. Tout ira bien maintenant » fit l'anglaise aux yeux émeraude en serrant la fillette tout contre elle. « Tout ira bien… »

xxx

Samedi 16 juin 2006

Lady Malfoy, plus élégante que jamais dans une ravissante robe de mousseline crème, échangea avec son époux un regard interrogatif. Comme tous les matins, les occupants du manoir prenaient leur petit déjeuner dans la somptueuse salle à manger du rez-de-chaussée. Comme tous les jours, le maître de maison occupait sa place à l'extrémité de la table, sa tasse de thé dans une main, les pages financières de la Gazette dans l'autre. Narcissia, attablée à sa droite, faisait face à Megan et à Draco – qui passait le week-end avec eux tandis que Blaise visitait de la famille en Italie. Mais si leur fils dégustait ses muffins aux myrtilles avec appétit, sa voisine touillait son porridge – que Utah avait préparé tout spécialement pour elle afin qu'il soit sucré comme elle l'aimait et reste chaud – d'un air absent.

C'est précisément cette attitude qui avait interpellé ses hôtes. D'habitude la jolie jeune femme était pétillante d'entrain dès son deuxième verre de jus de pomme. Pourtant, ce matin, aussi charmante qu'elle fût dans son kimono de soie azur, elle semblait ailleurs et n'avait pas dit un mot depuis qu'elle avait pénétré dans la pièce. Ses boucles ébène relevées en un chignon brouillon sur sa nuque et ses yeux de jade perdu dans le vague, Megan avait distraitement avalé ses pilules, pris deux ou trois cuillérées de compote pomme-abricot puis avait passé les quinze dernières minutes à fixer le bouquet de délicats œillets blancs et roses qui trônait sur le manteau de la cheminée. Le séduisant professeur de sortilèges était lui aussi conscient de la situation, mais connaissant son amie, il attendait que le moment passe…

- « Megan, ma petite mésange, » fit soudain Lucius, cajoleur, en reposant son journal, « est-ce que tout va bien ? » s'enquit-il en posant sa main sur celle de la descendante de Merlin.

Moins habitué à ces moments 'd'évasion' que son fils, il était sincèrement inquiet pour sa cadette et n'avait pas pu en supporter davantage. Apparemment, son intervention eut l'effet escompté puisque la jeune sorcière sembla brusquement émerger de ses pensées et reporta sur le lord son lumineux regard. Elle lui offrit un doux sourire et pressa doucement la main qui avait saisi la sienne. Le fait est que, inconsciente du trouble qu'elle pouvait causer à ses amis, elle réfléchissait à la décision qu'elle avait prise quatre jours auparavant. Elle n'en avait parlé qu'à Charlotte pour l'instant, lorsqu'elle avait raccompagné Jade à l'orphelinat, et n'était pas sûre de savoir comment l'annoncer à ses proches. Alors laissa parler son côté Griffondor.

- « J'ai décidé d'adopter Jade » annonça donc de but en blanc la sauveuse du monde sorcier, un adorable sourire aux lèvres.

L'abrupte annonce produisit, après quelques secondes d'un silence total, des réactions diverses de la part de ses compagnons de table. Draco manqua de s'étrangler avec la gorgée de café qu'il venait de prendre et, par la même occasion, renversa ce qui restait dans sa tasse sur son tee-shirt. Celui-ci, d'un élégant vert émeraude, proclamait, en lettres argentées, 'Seuls les idiots sont brillant au petit-déjeuner' – un cadeau de Théo et Megan lorsqu'il avait passé son master plusieurs années auparavant. Lucius arqua un sourcil incrédule et fixa la jeune femme d'un regard stupéfait, ne sachant manifestement pas comment il devait réagir, partagé entre la satisfaction de voir sa cadette heureuse et la confusion bien naturelle qu'il devait ressentir. Quant à Narcissia…

- « Oh, mais chérie, c'est fantastique ! » s'exclama la maîtresse de maison, l'air positivement ravie de la nouvelle.

A dire vrai, l'aristocrate aux boucles blondes semblait tout juste se retenir de sautiller dans tous les sens et Megan s'attendait à la voir battre des mains à tout moment. L'éducatrice de jeunes enfants, profondément touchée par l'enthousiasme de son aînée lui accorda un sourire rayonnant avant de se tourner vers Draco. Le jeune homme, remis du premier choc, la contemplait avec un affectueux amusement et hocha la tête lorsque leurs regards se croisèrent.

- « Tu feras une mère merveilleuse, honey… et je ferais un fantastique tonton » fit-il, la mine espiègle, avant d'étreindre son amie qui venait de se jeter dans ses bras.

- « Merci » murmura t'elle, profondément reconnaissante.

- « Pas de problème, honey, je serais toujours là pour toi, tu te souviens ? » souffla le blond, tout contre sa tempe.

- « Oui » répondit Megan sur le même ton, le visage enfoui dans son cou. « J'ai juste… ça me fait peur… un peu » avoua t'elle, la voix tremblante.

- « C'est normal, honey, mais tu n'es pas toute seule, on est là, nous » répondit Draco alors qu'il caressait tendrement ses boucles ébène.

- « Jade est une enfant adorable, tu es une jeune femme remarquable et vous êtes, selon toutes évidences, parfaites l'une pour l'autre. Et puis, cela fait longtemps que le rire d'un enfant n'a pas résonné dans ces couloirs » intervint Lucius de ce ton posé, mais néanmoins chaleureux qu'il utilisait en famille, comme s'il n'y avait rien de plus naturel.

Narcissia le regarda avec fierté. Son mari, pouvait paraître froid, égoïste, revêche et hautain mais c'était un homme merveilleux, vraiment. Il la surprendrait toujours… Et voir le sourire de Megan éclairer son visage encore si pâle… La jeune quitta les bras de Draco pour étreindre Lucius avec gratitude. Elle rejoignit finalement Narcissia pour l'étreindre à son tour puis reprit sa place à la table et termina son repas avec un enthousiasme qui fit sourire ses compagnons.

xxx

Draco et Megan avait passé la matinée à arpenter les boutiques de meubles et de décoration puis s'étaient arrêtés dans un charmant petit pub londonien pour déjeuner. Et à présent ils se tenaient dans l'entrée de la nouvelle maison de la jeune femme, entourés d'une dizaine de cartons. En fait, chaque boîte correspondait à une pièce et contenait les meubles et les divers objets – miniaturisés – qui l'occuperaient dans le futur. Ils avaient passé pas mal de temps à répartir tapis, chaise, cadre et lampadaires mais leur travail allait être nettement simplifié maintenant.

- « On commence par la bibliothèque ? » proposa le jeune professeur de sortilèges en voyant que sa compagne semblait un peu perdue.

La descendante de Merlin hocha la tête en signe d'acquiescement et rassembla ses boucles ébène en un chignon artistique qu'elle fit tenir à l'aide de sa baguette. Pour l'occasion les deux jeunes gens s'étaient vêtus de jeans et de tee-shirts blanc qu'ils avaient customisé eux-mêmes à l'époque où ils étaient encore à Beauxbâtons. Sur celui de Megan, on pouvait lire : 'On devrait toujours être légèrement improbable', et sur celui de Draco : La logique est le dernier refuge des gens sans imagination'.

- « Dobby a fait un sacré travail » remarqua le blond, un brin admiratif, en embrassant la pièce du regard.

En effet, le dynamique elfe de maison était passé derrière les ouvriers et toute trace de poussière avait été bannie, le paquet avait été manifestement ciré et les délicates moulures de la cheminée avaient retrouvé une blancheur immaculée. Comme dans la plupart des pièces de la maison, la jolie propriétaire avait choisi de laisser les murs blancs. Dobby avait déjà installé les étagères de bois sombre qui courraient sur trois des murs – le quatrième étant constitué d'une baie vitrée – et y avait déjà entreposé une bonne centaine d'ouvrages. Ainsi, il ne restait plus qu'à agencer l'épais tapis de laine émeraude, les lourds rideaux de velours assortis, les deux fauteuils et la banquette de cuir, la table basse et la console d'ébène, les trois chandeliers et l'antique table rectangulaire qui servirait de desserte ou de bureau.

Un bouquet de glaïeuls, un cadre où figurait l'ensemble de la famille Potter, un autre dont la photo avait été prise lors du mariage d'Antoine et Chloé, un pot à crayon et une vieille pendule complétèrent le mobilier. Draco songea que l'ensemble, aussi chaleureux et élégant soit-il, rappelait beaucoup les quartiers du maître des potions à Poudlard, mais il se garda bien de faire le moindre commentaire… Ils passèrent donc au salon où le majestueux piano à queue de la jeune femme devait bientôt trouver sa place, face aux baies vitrées, et des étagères de bois blancs avaient déjà été fixées sur l'un des murs.. Ils rendirent leur taille normale à un canapé et deux fauteuils 'crapauds' rouges, une table basse faite de verre et de bois blanc, deux fauteuils Louis XVI garnis de tissu rayé et un tapis aux couleurs chaudes.

Deux consoles en demi-lune trouvèrent leur place de part et d'autre de la porte tandis qu'un meuble télé, de verre et d'acier, prit la sienne entre les deux baies vitrées. Un lustre de verre, au plafond, étincelait sous la caresse des rayons du soleil printanier et trois candélabres de métal blanc se répartirent sur les consoles et la cheminée. Les étagères accueillirent divers objets – dont la réplique de la statue de Canova 'Psyché ranimée par le baiser de l'amour' – et de nombreux cadres photo qui avaient décorés ses quartiers à Poudlard… Une photographie représentant des femmes et des enfants en costumes tibétains vivement colorés ornait le mur de gauche. Un superbe miroir surplombait la cheminée, donnant une dimension nouvelle à la pièce et un ravissant bouquet de roses blanches trouva rapidement sa place sur la table basse.

Dans la salle à manger, deux buffets de bois blanc flanquèrent la porte, un chariot assorti fut relégué dans le coin opposé tandis que douze chaises entourèrent la table de verre. L'un des tableaux de Megan – de sa période abstraite – et un nouveau bouquet de glaïeuls apportèrent une touche de couleur à la pièce qui n'était séparée de la cuisine que par un bar de bois clair. La cuisine en elle-même était déjà meublée d'un élégant mariage de bois et d'acier et décorée de petits carreaux de mosaïque dans les tons de prune. Dobby y avait déjà disposé les accessoires essentiels et nul doute que le réfrigérateur était plein… Pour l'entrée, ils se contentèrent de quelques portemanteaux de fer forgé, de trois miroirs en formes de cœurs et encadrés de couleurs vives.

A l'étage, ils commencèrent par la chambre de Megan. Un immense lit noir recouvert de draps blancs surmontés d'une multitude de coussins noirs et blanc. Deux délicates tables de nuits noires de style Louis XVI, une console, une table basse et une coiffeuse, surmontée d'un miroir ovale, assorties. Une méridienne et un fauteuil garnis de velours noir, de style Louis XVI également. Un épais tapis blanc devant la cheminée et de lourds rideaux noirs encadrant les baies vitrées en hexagone. Toute une série de photographies de Paris en noir et blanc. Une pendule à l'effigie d'Audrey Hepburn. Un imposant coffre de bois sur lequel trônaient quelques peluches. Un paravent en fer forgé sur lequel serpentait une guirlande de perles et de plumes blanches. Un bouquet de lys immaculé et toutes ses petites choses que la jeune femme avait accumulées au fil des ans : souvenirs, croquis, photos…

La salle de bain était déjà prête et n'attendait plus que les produits de beauté de la jolie propriétaire pour être totalement fonctionnelle. Dans les tons de noir et blanc, comme la chambres, elle comprenait une large douche, un double lavabo et une baignoire-jacuzzi d'une taille proprement décadente. Dans le bureau, Megan avait opté pour un style épuré. Quelques étagères noires, une table d'architecte blanche – pour écrire et dessiner – et un chevalet. La pièce suivante ressemblait suspicieusement à un second bureau mais, là encore, Draco s'abstint de tout commentaire lorsque son amie choisi d'en faire un petit salon dans le style de la bibliothèque du rez-de-chaussée.

- « Il y a encore deux autres chambres à cet étage, laquelle sera celle de Jade ? » s'enquit le blond alors que sa compagne finissait d'accrocher une large photo d'elle et de la fillette en question sur le palier.

- « Celle de gauche » répondit la jeune sorcière aux boucles ébène en reculant légèrement pour juger de l'effet du cadre qu'elle venait de fixer avant de se retourner vers Draco. « Celle de droite sera une chambre d'amis… pour l'instant. Et peut-être, plus tard… »

Elle ne poursuivit pas son idée à haute voix mais son compagnon comprit l'allusion à un éventuel futur enfant.

- « J'espère qu'elle lui plaira » reprit Megan, songeuse, tandis qu'ils pénétraient dans la pièce qui deviendrait celle de la fillette. « De toutes façons, je pense que Jade préférera dormir dans ma chambre les premiers temps. Ensuite elle pourra essayer le lit 'de grande' » élabora t'elle, en doux sourire aux lèvres.

Le futur Lord Malfoy lui rendit son sourire et, ensemble, ils se mirent à sortir divers meubles du carton. Sur les quatre murs de la chambre de l'enfant, l'un était peint en rose pâle tandis qu'une frise dans les tons de rose et de vert anis, sur laquelle s'égayaient des fées et des licornes, courrait à mi-hauteur sur les trois autres. Les deux baies vitrées qui donnaient sur le jardin furent bientôt encadrées de rideaux vert anis tandis que de petits tapis assortis, en forme de nuages, vinrent recouvrir le parquet. La tête de lit rose rappelait la table de chevet tandis que les draps rose et vert reprenaient le thème général de la chambre. Une petite table blanche et des chaises roses et vertes trouvèrent leur place dans un coin alors que les étagères se chargeaient de livres et de figurines.

Un large coffre de bois blanc, prêt à accueillir une montagne de jouets, s'accordait avec une vaste penderie et une table à langer très fonctionnelle. Un grand pêle-mêle – où figuraient des photos de Jade avec Megan mais également avec ses 'premiers' parents – et plusieurs petits cadres, aux formes et aux couleurs diverses, trouvèrent leur place sur les murs. Les jeunes gens sortirent encore mille petites choses du carton : lampe de chevet, petit portemanteau, coussins, boîtes à trésor… Une guirlande de petites boules lumineuse dans leur cocon de tulle blanc vint s'enrouler autour d'un miroir à taille d'enfant et un gros ours blanc en peluche trouva sa place dans un petit fauteuil rose. Draco ajouta encore d'aériens rideaux blancs aux fenêtres avant d'y piquer quelques papillons de mousseline rose et verte.

En survolant l'ensemble, la jeune sauveuse du monde sorcier admit qu'elle avait peut-être été un peu trop loin mais, d'un autre côté, elle avait bien le droit de gâter sa fille. Sa fille.

- « Honey, c'est tout simplement superbe… » déclara le professeur de sortilèges, l'air très satisfait de lui-même, en reculant pour admirer leur travail.

Megan lui sourit avec espièglerie et lui donna un petit coup de hanche, une façon de lui dire 'merci pour tout. Le blond, taquin, lui rendit son coup avant de passer un bras autour de sa taille et de déposer un baiser sur sa tempe.

- « Je crois qu'on a bien mérité une pause et je sens d'ici les cookies de Dobby… » fit-il, les yeux rieurs et la mine gourmande. « On terminera la salle de bain et on attaquera le deuxième étage plus tard » déclara le jeune homme avec une autorité feinte.

- « Chef ! Oui, Chef ! » se moqua l'éducatrice de jeunes enfants avant d'éclater de rire et de se laisser entraîner vers le rez-de-chaussée.

Quelques minutes plus tard, ils étaient installés au bar de la cuisine devant une assiette de cookies et deux verres de lait glacé tandis que Dobby s'affairait autour d'eux, l'air radieux d'être enfin utile à sa jeune maîtresse et d'avoir a responsabilité exclusive de sa maison. De plus, Megan lui avait donné carte blanche pour décorer sa chambre, le petit salon et la salle de bain attenante – le tout facilement cinq fois plus vaste que ses quartiers à Poudlard. L'elfe de maison avait longuement remercié la jeune femme jusqu'à ce que celle-ci, gênée, l'oblige à se relever. Après quoi il avait entamé une danse joyeuse – hystérique aurait dit Lucius – dans toute la maison puis s'était remis au travail avec une ardeur redoublée.

- « Tu m'as l'air bien pensive… » remarqua Draco alors que Megan grignotait distraitement une pâtisserie, les yeux dans le vague.

- « C'est juste… Je ne pourrais pas avoir tout ça si je n'étais pas moi. Je veux dire, j'ai décidé la semaine dernière que j'allais adopter Jade, qu'elle allait vivre ici et ce matin j'achète une chambre d'enfant complète sans sourciller… » expliqua la sorcière aux yeux émeraude, l'air troublée, voir vaguement coupable. « Soyons honnêtes, nous sommes deux des sorciers les plus riches d'Europe sans avoir jamais rien fait pour ça et cette maison, c'est… enfin, dans le monde réel, des jeunes adultes de 25 ans n'achètent pas ce genre de choses… ils ne le peuvent tout simplement pas » poursuivit-elle, son petit nez froncé d'une manière que Draco trouvait tout à fait adorable.

- « Ce n'est pas de ta faute, honey » intervint ce dernier en penchant légèrement sa tête sur le côté. « Tes grands-parents étaient riches, tes parents le sont, tes frères et sœurs le sont aussi… Et tu n'as pas 'rien fait' » la contredit-il, les sourcils froncés. « Tu as quand même envoyé ad patres l'un des plus puissants mages noirs de tous les temps, évitant ainsi au monde sorcier d'être dirigé par un dictateur mégalomane dont la passion était de faire brûler une dizaine de moldus avant son petit déjeuner » élabora le blond, mi-sérieux mi-plaisantant.

- « Mais tout ça… Je ne travaille pas et je peux me payer tout ce dont j'ai envie, réaliser tous mes rêves. C'est injuste, non ? » s'interrogea son interlocutrice en repoussant machinalement une mèche noires derrière son oreille.

- « Tes rêves à toi aident les autres, ça ne compte pas pour rien. Et puis, si tu n'avais pas tout cet argent, tu n'aurais peut-être pas les mêmes envies… » ajouta l'aristocrate en agitant un cookies pour marquer ses paroles, une action qui fit sourire Megan.

- « Sans doute » concéda t'elle, l'air à moitié convaincue. « Bon, nous ne sommes pas là pour nous lamenter sur notre sort » reprit l'ex-professeur de DCFM avec un sourire mutin.

- « En effet » fit Draco en arquant un sourcil en une parfaite réplique de Teal'c – ce qui ne manquait jamais d'amuser son amie.

Quand ils se remirent au travail, Dobby proposa son aide pour ranger les vêtements de la descendante de Merlin dans son nouveau dressing ainsi que le linge de maison dans les penderies appropriées. Pendant ce temps, les deux jeunes gens finirent les appartements de Jade, meublèrent la chambre d'ami du premier étage puis passèrent à celles du second pour terminer par celle du blond lui-même. Ce n'est que vers vingt heures qu'ils s'écroulèrent dans le canapé du salon, fourbus mais pleinement satisfaits de leurs efforts. La maison était superbe en se sens ou elle était à la fois accueillante, chaleureuse, élégante et… vivante. Elle semblait attendre d'être proprement habitée pour s'éveiller tout à fait mais le résultat ravissait Megan. Elle était sûre qu'elle y trouverait ce qu'elle cherchait, avec Jade.

Elle et Draco passèrent le reste de la soirée à grignoter des oréos, gâteaux apéritifs – des Ritz exclusivement – et de litchis en regardant la première saison de 'Docteur House'. Plus tard dans la nuit, ils regagnèrent ensemble le sud de la France et, décidant de dormir à la belle étoile, ils se munirent de couvertures et d'oreillers avant de s'installer sur le vaste carré de pelouse qui s'étendait derrière le manoir.

oxoOoxo


Alors, qu'est-ce que vous en avez pensé ?

PS : j'imagineque tout le monde voit de qui je parle quand je fais référence à Teal'c, si ce n'est pas le cas... je ne sais pas quoi vous dire ;-), non sérieusement, c'est dans Stargate, le grand black extraterrestre.

XXX