Hellooo°°° !
Wep je sais, ça fait un bail... mais les journées sont bien trop courtes à mon goût et je manque cruellement de temps.
Bref, je ne vais pas me plaindre plus longtemps et vous laisse à la lecture de ce chapitre !
Un immense merci à ma méga bêtasse, ma jum cosmo-comik, Magadlyn88 (t'es trop mimi ma poulette ! promis je t'envoie la suite dès que j'ai une minute à moi ;) ), on l'applaudit bien fort :)
Si vous souhaitez découvrir le morceau "cérémonial", vous trouverez le lien sur mon profil ;)
Sur ce, bonne lecture et...
... ENJOY ! ! !
Nous nous attendions à tout (!) sauf à ça. Comment aurions-nous pu imaginer que le premier des nôtres soit une espèce de chose noire crépitante et bourdonnante, flottant dans les airs et desséchant tout sur son passage ? Ce fut Carlisle, dans l'un de ses plus grands moments de grandiloquence, qui posa la question qui nous tenaillait.
- Euh… que… quoi… lequel… qui… dont… quel…
- Mais ou et donc or ni car. Bah quoi ? p'pa il nous parle des pronoms relatifs, moi des conjonctions de coordination ! j'vois pas la différence dans tout ça !
- Je ne pense pas que Carlisle voulait nous parler grammaire, Em… Tu es affligeant, ce n'est pas croyable ! S'impatienta Jasper. Bella ? Comment les choses ont-elles évolué pour passer de ces… trucs électriques… à nous, vampires, tels que nous le sommes actuellement ?
- J'y viens, Jasper, j'y viens. Comprends aussi que je ne peux pas faire l'impasse sur presque 64 millions d'années d'évolution uniquement pour donner la réponse à une seule et unique question. Quoiqu'il en soit, vous avez eu un aperçu de Thanatos « la Mort » premier vampire, de Oloós « le Destructeur » premier modificateur, et de Chaos « le Dévastateur » premier lycan.
« Bien que mes ancêtres aient été terrorisés de les voir arriver de nulle part puis disparaître quelques heures plus tard au lever du jour, ils ne s'en sont pas moins penchés sur la question. Après être entrés en contact avec les peuples de Yonaguni et de l'Atlantide, ils se sont rendu compte qu'eux aussi avaient eu la… visite… de ces créatures énergétiques lors de la pleine lune…
- Quand tu parles de tes ancêtres puis de Yonaguni et Atlantide, ça veut dire…
- Oui Emmett, je suis la dernière représentante légitime du peuple de Mû…
Bella secoua la tête et les dernières traces de mélancolie s'évaporèrent de son regard.
- Les trois colonies se sont longuement concertées au sujet de ces mystérieux champs électriques qui apparaissaient systématiquement à chaque nouvelle pleine lune. Qu'étaient-ils ? D'où venaient-ils ? Quelles étaient leurs intentions à l'égard des survivants ? Les pionniers des trois peuples analysèrent également leur découverte, à savoir que l'hastérite les avait protégés de l'attaque des étranges globes. Après des recherches longues de plusieurs années, ils se sont rendu compte que les impacts cosmiques, dus à la dernière utilisation de Solaris, avaient généré une quantité astronomique d'énergie si hostile qu'elle se matérialisait sous la forme de ces trois champs électriques. A l'instar de l'action de la lune sur les marées, ces masses apparaissaient, détruisant toute vie sur leur passage, qu'elle soit animale, végétale ou minérale. Les scientifiques ont fini par comprendre que faute de destruction, ces entités cherchaient simplement à se nourrir. Cependant, elles n'arrivaient pas à canaliser leur énergie et ne parvenaient jamais à une satiété totale, incapables de se sustenter pleinement, d'où le chaos régnant après leur passage. Les ingénieurs se focalisèrent sur les propriétés de l'hastérite pour comprendre comment l'alliage pouvait empêcher les entités électriques de s'en prendre aux survivants. Il leur fallut tout de même plus d'un demi-siècle de recherches acharnées pour trouver la solution permettant d'aider ces entités tout en protégeant la Nature. C'est ainsi que les Temples Lunaires ont vu le jour.
De nouvelles images remplacèrent les précédentes et nous aperçûmes alors un immense temple, quasiment semblable aux pyramides mayas, surmonté d'une sphère absolument parfaite. Contrairement aux constructions méso-américaines, l'édifice n'était pas conçu en pierre mais fait du quartz le plus pur et à la place de l'escalier colossal, menant au haut du temple, la construction était comme séparée en deux grâce à des pylônes construits à partir de cet alliage extraterrestre. Ils soutenaient une sphère de cristal, tandis qu'un autel fait du même métal s'étendait entre eux. Puis, comme dans les hologrammes précédents, la lune commença sa course dans le ciel encore clair et le quartz se mit à luire au moment même où les pylônes irradièrent de lumière et se mirent à vibrer. Un sourire nostalgique étira les lèvres de Bella lorsqu'elle contempla cet étrange édifice, puis elle se tourna vers nous.
- Ce que vous voyez ici est le Temple Lunaire de Mû. Yonaguni et Atlantide possédaient également le leur afin… d'accueillir les entités. Comme vous pouvez le voir, il était conçu en quartz, plus vulgairement connu sous le nom de « cristal de roche ». Carlisle, que connais-tu des propriétés du quartz ?
Mon père sursauta en entendant Bella s'adresser directement à lui. Il toussota à quelques reprises afin de se donner contenance avant de répondre.
- Et bien… le quartz est une espèce minérale du groupe des silicates, sous-groupe des tectosilicates, composé de dioxyde de silicium de formule SiO2. Il se présente soit sous la forme de grands cristaux incolores, colorés ou fumés, soit sous la forme de cristaux microscopiques d'aspect translucide. C'est un composant important du granite et il est utilisé dans de nombreux domaines tels l'épuration des eaux, la réalisation de sols et le sablage industriels, la joaillerie…
- Tu oublies principalement les vertus qui lui sont associées...
- Hmpf ! des contes de bonne femme ! S'exclama dédaigneusement Carlisle, vexé que Bella lui ait coupé la parole.
- Et pourtant, ces « contes de bonne femme » sont bien réels !
- Euh… de quelles vertus parles-tu, Bella ? Demanda Jasper, son air de chouette hallucinée perpétuellement gravé sur le visage.
- Le quartz est connu pour être un récepteur, un émetteur et un amplificateur. Il a donc la propriété d'amplifier, d'emmagasiner, de focaliser, de transformer et de transmettre toute énergie qui lui est acquise et c'est pour cette raison que les Temples Lunaires étaient conçus dans ce matériau. Le minéral permettait de… réceptionner les entités pour mieux les focaliser sur un corps réceptacle qui était lui-même protégé par les pylônes en hastérite. Tenez, regardez !
De nouvelles images défilèrent et nous nous retrouvâmes aux pieds du Temple Lunaire. Au crépuscule, alors que les pylônes irradiaient et que le quartz luisait, un homme s'installa sur l'autel. Autour de lui, les habitants s'agitaient, apportant une foule de jarres au bord de l'autel, et attachaient d'étranges oiseaux qui semblaient être les ancêtres de nos gallinacés actuels ou de drôles de petits mammifères qui s'apparentaient à l'ornithorynque. Alors que l'homme semblait relativement calme, les animaux, eux, étaient particulièrement effrayés et leurs pépiements ou caquètements étaient terriblement stridents.
La nuit tomba et une fois leurs corvées achevées, les habitants s'agenouillèrent aux abords du temple pour entamer une mélopée obsédante, envoûtante, rythmée par la course de la lune dans le firmament. Plus l'astre montait dans le ciel, plus les pylônes irradiaient de lumière et plus le quartz luisait. Finalement, lorsque la lune atteignit son apogée dans le ciel nocturne, les champs électriques firent leur apparition juste au-dessus de l'immense sphère de quartz qui prédominait au sommet de la pyramide.
J'étouffais un cri lorsque les entités semblèrent absorbées par le globe mais je ne pus retenir ma stupéfaction plus longtemps lorsqu'un faisceau sombre, et pourtant lumineux à la fois, jaillit brusquement de la sphère avant de frapper l'homme allongé sur l'autel. Ce qui se produisit alors dépassait l'entendement…
Les traits de l'homme se brouillèrent étrangement, son visage semblait flou mais ses yeux, mon Dieu ses yeux ! tranchaient violemment sur la soudaine pâleur maladive de son visage, et lorsqu'ils s'ouvrirent, ce fut pour révéler des iris rouge sang. L'homme rejeta la tête en arrière en criant et ses membres s'étirèrent… les ongles de ses mains, de ses pieds poussèrent jusqu'à devenir des griffes létales… sa pilosité s'accrut pour recouvrir la quasi-totalité de son corps… ses dents, notamment ses canines, s'allongèrent jusqu'à atteindre son menton.
Il ne ressemblait plus à un humain mais à un étrange croisement entre le vampire et le lycan.
La… créature… attrapa une jarre et la fracassa avant d'en saisir son contenu. Elle dévora, en l'espace de quelques secondes, des morceaux de viande fraîche et sanguinolente. Puis elle saisit une seconde jarre… et une troisième… et ainsi de suite jusqu'à ce que les centaines de pots en terre cuite se trouvant aux pieds de l'autel soient tous réduits en poussières et vidés de leurs contenus. L'être s'attaqua alors aux animaux terrorisés, enfonçant ses crocs acérés dans la chair tendre des bêtes et buvait… buvait… jusqu'à ce que les malheureuses bêtes soient complètement exsangues, pour finalement les démembrer brutalement.
L'étrange métamorphose de l'homme dura toute la nuit et sa sauvagerie ne connut aucune limite. Lorsqu'enfin le faisceau quitta son corps et que les champs électriques quittèrent la sphère à l'aube du jour nouveau, l'homme, qui avait repris son apparence normale, s'effondra lourdement au sol, épuisé par son éprouvante transformation nocturne.
Je n'arrivais pas à en croire mes yeux… l'homme s'était retrouvé « possédé » par les trois entités que nous avions vues plus tôt tout détruire sur leurs passages, et il en ressortait sain et sauf ! Épuisé, certes, mais vivant ! Incroyable…
- B… B… Bon sang ! C'était quoi, ça ? S'exclama Carlisle, une once de peur dans la voix.
- Une Cérémonie de Pleine Lune. Je vous l'ai dit plus tôt, ces entités ne cherchaient qu'à se nourrir sans savoir comment s'y prendre et détruisaient faune et flore en tentant désespérément de subvenir à leurs besoins primitifs. Nos chercheurs avaient trouvé une solution pour les y aider tout en protégeant Gaïa de ce fléau. Le quartz focalisait ces entités intelligentes sur un être porteur, lui-même protégé par les propriétés de l'hastérite, et il se nourrissait de ce qu'elles réclamaient : du sang et de la chair fraîche.
Bella effleura une nouvelle fois le disque-sphère et une multitude d'images défilèrent, toutes montrant la même chose, ces « Cérémonies de Pleine Lune ». Bien que les paysages soient différents, nous permettant ainsi d'apercevoir Yonaguni ou l'Atlantide, les temples étaient absolument identiques, tout comme les cérémonies. Parfois, un homme jouait le rôle de réceptacle de ces entités, d'autres fois il s'agissait d'une femme, mais le résultat restait le même, le participant accueillait en lui ces champs électriques et se métamorphosait avant d'ingurgiter quantités de chair fraîche et de sang.
Les images continuaient à défiler et au rythme des cérémonies de pleine-lune, nous empruntions les couloirs du Temps, passant à travers les siècles, les millénaires, et découvrions l'Évolution des espèces et la dérive des continents. Les hologrammes se stoppèrent finalement sur l'Afrique, berceau de l'Humanité, et une intense émotion s'empara de nous lorsque nous aperçûmes les premiers représentants de l'espèce humaine, l'Homo Habilis et l'Homo Rudolfensis*. Nous avions fait un bond de plus de 60 Millions d'années en l'espace de quelques minutes. Si l'espèce humaine évoluait en douceur, les trois civilisations, elles, dominaient le monde par leur splendeur et leur essor.
La merveilleuse Atlantide, toute de marbre et de cristal, en imposait par son éclatante blancheur. Vue du ciel, elle accrochait l'œil comme un diamant, resplendissante de lumière.
Beaucoup plus sobre mais néanmoins splendide, Yonaguni avait misé sur la simplicité. La ville, taillée à même la pierre, attirait le regard par son architecture d'une incroyable minutie. Le souci du détail était très présent sur cette île et la végétation luxuriante s'alliait parfaitement à la roche.
Que dire de Mû, parfait contraste de l'immaculée Atlantide, bâtie en tourmaline noire et onyx, les pierres sombres parsemées d'or et de joyaux, imposante à la fois par sa taille mais aussi par sa muraille parcourue par de splendides plantes exotiques.
La technologie que possédaient ces trois îles était absolument époustouflante, leurs habitants étaient bien les dignes descendants de l'Hadésie et l'Ishtéria, l'armement de destruction massive en moins. Bien qu'ils puissent vivre en totale autarcie puisque chaque île possédait les ressources nécessaires, ces trois civilisations échangeaient régulièrement comme en témoignaient les bateaux ou les petits aéronefs de commerce, tous fonctionnant à l'énergie solaire. Et dire qu'à l'heure actuelle, l'Homme n'en était qu'à ses premiers balbutiements en matière d'énergie renouvelable !
- Bella, comment les choses ont-elles pu évoluer ainsi ? je veux dire, ces images sont flagrantes ! comment ces grandioses civilisations ont-elles pu dépérir ? comment ces… entités… ont engendré le monde surnaturel ? Questionna Jasper, les yeux rivés sur les hologrammes projetés au plafond, un profond respect gravé sur son visage.
Bella se renfrogna légèrement avant de secouer la tête, je voyais à son regard qu'elle cherchait les mots pour s'expliquer.
- Pour que vous compreniez, il faut revenir aux Cérémonies de Pleine-Lune, elles sont à l'origine de tout. Ces… communions avec Thanatos, Chaos et Oloós étaient si éprouvantes, à la fois physiquement et psychologiquement, pour le « récepteur » qu'il lui fallait un cycle lunaire complet, soit 28 jours, pour se rétablir. En s'apercevant de ces épouvantables désagréments, rares étaient les personnes qui acceptaient de sacrifier leur corps pour une nuit. Pourtant, il fallait sauvegarder Gaïa de la dévastation qu'engendraient ces trois entités à tout prix et cela passait obligatoirement par un corps récepteur.
« Une école, faute de meilleur terme, fut bientôt créée sur chaque île afin d'y façonner les futurs réceptacles de ces Cérémonies de Pleine-Lune, les futurs Prêtres et Prêtresses d'Ishtar. Ils y suivaient un entraînement intensif, de leurs 8 ans à leurs 18 ans, afin d'accroître leurs performances physiques et leurs compétences mentales. Le Prânavâkâra* était un entraînement long et laborieux, puisque beaucoup abandonnaient dès le premier mois, parfois même mortel car un accident pouvait très vite arriver, mais cet apprentissage faisait des élèves des… sur-êtres, en quelque sorte. L'entraînement recoupait diverses techniques visant à développer les capacités physiques et nerveuses, le rendement musculaire était donc optimal et les réflexes, ultra-rapides. Puisque les Apprentis apprenaient la maîtrise totale de tous leurs muscles et de toutes leurs réactions nerveuses, ils pouvaient, s'ils le désiraient, se révéler des combattants mortels contre le plus farouche des guerriers surentraîné. »
« Par ailleurs, leurs cinq sens étaient développés et aiguisés à l'extrême, ce qui leur permettait d'acquérir une perception de leur environnement, un « sens » de l'observation inédit. Bref, en une seconde ils étaient capables d'appréhender environnement et situation afin de les tourner à leur avantage, quelle que soit la circonstance, rien ne pouvait leur échapper, pas même le moindre petit détail qui pourrait sembler insignifiant. Prânavâkâra offrait un contrôle absolu sur le corps et le psychisme de celui qui le pratiquait, au point où la Communion avec les entités se déroulait sans anicroche puisqu'à l'aube il sortait de sa transe pour reprendre le cours de son existence… Quoiqu'il en soit, les élèves de ces écoles étaient triés sur le volet, souvent choisis en fonction de leurs caractéristiques génétiques et de leurs compétences psychiques et motrices. »
- Incroyable… Marmonna faiblement Carlisle en se frottant le visage. Absolument incroyable… Et… as-tu suivi cet apprentissage en question ? Lui demanda-t-il, bouffé par sa curiosité dévorante.
- Oui. Mais contrairement aux autres apprentis, je n'ai pas été sélectionnée, j'y suis entrée de mon plein gré, par choix.
Je sursautais en entendant ses propos. Choisir une telle voie ? S'imposer une vie d'ascète afin d'acquérir un contrôle absolu de son corps pour être capable de réceptionner en son sein des entités dangereuses ? Mais elle est dingue ?!
- Euh… sans indiscrétion mais… pourquoi t'imposer une telle vie ? S'exclama Carlisle, stupéfait que Bella ait pu se choisir une telle existence.
La jeune femme souffla lourdement avant de répondre.
- Pour être tout simplement libre, Carlisle. Libre. Mon père était un haut dignitaire de Mû et je savais qu'il n'allait pas tarder à m'unir au plus offrant pour en retirer une quelconque gloire supplémentaire. Il avait déjà vendu ma sœur à notre Roi afin qu'elle devienne la sixième concubine de son fils, quant à mon frère, il avait été lié à la fille d'un magnat des pierres précieuses en échange de parts sur les joyaux. Je refusais la vie qu'il me prévoyait, je voulais m'unir par amour et non pour son bénéfice personnel ! J'ai donc choisi de suivre l'Apprentissage pour devenir une Prêtresse d'Ishtar afin d'être libre. Voyez-vous, celles et ceux qui sortaient vivants de l'enseignement Prânavâkâra avaient presqu'autant d'importance que le Roi dans notre société. La Prêtrise était un statut à part, presqu'un état dans l'État.
« Mon père est devenu littéralement fou de colère lorsqu'il m'a vue parée pour l'Initiation, il voyait ses projets de grandeur réduits à néant mais il ne pouvait rien dire ou faire, la Prêtrise prévalait sur l'Union… »
Un sourire triste aux lèvres, Bella manipula rapidement le disque-sphère et nous vîmes l'image d'une toute jeune fille, que dis-je, une enfant, le front et les joues ornés de signes tribaux formant un étrange croissant de lune peints à même la peau, et le corps couvert d'une courte toge noire, faisant face à ses parents, droite comme un I, décidée. Sa mère, aussi brune que ma belle, pleurait toutes les larmes de son corps tandis que son père, dont elle avait hérité les yeux chocolat, hurlait à s'en étouffer, le visage presque violet en proie à la colère. J'aperçus alors un jeune homme d'une quinzaine d'années et une jeune femme, à peine plus âgée, lui sourire doucement. La ressemblance était frappante entre les trois enfants et au vu de leurs sourires, le frère et la sœur étaient fiers du choix que Bella avait fait, assavoir vouer sa vie au culte de la Lune et se laisser posséder par des entités létales. Malgré les sourires, leurs visages démontraient clairement une certaine jalousie, ils semblaient envieux du futur improbable de leur petite sœur, elle était libre à où ils ne l'étaient plus depuis longtemps… s'ils l'avaient seulement été un jour.
Alors que Bella nous narrait ses débuts dans le long et difficile apprentissage qu'elle avait suivi, je la sentis subitement se tendre à mes côtés. Elle semblait mal à l'aise, perturbée par quelque chose, et je n'en comprenais pas la raison. Les images défilaient toujours et nous y vîmes la jeune enfant qui suivait péniblement les enseignements qui lui étaient dispensés. Je grinçais des dents à chacune de ses chutes… à chaque coup reçu alors que, les yeux bandés, elle s'entraînait à parer les attaques de son professeur… La méditation semblait avoir une place prépondérante dans cet apprentissage puisque nous aperçûmes Bella en position du Lotus, assise en tailleur, pieds posés sur les cuisses, dos bien droit et les mains posées sur les genoux, le regard lointain, comme si elle s'était repliée en elle-même, et un halètement collectif se fit entendre lorsque nous vîmes les jours et les nuits défiler sans qu'elle ne bouge le petit doigt : elle était restée une semaine dans cette position, réfrénant ses besoins basiques, sous l'œil critique des éducateurs qui examinaient le moindre battement de paupières à la loupe. Les hologrammes défilèrent encore et nous observions Bella, âgée cette fois-ci d'environ 15 ans, toujours parfaitement immobile, jusqu'à ce que sa main jaillisse et qu'elle ne saisisse une mouche en plein vol entre son pouce et son index pour finalement relâcher l'insecte qui reprit sa course. Elle ne lui avait même pas froissé une aile… D'autres images révélèrent le même exercice, mis à part que cette fois-ci, c'était son pied qui fusait pour saisir une fragile bulle de savon entre deux orteils ! Les hologrammes suivants firent frissonner Jasper de terreur Bella, les yeux bandés et les oreilles bouchées par des cachets de cire, combattait trois adversaires à la fois tout en rattrapant les divers objets qui lui étaient lancés, pierres, morceaux de verre ou de sucre humide, plumes, grains de sable… sans prendre le moindre coup ou rater un seul objet ni même le briser.
Les hologrammes défilaient toujours lorsque Carlisle prit la parole, sa voix lacée de respect.
- C'est… c'est… c'est… prodigieux. Absolument incroyable ! Je suis complètement sidéré de voir un tel contrôle sur le corps et le mental, je n'aurais jamais cru cela possible ! Cependant, je ne comprends pas comment tu pouvais repousser des adversaires tout en rattrapant au vol les objets qui t'étaient lancés, sans voir ni entendre !
- Je n'avais peut-être plus accès à la vue et l'ouïe, mais il me restait trois autres sens, Carlisle. Je pouvais sentir mes adversaires ou un morceau de sucre grâce à mon odorat ou percevoir leur saveur sur ma langue, je pouvais ressentir les vibrations provoquées par les mouvements sur ma peau, mes sens étaient… sont… exacerbés à l'extrême.
- Oui… mais… quand même !
Les épaules secouées par un rire silencieux, Bella se cala confortablement entre mes bras avant de se tendre subrepticement. Je l'observais du coin de l'œil et elle dut voir ma suspicion puisqu'un sourire tendre étira ses lèvres, sourire qui s'effaça rapidement lorsqu'elle secoua la tête, agacée, avant de poursuivre son récit.
- L'apprentissage Prânavâkâra était long et difficile, c'était une période d'abnégation et de solitude. Si, pendant 10 ans, on nous enseignait les bases du contrôle de soi, il fallait toute une vie de pratique pour parvenir au Mahâ Yoga, à l'union extrême du corps et de l'esprit. C'est ce qui m'a été le plus difficile à l'école, la solitude. Même si nous étions en permanence une cinquantaine d'apprentis à l'institut, nous étions isolés les uns des autres, ne nous croisant jamais. Je ne voyais que les Éducateurs…
Son regard se perdit dans les souvenirs et je resserrais mon étreinte, triste pour elle. Même si je m'étais souvent senti seul à cause de ma différence, je n'avais jamais souffert de la solitude comme Bella l'entendait. Je n'arrivais même pas à me faire à l'idée que, enfant, à l'âge tendre des jeux et des découvertes, Bella avait été continuellement isolée de tout contact, hormis instructifs. Et qu'elle ait fait cela par choix, pour une question de liberté et de contrôle de sa vie, me montrait une fois encore à quel point elle était exceptionnelle. Je me sentais si petit, si infime en comparaison, si indigne de son amour… Son regard profondément outré croisa le mien puis, sans que je n'y comprenne quoi que ce soit, se troubla et cette sensation de malaise refit surface. Lorsque Bella reprit la parole, elle sembla particulièrement détachée, étrangère.
- En fait, lorsque je vous dis que les apprentis vivaient dans l'isolement, ce n'est pas entièrement vrai. Hormis les éducateurs qui se chargeaient de l'instruction, les élèves, toutes écoles confondues, se réunissaient quatre semaines par an afin de célébrer les solstices d'hiver et d'été et les équinoxes d'automne et de printemps. D'une quasi-isolation nous passions à des festivités réunissant environ 200 personnes, enfants, adolescents et adultes, de quoi perturber même le plus endurci des apprentis !
Un rire froid s'échappa de ses lèvres, je n'en comprenais pas la raison. Au plafond, le disque-sphère déroulait toujours ses merveilles, dévoilant des images de ces célébrations perdues depuis bien longtemps. Sourire aux lèvres, je m'abreuvais de ces images.
Au pied d'un imposant dolmen de quartz, des dizaines et des dizaines de personnes agenouillées, tous âges confondus, psalmodiaient en chœur au rythme des percussions, les mains levées vers la lune. Bella n'était plus l'enfant, ni la toute jeune fille que nous avions vue précédemment, elle semblait âgée de 16 ou 17 ans, son visage avait perdu les rondeurs de l'enfance, son corps s'était allongé, formé, raffermi par les années d'entraînements, elle était absolument magnifique ! et pourtant si différente d'aujourd'hui…
Ses grands yeux chocolat rivés sur l'astre lunaire, un immense sourire aux lèvres, elle chantait d'une voix mélodieuse et passionnée, se balançant sensuellement au rythme de la mélopée. Dans son enthousiasme, elle percuta le bras de la personne agenouillée à ses côtés. Lorsque cette dernière se tourna vers Bella, mon sourire s'effaça instantanément. C'était une blague de mauvais goût.
- Edward ?!
Mon prénom scandé par tous les membres de ma famille et des Dénali dans des degrés de stupeur différents ne fit que renforcer mon incompréhension.
Sur ces images vieilles d'environ 2 millions d'années, faisant face à une Bella rougissante de plaisir et de gêne mélangés, un jeune homme souriait, un air narquois aux lèvres et les yeux verts pétillant de malice. Ce visage, je le reconnaîtrais entre mille, je le croisais tous les jours depuis plus d'un siècle.
Ce visage, c'était le mien.
* Cratère de Chicxulub : cratère d'impact situé à Chicxulub dans la péninsule du Yucatán au Mexique. Il a été provoqué par la collision d'une météorite de près de 10 kilomètres de diamètre qui s'est abattue sur la Terre il y a environ 65 Millions d'années, c'est-à-dire à la fin du Crétacé. Le diamètre du cratère, d'environ 180 kilomètres, laisse imaginer une puissance d'explosion similaire à « plusieurs milliards de fois celle de la bombe d'Hiroshima ». Le bassin du cratère, enseveli sous environ mille mètres de calcaire, s'étend moitié sous la terre ferme, moitié sous le golfe du Mexique.
* Holodonnées : néologisme de mon crû. Une holodonnée est une information contenue sur un support (métal, cristal ou quartz) pour être retransmise de façon holographique, soit en 3D.
* Yonaguni : structure sous-marine au large du Japon. En raison de son apparence lisse, peu érodée et peu colonisée par la vie marine, certains auteurs estiment qu'elle pourrait être artificielle.
* Continents de Mû et de l'Atlantide : Continents engloutis mythiques. Leurs civilisations auraient possédé une technologie très avancée et auraient été détruites par les Dieux qui ne supportaient plus de les voir tomber dans la déchéance.
* Impact cosmique : résulte de la collision entre deux ou plusieurs objets célestes. En général, on parle d'impact cosmique lorsqu'un petit corps du système solaire, tel un astéroïde ou une comète, entre en collision avec une planète telle que la Terre.
* Hiver nucléaire : phénomène climatique hypothétique de baisse globale des températures de surface, prédit comme pouvant être le résultat d'une guerre nucléaire massive. Il serait analogue à l'hiver volcanique ou à l'hiver d'impact.
* Homo Habilis : espèce du genre Homo qui vivait il y a approximativement 2,5 à 1,5 million d'années en Afrique orientale et australe.
* Homo Rudolfensis : espèce fossile d'hominidé bipède apparue il y a environ 2,4 millions d'années. Il doit son nom spécifique au lac Rudolf, ancien nom du lac Turkana. Il appartient à la lignée humaine et plus précisément au genre Homo auquel appartient également l'Homo Sapiens. L'Homo rudolfensis est avec l'Homo Habilis le premier représentant du genre Homo.
*Prânavâkâra : littéralement, en sanskrit, "qui est le AUM lui-même". Le AUM (om) est "le son primordial, l'origine de la création". A chaque lettre correspond un niveau de conscience : le A est l'état de veille, le U est l'état de rêve et le M, l'état de sommeil profond. Le Aum est le symbole le plus élevé de la connaissance hindoue.
* Mahâ Yoga : Union suprême et totale.
