Disclaimer : Comme tout le monde le sait, « Harry Potter » et ses personnages appartiennent à JK Rowling (merci à elle de nous les prêter). Cette histoire, par contre, est à moi.

Merci à tous ceux qui m'ont laissé un petit mot sur le précédent chapitre:
Cididy, Zeugma, Petite-Licorne-Arc-en-Ciel, Emilie09, Constancelcd, icatelyn, Lupinette, Juliana, Math'L, Lia9749, Daidaiiro, Crazyfuriousgirl, DinaChhaya TalaNokomis, SlythenclOw, Alex, Steph Rogue, Emma, darkcorbeau, et Fanny

A tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte, et à tous les lecteurs anonymes, merci à vous aussi… mais pensez qu'une petite review, en plus, serait énormément appréciée, à la fois par l'auteur… et par sa muse ! )

Désolée pour l'attente… quand les emm*** commencent à pleuvoir, on ne sait jamais quand elles vont s'arrêter. Je profite d'une accalmie dans cette période perturbée pour vous poster un nouveau chapitre.

Enjoy &… Review !


L'esprit du mal

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Il baissa les yeux vers ses mains, où des veines bleuâtres courraient sous une peau d'une blancheur maladive, aussi fine et froissée que du papier de soie. « Presque transparente », se dit-il en se penchant en avant, pour tendre ses doigts pâles vers les flammes, jusqu'à les effleurer.

Il avait froid.

Plus le temps passait, et plus il avait froid. Même au plein cœur de l'été, ou, comme ce soir, au plus près d'une cheminée ronflante. Un froid qui prenait sa source au plus profond de lui, et irradiait dans tout son corps. Cela avait commencé bien des années plus tôt. A vrai dire, même avant que le gel intérieur ne s'empare de lui, il ne se souvenait pas, si ce n'est au cœur de l'été, avoir réellement eu chaud un jour. A l'orphelinat, seules les pièces à vivre étaient chauffées, si l'on pouvait appeler ainsi la timide tiédeur dispensée par l'unique poêle à charbon disposé au fond de chaque pièce, et qui ne profitait guère qu'à ceux qui avaient la chance de pouvoir être assis assez près de lui. Physiquement, il n'était pas de taille à lutter contre les plus grands, qui se disputaient les places en question, et il ne contrôlait pas encore assez sa magie pour exercer des représailles à la hauteur. Lorsque Dumbledore était venu l'arracher à cet environnement pour l'emmener à Poudlard, les choses s'étaient grandement améliorées, bien entendu, bien que les locaux alloués à Serpentard ne soient jamais vraiment réchauffés, même par les immenses cheminées qui peinaient à compenser l'humidité glaçante venue du lac sous lequel ils étaient creusés. Malgré tout, cela avait constitué une très nette amélioration dans sa vie.

La première offensive du froid intérieur s'était faite sentir en sixième année, lorsqu'il avait libéré ce qui se cachait dans la Chambre des Secrets, et transféré une partie de lui-même dans son journal, seul objet moldu dont il ne se séparait jamais. Seul souvenir qu'il ait voulu conserver de son ancienne vie, comme un témoin de ce qu'il avait vécu par la faute de la faiblesse de sa mère et de la monstruosité de son père. Dès qu'il avait acquis le minimum de connaissances requises, il l'avait ensorcelé afin que nul ne puisse jamais lire ce qu'il y avait confié. Mais il représentait bien plus qu'un simple journal, à présent. Il se souvenait avec délices du sentiment de pure jouissance et de toute puissance qu'il avait éprouvé après la mort de cette gamine idiote… Warren ? dont il avait fait, cerise sur le gâteau, accuser Hagrid et sa stupide araignée géante. A vrai dire, il avait bien senti que Dumbledore n'avait pas été entièrement dupe, mais il n'avait pas à cette époque, les pouvoirs du Directeur. Tout ce que le professeur avait pu obtenir d'Armando Dippet avait été le bénéfice du doute pour le demi-géant, et la possibilité, malgré son exclusion, de rester sur les terres de Poudlard… Dumbledore et son goût pour les hybrides et autres Moldus… une grimace de dégout déforma brièvement ses traits. Lorsqu'il avait enfin finalisé le rituel antique déniché dans les grimoires de la Section Interdite, il s'était réellement senti l'égal d'un dieu, et le froid lui avait semblé un bien faible tribut à payer, au regard de la griserie apportée par cette sensation.

Malgré les mises en garde des livres, il aurait alors tout donné pour pouvoir l'éprouver de nouveau, il avait même pris le risque d'en parler à demi-mots à son Directeur de Maison. Slughorn ne pouvait rien contre lui, il n'avait après tout fait que lui demander des renseignements théoriques, et il le savait trop lâche pour aller évoquer leur conversation équivoque avec qui que ce soit d'autre. Cinq fois, depuis, il avait renouvelé l'expérience, la dernière un peu plus de vingt ans auparavant, mais scinder son âme avait son prix, prélevé sur son physique. Malgré son désir de recommencer, il devait attendre encore un peu s'il voulait éviter une trop grande dégradation de son corps déjà bien amoindri, qui aurait rendu l'éternité à laquelle il aspirait, trop difficile à vivre. Après avoir découvert comment préserver la survie de son âme, sa priorité était maintenant de trouver une manière de régénérer efficacement son enveloppe charnelle. Il avait toujours été doué pour les potions, et ses recherches étaient prometteuses, mais pas encore suffisamment satisfaisantes à son goût. Il repensa au jeune Snape. Un Maître des potions dévoué pourrait s'avérer un atout non négligeable dans cette quête. Il espérait que ce qu'il lui avait fait subir lors de leur dernière entrevue n'aurait pas trop refroidi l'ardeur à le servir du jeune homme, malgré la feinte sollicitude et les semi-excuses hypocrites dont il avait usé pour 'faire passer la pilule'. Il avait de plus en plus de mal à se maîtriser… mais c'était dû à son tempérament entier, pas aux dommages causés par les Horcruxes… non ? Et puis, s'il devait en faire l'un de ses proches collaborateurs, il devait définitivement s'assurer de la sincérité de l'engagement du jeune homme.

Il frissonna et reporta ses yeux vers les flammes qui montaient haut dans la cheminée de l'antique manoir, sur lequel il avait fait main-basse après l'assassinat de son père et de ses grands-parents. Ces misérables Moldus lui devaient bien ça, après l'avoir abandonné et lui avoir volé son enfance ! Son esprit revint se fixer sur la chose qui l'obsédait depuis que le jeune Potioniste lui avait rapporté une partie de la prophétie qu'il avait surprise, annonçant sa toute théorique chute. Il était partagé. Il n'avait jamais vraiment pris ces histoires de divination au sérieux, mais il ne pouvait s'empêcher d'y revenir sans cesse.

« Ceux qui ont le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres s'avancent... De l'union du serpent qui fut sacrifié et de celle qui est née deux fois, est issu l'oiseau du soleil qui la nuit enflammera… »

Il avait chargé ses Mangemorts d'essayer de retrouver d'autres témoins, qui auraient pu, de gré ou de force lui en rapporter la suite et en éclairer le sens, mais en vain. Quant à la devineresse, elle demeurait, elle-aussi, introuvable. Le serpent qui fut sacrifié… la prophétie parlait-elle du Basilic de la Chambre des Secrets ? C'était fort improbable. Et puis, quelle union pouvait-on imaginer pour un basilic ? Il avait bien entendu, au cours de l'un de ses voyages, parler d'un Maledictus. Une jeune femme destinée à terme à devenir serpent, qui avait été liée à Gellert Grindelwald. Pourrait-on envisager que 'celle qui est née deux fois' puisse être cette créature, née une fois femme, et une autre fois serpent ? Mais comment un Basilic et un serpent magique pourraient-ils engendrer un oiseau… même en sachant qu'un Basilic est, après tout, issu d'un œuf de poule ?

Non, cela ne pouvait être aussi tordu. Les prophéties, malgré l'obscurité voulue de leurs formulations (les soi-disant médiums étaient-ils tous dérangés, où voulaient-ils se garder une porte de sortie, en prétextant une mauvaise interprétation, en cas d'échec ?), leur interprétation finale était généralement d'une banalité affligeante.

Retrouver et détruire le Maledictus à titre préventif pouvait toujours s'envisager, cela ne coûtait après tout pas grand-chose et n'empêchait pas d'étudier d'autres théories. Mais s'attaquer au Basilic créé par son ancêtre lui répugnait, d'autant que tant qu'il était enfermé à Poudlard, il n'y avait aucun risque qu'il puisse rencontrer qui ou quoi que ce soit. Il ne s'y résoudrait qu'en dernier ressort !

Surtout qu'une autre hypothèse, beaucoup plus simple celle-là, pouvait s'imaginer. Le serpent pourrait, métaphoriquement, désigner un Serpentard… quant à 'celle qui est née deux fois'… pourquoi pas, tout aussi métaphoriquement, une femme possédant une sœur jumelle ? Tout compte fait, cette théorie, bien qu'un peu tirée par les cheveux, mais n'était-ce pas le propre des prophéties ? se tenait nettement mieux que la première. Un serpent sacrifié… L'un de ses Mangemorts n'avait-il pas un frère, qui, contrairement à tous les membres de sa famille, n'avait pas été envoyé à Serpentard ? Un jeune homme qui venait de se fiancer à une jeune femme dont la sœur était morte récemment, tuée dans une embuscade destinée à la Sang-de-bourbe qui avait rejeté le jeune Snape… Les deux sœurs étaient-elles jumelles ? Voldemort appuya la pointe de baguette sur son bras gauche en murmurant « Regulus Black ». En attendant l'arrivée du jeune homme, il se laissa aller dans son fauteuil, savourant la chaleur des flammes qui venaient lécher ses bottes.

Oui, c'était décidé, il allait se mettre à la recherche du Maledictus, mais il ne le tuerait pas. Du moins pas immédiatement. Le garder auprès de lui pourrait peut-être s'avérer utile, même s'il n'avait aucun rapport avec la prophétie. Une idée commençait même à prendre forme dans son esprit corrompu.

Ces créatures étaient rares. Très rares. Et ce qui n'aurait pas été possible avec un animal ordinaire l'était avec un Maledictus définitivement transformé. Si l'esprit de l'animal ne conservait presque aucun souvenir de son ancienne existence, il avait tout de même été humain, un jour. Et un autre humain, un humain avec ses capacités à lui, Lord Voldemort, pourrait en prendre le contrôle, le manipuler, le diriger, en faire le plus fidèle de ses serviteurs. Non, décidément, le risque que Nagini soit l'objet de la prophétie n'était pas assez important pour qu'il la tue, elle lui serait beaucoup plus utile autrement. Il la garderait à ses côtés, et peut-être même, à l'avenir, lorsqu'il aurait trouvé un moyen de régénérer son corps, pourrait-il éventuellement envisager d'en faire un réceptacle pour une autre partie de son âme. Une âme, un esprit, réparti entre deux corps vivants. Qui pourrait imaginer que son familier puisse être un autre lui-même ? Capable de se trouver, littéralement, dans deux endroits en même temps ! Une telle puissance…

Il tourna la tête vers la porte, à laquelle deux coups discrets venaient d'être frappés.

—Entre Regulus, je t'attendais !

—Severus ?

—Mmm…

—Tu as écouté ce que je viens de te dire ?

—Désolé, je réfléchissais. Oui bien entendu que j'ai écouté.

—Je ne sais pas ce qu'il cherche, mais il m'a posé beaucoup de questions sur Sirius ! Et je n'ai pas pu lui mentir sur Marlène, tout le monde sait qu'Helena était sa sœur jumelle, s'il avait demandé à quelqu'un d'autre… Devant l'absence de réponse de son vis-à-vis, Regulus poursuivit, avalant nerveusement sa salive. « C'est… malgré tout, c'est mon frère ! Tu… sais de quoi il s'agit ?

—S'il ne t'a rien dit, je ne vois pas comment moi, je pourrais le savoir ! Je ne m'appelle pas Malfoy, je ne fais pas partie des proches du Seigneur des Ténèbres. Tu lui en as parlé… à ton frère, je veux dire ?

—J'ai essayé, mais je ne sais pas où le joindre. Il n'est pas chez lui, et mon hibou n'a pas encore reçu de réponse. Quant à contacter ses amis… dans ma position, c'est un peu délicat.

—Effectivement… mais je ne vois pas ce que tu pourrais faire d'autre. Il finira bien par remontrer le bout de son nez. Il est peut-être tout simplement parti s'isoler quelque part pout roucouler avec sa fiancée, et ne veut pas être dérangé.

—A ce propos, il… il m'a aussi demandé si je savais si Marlène était enceinte.

Le masque impassible du potioniste ne montra rien de la surprise occasionnée par ce nouveau développement. Se pourrait-il que Voldemort pense que l'objet de la prophétie puisse être le couple de l'Animagus ? Il pouvait comprendre le raisonnement qu'il avait dû suivre pour la jeune femme, mais comment avait-il conclu que Black pourrait être le 'serpent qui fut sacrifié' ?

—Et ?

—Comment veux-tu que je le sache ?

—Ces choses-là finissent toujours par se savoir. Il paraît que Lily et Potter attendent un enfant pour la fin de l'été. De même que les Londubat.

—Je…

—Ne sois pas gêné. Lily et moi, c'est de l'histoire ancienne. Je trouve juste particulièrement stupide, sans parler de leur âge, et du fait qu'elle l'ait fait avec cet abruti, de concevoir un enfant par les temps qui courent, surtout en étant engagé autant qu'ils le sont dans le parti de Dumbledore !

—Lucius m'a dit que tu avais demandé à Le rencontrer, cet hiver…

—Lucius parle trop ! Quoi qu'il en soit, cela n'avait rien à voir avec ton frère, si c'est ce qui te tracasse.

—Je ne comprends plus rien, Severus. Je croyais que tu…

Le potioniste soupira, en passant une main lasse sur son visage. Les dernières révisions en vue de sa Maîtrise laissaient peu de place au repos, et il ne se souvenait plus de quand datait sa dernière nuit de sommeil correcte.

—Ecoute Regulus, ne cherche pas à comprendre. Je connais ton état d'esprit, tes doutes, et non seulement je les comprends, mais tu sais que je ne te trahirai jamais. Je… il y a des choses que je ne peux pas te dire, je ne suis pas seul en cause et je ne veux mettre personne en danger. Mais je te promets qu'un jour, tu sauras tout. Sois patient, joue le jeu encore quelques mois… fais-moi confiance. Et surtout, continue à travailler sur ton Occlumencie. Crois-moi, s'Il a le moindre doute, l'expérience pourrait se révéler extrêmement… désagréable.

Regulus plissa les yeux, considérant son ami avec attention, mais ne fit pas de commentaire sur cette dernière recommandation. Il ne se faisait pas d'illusions, il n'était pas un Mangemort de premier plan, et seul le nom de sa famille lui assurait un très fragile prestige parmi ses pairs. Il avait été testé, comme tous les autres, mais toujours superficiellement. Il n'était pas assez important pour que Voldemort s'intéresse vraiment à lui… sauf que maintenant, il s'intéressait à son frère ! Et qu'avait eu à subir Snape pour lui donner un tel avertissement ?

—J'ai une dette envers toi Severus. Harmony et toi êtes les deux seules personnes en qui j'ai réellement confiance, et je tiendrai ma promesse de ne rien faire sur un coup de tête. Un Black n'a qu'une parole.

—Harmony et Lily ont gardé des contacts. J'essayerai de me renseigner, pour ton frère.

—Merci. Je… je dois y aller, mère est dans une très mauvaise période, et je n'aime pas la laisser seule avec Kreattur. Je n'ai aucune envie de retrouver sa tête au milieu de celles de ses ancêtres. Marmonna le jeune homme en se dirigeant vers la cheminée, où il piocha une poignée de poudre grise dans le pot posé sur le manteau. Avant de disparaître dans un nuage verdâtre, il jeta un dernier regard pensif à son ami. « Sois prudent, Severus ! »

TBC


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