Salut à tous ! :)

Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre qui est le premier de la dernière partie de cette fanfiction ! Je vous remercie pour vos retours toujours aussi encourageant. Merci à ceux qui sont là depuis le début mais aussi au petits nouveaux. Je n'ai pas eu le temps de répondre aux reviews sur le chapitre de la semaine dernière mais je vais tout faire pour répondre à celle de cette semaine ! ^^

Je remercie tout particulièrement Evie Regal qui a accepté d'être ma bêta et de relire tous mes futurs chapitres pour que la lecture vous soit plus agréable.

Quelques mots sur ce chapitre : Vous êtes prêt pour le premier chapitre de la dernière partie de cette fiction ? Je vous préviens, il y a du changement, beaucoup de changements ! ^^

Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)

oOoOo

I Hear Your Voice

I got guns in my head and they won't go
J'ai des canons sur la tempe et ils ne partiront pas
Spirits in my head and they won't go
J'ai des démons dans ma tête et ils ne s'en iront pas

The Strumbellas - Spirit

Chapitre 51 : Nangila Evans

Dès que les premières notes de mon réveil retentissent, je me redresse le sourire aux lèvres. Aujourd'hui va être une belle journée, j'en ai la certitude. Je saute de mon lit et prends directement une douche rapide. Je sors de la salle de bain habillé d'une chemise blanche et d'un jean sombre.

J'attrape mon sac et mon portable dans ma chambre avant de dévaler les escaliers à toute vitesse. Je glisse sur le parquet et cours vers l'entrée. Je la franchis sans ralentir et parcours les quelques mètres qui me sépare de la boîte aux lettres pour récupérer le journal pieds nus. J'adresse une prière silencieuse pour que Luna ne m'aperçoit pas depuis la cuisine.

Je parcours rapidement les gros titres tout en rejoignant le salon. Je m'arrête devant le tourne disque. Je fouille quelques secondes avant d'arrêter mon choix sur Ella Fitzgerald. Je souris un peu plus au premières notes de Can Anyone Explain. Comme dirait Lexa, rien ne vaut les bons vieux classiques !

J'entre dans la cuisine et souris encore un peu plus si c'est possible en sentant l'odeur des pancakes. Je dépose le journal devant Luna en lui embrassant la joue.

-Bonjour maman !

-Salut mon grand.

Elle sourit, j'adore quand elle sourit. Je me confectionne rapidement une assiette digne de ce nom avant de m'installer en face d'elle. Je me verse un verre de jus d'orange quand elle me demande :

-Alors prêt pour ton grand jour ?

-Absolument ! Je suis certain que ça va être génial !

-Non mais écoutez le celui-là, intervient Raven depuis la pièce d'à côté. Ce gosse doit être le seul ado de 16 ans heureux de faire sa rentrée des classes !

Je vois le regard amusé de Luna. Elle ne dit rien mais elle n'en pense pas moins. Comme si elle avait deviné que je venais d'épier ses pensées, elle me fait une moue désolée.

Raven entre dans la cuisine avec Lydia ma petite sœur de deux ans dans les bras. Elle me la confie avant de s'avancer vers ma mère pour l'embrasser puis elle s'installe à côté d'elle. Je comprends le message et attrape la chaise pour enfant et la fait glisser jusqu'à moi avant d'y déposer la petite brune. J'embrasse son nez avant de lui présenter son petit déjeuner.

Pendant ce temps, Raven subtilise le journal à Luna pour y prendre les pages sur les innovations technologiques. Elle attrape ensuite son café et je constate amusé qu'elle bénie presque les premières gorgées. Elle a déjà fini de moitié sa tasse quand elle me demande :

-Tu veux que je t'amène Nan' ? Je ne commence qu'à dix heures aujourd'hui.

-Non merci. Je vais prendre le bus.

-Le bus ! s'offusque presque Raven.

Luna rit doucement, quelque peu moqueuse de la réaction de Raven. Cette dernière prend un air vexé alors avec douceur ma mère vient lui caresser la joue avant de lui voler un baiser. Pourtant, malgré toute cette tendresse, Raven semble toujours désespérée. Elle plonge son regard dans celui de Luna avant d'affirmer :

-Je ne sais pas qui l'a élevé celui-là mais cette personne s'y est prise comme un pied ! Non mais le bus… personne n'aime prendre le bus.

-Raven, essaye de l'arrêter Luna.

-Tu ne vas pas me faire croire que tu es sereine à cette idée.

-Je ne le suis pas, confirme-t-elle.

-Elle ne l'est pas, j'assure en même temps.

-Le bus, reprend elle à nouveau, n'importe quoi !

-Tu pourras m'amener un autre jour, promis. Mais aujourd'hui j'ai envie de faire comme tout le monde.

-Ton fils est vraiment ingrat, soupire Raven en s'adressant à Luna. Heureusement qu'il reste ma petite Lydia.

A la fin de sa phrase, elle se lève pour prendre ma sœur dans ses bras. J'ai parfois du mal à concevoir qu'entre ces deux là, ce soit Raven la plus gaga. J'aime le regard de Luna lorsque nous assistons à ce genre de scène.

-Heureusement, je ne peux m'empêcher de me moquer.

-D'ailleurs, reprend Luna, tu te souviens que c'est toi qui la récupère ce soir ? J'ai rendez vous chez le médecin.

-Rien de grave ? je ne peux m'empêcher de m'inquiéter.

-Non p'tit mec, répond à sa place Raven. C'est un rendez vous de contrôle.

-Pour nous assurer que tout va bien pour ta petite sœur.

Luna me fait un clin d'œil avant de toucher son ventre déjà bien arrondi. Je souris attendri. J'aime vraiment beaucoup ce qu'est devenue notre famille. C'est juste énorme de me dire qu'il y a encore dix ans, je n'étais juste qu'un gamin des rues. J'en ai fait du chemin depuis.

Et, c'est entièrement grâce à Luna. Encore aujourd'hui au-delà d'être ma mère, elle est avant tout mon héro !

Sans ne jamais perdre mon sourire, je finis mon petit déjeuner. Les conversations vont bon train. J'ai toujours aimé nos moments en famille, les meilleurs restent ceux que nous faisons à New Haven lorsque tout le monde est vraiment présent. Mais je dois bien avouer que notre vie à New-York se rapproche vraiment de la perfection. Je jette un œil à l'heure avant de me redresser. Je prends une pomme dans la corbeille à fruit avant de foncer devant le miroir de l'entrée.

-Attends, m'interpelle Luna, laisse-moi au moins faire ça pour toi aujourd'hui.

Je ne réponds pas mais me contente de lui passer mon nœud papillon rouge. Elle le glisse derrière mon col avant de se concentrer pour me le nouer. Je ne sais plus vraiment quand j'ai commencé à en porter mais j'en suis tombé amoureux et maintenant, m'imaginer sortir sans est impensable. Je détaille ma mère avec amour. Elle est vraiment mon pilier. Je peux sentir son inquiétude mais le fait qu'elle ne le montre pas me touche.

-Tout va bien se passer, je lui assure.

-Je n'en doute pas mon grand.

-Je promets de t'appeler au moindre problème.

-Nangila Evans, me gronde-t-elle en riant, sors immédiatement de mes pensées !

-D'accord, je souris un peu plus. Mais c'est vrai, je t'appellerai.

Je peux voir dans ses yeux que mes mots parviennent à la rassurer. Elle finit de nouer mon nœud papillon. Elle garde quelques secondes sa main dessus avant de la faire glisser jusqu'à mon cœur. Il y a un long moment de silence, un vrai silence avant qu'elle ne me dise :

-N'oublie pas que ce qu'il y a juste là, elle fait une pression un peu plus forte sur mon cœur, est ce qu'il y a de plus important. Tu es un p'tit mec génial. Essaye de ne pas trop te soucier de ce que les autres pensent et surtout épate les tous !

-Je crois que je peux faire ça, je lui assure.

-Et surtout, hurle Raven depuis la cuisine, n'oublie pas la règle numéro un !

-Maman, je souffle plus bas pour que Luna me vienne en aide.

Cette fois, elle se détache de moi en levant les mains en l'air pour dire : je suis désolée mais je ne peux rien pour toi. En effet, sans qu'elle ne puisse l'en empêcher, Raven débarque avec Lydia dans les bras. Elle se positionne aux côtés de Luna avant d'exiger :

-Rappelle moi quelle est la règle.

-Mais, j'essaye.

-La règle, demande-t-elle de nouveau en claquant des doigts.

J'essaye de nouveau de chercher du soutiens du côté de Luna mais tout ce que j'obtiens, c'est un regard désolé. Le pire c'est que je vois bien qu'elle essaye de retenir un rire. Je soupire avant de fixer Raven et de répéter tel un robot bien programmé :

-Ne jamais tomber amoureux le jour de la rentrée des classes.

-Voilà ! Tu es fin prêt ! Tu es peut-être un peu mon fils après tout, conclut-elle avec un clin d'œil.

Cette fois, Luna éclate de rire. Ce simple son égaye un peu plus ma journée. Le meilleur constat que je puisse faire chaque jour, c'est qu'elle soit heureuse et elle l'est, vraiment.

Je remarque que mes mères m'ont distrait un peu plus longtemps que prévu et je viens embrasser la joue de Raven avant de prendre Luna dans mes bras. Je la serre un peu plus fort comme pour la rassurer une dernière fois. Avant d'écourter l'étreinte, je souffle des remerciements sans oublier de préciser que je les aime. Puis, je fonce vers l'entrée.

-Nan', m'arrête immédiatement Luna, tes chaussures, tu as oublié tes chaussures !

J'attrape mes baskets noires au vol. Je me pose vingt secondes chrono sur les marches de l'entrée pour les enfiler et je me précipite vers mon arrêt de bus. J'adore courir, c'est quelque chose que j'ai gardé des rues du Ouganda. La seule différence c'est qu'avant, je le faisais pour une question de survie maintenant, j'aime juste cette sensation. Et puis, ça m'aide pour le handball.

D'ailleurs, en pensant à ça, il faut que j'envoie un sms à O dans la journée pour lui assurer à elle aussi que tout se passe bien. Je ris doucement alors que je la revois me faire promettre de ne jamais ô grand jamais me faire embarquer dans un sport aussi bestial que le football américain. Elle a été tellement insistante que j'ai même fini par lui écrire un contrat comme quoi je jurais fidélité au hand sur une serviette en papier.

J'arrive devant mon arrêt au moment même où le bus se stationne. J'entre rapidement en saluant poliment le chauffeur. J'effectue un premier pas et je suis aussitôt attaqué de toutes parts. Je déteste ce genre d'endroit confiné, les voix y sont anormalement fortes. Je m'apprête à mettre mon casque sur les oreilles lorsque je perçois un murmure plus distinct que le brouhaha environnant. Je fronce les sourcils avant de retenir les portes du bus juste à temps pour laisser passer une fille en robe rouge.

Je n'attends pas de remerciements. J'ai appris il y a longtemps à ne plus rien attendre des inconnus. Je m'éloigne donc alors qu'elle reprend encore son souffle, en me plongeant enfin dans la musique. Je m'assoie au fond du bus au rythme de The Passenger d'Iggy Pop. Je ferme les yeux quelques secondes, j'inspire profondément et je retrouve mon sourire. Je le savais que cette journée serait belle.

Le trajet ne dure pas une éternité, à peine une vingtaine de minutes mais alors que les musiques défilent les unes après les autres, je ne peux m'empêcher de me souvenir de la catastrophe qu'a été ma première rentrée scolaire. J'étais incapable de me concentrer, d'apprendre quoi que ce soit dans un environnement aussi bruyant. J'ai tenu deux jours avant d'en parler Luna. Comme toujours, elle a trouvé une solution. Jusque là, j'ai fait toute ma scolarité à la maison mais pour la première, j'ai décidé de retourner sur les bancs de l'école. C'est important. Je dois sortir de la bulle protectrice de mes mères. Il faut que je m'habitue au bruit avant d'aller en fac de droit. Je ne suis plus un enfant et je ne veux plus fuir. Et c'est important si je veux réaliser mon rêve et devenir avocat.

J'ai passé presque tout l'été avec Lexa. Nous avons beaucoup travaillé. Elle m'a appris ses trucs. Mais elle m'a surtout demandé de ne jamais oublier que quoi qu'il arrive, mon kimya m'attendait à la maison. C'est ça le plus important, garder celles et ceux qui sont importants dans mon cœur près de moi. Quand je perds le contrôle, une seule pensée pour Luna m'aide à garder pied et je sais qu'un seul coup de fil me sera bénéfique en cas de besoin.

Je frotte nerveusement mes mains alors que le bus s'arrête devant le lycée. Je me redresse. Tout va bien se passer, je suis confiant. J'inspire profondément. Je n'ai pas à m'inquiéter. Je descends du bus et reste quelques secondes planté devant la battisse sans bouger. J'observe les lignes, les pierres, son architecture dans l'ensemble. Raven dirait que c'est hideux et Luna que c'est un travail urbain rectiligne intéressant.

Nina Simone et Nobody Knows You When You're Down And Out, accompagne mes premiers pas dans ce qui actuellement ressemble plus à une jungle dangereuse qu'à autre chose. Je traverse les couloirs en prenant garde à ne jamais percuter qui que ce soit. Mon aptitude est plus puissante lorsque je touche quelqu'un et c'est assez déroutant. Je regarde le plan que m'a dessiné Luna pour m'indiquer où trouver le bureau du directeur. Je m'arrête et le tourne pour essayer de mieux me repérer lorsque quelqu'un attire mon attention en tapotant mon épaule.

Je ferme les yeux pour arrêter immédiatement le flot d'images incontrôlable qui apparaît à coup de flash dans mon esprit. Des souvenirs qui ne m'appartiennent pas et auquel je n'aurais jamais dû avoir accès. Je replis le bout de papier avant de le glisser dans ma poche. Je me tourne ensuite vers une fille rousse de mon âge. Je sais déjà qu'elle s'appelle Chloé, qu'elle a deux grands frères, qu'elle vit dans un des bas quartiers de Brooklyn et qu'elle rêve de devenir journaliste. En revanche, je suis surpris en reconnaissant la robe rouge. C'est la fille du bus.

Je retire mon casque de mes oreilles et le fait glisser jusqu'à ma nuque. Je la détaille quelques secondes de plus. Elle a de magnifiques iris vertes pas aussi complexe que celle de Lexa, mais tout de même impressionnantes. Ses cheveux sont ondulés et s'arrêtent quelques centimètres en dessous de ses épaules. Ils sont retenus légèrement en arrière par une paire de lunettes à la teinte noisette. Ses lèvres sont maquillées d'un rouge éclatant mais le reste de son visage semble désert de tout maquillage, sauf peut-être une petite touche de mascara. Il n'y a pas à dire, elle est très jolie et je sais de quoi je parle, je suis consciemment entouré de femmes magnifiques, à commencé par Luna.

-Tu es nouveau, n'est-ce pas ? me demande-t-elle. Il n'y a pas souvent de nouvelles têtes et je suis très physionomiste. Ici, la plupart se connaissent depuis le collège et… tu n'as clairement pas l'âge pour… bref, je peux t'aider ?

-Je cherchais le bureau du directeur pour avoir mon emploi du temps.

-Je vois. Oublie ça, personne ne veut se retrouver coincé avec Monsieur Gérard le jour de la rentrée. Je suis à l'heure grâce à toi, je t'en dois une. D'ailleurs merci pour tout à l'heure. Nous allons passer devant l'accueil pour connaître ta classe et le tour est joué !

Chloé ne me laisse pas le temps de vouloir répondre qu'elle se tourne et commence à avancer. Je fronce les sourcils en la regardant s'éloigner. Elle a une étrange façon de communiquer. Sur certains points, elle ressemble à Raven. Elle semble dire tout ce qui lui passe par la tête.

Je ne suis pas certain d'avoir envie de la suivre. J'ai pris l'habitude de respecter à la lettre ce que l'on me demande de faire. Et là, je suis censé aller voir le directeur. C'est logique. Il est impensable de gagner un match sans écouter le coach. C'est du pareil au même.

Mais je perds toute volonté de lui dire non lorsqu'elle se retourne et que je remarque le même feu destructeur dans son regard que celui de Clarke quand quelqu'un s'en prend à Lexa. Je la rejoins donc d'un pas traînant. J'essaye de me convaincre que tout va bien se passer. Une fois à sa hauteur elle a les poings serré sur les hanches et le regard dur.

-Tu en as mis du temps. Allez, on y va ! Ne me lâche pas d'une semelle.

Cette fois, je la suis sans faire d'histoires. Elle salue presque tous ceux qu'elle croise en utilisant leurs prénoms ou leurs noms de famille. Alors que nous arrivons dans ce qui semble être le réfectoire, je longe les murs pour éviter une collision avec un inconnu.

Chloé s'arrête pour discuter avec un groupe de personnes qui doit aussi avoir mon âge. Je garde mes distances pour observer et essayer de comprendre ce monde que je ne connais pas. Je ne manque pas les regards insistants de ma nouvelle connaissance. Elle ne semble pas comprendre que je ne les rejoigne pas. Elle finit par revenir vers moi en me demandant :

-Tu as 5 $ sur toi ? J'ai encore oublié mon argent sur cette stupide commode à la maison. Il y a des règles pour approcher Connie, la secrétaire et ne pas finir dans le royaume d'Hadès. Règle numéro : qui veut une information, apporte un mocha.

Je fais passer mon sac sur mon épaule droite. Je fouille dedans et en sors mon portefeuille. Je lui tend ensuite un billet de vingt. Elle me remercie et me tourne déjà le dos quand je l'arrête :

-Tu peux en prendre un pour toi aussi si tu veux.

-Pourquoi ? m'interroge-t-elle clairement méfiante.

La réponse est simple, elle en a terriblement envie. Je me racle la gorge pour essayer de trouver une raison qui n'implique pas de révéler que je lis dans les pensées. Et dans les siennes plus que dans les autres depuis qu'elle m'a touché.

-Je t'arrête tout de suite, j'ai un petit ami.

-Quoi ?

-Oublie ton numéro de charme.

-Mais... non… non ! Absolument pas ! Je… je ne fais pas de numéro de charme. Je voulais juste être gentil.

-Gentil tu dis, elle semble vraiment étonnée. Et tu n'attends rien en retour.

-Que tu prennes un latté caramel ou non, je m'en fiche. Tu fais ce que tu veux. Tout ce que je te dis c'est que si tu en as envie, je te l'offre.

Chloé me fixe de longues, très longues secondes. Bien malgré moi, je fais un pas en arrière. Je crois que cette fille m'intimide. Elle me demande de but en blanc :

-Comment sais-tu que je prends un latté caramel ?

-Je…

Et merde ! Merde et remerde !

-Je travaille dans un bar café, c'est… mon boulot de savoir ce genre de choses.

-Tu viens de l'Upper East Side non ?

-Euh… oui.

-Le quartier le plus riche de New-York, signale-t-elle.

-Peut-être…

-Et tu as un petit boulot ? T'es le genre de gosse de riches qui essaye de se détacher de la fortune de papa et maman ?

Non mais c'est quoi toutes ces questions ? C'est… qui pose autant de questions ? Je suis sûr que même face à un suspect ni Lincoln, ni Anya n'en pose autant.

-Et pourquoi je serais forcément un gosse de riches ? je demande pour essayer de me sortir de cette situation.

-Pour commencer, j'ai tout de suite remarqué tes pompes, elles sont superbes mais surtout, elles coûtent plus de 300 $. Ensuite, tu as le dernier apple qui dépasse de la poche de ton jean, sans parler du casque audio lui aussi hors de prix. La chemise, elle s'approche, je le savais aussi de la marque. Désolée mais tu pues le fric.

-Tu es qui, Sherlock Holmes ?

-Plutôt Loïs Lane, me sourit-elle. Quand on vient des bas quartiers, on les repère vite les gens comme toi.

-Il n'y a personne "comme moi", j'affirme.

-Laisse-moi la journée et j'établis un portrait parfait de toi.

-C'est comme un jeu ?

-Un peu. Si je gagne, tu ne seras plus un mystère le nouveau.

-Et si tu perds ?

-Je ne perds jamais.

-Mais si tu perds tout de même ?

-Tu m'offres un latté caramel dans ton fameux bar café, deal ?

Elle me tend la main. Je fixe sa paume avec défi. Je ne suis pas certain que la toucher de nouveau soit une bonne idée. Et puis, pourquoi je suis censé offrir quelque chose si jamais elle perd ? Il n'y a pas de logique. Pourtant je suis intrigué. Alors à mon tour, je tends ma main pour sceller notre accord.

Je fais mon possible pour éloigner ses pensées des miennes mais certaines images ne me laisse pas de répit. Je rencontre donc le fameux petit ami, Peter. Blond aux yeux marrons, qu'elle trouve absolument sexy. Je sais aussi tout comme elle que ce garçon n'est pas quelqu'un de bien. Quelques vols et des infractions plus ou moins graves. Il a déjà été en détention pour mineur.

Je retire ma main en soupirant. J'imagine que si nous finissons par devenir amis, je vais être obligé de demander à Anya de faire des recherches sur lui, juste au cas où. Mais en même temps, je vais essayer de ne pas juger trop vite. J'en connais une autre qui a fait un tour en détention pour mineur, une certaine Raven Reyes. Et dieu sait que c'est vraiment quelqu'un de bien.

Je sens mon portable vibrer dans ma poche. Je l'attrape et vois le prénom de Lexa s'afficher. Je souris avant de décrocher :

-Hey ! Salut Lex' !

-Petite amie, sourit Chloé. J'en suis sûre !

-Nan' alors comment ça se passe ?

-Pour l'instant tout va bien. Je crois que je suis en train de me faire une amie.

-C'est génial ! Et ça va avec le jabawokie ?

-Wonderland n'est pas encore détruit, j'assure en riant. Je vais peut-être passer te voir ce soir.

-Justement. Je viens d'inviter tes mères à manger à la maison. Tu seras là ?

-Toujours ! Quelle heure ?

-Clarke finit à 15h aujourd'hui donc quand les Evans seront prêts, nous le serons aussi. Oh ! Et dernier argument au menu, je prépare un curry de poulet.

-Tu as préparé le toit ?

-Peut-être…

-Ce n'est plus une proposition mais une obligation. Je serai là.

-C'est noté. A plus p'tit mec et...

-… promis.

Je raccroche le sourire toujours aux lèvres. Le rire de Chloé me ramène à la réalité. J'écarquille les yeux alors qu'elle gesticule dans tous les sens en explosant :

-Et BAM ! Tu as une petite amie ! Lexa, c'est bien ça ? Première révélation sur toi.

Je souris quelque peu amusé. Je m'apprête à lui dire qu'elle se trompe mais elle plaque son index sur ses lèvres en me demandant :

-Ne dis rien ! Rien du tout ! Nous ferons un point à la fin des cours. Rendez-vous à la bibliothèque, okay ?

Ouais… à ce stade là, autant rejoindre tout de suite le bar de Lexa. Mais si ça peut lui faire plaisir, pourquoi pas. J'acquiesce en guise de réponse. Aussitôt fait, elle fonce acheter la boisson chaude pour la fameuse Connie. Je secoue la tête en remarquant qu'elle n'a rien pris pour elle. De toute évidence, elle est têtue.

Pas moins de dix minutes plus tard, je découvre mon emploi du temps. Chloé regarde derrière mon épaule. Elle subtilise mon bout de papier pour entourer les cours que nous avons en commun, plus de la moitié.

Il se trouve que les cours de mathématiques normaux sont bien ennuyants et légèrement en dessous du niveau que m'a imposé Raven. Dès qu'il s'agissait de maths, de sciences ou de technologies avancées, elle se donnait à fond pour me donner des cours dignes de ce nom. Je plains presque ce pauvre professeur légèrement grassouillet qui passe plus de temps à penser au déjeuner qu'à la trigonométrie. Il a perdu la passion, pas étonnant que personne ne l'écoute.

L'histoire du droit est passable mais encore une fois, je trouve le temps long. Je crois que je vais finir par regretter mon choix de vouloir faire mes dernières années de lycée comme tout le monde. Parce que même avec toute la bonne volonté du monde, ces inconnus ne remplaceront jamais Luna, Elijah, Lexa, Clarke, Lincoln, Octavia et Gustus.

Je sursaute en recevant une boulette de papier sur mon bureau. Je la fixe pendant un temps indéterminé avant de me retourner. Je remarque Chloé sur ma droite et deux rangées plus loin. J'écarquille les yeux et elle me mime de lire. Je secoue la tête avant d'essayer de me concentrer de nouveau sur le discours du professeur. Je n'ai pas besoin de déchiffrer les mots de la rousse. Je sais déjà ce que sa note dit. Elle pense que je suis du genre à recopier les cours de quelqu'un d'autre. Je comprends pourquoi elle croit ça. Je n'ai rien écrit depuis le début de l'heure. Mais je n'en ai pas besoin. J'ai une très bonne mémoire.

Je suis horrifié pendant le cours de français. Cette personne devant moi ne peut pas avoir obtenu le droit d'enseigner. C'est impossible. Son accent est mauvais, ses accords incorrects et sa prononciation à pleurer. Je suis à deux doigts de me fracasser la tête contre mon bureau. C'est un vrai supplice. Je crois que je vais être obligé de demander à Elijah de venir enseigner ici !

Heureusement, je finis la journée avec du sport. Je vais enfin pouvoir me défouler. J'enfile rapidement les vêtements du lycée. C'est étrange de porter des couleurs différentes de mon équipe de hand. Je suis le premier à sortir des vestiaires. J'observe la piste de course avec envie. Là au moins, je ne peux pas avoir de déception.

-Alors… c'est ça, la voix de Chloé me fait sursauter. Tu es un sportif.

-J'aime courir, je confirme.

-Dommage, les sportifs sont ennuyeux… qui aime courir ?

-Moi, j'assure de nouveau en m'approchant du groupe qui se forme autour d'une femme brune aux cheveux courts. J'adore ça même.

Pour le premier cours, la prof décide d'évaluer nos compétences. Elle commence par l'endurance et nous demande de courir un 1500 mètres. Je fonce en souriant. Je ne cherche pas vraiment à faire d'efforts. Je me défoule juste après cette journée qui m'a un peu déçu. Je finis la distance imposé dans les dix premiers mais contrairement aux autres je ne suis pas à bout de souffle. Je m'étire tranquillement lorsque que la rousse arrive. La première fille. Je m'avance vers elle alors qu'elle s'appuie sur ses genoux pour reprendre une respiration normale.

-Je croyais que tu n'aimais pas le sport.

-Courir c'est presque une question de survie dans mon quartier. C'est quoi ton excuse ? Tu talonnais l'équipe d'athlé et… pourquoi tu n'es pas essoufflé ?

-Qu'est-ce qui te fais croire que courir n'est pas une question de survie pour moi aussi ? je demande en souriant.

Chloé se redresse vivement, je crois qu'elle est prête à répliquer mais elle se stoppe net avant de froncer les sourcils. Son regard se fixe dans le mien. Elle semble chercher quelque chose. Je ne suis pas comme Lexa, les choses ne s'accentuent pas avec le regard alors ses pensées sont assez silencieuses pour le moment. Mais j'ai la sensation que depuis le début de son petit jeu, c'est la première fois qu'elle me voit vraiment. Enfin.

Elle fait un pas en arrière comme pour essayer de mieux me voir dans mon ensemble. Je ne me vexe pas. Il faut dire que je ne suis pas du genre à entrer dans les cases. Elle se mordille la lèvre avant de penser si fort que je crois presque entendre sa vrais voix :

-Mais qui es-tu ?

Je souris un peu plus avant de me retourner. La prof va nous appeler dans trois, deux, un…

-On se rassemble tous ! Maintenant agilité, vous me prenez un ballon de basket et vous me le faites entrer dans l'arceau.

-Laisse moi deviner, pour ça aussi tu excelles, murmure Chloé dans mon dos.

La prof libère les ballons qui roule maintenant librement sur le sol. J'en attrape un pour le passer à la rousse avant de dribbler quelques secondes avec un second ballon pour moi. Je souris à Chloé avant de demander :

-Aiden Woods ça te dit quelque chose ?

-Le champion des Knicks, je ne suis pas inculte non plus.

-Il m'a tout appris !

Je conclus ma révélation en me tournant vers le panier. Je suis un peu loin de la ligne des trois points mais ça devrait le faire. Je tire et le ballon entre sans la moindre difficulté. Je souris avant de jeter un regard à Chloé.

Elle soupire avant de s'avancer un peu plus. Elle se place sur la ligne de la raquette et marque sans problème. Elle récupère son ballon, me le passe presque violemment mais je le réceptionne sans mal. Elle me toise avant de demander :

-Tu veux vraiment me faire croire qu'un des champions de la NBA a pris le temps de t'enseigner les bases du basket ?

-Lui et sa sœur, je confirme.

-Donc si je crois ce que tu dis, tu connaîtrais Aiden et Lexa Woods, les enfants de Bryan Woods, notre premier ministre. J'ai bien résumé ? me demande-t-elle sceptique.

-Pour rappel, Lexa m'a appelé sur mon portable ce matin, je dis avec amusement avant de shooter à nouveau.

Je vois presque toutes les théories de Chloé à mon sujet s'effondrer tel un château de cartes sous mes yeux. Elle recommence à me regarder comme tout à l'heure. Je crois que c'est une forme d'intérêt. Elle commence à se rendre compte que je ne suis pas Monsieur tout le monde et comme future bonne journaliste, quelque chose se réveille en elle. C'est comme si elle commençait à me voir, me voir vraiment.

Je n'ai jamais eu à faire à ce genre de regard. Il est unique et je crois que d'une certaine manière, il amorce le début de notre amitié.

-Je crois que nous devrions directement aller au bar, non ?

-Je ne suis pas du genre à abandonner.

-Je n'en doute pas. Mais la journée de cours est finie, je souris.

Chloé sursaute au moment où la sonnerie de fin de cours retentit. Je m'éloigne d'elle à reculons avant de l'inviter à me rejoindre devant l'arrêt de bus après nous être changés. Je vois qu'elle n'en est pas vraiment heureuse mais elle accepte.

Il me faut peu de temps pour m'installer sur un banc à proximité de notre lieu de rendez vous. Je suis certain qu'elle va adorer ma famille. En l'attendant, je dépose de nouveau mon casque sur mes oreilles. Je ferme les yeux pour mieux apprécier ce presque silence. Lexa a raison, la musique est vraiment apaisante en fin de journée.

Je sens de nouveau un tapotement au niveau de mon épaule. Je plisse le nez en faisant glisser mon casque sur ma nuque. Je souris à Chloé alors que son image se trouble. J'ai de nouvelles visions d'elle, de sa vie. Cette fois, je la vois dans une salle d'attente, celle d'une prison, puis la vision se trouble pour passer à un parloir. Le genre avec une sécurité maximum, derrière une vitre et en décrochant un téléphone, elle parle soit à sa mère soit à son père. Je cligne des yeux pour obliger les images à s'éloigner de mon esprit mais celle-là semble bien s'accrocher. Cette fois, je vois des gyrophares rouges et bleus. J'aperçois un officier en tenu réglementaire s'accroupir devant elle et lui assurer que tout va bien se passer avant qu'elle ne soit embarquée par une assistante sociale. Je souris tristement en réalisant que c'est une enfant du système, comme Raven. Je ne peux m'empêcher de me demander un peu maladroitement comment elle a réussi à entrer dans une école comme celle-ci.

-Bon, on y va ? Je n'ai pas toute la soirée, après il faut que je rentre.

-Je pourrais te raccompagner, je propose.

-Toi, elle me pointe de son index avant de l'élever et de l'abaisser à plusieurs reprises, non, je ne crois pas. Je ne pense pas que ce soit le genre d'endroit où tu as l'habitude de traîner.

-Il va vraiment falloir que tu arrêtes avec tes préjugés, je ris.

Je me redresse en m'étirant. J'attrape mon sac et range mon casque et mon portable dedans. Je fais un premier pas avant de remarquer que Chloé ne me suit pas. Je hausse un sourcils ne comprenant pas pour quelle raison elle ne bouge pas. Je la détaille avec plus d'attention et me concentre. Je réalise alors qu'elle ne comprends pas pour quelle raison nous ne prenons pas le bus.

-Le bar est à dix minutes à pied par là, je montre le nord de la ville.

-Tu veux marcher après le sport, vraiment ?

-Crois-moi, ce n'était pas vraiment du sport.

-Pas vraiment, se moque-t-elle.

Je ris de nouveau. Si elle savait. Je n'ose imaginer ce qui se serait passé si O avait débarqué au milieu de cet "entraînement". De un, elle aurait crié au scandale, de deux, elle aurait viré la prof en l'insultant de tous les noms, de trois, elle aurait repris les reines et de quatre, les trois-quarts des élèves seraient morts de suffocation.

-Tu sais, je reprends amusé, si tu veux avoir une chance d'avoir une seule bonne information une fois arrivés au bar, tu devrais peut-être me poser des questions. Ce n'est pas ce qu'est censée faire une journaliste, Loïs Lane ?

-Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne.

-Comme tu veux, allez viens.

Nous marchons en silence, du moins, je suis silencieux parce que de son côté c'est un vrai boucan. Elle fulmine intérieurement. Elle se pose mille et une questions sans pour autant m'en poser une seule. Je commence à trouver cette situation un peu ridicule mais en même temps, je respecte sa force de caractère. Elle est vraiment du genre à tenir ses objectifs.

-Tu sais, finit-elle par prendre la parole, j'étais sérieuse tout à l'heure quand j'ai dit avoir un petit ami.

-Pourquoi tu ne l'aurais pas été ?

-Donc là, tout ça, ce n'est vraiment pas un plan drague.

-Absolument pas, je confirme.

-Pourquoi ?

Je réalise que Chloé s'est arrêtée. Je me stoppe à mon tour et me retourne. Ses sourcils sont froncés et ses bras croisés sous sa poitrine. Je détaille son regard qui cherche un signe que je mens. Je soupire avant d'affirmer :

-Je ne suis pas comme ça.

-Comme ça quoi ?

-Tu comprendras peut-être quand tu commenceras à poser tes questions, je souris. Mais s'il y a une seule chose que tu dois ajouter à tes notes sur moi c'est que je suis respectueux, très respectueux envers les femmes. Allez viens, nous ne sommes plus très loin.

-Tu es du genre féministe, me demande-t-elle avant même que je ne puisse faire un pas.

Je réfléchis à la question. Je me fais un repère mental de toutes les personnes adultes qui m'entourent depuis que je vis en Amérique. Il y a d'abord Luna et Elijah, évidement, puis Raven, Lexa, Clarke, Abby, Marcus, Gustus, Costia, Kasia, Aiden, Lætitia, Anya, Adrian, Octavia et Lincoln. Il y a clairement une majorité de femmes fortes qui m'ont toutes aimé et aidé d'une manière ou d'une autre. Est-ce que ça veut dire que je suis féministe ? Peut-être.

Je hausse les épaules. Je n'ai pas la réponse à cette question. Je reprends tranquillement ma route en espérant qu'elle va continuer à me suivre. Je commence vraiment à l'apprécier cette fille même si au final, je ne l'a connais pas encore vraiment. Du moins, elle ne m'a rien dit sur elle volontairement.

J'aperçois enfin le bar de Lexa. Instinctivement, je me sens bien mieux. J'aime me retrouver dans un endroit familier après cette journée emplie de nouveauté. Je me précipite presque pour entrer dans un lieu dans lequel je me suis toujours senti en sécurité. Je souris dès que j'ouvre la porte alors que la voix de Aretha Franklin résonne. J'écoute quelques secondes avant de reconnaître sans difficulté Won't Be Long. Je dépose ma veste sur le porte manteau avec mon sac avant de me diriger directement vers le bar. Il faut moins d'une seconde à Lexa pour se tourner vers moi et me faire un signe de la main.

-Hey ! Salut p… Nan', se corrige-t-elle, ce qui me fait froncer les sourcils.

Je jette un regard dans mon dos et remarque que Chloé m'a bien suivi. Pour une raison que je ne m'explique pas, j'en suis heureux. J'avance un peu plus. Je tape sur le bois du bar avec rythme avant de saluer à mon tour :

-Hey Lex' ! Je peux passer derrière le bar ? J'ai promis un latté caramel à cette fille.

-Promis ? Tu as perdu un pari toi ? demande-t-elle amusée.

-En fait, j'ai plutôt gagné.

-Et c'est toi qui offre quelque chose ?

Bah voilà ! Je ne suis pas le seul à trouver ça super bizarre ! Je hausse les épaules pour indiquer à Lexa que je ne comprends pas non plus la logique de cette fille. Lexa rit doucement, certainement amusée par une pensée volait à Chloé et elle me laisse passer derrière le bar.

Je prépare donc rapidement un latté caramel pour la rousse et je me confectionne un thé glacé à la menthe et à l'ananas. Je me dirige ensuite avec les boissons prêtes à ma table habituelle. J'invite gentiment Chloé à me suivre qui dévisage sans gène Lexa. Elle est en mode : je ne peux pas croire que ce soit Lexa Woods. Et la seconde d'après : Lexa Woods essuie un verre ? Vraiment ?

Je secoue la tête, je l'avais prévenu qu'elle devait ralentir sur les préjugés. Je m'installe et l'attends patiemment. Elle traîne des pieds avant de se laisser tomber sur la chaise en face de moi. Elle soupire avant de boire la moitié de sa boisson cul sec. Je manque d'éclater de rire mais je me retiens.

-Est-ce que je viens vraiment de voir Lexa Woods derrière un bar à travailler ?

-Oui.

-Mais cette fille à plus d'argent qu'il n'en faut, elle pourrait… je ne sais pas, se la couler douce aux Bahamas !

-Non, ce n'est pas vraiment son genre et puis si elle a acheté ce bar, c'est justement pour y travailler.

-Elle a acheté ce bar ? me demande-t-elle en faisant des cercles avec son poignet, je suis dans le bar de Lexa Woods, incroyable ! Pourquoi personne ne le sait ? Elle pourrait, elle se retourne pour découvrir peu de monde, surtout des habitués, avoir bien plus de monde.

-Je suppose qu'elle aime ce côté intimiste et puis elle n'aime pas tous les trucs officiels.

-Tu veux dire que tu connais vraiment Lexa Woods ? Tu ne me fais pas une blague ?

-Je ne te fais pas une blague, je confirme. Tu vas devoir arrêter de l'appeler Lexa Woods, elle va finir par te trouver bizarre.

-Tu connais d'autres célébrités dans le genre ?

Je hausse les épaules. Je n'ai jamais trouvé que le classement des personnes en fonction de l'argent était nécessaire. Je pense que c'est parce que j'ai été élevé par deux femmes qui savent ce que c'est que d'avoir trop ou pas du tout d'argent. Il est très rare que nous apparaissions en public, nous évitons toutes les soirées modernes ou aucun d'entre nous ne se sent à l'aise. Je crois que la seule où Luna nous oblige à aller, c'est celle qui récompense les associations. Elle dit que c'est important et si elle n'en a créé aucune, elle en finance plusieurs.

-En fait, tu n'as même pas découvert comment je m'appelais. Je me trompe ?

Je la vois rougir légèrement à la fin de ma question et grâce à ma capacité hors norme, je sais que j'ai raison. J'ai encore une fois un avantage sur elle. Je sais que d'une certaine façon, ce n'est pas juste, c'est même un peu de la triche mais qu'est-ce que j'y peux ? Ça fait partie de moi.

De plus en plus honteuse, elle finit sa boisson chaude d'une traite. Elle suppose mentalement qu'elle n'a aucune chance d'obtenir une bière dans ce bar et elle a raison. S'il y a bien une chose qu'on ne peut pas faire, c'est mentir à Lexa sur son âge.

-Bon d'accord, commence-t-elle avant d'être interrompue par une voix que je ne connais que trop bien.

-Par tous les hippopotames roses, Lexa, viens voir !

Je manque d'éclater de rire alors que Raven débarque telle une tornade dans le bar. Elle s'arrête à peine devant le comptoir et saute presque dessus pour montrer quelque chose sur son portable à sa meilleure amie.

-Tu as vu ça ? Non mais tu as vu ? C'est incroyable !

-J'imagine qu'après ça, la nanotechnologie n'a plus qu'à aller se rhabiller.

-Exact, c'est bien moins merveilleux ! Non mais attends, s'arrête-t-elle de s'extasier, pourquoi es-tu encore au bar ? Je croyais que nous mangions un carry ce soir.

-C'est le cas.

-Tu ne devrais pas être aux fourneaux ?

Je vois Lexa lui faire son fameux regard blasé avant de soupirer. Elle balance son torchon sur son épaule avant de secouer la tête. Elle appelle un de ses employés, un certain Josh pour qu'il la remplace et elle rejoint le studio. Raven la suit sans me voir. Je lève un sourcil un peu vexé qu'elle ne m'ait pas remarqué. Je ne sais pas ce qu'il y avait de si surexcitant sur son portable mais ça devait être énorme pour qu'elle ne se rende pas compte de ma présence.

Malgré ma petite déception, je me concentre de nouveau sur Chloé qui fixe les escaliers bouche bée. J'écarquille les yeux alors que ses pensées me frappent aussi violemment qu'un poing dans l'estomac. D'accord… cette fille est complètement fan des travaux et de la réussite de Raven mais quand je dis fan, c'est à l'extrême. Et merde… ça ne va pas être facile de lui annoncer que c'est ma seconde mère.

Chloé se retourne vers moi tel un automate. Son regard est complètement vide et si son visage semble inexpressif, c'est un vrai feux d'artifice dans son esprit. Je me racle la gorge pour essayer de retrouver mes propres pensées. Je bois plusieurs gorgées de mon thé glacé et j'attends patiemment qu'elle se remette de ses émotions.

-Non mais c'est quoi ce bar ? me demande-t-elle comme une messe basse, d'abord Lexa Woods et maintenant, Raven Reyes. Raven Reyes ! Tu sais qui est cette fille ?

-Oui, un peu, je répond en me grattant l'arrière de l'oreille nerveusement.

-C'est un génie mais pas du genre pompeux, un vrai génie. Elle a même reçu un prix qu'elle a refusé d'aller chercher parce que, et je cite : « c'est bien trop prétentieux ! » J'adore cette fille, c'est mon modèle de réussite. Nous venons du même quartier. Son parcours est presque légendaire. C'est… incroyable ! Tu la connais ? Tu la connais vraiment ?

-Bah oui, c'est, elle me coupe alors que je voulais lui dire la vérité sur notre lien.

-Il faut que tu me la présentes ! Tu veux bien ? Tu crois que je pourrais avoir un autographe ? Non, je suis bête, elle va trouver ça nul… alors une poignée de mains, ça c'est cool ! Je rêve tellement de l'interviewer. Comment tu l'as rencontré ?

Je fixe Chloé quelques secondes à la fin de sa question. Je ne peux m'empêcher de repenser à la première fois où je l'ai vu. J'avais été très intimidé comme toujours dès que je rencontre des inconnus mais en même temps, j'étais intrigué. Je l'avais reconnu. Je savais très bien que c'était la fille à laquelle Luna pensait tout le temps. Alors pour la protéger, je l'ai d'abord observé en silence. Il fallait que je sache si c'était quelqu'un de bien. Après tout, il s'agissait du bonheur de Luna.

Je ne pense pas que la rousse me croirait si je lui annonçais que j'ai rencontré Raven au milieu d'une chanson de Bryan Adams alors je me contente de répondre :

-Au Ouganda, elle était venue chercher ma mère pour aider Lexa.

-Le Ouganda ? Mais qu'est-ce que tu faisais au Ouganda ?

-Je suis né là-bas, je souris. J'y ai vécu jusqu'à mes huit ans, jusqu'à ce que ma mère me propose de m'adopter et je suis arrivé ici, en Amérique.

Chloé semble choquée par mes propos. Puis elle recommence à m'observer avec ce regard très étrange. Je l'ai déjà vu à plusieurs reprises aujourd'hui. Je baisse les yeux un peu gêné. Je prends une nouvelle gorgée avant de préciser :

-Je te l'avais dit que courir était une question de survie. J'étais un gamin des rues. Je devais me battre tous les jours pour ne pas finir dans un gang, enlevé ou tué. Et puis j'ai rencontré ma mère, je souris plus que de raison en évoquant Luna. J'ai essayé de te prévenir ce matin. Il n'y a personne "comme moi".

-Okay, très bien, j'abandonne. Je m'incline, précise-t-elle en plongeant ses iris dans les miens. Je vais poser des questions, beaucoup de questions.

-Ça me va. Si tes questions durent si longtemps que ça, tu pourrais peut-être manger avec nous ?

-Vous ?

-Nous, je confirme. Raven sera là.

-Pourquoi elle serait présente ? demande-t-elle un peu intimidée.

-Pose-moi tes questions, Loïs Lane. Tu vas très vite comprendre.

-Très bien, soupire-t-elle en attrapant son calepin. Je vais commencer par une facile : date de naissance.

-Je n'en ai pas, juste une année mais avec ma mère, nous avons choisi la date du 8 avril. C'est le jour où elle a déposé mon dossier d'adoption.

-Comment tu peux ne pas avoir de date de naissance ?

Elle écarquille les yeux comme si elle venait de se rendre compte que sa question était maladroite. Elle fait un geste de la main pour s'excuser avant de me demander de ne pas lui répondre. Je baisse les yeux pour rassembler quelques uns de mes souvenirs de ma vie d'avant.

-Quand je suis né, ma famille était nomade. Nous marchions toute la journée pour atteindre chaque soir des villages différents. Ma grand-mère était compteuse. Donc j'ai vu le jour dans un dispensaire qui griffonne rapidement ton prénom et ton année de naissance, sur un bout de papier, rien de plus.

-D'accord, elle prend quelques notes. Le nom de ton père ?

-Je n'en ai plus mais il s'appelait Kabaka et ma maman, c'était Maze mais j'ai oublié celui de ma grand-mère.

-Ton père adoptif alors.

-Je n'en ai pas.

-Tu n'en as pas ? demande-t-elle prudemment.

-J'ai deux mères.

-Oh… je vois.

J'attends quelques secondes. Je lui laisse le temps de digérer l'information. Elle ne semble pas gênée mais juste surprise. Je la vois soupirer avant de refermer son calepin. Elle a une nouvelle fois ce regard complètement intrigué et en même temps rempli de compréhension. Elle m'avoue :

-Je l'admets, tu n'entres dans aucune case.

-Je sais, je réponds fièrement.

-Je n'ai plus qu'à te poser n'importe quelle question qui me passe par la tête. Je ne sais pas, tu as des frères et sœurs ?

-Dans ma première vie, je n'en avais pas mais ici, j'ai une petite sœur, Lydia et ma mère est enceinte, c'est aussi une petite fille, je révèle fièrement.

-Puisque tu aimes tant courir, tu pratiques un sport ? Le basket peut-être ?

-Je fais du basket mais seulement pour m'amuser. Je joue dans une équipe de handball.

-Dieu merci, il n'a pas dit football américain ! Pourquoi tu as changé d'école ?

-Je ne l'ai pas vraiment fait. Je ne suis jamais allé à l'école avant aujourd'hui.

-Sérieusement ?

-Oui.

-Tu as été scolarisé chez toi tout ce temps ?

-Oui.

-Eh bien ça explique pourquoi tu gardais une distance avec tout le monde. Tu m'as expliqué pour Raven mais comment tu connais Lexa ?

-C'est la sœur de cœur de ma mère.

Chloé cligne un nombre incalculable de fois des paupières. Je crois qu'elle est en train de comprendre seule qui je suis. Je lui souris comme pour l'encourager à continuer sur cette voie. De toute façon, Raven dévale les escaliers à vitesse grand v et je suis presque certain que cette fois, je ne vais pas passer inaperçu.

Je l'aperçois, elle me fait un signe de la main avant de pointer la rousse du doigt. Je l'interroge du regard et elle me dit silencieusement : règle numéro un. Je roule des yeux. De un, je n'ai pas l'intention de briser sa règle stupide, et de deux, Chloé a été très claire, elle a Peter. Je secoue la tête avant de lui mimer que je respecte son conseil à la lettre.

Elle pousse un soupir de soulagement, non mais vraiment : un soupir de soulagement. Puis elle me fait un de ses plus beaux sourires avant de lever les pouces en l'air, satisfaite. Elle s'approche. J'essaye de prévenir Chloé pour lui éviter une mini crise cardiaque mais c'est mal connaître Raven qui fonce et ne s'arrête qu'une fois devant moi. Elle s'appuie sur notre table, à quelques centimètres de la rousse qui écarquille les yeux en se répétant mentalement une ritournelle de : c'est pas vrai, je suis en train de rêver.

-Avant que j'aille accomplir ma mission, Monsieur bus, regarde-moi ça !

Elle allume rapidement son portable et me montre une échographie. Je sens immédiatement mes yeux s'humidifier. Je prends le téléphone des mains de Raven pour mieux voir. Elle fait un zoom avant de m'indiquer exactement où regarder. Je suis très ému.

-Ouais… comme dirait Lexa, encore mieux que n'importe quelle innovation technologique.

-Encore mieux, je confirme.

-Allez, je dois y aller ! Si je suis en retard, ta mère va me tuer, elle finit sa phrase en plaquant ses lèvres sur ma joue et elle fonce ensuite jusqu'à la sortie.

Je n'arrive toujours pas à croire que j'ai pu voir aussi bien ma future petite sœur. Je me sens bouleversé. Je suis tellement perdu dans mon monde que je ne vois pas Chloé venir, elle me frappe plus ou moins violemment le bras. Je grimasse avant de frotter la partie légèrement endolorie.

-Non mais pourquoi tu as fait ça ? je demande indigné.

-C'était quoi ça ? D'où Raven Reyes t'embrasse sur la joue ?

-J'ai essayé de te le dire tout à l'heure mais tu m'as coupé la parole.

-Me dire quoi ?

-Bah… c'est ma seconde mère.

-Il se moque de moi. C'est impossible. Il se moque forcément de moi. Mais enfin… c'est juste… non, il ne peut pas. Enfin… non.

Et voilà, je l'ai fait buguer. Je soupire en attendant qu'elle se reprenne. Je le savais que ce serait difficile de lui annoncer que j'étais le fils de son idole. Raven n'est pas franchement du genre à aimer les journalistes. En partie à cause de ce qu'ils ont fait subir à Lexa donc quand elle est obligée de faire une interview, elle reste très centrée sur le professionnel. Elle ne donne aucune information sur sa vie privée, jamais. Donc il est évidemment que même sa plus grande fan ignore qu'elle a un fils adoptif.

Oh… et aussi qu'elle soit surprise que Raven partage sa vie avec quelqu'un. Avec Luna, nous avons beaucoup ri en découvrant qu'elle faisait partie des cinquantes célibataires les plus prisés d'Amérique. Mais elle, elle n'a pas trouvé ça drôle du tout, elle s'est même braquée. Il a fallu des semaines à Luna pour lui faire dire ce qui n'allait pas et c'est au milieu de la salle de bain, sans aucun romantisme ou bague, que la brune a demandé ma mère en mariage.

Malgré ses réticences sur l'industrie du mariage, Luna a accepté et elles seraient déjà mariées si elles n'avaient pas appris la même semaine que la FIV avait fonctionné et que Luna était enceinte. Mais le principal pour Raven, c'est que maintenant, elle porte une bague de fiancée et que plus personne ne croira qu'elle est célibataire. Je sais qu'elle aimerait crier au monde entier qu'elle est aimée de ma mère mais elle ne le fera pas, jamais. Du moins, pas tant que Barthélemy est en vie. C'est un trop gros risque surtout depuis que nous vivons à New-York. La plupart du temps, Luna reste dans l'ombre, bien qu'elle soit une des plus grandes fortunes de ce pays, elle travaille dans un cabinet d'architecte tout à fait normal. Le seul excès que nous faisons chaque année, c'est partir en famille avec Elijah, de fin juin jusqu'à mi-août dans plusieurs pays afin d'aider à la construction de villages, de puits, d'écoles, de n'importe quelle structure qu'elle quelle soit. Raven grogne tout le temps mais finalement c'est presque celle qui s'investit le plus. Parfois Clarke et Lexa nous rejoigne une semaine ou deux et ça devient vraiment magique.

Nous ne sommes jamais retourné au Ouganda. Je crois que dans une certaine mesure, j'ai peur. Cette seule idée me fait frissonner. Je secoue la tête pour éloigner l'image de mon père en sang, exécuté à la vue de tous. Il m'arrive encore parfois de me réveiller en sursaut au milieu de la nuit avec cette image en tête.

-Attends, reprend Chloé incertaine, tu veux dire… je suis en train de parler avec le fils de Raven Reyes ! Mais c'est impossible… Raven Reyes n'a pas de fils. Elle n'a pas d'enfants tout court et elle n'a pas…

-Ouais, je veux dire que je suis son fils. Elle m'a adopté avant que Lydia ne naisse. Avant elle disait que c'était ridicule, un bout de papier n'avait pas à prouver qu'elle était ma mère.

-Ça lui ressemble, conçoit la rousse. Attends ça veut dire que tu sais sur quoi elle est en train de travailler en ce moment ?

Je hausse les épaules, comme si ce n'était pas une information que tout le monde essayait de grappiller. Mais il faut dire que je sais toujours sur quoi elle travaille. Je lis quotidiennement dans ses pensées. Et si la plupart du temps c'est vraiment le bordel dans sa tête, il y a deux points sur lesquels elle est très lucide : sa famille et son boulot.

-Tu le sais, réalise-t-elle sur le point de s'étouffer.

-Eh bien je ne sais pas si tu l'as remarqué Loïs Lane mais durant ses trente secondes d'apparition, elle a donné un aperçu du moulin à parole qu'elle est.

-Pourquoi n'est-elle pas comme ça pendant les interviews ? s'indigne-t-elle.

-C'est à cause d'un événement passé.

-Quoi ? C'est pas comme s'il y avait une armée de journalistes vautours dans notre quartier.

-Oui mais c'est la meilleure amie de Lexa.

Je vois un éclat de compréhension naître dans ses yeux. Et même si la mort de la mère de la brune remonte à avant sa naissance, j'imagine que Chloé comprend très bien ce par quoi elle a dû passer. C'est quelque chose qui blesse encore Lexa aujourd'hui, dès qu'elle doit se rendre à un événement officiel, elle se sent mal à l'aise. Bien évidement, elle s'accroche le plus possible à Clarke pour ne pas sombrer mais les souvenirs sont là, toujours bien ancrés dans son esprit.

-S'il y a quelque chose à savoir sur ma famille au sens large du terme, j'explique, c'est que la plupart sont passés par des événements horribles mais ils ont toujours su se relever.

-Nous n'avons pas tous une famille, ne peut-elle s'empêcher de souligner.

-Tu crois vraiment que je l'ignore ?

-Je suis désolée, ce n'est pas ce que… désolée.

Je lui souris avec compréhension, en partie parce que même si elle ne me l'a pas dit, je sais déjà qu'elle n'a ni père, ni mère pour l'aider à avancer. Elle est piégée dans un système qui a bien failli engloutir Raven. Elle dit souvent que si elle n'était pas tombée amoureuse platoniquement parlant de Lexa, elle se serait perdue en chemin. Elle aurait fini par sombrer.

-Ce que je veux dire, c'est que la famille, c'est bien plus que le sang. J'ai trouvé ma propre famille, je l'ai choisi et ils m'ont tous aidé à devenir quelqu'un. Je ne suis pas parfait mais j'espère tout de même être une personne de cœur, comme tous ceux qui m'ont fait une place dans le leurs.

-Tu es définitivement atypique.

-Merci.

-La plupart des gens ne s'en vantent pas.

-Je ne suis pas la plupart des gens.

-Je commence à m'en rendre compte, oui. Donc ce n'était vraiment pas un plan drague, demande-t-elle amusée.

-Vraiment pas, je confirme.

-D'accord, dans ce cas, je pense que, elle baisse les yeux une seconde et pendant ce court laps de temps, j'ai le droit à un silence parfait comme avec Luna, elle tend sa main vers moi et reprend, amis ?

J'observe de nouveau sa main avec défi. Il va vraiment falloir qu'elle arrête de faire ça. Si elle savait que je lui vole une partie de sa vie à chaque fois qu'elle me touche, elle ne serait pas d'accord. Je réfléchis, je devrais peut-être lui dire que je ne suis pas fan des contacts. Mais en même temps, ce serait bizarre et si elle m'observe avec ma famille, elle comprendrait vite que c'est un mensonge.

Pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai la sensation d'être piégé. Il n'y a pas de bonnes solutions puisqu'il est absolument hors de question que je lui dise la vérité à mon sujet. Je me contente donc d'avancer ma main, de frôler sa peau avant de fermer mes doigts pour une poignée de main ferme en confirmant :

-Amis.

Je ferme presque immédiatement les paupières pour atténuer le contre coup de notre contact. C'est comme être aspiré au milieu d'une vague un peu trop violente. Nous nous battons pour remonter à la surface mais c'est difficile et ça demande un effort titanesque. Donc bien malgré moi, je capte quelques images de son passé. Je la vois d'abord se faire frapper au visage et ne pas verser une larme malgré la douleur que je ressens presque sur ma propre joue. Ensuite, je perçois toutes les insultes qu'elle doit subir tous les jours. Je réalise alors qu'elle est bien trop intelligente et peut-être même trop belle pour vivre dans son quartier en toute sécurité. Je vois quelques passages à tabac qui me mettent hors de moi, le fameux Peter ne devrait pas la protéger de ce genre de chose ?

Et puis, je la vois ce matin partir en jean et pull noir avant de prendre deux bus et un métro, elle se change dans les toilettes, j'essaye de combattre cette image mais je ne peux m'empêcher de remarquer une nouvelle fois les ecchymoses sur son corps. Elle ressort avec une robe rouge, celle qu'elle porte en ce moment. Elle se plante devant un miroir dégradé et tagué ici et là, avant de se forcer à sourire. Puis elle court, aussi vite qu'elle le peut. Elle accélère alors qu'elle aperçoit le bus près à partir. Elle finit par ralentir en comprenant qu'elle va une nouvelle fois arriver en retard avant de voir une main, la mienne, retenir la porte alors elle reprend sa course folle. Les deux pieds bien ancrés dans le transport, elle relève les yeux pour me remercier mais je suis déjà parti et elle me cherche avant de me fixer durant tout le trajet. C'est en me voyant descendre devant son lycée qu'elle décide de me rendre la pareille.

Je relâche sa main peut-être un peu vivement mais je ne peux pas continuer de vampiriser ses pensées de la sorte. Je ne peux empêcher mon regard de tomber sur le bas de ses côtes gauches. Je fixe le tissus comme si j'avais subitement la même capacité que Superman et que je pouvais découvrir les bleus sur sa peau. Je serre les poings. Je ne dois pas me mettre en colère. Luna dirait qu'il faut prendre son temps pour aider quelqu'un et surtout savoir si elle veut être aidée. C'est dans ce genre de moment que je comprends comment Lexa a pu confondre notre don avec une malédiction. Je sais que cette fille peut se trouver en danger à tout instant mais je ne peux rien faire pour l'aider. Rien.

-Donc quelles autres célébrités je vais rencontrer dans ta famille ? me demande-t-elle amusée. Lexa et Aiden Woods, Raven Reyes. Tu en as d'autres comme ça ?

-Octavia Black.

-La championne de handball ?

-C'est mon entraîneur.

-Mais pourquoi elle entraînerait une équipe junior ?

-Elle m'entraîne depuis bien plus longtemps et… ne lui répète pas mais c'est un vrai tyran. Et je ne suis pas le seul qu'elle entraîne, il y a aussi Victoria sa fille. Je plains ces pauvres gamines, Tory à l'habitude, c'est sa mère, même à la maison c'est un vrai général mais les autres... Personne ne veut être champion à seulement huit ans. Et ça… O a un peu de mal à le comprendre, je ris. Je la seconde souvent pour coacher les matchs des petites sinon… disons que ça ne se passe pas très bien, j'ajoute amusé.

-Je ne peux pas croire ça, rit à son tour Chloé.

-Et pourtant…

La rousse se met à sourire, un vrai sourire, le même genre que je cherche chaque jour sur les lèvres de Luna. Mais très vite, elle place sa main juste devant comme pour m'empêcher de le voir. Je fronce les sourcils un peu déçu mais j'imagine que pour ça aussi il y a une histoire.

Je tourne la tête vers la porte du bar avant même qu'elle ne s'ouvre. Je ne peux m'empêcher de me demander ce qu'il fait là. Avant même qu'il n'entre, je me lève en m'excusant auprès de Chloé. Je m'avance comme un gosse vers le sapin un jour de noël et j'arrive devant la porte pile au moment où il la pousse.

-Elijah, j'énonce trop heureux de le voir en le prenant dans mes bras.

-Salut, p'tit mec, rit-il.

Il m'éloigne avant de placer fermemant ses mains sur mes épaules. Il m'analyse avant de sourire. Je ne pensais pas le voir aujourd'hui, je sais qu'il est de plus en plus occupé depuis qu'il a monté sa propre entreprise. Je suis vraiment sur un petit nuage de le voir, je sais qu'il aurait pu m'appeler avant la fin de la journée mais ce n'est pas pareil. Après tout, après Luna, c'est lui mon pilier le plus fort :

-Alors comment s'est passé ce premier jour ?

-Honnêtement, je soupire, je suis un peu déçu mais je me suis fait une amie, je précise en me tournant vers Chloé.

-Déçu ?

-Pour commencer, les profs ne sont pas aussi bons que vous et le niveau… non mais je pourrais faire mieux que celui qui nous donne des cours de français.

-En même temps, tu as appris le français avec moi. Tu es forcément parfait, se flatte-t-il.

-Forcément, je me moque. Où étais tu passé ? On ne t'a pas vu depuis presque deux mois.

-Ne le dis pas à ta mère parce que c'est ma meilleure amie et qu'avec ce titre, elle devrait être la première à le savoir. Mais j'ai rencontré quelqu'un.

-Vraiment ?

-Ouais p'tit mec, elle s'appelle Alexandra.

-Il faut absolument que tu nous la présente !

-C'est justement ça que j'ai voulu éviter pendant les premiers mois. J'ai longtemps été le petit nouveau de la bande. Je sais à quel point il peut être difficile d'entrer dans cette famille.

-Tu es comme mon père, je me sens obligé de préciser.

-Je sais mon grand. Je sais. Mais tu imagines arriver au milieu de cette dynamique bien huilée. Ce n'est pas facile. Avant, il n'y avait que toi, Luna et moi, et du jour au lendemain les autres ont débarqué, ça a été difficile.

-Et tu as voulu tuer Rae un nombre incalculable de fois, je me rappelle.

-Elle faisait du mal à Luna.

-Oui mais elle ne le savait pas, je souris.

Elijah lève les yeux aux ciel et m'accorde silencieusement le point de cette petite bataille. Son regard dévie de nouveau sur Chloé dans mon dos et il me précise toujours sans bouger les lèvres, qu'il est impatient de la connaître et aussi qu'elle est très jolie. A cette dernière remarque, je me sens rougir. Que je le pense, c'est une chose mais que ce soit Elijah qui le remarque aussi, c'est différent.

-Lexa est en haut ?

-Oui.

-Il faut que je la prévienne que je ne serai pas présent ce soir.

-Tu étais invité ?

-Je crois qu'il y a tout le monde.

-Vraiment ? Tu ne peux pas te libérer ?

-Non, c'est nos six mois avec Alex.

-Six mois, je m'indigne. Six ?

-Eh ouais… autant dire que je souffrais le martyre quand j'étais sur cette île au milieu de nulle part avec vous cet été.

Je comprends mieux pour quelle raison, il s'éclipsait tous les jours à la même heure pendant des heures. Et moi qui croyait que s'était pour son travail. Ça m'apprendra à ne pas lire dans ses pensées… la prochaine fois qu'il fait un truc bizarre, je ne vais pas me gêner !

-Bon, je dois y aller, à plus tard p'tit mec !

-A plus Elijah !

Je retourne vers ma table et me réinstalle en face de Chloé pensif. Je n'arrive pas à croire qu'il ait réussi à nous cacher aussi longtemps une information aussi importante. Je soupire. J'imagine que d'une certaine façon, il a raison, notre famille est très ouverte mais en même temps les liens sont si forts qu'elle n'est pas facile d'accès.

La rousse se penche légèrement sur le côté comme pour attirer mon attention alors je secoue la tête pour me ressaisir. Je la fixe et remarque qu'elle attend quelque chose. Et merde, j'ai manqué une de ses questions. Évidement, je pourrais facilement la retrouver dans son esprit mais ce ne serait pas très fair-play.

-Excuse-moi, je n'écoutais pas.

-J'ai vu ça oui, s'en amuse-t-elle. Je te demandais si c'était un autre membre de ta "famille".

-Oui, c'est Elijah.

-Et évidement, comme tout le monde, je sais immédiatement qui est ce mystérieux Elijah.

-Eh bien, c'est Elijah, je hausse les épaules. C'est le meilleur ami de ma mère, le pire ennemi de mon autre mère, mon modèle masculin et mon professeur dans presque toutes les matières.

-C'est lui qui t'a fait cours pendant toutes ces années ?

-La plupart du temps oui. Il m'a appris à lire.

De nouveau, encore, ce regard si étrange. Sauf que cette fois, elle me voit, elle me voit vraiment. Je crois que c'est la première fois que cet échange entre nos iris ne me mets pas mal à l'aise. Pourtant je fronce très légèrement les sourcils alors qu'entre nous, se forme un vrai silence. Ça ne dure pas très longtemps mais assez pour que je le remarque.

-Tu as appris à quel âge ? me demande-t-elle alors qu'il ne semble n'y avoir plus aucune autre voix que la sienne.

-Apprendre quoi ?

-A lire, précise-t-elle.

-Aux alentours de mes huit ans.

Les lèvres de Chloé s'étirent dans un sourire étrange que je n'arrive pas à catégoriser. C'est comme si elle comprenait mais il y a en même temps une infime tristesse. Elle quitte mes yeux et pendant une longue poignée de secondes, elle ne semble plus savoir où arrêter son regard. Elle se penche en avant pour récupérer son sac de cours. Je l'observe fouiller et en sortir un roman, corné, abîmé, les pages sont jaunis et légèrement gondolé. La couverture est à moitié déchirée mais j'arrive à deviner le titre. C'est le journal d'Anne Franck.

La rousse le place au milieu de la table et ses yeux trouvent enfin un point d'ancrage. Pendant un instant, l'idée de poser ma main sur la sienne restées sur la couverture me frôle l'esprit. Je suis choqué par cette envie. Oui, mon geste l'encouragerait peut-être à me dire ce qui semble la perturber mais en même temps, il lui volerait encore un de ses souvenirs et je ne peux pas faire ça. Ce n'est pas bien.

-J'ai trouvé ce livre sur un banc au début de l'été de mes onze ans. Il pleuvait, il n'y avait personne alors je l'ai ramassé. Je l'ai ramené chez moi et pendant des heures, j'ai fixé la première page. J'avais trouvé un moyen pour que mes professeurs ne s'en rendent pas compte mais je ne savais ni lire, ni écrire. C'est ce jour là que j'ai décidé qu'il fallait que je demande de l'aide. Alors tous les soirs, je sortais en douce et je me glissais dans une classe pour adulte. Je pensais que personne ne me remarquait mais ça n'a pas été le cas. Grâce à Alice, je savais lire avant la rentrée et je suis tombée amoureuse des mots. C'est elle qui m'a parlé de Loïs Lane, une femme qui avait du mal à écrire et qui pourtant est devenue la meilleure journaliste du Daily Planet. Je sais que c'est fictif, que Loïs Lane n'existe pas vraiment mais entre elle et Raven Reyes, j'ai troué mon objectif et la force de me battre. Je serai journaliste, la meilleure et je vais me sortir de ce quartier, qu'importe le prix. A la fin du collège, j'ai participé à un concours d'écriture, j'ai fini première… c'est de cette façon que j'ai fait ma rentrée de seconde dans un des lycées les plus exigeants de New-York.

Je suis touché par son histoire. D'autant que je sais au plus profond de moi que c'est la vérité. Je le vois dans ses yeux. Je peux le lire en elle. Et je sais que ça l'effraie parce qu'elle ne se confit jamais de la sorte. Elle se redresse vivement en rangeant rapidement son livre dans son sac.

Je sens quelque chose se briser en moi alors que je réalise qu'elle va fuir. Je me lève à mon tour et la peur semble s'emparer un peu plus de tout son être. J'essaye de la rassurer avec un sourire qui dans son esprit n'a qu'une résonance vide.

-Je n'arrivais pas à écrire en anglais, je dis très vite. C'est la vrai raison pour laquelle, j'ai fui l'école quand j'étais plus jeune. Je ne l'ai dit à personne, pas même à ma mère. Je me débrouillais pour que Elijah m'interroge toujours à l'oral ou alors je lui faisais croire que je voulais apprendre une nouvelle langue et ça fonctionnait. J'ai réussi à berner tout le monde ce qui n'est pas une mince affaire dans ma famille. Mais pour une raison qui m'échappe totalement, dès que j'essayais d'écrire en anglais, tout se mélangeait dans ma tête. J'ai trouvé la solution il y a seulement deux ans.

-Je n'avais jamais parlé de ça, précise-t-elle méfiante.

-Moi non plus.

-Je, elle observe subitement le bar comme si c'était une cage, je dois y aller.

-D'accord, je souffle un peu triste.

-Pourquoi tu, commence-t-elle clairement énervée avant de se stopper net. Reprends toi, reprends toi, tu n'es pas comme ça.

Je souris en réalisant qu'elle a plus d'un point en commun avec Raven. Je penche la tête sur le côté. Avant d'avoir une idée. Le tout, c'est de réussir à la convaincre de me suivre.

-Parfois, Raven a la sensation d'étouffer alors que la colère la submerge.

-Je ne suis pas en colère.

-Je connais un endroit où tu pourras respirer tranquillement. Je… je ne suis pas obligé de venir. Je t'y emmène et je te laisse seule.

-Je ne… ce n'est pas une mauvaise idée… non. Je… et merde. Je ne suis pas comme ça, me précise-t-elle.

-Nous sommes amis, je précise en croisant les bras. Ne le nie pas, nous avons scellé notre jeune amitié par une poignée de main. Laisse-moi t'aider.

-D'accord. Je veux bien respirer mais après, je pars.

-Deal.

Elle tend de nouveau la main vers moi. Je grimasse. Mais je comprends vite que je ne vais pas pouvoir y échapper, c'est le seul moyen qu'elle a trouvé pour s'assurer que je tienne parole. Je replis ma main gauche dans la seconde et me tord les doigts nerveusement. Je ne veux pas lui arracher de nouveaux souvenirs. Et pourtant, elle ne me laisse pas le choix. Alors je m'exécute.

-Deal, souffle-t-elle.

Comme un écho à ce qu'elle vient de me révéler, je la vois dans le fond d'une classe remplie d'adultes. J'aperçois une femme d'un certain âge qui me fait un peu penser à Kasia s'installer à côté d'elle et lui montrer comment tenir un crayon. Et après chaque jours, elles passaient des heures ensembles à dessiner des lettres et à en déchiffrer d'autres dans son livre abîmé du journal d'Anne Frank. Je la vois rentrer discrètement au petit matin et se glisser dans son lit pour quelques heures de sommeil.

Je retire encore ma main un peu vite. J'acquiesce avant de plonger mes mains dans les poches de mon pantalon. Je lui fais un signe de la tête pour l'inviter à me suivre. J'envoie un sms à Lexa pour la prévenir que nous débarquons chez elle et je la conduis jusqu'au toit. Chloé reste en arrière émerveillée par le spectacle. Je vais vers l'atelier de Clarke où je sais trouver des post-it et un crayon. Je griffonne rapidement mon numéro de téléphone avant de revenir vers la rousse.

-Préviens-moi quand tu te sentiras mieux, je lui demande en lui tendant le bout de papier rose. Je te raccompagnerais.

Sans attendre de réponse, je la laisse seule. Une fois la porte menant au toit fermée, je lâche un long soupir. Il est en train de se passer quelque chose de bizarre entre cette fille et moi. Je secoue la tête comme pour éloigner cette idée avant de rejoindre Lexa en cuisine. Elle sourit en se retournant et avant même que je ne lui demande, elle me répond :

-Tu peux sortir le poulet du frigo.

-Okay.

-Ton amie va bien ?

-Je crois que ça va aller.

-Elle ressemble à Raven, ne peut-elle s'empêcher de remarquer.

-Je trouve aussi. Tu veux que je commence à couper le poulet ?

-Je veux bien merci.

Je commence à m'activer en silence. Je reste attentif à ce qui se passe sur le toit tout en gardant une certaine distance. Je veux juste m'assurer que tout va bien pour elle. Mais en même temps, c'est intrusif. Pour essayer de m'éloigner des pensées de Chloé, je demande :

-Qu'est-ce que vous cachez Clarke et toi ?

-Rien du tout. Pourquoi voudrais-tu que nous cachions quoi que ce soit ?

-Vous avez invité tout le monde.

-Nous avions juste envie de passer un bon moment tous ensemble.

-Mon dieu, maman a raison, tu es une horrible menteuse, je ris. Alors qu'est-ce que c'est ?

-Je ne dirai rien, soupire Lexa. Et ne t'avise pas d'utiliser le jabawokie !

-Je vais faire mon possible.

-Nan' ! s'offusque Lexa.

Je me mets à rire doucement. Nous savons tous les deux que si je devais entrer dans sa tête, ce serait par accident et je dois admettre que l'idée d'une surprise n'est pas si mauvaise. Nous reprenons nos tâches dans le silence avant que je ne réalise que je n'ai pas encore vu Clarke.

-Elle se repose. C'est pour ça que j'étais au bar avant que Raven n'arrive. D'ailleurs, ta future petite sœur est parfaite d'après l'échographie.

-Oui, j'ai vu ça.

-Donc, reprend Lexa comme si elle marchait sur des œufs, tu veux me parler de cette Chloé ?

-Tu veux me parler du pourquoi nous sommes tous réunis ce soir ?

-Okay p'tit mec, j'ai rien demandé. En tout cas, elle semble intéressante même si elle s'est figée en me voyant.

-Lexa, je grogne.

-Je suis juste contente que tu te sois fais une amie.

-J'ai des amis.

-Oui, la plupart approche la trentaine mais oui.

-Tu oublies mon équipe de hand, je proteste.

-Ce sont tes coéquipiers Nan' mais je pense vraiment que cette Chloé va devenir ta première vraie amie. Et ne grogne pas, je sais que tu penses la même chose.

Je ne peux clairement pas contre argumenter sa dernière répartie alors je me contente de lui tirer la langue. Lexa se met à rire et comme attirée par ce son, Clarke apparaît. Elle me dit bonjour en embrassant ma joue avant de se caler dans le dos de Lexa. Je souris devant ce moment privilégié entre elles. Elles sont vraiment mordues l'une de l'autre et plus le temps passe, plus elles semblent amoureuses. Elles ont vraiment un lien très spécial. J'espère un jour avoir la chance de connaître des sentiments aussi transcendant que les leurs.

-Alors mon grand comment s'est passé cette première journée ?

-Le bilan est mitigé.

-Ah oui ?

-Je me ferai une idée définitive après les cours d'arts mais je crois que je vais pleurer.

Clarke éclate de rire avant d'embrasser Lexa sur l'épaule pour se rapprocher de moi et demander plus de détails. Je lui raconte alors mes différentes déceptions de la journée. J'adore discuter avec elle, elle a toujours eu une très bonne oreille et une patience folle avec nous. Je veux dire, elle sait que parfois nous nous perdons avec toutes ces voix et elle attend toujours que nous revenions doucement à nous.

Et il y a ses yeux. Lexa a raison, nous voyons tout dans ses iris, en partie parce qu'elle est toujours sincère. Elle n'essaye jamais de mentir que ce soit aux autres ou à elle-même.

-Il y a une chose qu'il ne te dit pas, intervient Lexa.

-Je ne peux pas le croire ! Qu'est-ce que tu me caches ? Crache le morceau, tout de suite !

-Je me suis fait une amie.

-C'est vrai ? Les détails, je veux les détails.

-Merci Lexa, je soupire.

-Oh mais de rien mon grand, rit-elle.

-Pourquoi elle est au courant et pas moi ? Et ne parle pas de l'évidence si tu dis…

-Parce qu'elle lit dans les pensées, je la coupe.

Clarke me fait de gros yeux en m'assurant que je n'aurais jamais du dire ça. Elle saisit un torchon et me frappe gentiment avec, ce qui l'a fait éclater de rire. Je fais une moue boudeuse que je n'arrive pas à tenir longtemps, je la rejoins très vite dans son hilarité.

-Elle s'appelle Chloé, je finis par lui dire. Mais je ne suis pas encore censé le savoir. Disons qu'elle ne s'est pas officiellement présentée et qu'elle ne m'a pas non plus demander mon prénom.

-Tu es sérieux ? Tu t'es fais une amie dont tu ne connais même pas officiellement le prénom. Alors là, je veux tout savoir.

Je commence à lui raconter ma journée dans le détail sachant que normalement, je ne fais ça qu'avec Luna. Je commence par le bus, puis par ma rencontre avec Chloé, je poursuis avec les autres discussions au bar et je finalise avec le fait qu'elle est sur le toit.

-Elle est… Lexa, pourquoi avons-nous une inconnue sur notre toit ?

-Ce n'est pas une inconnue, précise Lexa, mais l'amie de Nan'.

-Une amie qui ne connaît même pas son prénom. C'est inacceptable !

Clarke commence à avancer, aussitôt mon cœur bondit d'appréhension. Elle ne va pas oser rejoindre Chloé alors que je viens de lui dire qu'elle avait besoin de tranquillité. J'ai promis à la rousse du temps et si je ne respecte pas ma promesse, ce serait une catastrophe.

-Clarke Griffin, l'arrête Lexa, je te préviens si tu vas sur ce toit, nous allons avoir un problème toutes les deux.

-Mais…

-Regarde toi, on dirait Octavia, soupire Lexa.

-Je ne serai jamais aussi excessive qu'elle.

-Tu crois ?

-Bon d'accord, abdique Clarke. Je vais attendre qu'elle daigne descendre.

-Ne t'en fais pas Nan', le moment venu, nous irons au bar et tu pourras la faire sortir par derrière.

-Mais…

-Clarke, la gronde gentiment Lexa, il n'y aura pas d'interrogatoire de la nouvelle amie de Nan' aujourd'hui.

-Mais si Luna nous pose des questions ?

-Clarke…

-Bon d'accord, j'abandonne. Vous n'êtes pas drôle tous les deux.

Comme pour la consoler de cette énorme déception, Lexa essuie ses mains pleines de curry sur son tablier avant de s'avancer vers sa compagne. Elle la rapproche et dépose un baiser sur le haut de ses cheveux avant de la garder un instant contre son épaule. C'est ce que j'aime le plus dans leur couple, tout est toujours dans la douceur et le respect.

Je ne dis pas que ce n'est pas comme ça à la maison, après tout s'il y a une chose dont je suis certain c'est de l'amour de mes mères. C'est juste plus… explosif. Elles ont toutes les deux un fort caractère et quand elles ne sont pas d'accord mieux vaut éviter d'être dans le coin. Je me souviens d'une fois où la cuisine s'est transformée en vraie tranché et qu'une guerre a explosé entre elles, juste parce qu'elles n'étaient pas d'accord sur la quantité de chocolat à mettre dans la recette. Et puis Raven intériorise beaucoup de ses sentiments, c'est difficile par moment de ne pas m'interposer entre elles et de dire à Luna : voilà ce qu'elle pense vraiment, embrassez-vous maintenant ! Mais bon, j'ai l'habitude elles sont bien plus souvent inséparable qu'autre chose.

J'entends la sonnerie qui indique que j'ai reçu un nouveau sms. Je repose mon couteau avant de me laver les mains et de récupérer mon portable. C'est Chloé. Enfin, j'imagine que c'est elle parce que ça dit :

D'inconnu à Nangila 17h12 :

Je suis prête à descendre de ce toit.

-Je vais chercher Chloé, je dis à voix haute pour que Clarke soit elle aussi au courant.

Je n'ai pas besoin de regarder en arrière pour savoir que Lexa va tenir sa promesse et rejoindre le bar, le temps que nous partions. Je grimpe les quelques marches qui me séparent du toit et je fixe la porte quelques secondes avant de souffler le surplus d'air. J'espère qu'elle se sent vraiment mieux.

Je pousse la porte et la remarque tout de suite. Elle s'est installée sur un des canapés extérieurs en face du drap où nous regardons parfois nos films. Je m'avance silencieusement, j'attrape une chaise que j'installe en face d'elle pour m'y asseoir. Ses yeux qui étaient jusqu'alors fixés sur ses chaussures, se relèvent lentement pour se plonger dans mon regard.

-Je suis désolée, souffle-t-elle. Je n'ai pas l'habitude de me confier.

-C'est fait pour ça les amis, je lui assure avec un sourire.

-Nous nous connaissons à peine.

-Nous avons le temps pour ça. Je te raccompagne, je lui assure en me redressant, et demain tu me laisses t'offrir un latté caramel.

-Mais qui es-tu à la fin ?

-Nous pouvons faire un nouveau deal si tu le souhaites.

-Et si je ne veux pas devenir ton amie ? Non mais pourquoi je dis ça ? Je suis une idiote.

-Et bien… il pourrait y avoir une période d'essais. Si d'ici trois mois, tu n'es pas convaincue…

-C'est ridicule comme idée, me coupe-t-elle en riant. Qui es-tu ? Bordel !

-Allez Loïs Lane, fuyons avant que tu ne te retrouves coincée avec ma famille.

Elle me suit dans le studio de Clarke et Lexa et je la pousse à sortir par l'arrière et non par le bar. En arrivant devant la porte, je remarque un post-it orange. Je le décolle pour lire les quelques mots de Lexa. Je souris en récupérant les clefs de sa voiture. Il n'y a qu'elle pour me faire confiance de la sorte alors que je viens tout juste d'avoir l'autorisation de conduire.

Chloé est surprise en découvrant la vieille voiture de Lexa. Moi, je l'adore. Avec Raven nous passons parfois des heures à l'entretenir. Et j'ai passé mes premières vitesses sur cette voiture. Lexa m'a emmené sur un parking vide, près de la plage de New Haven et m'a laissé le volant pour la première fois. Luna a voulu venir mais au dernier moment elle a renoncé en se disant qu'elle allait paniquer.

-Tu sais utiliser une boîte manuelle ?

-Lexa ne me confirait jamais sa voiture si ce n'était pas le cas, elle y tient beaucoup.

-Je suis presque sûre que cette voiture serait mieux dans un musée.

-Elle a quatre roues, un bon moteur, une super radio, qu'est-ce qu'elle ferait dans un musée ?

-Elle sort tout droit d'une autre siècle, suggère Chloé ce qui n'est pas totalement faux.

Sans argumenter plus, je démarre. J'adore le bruit de ce moteur. J'insère une cassette dans le lecteur et je pousse le volume à fond. C'est avec une bande son complètement tournée autour du jazz que je prends la route. Je me laisse guider par les instructions de Chloé.

Plus nous nous éloignons de notre point de départ, plus la rousse se renferme. Je vois les abords de Brooklyn et je comprends que le retour à la réalité doit être difficile. Je continue à rouler mais instinctivement, je ralentis comme pour lui laisser un peu plus de temps.

-Tu peux t'arrêter, c'est juste là.

Je m'exécute et me gare devant un orphelinat. Je fronce les sourcils en réalisant que c'est le même que Raven. Chloé avait raison, leurs parcours sont vraiment similaires. Je serre le frein à main et presque aussitôt, la rousse bondit hors de la voiture. Je jure entre mes dents avant d'éteindre le moteur pour la rattraper.

-Attends !

-Je n'ai pas besoin… de ta pitié.

-J'en ai bien conscience.

Chloé fronce les sourcils, je lui souris avant de m'avancer. Je prends mon téléphone dans mes mains pour lui montrer et lui assurer :

-Si tu as besoin de quoi que ce soit, je serai juste derrière cet écran.

-Pourquoi ?

-Je te l'ai déjà dist les amis sont fait pour ça.

-Tu n'en as pas marre d'être aussi… gentil, barbant ?

-Ma mère m'a appris que le plus important, ce n'est pas d'avoir des "pompes" qui coûtent plus de 300 $, ni un iPhone, je précise en lui montrant de nouveau mon portable, ni un casque audio hors de prix ou une chemise de marque, de "puer le fric". Non, ce qui est important, c'est ça, je précise en montrant mon cœur. Alors, je suis peut-être barbant mais je suis sincère. Tu ne regretteras pas ton choix.

-Quel choix ?

-De devenir mon ami.

-Mais qu'est-ce qui te fait croire que… mais c'est qui ce type ? Qui parle comme ça ? Bon… d'accord. Amis, soupire-t-elle, nous sommes amis.

-Bien. Donc, je t'assure que si tu en as besoin, je serai juste derrière cet écran.

-Merci.

Je souris un peu plus en acquiesçant. Je m'éloigne d'elle en effectuant quelques pas à reculons. J'ouvre ma portière et j'attends encore quelques secondes. Je suis au bord du rire lorsque je réalise qu'elle ne va vraiment pas me le demander.

-Au fait, qu'est-ce que je dois mettre sur mon portable ?

-Pour quoi ?

-Le nom du contact. Je me vois mal mettre juste "amie".

-Tu pourrais mettre Loïs Lane, s'amuse-t-elle.

-Et toi Matt Murdock mais ça ne nous avance pas vraiment.

-Chloé, souffle-t-elle enfin, Chloé Garry.

-Nangila Evans, je souris avant de m'installer devant le volant.

oOoOo

Voilà pour ce nouveau chapitre de cette fiction, il était bien long celui-là. J'espère qu'il vous a plu. Un bond dans le temps de huit ans et un nouveau POV de Nangila, ce que j'aime lui consacrer un chapitre. J'ai hâte de savoir ce que vous avez pensé de tout ce qui a changé, de la petite Lydia, à la nouvelle petite amie de Elijah, à la raison de Nan' qui l'a poussé à éviter l'école si longtemps, l'apparition de Chloé… Et surtout… pourquoi croyez vous que Clarke et Lexa ont réuni tout le monde ?

Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.

Les Notes :

Note n°1 : The Strumbellas - Spirit

Note n°2 : Ella Fitzgerald - Can Anyone Explaine

Note n°3 : Iggy Pop - The Passenger

Note n°4 : Nina Simone - Nobody Knows You When You're Down And Out

Note n°5 : Aretha Franklin - Won't Be Long

En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre : « ... », cette fois, se n'est pas pour vous titiller, je n'ai juste pas fini d'écrire le chapitre 52... ^^"

Je vous retrouverai peut-être vendredi avec « Ne me regarde pas ». Sur ce, à bientôt !

GeekGirlG.