Chapitre 49 : Bribes de vie (1).

Juillet 1977.

Le cercle des mangemorts était parfait. Severus avait l'impression de se tenir au milieu d'une arène dans laquelle il était inutile de songer à la fuite. Le Maître, dissimulé par une capuche noire et l'ombre de la nuit, tendit la main vers lui. Severus retroussa sa manche et lui offrit son bras. Sa peau déjà pâle parut fluorescente sous la lueur vacillante des flammes. Le feu… Le cimetière ressemblait à un endroit venu tout droit des Enfers. Les moldus n'avaient pas idée de ce qui se passait si près de chez eux…

Severus jeta un regard furtif à son oncle, encagoulé juste derrière lui, et s'agenouilla. A ce moment seulement, le Maître sortit sa baguette magique. Il passa ses longs doigts froids tout au long de son avant-bras, comme s'il cherchait l'endroit idéal. Severus ne frissonna pas. Tout ce qu'il ressentit fut une immense fierté.

Il lui sembla que le temps s'était arrêté, ou que quelqu'un l'avait ensorcelé afin qu'il soit plus lent qu'à l'ordinaire. Il savait pourtant que le détraqueur de temps avait été brisé le soir où Potter et Evans étaient venus dans ce cimetière. Il n'avait pas eu le temps de bien regarder, mais son oncle lui avait dit qu'on pouvait encore, en cherchant bien, trouver des traces du sang de Potter. Il serait si heureux s'il tombait sur l'une d'elles…

Une douleur fulgurante chassa toutes ces pensées de son esprit. Le Maître avait enfoncé la pointe de sa baguette dans sa peau qui brûlait, brûlait tellement qu'il eut envie de hurler sans le pouvoir. Alors, il serra les dents et attendit que la douleur passe. Mais elle ne passa pas : sa peau devint noire comme de l'encre de Chine et des lignes se tracèrent lentement, bien trop lentement. Il craquerait…

Des larmes avaient commencé à perler au coin de ses yeux quand le Maître retira enfin sa baguette. Severus, le souffle coupé, observa le résultat et se sentit tout de suite mieux : une Marque des Ténèbres sombre et bien dessinée était désormais incrustée dans sa peau pâle. Il avait attendu ce moment pendant des années…

Il avait à peine eu le temps de se réjouir que déjà, des cris d'enfant se firent entendre non loin de là. Un mangemort –certainement Avery père– amena une petite fille sous la lueur des flammes dansantes. Elle pleurait toutes les larmes de son corps, vêtue d'un pyjama rose décoré de petits lapins aux oreilles excessivement grandes. Malgré ce qui lui arrivait, elle avait réussi à garder son ours en peluche usé avec elle.

-Tue-la, ordonna le Maître.

La petite fille pleura plus fort encore. Pour la faire taire, Avery la suspendit par les pieds au-dessus du sol. Plusieurs mangemorts du cercle se mirent à rire. Avery, lui-même amusé, retira son pantalon rose et le jeta dans les flammes. Malgré lui, Rogue fut choqué de voir cette gamine en petite culotte devant lui. Il avait vécu la même chose. Potter l'avait humilié de la sorte…

-Tue-la, répéta le Maître, un peu plus impatiemment.

Le regard du jeune homme croisa celui de la petite fille. Son esprit se brouilla : il ne savait plus trop ce qu'il faisait là. Pourquoi ne faisait-il pas redescendre cette gamine qui n'avait rien demandé ?

-Allons, c'est une moldue… rappela le Maître. Aurais-tu des scrupules à la tuer ?

Severus, déterminé, sortit sa baguette magique et la pointa droit sur son front.

-Avada Kedavra !

La nuit redevint silencieuse.

-Tu es des nôtres…

Août 1977.

Peter avait tenu sa promesse et s'était rendu à la prison où son père était détenu, armé de sa seule baguette magique. Lors de la visite –il n'avait jamais tant discuté avec son père, et cette soudaine proximité entre eux deux l'avait convaincu qu'il faisait ce qu'il y avait de mieux à faire– il la lui avait prêtée afin qu'il puisse s'enfuir sans trop de soucis. Son père lui avait avoué qu'il lui était déjà arrivé de s'en aller, certaines nuits, et de profiter d'un peu d'air pur. Mais malgré ses pouvoirs magiques, il avait toujours dû rentrer dans sa cellule avant le lever du jour, car son nom était inscrit dans les dossiers de la prison et en cas d'évasion, les hommes qui partiraient à sa recherche –de moldus et des sorciers– rendraient sa vie bien trop compliquée.

Alors Peter s'en était allé en se répétant une dernière fois chaque geste qu'il devrait faire pour que tout se passe comme prévu. Instinctivement, ses pieds le menèrent jusqu'au bureau du directeur de la prison, avec lequel il avait réussi après moult et moult péripéties à obtenir un entretien.

Il fut accueilli plutôt chaleureusement, bien qu'avec curiosité. Le moldu ne devait pas recevoir souvent de jeunes personnes dans son bureau.

-Que puis-je pour vous, Mr Pettigrow ?

-Mon père se plaint des conditions de vie dans votre prison, mentit Peter.

Son cœur battait si fort qu'il se demandait comment il pouvait ne pas l'entendre.

-Je voudrais avoir votre opinion sur le sujet, dit-il. Vos détenus sont-ils si mal traités ?

Le directeur, voyant visiblement que Peter resterait un bon bout de temps à polémiquer, appuya sur le bouton rouge d'un téléphone et demanda à quelqu'un de leur apporter à boire.

-Que prendrez-vous, Monsieur ? demanda-t-il.

-Juste un jus d'orange, merci.

Le directeur attendit d'être servi avant de prendre la parole.

-Nos détenus sont de ceux qui sont généralement les plus satisfaits du traitement qui leur est infligé, déclara-t-il. Je ne comprends pas pourquoi votre père se plaint. A-t-il subi des violences physiques ?

-Je l'ignore.

-Morales ?

-Je l'ignore.

-Souffre-t-il de la faim ?

-Je l'ignore.

-Alors de quoi se plait-il ?

Peter respira profondément. C'était là que le plus dur débutait…

-A vrai dire, il se plaint de ne pas recevoir les soins dont il a besoin, déclara-t-il. Mon père fait beaucoup d'allergies et m'a avoué avoir été délaissé par les gardiens, qui auraient dû prévenir un infirmier.

Le directeur fronça les sourcils.

-Ses allergies sont-elles inscrites clairement dans son dossier ? questionna-t-il.

-Certainement.

-Dans ce cas votre père reçoit chaque jour ses soins, comme tous les détenus souffrant de quelle maladie que ce soit. Souhaitez-vous que je vérifie dans le dossier ?

-Oui, s'il vous plaît, requit Peter. C'est important pour lui.

Le directeur soupira, se leva et se déplaça jusqu'à un grand meuble ancien qui jurait affreusement avec le reste du mobilier, très moderne. Lorsqu'il eut le dos tourné et l'attention complètement prise par ses dossiers, Peter glissa sa main dans sa poche, en ressortit une petite fiole et déposa quelques gouttes du puissant somnifère qu'elle contenait dans son verre de Whisky.

Puis, le directeur sélectionna un dossier entre tous, l'examina un instant, haussa les sourcils, puis le tendit à Peter. Il se rassit et attendit une réaction.

-Voyez vous-même, ajouta-t-il, tout est correct. Votre père n'a déclaré aucune allergie, ainsi, la prison ne saurait être responsable de ses soucis de santé.

Il acheva d'une traite son verre. Une goutte de sueur perla sur le front de Peter, qui déployait une énergie folle à maîtriser ses mains qui ne demandaient qu'à trembler.

-Je… Je ne comprends pas… bredouilla-t-il.

Plus par gain de temps que par curiosité, il se mit à feuilleter le dossier et resta fixé sur la page de la situation familiale.

-Oh mon Dieu… murmura-t-il, n'en croyant pas ses yeux.

-Y aurait-il un problème ? s'enquit le directeur.

-Non… enfin si…

L'homme l'interrogea du regard et ne put réprimer un bâillement.

-Excusez-moi, bredouilla-t-il, confus. C'est la fatigue… Les nuits ont été courtes, ces derniers temps…

-Il n'y a pas de mal, répondit Peter, le souffle court. Là, sur cette page, il est écrit que mon père a été « auteur de violences conjugales ». Qu'est-ce que cela signifie ?

-Cela signifie ce que cela signifie : votre père avait pour habitude de frapper sa femme.

-Non…

Peter refusait de le croire. Cela ne correspondait en rien avec ce que son père lui avait raconté… Mais devant l'air sûr du directeur de la prison, il préféra ne pas s'arrêter là-dessus. Sa mère avait peut-être commis des erreurs plus graves encore…

-Et là, il est écrit… il est écrit qu'il a eu un enfant avec une dénommée Penny Oxley… C'est une erreur ! Ma mère s'appelait…

-Penny Oxley. Il est écrit juste en dessous que votre mère avait dû faire des tests ADN afin de connaître l'identité du père. Votre père qui l'a ensuite tuée…

Peter ne comprenait plus rien. Pris de panique, il lâcha le dossier qui tomba à terre et dont les différentes feuilles s'éparpillèrent.

-Oh, je suis confus… balbutia-t-il. Je vais… je vais ramasser…

Il s'agenouilla et rassembla les pages, mais un coup contre le bureau le fit sursauter. Lorsqu'il leva la tête, il réalisa que le directeur dormait profondément, le front contre le meuble.

Peter ne sut plus où il se trouvait, ni ce qu'il était venu y faire. Littéralement dépossédé, il ramassa les feuilles intéressantes du dossier, les plia autant de fois qu'il fallut pour qu'elles rentrent dans la poche de son jean, puis sortit du bureau. La secrétaire l'interrogea sur les occupations du directeur. Il répondit qu'il avait beaucoup de travail et qu'il ne désirait pas être dérangé. Elle le laissa s'en aller.

Peter prit alors la direction du centre commercial le plus proche. Il mit une bonne demi-heure à y parvenir en dépit de son pas pressé. Quand il le trouva, il monta jusqu'aux toilettes, lieu de leur rendez-vous. Son père ne l'y attendait pas.

Septembre 1977.

Lily avait déjà élu domicile au manoir. James l'avait invitée pour les vacances mais tous deux avaient passé de si bons moments qu'il n'avait pu se résoudre à la laisser rentrer chez elle. Et comme ses parents n'avaient pas semblé s'opposer à son installation, elle était revenue quelques jours plus tard avec le reste de ses affaires. Elle avait avoué se sentir de trop dans cette famille en deuil, au début, mais avait rapidement réalisé que sa présence faisait plaisir à tout le monde.

-De toute manière, je suis chez moi, avait déclaré James. C'est moi qui choisis qui vit ici.

Alors elle avait fini par s'habituer à son nouveau statut de maîtresse de maison, même si cela pour elle ne signifiait rien.

-Ta famille sera toujours plus chez elle ici que moi, avait-elle dit. Pour le moment, je ne suis rien d'autre que ta petite amie, pas ta femme.

-Ce n'est qu'une question de temps, ça ! avait répliqué James en plaisantant.

Les Potter et Lily passèrent deux semaines très agréables, dans une ambiance qui fut plutôt festive malgré les drames qui avaient touché la famille au cours de l'année.

Puis, un représentant du Ministère fut envoyé à Æternum Asylus dans le but de bloquer à Williams l'accès à la cheminée, le Magenmagot craignant que l'exilé ne revienne chez lui, profitant du sortilège de Fidelitas qui entourait la maison. Naturellement, le sorcier ne trouva l'emplacement et rentra bredouille au Ministère. Bruce, avec sagesse, suggéra aux autres de faire venir Williams, de le faire révéler à ce représentant où se situait le manoir, et d'exiger en remerciement pour leur coopération l'autorisation de passer quelque temps avec Will. Les autres n'avaient pas compris pourquoi ils devraient agir de la sorte, puisque s'ils laissaient leur cheminée telle qu'elle était, Will aurait la possibilité de revenir quand il voudrait sans que personne ne le sache –il l'avait déjà fait plusieurs fois depuis le début de l'été et James avait retrouvé son père avec bonheur. Bruce fit remarquer que de toute manière, il resterait toujours des cheminées libres à Poudlard. Mais il fut loin d'obtenir la majorité, et on opta pour un rejet formel de ses idées.

Le Ministère prit ce refus pour un acte de rébellion. Les conséquences avaient été lourdes : l'ambassade anglaise des Etats-Unis avait été prévenue et c'était la cheminée de Williams qui avait été bloquée à tout voyage en direction de l'Europe. On lui avait retiré son permis de transplaner et les Potter eurent à payer une amende au montant plus qu'excessif. Les Potter, déjà beaucoup moins bien vus au sein de la communauté magique, perdirent encore en popularité. Seul James demeurait apprécié en raison de son courage que la Gazette avait jugé « légendaire ». En effet, malgré le silence des médias, le récit de son épreuve à Little Hangleton avait fait le tour du pays en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

-Au moins, les gens ont encore du respect pour l'un d'entre nous, bougonnait souvent Lucy. Moi, à l'hôpital, je dois sans cesse mettre un terme à toutes sortes de rumeurs plus stupides les unes que les autres. Tiens, par exemple, pas plus tard qu'hier, j'ai dû démentir le fait que Bruce se droguait à l'aconit. Non mais je vous jure, les gens sont fous !

James était outragé par l'injustice du Ministère, qui de toute évidence était celui qui lançait ce genre de rumeurs. Le Magenmagot avait parfaitement conscience que tous les Potter ne se battaient que pour une seule et même cause : rendre au Royaume-Uni sa liberté en vainquant Voldemort. Comment la société pouvait-elle être aussi dupe ? La plupart des sorciers du Magenmagot étaient avides de pouvoir, là était la raison de toutes ces diffamations. Ils avaient vu en la famille Potter un obstacle et avaient décidé de l'abattre doucement. Ce qu'ils parvenaient plutôt bien à faire…

Octobre 1977.

Cela faisait longtemps que les membres l'Ordre du Phénix ne s'étaient pas tous réunis. A vrai dire, même cette nuit-là, l'Ordre ne fut pas au complet. Il manquait toujours certains membres qui risquaient de ne jamais revenir : Rosanna et Williams, Andrew et Britney… On tenta cependant de faire comme si on n'avait pas réalisé cela. Même s'il manquait le personnage le plus important du groupe après son fondateur, Albus Dumbledore…

On désigna d'ailleurs quelqu'un pour le remplacer. La personne qui fut désignée apte à prendre toutes les initiatives en cas d'urgence fut Caradoc Dearborn. On avait tout d'abord pensé à Bruce, mais celui-ci avait avoué se sentir un peu trop rouillé pour un tel poste. Ainsi, Dearborn avait repris les fonctions de son vieil ami Williams et avait juré, même s'il était persuadé de ne jamais égaler le talent de son prédécesseur, de faire tout son possible pour que l'Ordre reste organisé et efficace.

On accueillit ensuite sept nouveaux membres. James, Lily, Peter, Sirius, Remus, Alice et Franck rejoignirent les rangs de leurs parents, amis ou autre, et jurèrent fidélité au reste du groupe, sur la vie et l'honneur. Etant trop jeunes pour se voir attribuer un poste précis, on leur demanda surtout d'assister aux réunions, d'être attentifs autour d'eux et de noter toutes les informations qu'ils jugeraient intéressantes, soit au sujet de Voldemort, soit au sujet des mangemorts, et même au sujet du Ministère. Lily, qui avait tout juste intégré l'école prestigieuse formant les futurs sorciers du Magenmagot, fut en revanche priée de prendre son rôle très à cœur. James, Franck et Alice, qui eux avaient envoyé leur dossier à l'école des aurors, devraient surtout se tisser un réseau d'informateurs basés sur leurs relations à Poudlard et celles qu'ils auraient au centre de formation.

On leur indiqua ensuite comment les membres de l'Ordre s'assuraient qu'aucun imposteur ne jouait l'espion auprès d'eux, se faisant passer pour un autre membre. Pour cela, il suffisait juste de toujours avoir sur soi quelque chose d'une couleur bien précise : lilas le lundi, magenta le mardi, marine le mercredi, jaune d'or le jeudi et vert pomme le vendredi. N'existant aucune réelle couleur commençant par s et pas d, on s'était mis d'accord afin que le samedi, du rouge cerise soit exigé et que le dimanche, on requière plutôt du gris très clair. James fut abasourdi par ce système à la fois si simple et si ingénieux. Il se promit de se rendre très vite Chemin de Traverse afin de compléter sa garde-robe.

Janvier 1978.

Peter venait d'être engagé comme assistant chez Brins d'Herbe, la toute nouvelle boutique du Chemin de Traverse, mais ne parvenait pas à se réjouir. Ses capacités en herbologie ne lui faisaient pas oublier les illusions naïves auxquelles il avait cru quelques mois plus tôt. Il n'avait pas détruit le dossier, ainsi, l'évasion de Jake Pettigrow avait été dévoilée et des aurors mis sur le coup. D'après James, Franck et Alice, qui avaient commencé leur première année de formation chez les aurors, il se serait réfugié du côté de Voldemort. C'était tout du moins ce que pensaient leurs formateurs. Quand on retrouva son cadavre dans la Tamise, marqué d'une Marque des Ténèbres, cela ne fit plus aucun doute. Peter n'en fut pas triste, mais dut se résoudre à partir à la recherche de sa mère s'il désirait en savoir plus sur ses origines. Cela faisait longtemps qu'il se demandait s'il devait franchir le cap. Au fond de lui, il craignait une autre déception. Et si sa mère avait été encore pire que son père ?

-Cela risque d'être dur, de trouver pire que ton père, avait assuré Mrs McGregor quand il lui avait confié ses doutes. Si tu sens que tu as besoin de savoir d'où tu viens, fonce. De toute manière, ce que tu découvriras pourra peut-être être douloureux au début, mais à long terme, tout ne sera que bénéfique.

Alors, Peter avait suivi son conseil. Il s'était rendu au Ministère de la Magie et avait demandé à consulter les registres. Il était vraiment né d'une mère répondant au nom de Penny Oxley, et son père avait vraiment été violent avec elle. C'était la suite qui était moins claire. Son père avait été emprisonné chez les moldus pour le meurtre d'une femme, Elena Patroski. Le dossier, bien plus complet, indiquait que le soir de sa mort, cette femme avait encore l'apparence de Penny.

-Ca veut dire que ta mère voulait que ton père se fasse emprisonner ? interrogea Mrs McGregor. Et dans ce cas, elle serait toujours vivante ?

Peter, pour en avoir le cœur net, avait adressé une lettre à cette Penny Oxley dans l'espoir que son hibou reviendrait la patte libre, ou avec une réponse. Il reçut une réponse.

Mars 1978.

Sirius profita de sa pause pour aller fumer une cigarette. La dernière de son paquet, déjà. Il l'avait acheté la veille en se promettant de le faire tenir toute la semaine. Il n'avait pas réalisé avant à quel point il aimait la nicotine… Depuis combien de temps fumait-il, déjà ? Quelques mois ? Oui, depuis l'anniversaire de Sherley, sa voisine de palier. Quelle fête, ce soir là… Enfin à vrai dire, il ne se souvenait plus très bien de ce qu'il avait fait après qu'il eut entamé la deuxième bouteille de Whisky Pur Feu –il avait réalisé plus tard qu'emmener de telles bouteilles n'était pas forcément une bonne idée s'il désirait continuer à se faire passer pour un simple moldu. Mais il n'était pas le seul à avoir bu au point d'en perdre la mémoire. Sherley, elle, semblait en revanche se souvenir parfaitement de ce qu'il avait fait. De ce qu'ils avaient fait, selon ses dires. Il préférait ne pas savoir.

Dans un grand effort de volonté, il s'arrêta à la moitié de sa cigarette en songeant au plaisir qu'il éprouvait en fumant le reste le soir, après la fermeture, lorsqu'il se retrouverait à nouveau seul dans sa triste maison. Ted Tonks en avait fait quelque chose de joli, pourtant, et avait même réussi à réparer la tuyauterie. Avec l'argent de l'oncle Alphard, décédé, Sirius avait même acheté un nouveau lit, qui ne grinçait pas. Mais la solitude l'insupportait tant qu'il se sentait toujours contraint de fumer. Comme si la fumée comblait un vide. Comme si les bouffées aspirées pouvaient lui faire oublier que sa vie était un fiasco depuis qu'il avait quitté Poudlard…

Il ne parvenait même pas à imaginer son quotidien s'il ne lui restait pas les Maraudeurs et l'Ordre. Ils ramenaient un peu de lueur et constituaient la seule bonne chose de son existence. Sans eux, qu'aurait-il fait ? Il aurait passé ses nuits à faire la fête, lui qui sortait déjà si souvent… James était le seul à être informé de ces folies nocturnes. Généralement, il venait lui rendre visite le lendemain matin ou lui adressait quelques mos par la biais du miroir à double sens, juste histoire de vérifier si son état n'était pas si pitoyable. Et même si à chaque fois, Sirius se levait pour l'accueillir et s'efforçait d'avoir les esprits clairs, James n'était pas dupe et il n'était pas rare qu'il lui fasse la morale. Sirius répondait toujours la même chose : que c'était James lui-même qui lui avait dit de profiter de sa jeunesse.

Et chaque soir, quand il se couchait, il regrettait son comportement et se promettait d'être plus raisonnable, à l'avenir. Promesse qu'il envoyait en l'air à chaque fois que Sherley l'invitait à une soirée, soit pas loin de chaque week-end… Alors, il priait James de le remettre sur le droit chemin la fois suivante, et il remerciait Dieu de lui laisser encore une raison de poursuivre son existence, puis repartait faire la fête, boire, fumer et se laisser aller à toutes ces choses qu'il savait si déplorables mais qu'il aimait pourtant tellement. Se sentir planer un peu plus à chaque bouffée d'il ne savait quelle herbe. Laisser le désir l'emporter quand une jeune moldue sexy dansait près de lui avec un seul but : avoir le privilège de passer quelque bon temps avec ce qu'elles appelaient généralement un canon. Au fond de lui, Sirius était fier d'une telle appellation. Il y avait au moins une chose de réussie, chez lui…

Son métier de serveur dans un bar branché du Londres moldu ne l'aidait pas à recouvrer une vie plus tranquille. Il voyait défiler à longueur de journée des filles aux hormones en ébullition, qui l'abordaient au bar et l'invitaient à leurs soirées sans aucune réserve. Et pour ne pas rester seul chez lui, Sirius avait l'habitude d'accepter…

James, en constatant que son frère de cœur était en pleine dérive, lui avait proposé plusieurs fois de venir chez lui, pourtant. Il y avait bien assez de place au manoir Potter. Et entre ses oncles, tantes et cousins, il y aurait bien quelqu'un qui pourrait le renseigner sur les différentes professions qu'il pouvait exercer avec les notes obtenues à ses ASPICs –qui d'ailleurs étaient excellentes. Mais Sirius n'était plus certain de vouloir quitter ce quotidien. Il avait pris goût à son job, à ses paquets de cigarettes, à ses soirées de débâcle. Même si ses souvenirs d'Æternum Asylus faisaient partie des meilleurs de toute sa vie, il se sentait trop différent du Sirius qu'il était à l'époque pour y retourner et l'apprécier comme avant. Il ne trouverait pas de bureau de tabac, là-bas. Il n'y ferait pas la fête. Il n'y aurait aucune fille à charmer…

-Heps, Sirius, bouge-toi, la table quatre a commandé quatre bières ! s'agaça Sian.

Sian était serveuse, elle aussi. Serveuse et sacrément sexy. Comme lui, elle se faisait régulièrement aborder par des clients. A la seule différence près que elle, elle attirait surtout des pervers…

Sirius saisit quatre verres et les remplit de bière blonde qui moussa. Il alla les apporter à la table concernée mais manqua de faire tomber son plateau lorsqu'il reconnut les personnes qu'il s'apprêtait à servir.

-Salut, Siri chéri ! railla Bellatrix. Ca fait un bail, pas vrai ?

Lucius et Narcissa éclatèrent de rire. Regulus, qui les accompagnait, se contenta d'un sourire qui parut forcé. Sirius les ignora. Il fit comme s'il n'avait pas entendu le « merci » murmuré par son frère. Car malgré sa promesse, il attendait encore le jour où il devrait réaliser qu'il s'était trompé à son sujet. Peut-être était-ce tout simplement parce qu'il ne s'était pas trompé à son sujet…

Avril 1978.

Planet Hell.

Ouvert 7j/7 ; 24/24.

Bienvenue.

Peter ne sut à quoi s'attendre dans un établissement comme celui qui se tenait en face de lui. A vrai dire, à chaque pas qui l'emmenait plus loin dans l'Allée des Embrumes, son esprit s'embrumait, justement. Finalement, il avait peut-être fait une erreur en acceptant de rencontrer sa mère. Surtout en un tel lieu. Et à un telle heure de la nuit… Minuit passé. La rue grouillait de sorciers malodorants, ivres et à moitié fous.

Mais l'adresse qu'elle avait donnée correspondait bien à ce bar mal famé, aussi poussa-t-il la porte, mal assuré, mais déterminé à aller jusqu'au bout de ce pour quoi il était venu. Dans un affreux grincement, la porte s'ouvrit sur un endroit sombre et aussi malodorant que ceux qui le fréquentaient. Des effluves de transpiration, de poudre illégale et de tabac froid vinrent picoter les narines de Peter, qui parcourut la salle du regard. Le bar se situait à gauche : quatre sorcières maquillées et vêtues comme des prostituées s'activaient à laver le comptoir et la vaisselle, faire payer et servir les clients, renseigner les nouveaux arrivants… De toute évidence, en plus des substances illicites, ce bar empestait la débauche et les activités malsaines.

-Tu veux quelque chose, mon mignon ? lança une cinquième sorcière, aussi peu vêtue que ses collègues.

-Euh… Bonsoir, je viens pour… enfin j'avais rendez-vous avec Penny Oxley… bredouilla Peter.

La sorcière haussa les sourcils.

-A ton âge ? Et bien on peut dire que tu ne perds pas de temps… Salle cinq, mais il va falloir attendre un peu, elle a beaucoup de clients, ce soir… Je vais te mener jusqu'à la table d'attente. Tu boiras quelque chose en attendant ?

-Euh… Oui, un verre de jus de citrouille, s'il vous p…

-Du jus de citrouille ? coupa la sorcière, comme outrée. Hey, on n'a pas de ça, ici. Whisky, vodka ?

-Un Whisky pur feu, dans ce cas, dit Peter, dépité.

-Ok, je note, mignon. Suis-moi...

Elle le mena jusqu'à une table ronde où deux sorciers encagoulés discutaient à voix basse en fumant des cigares. Peter prit la chaise la plus éloignée d'eux mais cela ne suffit pas : ils se turent et l'observèrent avec intérêt.

-C'est la première fois que tu viens ici, petit ? interrogea l'un d'eux.

-Oui, répondit Peter, la gorge sèche.

-Qui t'a parlé des bienfaits de la bonne Penny ? demanda l'autre.

Peter détestait déjà cet interrogatoire. Ces hommes, dont seuls les yeux apparaissaient derrière les cagoules, le mettaient trop mal à l'aise. Et s'ils étaient des mangemorts ?

-C'est… euh… balbutia-t-il.

Il s'imaginait mal révéler à deux inconnus que Penny Oxley était sa mère. Surtout si elle aussi travaillait dans ce bar comme… comme catin.

Admettre la dure réalité fut pour lui comme un coup de couteau dans le cœur. Sa mère était définitivement pire, ou égale à son père…

-C'est mon père, finit-il par dire. Mon père.

Les deux hommes hochèrent la tête.

-On le connaît, peut-être ? Comment s'appelle-t-il ?

-Pettigrow.

Les deux hommes échangèrent un regard stupéfait.

-Tu es le fils de Jake Pettigrow ? demanda l'un d'eux, abasourdi. Non ? Tu plaisantes ?

-Non, répondit prudemment Peter. Pourquoi ?

-Parce que ce mec est un minable ! s'exclama l'autre. Il a préféré rester caché dans sa prison moldue plutôt que d'affronter le Seigneur des Ténèbres… Pathétique !

Peter fronça les sourcils.

-Comment ça, plutôt que d'affronter le Seigneur des Ténèbres ? s'enquit-il. Mon père avait des soucis avec Vous-Savez-Qui ?

-Ouais, plutôt. Mais dis-moi, t'es pas au courant de tout ça ?

-Non, avoua Peter.

L'homme secoua la tête d'un air désolé.

-C'est pas cool, de ne pas savoir d'où on vient, compatit-il. Enfin si ça peut te consoler, ton père est un minable, mais ta mère vaut largement le détour. Pas vrai Antonin ?

-Oh que si… assura l'autre. Avec elle, tu payes mais tu ne sors jamais déçu…

Antonin eut un petit rire.

-Elle est l'une des rares petites protégées du Seigneur des Ténèbres. Et quand on a goûté à son corps, on sait pourquoi…

-Vous-Savez-Qui connaît ma mère ?

Peter se sentit pris de nausées.

-Il la connaissait juste comme ça, ou… enfin, c'est allé plus loin ?

Les deux hommes furent amusés par sa détresse.

-Disons, reprit Antonin, qu'il a fait partie de ses premiers clients. Il faut dire qu'elle a commencé très jeune… Elle avait quoi ? Quinze, seize ans ? Puis, le Seigneur des Ténèbres a eu d'autres ambitions et a cessé de fréquenter des endroits comme celui-ci. Mais il a tout de même gardé un très bon souvenir de la petite Penny.

-Ouais… Mais au fond, qui pourrait en garder un mauvais souvenir ? Si même a son âge, elle nous enflamme, je n'ose pas imaginer ce qu'elle devait dégager quand elle était ado…

-Attends, Walden, elle n'est pas si vieille que ça ! protesta le dénommé Antonin. Elle doit avoir quoi… Un peu plus de quarante ans ?

-Vous semblez la connaître plutôt bien, nota Peter.

-Ouais, plus que des clients, on est aussi des amis, pour elle, répondit Walden.

-Est-ce que… est-ce qu'on pourrait se retrouver quelque part pour discuter d'elle ? demanda Peter en priant les cieux de ne pas avoir commis la plus grosse erreur de sa vie.

Il n'avait plus tellement envie de rencontre sa mère. Surtout pas dans ce bar, et encore moins pendant ses heures de travail… Et quel travail… Il ne se sentait pas assez fort pour soutenir le regard qu'elle poserait sur lui, ni pour pouvoir bavarder avec elle sans penser chaque seconde à ce qu'elle avait fait juste avant avec un tel ou un tel.

-Pour ne restes-tu pas quelques temps avec nous, le temps qu'elle arrive ? interrogea Antonin. Tu pourrais lui poser toutes es questions que tu voudrais !

-J'étais venu dans l'espoir de parler avec ma mère, répliqua Peter, pas pour parler avec une pute.

Les deux haussèrent les épaules.

-Ca peut se comprendre, admit Walden. Bon, disons…

-Hey, mec, regarde qui vient par là ! s'exclama soudain Antonin en montrant du doigt un homme corpulent qui venait de rentrer dans l'établissement. Johan Devon ! Hey, Johan ! appela-t-il. Tu viens boire un verre avec nous ? Le petit va s'en aller !

-Ouais, donc si tu veux, on peut se voir, dit Walden, mais on va sûrement être assez occupés dans les jours à venir, alors je t'envoie un hibou pour te dire, ok ? C'est quoi ton nom ?

-Peter Pettigrow.

-Ok, mon hibou te trouvera.

-Merci.

-Pas de quoi, petit !

Peter se leva et dirigea ses pas vers la sortie. Il croisa l'homme dont parlait Antonin, Johan Devon. Peter le reconnut comme étant l'un des membres les plus appréciés du Magenmagot.

Mai 1978.

Les Potter furent de nouveau la cible favorite des médias. A partir du jour où les journaux publièrent en scoop que selon Bruce Potter, Johan Devon fréquentait l'un des bars les plus malfamés d'Angleterre, Æternum Asylus accueillit une déferlante de Beuglantes et ses habitants regrettèrent rapidement que le sortilège de Fidelitas ne s'applique pas aux animaux. Le Magenmagot entier se sentit insulté par cette révélation qu'il fit passer pour une diffamation, et l'incident prit une ampleur démesurée au sein du Ministère.

L'ambiance au manoir devint si tendue que chaque bruit trop important, chaque retard ou chaque remarque désagréable entraînait une vague de protestations parfois si violentes qu'il fallait attendre une demi-heure avant de retrouver un peu de calme.

Lily se sentait de trop dans cette famille qui commençait à se déchirer et aurait préféré rentrer chez elle, mais elle avait conscience que James avait encore besoin d'elle pour supporter la situation. Il parlait déjà d'appartement à Londres où tout serait plus simple, où les disputes n'écorcheraient pas ses oreilles. Lily ignorait s'il était sérieux ou pas. L'ambiance était tellement tendue qu'il devait avoir du mal à tout gérer, c'était certain. Et venaient s'ajouter à cela l'approche de ses examens, les folies de Sirius…

Lorsqu'à la fin du mois, on annonça à Bruce que les Potter ne pourraient plus exercer aucune profession au Ministère de la Magie, ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase : le plus âgé des oncles de James déploya sa colère contre les aurors les plus hauts placés, les accusant sans doute non sans raison d'avoir été complètement corrompus par la Magenmagot, puis leur fit remarquer que du temps où Williams dirigeait leur service, la communauté magique ne se plaignait de toutes ces affaires d'Etat et de toutes ces disputes poussées par le désir excessif de franchir les échelons. Les personnes qui se sentirent visées ne restèrent pas sans rien faire et Freeman en personne fut mis sur le coup. Même si le ministre ne reprochait rien aux Potter, il fut contraint de prendre des décisions afin d'apaiser le conflit, et ne désirant pas se mettre à dos les plus grands aurors de son Ministère, le parti qu'il pris n'étonna personne. Pour cause de scandale envers l'Etat, les Potter impliqués eurent d'autres amendes à payer et on leur retira le droit de mettre les pieds au Ministère. La réaction de la société vint aggraver le bilan final. Bruce, Joshua, Matthew, John et Christopher, les oncles de James, avaient tous perdu leur travail et le peu d'estime que les gens avaient encore pour eux.

Plus rien n'alla, au manoir. Les Potter concernés ne purent sortir de chez eux sans croiser un sorcier leur manquant de respect. Pour Bruce, s'en fut trop : lorsqu'il reçut une Beuglante le traitant de raté jaloux de la réussite d'autrui, il monta faire sa valise et repartit à Chicago. La crise n'en fut que plus grande encore : deux groupes se formèrent. Il y eut d'un côté ceux qui soutenaient Bruce et hésitaient à en faire de même, et ceux qui lui reprochaient de ne pas assumer ses actes et ses responsabilités au sein de l'Ordre. Finalement, Jane rejoignit son mari à Chicago. Joshua, las de ce pays qui lui apportait tant de soucis, repartit chez lui avec Naomi et Anthony et ne se gêna pas pour crier haut et fort qu'il n'aurait jamais dû venir, car s'il était resté en Amérique, sa femme et ses deux plus jeunes enfants seraient toujours en vie. Peter, Whitney et leur tout jeune fils préférèrent en faire de même et quittèrent le manoir à leur tour.

Dumbledore avait dû se mêler à l'affaire et avait réussi à ramener le calme. Il avait ensuite filé en direction des Etats-Unis et avait fait revenir tout le monde. Mais James, lui, avait pris sa décision.

-Ecoute, Lilou, je n'en peux plus de cette situation, avait-il finit par avouer. Je veux qu'on s'en aille, toux les deux… Où tu veux, dans une maison, un appartement ou à l'hôtel, mais je ne veux pas rester…

Juin 1978.

-Excusez-moi, je viens parce que j'ai vu sur la porte que vous recherchiez quelqu'un pour remplacer un décès au bureau des usages abusifs de la magie… déclara poliment Remus.

-Oui, asseyez-vous, dit gentiment la jeune femme qui s'occupait des recrutements.

Remus vit sur sa tenue qu'elle s'appelait Molly. Ses yeux verts parcoururent rapidement son CV et elle sembla satisfaite –elle ne montra en tout cas aucun signe de déception.

-Ma foi, vous avez un bon bulletin scolaire, avec de très bonnes notes dans les matières principales, commenta-t-elle. Niveau diplôme, vous avez ce qu'il faut…

Remus ne comptait plus toutes les fois où on lui disait cela lors d'un entretien d'embauche. Ses résultats scolaires n'étaient généralement pas ce qui lui posait problème.

-Vous avez bien peu d'expérience, en revanche… constata la sorcière. Est-ce un manque de motivation ou… ?

Elle leva vers lui ses grands yeux maquillés. Très joli regard…

-Euh… Non, à vrai dire… enfin… bredouilla-t-il. Je… J'ai eu des problèmes familiaux et des problèmes de santé, inventa-t-il. C'est pour cela que… que…

-Je vois, dit gentiment la jeune femme. Maintenant, pouvez-vous me parler un peu de vous ? Pourquoi pensez-vous correspondre mieux que les autres pour ce poste ?

Remus fit mine de réfléchir quelques secondes, mais connaissait par cœur les raisons qui pouvaient faire de lui un très bon employé. Il avait enchaîné tellement d'entretiens d'embauche en si peu de temps…

-Je n'ai pas peur du travail, pour commencer, déclara-t-il. Les heures supplémentaires, même non payées, ne seront pas un problème pour moi. J'ai été préfet à Poudlard, comme vous le constatez : je suis plutôt respectueux des règlements, ce qui, pour travailler au services des usages abusifs, est sans doute préférable. Et puis je vis seul, alors je serai certainement disponible à n'importe quelle heure de la nuit…

La sorcière hocha la tête et parut songeuse.

-Vous auriez le profil, admit-elle. Nous allons étudier un peu plus en détail votre cas et nous vous enverrons la réponse par hibou d'ici la fin de la semaine.

-Je vous remercie, dit Remus en lui serrant la main.

-Je vous en prie.

Quelques jours plus tard, Remus reçut une réponse négative avec un document joint : le rapport de Ste-Mangouste sur cette nuit où on l'avait retrouvé couvert de sang dans une forêt sombre…

Eté 1978.

Là se tenait donc la fameuse grotte… Regulus avait encore du mal à y croire. Cela faisait un an qu'il se tuait à trouver son emplacement et désormais, il pouvait l'observer s'il se plaçait au bord de cette falaise si abrupte. Lyudmila avait vraiment fait du bon travail… Si elle avait survécu, elle aurait pu le mener loin. Ils auraient découvert un à un les Horcruxes de Voldemort et leurs cachettes. Ils seraient devenus des héros…

Le plus difficile restait certainement à faire. Ce que Voldemort avait enfermé dans cette caverne était sans doute pire que tout. Il ne pourrait s'y aventurer seul. Tout comme il ne pouvait en parler à personne… Hormis peut-être à Lily Evans. Elle était au courant des projets de Voldemort. James Potter l'était certainement aussi. Réunis, ils pourraient faire une belle équipe… James savait qu'on pouvait lui faire confiance. Restait à convaincre Evans… et à convaincre James de prendre Evans avec eux. Il trouverait certainement cela trop dangereux pour qu'elle s'y mêle…

Demander de l'aide à Sirius aurait aussi pu être une bonne solution. S'il avait accepté de croire en son honnêteté, bien entendu… La dernière fois qu'ils s'étaient vus, au bar, un soir où il avait réussi à quitter Poudlard, Sirius n'avait pas compris ce qu'il avait voulu lui dire. Il n'avait pas réagi face à ses efforts pour paraître sympathique. Il n'avait tout simplement pas voulu voir ces efforts. Il refusait de penser qu'il se trompait. Mais il verrait… Les rôles étaient en train de s'inverser. Sirius devenait le moins responsable, celui qui faisait toutes les bêtises, celui qui n'avait plus de but réel dans sa vie, et lui, Regulus, devenait celui qui avait trouvé une raison de lutter et qui n'abandonnerait pas avant d'avoir atteint son but. Et même s'il rejoindrait Voldemort, il serait celui qui s'opposerait à lui le plus efficacement, sans même passer par l'Ordre du Phénix…

Quand Sirius réaliserait tout cela, il serait sauvé. Il se remettrait en question et arrêterait de se détruire à coups de bouffées de cigarettes et de verres d'alcool. Ils seraient deux frères unis. C'était tout ce que Regulus désirait…

Septembre 1978.

Les Harpies de Holyhead. Gwenog avait encore du mal à le croire. Le premier match de la saison aurait lieu fin novembre. Elle serait titulaire. Elle, attrapeuse des Harpies à tout juste vingt ans…

C'était un parcours assez incroyable. Les autres mettaient d'habitude plusieurs années avant de sortir de leur trou. Elle, elle avait franchi toutes les étapes les unes après les autres et dans un temps record. Le club local. Qui l'envoyait jusqu'à l'équipe loisir des Harpies. Qui la faisait passer jusqu'à l'équipe espoir en plein milieu de la saison dernière. Qui lui faisait remporter son premier titre officiel. Et qui la menait tout droit jusqu'à l'équipe du championnat international… A quand la sélection en équipe d'Angleterre ?

Gwenog avait conscience qu'elle s'emballait sans doute un peu vite. Les Harpies étaient de très bonnes joueuses mais n'avaient encore jamais gagné le championnat. Elles avaient toutes de gros progrès à faire, et la liste des excellents attrapeurs anglais était longue. Mais son entraîneur lui avait promis qu'elle irait loin dans le Quidditch. C'était son rêve qui se réalisait enfin…

Une de ses pensées s'envola vers James, qui devait être en train de profiter de ses dernières semaines de vacances. Le mois prochain, les choses sérieuses recommenceraient et il entrerait en seconde année de formation au métier d'auror, avec Alice et Franck. Ils avaient tous eu d'excellentes notes à leurs examens. James avait littéralement explosé les scores, comme toujours. C'était mieux pour lui : il était fait pour ce métier. Mais le Quidditch devait certainement lui manquer terriblement. Lui aussi, aurait pu aller loin. Certainement aussi loin qu'elle, peut-être même plus loin encore. Si le sort n'en avait pas décidé autrement, peut-être auraient-ils fini par jouer l'un contre l'autre en championnat, et ensemble, quelques années plus tard, en équipe nationale…

Il avait trouvé une autre voie, grâce à Dieu. Gwenog en était heureuse. De toute manière, James continuait à être un grand sportif, à sa façon : être auror était très physique. Il avait toujours eu besoin de bouger pour se sentir bien dans son corps. Ce n'était pas étonnant qu'il réussisse si bien dans ce domaine là. Le Quidditch avait développé ses réflexes et sa précision. De toute évidence, il ne manquait jamais sa cible lorsqu'il jetait un sort. De même, personne ne devait réussir à l'atteindre… Il ferait un excellent auror, au moins aussi bon que son père l'avait été. Et lui aussi, irait loin, finalement. Lily avait bien choisi…

Elle lui avait annoncé qu'ils allaient s'installer ensemble avant la fin de l'année, dans une petite maison située à Godric's Hollow, un village principalement composé de moldus retraités. Lily paraissait heureuse, à ses côtés. C'était tant mieux. Gwenog avait fini par accepter la situation : James n'était pas amoureux d'elle. Pour lui, elle n'était qu'une très bonne amie qui avait partagé le même rêve que lui. La femme qu'il aimait était Lily. Et pourtant, Gwenog se serait bien vue emménager dans un petit village de moldus. Gwenog Potter, cela aurait bien sonné… Ils auraient formé un couple explosif, elle, championne de Quidditch et lui, grand auror renommé…

Le couple aurait été trop explosif, sans doute. Ils auraient fini par divorcer, ne se supportant plus. Leurs enfants auraient mal tourné, car ils n'auraient pas eu cette stabilité nécessaire aux gaminspour bien grandir. Tout n'aurait été qu'un fiasco… Tandis qu'avec Lily, tout s'équilibrait : le respect des règles avec le Maraudeur. Le sportif avec l'intellectuelle. Le côté sorcier avec le côté moldu. Les grands principes avec la simplicité. Ils faisaient un beau couple… Pas étonnant que bientôt, cela ferait deux ans qu'ils étaient ensemble. Comme quoi, il existait vraiment des gens qui étaient faits l'un pour l'autre…

Octobre 1978.

La lettre venait d'Antonin. Il voulait le revoir encore une fois chez Walden, dans un quartier mal famé de Plymouth. Peter ne comprenait pas. Ils s'étaient tout dit. Sa mère était tombée amoureuse de son père, était tombée enceinte de lui, avait cru pouvoir fonder une famille à ses côtés, s'était trompée, avait été morte de jalousie en apprenant qu'il avait une maîtresse nommée Elena Patroski et lui avait fait boire du polynectar. Elle avait pris son apparence, était rentrée, paniquée, chez Jake, qui avait refusé de croire qu'elle était bien Elena, avait été frappée à mort. Penny avait repris son travail et avait vécu jusque là sans aucun remord. Voldemort, pour lui rendre service, avait tué Jake lorsqu'il avait appris son évasion. Fin de l'histoire. Il n'y avait rien à ajouter.

Peter avait réussi à passer au-dessus de ça. Même s'il était né de deux personnes des plus abjectes au monde, il était devenu Peter Pettigrow et n'avait rien en commun avec ses parents, hormis quelques traits de son visage. Il avait tenté d'oublier d'où il venait, n'avait pas réussi, mais avait continué à vivre avec ce lourd secret. Il n'avait plus jamais revu Walden, ni Antonin.

Certains de leurs amis désiraient le rencontrer, selon les dires de celui-ci. S'il venait, il ne le regretterait pas. Peter ne savait pas que croire… Il préférait nettement rester loin de ces personnes de mauvaise fréquentation. Il ignorait toujours s'ils étaient mangemorts ou non et n'avait pas envie de prendre le risque de se retrouver dans les mailles du filet de Voldemort. Mais en même temps, il découvrait à chaque fois des choses très intéressantes pour l'Ordre. Des lieux généralement fréquentés par les mangemorts, la récente admission de Servilo en leur sein… D'ailleurs, Peter n'était pas dupe : si Walden et Antonin savaient tant de choses sur les partisans de Voldemort, la raison ne devait pas être bien compliquée…

Restait à savoir ce qu'il désirait vraiment. Prendre des risques et être utile, ou rester cloîtré chez lui et ne servir à rien. Le Choixpeau avait-il bien fait de l'emmener à Gryffondor ?

Il avait fini par accepter l'invitation et s'était rendu à Plymouth. Il avait frappé à la porte et Walden était venu lui ouvrir. Son accueil avait été plutôt chaleureux : il semblait penser que si Peter était venu, c'était parce qu'ils étaient désormais amis. Il lui avait fait prendre place autour de la table ronde du sombre salon, lui avait servi un Whisky Pur Feu et s'était mis à discuter avec lui, l'air de rien.

-Toujours célibataire, petit ?

Comme la vie amoureuse de Peter était plutôt réduite, il avait rapidement dû trouver un autre sujet de conversation.

-Et les potes, comment ils vont ? Tu connais bien le fils Potter, nan ? Et le fils aîné d'Alicia, Sirius…

Il avait dit cela avec un certain mépris qui déplut à Peter, mais le jeune homme n'osa pas protester. Il se contenta d'assurer qu'ils allaient tous bien et que James allait emménager avec Lily à la fois du mois. Cela amusa Walden.

Puis les autres arrivèrent. Antonin, tout d'abord, puis un autre, plutôt âgé, que Peter ne connaissait pas, et enfin, à sa grande surprise, Severus Rogue. Tous s'assirent à la même table, et tous se firent servir un verre d'alcool fort.

-Alors comme ça, tu es le fils de Penny Oxley ? demanda rapidement l'homme que Peter ne connaissait pas.

Il parlait sans aucune politesse, comme s'il avait le sentiment d'être chez lui partout et d'avoir tous les droits. Devant une telle assurance, Peter préféra garder une attitude respectueuse. L'homme avait peut-être le soutien de Voldemort en personne…

-Oh, Avery, tu aurais pu retenir un peu ta langue, reprocha Walden. Tu viens à peine d'arriver…

-Depuis le temps tu devrais savoir que je n'aime pas tourner autour du pot, grogna Avery. Le Maître veut une réponse claire et précise sur le garçon.

Peter ne put retenir une exclamation d'effroi. Avery… Dumbledore et les autres en parlaient souvent, pendant les réunions de l'Ordre. Avery était l'un des plus fidèles mangemorts de Voldemort…

La panique fit son apparition dans ses veines. En quelques secondes, elle avait tout envahi. Peter ne sut plus que faire, ni que dire. Il vit Rogue sourire méchamment.

-Alors, Pettigrow, ta mère s'appelle Penny Oxley ou pas ? lança-t-il de son éternelle voix désagréable.

Tous les regards se tournèrent vers Peter, qui ne put qu'hocher la tête d'un air niais.

-Dans ce cas, le Maître aimerait te voir, déclara Avery. Suis-moi.

Il se leva mais Peter refusa de bouger.

-Oh, tu m'as entendu ? gronda Avery. Tu me suis et tu ne fais pas d'histoire !

Voyant qu'il ne bougeait toujours pas, Antonin et Walber empoignèrent chacun l'un de ses bras et le mirent sur pieds.

Peter n'aurait su raconter avec précision ce qui se passa pour lui ensuite. Ils le firent tranplaner jusqu'à un cimetière en bien mauvais état, au pied d'une colline qui se dessinait sous l'éclat vif de la pleine lune. Quelqu'un claqua dans ses mains et les siennes furent attachées dans son dos avant qu'il ne réagisse. Il attendit, attendit encore, puis une silhouette se détacha de la pénombre. Peter ne sut comment cela était possible, puisque la lune éclairait tout le cimetière. Il ne chercha pas à comprendre.

-Bonsoir, Peter… le salua une voix aiguë qui lui fit froid dans le dos.

Il pensa tut d'abord que l'Ankou venait le chercher, puis réalisa que l'homme ne possédait ni faux ni charrette. Il comprit alors qu'il s'agissait tout bonnement de Lord Voldemort.

-B… B… Bonsoir… bredouilla Peter, mort de peur.

-Vous pouvez nous laisser, dit Voldemort à ses hommes.

Tous obéirent dans la minute. Peter se demanda s'il ne rêvait quand il se retrouva seul avec lui.

-Alors comme ça, tu es le fils de Penny ? interrogea le mage noir.

Peter fit oui de la tête et recula d'un pas. Voldemort rejeta en arrière sa capuche et dévoila son visage. Tout simplement inhumain et terrifiant. Peter se demanda comment il tenait encore debout tant ses jambes tremblaient. C'était là qu'il réalisait la différence entre lui et James. James était fort. Lui, il était faible…

-Je serais flatté d'avoir à mes côtés le fils de cette chère Penny, tu sais… Le jeune Severus Rogue m'a avoué avoir déjà tenté de te mener jusqu'à moi. Pourquoi avoir refusé ?

-Je ne veux pas trahir les miens, parvint à articuler Peter. Et je n'adhère pas à vos idées…

Voldemort parut déçu.

-Peter, réfléchis… Tu peux me rejoindre sans trahir tes amis ! Je ne cherche pas à t'empêcher de les aimer…

-Vous me demanderez de vous livrer James…

Le mage noir eut un petit rire qui pourtant fut terrifiant.

-Si j'avais voulu le tuer, il serait mort depuis bien longtemps… murmura-t-il. Non, je te propose de me rejoindre car je crois que cela serait pour toi le meilleur mode de vie… Tu serais en sécurité auprès de moi… Je pense réellement que je te rendrais service en te prenant à mes côtés… Regarde tous ces gens qui meurent parce qu'ils se sont opposés à ma puissance… Regarde l'Ordre du Phénix qui piétine là où je cours ! Penses-tu avoir un avenir, parmi tous ces sorciers qui croient encore que c'est en restant honnête que l'on triomphe ?

Peter ne répondit rien.

-Je sais plus de choses sur toi que ce que tu penses, petit. Je sais qu'au fond de toi, tu rêves de gloire. Mais ton ambition est freinée par tes doutes. Auprès de moi, tu ne douteras plus. Je t'apporterai la gloire et la réussite. Tu n'auras plus peur…

-Pourquoi est-ce que vous me voulez-moi ? bredouilla Peter. Je ne suis pas un bon élément pour vous… Je ne sais pas me battre, je…

-Tu es au contraire un parfait élément ! Si proche de Dumbledore, si proche de l'Ordre du Phénix… Tu serais certainement l'un de mes plus utiles serviteurs ! Et crois-moi quand je te dis que Lord Voldemort n'est pas un ingrat avec ceux qui le satisfont… Réfléchis… Toi, le fils de Penny Oxley et de Jake Pettigrow… Dumbledore le sait-il ?

Peter avoua qu'il l'ignorait.

-Les médias le savent-ils ? murmura Voldemort en lui adressant un regard profond.

Il avait vu juste. Le jour où la Gazette découvrirait que Dumbledore et les Potter fréquentaient quelqu'un comme lui, il en résulterait un nouveau scandale. Et que diraient les Maraudeurs s'ils découvraient d'où il venait ? S'ils découvraient qu'il leur avait caché tout cela ?

-Macnair et Dolohov sont des habitués du Planet Hell, reprit Voldemort. Et quand leurs esprits échauffés par l'alcool partent dans leurs délires, on ne peut plus les arrêter. Moi, j'ai le pouvoir de les faire tenir leur langue…

Peter eut envie de pleurer. Que devait-il faire ? Trahir ses engagements envers l'Ordre et les Maraudeurs et vivre enfin, vivre la vie qu'il avait toujours rêvée : lui, dans le camp des vainqueurs, puissant, riche et en sécurité… Ou demeurer loyal comme il l'avait promis au risque de se faire tuer quelques mois plus tard… S'il refusait, Voldemort le retrouverait et lui ferait payer son inconscience.

Je jure solennellement que ma vie n'a un sens que depuis que les Maraudeurs sont entrés dans ma vie. Tout comme Peter rime avec Maraudeurs, je ferai tout mon possible pour que destinée rime avec loyauté. Un jour et pour toujours, une nuit et pour la vie.

James, Sirius et Remus lui avaient tendu la main. Ils étaient devenus ses vrais amis, ceux sur qui il avait toujours pu compter. Il était devenu quelqu'un grâce à eux. Il avait trouvé un sens à sa vie grâce à eux. Il avait cessé de se sentir inutile grâce à eux…

De l'autre côté, il avait aidé un criminel à s'échapper de prison. Il avait fréquenté deux mangemorts. Il était le fils d'une prostituée appréciée du Seigneur des Ténèbres lui-même. Comment pouvait-il encore oser feindre son innocence lorsqu'il se retrouvait autour d'une table à boire un verre avec James, Sirius et Peter ? Il leur mentait depuis des années. Depuis des années, tout n'était que mensonge dans ce qui aurait dû être sincérité et confiance. Leur amitié avait-elle encore un sens ? Sirius, barman moldu, se laissait glisser doucement au long de la pente, Remus s'enfonçait dans la pauvreté et continuait d'avancer tout droit dans les impasses, et James allait s'installer avec Lily. Ils fonderaient leur petite famille parfaite et oublieraient le petit Peter…

-Peter, Peter… Désires-tu finir ta vie comme caissier dans ton petit magasins d'herbes ? Ne vois-tu pas plus grand ? Ne vises-tu pas plus haut ? Tes proches ne te permettent pas d'assouvir tes désirs. Tourne-toi vers quelqu'un d'autre…

-De toute manière, vous ne me laissez pas vraiment le choix, n'est-ce pas ?

-Si tu étais quelqu'un d'autre, tu n'aurais pas eu le choix. Mais je respecte le fils de Penny…

Peter ne sut s'il s'agissait d'un mensonge ou pas, mais dut se rendre à l'évidence : il avait beaucoup plus à gagner en rejoignait Voldemort qu'en restant du côté de Dumbledore. Il n'y avait qu'à compter les meurtres des derniers mois. Qu'à classer toutes les attaques contre le Ministère ou ses représentants. Les mangemorts étaient au moins vingt fois plus nombreux que les membres de l'Ordre…

-Si j'accepte, que devrais-je faire ? s'enquit Peter. Vous livrer des gens ?

-Des informations suffiront, assura Voldemort. Au compte-gouttes, tout d'abord, pour n'attirer aucun soupçon. Puis de plus en plus régulièrement.

Peter hocha la tête.

-Je… Je vais réfléchir, promit-il.

Voldemort parut satisfait. Il claqua dans ses mains et les liens de Peter disparurent.

-Tu reviendras bientôt vers moi, tu verras, lança-t-il. Quand tu auras pris ta décision, va juste rendre visite à Macnair…

-Walden ?

Voldemort acquiesça. A sa grande stupéfaction, Peter put s'en aller sans qu'il le retienne.

Novembre 1978.

Ce fut un Klaus plus qu'agité qui réveilla James et Lily ce matin-là. Il apportait des nouvelles d'Æternum Asylus. Des mauvaises nouvelles. Bruce s'était rendu en fin de soirée au Planet Hell, Allée des Embrumes, dans le but de prendre Johan Devon sur le fait. Christopher, pour ne pas le laisser y aller seul au cas où surviendrait un pépin, l'avait accompagné. Aucun d'eux n'était revenu. Et même si d'après Maugrey Fol Œil, aucun corps n'avait été retrouvé, leur meurtre ne faisait aucun doute : les Potter avaient eu l'horreur de recevoir au petit-déjeuner un paquet anonyme contenant deux mains gauches nettement séparées du reste de leur corps. Sur l'une d'elle se trouvait toujours la chevalière de Bruce, sur l'autre la gourmette de Christopher.

L'Ordre du Phénix se réunit aussitôt, le soir même. Tous étaient très affectés par cet acte de barbarie, si bien qu'on décida qu'il était largement temps d'agir. On convoqua Freeman au manoir. Ayant reçu par hibou l'adresse exacte d'Æternum Asylus, il arriva quelques dizaines de minutes plus tard, après s'être débarrassé de Devon, qui s'attardait de plus en plus souvent dans son bureau. On lui montra les mains, il en fut profondément choqué. Il voulut bien croire que Devon n'était pas si honnête qu'il voulait le laisser paraître et promit qu'il ordonnerait dès le lendemain son renvoi sans justificatif. En revanche, quand on le pria d'autoriser Williams à revenir, il refusa catégoriquement, profondément navré mais sûr de lui. Il estimait en avoir déjà fait beaucoup pour lui en lui permettant de rester libre.

Le lendemain, donc, la nouvelle fut officielle : Johan Devon ne faisait plus partie du Magenmagot. Lily, qui poursuivait ses études afin d'en devenir membre, l'entendit hurler sa colère auprès de ses collègues, les accusant de l'avoir poignardé dans son dos pour pouvoir s'élever plus facilement jusqu'au sommet. Elle l'entendit aussi proférer des menaces envers les Potter, qui « le lui paieraient très cher ». Elle avertit aussitôt les principaux concernés qui décidèrent de prendre les choses en main : ils donnèrent rendez-vous à Devon dans un salon privé du Chaudron Baveur afin de calmer le jeu.

Ainsi, Joshua, Marc et Katrina se rendirent à Londres à l'heure prévue. Ils auraient sans doute dû rester chez eux, car Devon se révéla être un fidèle partisan de Voldemort : les mangemorts attaquèrent le pub en plein jour. Le bilan fut désastreux. Marc fut pris dans un éboulement et succomba deux jours plus tard de ses blessures. A tout juste vingt-huit ans, il vint s'ajouter à la liste des soixante-douze morts.

James eut du mal à faire face à cette nouvelle perte. Si sa famille avait été épargnée jusqu'alors, elle se décimait peu à peu depuis que la tournure des évènements allait en faveur de Voldemort. Mais son chagrin eut au moins l'avantage de ramener Sirius à la réalité : profondément marqué par la chute de moral de son meilleur ami, il démissionna et vida dans l'évier les bouteilles qu'il avait déjà achetées pour sa prochaine soirée. Et son attention, même si elle n'avait pas le pouvoir de ramener les êtres chers à son cœur, redonnèrent à James assez de courage et de détermination pour se remettre de ces décès. Il demeura cependant dépité chaque fois que ses yeux se posaient sur Clara et son petit frère. Le petit bout grandirait et n'aurait même pas le souvenir de qui était son père, mort beaucoup trop jeune.

Suite à ce drame familial, la tension retomba au manoir, remplacée par le poids des remords. Katleen, la jeune compagne de Marc, fit définitivement ses valises et repartit aux Etats-Unis dans la semaine qui suivit l'enterrement. Jane, qui avait perdu en très peu de temps son mari et son fils, la suivit jusqu'à Chicago. Leur départ apporta de nouveaux doutes à Æternum Asylus. Les jeunes parents se demandèrent s'ils ne feraient pas mieux de suivre leur exemple pour protéger leur famille. Mais Peter et Tom décidèrent de rester pour honorer leur place au sein de l'Ordre du Phénix. Les séparations furent dures : Lara et Whitney ne voulaient pas laisser derrière elles le père de leurs enfants respectifs. Elles durent néanmoins s'y résoudre et le manoir sembla plus vide encore. James ne regretta pas de s'en être allé. Cela devait faire drôle de voir les chambres inoccupées. Et trop de souvenirs douloureux ressurgiraient…

Décembre 1978.

Cela aller bientôt faire deux ans qu'ils filaient le parfait amour. James n'avait jamais été déçu par Lily. Tout comme leur histoire, elle était simplement parfaite… Douce et gentille, belle et drôle… La femme de ses rêves, comme il l'avait toujours su. Aucune autre ne pourrait jamais l'égaler. Et James ne s'était jamais senti aussi amoureux…

Leur maison à Godric's Hollow était exactement ce dont ils avaient besoin : chaleureuse, pas trop grande mais assez pour accueillir une troisième personne lorsque le destin aurait décidé qu'il était temps pour eux de fonder une famille, dans un petit quartier tranquille mais pas retiré, habité par des moldus au contact facile et agréable mais pas assez curieux pour découvrir qu'ils étaient deux sorciers. Ils y seraient bien. S'y sentaient déjà bien.

James avait fini par rencontrer Mr et Mrs Evans, ainsi que Pétunia et son fiancé Vernon. Les parents de Lily avaient été adorables et James les avait déjà inscrits dans sa vie, mais il était difficile d'en dire autant de Pétunia et Vernon. De toute la soirée, aucun n'avait laissé se dessiner sur leurs lèvres le moindre sourire. Ils s'étaient contentés de répondre aux questions qu'on leur posait sans vraiment prendre la peine de paraître polis. Ils étaient même partis avant la fin du repas, Pétunia prétextant se sentir mal. Lily s'était confondue d'excuses auprès de James, qui lui avait assuré que cela n'avait pas d'importance. La discussion avait repris avec Mr et Mrs Evans qui ne manquèrent pas de faire remarquer à leur fille que quelques années plus tôt, elle leur avait présenté son compagnon comme un jeune arrogant et pourri gâté. James avait ri.

Le réveillon de Noël avait eu lieu au manoir, et avaient été invités tous les amis proches des Potter. Peter, malheureusement, n'avait pas pu venir. La soirée fut réussie : chacun oublia ses soucis pour l'occasion et tout le monde passa de très agréables moments.

-C'est ce qu'on appelle la magie de Noël, avait dit Kitty, l'une des seules tantes de James à être restée en Angleterre.

James et Sirius ne purent la contredire : tous deux rirent ensemble comme ils n'avaient pas ri depuis très longtemps. James eut vraiment le sentiment d'avoir retrouvé Patmol. Celui-ci n'avait plus participé à aucune fête moldue depuis le mois précédent et avait l'intention de déménager pour s'éloigner de sa voisine Sherley, qui continuait de le harceler pour qu'il l'accompagne en boîte de nuit ou chez telle ou telle personne peu fréquentable. Sirius avait bien l'intention de profiter de l'argent hérité de son oncle Alphard pour reprendre un rythme de vie normal.

Ils avaient fêté le Nouvel An avec les mêmes personnes, mais s'étaient tous donné rendez-vous à New York chez Williams, où les autres Potter devaient les rejoindre. L'ex-auror avait trouvé du travail au service magique du FBI et n'en crut pas ses oreilles quand son fils lui annonça qu'il allait demander Lily en mariage. Il le supplia de célébrer l'heureux événement aux Etats-Unis afin qu'il puisse lui aussi y assister. James avait avoué qu'il ferait ce qu'il pourrait.

Puis, ce fut l'heure du compte à rebours. Quand minuit sonna, chacun étreignit les autres en lui souhaitant ses vœux de bonheur, mais si personne n'osa le dire à voix haute, James sut que tout le monde pria intérieurement pour que l'année 1979 soit plus belle que la désastreuse année 1978.


Je ne m'attarde pas à commenter ce chapitre, les autres vont suivre... Mais merci à Ombeline d'avoir sacrifié sa nuit pour partir à la chasse aux fautes!!