2 jours plus tard, notre plan était prêt. Dans la plus petite des trois chambres, un long cheveu noir et épais (arraché du pull qu'Hermione avait porté au manoir des Malefoy) était enroulé dans une petite fiole de verre posée sur la cheminée.
-Je sais que je dois utiliser sa baguette aussi mais elle me répugne dis-je en observant le bout de bois. Qui sais tout les sors horribles qu'elle à du lancer avec ça. En plus c'est celle qui à tué Sirius et torturé ma marraine et Frank sans parler de toi Hermione
La porte de la chambre s'ouvrit et Gripsec entra.
-Nous avons mis au point les détails de dernière minute, Gripsec dit Harry. Nous avons prévenu Bill et Fleur que nous partions demain et nous leur avons demandé de ne pas se lever pour nous dire au revoir.
On avait été fermes sur ce point car je devais me transformer en Bellatrix avant notre départ et moins Bill et Fleur savaient ou soupçonnaient de choses sur notre projet, mieux cela valait. Ils leur avaient également précisé qu'on ne reviendrait pas. Comme on avait perdu la tente de Perkins la nuit de notre capture par les Rafleurs, Bill nous en avait prêté une autre. Elle était à présent rangée dans le sac en perles qu'Hermione avait réussi à soustraire aux Rafleurs en le cachant tout simplement dans sa chaussette
Cette nuit là, je dormis mal. Étendu les yeux ouverts, en attendant l'aube, je repensai à la nuit qui avait précédé notre expédition au ministère de la Magie. Je ne pouvais me débarrasser de la peur que tout se passe mal. Je ne cessais de me répéter que notre plan était bon, que Gripsec savait ce qu'on devrait affronter, qu'on était bien préparés à toutes les difficultés qui nous attendaient, comme tout les plans élaboré dans mon travail de tireuse d'élite. Pourtant, je me sentais mal à l'aise. À six heures du matin, ce fut un soulagement de pouvoir me glisser hors des sacs de couchage, m'habiller dans une semi-obscurité. J'ai alors avalé la potion qui avec son goût infect me transforma douloureusement, mes cheveux son devenu plus long, bouclé et noir, J'ai sentis mes traits devenir plus fins et dur. Ma peau s'est éclaircie. A la fin du processus, je me suis tourné vers Hermione qui m'observais les sourcils froncé
-Comment je suis ? Demandais-je tout bas pour ne pas réveiller Luna
-Horrible et effrayante. Tient enfile ça dit-elle en me tendant une robe noir ressemblant au genre de vêtement que Bellatrix porte
Puis nous sommes sortis silencieusement dans le jardin où Harry, Ron et Gripsec devaient nous retrouver. L'aube était fraîche mais il n'y avait plus beaucoup de vent, maintenant que le mois de mai était arrivé.
-Alors comment c'est passé la transformation ? Demanda Harry en m'observant avec un mélange de dégoût et de curiosité
-Elle avait un goût répugnant, pire que la Ravegourde ! Dis-je avec la voix parfaite de cette sorcière venue tout droit des enfers
- Ron, viens là que je m'occupe de toi dit Hermione en sortant la baguette de Narcissa de sa poche
-D'accord, mais souviens-toi, je ne veux pas une barbe trop longue…
- Pour l'amour du ciel ! On ne te demande pas d'avoir l'air séduisant…
-Ce n'est pas ça, simplement, on se prend toujours dedans ! Mais j'aimerais bien un nez un peu plus court, essaye de faire comme la dernière fois. Hermione soupira et se mit au travail, marmonnant des formules tandis qu'elle transformait divers aspects de l'apparence de Ron. Il devait prendre une identité inventée de toutes pièces et on comptait sur l'aura malfaisante de Bellatrix pour le protéger. Harry, Hermione et Gripsec, eux, se cacheraient sous la cape d'invisibilité.
-Et voilà, dit Hermione. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Il était possible de deviner Ron sous son déguisement mais seulement parce qu'on le connaissait trop bien. Ses cheveux étaient à présents longs et ondulés, il avait une épaisse barbe brune assortie d'une moustache, ses taches de rousseur avaient disparu, son nez était court et large, ses sourcils broussailleux.
-Ce n'est pas vraiment mon genre, mais ça ira, répondit Harry. Bon, on y va ?

Nous nous sommes alors dirigé vers le mur qui marquait la limite du jardin et au-delà duquel on pourrait transplaner, le sortilège de Fidelitas cessant d'être actif. Lorsque nous avons franchi le portail, Gripsec parla :
-Je pense que je devrais monter, maintenant, Harry Potter. Harry se baissa et il grimpa sur son dos, ses mains jointes sur sa gorge. Hermione sortit la cape d'invisibilité du sac en perles et la déploya sur eux.
-Parfait, dis-je en me penchant jusqu'au sol pour vérifier que leurs pieds ne dépassaient pas. On ne voit rien du tout. Allons-y.
-Nous avons pivotez sur place en nous concentrant de toutes nos forces sur le Chaudron Baveur, l'auberge qui marquait l'entrée du Chemin de Traverse. Quelques secondes plus tard, mes pieds atterrirent sur un trottoir et j'ouvris les yeux sur Charing Cross Road. Des Moldus passaient d'un air affairé, avec les airs de chien battu des petits matins, sans se douter de l'existence de la minuscule auberge. Le bar du Chaudron Baveur était presque désert. Tom, le patron édenté aux épaules voûtées, essuyait des verres derrière le comptoir. Deux sorciers qui parlaient à voix basse dans le coin opposé me jetèrent un coup d'œil et reculèrent dans l'ombre.
-Madame Lestrange, murmura Tom. A mon passage
Je l'observai alors avec un regard dédaigneux spécifique à la sorcière que j'incarne
Je pris ensuite la baguette de Bellatrix et tapota une brique dans le mur d'apparence banale devant lequel on s'était arrêtés. Aussitôt, les autres briques se mirent à tournoyer et à pivoter, laissant apparaître une ouverture qui s'agrandit pour former une arcade donnant sur l'étroite rue pavée qu'on appelait le Chemin de Traverse. L'endroit était calme, l'heure n'était pas tout à fait venue d'ouvrir les magasins et on ne voyait guère de passants. La rue tortueuse au sol recouvert de petits pavés avait beaucoup changé. Ce n'était plus l'artère animée que j'avais connue en y habitant. De plus en plus de magasins étaient condamnés par des planches, bien que de nouveaux établissements consacrés à la magie noire aient été installés depuis ma dernière visite. Des gens en haillons étaient assis, serrés les uns contre les autres devant des portes de maison. Je les entendais demander d'un ton gémissant un peu d'or aux rares passants, insistant sur le fait qu'ils étaient de véritables sorciers. Un homme portait sur l'œil un bandage ensanglanté. Lorsqu'on avançait le long de la rue, les mendiants m'aperçurent et semblèrent disparaître devant moi, tirant leur capuchon sur leur visage, fuyant aussi vite qu'ils le pouvaient. Jusqu'à ce que l'homme au bandage ensanglanté vienne d'un pas chancelant me barrer le chemin.
-Mes enfants ! mugit-il en pointant le doigt sur moi. Il y avait un accent de détresse dans sa voix éraillée, haut perchée. Où sont mes enfants ? Qu'a-t-il fait d'eux ? Vous le savez, vous le savez !
-Je… en fait, je…, balbutiais-je incapable de rester dans mon rôle face à la détresse de ce pauvre homme
L'homme se jeta sur moi, essayant de me prendre à la gorge. Un éclair rouge jaillit aussitôt, accompagné d'un bang !, et il fut projeté à terre, inconscient. Ron resta figé, sa baguette toujours tendue devant lui, une expression d'horreur perceptible derrière sa barbe. Des visages apparurent aux fenêtres, de chaque côté de la rue, tandis qu'un petit groupe de passants d'allure prospère resserraient les pans de leurs robes et s'éloignaient en trottinant, pressés de quitter les lieux. Notre entrée sur le Chemin de Traverse pouvait difficilement être plus voyante.
-Tiens, madame Lestrange !
Je fis grand sorcier mince avec une couronne de cheveux gris en broussaille et un long nez pointu s'avançait vers nous à grands pas.
Je me redressa de toute ma hauteur puis lança, avec autant de mépris que je pouvais :
-Et que me voulez-vous ? L'homme s'immobilisa, manifestement offensé.
-C'est un Mangemort ! Me souffla Gripsec depuis la cape. Il s'appelle Travers
- Je voulais simplement vous saluer, dit froidement Travers, mais si ma présence n'est pas la bienvenue…

- Si, si, Travers, répondis-je précipitamment. Comment allez-vous ?
- Eh bien, je dois avouer que je suis surpris de vous voir dehors, Bellatrix.
-Vraiment ? Et pourquoi ? demandais-je
-Eh bien, parce que… – Travers toussota – j'ai entendu dire que les résidents du manoir des Malefoy n'avaient plus le droit de sortir depuis la… heu… l'évasion.
-Le Seigneur des Ténèbres pardonne à ceux qui l'ont fidèlement servi dans le passé, répliquais-je dans une imitation du ton le plus hautain de Bellatrix. Vous n'avez peut-être pas auprès de lui autant de crédit que moi, Travers. Bien que le Mangemort eût l'air insulté, il sembla également moins soupçonneux. Il jeta un regard à l'homme que Ron venait de stupéfixer.
- Que vous avait-il fait ?
- Peu importe, il ne recommencera pas, assurais-je d'une voix glaciale.
- Certains de ces sans-baguette sont parfois très pénibles, commenta Travers. Tant qu'ils se contentent de mendier, je n'y vois pas d'inconvénient mais figurez-vous que, la semaine dernière, il y en a une qui m'a demandé de plaider sa cause auprès du ministère. « Je suis une sorcière, je suis une sorcière, dit-il en imitant une petite voix couinante, laissez-moi une chance de vous le prouver. » Comme si j'allais lui prêter ma baguette. Mais, au fait, ajouta Travers avec curiosité, de quelle baguette vous servez-vous en ce moment, Bellatrix ? J'ai entendu raconter que la vôtre…
- Je l'ai toujours avec moi, coupais-je de son ton glacé en levant la baguette de Bellatrix. Je ne sais pas quelles sont ces rumeurs dont vous parlez, Travers, mais vous semblez bien mal informé. Travers parut quelque peu interloqué et préféra se tourner vers Ron.
-Qui est votre ami ? Je ne le reconnais pas.
-Il s'appelle Dragomir Despard, dis-je. Il parle très mal l'anglais mais c'est un sympathisant du Seigneur des Ténèbres. Il est venu de Transylvanie pour voir notre nouveau régime.
- Vraiment ? Heureux de faire votre connaissance, Dragomir.
- Très enchanté, répondit Ron en tendant la main.
Travers lui présenta deux doigts et serra négligemment la main de Ron comme s'il avait peur de se salir.
- Alors ? Qu'est-ce qui vous amène si tôt sur le Chemin de Traverse, vous et votre ami… heu… sympathisant ? demanda Travers.
- Je dois aller chez Gringotts, répondis-je
-Moi aussi, hélas, dit Travers. L'or, cet or exécrable ! On ne peut pas vivre sans lui, mais j'avoue que je déplore la nécessité d'avoir à fréquenter nos amis aux longs doigts. Voulez-vous que nous y allions ensemble ? proposa Travers en faisant un geste pour m'inviter à l'accompagner.

Je n'eut d'autre choix que de marcher à côté de lui, le long de la rue tortueuse et pavée, en direction de la banque Gringotts qui dressait sa façade d'une blancheur de neige au-dessus des petites boutiques alentour. Ron nous suivit d'un pas nonchalant
Je me serais volontiers passés de la compagnie d'un Mangemort trop curieux. Mais le pire était qu'en présence de Travers – au côté de celle qu'il croyait être Bellatrix –, je ne pouvait plus communiquer avec Hermione et Harry. Un peu trop tôt à mon goût, nous sommes arrivé au pied de l'escalier en marbre qui menait au grand portail de bronze. Ainsi que Gripsec nous en avait avertis, les gobelins en livrée habituellement postés de chaque côté de l'entrée avaient été remplacés par deux sorciers qui tenaient à la main une canne d'or longue et fine.
-Ah, les Sondes de Sincérité, soupira Travers d'un ton théâtral. Très rudimentaires… mais efficaces ! Il monta les marches, saluant d'un petit signe de tête, à gauche et à droite, les deux sorciers qui brandirent leurs cannes d'or et les lui passèrent sur le corps, de la tête aux pieds.
Je savais que les sondes détectaient les sortilèges de Camouflage et les objets magiques dissimulés. Consciente de ne rien pouvoir faire, j'entendis la voix faible d'Harry murmurer à deux reprises :
-Confundo. Travers, qui regardait au-delà des portes de bronze le hall de la banque, ne remarqua pas le tressaillement des deux gardes au moment où les sortilèges les frappèrent. J'en ai alors profité pour monter les marches
-Un instant, madame, dit l'un des gardes en levant sa sonde.
-Mais vous venez de le faire ! protestais-je du ton arrogant et impérieux, de Bellatrix. Travers se retourna en haussant les sourcils. Le garde ne savait plus très bien où il en était. Il regarda la fine sonde d'or puis leva les yeux vers son collègue qui lui dit d'une voix légèrement éteinte :
-Mais oui, tu viens de les fouiller, Marius.
Lorsque nous avons franchit le seuil. Deux gobelins se tenaient devant les portes intérieures, en argent celles-ci, sur lesquelles était gravé le poème promettant un terrible châtiment aux éventuels secondes plus tard, on avait pénétré dans le vaste hall de marbre de la banque. Derrière le long comptoir, des gobelins assis sur de hauts tabourets servaient les premiers clients de la journée. Nous nous sommes dirigé vers un vieux gobelin qui examinait une grosse pièce d'or à l'aide d'une loupe.J'ai ensuite laissé passer Travers devant en prétextant que je voulais expliquer à Ron certains détails architecturaux du grand hall. Le gobelin jeta de côté la pièce qu'il tenait entre ses doigts et murmura, sans s'adresser à personne en particulier :
-Farfadet. Puis il salua Travers qui lui donna une minuscule clé d'or. Le gobelin en vérifia l'authenticité et la lui rendit. je m'avança à mon tour.

-Madame Lestrange ! s'exclama le gobelin, visiblement surpris. Ça, alors ! Que… Que puis-je faire pour vous ?
-Je voudrais descendre dans ma chambre forte, répondis-je. Le vieux gobelin eut comme un mouvement de recul.
-Vous avez… un document d'identité ? demanda le gobelin.
- D'identité ? On… On ne m'avait encore jamais demandé de document d'identité ! répliquais-je
-Votre baguette fera l'affaire, madame, assura le gobelin. Il tendit une main légèrement tremblante et je compris soudain avec horreur que les gobelins de Gringotts étaient au courant du vol de la baguette de Bellatrix.
Je sentis alors la cape d'invisibilité me frôler pour se rapprocher du gobelin et je compris que les 2 autres allaient intervenir alors je tendis doucement la baguette au gobelin
Il la prit et l'examina attentivement, puis déclara :
-Ah, vous avez fait fabriquer une nouvelle baguette, madame Lestrange !
-Une nouvelle baguette ? s'étonna Travers qui s'approcha à nouveau du comptoir. Tout autour, les gobelins continuaient d'observer la scène. Mais comment est-ce possible ? À quel fabricant vous êtes-vous adressée ? Ah, oui, je vois, dit alors Travers en regardant la baguette de Bellatrix le regard vide. Oui, très élégante. Et elle marche bien ? J'ai toujours pensé que les baguettes nécessitaient un certain temps de rodage, vous ne croyez pas ?
-Certainement répondis-je un peu soulagé de se retournement de situation
Derrière le comptoir, le vieux gobelin frappa dans ses mains et un gobelin plus jeune s'approcha.
-Je vais avoir besoin des Tintamars, dit-il au jeune gobelin. Celui-ci fila aussitôt puis revint un instant plus tard avec un sac de cuir apparemment rempli d'objets en métal – à en juger par les tintements qu'on entendait – et le donna à son supérieur. Parfait, parfait ! Si vous voulez bien me suivre, madame Lestrange, reprit le vieux gobelin, je vais vous conduire à votre chambre forte. Il sauta du tabouret, disparut derrière le comptoir, et réapparut après en avoir fait le tour, s'avançant vers nous d'un pas joyeux, le contenu de son sac continuant de tinter. Travers, à présent, se tenait immobile, la bouche grande ouverte. Le regard perplexe que Ron posait sur lui attira l'attention sur cet étrange phénomène.
- Bogrod… attends ! Un autre gobelin sortit précipitamment de derrière le comptoir. Nous avons des instructions, annonça-t-il en s'inclinant devant moi. Pardonnez-moi, madame, mais nous avons reçu des ordres particuliers concernant la chambre forte des Lestrange. Il murmura quelques mots d'un ton pressant à l'oreille de Bogrod mais le gobelin, soumis à l'Imperium, l'écarta d'un geste.
- Je connais les instructions. Madame Lestrange veut descendre dans sa chambre forte… très vieille famille… vieux clients… par ici, s'il vous plaît…
Accompagné du tintement de son sac, il se hâta vers l'une des portes du hall. Tandis que Ron et moi l'avons suivis imité par Travers toujours sous l'effet du sors d'Harry
-Ça va mal, ils ont des soupçons, retentis la voix d'Harry après que la porte eut claqué derrière nous. Il ôta sa cape d'invisibilité et Gripsec sauta de ses épaules. Ni Travers, ni Bogrod ne manifestèrent la moindre surprise en voyant brusquement apparaître Harry et Hermione devant eux.
-Ils sont sous Imperium, ajouta Harry en réponse aux interrogations de Ron au sujet de Travers et de Bogrod qui restaient là, le visage dépourvu d'expression. Je crois que je n'y suis pas allé assez fort, je ne sais pas…
- Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Ron. On essaye de sortir maintenant, pendant qu'on peut encore ?
- Si on le peut vraiment, dit Hermione en jetant un coup d'œil vers la porte du hall derrière laquelle on ignorait ce qui était en train de se passer.
-Nous sommes arrivés jusqu'ici, on continue, décidais-je
-Très bien ! approuva Gripsec. Dans ce cas, nous avons besoin de Bogrod pour conduire le wagonnet. Je n'ai plus l'autorité nécessaire. Mais il n'y aura pas assez de place pour emmener le sorcier.
Harry dirigea sa baguette sur Travers.
- Impero ! Le sorcier se tourna et avança d'un pas vif le long du passage.
-Qu'est-ce que tu lui fais faire ?

-Je l'envoie se cacher, répondit Harry, sa baguette pointée à présent sur Bogrod. Celui-ci siffla pour appeler un wagonnet qui surgit de l'obscurité en roulant vers nous sur ses rails. Le wagonnet se mit en route et prit de la vitesse. Nous sommes passe en trombe devant Travers qui se tortillait pour essayer de se cacher dans une anfractuosité du mur, puis le wagonnet se mit à tourner et virer dans le labyrinthe des tunnels, entraîné par la pente des rails. Au détour d'un virage en épingle à cheveux qu'on avait pris à toute allure, nous vîmes, à quelques mètres devant nous, une chute d'eau qui s'abattait sur les rails. J'entendit Gripsec hurler : « Non ! » mais il n'y avait pas de freins et nous avons foncé à travers la cascade. Mes yeux et ma bouche se remplirent d'eau : Je ne voyait plus rien, je n'arrivais plus à respirer. Puis, dans une terrible embardée, nous fûmes tous éjectés du wagonnet qui s'était renversé. Je l'entendit se fracasser contre la paroi du tunnel. Au même moment, Hermione cria quelque chose d'une voix perçante et je me sentit tomber sur le sol en vol plané, comme si je ne pesais pas plus lourd qu'une plume, atterrissant en douceur sur le sol rocheux.
-Sor… Sortilège de Coussinage, balbutia Hermione que Ron aidait à se relever.
-Mia, ton apparence dit Harry en me fixant les yeux écarquillé
-Quoi ? Demandais-je avant de voir avec horreurs mes habituel cheveux roux
Ron lui aussi avait de nouveau des cheveux roux et sa barbe avait disparu.
-La Cascade des Voleurs ! s'exclama Gripsec. Il se remit péniblement sur pied et jeta un coup d'œil vers le déluge qui tombait sur les rails. La cascade efface tous les enchantements, tous les camouflages magiques ! Ils savent que des imposteurs ont pénétré dans Gringotts, ils ont déclenché des défenses contre nous !
La Cascade des Voleurs semblait avoir levé également le sortilège de l'Imperium.
-Nous avons besoin de lui, dit Gripsec. Nous ne pouvons pénétrer dans la chambre forte sans un gobelin de Gringotts. Nous avons aussi besoin des Tintamars !
-Impero ! répéta Harry. Sa voix résonna dans le tunnel de pierre. Cette fois encore, Bogrod se soumit à sa volonté, son expression perplexe se transformant en une indifférence polie lorsque Ron se précipita pour lui prendre le sac de cuir qui contenait les outils métalliques.
- Je crois que quelqu'un vient ! s'exclama Hermione. Elle pointa sa baguette sur la cascade et s'écria :
-Protego ! Nous avons vu le charme du Bouclier jaillir dans le tunnel et interrompre le flot de la chute d'eau ensorcelée.
- Bien joué, dit Harry. Montrez-nous le chemin, Gripsec !
-Comment allons-nous sortir d'ici ? demanda Ron, alors qu'on se hâtait de suivre le gobelin dans le passage obscur, Bogrod haletant derrière nous comme un vieux chien.
-On s'en inquiétera en temps utile, répliquais-je. Gripsec, c'est encore loin ?
Pas très loin, Potter, pas très loin…

Après avoir tourné l'angle d'un mur, devant nous, un dragon gigantesque était attaché au sol, interdisant l'accès aux quatre ou cinq chambres fortes les plus profondes de la banque. Au cours de sa longue incarcération sous terre, les écailles de la bête étaient devenues pâles et friables par endroits. Ses yeux étaient d'un rose laiteux. Ses deux pattes de derrière portaient de lourds anneaux munis de chaînes qui les reliaient à d'énormes pitons profondément enfoncés dans la pierre. Ses grandes ailes hérissées de piquants, repliées contre son corps, auraient rempli toute la caverne s'il les avait déployées et lorsqu'il tourna vers nous son horrible tête, il poussa un rugissement à faire trembler la roche, ouvrit la gueule et cracha un jet de feu, nous obligeant à rebrousser chemin à toutes jambes.
-Il est partiellement aveugle, haleta Gripsec, mais ça ne le rend que plus féroce. Nous avons cependant un moyen de le contrôler. Il sait ce qui l'attend quand résonnent les Tintamars. Donnez-les-moi. Ron tendit le sac à Gripsec et le gobelin en sortit plusieurs petits instruments de métal qui, lorsqu'il les remua, produisirent un vacarme retentissant, tels des marteaux frappant des enclumes miniatures. Gripsec en distribua un à chacun et Bogrod prit docilement le sien.
-Vous savez quoi faire, dit Gripsec. Il s'attend à ressentir une douleur quand il entend ce bruit. Il va reculer et Bogrod devra appuyer la paume de sa main contre la porte de la chambre forte.
-C'est de la barbarie dis-je offensé, les dragons ne sont pas si dangereux que ça quand on les dresses bien dis-je en pensant qu'après la guerre, je devrais en informer Lila et Charlie afin qu'il puisse le protéger
Nous avons tourné à nouveau l'angle du mur en secouant les Tintamars. Le bruit résonna sur les parois rocheuses, considérablement amplifié, au point que j'eus l'impression de sentir ma tête vibrer de l'intérieur. Le dragon laissa échapper un nouveau rugissement rauque puis battit en retraite. Je le voyais trembler et lorsqu'on s'est approché, je remarquai en travers de son museau les cicatrices des coups cruels qui lui avaient été infligés.
-Obligez-le à appuyer sa main contre la porte ! lança Gripsec à Harry d'un ton pressant. Harry tourna à nouveau sa baguette vers Bogrod. Le vieux gobelin obéit, plaquant sa paume contre le panneau de bois, et la porte de la chambre forte fondit littéralement pour révéler une sorte de grotte remplie du sol au plafond de pièces et de coupes d'or, d'armures en argent, de peaux d'étranges créatures – certaines dotées de piquants, d'autres d'ailes devenues flasques –, de potions conservées dans des flacons ouvragés et d'une tête de mort encore coiffée d'une couronne.
- Il faut chercher vite ! dis-je tandis qu'on se précipitais à l'intérieur
À peine eus-je le temps de jeter un regard circulaire qu'un bruit sourd retentit derrière nous : la porte était réapparue, nous enfermant dans la chambre forte où nous avons été plongés dans une totale obscurité.
-Ce n'est pas grave, Bogrod pourra nous libérer ! assura Gripsec en entendant Ron pousser un cri de surprise. Vous pouvez allumer vos baguettes, n'est-ce pas ? Dépêchez-vous, nous n'avons pas beaucoup de temps !
-Lumos !

Je dirigeai ma baguette tout autour de la chambre forte : son rayon lumineux tomba sur des joyaux étincelants et je vis la fausse épée de Gryffondor posée sur une haute étagère, parmi un enchevêtrement de chaînes. Harry, Ron et Hermione avaient également allumé leurs baguettes et examinaient les objets entassés autour de nous.
-Harry, est-ce que ce ne serait pas… Aargh ! Hermione laissa échapper un cri de douleur et je tourna ma baguette vers elle juste à temps pour voir une petite coupe à boire ornementée lui échapper des mains. Mais lorsqu'elle tomba, elle se fendit et se transforma en une pluie d'autres coupes. Une seconde plus tard, dans un grand fracas métallique, le sol fut jonché de coupes identiques qui roulaient en tous sens, l'objet d'origine devenant impossible à reconnaître.
- Elle m'a brûlée ! gémit Hermione qui suçait ses doigts couverts de cloques.
-Ils ont ajouté des maléfices de Gemino et de Flagrance ! s'exclama Gripsec. Tout ce que vous touchez va vous brûler et se multiplier, mais les copies n'ont aucune valeur, et si vous continuez à prendre ces trésors entre vos mains, vous finirez par mourir écrasés sous le poids de l'or qui n'aura cessé de se reproduire.
- OK. Ne touchez à rien ! lançais-je. Mais au même moment, Ron poussa involontairement du pied l'une des coupes tombées par terre et une vingtaine d'autres jaillirent aussitôt dans une explosion, Ron sautillant sur place, une partie de sa chaussure brûlée par le contact avec le métal incandescent.
- Tiens-toi tranquille, ne bouge pas ! dit Hermione qui lui avait saisi le bras.
-Contentez-vous de regarder ! recommanda Harry. Souvenez-vous, c'est une petite coupe en or, avec un blaireau gravé dessus, et deux anses. Sinon, essayez de repérer quelque part le symbole de Serdaigle, un aigle…
Nous avons pointé nos baguettes dans tous les coins et recoins, tournant sur nous-mêmes avec la plus grande prudence. Il était impossible de ne pas effleurer quelque chose et Harry fit tomber une cascade de faux Gallions qui rejoignirent les coupes. À présent, on avait à peine la place de mettre nos pieds et l'or luisant flamboyait de chaleur, transformant la chambre forte en fournaise. Ma baguette éclaira des rangées d'étagères qui montaient jusqu'au plafond et sur lesquelles s'alignaient des boucliers et des casques fabriqués par des gobelins. Je leva de plus en plus haut le rayon lumineux et soudain, j'aperçus un objet.
-Elle est là-haut, là-haut ! Harry, Ron et Hermione pointèrent à leur tour leurs baguettes et une petite coupe d'or étincela sous l'effet des trois rayons conjugués : c'était la coupe qui avait appartenu à Helga Poufsouffle

- Et comment on va s'y prendre pour monter là-haut sans toucher à rien ? Demanda Ron.
- Accio coupe ! s'écria Hermione, qui avait oublié, dans sa tentative désespérée, ce que Gripsec lui avait dit au cours de nos préparatifs.
- Inutile, inutile, gronda le gobelin.
-Alors qu'est-ce qu'on fait ? répliqua Harry en le regardant d'un œil mauvais. Si vous voulez l'épée, Gripsec, il faudra nous aider à… Attendez ! Est-ce que je peux toucher les objets avec l'épée ? Hermione, donne-la-moi ! Hermione glissa la main dans sa robe et en sortit le sac en perles dans lequel elle fouilla quelques instants avant d'en retirer l'épée resplendissante. Harry saisit sa poignée incrustée de rubis et posa la pointe de la lame contre une aiguière d'argent qui ne se multiplia pas. Si j'arrivais à passer la lame à travers une anse… Mais comment faire pour monter là-haut ?
L'étagère sur laquelle se trouvait la coupe était hors de notre portée, même pour Ron qui était le plus grand de tous. On entendit alors le dragon rugir devant la chambre forte et des bruits métalliques se rapprocher. On était bel et bien pris au piège. On ne pouvait s'échapper que par la porte et une horde de gobelins semblait s'avancer vers nous
-Hermione, dit Harry, alors que les bruits métalliques devenaient de plus en plus sonores, il faut que je monte là-haut, nous devons nous en débarrasser… Elle pointa sa baguette sur lui et murmura :
-Levicorpus. Hissé dans les airs par la cheville, Harry heurta une armure et des répliques en jaillirent aussitôt, tels des corps chauffés au rouge, remplissant la chambre forte déjà surchargée. Avec des cris de douleur, Ron, Hermione, les deux gobelins et moi avons été projetés sur d'autres objets qui se mirent à leur tour à se multiplier. À moitié ensevelis sous un flot de richesses incandescentes, On se débattait en poussant des hurlements, pendant que Harry passait l'épée à travers une anse de la coupe de Poufsouffle, l'accrochant à la lame.
-Impervius ! Criais-je pour tenter de nous protéger du métal brûlant. Ron, Hermione et moi étions enfoncés jusqu'à la taille dans les trésors qui se multipliaient et on luttait pour essayer d'empêcher Bogrod d'être submergé par cette marée montante. Gripsec, lui, avait sombré et seul le bout de ses longs doigts fins restait encore visible. Harry saisit la main de Gripsec et le souleva. Le gobelin, la peau couverte de cloques, émergea peu à peu en hurlant.
- Liberacorpus ! s'écria Harry. Dans un grand vacarme, Gripsec et lui retombèrent sur la masse croissante d'objets précieux et l'épée sauta des mains de Harry. Attrapez-la ! Vociféra-t-il alors que Gripsec grimpait à nouveau sur ses épaules pour éviter l'amas grandissant des objets chauffés au rouge. Où est l'épée ? La coupe y est accrochée ! De l'autre côté de la porte, les bruits métalliques devenaient assourdissants… Il était trop tard…
-Là ! Ce fut Gripsec qui la vit le premier et ce fut lui qui plongea aussitôt. Je compris à cet instant que le gobelin n'avait jamais eu confiance en nous. Fermement accroché d'une main à une poignée de cheveux de Harry pour ne pas tomber dans la marée d'or embrasé, Gripsec saisit l'épée et la leva le plus haut possible, en la maintenant hors de portée. La minuscule coupe d'or embrochée sur la lame par son anse fut projetée en l'air. Le gobelin toujours à califourchon sur ses épaules, Harry se précipita et l'attrapa au vol. Au même moment, la porte se rouvrit et nous avons été emporté par une avalanche d'or et d'argent enflammés qui nous emporta à l'extérieur de la chambre forte. À peine consciente de la douleur provoquée par les brûlures qui me couvraient le corps, je tendis la main pour récupérer l'épée. Mais Gripsec avait disparu. Dès qu'il l'avait pu, il s'était laissé tomber des épaules de Harry et avait couru se mettre à l'abri parmi les gobelins qui nous entouraient de toutes part. L'épée à la main, il criait :
-Des voleurs ! Des voleurs ! À l'aide ! Des voleurs ! Il se fondit dans la foule qui avançait. Les gobelins, armés chacun d'un poignard, l'accueillirent parmi eux sans lui poser de questions.
Glissant sur le métal toujours aussi brûlant, je me débattis pour me remettre debout et comprit que le seul moyen de s'échapper était de se ruer en avant.
-Stupéfix ! Harry, Ron et Hermione se joignirent à moi : des jets de lumière rouges jaillirent des baguettes et plusieurs gobelins furent jetés à terre mais les autres continuèrent d'avancer et je vis des gardes sorciers surgir à l'angle du couloir en courant vers nous. Le dragon attaché poussa un rugissement et des flammes volèrent au-dessus des gobelins. Les sorciers prirent la fuite, courbés en deux, rebroussant chemin le long du couloir. Une inspiration, ou plutôt une folie, traversa alors ma tête. Ma baguette pointée sur les lourds anneaux qui enchaînaient la bête au sol, je m'écriai :
-Lashlahask ! Les anneaux s'ouvrirent aussitôt avec des bang ! sonores.
-Par ici ! hurlais-je. Lançant toujours des sortilèges de Stupéfixion sur les gobelins qui ne cessaient de se rapprocher, je me précipitai vers le dragon aveugle.
- Mia… Mia… Qu'est-ce que tu fais ? s'exclama Hermione.

- Dépêche-toi, montes, viens… Le dragon ne s'était pas aperçu qu'il était libre. Mon pied trouva le creux de sa patte arrière et je grimpa sur son dos. Les écailles de la créature étaient dures comme de l'acier : elle ne sembla même pas sentir ma présence. Je tendis le bras : Hermione se hissa à son tour. Ron et Harry montant derrière elle et un instant plus tard, le dragon comprit enfin que ses chaînes ne le retenaient plus. Dans un nouveau rugissement, il se cabra. Je serrai les genoux, m'accrochant aussi fermement que possible à ses écailles aux bords pointus, tandis que les ailes de la créature s'écartaient, renversant comme des quilles les gobelins hurlant de terreur. Le dragon s'éleva alors dans les airs.
-On n'arrivera jamais à sortir d'ici, il est trop grand ! hurla Hermione, mais le dragon ouvrit largement sa gueule et cracha à nouveau des flammes, calcinant le tunnel dont le sol et les parois craquèrent puis s'éboulèrent. Par sa seule force physique, la bête se fraya un chemin à coups de griffes. Soudain, j'entendis Hermione crier :
-Defodio !
Elle aidait le dragon à élargir le passage, découpant le plafond pendant qu'il s'efforçait de remonter vers une atmosphère moins confinée, loin des gobelins qui ne cessaient de hurler. Harry, Ron et moi l'avons imité, creusant les parois avec de nouveaux sortilèges de Terrassement. Nous sommes passé à côté du lac souterrain et l'énorme bête grondante parut sentir devant elle l'espace et la liberté. Derrière nous, la queue hérissée de la créature donnait des coups violents de tous les côtés, répandant dans son sillage de gros morceaux de roche et de gigantesques stalactites brisées. Le vacarme des gobelins semblait de plus en plus étouffé alors que, devant, le feu qui jaillissait de la gueule béante dégageait la voie… Enfin, par la force combinée de nos sortilèges et de la puissance brutale du dragon, nous avons surgi du couloir et nous nous sommes retrouvé dans le hall de marbre. Gobelins et sorciers poussèrent des hurlements et coururent se mettre à l'abri. Le dragon avait à présent la place de déployer ses ailes. Sa tête cornue tournée vers l'air frais qu'il sentait au-dehors. Il sortit en vacillant sur le Chemin de Traverse et s'élança alors vers le ciel.
Il n'existait aucun moyen de diriger le dragon. Je ne pouvais voir où il allait pourtant, alors qu'on montait de plus en plus haut, Londres s'étalant au-dessous de nous telle une carte routière gris et vert, j'éprouvais surtout un sentiment de gratitude à l'idée d'avoir réussi une évasion qui nous avait paru impossible. Derrière moi, Ron ne cessait de jurer de toute la force de ses poumons.
Nous sommes resté comme ça un bon moment à voler et à observé le paysage sous nous
-Est-ce mon imagination, cria Ron après une très longue plage de silence, ou est-ce qu'on perd de l'altitude ?
Je baissai les yeux et vis des lacs et des montagnes d'un vert foncé qui prenaient une teinte cuivrée dans le soleil couchant. Le paysage semblait grandir. De plus en plus bas, le dragon descendait, dans une vaste spirale, visant apparemment l'un des plus petits lacs.

-Dès qu'on sera suffisamment près, on saute ! criais-je par-dessus son épaule. Droit dans l'eau avant qu'il s'aperçoive qu'on est là ! Les 3 autres approuvèrent. MAINTENANT ! Nous avons glissé du flanc de la créature pour se laisser tomber, les pieds en avant. La chute fut plus longue que je ne l'avais prévu et nous avons heurté l'eau violemment, plongeant comme une pierre dans un monde glacé, verdâtre et peuplé de roseaux. D'un coup de pied, je remontai vers la surface et émergeai à l'air libre, haletant. je vis alors d'énormes ondulations se propager en cercles concentriques depuis l'endroit où Harry, Ron et Hermione avaient atterri. Manifestement, le dragon n'avait rien remarqué : il était déjà à une quinzaine de mètres, volant bas au-dessus du lac, et se désaltérait en trempant dans l'eau son museau balafré. Trempés, pantelants, épuisés, nous avons fini par regagner la terre ferme pour nous effondré dans l'herbe humide. Hermione, toussant et frissonnant, resta étendue par terre, à bout de forces. Je me relevai péniblement, sortis ma baguette et jetai autour de nous les habituels sortilèges de Protection. Lorsque j'eus terminé, je rejoignis les autres. Hermione qui grimaçait en s'appliquant un baume à l'odeur désagréable sur ses brûlures me le tendis pour que je fasse de même qu'eux
-L'aspect positif, dit enfin Ron qui s'était assis par terre et regardait la peau de ses mains se reconstituer, c'est qu'on a réussi à trouver l'Horcruxe. L'aspect négatif…
-… c'est qu'on n'a plus d'épée, acheva Harry, les dents serrées.
-Plus d'épée, répéta Ron. Cet ignoble petit traître… Harry sortit l'Horcruxe de la poche de son blouson mouillé qu'il venait d'enlever et le posa sur l'herbe, devant nous. La coupe, étincelant au soleil, attirait nos regards
-Au moins, on ne peut pas la porter sur nous, cette fois, on aurait l'air un peu bizarre avec ça accroché autour du cou, fit remarquer Ron
Hermione observa la rive opposée du lac, où le dragon était toujours en train de boire.
-Qu'est-ce qui va lui arriver ? demanda-t-elle. Vous croyez qu'il va s'en sortir ?
-On croirait entendre Hagrid, répliqua Ron. C'est un dragon, Hermione, il peut se débrouiller tout seul. Tu devrais plutôt t'inquiéter pour nous.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Eh bien, je ne sais pas comment t'annoncer la nouvelle, répondit Ron, mais il se peut qu'ils aient remarqué qu'on était entrés chez Gringotts par effraction.
Directement, nous avons éclaté de rire, un rire difficile à contrôler une fois qu'on avait commencé. Mes côtes me faisaient mal, la faim me donnait le tournis, mais je restai allongé dans l'herbe, sous le ciel rougeoyant, à rire jusqu'à en avoir la gorge irritée
-Qu'est-ce qu'on va faire ? dit enfin Hermione qui s'efforçait, à travers ses hoquets, de retrouver son sérieux. Il va savoir, maintenant, non ? Vous-Savez-Qui va savoir qu'on est au courant de ses Horcruxes !
-Peut-être qu'ils auront trop peur pour le lui dire ? suggéra Ron avec espoir. Ils voudront étouffer l'affaire…
-C'est sûr qu'un bâtiment de la taille de la banque détruit ça ne se remarque pas Ron dis-je directement en voyant à côté de moi Harry pâlir
-Harry ça va ? Demandais-je alors qu'il s'effondra sur l'herbe
-Harry hurlais-je en me précipitant vers lui
Au bout d'un moment, Les yeux de Harry se rouvrirent brusquement
-Il sait dit-il directement en fixant mon regard inquiet. Il sait et il va vérifier les cachettes des autres Horcruxes. Le dernier se trouve à Poudlard. Je le savais. Je le savais.
- Quoi ?
-Qu'est-ce que tu as vu ? Comment peux-tu en être sûr ?
-J'étais là au moment où il a appris ce qui s'est passé pour la coupe… Je… j'étais dans sa tête, il est… Il est très en colère, il a peur aussi, il n'arrive pas à comprendre comment nous avons pu découvrir l'existence des Horcruxes et maintenant, il veut être certain que les autres sont bien en sûreté. Il va commencer par la bague. Il pense que le mieux protégé est celui de Poudlard, parce que Rogue est là-bas et parce qu'il serait trop difficile d'y entrer sans être repéré. Je crois que c'est le dernier qu'il ira vérifier, mais il se peut quand même qu'il y soit dans quelques heures…
- As-tu vu où se trouve l'Horcruxe de Poudlard ? demanda Ron
-Non, il songeait surtout à avertir Rogue, il ne pensait pas à la cachette…
-Alors on à pas de temps à perdre dis-je en me relevant, on doit y aller tout de suite
-Attendez, attendez ! s'écria Hermione. Nous ne pouvons pas y aller comme ça, nous n'avons aucun plan, il faut d'abord…
- Nous devons partir tout de suite, l'interrompit Harry d'un ton imagines de quoi il est capable quand il s'apercevra que la bague et le médaillon ont disparu ? Qu'est-ce qu'on fera s'il décide que la cachette de Poudlard n'est pas assez sûre et qu'il déplace l'Horcruxe ?
- Mais comment va-t-on s'y prendre pour entrer ?
-On s'arrêtera d'abord à Pré-au-Lard, répondis-je. Nous essayerons de trouver un moyen quand nous aurons vu le système de protection de l'école. On s cachera sous la cape ensemble

-Mais on ne tiendra pas tous les 4…
- La nuit sera tombée, personne ne verra nos pieds. Le battement produit par des ailes immenses résonna de l'autre côté de l'eau noire : le dragon avait bu tout son soûl et s'élevait à présent dans les airs. Hermione s'avança alors et se glissa prés de nous sous la cape. Puis, d'un même mouvement, nous avons pivoté sur place et nous nous sommes enfoncés dans l'obscurité oppressante.
Mes pieds touchèrent le revêtement d'une route. Je vis la grand-rue de Pré-auLard, douloureusement familière : les façades sombres des magasins, le contour des montagnes au-delà du village, la courbe de la route qui menait à Poudlard, un peu plus loin devant moi, la lumière que déversaient les fenêtres des Trois Balais
Soudain, un hurlement déchira l'atmosphère, un cri que je sentis vibrer dans chaque nerf de mon corps. Je compris aussitôt que c'était notre arrivée qui l'avait déclenché. Alors que je regardais les 3 autres sous la cape, la porte des Trois Balais s'ouvrit violemment et une douzaine de Mangemorts encapuchonnés se précipitèrent dans la rue, leurs baguettes brandies. Un Mangemort agita sa baguette et le hurlement s'interrompit, son écho continuant de résonner dans les montagnes lointaines.
-Accio cape ! rugit l'un des Mangemorts.
Je serrai les pans de la cape d'invisibilité mais elle n'esquissa pas le moindre mouvement : le sortilège d'Attraction n'avait pas eu d'effet sur elle.
-Tu n'es pas sous ton emballage, Potter ? s'écria le Mangemort qui avait essayé de jeter le sortilège. S'adressant à ses compagnons, il ajouta :
-Dispersez-vous et cherchez-le, il est ici. Six Mangemorts coururent alors vers nous.
Nous avons battu en retraite aussi vite que possible dans une petite rue adjacente et les Mangemorts nous manquèrent de quelques centimè avons attendu dans l'obscurité, écoutant les bruits de pas qui couraient en tous sens, les rayons lumineux projetés par les baguettes magiques des Mangemorts flottant le long de la grand-rue.
-Partons ! murmura Hermione. Transplanons tout de suite !
-Excellente idée, approuva Ron. Mais avant qu'on ait pu répondre, un Mangemort cria :
-On sait que tu es ici, Potter, et tu ne pourras pas t'échapper ! On te trouvera !
-Ils s'étaient préparés, murmurais-je. Ils ont mis ce sortilège en place pour être prévenus de notre arrivée. J'imagine qu'ils ont également fait ce qu'il fallait pour nous empêcher de repartir, pour nous prendre au piège…

- Et les Détraqueurs ? lança un autre Mangemort. Lâchons-les, ils le retrouveront vite !
-Le Seigneur des Ténèbres ne veut pas que Potter meure d'une autre main que la sienne…
-Mais les Détraqueurs ne le tueront pas ! Le Seigneur des Ténèbres veut la vie de Potter, pas son âme. Il sera plus facile à tuer s'il a d'abord été embrassé !
Il y eut des murmures d'approbation.
-Il faut qu'on essaye de transplaner, Harry ! chuchota Hermione. Au même moment, je sentis un froid anormal s'insinuer dans la rue. Toutes les lumières furent aspirées, jusqu'à celles des étoiles, qui s'évanouirent. Dans une totale obscurité, je sentis Hermione me serrer le bras et nous avons tourné sur place. Mais c'était comme si l'atmosphère qu'on aurait dû traverser était devenue solide : on ne pouvait plus transplaner. Les sortilèges des Mangemorts se révélaient efficaces. Le froid glacé mordait de plus en plus ma chair. Nous avons suivi le mur à tâtons en essayant de ne pas faire de bruit. Soudain, au coin de la rue, les Détraqueurs apparurent, glissant en silence. Au nombre de dix, ou plus, ils restaient visibles car leurs silhouettes, avec leurs capes noires et leurs mains putréfiées couvertes de croûtes, étaient encore plus sombres que l'obscurité environnante. Percevaient-ils de la peur à proximité ? Ils semblaient avancer plus vite, j'entendais leur lente respiration sifflante, semblable à un râle, un goût de désespoir se répandait dans l'air, ils se rapprochaient…
Harry à côté de moi leva sa baguette
-Spero Patronum ! Le cerf argenté jailli de sa baguette. les Détraqueurs se dispersèrent et quelque part, un cri de triomphe retentit.
-C'est eux, là-bas, là-bas, j'ai vu un patronus, c'était un cerf, celui de Potter! Les Détraqueurs avaient fui, les étoiles réapparurent et les bruits de pas des Mangemorts se firent de plus en plus proches. Mais avant que je n'aie pu décider de ce que j'allais faire, le mécanisme d'une serrure grinça, une porte s'ouvrit du côté gauche de la rue étroite et une voix rude lança :
-Potter, vite, ici ! Nous avons obéi sans hésiter
-Montez là-haut, gardez la cape sur vous, taisez-vous ! marmonna un homme de haute taille qui passa devant nous pour sortir dans la rue et claqua la porte derrière lui. Au début, je n'avais aucune idée de l'endroit où on se trouvait, mais bientôt, à la lueur vacillante d'une unique chandelle, je reconnus le bar crasseux, au sol recouvert de sciure, de La Tête de Sanglier. Nous avons courus derrière le comptoir puis franchirent une autre porte qui donnait sur un escalier de bois délabré dont nous avons monté les marches aussi vite que nous avons pu. Nous sommes arrivé dans un salon au tapis usé. Au-dessus d'une petite cheminée était accrochée une grande peinture à l'huile représentant une fillette blonde qui contemplait la pièce avec une sorte de douceur absente. Des cris s'élevèrent de la rue. Toujours recouverts de la cape d'invisibilité, nous avons avancé silencieusement et nous avons regardé par la fenêtre aux vitres sales. Notre sauveur était la seule personne qui ne portait pas de capuchon.
-Et alors ? hurlait-il au visage de l'une des silhouettes masquées. Et alors ? Si vous envoyez des Détraqueurs dans ma rue, moi, je leur envoie un Patronus ! Je ne veux pas les avoir à côté de chez-moi, je vous l'ai déjà dit, je n'en veux pas !

-Ce n'était pas ton Patronus ! répliqua un Mangemort. C'était un cerf, celui de Potter !
- Un cerf ! rugit le barman. Il sortit une baguette magique.
- Un cerf ! Espèce d'idiot… Spero Patronum ! Une forme immense et cornue surgit de la baguette : tête baissée, elle chargea en direction de la grand-rue et disparut.
- Ce n'est pas ce que j'ai vu…, dit le Mangemort, avec moins de certitude, cependant.
- Tu as entendu le bruit, le couvre-feu a été violé, intervint l'un de ses compagnons. Quelqu'un était dans la rue, contrairement au règlement…
-Si je veux faire sortir mon chat, personne ne m'en empêchera et au diable votre couvre-feu !
-C'est toi qui as déclenché le charme du Cridurut ?
- Si je réponds oui, qu'est-ce qui se passera ? Vous allez m'expédier à Azkaban ? Me tuer pour avoir osé mettre le nez dehors devant ma propre porte ? Allez-y, si ça vous amuses ! Mais j'espère pour vous que vous n'avez pas appuyé sur votre petite Marque des Ténèbres pour l'amener ici. Il ne serait pas très content que vous l'appeliez simplement pour me voir moi et mon vieux chat, vous ne croyez pas ?
- Ne t'inquiète pas pour nous, répliqua l'un des Mangemorts, c'est plutôt toi qui devrais te faire du souci pour avoir violé le couvre-feu !
- Et comment vous vous y prendrez, tous autant que vous êtes, pour continuer votre petit trafic de potions et de poisons quand mon pub sera fermée ? Comment vous ferez pour arrondir vos fins de mois ?
- Tu nous menaces ?
- Je ne vous ai jamais dénoncés, c'est pour ça que vous venez ici, non ?
- Et moi, je te dis que j'ai vu un Patronus en forme de cerf ! s'écria le premier Mangemort.
- Un cerf ? gronda le barman. C'est un bouc, idiot !
-D'accord, on a fait une erreur, admit le deuxième Mangemort. Mais si tu violes à nouveau le couvre-feu, on ne sera plus aussi indulgents ! D'un pas énergique, les Mangemorts retournèrent dans la grand-rue. Hermione exprima son soulagement en poussant un petit gémissement. Elle se dégagea de la cape et s'assit sur une chaise aux pieds branlants. Harry ferma soigneusement les rideaux, puis ôta la cape d'invisibilité qui nous recouvrait encore
On entendit le barman verrouiller à nouveau la porte du rez-de-chaussée et monter l'escalier. Le barman entra dans la pièce.

-Bande d'imbéciles, dit-il d'un ton rude en nous regardant tour à tour. Qu'est-ce qui vous a pris de venir ici ?
-Merci, répondis-je. Nous ne pourrons jamais vous être assez reconnaissants. Vous nous avez sauvé la vie. Le barman grogna.
Harry s'approcha de lui et le dévisagea
-C'est votre œil qui était dans le miroir. Un silence tomba dans la pièce. Harry et le barman se regardèrent.
-Vous nous avez envoyé Dobby. Le barman acquiesça d'un signe de tête et chercha Dobby des yeux.
- Je pensais qu'il serait avec vous. Où l'avez-vous laissé ?
- Il est mort, dit Harry. Bellatrix Lestrange l'a tué.
Le visage du barman resta impassible. Au bout d'un moment, il murmura :
-Je suis navré de l'apprendre. J'aimais bien cet elfe. Il se détourna, allumant les lampes d'un coup de baguette magique, sans regarder aucun d'entre nous.
- Vous êtes Abelforth, dit Harry à l'homme qui lui tournait le dos. Ne cherchant ni à confirmer ni à démentir, il se pencha pour allumer le feu. Comment vous êtes-vous procuré ceci ? demanda Harry. Il s'avança vers le miroir de Sirius
- Je l'ai acheté à Ding il y a environ un an, répondit Abelforth. Albus m'a expliqué ce que c'était. J'ai essayé de garder un œil sur vous. Ron sursauta.
- La biche argentée ! s'exclama-t-il, surexcité. C'était vous ?
- De quoi parles-tu ? s'étonna Abelforth.
-Quelqu'un nous a envoyé un Patronus !
-Avec un cerveau comme le tien, tu pourrais devenir Mangemort, fiston. N'ai-je pas montré il y a un instant que mon Patronus était un bouc ?
- Oui, c'est vrai…, admit Ron. En tout cas, j'ai faim ! ajouta-t-il, sur la défensive, alors que son estomac grondait bruyamment.
- J'ai de quoi manger, répondit Abelforth. Il sortit de la pièce et revint quelques instants plus tard avec une grande miche de pain, du fromage et une cruche d'étain remplie d'hydromel, qu'il posa sur une petite table devant le avons mangé et bu avec avidité et pendant un moment, on n'entendit plus que le craquement des bûches, le tintement des coupes et les bruits de mastication.
-Bien, alors, reprit Abelforth lorsqu'on eut fini et que Harry et Ron se furent affalés dans des fauteuils d'un air somnolent. Il faut réfléchir au meilleur moyen de sortir d'ici. On ne peut rien tenter la nuit : dès que le charme du Cridurut se sera déclenché, ils vous tomberont dessus comme des Botrucs sur des œufs de Doxy. Je ne pense pas que j'arriverai une deuxième fois à faire passer un cerf pour un bouc. Attendez l'aube, quand le couvre-feu sera levé, vous pourrez alors remettre votre cape d'invisibilité et partir à pied. Sortez tout de suite de Pré-au-Lard, allez dans les montagnes et là, vous pourrez transplaner. Vous verrez peut-être Hagrid. Il se cache dans une grotte, là-haut, avec Graup, depuis qu'ils ont essayé de l'arrêter.

- On ne s'en va pas, répliquais-je. Il faut que nous entrions à Poudlard.
- Ne sois pas stupide dit Abelforth.
-Nous devons y aller, insista Harry.
- La seule chose que vous ayez à faire, poursuivit Abelforth en se penchant en avant, c'est partir d'ici le plus loin possible.
-Vous ne comprenez pas. Il ne reste pas beaucoup de temps. Il faut absolument que nous allions au château. Dumbledore… je veux dire, votre frère… voulait que nous…
-Mon frère Albus voulait toujours beaucoup de choses, l'interrompit Abelforth, et les gens qui l'entouraient avaient la mauvaise habitude de prendre des coups chaque fois qu'il exécutait ses plans grandioses. Ne t'approche pas de cette école, Potter, et quitte le pays si tu le peux. Oublie mon frère et ses savantes machinations. Il est parti là où tout cela ne peut plus lui faire de mal et tu ne lui dois rien.
- Vous ne comprenez pas, répéta Harry.
- Ah, vraiment ? murmura Abelforth. Tu crois que je ne peux pas comprendre mon propre frère ? Tu penses que tu connaissais Albus mieux que moi ?
-Ce n'est pas ce que je voulais dire. C'est… Il m'a confié un travail.
- Voyez-vous ça ? Un travail agréable, j'espère ? Facile ? Le genre de choses qu'un jeune sorcier non diplômé peut accomplir sans trop se casser la tête ? Ron eut un petit rire sinistre.
- Je… non, ce n'est pas facile du tout, dit Harry. Mais il faut que je…
- Il faut ? Pourquoi « Il faut » ? Il est mort, n'est-ce pas ? répliqua Abelforth avec brusquerie. Laisse tomber, mon garçon, sinon, tu vas bientôt le suivre ! Sauve ta propre vie !
- Je ne peux pas.
- Et pourquoi ?
- Je…
-Écoutez dis-je à mon tour, on ne peux pas partir, nous sommes les Potter par Merlin qu'est ce que vous croyez qu'on peu faire d'autre que se battre ? Vous préféreriez qu'on se cache dans la forêt à tout jamais en laissant des gens mourir chaque jour ? Vous aussi, vous combattez, vous êtes membre de l'Ordre du Phénix…
-Je l'étais, répondis Abelforth. L'Ordre du Phénix est fini. Vous-Savez-Qui a gagné, c'est terminé, et tous ceux qui prétendent le contraire se font des illusions. Vous ne serais jamais en sécurité, ici, il a trop envie de vous retrouver. Partez à l'étranger, cachez-vous, sauvez votre peau. Et emmenez ces deux-là avec vous, ça vaudra mieux. D'un geste du pouce, il montra Ron et Hermione. Ils seront en danger toute leur vie, maintenant que chacun sait qu'ils ont été à vos côtés.
-Je ne peux pas partir, affirma Harry. J'ai un travail…
- Confie-le à quelqu'un d'autre !
- Impossible. C'est à moi de le faire. Dumbledore m'a bien expliqué…
- Voyez-vous ça… Et est-ce qu'il t'a vraiment tout dit, est-ce qu'il a été sincère avec toi ? Je connaissais mon frère, Potter. Il a acquis le goût du secret sur les genoux de ma mère. Le secret et le mensonge, c'est là-dedans que nous avons été élevés et Albus… était très doué pour ça. Les yeux du vieil homme se tournèrent vers le portrait de la fillette, au-dessus de la cheminée.
- Mr Dumbledore ? demanda Hermione d'une voix plutôt timide. Est-ce votre sœur ? Ariana ?
- Oui, répondit simplement Abelforth. On dirait que vous avez lu Rita Skeeter, ma petite demoiselle ? Même à la lueur rosâtre du feu, on voyait nettement qu'Hermione avait rougi.
-Elphias Doge nous en a parlé, intervint Harry, essayant d'épargner Hermione.
- Ce vieil imbécile, marmonna Abelforth. Il but une autre gorgée d'hydromel. Il a toujours pensé que mon frère répandait le soleil par tous ses orifices, il en était convaincu. Comme beaucoup d'autres, d'ailleurs, y compris vous 4, si j'en crois les apparences.
-Le professeur Dumbledore aimait beaucoup Harry, dit Hermione à voix basse.
-Voyez-vous ça ? s'exclama Abelforth. Il est curieux de voir combien de gens que mon frère aimait beaucoup se sont retrouvés dans une situation bien pire que s'il les avait laissés tranquilles.
- Que voulez-vous dire ? demanda Hermione, le souffle coupé.
-Ne cherchez pas à savoir, répliqua Abelforth.
- Mais ce que vous affirmez est très grave ! insista Hermione. Vous voulez… Vous voulez parler de votre sœur ? Abelforth lui lança un regard mauvais. Ses lèvres remuèrent comme s'il mâchait les mots qu'il s'efforçait de retenir. Enfin, il explosa :

-Lorsque ma sœur avait six ans, elle a été attaquée, agressée, par trois Moldus. Ils l'avaient vue pratiquer la magie en l'épiant à travers la haie du jardin. C'était une enfant, elle n'arrivait pas à contrôler ses pouvoirs, aucun sorcier ne le peut, à cet âge. J'imagine que ce qu'ils avaient vu les avait effrayés. Ils se sont introduits dans le jardin à travers la haie et comme elle était incapable de leur montrer le « truc » qui permettait d'en faire autant, ils se sont un peu emportés en voulant empêcher le petit monstre de recommencer. À la lueur des flammes, les yeux d'Hermione paraissaient immenses. Ron semblait pris de nausée. Abelforth se leva, aussi grand qu'Albus, soudain terrible dans sa colère et l'intensité de sa douleur. Ce qu'ils lui ont infligé l'a détruite. Elle n'a plus jamais été la même. Elle ne voulait plus entendre parler de magie mais elle ne parvenait pas à s'en débarrasser. Alors, la magie, enfermée à l'intérieur, l'a rendue folle, elle explosait hors d'elle quand elle n'arrivait pas à la contrôler, et parfois elle se montrait étrange, dangereuse même. Mais la plupart du temps, elle était douce, craintive, inoffensive. « Mon père s'en est pris aux voyous qui avaient fait cela, poursuivit Abelforth, il les a attaqués. C'est pour cette raison qu'on l'a enfermé à Azkaban. Il n'a jamais dit pourquoi il avait agi ainsi, parce que si le ministère avait su ce qu'était devenue Ariana, elle aurait été bouclée pour de bon à Ste Mangouste. Ils l'auraient considérée comme une menace grave pour le Code international du secret magique, instable comme elle l'était, avec toute cette magie qui jaillissait d'elle quand elle ne pouvait plus la retenir. « Nous avons dû la garder dans le silence et l'isolement. Nous avons déménagé, nous avons prétendu qu'elle était malade et ma mère s'en est occupée, elle a essayé de la calmer, de la rendre heureuse. « J'étais son préféré, ajouta-t-il, et quand il prononça ces mots, on aurait dit qu'un petit garçon crasseux venait d'apparaître derrière les rides et la barbe en broussaille d'Abelforth. Ce n'était pas Albus qu'Ariana aimait le mieux. Lui, quand il était à la maison, il restait toujours là- haut dans sa chambre, à lire des livres et à compter ses récompenses, à entretenir sa correspondance avec « les personnalités magiques les plus remarquables de son temps ». Abelforth ricana. Il ne voulait pas qu'on l'embête avec sa sœur. C'était moi qu'elle préférait. J'arrivais à la faire manger lorsqu'elle refusait d'avaler quoi que ce soit avec ma mère, je parvenais à la calmer quand elle était prise d'un de ses accès de rage, et quand elle se tenait tranquille, elle m'aidait à nourrir les chèvres. « Puis, quand elle a eu quatorze ans… Je n'étais pas à la maison, vous comprenez, continua Abelforth. Si j'avais été là, j'aurais pu la calmer. Elle a eu une de ses crises de fureur et ma mère n'était plus si jeune, alors… il y a eu un accident. Ariana n'a pas pu se contrôler. Et ma mère a été tuée. Et donc, Albus a dû renoncer à son voyage autour du monde avec le petit Doge. Tous les deux sont venus à la maison pour assister aux funérailles de ma mère, puis Doge est parti tout seul et Albus a pris la place de chef de famille. Ha ! Ha ! Abelforth cracha dans les flammes. J'aurais été d'accord pour m'occuper d'elle, je le lui ai dit, je me fichais bien de l'école, je serais volontiers resté à la maison pour m'en charger. Mais il m'a répondu que je devais finir mes études et que ce serait lui qui remplacerait ma mère. C'était une dégringolade pour Mr Fort-en-Thème, on ne reçoit pas de prix ou de récompenses pour avoir pris soin d'une sœur à moitié folle en l'empêchant de faire sauter la maison tous les deux jours. Mais il s'en est bien sorti pendant quelques semaines… jusqu'à ce qu'il arrive. Une expression ouvertement menaçante apparut sur le visage d'Abelforth. Grindelwald. Enfin, mon frère avait un égal à qui parler, quelqu'un d'aussi brillant, d'aussi talentueux que lui. S'occuper d'Ariana devint alors très secondaire, pendant qu'ils mijotaient leurs plans pour établir un ordre nouveau chez les sorciers, et chercher les reliques ou faire je ne sais quoi encore qui les intéressait tant. De grands projets qui devaient bénéficier à toute la communauté magique, et si on négligeait de prendre soin d'une fillette, quelle importance, puisque Albus travaillait pour le plus grand bien ? « Mais au bout de quelques semaines, j'en ai eu assez, vraiment assez. Le moment était presque venu pour moi de retourner à Poudlard, alors je leur ai dit, à tous les deux, face à face, comme je vous parle en ce moment… je lui ai dit : « Il vaudrait mieux que tu laisses tomber, maintenant. Je ne sais pas où tu as l'intention d'aller, mais on ne peut pas la déplacer, elle n'est pas en état, tu ne peux pas l'emmener avec toi pendant que tu passeras ton temps à prononcer de beaux discours en essayant de rassembler des partisans. » Ça ne lui a pas plu, poursuivit Abelforth, et ses yeux furent brièvement occultés par le reflet des flammes sur les verres de ses lunettes qui brillèrent d'un éclat blanc, aveugle. Grindelwald n'a pas du tout aimé. Il s'est mis en colère. Il m'a dit que j'étais un petit imbécile qui essayait de leur faire obstacle à lui et à mon frère si brillant… Ne comprenais-je donc pas que ma pauvre sœur n'aurait plus besoin de rester cachée lorsqu'ils auraient changé le monde, permis aux sorciers de sortir de la clandestinité et appris aux Moldus à demeurer à leur place ? « Il y a eu une dispute… J'ai sorti ma baguette, il a sorti la sienne et le sortilège Doloris m'a été jeté par le meilleur ami de mon propre frère… Albus essayait de l'arrêter et nous nous sommes affrontés tous les trois. Les éclairs de lumière, les détonations ont provoqué une crise, elle ne pouvait plus le supporter… Le visage d'Abelforth pâlissait à vue d'œil, comme s'il avait subi une blessure mortelle. Je crois qu'elle a voulu aider mais elle ne savait pas vraiment ce qu'elle faisait et j'ignore qui de nous trois était responsable, ce pouvait être n'importe lequel d'entre nous… En tout cas, elle était morte. Sa voix se brisa en prononçant ces derniers mots et il se laissa tomber dans le fauteuil le plus proche.

A la fin de cette histoire, je pris seulement conscience des larmes qui avait coulé sur mes joues

-Je suis… Je suis navrée, murmura Hermione

- Partie, murmura Abelforth d'une voix rauque. Partie pour toujours. Il s'essuya le nez d'un revers de manche et s'éclaircit la gorge.
-Évidemment, Grindelwald a tout de suite filé. Il avait déjà un dossier, dans son propre pays, et il ne voulait pas qu'on ajoute la mort d'Ariana à la liste de ses méfaits. Quant à Albus, n'était-il pas libre, désormais ? Libre du fardeau que représentait sa sœur, libre de devenir le plus grand sorcier de…
-Il n'a jamais été libre, l'interrompit Harry.
- Je vous demande pardon ? dit Abelforth.
-Jamais, répéta Harry. Le soir où votre frère est mort, il a bu une potion qui lui a fait perdre la tête. Il s'est mis à crier, à supplier quelqu'un qui n'était pas là. « Il ne faut pas leur faire de mal, par pitié… C'est à moi qu'il faut faire du mal. » Nous avons tout de suite regardé fixement Harry. Il n'avait jamais raconté les détails de ce qui s'était passé sur l'île, au milieu du lac : les événements qui s'étaient produits après que Dumbledore et lui furent revenus à Poudlard avaient complètement éclipsé le reste.

-Il se croyait de retour là-bas, avec vous et Grindelwald, je le sais, poursuivit Harry. Il croyait voir Grindelwald en train de vous faire du mal, à vous et à Ariana… Pour lui, c'était une torture, si vous l'aviez vu à ce moment-là, vous ne diriez pas qu'il était libre. Abelforth avait l'air perdu dans la contemplation de ses mains noueuses aux veines saillantes. Après un long silence, il répondit :
-Comment peux-tu être sûr, Potter, que mon frère n'était pas plus intéressé par « le plus grand bien » que par toi ? Comment peux-tu être sûr que tu n'es pas une quantité négligeable qu'on peut laisser tuer, comme ma petite sœur ?
-Je n'y crois pas. Dumbledore aimait Harry, assura Hermione.

-Pourquoi ne lui a-t-il pas conseillé de se cacher, dans ce cas ? Rétorqua Abelforth. Pourquoi ne lui a-t-il pas dit : « Prends soin de toi, voici comment survivre ? »
- Parce que, répliqua Harry avant qu'Hermione ait pu répondre, parfois il faut penser à autre chose qu'à sa propre sécurité ! Parfois, il faut penser au plus grand bien ! Nous sommes en guerre !
- Tu as dix-sept ans, mon garçon !
- Je suis majeur et je vais continuer à me battre même si vous, vous avez abandonné !
-Qui te dit que j'ai abandonné ?
- « L'Ordre du Phénix est fini, répéta Harry. Vous-Savez-Qui a gagné, c'est terminé, et tous ceux qui prétendent le contraire se font des illusions. »
-Même si ça ne me plaît pas, c'est la vérité !
- Non, répondit Harry. Votre frère savait comment venir à bout de Vous-Savez-Qui et il m'a transmis ce savoir. Je continuerai jusqu'à ce que je réussisse… ou que je meure. Ne croyez pas que j'ignore comment les choses pourraient finir. Je le sais depuis des années. Nous devons entrer à Poudlard, répéta Harry. Si vous ne pouvez rien pour nous, nous attendrons l'aube, nous vous laisserons tranquille et nous essayerons nous-mêmes de trouver un moyen. Mais si vous pouvez nous aider… ce serait le moment de nous le faire savoir. Abelforth resta figé dans son fauteuil, fixant Harry de ses yeux si extraordinairement semblables à ceux de son frère. Enfin, il s'éclaircit la gorge, se leva, contourna la petite table et s'approcha du portrait d'Ariana.
-Tu sais ce que tu dois faire, dit-il. Elle sourit, tourna les talons et s'en alla, non pas à la manière habituelle des portraits, en sortant du cadre, mais en suivant ce qui semblait être un long tunnel peint derrière elle. Nous avons regardé sa mince silhouette s'éloigner jusqu'à ce qu'elle disparaisse, engloutie par l'obscurité.
- Heu… Qu'est-ce que… ? commença Ron.
-Il n'y a plus qu'un seul moyen d'entrer, maintenant, l'interrompit Abelforth. Il faut que vous le sachiez : d'après mes sources, tous les passages secrets sont surveillés à chaque extrémité, des Détraqueurs sont postés tout autour des murs d'enceinte, des patrouilles font régulièrement des rondes dans le château. Jamais l'endroit n'a été aussi bien gardé. Comment espérez-vous tenter quoi que ce soit quand vous serez à l'intérieur, avec Rogue comme directeur et les Carrow comme adjoints… mais ça, c'est votre affaire, n'est-ce pas ? Tu as dit que tu étais prêt à mourir.
-Qu'est-ce que… ? balbutia Hermione qui fronçait les sourcils en regardant le tableau d'Ariana. Un minuscule point blanc était réapparu tout au bout du couloir peint. Ariana revenait vers nous, sa silhouette grandissant à mesure qu'elle approchait. Mais à présent, quelqu'un d'autre l'accompagnait, quelqu'un de plus grand qu'elle, qui marchait en boitant, l'air surexcité. Je ne lui avais jamais vu des cheveux aussi longs. Des entailles barraient son visage et ses vêtements étaient troués, déchirés. Les deux silhouettes continuèrent de grandir jusqu'à remplir le tableau de la tête et des épaules. Puis le cadre pivota sur le mur à la manière d'une petite porte qui révéla l'entrée d'un tunnel, un vrai cette fois. Grimpant à travers l'ouverture, les cheveux trop longs, le visage tailladé, sa robe lacérée, Neville en personne poussa un rugissement de joie, sauta du manteau de la cheminée et s'écria :
-Je savais que vous viendriez ! Je le savais !