En entrant dans le village, il soupira.
Il allait la revoir. Les revoir. Ils allaient s'expliquer. Il allait lui dire pourquoi il avait agi ainsi. Il allait lui dire ce qu'il s'était passé à New-York. Il savait que ça n'allait pas être facile, mais finalement, ils en riraient et reprendraient là où ils en étaient avant son départ.
Le taxi s'arrêta devant la maison.
Il demanda au chauffeur de patienter et descendit.
Le portail était verrouillé et ses clés ne l'ouvraient pas. Tout était silencieux.
Il fit un petit signe au chauffeur et se dirigea vers la plage. Mais il n'y avait personne. Ni elle, ni Milosz, ni les chiens.
Il se passa une main dans les cheveux, remonta dans le taxi et lui indiqua où aller
- - Hey, Rick, s'exclama un vieux
- - Hey. Où est Kate ?
- - Kate ? Elle n'est pas chez elle ?
- - Quoi ?
- - Rick !
- - Marc, où est Kate ?
- - Partie
- - Quoi ?Mais elle est rentrée…
- - Les gars c'est bon. Ça ne va déjà pas être facile de lui faire comprendre. Alors…
- - Et si tu demandais à ta fille de t'aider. Elle passe tout son temps avec le petit et Kate lui a appris plein de mots !
- - Bonne idée, les gars
Il fit signe à Castle de patienter.
- - Bonjour Rick
- - Bonjour ma puce
- - Milosz n'est pas là ?Et Kate ?
- - Ma chérie, il faut que tu m'aides. Kate est partie et je ne sais pas comment le dire à Rick
- - Pour toujours ? Et Milosz ? Il est parti aussi ?
- - Ils vont revenir. Mais il faudrait que tu dises à Rick que je crois qu'elle est allée dans le camp. Tu sais, celui où vivait Milosz
- - Je sais pas dire tout ça, moi
Castle les regardait. Le père et la fille discutaient ensemble. Célène partit en courant et revint tout aussi vite
- - C'est Milosz qui me l'a fait
- - C'est quoi ?
- - Là où il était avant… Là, c'est sœur Thérèse… Tu vois, elle a une croix sur son pull
- - Merci, ma chérie. Tu me sauves la vie
- - Kate est allée là, dit Marc en lui montrant le dessin. Sœur Thérèse, tu comprends ?
- - Ok. Et maison ? demanda-t-il en montrant ses clés
- - Je suis désolé, Rick. Mais elle a changé ses serrures
- - Papa, on dit « sorry »
Marc montra son nouveau trousseau de clés et tenta, tant bien que mal, de lui expliquer qu'il ne pouvait pas le laisser entrer chez Beckett. Il fit signe qu'il comprenait et posa ses propres clés sur le comptoir
- - Au revoir. Merci
- - Eh, où tu vas ?
- - Avion
- - Tu n'auras pas d'avion maintenant !
- - Quoi ?
- - Avion… Ce soir… Ou demain !
- - Ah ! Tant pis…
Elle avait roulé quasiment d'une traite, comme lorsqu'elle était seule. Elle ne s'était arrêtée que pour faire manger le petit.
Le samedi soir, après le diner, ils s'étaient arrêté sur une aire d'autoroute où il y avait des jeux. Mais il s'en était désintéressé, préférant s'amuser avec les chiens ou parler avec eux. Elle les avait laissé seul un moment le temps de lui préparer un « lit » sur la banquette arrière. Puis elle l'avait installé et fait monter les chiens à l'avant. Et ils avaient repris la route.
Etrangement, était-ce dû au ronronnement du moteur du 4x4, cette nuit-là, il ne se réveilla pas. Il ne fit pas de cauchemar.
Elle, elle avait roulé, ne faisant des pauses que pour aller se soulager, ou pour faire remplir sa thermos de café.
Quand Milosz s'était réveillée, ils s'étaient arrêtés pour prendre un petit déjeuner. Elle l'avait débarbouillé et changé, puis ils étaient repartis. Au fil des heures qui passaient, il n'avait plus dit un mot
- - Kate !
- - Bonsoir ma sœur
- - Milosz !
- - Sœur Thérèse
- - Oui, vous aussi, ajouta-t-elle en caressant la tête des chiens. Vous avez fait bonne route ?
- - Oui. Ça a été un peu plus long que d'habitude…
- - On ne fait pas comme on veut quand on a un enfant. Mais au moins, grâce à lui, vous n'avez pas roulé toute la nuit ! Enfin, je l'espère ?
- - On s'organise autrement. C'est vrai
- - Vous avez diné ?
- - Oui, ne vous inquiétez pas
- - Je ne vois pourquoi vous êtes revenus. Je vous ai fait parvenir la dénonciation de contrat…
- - Ne me dites pas que vous refusez un tel contrat simplement parce que…
- - Vous savez quoi ? En deux ans, jamais un client, vous m'entendez, et nous en avons beaucoup, jamais un client ne s'est comporté comme vous l'avez fait. Je ne sais pas comment ça se passe dans votre pays, mais ici, quand une femme dit « non », ça veut dire « non » !
- - Je pourrais porter plainte ! Regardez-moi, dit-il en montrant son nez plâtré
- - Allez-y ! Mais nous ne sommes pas responsables de ce qui vous est arrivé. Et n'oubliez pas que toutes les filles de l'agence et moi-même pourront témoigner de votre comportement envers Kate. Et vous devrez aussi justifier les deux chambres d'hôtel que vous avez prise : votre suite sur les Champs-Elysées et celle dans l'hôtel où résidait Kate
- - Mais de quel droit…
- - Vous savez qu'on enquête sur nos clients. Et là, ça frise le harcèlement !... Maintenant, je vous prierai de bien vouloir quitter mon bureau. J'ai du travail
Lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, Vaughn se retrouva face à Castle
Les deux hommes se dévisagèrent. Castle ne pouvait pas ne pas remarquer le plâtre. Il se voyait comme le nez au milieu de la figure. L'homme d'affaire le dévisagea, l'observa et remarqua sa main bandée
- - Qu'est-ce que vous faites encore là ?
- - J'étais venu voir Kate
- - Ah, oui ? Elle n'est pas ici
- - Vous êtes sûr ? demanda-t-il en entrant dans la cabine
- - Mais qu'est-ce que vous cherchez ? demanda Castle en retenant la porte
- - Et vous ?
- - Monsieur Castle ! Laissez tomber, dit Michèle.
- - Vous voulez en parlez ?
- - Il n'y a rien à en dire
- - Kate… Je vous connais… Je sais lorsque quelque chose ne va pas
- - J'ai fait une erreur… Simplement une erreur
Quand elle était arrivée la veille, la sœur avait bien remarqué que quelque chose n'allait pas. Elle avait aussi remarqué son hématome sur la joue. Mais il était tard et elle avait roulé presque deux jours.
Beckett se leva et commença à avancer
- - Vous savez… Vous avez de la chance.
- - De la chance ? demanda la sœur en se levant à son tour
- - Oui. De la chance… C'est vrai. Ce n'est pas facile tous les jours. Vous vous débattez pour qu'ils aient une vie meilleure. Vous les soignez, les nourrissez… Mais quoi qu'il arrive, vous n'êtes jamais surprise… Vous vous levez le matin, vous faites ce que vous avez à faire, et quand la journée est finie, vous vous couchez. Et c'est comme ça, chaque jour que votre Dieu fait… Il y a des hauts, des bas… Je sais que ça vous touche… Mais quand on y réfléchit… Ça ne vous atteint pas personnellement… Ce que je veux dire… Vous vous engagez envers eux… Mais vous ne vous brûlez pas les ailes… Votre cœur ne souffre pas… Vous les aimez… Mais ce n'est pas de l'amour… L'amour que l'on ressent pour une autre personne… Celui qu'on partage… Vous comprenez ce que je veux dire ?
- - C'est Milosz ?... Il y a un problème ?... Vous envisagez…
- - Non, non… Milosz n'a rien à voir… Il est la plus belle chose qui soit arrivée dans ma vie… Je ne regrette pas ma décision…
- - Alors que vous est-il arrivé ?
- - Je me suis trompée. C'est aussi simple que ça
- - Tout le monde peut se tromper, vous savez…
- - Deux ans… Ça faisait plus de deux ans… J'avais refait ma vie… Je m'étais établie… Je me suis lancée dans un nouveau projet… Et il y a Milosz… J'étais bien… J'étais heureuse… Je revenais ici de temps en temps… Je vous envie… J'aimerai rester ici… Oublier la vie à l'extérieur…
- - Votre place n'est pas ici… Et de toute façon, vous ne le pouvez plus.
- - Non… Je ne le peux plus
- - Vous pouvez rester parmi nous autant de temps que vous le souhaiter. Vous le savez !
- - Je sais, oui… Mais Milosz doit aller à l'école. J'ai pris un engagement envers lui. Je lui ai promis une vie meilleure. Et il l'aura. Il y a droit !
- - Vous n'envisagez pas de tout quitter ?... Votre village ?... Votre travail ?
- - Non, je ne partirai pas cette fois. J'ai quitté mes amis et ma famille une fois… Mais je ne quitterai pas les nouveaux…
- - Comment va votre main ?
- - Elle n'est pas plâtrée, contrairement à son nez !... Je suis désolé
- - De quoi ?
- - Pour ce que j'ai fait. J'espère qu'il ne vous cause pas d'ennui à cause de moi
- - On n'a refusé le contrat
- - Oh, non !
- - Vous n'y êtes pour rien. On en avait déjà parlé… Avant que vous n'interveniez
- - Quand je l'ai vu…
- - Je comprends… Si vous vouliez voir Kate…
- - Elle est partie au camp. C'est pour ça que je suis venu vous voir. S'il vous plait, Michèle. Je dois lui parler. Vous êtes la seule à pouvoir me dire où elle est. Vous connaissez ce camp…
- - En effet
- - J'ai juste besoin de l'adresse… Une fois là-bas, je lui parle et ensuite…
- - Ensuite ?
- - Si elle ne veut plus me voir, je repartirai… Mais je dois lui parler
- - Je n'ai pas l'adresse
- - Ne me mentez pas. C'est là que vous l'avez rencontré !
- - C'est vrai… Mais il n'y a pas d'adresse
- - Il est dans les Balkans, donc…
- - Il est proche des Balkans… C'est un camp de réfugiés, monsieur Castle… Il ne se trouve pas en pleine agglomération ! Il est au milieu de nulle part !
- - Il y a bien un moyen…
- - La ville la plus proche, et encore, c'est Belgrade. Mais après, il faut s'y rendre en voiture
- - Vous pouvez m'indiquez le chemin
- - Au milieu de nulle part ? Non. Ce sont des sentiers. Ils n'existent pas sur une carte. Kate le pourrait. Je ne sais pas comment elle fait, mais elle pourrait s'y rendre les yeux fermés !
- - Et vous ?
- - Oh, ça fait bien longtemps que je n'y suis pas allée. Au moins un an. Et là-bas, les chemins bougent !
- - Comment je fais alors ?
- - Le plus simple, c'est de trouver quelqu'un sur place qui connait le chemin, qui y est déjà allé… Il y a… C'est un fournisseur chez qui la sœur va de temps en temps… Lui, pourrait vous aider. Mais ce ne sera pas gratuit !
- - L'argent n'est pas un problème
Michèle le regardait.
- - Je peux vous demander quelque chose ? Ou plutôt vous montrer quelque chose ?
- - Euh… Oui… Quoi ?
- - Ça, dit-elle en cliquant sur son écran d'ordinateur
- - Mais… Commença-t-il après s'être approché. C'est une vieille photo. C'était pour une des enquêtes de Beckett… On s'y était rendu pour…
- - Là, c'est bien votre mère ?
- - Euh… Oui… Elle m'avait vendu aux enchères ! Mais je ne vois pas…
- - Et là, c'est votre fille ?
- - La promo de mon dernier Derek Storm. Mais où voulez-vous en venir ?
- - J'y viens. Et ça ?
- - Oh, non ! Elle les a vus ?
- - Oui
- - Ce n'est pas ce que vous croyez ! Jamais je n'aurai…
- - Et ça ?
- - Mais comment…
- - Après le départ de Kate, j'ai demandé à notre petit génie en informatique d'étudier les clichés, de les éclaircir. Vous savez, ici, comme chez vous, les journalistes ne montrent que ce qu'ils veulent bien montrer. Pour vendre.
- - Et c'est pour ça que vous avez aussi…
- - Je ne connais de vous que ce que Kate a bien voulu me dire… Alors, on a fait des recherches. Pas facile, je dois dire. Surtout pour trouver celle de votre fille. Alexis, c'est ça ?
- - Oui. Je l'ai toujours protégé de ces vautours !
- - Je comprends.
Castle regardait le diaporama
- - Pourquoi avez-vous fait ça ? Vous ne me connaissez…
- - Pas pour vous. Tout du moins au départ. Et puis… Kate est mon amie… Sans elle…
- - Elle dit la même chose de vous
- - Je sais.
- - Elle est au courant pour ces photos ?
- - Je les lui ai envoyées. Mais elle n'a pas lu mon mail. J'ai essayé de la joindre, mais elle ne m'a pas répondu… Mais elle peut rester des jours sans adresser la parole à personne
- - Oh, non !
- - Quoi ?
- - J'ai… Commença-t-il en sortant son téléphone de sa veste. Je l'ai éteint en entrant à l'hôpital
- - Et vous ne l'avez pas rallumé depuis…
- - Mais qu'est-ce… Fichu mode avion. Il est encore activé
- - Si Kate a essayé de vous joindre…
- - Je sais… Et c'est le cas. Oh, non. Tous ces messages. Elle n'a pas arrêté de m'en envoyé… Je vais…
- - Inutile. On ne capte pas dans le camp
- - Mais je pourrais lui envoyé un sms, lui expliqué pourquoi je ne lui ai pas répondu. Elle va encore croire…
- - Et quand le lira-t-elle ? A son retour en France ? Rien ne dit qu'elle quittera le camp, et surtout, on ne sait pas quand
- - Vous avez raison. Je vais y aller. Merci, Michèle
- - Si vous voulez, on peut s'occuper de votre vol ici
- - Ah, oui ?... C'est gentil
Elle pianota sur son clavier, fit quelques clics
- - Quelle heure vous intéresse ?
- - N'importe laquelle
- - Ah, je croyais que vous n'étiez pas un lève-tôt !
- - Elle vous l'a dit ?
- - Le plus tôt que je trouve c'est… demain matin
- - Demain ? Mais je voulais…
- - J'avais bien compris. Mais tous les vols sont complets aujourd'hui. Et c'est peut-être une bonne chose
- - Vous croyez ?
- - Il faut lui laisser le temps de se calmer, de réfléchir. Depuis que nous travaillons ensemble, j'ai appris à la connaitre. Sur le coup de l'énervement, de la colère, elle peut dire des choses qu'elle ne pense pas. Qu'elle regrette après coup. Aujourd'hui, elle arrive à prendre du recul. Au moins au travail. Quand je vois ce qu'il s'est passé avec… Même moi, j'avais du mal à me maitriser
- - Je n'aurai pas dû intervenir
- - Vous n'auriez pas dû partir. Là, est la différence. Vous auriez dû rester et discuter avec Kate
- - Et je lui aurai dit des choses blessantes !
- - Mieux valait ça que la fuite… Finalement, vous vous ressemblez assez. Aussi butés l'un que l'autre. Il va falloir que vous appreniez à vous confier, à vous faire confiance. Sinon, ça ne marchera jamais entre vous
- - Parce que vous croyez…
- - En ce qui vous concerne je ne saurai dire, mais pour ce qui est de Kate… Et si vous je vous invitais. Vous venez chez moi, on dine, vous passez une bonne nuit, et je vous dépose à l'aéroport demain matin
- - Ah, oui ?
- - Vous me raconterez comment vous avez rencontrez Kate et vos années de partenariat
- - Elle ne va pas apprécier !
- - Qui le lui dira ?
