Biiiieeeen, avant toute chose, il est de notoriété publique que je suis un boulet donc, malgré ce que j'ai pu répondre à certaines personnes ou déclarer sur twitter, ceci n'est pas l'avant-dernier chapitre. Il en reste encore un et demi (demi parce que c'est plus un prologue/transition qu'autre chose).
Aglae ta review m'a beaucoup touchée, merci beaucoup. Et tu peux parler de mes fics où tu veux (moi, du moment qu'on me pique pas mes textes, tout me va ;) ).
Voilààààà...
Enjoy & Review!
"But I don't know what to tell him about the aftermath of killing a person. About how they never leave you."
― Suzanne Collins, Mockingjay
Mais je ne sais pas comment lui parler de ce qu'on ressent après avoir tué quelqu'un. Comment leur expliquer que cette personne ne vous quitte jamais.
Suzanne Collins, Mockingjay
Chapitre 54 : Aftermath
Le souffle de Severus était coincé au fond de sa gorge, il ne pensait pas qu'il trouverait un jour la force de prendre à nouveau une bouffée d'air. Ses poumons réclamaient de l'oxygène qu'il ne pouvait pas leur donner. Le temps était figé.
Harry était mort et le temps s'était arrêté.
Excepté que le temps ne s'arrêtait jamais, et certainement pas pour permettre aux hommes de faire leur deuil.
Les sanglots de Lily étaient le seul bruit qui troublait le silence pesant qui était tombé sur le cimetière. L'inspiration brutale de Severus, dont les poumons refusaient de subir plus longtemps la torture qu'il leur imposait, couvrit ses pleurs et attira vers lui l'attention générale.
« Pauvre idiote ! » tonna finalement le Seigneur des Ténèbres, en se tournant vers Bellatrix.
Dumbledore en profita pour définitivement mettre Yvain hors d'état de nuire avant de les rejoindre. Bellatrix, pour sa peine, goûtait aux joies du Doloris. Severus ne vit tout ça que du coin de l'œil et ne parvint pas à s'en soucier le moins du monde.
Dumbledore posa la main sur son épaule, avec un air préoccupé.
« Il faut évacuer les enfants. » annonça le vieux sorcier, en surveillant le mage noir des yeux. Mais ce dernier était trop occupé à punir la jeune fille pour leur prêter attention. Il n'avait, après tout, rien à craindre d'eux.
Severus ne bougea pas. Il ne tenta même pas de lever la baguette qui pendait inutilement au bout de ses doigts. Il ne pouvait pas détourner le regard des yeux verts, vides et morts, qui fixaient le ciel nocturne sans le voir.
« Je suis désolé. »
Ce n'était qu'un murmure. Pourquoi la voix de son plus vieil ennemi réussit là où celle de son mentor avait échoué, il ne le savait pas. Toujours était-il que ses yeux quittèrent le corps sans vie d'Harry pour se poser sur James. Et ce fut comme un coup en plein cœur.
Jusque là, c'était le physique d'Harry qui lui rappelait James et, beaucoup trop, Lily. Mais regarder James, à cet instant précis… Ils étaient loin d'être identiques, pourtant la ressemblance était là. Dans les traits, dans la forme du visage… Sauf que les yeux de James étaient humides, sa bouche se tordait, sa poitrine se soulevait… James était vivant et Harry était mort et le monde ne tournait plus rond.
« Sev… » sanglota Lily, en relevant finalement la tête de là où elle était posée sur l'épaule de son fils.
La main de son double attrapa immédiatement la sienne mais ce n'était pas lui qu'elle regardait. C'était Severus. Severus qui affronta le regard vert dont il avait passé des années à rêver, avant de se mettre à le haïr parce qu'il n'appartenait pas au bon visage…
« Sev. » répéta-t-elle, plus fermement, en essuyant ses larmes d'un revers de main.
Il connaissait cette expression. Il connaissait chacune de ses expressions… C'était celle qui précédait un de ces moments où elle estimait qu'elle devait être forte pour lui parce qu'il n'était visiblement pas capable de l'être pour elle. C'étaient des moments qu'il avait appris à abhorrer.
C'était étrange de voir Lily s'adresser à nouveau à lui par son prénom, sans le respect habituellement réservé à un Professeur mais avec l'affection qu'elle lui prodiguait toujours, lorsqu'ils étaient encore amis. C'était étrange de ne plus avoir à dissimuler de secrets. C'était étrange de ne rien ressentir.
« Je suis désolé. » lâcha-t-il.
Ses mots faisaient échos à ceux de James, il s'en rendait compte, mais il n'était pas en état de s'attarder sur l'ironie de la chose. Ils étaient tous désolés de quelque chose. Ils avaient tous échoués. Lui plus que tout autre.
Il avait échoué et Lily tenait contre elle le cadavre de son fils.
Il avait échoué et Lily tenait contre elle le cadavre de leur fils.
« Severus. » insista Dumbledore, en pressant son épaule. « Il faut… »
La déflagration bleutée déchira la nuit et la main qui était posée sur son épaule en fut arrachée. Les adolescents glapirent de surprise mais Severus resta agenouillé où il était, tournant à peine la tête lorsque Dumbledore para d'un mouvement rageur le nouveau maléfice du Seigneur des Ténèbres.
« Non ! » s'écria James, en se levant brusquement, une expression haineuse sur le visage.
« James, non ! » cria Lily, mais elle n'avais pas de baguette et elle était gênée par le corps qu'elle tenait contre elle.
Oubliant son bras cassé, le Gryffondor sauta par-dessus le cadavre d'Harry, attrapant au passage la baguette qu'Harry serrait encore dans sa main, et, se plaçant devant eux tous, fit apparaître juste à temps un bouclier qui dévia le sortilège de Bellatrix.
« Sev, fais quelque chose ! » ordonna Lily, alors que James se lançait à corps perdu dans un duel qu'il n'avait aucune chance de gagner.
Son double recommença à ânonner, tentant de réaliser sans baguette, ce que des sorciers d'âge murs peinaient à accomplir avec le meilleur de ce qu'Olivander avait à offrir. Il n'y arriverait jamais, c'était perdu d'avance. Il aurait bien mieux fait d'aller fouiller le corps ligoté d'Yvain pour récupérer leurs baguettes.
« Saevus ! » supplia à moitié Dumbledore, entre deux sorts.
Severus n'avait pas la force de prendre le commandement. Il n'avait pas la force de faire quoi que ce soit d'autre que de fixer le cadavre de son fils.
« Lily, va te mettre à l'abri. » cingla son double, en abandonnant toute idée de faire marcher son sort de protection pour tirer le bras de sa meilleure amie, afin de l'obliger à se relever. « Cours ! »
Mais Lily ne voulait rien entendre. Elle s'accrocha au corps d'Harry, les yeux rivés sur James qui peinait de plus en plus face à Bellatrix. La baguette de son fils ne paraissait pas coopérer.
« Lily ! » s'énerva son double, en se battant à moitié avec la lionne. « Lily, lâche-le, il est mort ! »
C'était le chaos le plus total, et Severus restait agenouillé au milieu de la tempête, sans se soucier des sorts qui pleuvaient à droite à gauche.
Parce qu'il avait les yeux braqués sur le corps, il vit le spasme qui secoua les doigts d'Harry. Mais c'était impossible. Impossible… L'obscurité lui jouait des tours…
« Snape, sors la de là ! » lança James, par-dessus son épaule. Son bras pendait à un angle bizarre par rapport à son corps et ça devait faire un mal de chien…
Parlant de chien…
Black poussa un grognement et commença à s'agiter. Voyant un allié potentiel, son double cessa de secouer Lily et entreprit de secouer Black pour le réveiller plus vite.
Severus ne quitta pas le Survivant des yeux, n'osant pas espérer.
Les doigts ne tressautèrent plus mais raclèrent profondément la terre. Le reste de son corps resta désespéramment mou contre Lily qui était à présent occupée à encourager Black à ouvrir les yeux. Severus se foutait bien de Black…
Et puis, brusquement, les mains d'Harry attrapèrent les bras qui le retenaient prisonnier. Ses yeux, dilatés, s'écarquillèrent, devenant aussi ronds que ceux d'un elfe de maison et il se redressa à moitié, la bouche grande ouverte pour avaler goulument l'air qui lui manquait.
Pour Harry cette inspiration fut d'une douleur sans nom. L'air emplit violemment ses poumons, laissant une sensation de brûlure indescriptible.
Severus, lui, n'avait jamais rien vu d'aussi beau et en aurait presque pleuré.
Sous le choc, Lily lâcha son fils et rampa à reculons vers Sirius et son double. Harry tomba au sol, sans paraître s'en apercevoir, trop occupé à prendre des inspirations haletantes.
Severus aurait voulu se précipiter mais, à nouveau, il était figé. De soulagement, cette fois-ci…
Tous ses membres se décontractèrent les uns après les autres et il lui sembla que chacune des aspirations d'Harry le ramenait à la vie.
Quelque part sur sa gauche, Black toussa mais plus personne ne lui prêtait la moindre attention. Son double et Lily n'avaient d'yeux que pour le miracle qui était en train de se produire.
Au bout de plusieurs secondes, Harry roula sur le côté et s'appuya sur son coude pour se relever. Il observa les alentours, prenant note des différents duels et du groupe d'adolescents recroquevillés près d'une tombe, et, finalement, il croisa le regard de Severus.
Ils n'avaient pas véritablement besoin de mots pour communiquer. À un moment donné au cours de cette aventure, un moment qu'il aurait été bien en peine d'identifier, ils avaient acquis la capacité de se comprendre sans paroles.
Il n'aurait, de toute manière, pas eu la force d'user de sarcasmes ou de se laisser aller à un rare moment de sentimentalisme. Sa mort l'avait achevé et il était certain que c'était écrit sur son visage.
« Papa. » croassa cet idiot de gamin, avec un sourire triste.
Crétin.
Severus se jeta sur lui plus qu'autre chose, le serrant presque à l'étouffer mais Harry lui rendit son étreinte avec autant de brutalité, agrippant le tissu rêche de ses robes dans ses poings serrés. Il ne savait pas qui d'eux deux tremblait le plus. Le garçon fut pourtant le premier à s'écarter, arrachant brusquement quelque chose qui pendait autour de son cou et le jetant aussi loin que possible.
L'amulette des Peverell.
« Il me semblait t'avoir dit de ne pas chercher à découvrir si elle fonctionnait. » lâcha-t-il platement, encore trop secoué pour injecter un véritable venin à sa voix.
« Elle fonctionne. » répondit Harry, tout aussi posément.
Usage unique, toutefois. S'ils parvenaient à la répliquer…
« Prince ! » hurla Black.
Quand est-ce que Black s'était réveillé ? Severus ne tourna pas la tête du bon côté. Il accorda son attention au sac à puces quand le danger venait du duel qui opposait Bellatrix à James. Sa baguette fut arrachée de sa main sans aucun ménagement.
« Protego ! » lança Harry. « Expelliarmus ! »
James comme Bellatrix dévisagèrent le revenant avec des yeux écarquillés, mais Bella eut tout de même l'esprit de parer le sort du Survivant et de le contrer par un sortilège offensif.
« Ma baguette, Harry. » exigea-t-il, en se relevant.
La précarité de leur situation lui sautait aux yeux et, à présent qu'il avait à nouveau un intérêt à en sortir vivant, il était bien décidé à survivre.
« Où est la mienne ? » répliqua le gamin, en jetant un bouclier autour d'eux.
« Là. » offrit James, en se réfugiant derrière la protection dressée par Harry avec soulagement. Le Gryffondor rendit sa baguette à Harry qui passa la sienne à Severus. Le lion avait l'air prêt à s'écrouler et serrait contre lui son bras blessé.
« Lily, Sev, sortez les autres de là. » ordonna Harry tandis que Severus repoussait Bellatrix d'une succession de maléfices. Elle esquivait mais elle était trop jeune et n'était pas encore la duelliste accomplie qu'il connaissait. Contre la Bella adulte, il n'aurait eu aucune chance. Contre l'adolescente ?
Elle avait – momentanément – tué Harry et son sang battait d'une soif de vengeance qu'il ne connaissait que trop bien.
Sa baguette fouetta l'air et une dizaine de dagues apparurent dans les airs. Bella glapit de douleur lorsque deux d'entre elles se plantèrent dans son corps.
« Non ! » protesta Black, en attrapant son bras, alors qu'il s'apprêtait à l'achever. « Bella ! »
Severus se dégagea d'un mouvement brusque mais Sirius s'était déjà jeté à genoux près de sa cousine et examinait ses blessures avec une réelle angoisse. Il eut, au moins, la présence d'esprit d'empocher la baguette tordue et Bellatrix ne faisait pas mine de chercher à l'étriper… Severus hésita.
« Professeur ! » s'écria Harry d'un ton alarmé.
Le gamin n'était plus à côté de lui alors qu'il aurait juré qu'il s'y trouvait encore une seconde plus tôt. Il n'eut pas à chercher bien loin pour le trouver. Soutenu par son double et Lily, Lupin paraissait regagner peu à peu conscience. Harry et James se tenaient de chaque côté d'eux, l'un baguette pointée et l'autre agrippant son bras inutile avec un air désespéré. Le regard de James était rivé sur Black.
Ce n'était pas ce qui inquiétait Harry.
Dumbledore s'était écroulé. L'obscurité l'empêchait de parfaitement distinguer ce qui l'avait atteint, mais il ne faisait pas mine de se relever, et, la silhouette du Seigneur des Ténèbres, qui se fondait presque parfaitement dans la nuit, se tourna vers eux.
Harry grogna et porta la main à sa cicatrice.
« Intact. » siffla le mage noir avec ce qui ne pouvait être que du soulagement, avant d'avancer vers les adolescents à grandes enjambées. « Assez joué, Prince. »
Severus était trop loin.
Severus était trop loin et sans Dumbledore, c'était sans espoir.
« Avada Kedavra ! » hurla-t-il, en désespoir de cause, rassemblant toute la haine qu'il avait accumulée au fil des années dans son sortilège.
Était-ce sa baguette qui tremblait ou bien sa main ? Jamais, même dans ses rêves les plus fous, avait-il songé à utiliser ce sort contre le Seigneur des Ténèbres. Il ne s'était jamais imaginé en héros. Les héros, c'étaient Dumbledore et peut-être bien Harry. Lui, il n'était que l'espion. L'espion ne frappait pas son Maître, il mourrait à la tâche.
Le cri suraigu de Bellatrix résonnait encore au moment où le sortilège fendit l'air et atteignit le Seigneur des Ténèbres en pleine poitrine.
Le mage noir s'écroula au sol et pendant une seconde, une terrible seconde, Severus crut qu'il avait réussi, que tout était terminé.
Un silence incrédule tomba sur le petit groupe. Dumbledore leva la tête, visiblement avec difficultés, mais ne chercha pas à se relever.
« Professeur ? » appela faiblement Harry.
Severus tourna la tête, un peu sonné. Il était trop loin pour discerner l'expression d'Harry dans l'obscurité mais il pressait la main contre son front.
« Il ne va pas rester mort. » grinça le lion.
Mais avant que quiconque ait pu demander ce qu'il entendait par là, quelque chose se mit à briller sur la main du Seigneur des Ténèbres. Il eut le temps d'apercevoir une bague avant que la lueur n'augmente jusqu'à devenir éblouissante et n'éclaire les environs comme en plein jour.
« Reculez ! » ordonna-t-il, juste à temps.
Les adolescents s'empressèrent d'obéir et il en profita pour se rapprocher d'eux. Black se coucha à moitié sur Bellatrix pour la protéger de la déflagration, tandis que Dumbledore se couvrit le visage du bras.
Mais il n'y eut pas d'explosion.
La lueur s'éteignit aussi brutalement qu'elle était apparue, les laissant tous ciller bêtement pour faire disparaitre les taches lumineuses qui dansaient devant leurs yeux. Severus était toujours à moitié aveuglé lorsqu'il entendit l'éclat de rire proprement maléfique du Seigneur des Ténèbres.
Quand il récupéra la vue, le mage noir se tenait debout comme s'il ne s'était rien passé. Harry s'écroula à genoux, dans un hurlement, pressant les deux mains contre son front.
« Harry, tu saignes ! » paniqua James, qui s'était agenouillé à côté de son fils. « Ta cicatrice… »
Severus ne fit pas un geste vers le garçon. Le regard du Seigneur des Ténèbres était braqué sur lui. Ses yeux étaient plus rouges qu'ils ne l'avaient été deux minutes plus tôt et sa peau était bien plus pâle.
Il avait oublié les horcruxes. Dans sa panique, il avait oublié les horcruxes…
La bague devait en être un. Il avait tué le Seigneur des Ténèbres mais ça n'avait eu aucune importance parce que la bague avait été juste là, à son doigt. Et combien d'autres ? La distance comptait-elle ? Harry était-il en danger ?
« Tu as osé lever ta baguette contre ton Maître ? » demanda le mage noir de sa voix sifflante. Oh, il était furieux… « Je ne peux peut-être pas assassiner ton fils, Snape, mais je vais prendre grand plaisir à te tuer lentement sous ses yeux. »
Dumbledore s'appuya sur sa main pour se redresser, le Seigneur des Ténèbres ne lui jeta pas un regard mais le renvoya au sol d'un coup de baguette négligent.
« Endolo… »
Le mage noir n'eut pas le temps de terminer sa formule.
« Expelliarmus ! » cria Harry, en pure perte.
Mais ça donna le temps nécessaire à Lily pour s'extirper de sous le bras de Remus, laissant son double soutenir tout son poids, et se jeter devant Severus, les bras écartés.
« Non ! » hurla-t-elle avec une détermination.
Pourquoi Lily était-elle toujours si impatiente de se sacrifier ?
« Si la Sang-de-Bourbe veut mourir en premier. » grinça le Seigneur des Ténèbres.
Au loin, il vit Dumbledore ramper. Vers sa baguette ? Il ne savait pas, il était trop occupé à tenter de faire reculer Lily, à la protéger de son corps comme elle tentait de le faire avec le sien. Pour une gamine de quinze ans, elle avait une force insoupçonnée.
« Avada… » amorça le mage noir.
« Evans ! »
« Non ! »
Dur de dire qui criait pour qui, Severus parvint finalement à pousser la lionne par terre et se redressa, baguette levée mais sachant que rien ne le sauverait.
« Keda… »
La détonation troua la nuit.
Les oreilles de Severus se mirent à siffler, blessées par le bruit incongru. Ses yeux fonctionnaient, eux. Suffisamment pour voir le Seigneur des Ténèbres faire un pas en arrière, la tête tournée vers le groupe des adolescents.
Puis il y eut un nouveau coup de feu.
Et encore un autre.
Et un autre.
Severus, complètement sourd à présent, regarda son double tirer encore et encore avec le vieux révolver qu'il avait, lui, oublié au fin fond d'un tiroir de Spinner's End. En tout, il compta huit tirs, parce que le Seigneur des Ténèbres vacilla huit fois, avant de finalement tomber. Son double continua d'appuyer spasmodiquement sur la gâchette mais plus rien ne se passa.
Un mouvement dans la nuit attira son attention mais ce n'était que Dumbledore qui se remit péniblement debout alors que la bague se remettait à briller. À la lueur de l'horcruxe, il vit le Directeur articuler une formule mais son ouïe avait définitivement plié bagages.
Il reconnut en revanche le sort qui s'échappa de la baguette de Dumbledore. Un phœnix fait de flammes fondit sur le corps du Seigneur des Ténèbres et ce ne fut plus qu'un brasier. Ils reculèrent tous instinctivement sous la force du sortilège.
Si n'importe qui d'autre que Dumbledore avait été aux commandes d'un Feudeymon…
Il s'arracha à la contemplation du brasier et se précipita vers Harry. Le gamin, toujours à genoux, frissonnait. La cicatrice ne saignait plus mais il avait du sang un peu partout sur le visage.
Debout derrière lui, le Severus adolescent pointait toujours son arme sur les flammes ardentes qui dévoraient le corps du mage noir. C'était une des rares manières de détruire un horcruxe…
Son double ne paraissait pas totalement conscient de ce qui se passait autour de lui. Son doigt se crispait sur la gâchette avec régularité, sans sembler réaliser qu'il était à court de munitions. Ce fut James qui, après s'être assuré que Lupin, qui venait juste de reprendre conscience, était en seul morceau, s'approcha du jeune Severus et posa la main sur le dessus de l'arme.
Harry se tendit, prêt à intervenir, et Severus, fatigué mais certain qu'un nouveau conflit allait éclater, se prépara à les séparer par magie.
James et son double se dévisagèrent longuement, en silence, puis le Serpentard parut capituler. Il laissa le lion le délester du revolver et s'assit par terre, clairement choqué. James tapota maladroitement son épaule puis se dirigea vers Black qui peinait à contrôler sa cousine clairement hystérique.
Severus lui jeta un stupefix, ignorant le regard noir de Black. Elle avait cherché à les assassiner, elle pouvait bien se vider de son sang pour ce qu'il en avait à faire.
L'odeur était atroce.
Lupin était blanc comme un linge, ça devait être pire pour lui. Severus se demanda brièvement si cela réveillait le loup en lui, puis décida qu'il avait eu suffisamment d'émotions pour la soirée, sans avoir à penser aux loups-garous…
Lily s'était traînée jusqu'à son double et ils étaient désormais serrés l'un contre l'autre, le regard fixé sur les flammes.
Severus ne parvenait même pas à imaginer ce qui pouvait passer par la tête du Serpentard. Ils n'étaient plus la même personne, songea-t-il, un peu jaloux. Son double n'aurait pas à traverser tout ce que lui avait traversé… Tout avait changé.
Tout avait changé. Il n'y avait plus qu'à espérer que la potion serait suffisamment efficace pour les ramener d'où ils venaient parce que les réalités avaient divergé aussi radicalement qu'il était possible. Il espérait qu'ils ne quitteraient pas Charybde pour tomber sur Scylla…
Harry s'appuya plus franchement contre lui et Severus savoura le moment de paix.
Une série de mouvements compliqués de sa baguette et Dumbledore fit disparaître le Feudeymon. Dire que Severus n'était pas soulagé de voir disparaître les flammes vivantes aurait été mentir. Il ne restait rien du Seigneur des Ténèbres, pas même un corps calciné.
Il faisait à nouveau nuit noire. Dumbledore fit le tour de leurs prisonniers, passant de Lucius – apparemment inconscient, le sectumsempra ne lui avait sans doute fait aucun bien – à Yvain toujours ligoté pour finir par Bellatrix. Il en profita pour placer une atèle sur le bras de James ce à quoi, vraiment, Severus aurait pu penser plus tôt. James avait peut-être été son rival mais c'était aussi son élève et, décida-t-il, il avait dépassé toutes ces histoires. Il y avait plus important.
Ses oreilles ne sifflaient plus mais il y avait un bourdonnement sourd comme celui provoqué par un Assurdiato. Il n'entendait rien du tout. Lorsque Dumbledore se planta devant lui en marmonnant Merlin seul savait quoi, Severus se plaça instinctivement devant Harry. Le Directeur fronça les sourcils et leva les mains pour signaler qu'il ne leur voulait aucun mal. Ce qui était évident. S'il leur avait voulu du mal, ils seraient déjà morts depuis un bon moment. Mais il y avait eu beaucoup trop d'évènements cette nuit là, protéger le gamin était un réflexe.
Cette nuit là allait alimenter ses cauchemars.
Dumbledore finit par abandonner ses tentatives de communication et se dirigea vers Lupin qui ne paraissait pas en très bon état.
Severus ferma les paupières, un bref instant.
Il aurait dû savoir que prendre du repos n'était pas à l'ordre du jour. Harry se redressa brusquement et Severus braqua sa baguette devant lui avant même d'avoir rouvert les yeux. Mais la menace n'était rien de plus que la cavalerie, traditionnellement en retard.
Probablement ce que Dumbledore avait tenté de lui dire.
Une des membres de l'Ordre du Phœnix, une brune aux yeux verts, se précipita immédiatement vers eux alors que les autres entouraient Dumbledore ou s'occupaient des prisonniers. Le gamin devait la connaître parce qu'il l'accueillit d'un sourire et tenta de lui expliquer qu'ils étaient tous un peu sourds…
Severus fut heureux de le laisser faire. Il était épuisé.
Sur un geste de la jeune femme, Harry se leva et se prépara à la suivre. Le Professeur attrapa immédiatement le poignet de son élève. Il n'irait nulle part sans lui. Il ne quitterait plus jamais son champ de vision.
Il allait rentrer en compétition avec Molly Weasley et Narcissa Malfoy pour le titre de mère poule de l'année et il n'en éprouvait même pas de honte…
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« Pourrais-tu être plus précis, Harry ? » s'enquit poliment Dumbledore.
Harry soupira et ajusta sa prise sur la tasse pleine de thé qu'il avait dans la main. Elle ne cessait de lui glisser entre les doigts et il n'allait, de toute manière, pas la boire.
Derrière les longues fenêtres du bureau directorial, le soleil commençait à se lever. Il n'arrivait pas à croire qu'il s'était passé simplement quelques heures… Entre les révélations de ses différents secrets et Voldemort, il avait l'impression que les dernières vingt-quatre avaient duré une semaine.
Se retrouver assis dans un fauteuil, en cercle avec tous les autres, une tasse de thé à la main était très légèrement surréaliste.
Après l'arrivée de l'Ordre du Phoenix, Nyssa les avait guidés jusqu'à un Médicomage qui avait réparé leurs tympans abimés, puis les avait ramenés à Poudlard où Madame Pomfresh leur avait passé le savon de leur vie. Même Snape-Prince et Dumbledore n'y avaient pas échappé. Elle avait réparé la fracture de James, avait obligé Lily a avaler une douzaine de potions, avait donné l'équivalent d'un kilo de chocolat à Severus, avait soumis Sirius et Remus à un examen complet et, bien entendu, une fois qu'elle avait entendu dire qu'il était mort… Harry avait eu beau protester que ça n'avait duré que quelques minutes et qu'il n'était pas totalement étranger à l'Avada Kedavra, elle n'avait rien voulu entendre et Snape-Prince l'aurait probablement encouragée si elle ne lui avait pas ordonné de se taire et de manger sa part de chocolat. Ils avaient tous dû manger du chocolat pour lutter contre le choc. Il commençait à comprendre d'où Remus avait tiré ses astuces contre les Détraqueurs…
Quand elle avait eu terminé de les examiner, Dumbledore avait demandé à s'entretenir avec Harry. Malgré la fatigue, il n'avait pas eu envie de tenter sa chance avec le sommeil et les cauchemars qui ne manqueraient pas de surgir. Ce cimetière ne lui réussissait définitivement pas… Il n'avait pas été particulièrement étonné que Snape-Prince refuse de le laisser partir sans lui. Le raz-de-marée qui avait suivi, personne ne semblait l'avoir prévu. Lily avait protesté et protesté jusqu'à ce qu'elle soit autorisée à les accompagner, agrippée au bras d'Harry de tous ses ongles – et ses ongles étaient longs – visiblement tout aussi peu encline que Snape-Prince à ce qu'il quitte son champ de vision. Là où allait Lily, suivait Severus qu'elle tenait de sa main libre. James avait exigé d'accompagner Harry en sa qualité de père ce qui avait fait rager Snape-Prince et avait plutôt amusé Harry. Remus et Sirius avaient tempêté jusqu'à ce que Dumbledore autorise tout ce petit monde à venir dans le bureau où il avait fait apparaître des fauteuils et des sofas confortables et leur avait servi du thé, comme si cela avait été la réponse à tous les problèmes.
« Harry a été suffisamment clair. » intervint Snape-Prince, en reposant sa tasse de thé vide sur la table. « L'amulette des Peverell n'était pas si légendaire que cela. Pourrions-nous nous estimer simplement heureux qu'elle ait fonctionnée ? »
Plus d'une personne sursauta lorsque la tasse et sa soucoupe s'entrechoquèrent.
« Cet artéfact – que soit dit en passant j'aurais aimé savoir être en votre possession – est unique, Severus. » contra Dumbledore. « J'aimerai savoir ce qui s'est passé entre le moment où Harry a été touché par le maléfice et le moment où il s'est réveillé. Ne serait-ce que pour des questions de sécurité. »
C'était très étrange d'entendre des gens appeler le Maître des Potions par son véritable nom.
À peu près autant que de voir Lily, Sev et James partager le même canapé.
« Je… ne suis pas sûr. » hésita Harry, en se frottant le visage dans une vaine tentative de faire disparaitre la fatigue. « Il y avait… Il y avait un train, je crois. Et… »
Ses souvenirs étaient complètement flous. Il lui semblait se rappeler de King's Cross… D'un train rouge comme le Poudlard Express… Et, allez savoir pourquoi, il n'arrêtait pas d'imaginer Draco Malfoy assis sur un banc, sur le quai...
Tout ça n'avait aucun sens.
« Les limbes. » lâcha-t-il, la voix de Malfoy faisant écho dans sa tête. « Je crois que j'étais dans les limbes. »
« Si tu me permettais de voir par moi-même… » proposa Dumbledore, mais Snape-Prince refusa tout net.
«Harry est vivant. » cingla le Professeur. « Très honnêtement, je me moque du pourquoi et du comment. Tenez votre esprit loin de celui de mon fils. »
Harry demeura silencieux et fixa son regard sur le thé désormais froid.
La charade n'était plus utile, à présent, mais l'homme ne paraissait pas pressé d'y mettre un terme. Ce n'était pas la première fois de la nuit – matinée ? – qu'il utilisait ce terme. Nyssandra, Pomfresh… Il ne cessait de le clamer comme sien et Harry éprouvait à chaque fois une sensation d'étrange contentement. Snape-Prince n'était pas obligé de dire ça mais il le faisait quand même. Et sans paraître s'en rendre compte.
« Mmm… À ce propos… » intervint James, à moitié vautré contre l'accoudoir du sofa. Probablement pour s'éloigner de Sev qui, dans le même but, était collé contre Lily. « Comment s'est arrivé ? » Devant les regards pour le moins confus qui se tournèrent vers lui, James explicita. « Comment Snape en est arrivé à adopter mon… fils. »
Le mot sonnait moins bien dans la bouche du Gryffondor que dans celle de Snape-Prince. Mais, s'il en jugeait par la grimace qui accompagna cette déclaration, même s'il avait accepté assez facilement ses brèves explications, James paraissait avoir autant de mal que Lily à admettre qu'Harry puisse être son enfant.
Harry se mettait à leur place. Si son futur fils débarquait d'une réalité future, il aurait tout autant de mal à le croire.
« Professeur Snape, Potter. » répliqua l'homme.
Tiré de ses pensées, Harry sursauta.
« Quoi ? » demanda-t-il, sans comprendre ce qu'il avait encore fait pour contrarier le Maître des Potions. Il n'était pas mort depuis plus de deux heures, alors ça ne pouvait pas être ça… Oh, le nombre de chaudrons que Snape-Prince avait promis de lui faire nettoyer…
Snape-Prince le dévisagea longuement puis leva les yeux au ciel.
« L'autre Potter. » clarifia le Professeur.
« Oh. » lâcha-t-il, parce que c'était logique.
« Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris à cette histoire. » renchérit Sirius. « Là d'où vous venez, James et Evans sont… Ils sont… »
« Morts. » termina-t-il, doucement, pour son parrain.
Il n'osa pas regarder dans la direction de sa mère, presque certain qu'elle ne tarderait pas à s'enfuir comme elle l'avait fait plus tôt. Il pouvait exiger qu'elle le croie, pas qu'elle l'accepte.
Évidemment, il n'aurait jamais dû sous-estimer Lily.
Il sentit une main se glisser dans la sienne et releva les yeux pour croiser la réplique exacte des siens. La panique avait totalement disparu de son regard. Elle avait l'air hésitant et peut-être un peu effrayé mais, au-delà de tout, il y avait de l'affection et même de l'amour sur son visage.
Il serra ses doigts et elle pressa sa main en retour.
Harry eut envie de pleurer et de rire, tout à la fois.
« Oui, ça… » reprit Sirius, visiblement perturbé à cette idée. « Mais… Pourquoi Harry n'est pas venu vivre avec Remus, Peter ou moi ? Est-ce qu'on est… Est-ce qu'on est morts, nous aussi ? »
Il y avait une terreur tangible dans la voix de Sirius.
« Non. » s'empressa de le rassurer Harry, parce que même s'il n'appréciait pas des masses son parrain, il n'avait jamais été quelqu'un de cruel. « Non, mais Peter… »
« Pettigrow n'est pas le sujet. » l'interrompit immédiatement Snape-Prince, en lui jetant un regard d'avertissement. « Nous ne pouvons pas modifier davantage d'évènements majeurs, Harry. »
« Je ne pense pas qu'on puisse faire pire que ça. » remarqua-t-il, pendant que Dumbledore expliquait rapidement le problème de la tempête magique et des règles qu'ils auraient dû suivre plus scrupuleusement.
« Nous pouvons toujours faire pire. » riposta le Professeur. « Je pensais que tu l'aurais compris, à présent. Aucun autre évènement majeur. »
« Au rythme où on va je ne vais jamais naître. » murmura-t-il, en désignant d'un signe de tête les mains liées de Severus et Lily. La main libre de la jeune fille était toujours serrée dans la sienne mais elle était trop attentive au discours de Dumbledore pour tendre l'oreille.
Remus, lui, fronça les sourcils mais fit semblant de ne pas avoir entendu.
Snape-Prince observa les trois adolescents qui partageaient le canapé et Harry eut le temps de lire de la tristesse dans son regard, avant que ses boucliers ne prennent instinctivement le relai et que son visage ne devienne aussi lisse qu'un masque.
« Lily était mon grand amour. » déclara le Professeur, suffisamment bas pour que même Remus n'entende pas. « Mais je n'ai jamais été le sien. »
Et comme pour lui donner raison, Lily passa un bras au-dessus des épaules de Severus et pressa brièvement l'épaule de James en guise de soutien. Puis, elle reprit la main du Serpentard dans la sienne. Harry ne savait plus quoi en penser.
« Peut-être que les choses seront différentes, ici. » offrit-il, en guise de consolation.
Snape-Prince n'eut pas l'air particulièrement convaincu.
« Peut-être. » lui accorda tout de même le Maître des Potions, avant d'hésiter quelques secondes. « J'ai fait la paix avec le passé. »
De sa part, c'était une énorme déclaration.
« Pour de bon ? » osa Harry.
« Pour mes regrets. » nuança Snape-Prince. « Il me reste des fautes à racheter. »
Les épaules du Survivant s'affaissèrent de découragement.
« Vous n'êtes pas responsable. » risqua-t-il, sachant que l'homme le prendrait mal.
Mais Snape-Prince parut plutôt amusé. « N'est-ce pas ma réplique ? »
Harry secoua la tête, sans chercher à cacher son sourire. Ils faisaient un beau duo.
« D'accord, donc vous ne pouvez rien nous dire de trop important pour ne pas changer davantage l'avenir, sinon, les réalités seront trop éloignées et vous risquez de ne pas pouvoir retourner chez vous. » résuma Sirius. « Mais au point où on en est, est-ce que ça fait vraiment une différence ? Est-ce que vous devriez vraiment essayer de rentrer si vous risquez d'atterrir dans une réalité démoniaque ou quelque chose d'aussi dangereux ? »
La question se dirigeait davantage vers Snape-Prince que vers Harry et il fut heureux de le laisser répondre. Excepté que le Maître des Potions paraissait totalement ailleurs.
« Euh… Professeur ? » insista Harry. « Il n'a pas tout à fait tort. »
Snape-Prince cilla et parut émerger de la transe de laquelle il était prisonnier.
« Je regrette, je ne sais par quoi commencer. Le fait que Black ait apparemment un neurone quelque part sous cette masse de cheveux, qu'il soit inquiet pour nous après avoir cherché à nous assassiner chacun à notre tour ou… Non, vraiment, le fait qu'il soit capable de réfléchir me laisse coi. » ironisa le Professeur.
« Je n'ai jamais cherché à tuer qui que ce soit. » grommela Sirius. « Et évidemment que je suis inquiet, c'est mon filleul. Toi, tu peux aller où tu veux, Professeur Servilus. »
Avec des réflexes d'Attrapeur, Harry arracha la baguette de Snape-Prince de sa main, avant que ce dernier ait pu lancer quoi que ce soit qui l'aurait envoyé directement à Azkaban.
« Patmol. » grinça James. « Tu n'améliores vraiment pas la situation. »
Harry posa finalement sa tasse de thé encore pleine sur la table, fatigué de jongler avec pour attraper les mains des unes et les baguettes des autres.
« Je ne suis pas ton filleul. » déclara-t-il, avec détermination.
Sirius eut l'air confus et Snape-Prince leva les sourcils.
« Mais tu as dit… » intervint Remus.
« Je suis le filleul de Sirius Black. » répondit Harry, sans le laisser finir. « Un autre Sirius Black. Et, après t'avoir rencontré, je ne pense pas que je le connais aussi bien que je le croyais. Je ne suis pas ton filleul, je ne suis qu'un Serpentard, une Princesse et l'ami de Servilus. » Il marqua une pause et leva le menton. « Et tu sais quoi ? Fier de l'être. »
Les sourcils du Professeur étaient froncés à présent comme s'il ne savait pas si son petit discours était une bonne ou une mauvaise chose.
« Tu n'es pas juste. » lâcha James. « On ne savait pas. »
« Et alors ? » répliqua-t-il, avec amertume. C'était un soulagement de pouvoir finalement cracher son venin, de pouvoir finalement dire à son père, face à face, à quel point il était déçu. « Lily ne savait pas, ça ne l'a pas empêché d'être mon amie. Severus ne savait pas et ça ne l'a pas empêché d'être mon ami et, croyez-moi, c'est un exploit en soi. Mais vous… Vous, je ne vous avais rien fait. Je voulais apprendre à vous connaître mais vous avez décidé que je n'étais pas assez bien pour vous. »
« Harry… » hésita Remus.
« La vérité… » continua-t-il, parce qu'ils ne méritaient pas de pouvoir se défendre. Pas encore. Peut-être jamais. Ils l'avaient ridiculisé devant l'école entière, ils s'étaient moqués de lui, l'avaient humilié dès qu'ils l'avaient pu… « La vérité c'est que vous n'êtes pas assez bien pour moi. »
Ça faisait du bien.
C'était douloureux, mais ça faisait du bien.
Il y eut un silence très gênant pendant lequel Dumbledore dégusta son thé en feignant de ne pas voir l'éléphant qui dansait au milieu du magasin de porcelaine qu'était devenu son bureau.
« Tu y vas un peu fort. » décréta Lily, au bout d'un moment. « Ce sont des crétins, personne ne dira le contraire, mais ils sont quand même venus avec toi sans hésiter, ce soir. »
Il aurait pensé que James aurait été celui à abattre cette carte là.
« Et ça rachète tout ? » rétorqua-t-il. « Je dois tout leur pardonner parce qu'ils ne sont pas lâches ? »
Je savais que tu étais un connard, Potter. Mais, avant aujourd'hui, je n'avais jamais pensé que tu étais lâche.
Harry porta la main à son front et laissa échapper un grognement, surpris par la douleur subite. Quand est-ce que Malfoy lui avait dit ça ? Pourquoi Malfoy lui aurait-il dit ça ?
« Harry ? » s'inquiéta immédiatement Snape-Prince.
« Est-ce une vision ? » renchérit Dumbledore. « Est-ce Voldemort ? »
« Pourquoi aurait-il des visions de Voldemort ? » demanda Sirius à Remus, dans un murmure.
« Non, non… » les rassura-t-il tous. « Juste la fatigue. »
« Je pense… » commença Snape-Prince.
« Ça n'efface peut-être pas l'ardoise. » coupa Lily, comme s'ils n'avaient jamais changé de conversation. « Mais ça ne veut pas dire qu'ils ne sont pas assez bien pour toi. Non seulement c'est ridicule de penser comme ça, mais en plus, tu n'es pas tout blanc toi non plus dans cette histoire. On ne va pas commencer à compter les points où on va rester ici jusqu'à la nuit des temps. »
« Comme toujours, Miss Evans fait preuve d'une grande sagesse. » remarqua Dumbledore. « N'est-ce pas, Professeur Snape ? »
Les yeux du Directeur pétillaient.
Snape-Prince avait l'air prêt à l'étrangler.
Tout était donc redevenu normal.
« Oui, maman. » lâcha Harry, pince-sans-rire, agacé qu'elle lui fasse la leçon. Et parce qu'il avait également envie de réessayer le mot sans risque qu'on le lui jette à nouveau à la figure.
Lily eut l'air légèrement perturbée mais ne broncha pas.
« Il est mort, n'est ce pas ? » demanda-t-elle, soudain, en se tournant vers Dumbledore. « Vous-savez-qui ? Parce que quand le Professeur Prince… Quand… »
Elle s'interrompit et tourna les yeux vers le Maître des Potions, ne sachant visiblement pas comment l'appeler.
« Severus. » offrit le Professeur avec plus de douceur qu'il n'en avait jamais fait preuve.
L'affection qui brillait dans le regard de Lily…
« On n'était pas censé l'appeler Professeur ? » maugréa James, dans son coin.
Malheureusement pour lui, Snape-Prince méritait son surnom de chauve-souris des cachots. Il en avait certainement l'ouïe.
« Et je me ferais un plaisir de retirer dix points à Gryffondor à chaque fois que tu l'oublieras, Potter. » grinça Snape-Prince.
« Tu n'as vraiment pas changé, Snape, hein ? » riposta James.
« Dix points en moins pour Gryffondor. » triompha le Professeur. « Et une semaine de retenue, pour la peine. »
« Espèce de… » grinça le Gryffondor.
« Finis ta phrase, Potter, et c'est l'exclusion. » menaça Snape-Prince. « Je jure, sur la tête de Merlin, que… »
« Sev, ça suffit. » lança Lily et, aussi docilement que le Snape adolescent le faisait d'habitude, le Maître des Potions se tut.
Avant de réaliser ce qui venait de se passer et de rouvrir la bouche pour invectiver plus avant les lions.
« Papa. » lâcha Harry, sans savoir pourquoi. C'était venu naturellement.
Ça eut, sur Snape-Prince, l'effet d'une douche froide. Il referma la bouche et jeta un regard noir à la cantonade.
« Reprenez, Miss Evans. » invita Dumbledore, visiblement amusé.
Harry ne pouvait le blâmer, il fallait admettre que c'était assez drôle de voir l'enseignant le plus terrifiant de Poudlard se faire moucher par une gamine de quinze ans.
« Quand Severus lui a lancé l'Impardonnable – et d'ailleurs, tu avais promis de ne jamais te servir de magie noire contre qui que ce soit… » reprit Lily, en jetant un coup d'œil contrarié au Professeur, mais elle ne lui laissa pas le temps de répondre et ça valait probablement mieux. « Vous-savez-qui n'est pas resté mort mais là, il n'y avait plus de… plus de corps, alors… Il est mort ? Vous-savez-qui est mort ? »
Dumbledore se pencha légèrement en avant, comme toujours quand il se préparait à donner une explication à la fois laborieuse et aussi claire que le fond boueux du lac, lorsque la voix de Severus – le jeune Severus – retentit distinctement dans le bureau.
« Je l'ai tué. »
Ce fut à ce moment là qu'Harry réalisa qu'il n'avait pas entendu Sev parler depuis leur retour à Poudlard. Le Serpentard était allé partout où la main de Lily l'avait mené mais il n'avait pas ouvert la bouche.
Et c'était tout sauf normal, surtout lorsqu'on prenait en compte tout ce qui venait d'être dit et la nature de certains des échanges.
« Je suis à peu près sûr que nous n'avons pas fini d'entendre parler de Lord Voldemort. » offrit gentiment Dumbledore.
« Je l'ai tué. » répéta Severus.
À côté d'Harry, Snape-Prince émit un bruit impatient.
« Tu l'as tué, oui, et après. » asséna le Professeur. « Tu n'es plus à un cauchemar près. Tu as appris à utiliser l'Occlumencie ? Eh bien, occludes et ne nous fait pas perdre notre temps. »
« Hey, laisse-le tranquille ! » protesta James. « Il n'est peut-être pas encore aussi pourri jusqu'à la moelle que toi. Il n'a pas de Marque des Ténèbres, lui. »
Le Gryffondor se tourna vers Dumbledore à la fin de sa phrase, comme s'il avait espéré que le Directeur ignore ce petit détail et ne s'insurge. Le vieux sorcier se contenta d'un fin sourire, prouvant qu'il n'était pas dupe des manigances de James.
Harry avait mal à la tête : James prenait la défense de Severus contre Severus parce que son besoin d'attaquer Severus dépassait son hostilité envers Severus.
« J'ai appuyé sur la gâchette. » lâcha Severus, au cas où quelqu'un n'aurait pas encore bien compris.
« Ce qui soulève la question de pourquoi aviez-vous une arme à feu moldue en votre possession, Mr Snape… » s'enquit le Directeur.
« Elle est à moi. » mentit immédiatement Lily.
Ce qui était vraiment admirable mais il ne voyait pas en quoi se faire renvoyer à la place de son meilleur ami serait utile à Lily, alors que lui était destiné à quitter les lieux de toute manière…
« Inutile de raconter des salades. » intervint Harry. « C'était mon arme, Professeur Dumbledore. »
« Et où aurais-tu trouvé l'argent ? » marmonna Snape-Prince, qui était, bien sûr, tout sauf dupe.
« Elle n'est ni à Snape, ni à Harry, ni à Lily, elle est à moi. » lâcha James.
C'était encore moins crédible que sa déclaration à lui. Harry dévisagea son père, sans comprendre à quoi il jouait. Était-ce par désir de se racheter à ses yeux ?
« James ? » intervint Sirius, sur le ton de la conversation, mais légèrement grimaçant « Vraiment ? »
James et Sirius avaient le même don que Severus et Lily pour les conversations télépathiques. Leur échange visuel ne dura pas plus d'une poignée de secondes puis le regard de Patmol passa de son meilleur à ami à Severus et il poussa un soupir à fendre l'âme.
« L'arme est à moi, Professeur Dumbledore. » affirma finalement Sirius.
Les regards se tournèrent tout naturellement vers Remus qui leva les deux mains, avec amusement.
« Je suis un loup-garou. Je ne vais sûrement pas avouer quelque chose qui va m'envoyer à Azkaban ou pire. » annonça le Gryffondor. « Si j'ai été en possession d'une arme à un moment donné, je l'ai trouvé par terre. »
« L'arme trainait donc dans un coin du cimetière. » conclut Dumbledore. « Cela étant dit, j'apprécierai que cette heureuse coïncidence ne se reproduise pas dans l'enceinte de Poudlard. »
« J'ai tué quelqu'un. » réitéra Severus, avec agacement. « Suis-je vraiment le seul que cela perturbe ? »
Ignorant les marmonnements de Snape-Prince, Harry se pencha pour pouvoir regarder Sev en face.
« Ce n'était pas vraiment quelqu'un de bien. » répondit James, en lui assénant une claque sur l'épaule qui se voulait amicale. « Et c'était plutôt bien joué. »
Lily secoua la tête comme si elle le trouvait irrécupérable.
« Ce que Potter essaye de dire, c'est que tu ne dois pas te sentir coupable. » reprit Lily. « Tu as agis en véritable héros. »
Severus et Snape-Prince se renfrognèrent en même temps, mais probablement pas pour les mêmes raisons.
Harry, lui, fut soulagé de voir Sev redevenir lui-même.
« Si Potter essaye de dire ça, alors il vaudrait mieux vérifier le bec de toutes les poules du domaine, des dents leur ont sûrement poussé. » répliqua le Serpentard.
« Je n'irais pas jusqu'à dire héros. » nuança James.
« Tu-sais-qui a tué des centaines de personnes, je ne vois pas pourquoi tu te sentirais coupable. » grinça Sirius, qui ne savait pas faire de compliments et surtout pas à Severus. « Tu as rendu service à la communauté magique. Ils vont te donner un Ordre de Merlin, à tous les coups. »
La perspective d'un Ordre de Merlin parut largement compenser tout remord éventuel que Severus pouvait avoir, parce qu'il se tint un peu plus droit.
« Oui, mais n'en fais quand même pas une habitude. » avertit James.
« Ne t'inquiète pas si je décide de tuer quelqu'un d'autre, tu seras le premier au courant. » riposta Sev. « Toi, ou Black. »
« S'il menace à nouveau de tuer tout le monde, c'est qu'il se sent mieux. » décréta Sirius. « On peut passer à autre chose, maintenant ? »
« Tu es jaloux parce que ça fait plus de cinq minutes que ta médiocrité n'est plus au centre de la conversation ? » cingla Severus.
« Le balai que tu as dans le cul ne te fait pas mal quand tu es assis dessus ? » rétorqua Sirius, avec une bonne humeur feinte.
Harry se rendit compte, avec frayeur, que c'était leur manière de bien s'entendre.
« Mr Black, je vous serais gré de ne pas user de ce genre de langage dans mon bureau. » tempéra Dumbledore.
« Si ce cirque est terminé, serait-ce trop demander que d'obtenir l'autorisation d'aller nous coucher ? » grinça soudain Snape-Prince, en se pinçant l'arrête du nez.
« Cela signifie-t-il que je suis Monsieur Loyal ? » demanda innocemment Dumbledore.
Snape-Prince soupira de désespoir.
Harry déguisa mal son état de rire en une crise de toux.
PS de moi-même à vous-même: je réalise qu'il y a une différence entre le combat Albus/Voldy des cicatrices et celui de l'armée. J'anticipe les questions : vous vous rappellerez que Severus a désarmé Albus... Dans cette réalité, Albus n'est plus maître de la baguette et est donc, un tantinet moins puissant... Et aussi, plus honnêtement, parce que j'ai écrit ce chapitre ceci avant celui de l'armée et qu'Albus est en fond donc je n'ai pas fait trop attention à ce qu'il faisait maiiiis c'est un détail que je vous cache, chers lecteurs.
