CHAPITRE XLIV : LES MALHEURS DE RICHARD
Le lendemain matin, Richard se réveilla de bonne humeur. Il ne restait plus que trois jours de travail chez le vicomte, ils avaient décidé d'un week-end à Londres dans deux semaines, à l'occasion de ses dix-neuf ans... Sa ville natale lui manquait, son manoir lui manquait... Certes, il savait pertinemment qu'il serait trop dangereux de se rendre à Phantomhive, mais simplement se savoir dans la capitale anglaise et à quelques kilomètres de chez lui lui ferait le plus grand bien.
Et, mieux que tout le reste, Céline devait venir visiter le château du vicomte durant la journée. Ils allaient pouvoir se voir un peu.
C'est ainsi qu'il partit avec bien plus de joie que d'ordinaire chez le vicomte de Druitt, contrairement à Emma qui dormait debout, William ayant décidé de lui donner des cours plus accélérés que ceux de Clémence en vue de leur entrée à l'Académie, deux semaines plus tard. Mais malheureusement pour le comte, cela ne devait pas durer.
À son plus grand désarroi, Alexander avait réussi à convaincre les Shinigami de venir eux aussi visiter le château. L'adolescent voulait en effet revoir Céline afin de savoir si elle était réellement digne du comte de Phantomhive. William n'avait pu s'empêcher d'accepter, bien décidé à vérifier que le vicomte tenait sa promesse de laisser Emma tranquille.
Ce fut Ronald qui se chargea de leur faire la visite guidée, tandis que Richard était parti avec un groupe de seulement deux personnes.
Lorsque ces derniers se trouvèrent dans le donjon, loin des autres, l'un des deux interpella le blond bouclé par son titre.
« Si nous parlions un peu, comte ? »
Richard sursauta violemment et se retourna, prêt à se défendre.
« Vous ! »
Undertaker avait repris son apparence originelle, sans pour autant arrêter de se cacher de la perception de leur équipe de Traqueurs. Kayden avait gardé sa métamorphose. Il était en effet très fatiguant d'utiliser en même temps ce deux pouvoirs et il préférait ne pas en rajouter en usant trop de fois de la transformation.
Richard fut soulagé sur le coup en voyant qu'il ne s'agissait pas de Sebastian comme il en avait eu peur en l'entendant l'appeler par son titre de noblesse. Une colère noire le prit aussitôt après, tandis qu'Undertaker se métamorphosait de nouveau au cas où ils se fassent surprendre :
« Vous êtes aussi cinglé l'un que l'autre ! hurla-t-il. Par votre faute, j'ai failli mourir deux fois ce week-end ! Tuer par votre maudite étrange poupée puis d'une crise d'asthme dû au stress !
-Calme-toi, sourit Undertaker, nous ne pouvions pas savoir que Jérôme régresserait... Il était bien plus évolué que les autres. Je n'avais pas eu un aussi bon sujet depuis Johan Agares. Beaucoup de cinématiques à exploiter et...
-NE VOUS MOQUEZ PAS DE MOI ! coupa violemment Richard. C'ÉTAIT UNE ÉTRANGE POUPÉE MALGRÉS TOUT ! VOUS SAVIEZ QU'IL Y AVAIT UN RISQUE !
-Un risque extrêmement négligeable, intervint Kayden. Il était de même pas un demi pour cent...
-Une chance sur dix-neuf million, soixante-huit mille, huit cents quarante ! cria Richard. C'est la chance de gagner au loto ! Ou plutôt devrais-je dire une malchance ! Mais c'était un risque de trop ! La preuve, ça a raté !
-Il y avait tout de même peu de chance pour qu'il gagne au loto ! s'esclaffa Undertaker. Personne n'aurait pu penser qu'il gagnerait le gros lot... Tu ne peux pas dire que ce n'est pas drôle : il a joué toute sa vie et devient riche une fois mort... »
Richard se mit dans une colère noire. Il avait failli mourir dévoré vivant puis d'une crise d'asthme et le Shinigami en riait.
« Vous êtes complètement inconscients ! L'un comme l'autre ! s'énerva-t-il franchement. Finalement, peut-être vaut-il mieux que nous soyons aux côtés de vos Traqueurs, vu comment vous nous protégez ! Je comprends mieux aujourd'hui pourquoi vous n'avez pas su sauver mes ancêtres ni ma mère ! »
Undertaker arrêta de rire et regarda Richard droit dans les yeux, sans un mot. Le comte avait appuyé là où cela faisait mal.
« De tes ancêtres, répliqua-t-il, aucun ne voulait être sauvé. Il est vrai que j'ai longtemps voulu les aider, mais tu ne peux pas sauver ceux qui ne veulent pas l'être. Comment veux-tu briser un contrat démoniaque ? Si tu vends ton âme à un Démon, c'était que tu étais prêt à tout pour parvenir à tes fins. Que ce que tu désires et demandes au Démon est plus important que tout le reste, même que ce qui est plus précieux que tout, ton âme. Alors lorsque quelqu'un te tend la main pour te sortir de là et te faire renoncer à ton Pacte, tu le repousses car cela signifie que tu devrais aussi renoncer à ce qui te tient le plus à cœur. Si jamais tu réussis à trouver comment sauver un pactisant, explique-moi comment faire, je suis intéressé. »
Richard serra les dents, toujours en colère contre le déserteur. Il avait failli mourir après tout...
« Et pour ma mère ? Qu'avez-vous à répondre ? » fit-il hargneusement, toujours furieux.
Undertaker soupira.
« J'ai fait ce que j'ai pu. N'ayant aucun accès à la Death list, je ne pouvais pas savoir qu'elle allait mourir. Mais j'ai tout de même réussi à vous sauver, ton frère et toi.
-Pas savoir que ma mère allait mourir ? Et vous allez aussi oser me dire que vous ne pouviez pas savoir que Jérôme allait péter un plomb ?! Je ne vous crois pas ! William a dit que les Shinigami avaient un don de voyance ! Vous pouvez voir le futur ! Vous n'avez même pas pensé à regarder !
-Ah, je vois... fit Kayden en sortant de son mutisme. Vous devez savoir que même si nous avons tous ce don, nous sommes plus ou moins doué pour l'utiliser et... il se trouve qu'aucun de nous deux n'en est capable... Ou très mal en tout cas.
-Oui, confirma l'argenté en riant, je n'ai jamais été doué pour ça...
-Et ça vous fait rire ?!
-Tu n'as pas tellement d'humour, finalement, comte...
-Pas le même que vous, c'est sûr. D'ailleurs... Pourquoi êtes-vous venu, au final ?
-Pour voir comment tu allais après cette attaque.
-Vous vous inquiétez pour les gens que vous avez failli tuer alors ? J'irais bien mieux sans votre intervention, figurez-vous.
-Le tout, c'est que tu ailles bien.
-Ne refaites jamais quelque chose comme ça ! Je ne veux plus avoir à faire à vos horreurs, suis-je clair ?
-Mais oui, comte, de toute façon, ce serait trop suspect et vos protecteurs se méfieront de tous les voisins que vous pourrez avoir.
-Je sais que vous accordez de l'importance à nos âmes, insista Richard, mais nous, nous en accordons à notre vie. Alors faites en sorte de ne pas nous assassiner.
-Nous vous l'avons dit, Richard, soupira Kayden, nous ne placerons plus d'étrange poupée à côté de chez vous, vous pouvez être tranquille.
-Nicolas ?! »
Richard leva les yeux, pendant que les deux Shinigami se retournaient. Le comte pâlit en voyant Céline qui le fixait, interdite. Avec horreur et le cœur battant, il se demanda si elle n'avait pas tout entendu et depuis combien de temps elle était là.
« C'est quoi cette histoire d'assassinat ? s'épouvanta-t-elle. Et... C'est qui, ces deux-là ? Pourquoi t'appellent-ils Richard ?
-Qui est-ce ? interrogea Kayden.
-Céline, ma petite-amie. Céline, ce sont des amis.
-Des amis ? répéta-t-elle. Qui parlent de t'assassiner ?
-Mais non, rétorqua-t-il visiblement stressé, c'est... c'est une blague entre nous...
-Ah ? Et Richard, c'est une blague ?
-Non, c'est... Enfin, si bien sûr, c'est une blague... »
Le comte n'avait jamais été doué pour mentir. Cela se voyait comme le nez au milieu de la figure. La brune s'approcha de lui et le prit par le bras pour l'emmener dans une pièce voisine afin de ne pas être entendu :
« Qu'est-ce que tu me caches, Nicolas ? J'ai l'impression que tu as des problèmes et que tu ne veux pas m'en parler.
-Tout va bien, assura-t-il. Je te le jure.
-C'est inutile de me mentir, je vois bien que ça ne va pas... Je peux t'aider, tu sais... Je t'aime et je ne veux pas qu'il y ait d'ombres entre nous.
-Tu ne peux pas m'aider, répondit-il machinalement en pensant à sa sœur et au majordome de celle-ci.
-Si tu me dis ça, c'est bien qu'il y a un problème, non ? »
Il se mordit les lèvres en se rendant compte de ce qu'il venait de dire. Céline était intelligente après tout...
« Je ne peux pas t'en parler.
-Nicolas...
-Non, c'est la vérité. Je ne peux pas t'en parler. Vraiment pas. Je veux juste te protéger.
-Me protéger de quoi ?
-Je ne peux pas te le dire ! insista Richard.
-Mais enfin...
-Non, désolé.
-Ah ! Richard, mon frère, tu es là ! »
Le comte et Céline se tournèrent vers Alexander qui venait d'entrer comme un cheveux sur la soupe.
« Cette fois, tu as intérêt à être franc avec moi, s'énerva Céline. Pourquoi tout le monde t'appelle Richard ?
-Ah oui, se souvint tout à coup Alexander, c'est vrai qu'il faut t'appeler Nicolas, ici...
-Nicolas... Ou Richard, je ne sais plus qui tu es là... Dis-moi ce qui se passe...
-Je te l'ai dit, je veux simplement te protéger ! rétorqua le comte.
-Bah, de toute façon, elle n'est pas digne de toi, mon frère, railla son cadet. Il te faut une noble qui nous apportera de nouveaux quartiers de noblesse.
-Parce que tu es noble en plus ?! Ça suffit, je veux la vérité ! Arrête de dire que tu veux me protéger !
-Tu risques la mort si je te dis tout...
-Richard... Enfin, si j'ai bien compris, c'est ton vrai prénom, n'est-ce pas ? Écoute Richard... Je peux supporter beaucoup de chose, mais certainement pas le mensonge. Tu ne me fais pas confiance ou quoi ?! Si tu ne me dis pas tout maintenant, je te quitte. C'est ta dernière chance...
-Tu ne vas pas me quitter pour ça ?!
-Si, et cela ne sera pas une perte, crut bon de commenter Alexander.
-LA FERME ALEX !
-Alexan...
-Tu la fermes ou je te jure que je te ferais regretter Amber et Sebastian ! Céline... On peut pas se quitter pour ça...
-Mais tu te rends compte de ce que tu me dis ?! s'exclama-t-elle. Non seulement j'apprends que tu ne t'appelles pas Nicolas Flavet mais Richard de Je-ne-sais-quoi, que tu as un titre de noblesse, mais en plus que tu trempes dans des affaires louches ! Parce que ne me dis pas que les deux qui étaient là n'étaient pas louches ! Qu'est-ce que tu me caches d'autres encore ?! Que tu mènes une double vie, que tu me trompes, que...
-Ça va pas la tête ?! Jamais je ne te tromperais !
-Et comment pourrais-je te faire confiance après ce que je viens d'apprendre ? »
Richard s'apprêta à répondre, mais il se mit un instant à sa place. Il soupira en baissant la tête.
« Tu ne peux pas.
-Tu vois ! Alors ?
-Toi aussi, essaye de te mettre à ma place. J'ai perdu mes parents, comme tu le sais déjà. Je ne veux pas que tu...
-C'est bon, j'ai compris. T'embête pas, coupa-t-elle tristement. Tu ne veux pas me faire confiance. Si jamais tu te décides à tout me dire, je serais là. Mais je n'attendrais pas des années.
-Je ne te dirais rien jusqu'à ce que tous mes problèmes soient réglés, Céline... assura-t-il, la voix brisée et suppliante.
-Ça devrait prendre combien de temps ?
-Ça peut aller de quelques jours à toute ma vie, répondit-il en toute honnêteté.
-Alors je crains que nous allons devoir en rester là...
-Céline, tenta-t-il. Je t'aime et... je vois bien que toi aussi... Enfin je veux dire, je vois bien que tu en souffres aussi, alors pourquoi se séparer ?
-Oui. Je vais souffrir de te quitter, murmura-t-elle. Mais je ne pourrais pas supporter de rester auprès d'un homme dont je sais pertinemment qu'il me ment. Je... Je suis désolée... »
Elle se mordit les lèvres et détourna le regard avant de partir en soufflant un au revoir qui fendit le cœur de Richard. Il ne fit cependant rien pour la rattraper. C'était inutile. Il le savait. Lorsqu'elle fut sortie de la pièce, il craqua et éclata en sanglot sous le regard étonné de son frère.
« Mais tu l'aimais réellement ? » demanda l'adolescent.
La gifle partit et claqua violemment sur la joue d'Alexander.
.oOo.
Ronald entra dans la pièce où se trouvait encore Undertaker et Kayden, guidant le reste de l'équipe et leur présentant les différentes pièces du château. William regarda dans tous les recoins de la pièce, espérant apercevoir Druitt. Il ne l'avait toujours pas vu et enrageait intérieurement, malgré son habituel stoïcisme. Il l'imaginait en train de tenter de séduire Emma et qu'elle ne puisse rien faire...
L'aborigène tenait à rester le plus discret possible et se passionnait soudainement pour la vue qu'offrait la fenêtre la plus proche sur le jardin. Il pensait qu'Undertaker allait le suivre et qu'ils partiraient ensuite, comme ils voulaient le faire. Mais il aurait dû s'en douter. C'était sans compter le caractère imprévisible et espiègle de l'argenté. Celui-ci se dirigea vers Ronald et demanda :
« Excusez-moi, mon ami et moi étions en pleine visite, mais notre guide a dû s'absenter pour des problèmes personnels... Pouvons-nous finir la visite avec vous s'il vous plaît ?
-Oui, bien entendu ! répondit l'Écossais sans reconnaître le déserteur. Il n'y a aucun soucis...
-Merci ! »
Kayden s'étrangla en l'entendant. Il se retourna vers lui pour lui jeter un regard assassin, mais Undertaker n'en eut cure et lui rendit un large sourire moqueur. Bien obligé de jouer le jeu, l'Australien le rejoignit pour écouter Ronald débiter son texte appris par cœur. Il sentit l'argenté étrangement tendu quand Luciano les salua poliment. C'était imperceptible pour quiconque ne le connaissait pas, mais Kayden le côtoyait depuis assez longtemps pour s'en rendre compte. Il se demanda à nouveau ce que représentait ce jeune Shinigami pour lui. Si seulement Undertaker acceptait de lui répondre, pesta le Noir, mais il trouvait certainement plus drôle de lui cacher le plus de choses possibles, même celles qu'il aurait dû connaître pour le bien de leur objectif.
L'Écossais finit son speech et laissa les autres regarder la salle. L'aborigène eut la soudaine envie d'étrangler l'argenté, tout en lui enfonçant sa Faux entre les omoplates quand il le vit discuter avec William d'une tapisserie dont le guide leur avait parlé.
« C'est vraiment très beau... Il a dû en falloir, du temps, pour la réaliser...
-J'imagine, continua le brun.
-C'est beaucoup de travail, c'est sûr, commenta Luciano en s'insérant dans la conversation.
-Joli broche, sourit Undertaker en montrant l'aigle aux deux Faux du Prétorien.
-Merci.
-Ça me rappelle un peu l'aigle romaine, continua-t-il.
-Oui, en effet, répondit Luciano en se mordillant la lèvre inférieure. C'en est inspiré.
-C'est très beau en tout cas. »
Undertaker enchaîna sur un autre sujet, afin de ne pas se faire découvrir. En observant de près, mais discrètement, Luciano, en discutant avec lui, il comprit vite que ce dernier n'était guère à l'aise avec les autres. Même s'il était plutôt souriant et avenant, il était clair qu'il cherchait à mettre une certaine distance entre lui et les autres. Sûrement une manière de se protéger. Après l'enfance qu'il avait dû avoir, ça n'avait rien d'étonnant.
Tout en devisant de ce qu'ils voyaient, ils finirent leur tour du château, William étant rassuré d'avoir vu Druitt en train de déclarer son amour éternel à une touriste qui n'avait pas choisi la visite guidée.
Pour sortir, il fallait impérativement passer par la boutique de souvenir tenue par Emma. Undertaker, qui, pour le plus grand bonheur de Kayden, n'avait pas prêté attention à Grell, la seule femme du groupe, se dirigea aussitôt vers la brune. Il remarqua vite la nouvelle couleur de ses yeux. Il lui offrit un sourire un peu charmeur et lui demanda des conseils pour un livre. La jeune femme lui répondit poliment, également souriante, comme elle l'était toujours pour son travail. Elle lui expliqua longuement les différents ouvrages avec passion, selon ce qu'il recherchait en fonction de ses lectures, si c'était pour de la recherche historique ou pour de simples informations, si ce n'était que pour des souvenirs...
Derrière eux, William enrageait de voir ce simple Humain approcher ainsi son Emma. Un sourire par-ci, un sourire par-là... Et Emma qui lui répondait ! Ne se rendait-elle pas compte que cet homme était plus intéressé par son décolleté que par ses livres ?!
Elle se leva en grognant contre sa robe de bal rouge qui l'empêchait de bouger correctement, faisant sourire Undertaker. Il se retint de rire, mais le chef de secteur n'avait pas manqué son expression.
Il était sûr que c'était parce qu'il avait pu avoir une vue encore plus plongeante dans le bustier d'Emma. Ainsi, lorsque le Shinigami métamorphosé eut payé et qu'il fut parti, William fondit sur la brune en grommelant tout ce qu'il pouvait en remontant ses lunettes.
« Vraiment ! pesta-t-il. Emma, te rends-tu compte ? C'est vraiment honteux... Tu devrais faire plus attention à toi ! Tu n'as absolument pas conscience de ce dont les hommes sont capables... Je vous jure... Déjà, j'aimerais que tu trouves quelque chose pour cacher ta poitrine... Tiens, tu n'as pas un châle ?
-Euh... Non, je n'ai pas de châle et je vais...
-Tiens, prends ma veste... »
Il s'empressa de l'enlever pour se retrouver en chemise et en gilet, puis obligea Emma à l'enfiler malgré ses protestations. Tout le monde le regarda faire, ébahi. Personne n'avait jamais vu William sans sa veste de costume. Il commença à la boutonner. Cependant, le premier bouton devait arriver un peu au-dessous de la poitrine d'Emma et on la voyait toujours autant.
« Mais arrête ! Tu vois bien qu'elle est trois fois trop grande pour moi !
-Je vous jure... On va trouver une solution, tu ne peux pas rester avec ce décolleté... »
Il s'escrima alors à serrer son habit pour tout cacher.
« Tu m'étouffes ! se défendit-elle.
-Mais non, tu es très bien comme ça... Personne n'aurait une ceinture pour faire tenir la veste ?
-Mais ça va pas ! s'exclama-t-elle. La journée est finie et je vais aller me changer !
-Vraiment... Pour les deux derniers jours qu'il te reste, tu mettras un châle, se sera bien mieux.
-Je vais mourir de chaud.
-C'est mieux que d'être observée par tous les hommes qui passent. As-tu seulement vu comment le dernier client te regardait ? Il n'arrêtait pas de te sourire ! Et toi aussi, tu lui souriais ! Tu es inconsciente, il aurait pu vouloir aller plus loin... Je vous jure... Je suis certain qu'il y a pensé, d'ailleurs... »
Emma éclata de rire, rejoignant le reste de l'équipe dans l'hilarité générale.
« Vraiment !
-Mais enfin Will, c'est mon travail de sourire aux clients et il était simplement poli, tu sais...
-Tu n'as pas à leur sourire comme ça, grogna-t-il.
-Tu vois vraiment le mal partout... Bon, je vais me changer.
-Garde ma veste jusqu'à ce que tu le sois ! protesta-t-il en la voyant s'en débarrasser pour la lui rendre. Et vous, Luciano, arrêtez donc de regarder Emma comme ça ! »
Le métis, comme tout le reste de l'équipe, regardait la scène en souriant, se retenant de rire.
« Mais je n'ai rien fait monsieur ! répliqua-t-il sans comprendre ce qui lui était reproché.
-Je vous jure... »
Il prit Emma par la taille de manière possessive et l'accompagna jusqu'au vestiaire pour être sûr qu'aucun autre homme ne la regarde à nouveau.
« Tu devrais arrêter avec ce pauvre Luciano, il n'en a pas après moi, tu le sais très bien ! D'ailleurs, personne au sein de l'équipe ne me courre après.
-Vraiment ! Tu ne sais pas de quoi les hommes sont capables !
-Je sais surtout que tout le monde est en couple, liés par un desmos comme nous. Si toi tu ne me tromperais pas, alors c'est pareil pour eux. Et puis Luciano est quelqu'un de bien. Il ne chercherait pas à prendre la femme d'un autre. De toute manière, même si je le trouve très gentil, il ne m'intéresse pas, il n'y a que toi qui compte.
-Oui, mais Knox et Slingby-Humphries étaient des coureurs de jupons avant de se lier à leur âme sœur ! Et tu l'as dit toi-même, tu trouves Luciano beau !
-Oui, mais maintenant ils sont en couple ! Quant à Luciano, ce n'est pas un cas isolé Will, vous êtes tous beaux ! Tous les Shinigami que j'ai rencontré depuis que je te connais sont d'une grande beauté. Ce n'est pas parce que je trouve un homme beau que je vais tomber à ses pieds. Et puis, si cela peut te rassurer, pour moi, tu es le plus beau. » finit Emma en lui souriant.
Sur ces dernières paroles, Emma se rapprocha de William et se mit sur la pointe des pied pour l'embrasser. Le chef de secteur, toujours un peu énervé mais rassuré grommela et répondit au baiser, avant d'y mettre fin pour laisser Emma partir.
Il attendit devant la porte, pendant qu'elle se changeait avec Clémence qui riait toujours.
« Alors ? s'esclaffa-t-elle. Il a pas peur que je sois lesbienne ?
-Te moque pas, le pauvre, il est comme ça... C'est parce que c'est tout nouveau pour lui, il est pas encore habitué. Il se calmera après. Et je pense que vu ce qu'il s'est passé quand j'étais à l'hôpital, tout le monde sait que tu n'es pas lesbienne... Tu es bi, tout au plus...
-Ce qu'il s'est passé quand tu étais à l'hôpital?
-Quand Ronald et toi avaient couché dans mon lit...
-Ah... grogna-t-elle à ce souvenir. Oui... Et rassure-moi, tu vas pas mettre le châle ?
-Bah si, quand même ! s'offusqua Emma.
-Quoi ?! Mais t'es folle, tu vas mourir de chaud ! Tu as bien vu que toi tu es sensible aux températures, contrairement aux autres Shinigami !
-Ouais, grommela la brune. J'ai pas de chance d'avoir gardé ça de mon humanité... Et toi non ?
-Non, mais j'ai toujours mes allergies je crois. C'est pas mieux.
-Si tu fais attention, c'est toujours mieux que de mourir de chaud ou de froid.
-Franchement, tu devrais pas le mettre. Si jamais il arrive, tu le mets, sinon ne t'embêtes pas. Tu vas pas fondre complètement sous la chaleur...
-Il me fait confiance ! C'est hors de question que je ne le mette pas. Si ça peut le rassurer, alors je le ferais. Si Ronald te le demandais, tu le ferais toi aussi!
-Bah non, je l'enverrais promener. Il va pas commencer à me dire comment m'habiller parce qu'il fait des crises de jalousie. Je ne dis pas de t'habiller comme une pute, mais au moins de ne pas mourir de chaud avec un châle ! Si tu veux, pour les deux derniers jours, on échange nos rôles. Au moins, tu n'auras pas de décolleté, mais tu n'auras pas trop chaud.
-Si tu veux, sinon ça ne me gène pas.
-Arrête, tu me fais de la peine. Je vais pas te voir avoir trop chaud pendant deux jours !
-Ça va, il y a la clim' !
-Non, non ! Ne t'inquiète pas, assura Clémence. On échange nos rôles. »
Elle se mit à rire puis rajouta malicieusement :
« Au moins, je sais que le décolleté plaira à Ronnie... »
.oOo.
Richard s'était enfermé à double tour dans les toilettes pour pleurer tout son saoul. Il détestait profondément sa demi-sœur et son diable de majordome. Sans la folie meurtrière d'Amber, Céline serait encore là. Il aurait pu dès le départ lui dire son véritable nom, Richard comte de Phantomhive.
Elle avait été son premier amour. Il était sûr qu'il ne pourrait jamais aimé une autre femme. Si seulement sa sœur ne l'obligeait pas à mentir sur son identité pour protéger Céline...
Il entendit quelqu'un grattait à la porte.
« Ri... Richard ? Ça va ? »
C'était Alexander.
« Va-t-en ! Laisse-moi tranquille ! Tout est de ta faute ! Si tu n'avais pas débarquer comme ça, elle serait encore là !
-Richard, je suis désolé, je ne savais pas que... »
Le comte sortit, le visage sillonné de larmes et la voix brisée :
« Mais t'es trop débile pour comprendre ou quoi ?! Je t'ai dit de dégager ! Je n'ai pas besoin de toi ! Tu en as assez fait pour aujourd'hui ! »
Il claqua la porte au nez de son frère et éclata en sanglot. Le blondinet resta interdit et se dirigea vers la boutique pour retrouver les autres. Peut-être pourraient-ils faire quelque chose pour son aîné...
Ce fut un Alexander tout dépité qui alla vers le hall où tous les autres étaient réunis désormais. Druitt discutait avec eux, s'extasiant sur le couple que formait maintenant Emma et William. Alan remarqua immédiatement que quelque chose n'allait pas pour le jeune Phantomhive.
« Un problème ? demanda-t-il.
-C'est mon frère, répondit-il simplement, qui a un soucis... Il faudrait que quelqu'un aille le voir... »
William et Luciano pensèrent aussitôt à Sebastian. Pourtant, le Prétorien ne sentit aucune présence démoniaque, ni même celle d'un Shinigami. Cependant, il ne fallait prendre aucun risque et ils partirent tous les deux pour retrouver Richard le plus rapidement possible. Arrivant dans les toilettes, ils entendirent des pleurs.
« Monsieur le comte, tout va bien ? interrogea le métis.
-Laissez-moi tranquille !
-Que se passe-t-il ? interrogea William.
-Je veux qu'on me laisse seul !
-Dites-nous au moins ce qu'il se passe ! »
Ils entendirent Richard renifler puis déverrouiller la porte. Il sortit, les yeux rouges et les joues sillonnées de larmes.
« Que se passe-t-il ? répéta William en le voyant ainsi.
-Céline m'a quitté... souffla-t-il du bout des lèvres.
-Qui est Céline ? interrogea Luciano.
-Ma petite-amie... répondit-il en se retenant de pleurer à nouveau.
-Oh ! Je vois, plaignit le Prétorien en se mordillant la lèvre inférieure. Je suis désolé... »
William ne dit strictement rien et fila aussitôt dans le hall d'entrée.
« Patron ? fit Ronald en le voyant revenir. Vous savez ce qu'à Richard ?
-Oui, oui... Emma, nous allons avoir besoin de toi. Il n'y a que toi qui puisse l'aider. »
La brune s'inquiéta en l'entendant parler ainsi. Que se passait-il donc ? Pourquoi était-elle la seule à pouvoir faire quelque chose ? Elle se dépêcha de suivre William, tout comme le reste de l'équipe.
Richard s'était à nouveau renfermé dans les toilettes. Luciano patientait devant, perdu dans ses pensées.
« Richard ? interpella Emma en toquant à la porte.
-Laissez-moi tranquille à la fin !
-C'est moi... Je vais entrer... »
La brune poussa la porte et trouva Richard prostré dans un coin. Les jambes repliés contre lui, il les avait entouré de ses bras et avait mis son visage dans ses derniers. Il pleurait toutes les larmes de son corps. Elle se dirigea aussitôt vers lui, accompagnée de Clémence et d'Alan.
« Qu'est-ce qui t'arrive ? s'inquiéta-t-elle en s'asseyant à ses côtés.
-Cé... Céline... »
Il éclata un peu plus en sanglot et Emma le prit dans ses bras pour le consoler, comprenant qu'elle l'avait quitté. Alan lui frotta l'épaule pour le réconforter, tandis que Clémence lui demandait ce qui s'était passé pour qu'elle mette fin à leur relation.
Il leur raconta tout dans les moindres détails, la voix entrecoupée de pleurs.
« Elle ne t'a pas vraiment laisser t'expliquer comme tu voulais, remarqua Emma.
-Je... Je voulais pas... pleura-t-il. I... Il fallait que... que je la protège... Si... Si Amber apprenait que... qu'elle existait, elle... Elle l'aurait tuée... Je ne pouvais... r... rien lui dire...
-Attends, c'est pas comme si votre relation battait de l'aile ! s'exclama la brune.
-C'est clair ! confirma Clémence. Tout allait bien entre vous.
-Oui, c'est plutôt détestable de sa part, continua Alan. Elle aurait quand même pu essayé de te comprendre.
-Et quand même essayer un peu plus de vivre avec toi pour voir si ça marche, même si tu lui cachais des choses ! s'exclama Emma.
-Et de te connaître un peu mieux ! rajouta Alan.
-Oui, ce n'est pas comme si tu avais assassiné quelqu'un, remarqua Clémence en se mordillant les lèvres pour ne pas pleurer à son tour.
-Franchement, si elle t'aimait vraiment, si c'était la bonne, elle ne t'aurait pas quitter.
-C'est vrai !
-Emma a tout à fait raison, approuva Alan. Elle a abandonné sans réfléchir. C'est que ce n'est pas celle qu'il te fallait.
-Si... contredit Richard. Si, je sais que c'était elle, je me voyais déjà me marier avec elle, avoir des enfants et des petits-enfants et... »
Il se remit à sangloter. Clémence se retenait de plus en plus difficilement de faire de même, trop émotive pour supporter de voir quelqu'un pleurer.
« Ne crois-tu pas que tu es un peu jeune pour penser à tout ça ? nota Alan.
-On est jamais trop jeune, gémit-il.
-Si quand même, tu as toute ta vie pour penser à tout ça.
-Et si je voulais quand même rester avec elle ? Je rêvais de rencontrer une fille gentille avec qui je me sentais bien et qui m'aimait comme je l'aimais... J'étais tellement sûr que c'était elle !
-C'était ton premier amour, ça compte, mais ce n'est pas forcément le grand amour, réfuta Clémence.
-C'est facile pour toi de dire ça, se lamenta le comte. Le premier était le bon, tu as de suite trouvé Ronald !
-Oh euh... Non, répondit-elle en éclatant en sanglot à son tour. C'est... C'est pas parce que... j'ai jamais eu de... de copains que j'ai jamais été a... amoureuse... J'ai jamais eu de chance avec les... garçons... C... C'est tout.
-Je ne retrouverais jamais personne, moi...
-Mais si ! rassura la brune. Bon, Clémence, tu sors au lieu de pleurer comme une madeleine ! Tu ne vas pas arranger les choses comme ça ! Ça va faire encore comme avec Grell...
-Mais...
-Non, non et non ! Tu sors de là ! Va plutôt pleurer dans les bras de ton Ronald ! »
Emma l'obligea à se lever et la mit à la porte. Clémence s'effondra en larme dans les bras de l'Écossais.
« Qu'est-ce qui t'arrive mo ruin ? demanda-t-il avec douceur.
-Elle m'a... m'a mise à... à la porte ! »
Il la prit tendrement dans ses bras et la berça pour la calmer, lui caressant amoureusement le dos et lui murmurant des mots doux. Emma était retournée dans les toilettes en oubliant de refermer la porte. Elle se rassit à côté de Richard qui était toujours aussi persuadé qu'il finirait vieux garçon et malheureux.
« Mais non ! contredit-elle. Regarde-toi ! Tu es mignon, intelligent, gentil, drôle... Tu n'auras aucun mal à trouver quelqu'un de bien qui t'aime, crois-moi ! J'en suis absolument certaine !
-Avec la vie que j'ai ?! C'est un miracle que j'ai pu avoir une copine ! En plus, à cause de l'attaque du collège par Amber, ni Alex ni moi ne retournerons jamais à l'école ou à la fac ! Je rencontrerais jamais plus personne !
-Bah on sait jamais... nota Emma. Tu ne peux pas connaître le futur...
-Si, je sais qu'à cause d'Amber, je finirais seul dans un coin, protégé par des Shinigami jusqu'à ma mort !
-On a quand même l'intention de régler le problème, tu sais, rassura Alan. Je suis certain qu'on trouvera une solution pour vous. Vous ne pourrez pas rester à jamais avec nous.
-Mais une vie humaine, c'est rien pour vous ! pleura Richard. Alors si vous devez me protéger à jamais, vous le ferez ! Et moi, je resterais sans personne pour toujours ! Et je n'aurais même plus Céline ! Je l'aime, vous comprenez ?
-Bien sûr, fit Alan d'une voix apaisante. Mais à part Emma, on est tous pareil : on ne rencontre jamais le grand amour du premier coup. Tu trouveras quelqu'un, tu verras. J'en suis aussi certain qu'Emma.
-Mais comment tu sais que William est son grand amour ? remarqua le comte à travers ses larmes. Aussi bien, il va la quitter sans la prévenir, comme ça ! On peut pas être sûr ! Et aussi bien, Emma ne le verra pas venir ! Alors comment tu le sais ? On peut jamais savoir !
-On a consulté les augures... » plaisanta la brune en pensant au petit Kami mais ébranlée que Richard mentionne une éventuelle rupture dans son couple.
Tout le monde pensait que s'ils venaient à ce séparer, William serait forcément celui qui voudrait partir. C'était assez blessant...
« Allez... Une de perdue, dix de retrouver, comme on dit, tenta Éric depuis la porte pour détendre l'atmosphère.
-Mais moi, je n'en veux qu'une, sanglota le blond sans avoir relevé la plaisanterie.
-Mais tu en auras une ! promit Alan. Il y aura quelqu'un que tu rencontreras et avec qui tu feras ta vie... Et s'il faut, on la protégera aussi pour que tu restes avec elle.
-William ne voudra jamais !
-On doit toujours protéger les âmes, tu sais, tenta l'Américain avec douceur. Si tu aimes une femme et qu'elle est danger pour ça à cause de ta sœur, nous la protégerons comme toi. Tu pourras l'avoir à tes côtés, faire ta vie avec elle et pourquoi pas avoir des enfants. »
Dans un mouvement commun, Emma et Alan se tournèrent vers William qui observait la scène dans l'encadrure de la porte avec le reste de l'équipe, comme pour être sûrs qu'il le ferait et l'avertir qu'il n'aurait de toute façon pas le choix. Mais Richard continua sur sa lancée, sans les avoir vus.
« Je veux pas d'enfants ! Notre famille est maudite ! Alors c'est inutile de transmettre la malédiction...
-Tout à l'heure, tu ne disais pas que tu te voyais bien avec des enfants et des petits-enfants avec Céline ? remarqua Emma.
-Si, mais que des filles alors ! sanglota Richard qui ne savait plus trop où il en était. Pas de garçon...
-Euh... ? Pourquoi ? fit-elle en fronçant les sourcils.
-Ce sont les garçons qui sont maudits, pleura-t-il.
-Comment ça ? C'est quoi cette histoire de malédiction ? interrogea Alan.
-C'est Claudia, répondit-il en sanglotant. Oh ! S'il y avait pas cette histoire, Céline serait encore là...
-Allez, on est là. » sourit Emma d'une voix apaisante.
Ils continuèrent un peu à lui parler pour qu'il se calme. Ils finirent par le convaincre de rentrer à l'appartement où ils seraient plus à l'aise pour discuter que dans les toilettes publiques du château de Druitt.
.oOo.
Kayden était dans une colère noire contre Undertaker qui n'en pouvait plus de rire de le voir si furieux. L'aborigène n'arrêtait pas de pester contre l'argenté et contre son inconscience : on avait pas idée d'aller parler comme si de rien n'était à ses Traqueurs dont un, Prétorien, était visiblement un petit génie.
C'était de la folie pure.
Quand il fut calmé, Undertaker se tourna vers son compagnon d'infortune et lui demanda s'il était enfin calmé où s'il avait l'intention de continuer pendant longtemps.
« Si j'ai l'intention de continuer ?! s'emporta un peu plus Kayden. Mais vous vous rendez compte que nous aurions pu nous faire tuer ?!
-Mais non, ils n'avaient aucun moyen de découvrir qui nous étions : non seulement nous étions métamorphosés, mais en plus nous nous cachions à leur perception...
-Parlons-en justement ! Je n'ai pas votre puissance, je me fatiguais bien plus que vous ! Un peu plus, et je ne pouvais plus tenir...
-C'est bien pour ça que j'ai écourté notre petit séjour chez Druitt...
-Encore heureux !
-Ah, Kayden... sourit Undertaker. Crois-tu vraiment que je fasse quelque chose par hasard ? C'est vrai, je me suis amusé, mais j'ai appris certaines choses grâce à ça.
-Ah, et quoi ?
-Emma s'est transformée pour un desmos... Pour William, vu la manière dont il m'a assassiné du regard quand j'ai parlé à Emma.
-Tout ça pour ça ?
-Non, j'en ai également beaucoup appris sur Luciano.
-Et alors ? insista Kayden, bien décidé à lui arracher les mots.
-Il a une belle insigne. »
L'Australien lui jeta un regard assassin.
« Je n'en peux plus de vos cachotteries ! s'énerva-t-il. Si ce Luciano peut être un ennemi dangereux, j'aimerais le savoir ! J'aimerais également connaître tout ce qui est possible sur lui ! Vous savez aussi bien que moi que le moindre détail peut nous aider ! Et je voudrais également savoir enfin qui il est pour vous ! J'ai comme l'impression que vous pensez plus à apprendre à le connaître plutôt qu'à le combattre ! »
Undertaker avait perdu son sourire moqueur, comme chaque fois qu'il était question du jeune Prétorien. Kayden resta planté devant lui, bien décidé à avoir enfin la vérité. Il n'en pouvait plus de devoir essayé de deviner les dessins d'Undertaker, ses pensées... Il voulait savoir ce qu'il aurait dû savoir depuis longtemps.
Il y eut un long silence, durant lequel l'argenté devait sûrement attendre que Kayden abandonne. Du moins, c'était l'impression que ce dernier avait. Il insista encore :
« Vous n'êtes plus le même depuis qu'il est là. Je ne vous reconnais plus. Je sais que je vous ai toujours trouvé trop inconscient, mais j'ai appris à vous connaître, et je pense que vous savez exactement ce que vous faites, en toutes circonstances. Cependant, j'ai comme l'impression que vous vous perdez complètement maintenant, que plus rien n'est planifié. Nous allions partir, vous saviez que je ne pouvais pas tenir bien plus longtemps. Et pourtant, quand ils sont entrés, vous avez décidé de rester. »
Undertaker soupira et murmura douloureusement du bout des lèvres :
« Il... Il représente tout ce que j'ai perdu le jour de ma désertion. Tous mes tords, toutes mes erreurs... Ce que j'ai fait ou pas... Il est tout ce que je regrette.
-Des regrets ? s'inquiéta Kayden en le voyant soudainement plein de mélancolie pour la première fois. Vous regrettez ce qu'on fait ?
-Non. Je ne regrette pas la désertion. Je sais très bien comment j'en suis arrivé là. Si je devais reprendre la décision, je reprendrais exactement la même. C'est juste que... je me rends compte du temps qui a passé et que nous n'avons pas avancé d'un pouce vers notre but. Mais voir Luciano, comme ça, sorti de nulle part c'est... mon passé qui resurgit au moment où je m'y attendais le moins. Je me rends compte de ce que j'ai perdu. Voilà, maintenant, tu sais tout. »
Undertaker se leva et sortit de la pièce. Kayden le retint un instant en lui lançant :
« Je ne sais toujours pas qui il est exactement.
-Parce que ça ne te regarde pas. Je te l'ai dit : il fait parti de mon passé et mon passé ne regarde que moi. »
Prochain chapitre : "Retour en Erèbe"
Au programme : Une explication entre Grell et Emma, une blague stupide et une visite médicale.
