Disclaimer: cf chapitre 1

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Merci à Mistycal !

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OoOoOoO

Désolée de ne pas avoir répondu à vos commentaires !

Je suis en période de surbookage intensif !

Je réponds ce soir, promis !

Bonne lecture sur ce chapitre, un peu plus joyeux que la semaine dernière.

Du moins, dans sa seconde partie!

Bisous !

OoOoOoO

Les Créatures Du Diable 1/3

Jeudi 19 décembre 1996

Acte 1 : Des Océans De Larmes

Severus

Les cheveux plaqués par le crachin glacé qui tombe sans discontinuer depuis la fin de la matinée, Olivier, son neveu dans les bras, se tient debout, droit et digne, devant une immense tombe ouverte dans laquelle reposeront désormais les cinquante-sept membres de sa famille…

Toute la tombe a été tapissée de marbre blanc délicatement sculpté de feuillages et de fleurs et les cinquante-sept cercueils de chêne mordoré, posés sur des petits socles de marbre lisse, sont disposés sur trois rangées qui entourent l'aïeule si aimée d'Olivier.

La cérémonie religieuse vient de prendre fin et le pasteur invite l'assistance à présenter ses derniers hommages aux défunts et ses condoléances à Olivier. Les membres de la famille des conjoints moldus des oncles, tantes, cousins, cousines, petits cousins, petites cousines d'Olivier défilent dans un silence à peine troublé par quelques sanglots, devant le grand trou béant, pour saluer la mémoire de ces hommes, femmes et enfants fauchés par la mort tandis qu'ils fêtaient le centenaire de leur Ancienne…

Chacun jette une rose, rouge ou blanche dans le tombeau, puis vient serrer sur son cœur les deux seuls survivants de cette famille décimée, avant de quitter l'enceinte de la grande propriété dans laquelle vivait l'Arrière-Grand-Mère d'Olivier …

Un joli manoir typique de la région de Tinsley Green, construit dans un magnifique parc admirablement entretenu et dont Olivier est désormais propriétaire…

« Je ne pourrais jamais plus me sentir heureux ici… Mais je ne pourrais jamais m'en séparer non plus… Je ferais de ce Manoir un musée. Un musée du cinéma muet… A la mémoire de Mamie Emma… » a-t-il dit, ses yeux embués de larmes fixés sur la belle bâtisse, quand nous sommes arrivés ce matin pour sécuriser les lieux.

On ne sait jamais, Voldemort et Lucius auraient pu venir achever le travail et massacrer Olivier et son neveu, à l'occasion de ces funérailles, largement annoncées dans les journaux moldus et la Gazette du Sorcier …

Et quelques centaines de Moldus en prime…

Ce sont maintenant les amis, les collègues et voisins qui défilent… Et des classes d'enfants ou d'adolescents graves et attristés, arrivés par cars bondés, avec leurs parents, instituteurs et professeurs, pour rendre hommage à leurs petits camarades…

Deux à trois mille Moldus sont venus pour les obsèques des « victimes d'une intoxication alimentaire foudroyante dont l'origine reste mystérieuse » selon les journaux Moldus

Et les gerbes et bouquets de fleurs, serrés les uns contre les autres, entourent bientôt la tombe, exhalant des parfums capiteux…

Il y a près de trois heures maintenant que nous sommes là, debout sous la pluie fine et glaciale. Mais Olivier, qui porte au cou, bien visible, le collier de perles qu'il avait offert à son arrière-grand-mère pour son centenaire, ne flanche pas…

Il est toujours aussi droit et digne, malgré son évident chagrin et sa fatigue.

Et son neveu, tenu bien au chaud et à l'abri de la pluie dans son porte-bébé kangourou, dort paisiblement, remuant à peine de temps à autre…

La délégation du village de Tinsley Green, avec à sa tête le maire et ses adjoints, ferme le cérémonial des condoléances Moldues…

Il ne reste bientôt plus que les Sorciers… Les collègues, tous les amis d'Olivier, de ses grand-mère, oncles et tantes paternelles, de son père, de sa sœur et la famille de son beau-frère. Et bien sûr l'Ordre du Phénix presque au grand complet…

Ramaya, Tarendra et Blaise, tous les trois blêmes, viennent se placer devant la tombe béante et pointent leur baguette vers le ciel assombri par les nuages et le crépuscule naissant…

« Pardon de quoi ? D'être le fils d'une sale ordure ? T'en peux rien. T'as pas choisi ta mère... » a répondu Olivier d'une voix blanche, quand Blaise s'est effondré à genoux devant lui, pour lui demander pardon…

« Je fais le serment, sur mon honneur et sur ma vie, de mettre tout en œuvre, pour que soient châtiés vos assassins » déclarent Ramaya, Tarendra et Blaise avant de jeter le Sort qui scelle leur promesse.

Puis ils viennent entourer Olivier et son neveu et la chaîne se forme…

Et le Chant des Morts s'élève et le Salut aux Morts est rendu, dans des gerbes de fleurs et de larmes blanches, avant de laisser place à la Bénédiction des Morts aux Vivants …

Et quand la dernière étoile de la Bénédiction s'éteint, Olivier, seul avec son neveu serré contre son cœur, s'avance vers le tombeau.

Les larmes ruissèlent sur ses joues, tandis qu'il rend son hommage solitaire.

« Je vous aime » dit-il, en offrant son visage baigné de larmes à la pluie, avant de jeter une unique Edelweiss, la fleur préférée de son Arrière-Grand-Mère, dans la tombe.

La fleur reste suspendue, dansant dans le vent et se multipliant par centaines d'autres fleurs qui tombent en pluie odorante sur les cercueils.

Puis Olivier recule d'un pas et il fait un signe de tête vers Albus.

Et, comme les autres Membres Décideurs de l'Ordre, je lève ma baguette.

Des petites colonnes de marbre surgissent du fond de la tombe sur lesquelles nous déposons une grande dalle de marbre gris foncé gravée un arbre généalogique avec, en lettres d'or, les noms et dates de naissance et de mort des défunts…

C'est sobre et émouvant…

Puis, des buissons et des arbres à feuilles persistantes s'élèvent, pour agrémenter les alentours ou offrir une ombre rafraîchissante lors des prochains étés. Enfin, des rosiers et des bulbes sont plantés…

Il y aura des parterres fleuris, quelle que soit la saison, tout autour de cette immense tombe…

Les fleurs déposées par la très nombreuse assistance sont disposées dans des vasques et des vases de marbre ou de cristal et répartis sur et autour de la tombe.

C'est magnifique…

Et si triste !

Et je souhaite de tout mon cœur que nous n'ayons pas à enterrer d'autres morts avant longtemps…

Espoir vain. Je le sais…

Oui… Je le sais…

Il y aura des océans de larmes versés encore avant la fin de cette guerre…

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Algie

Il commence à se faire tard et nos hôtes vont bientôt nous attendre pour le dîner qui est servi tôt par ici.

Je referme à contrecœur le Livre que j'étudie depuis ce matin. J'en ai traduit treize déjà, depuis que notre guide du Musée de l'Ecole Roumaine du vieux quartier de Schei, nous a ouvert grand les portes de ses 15 pièces emplies d'ouvrages anciens…

Treize livres, qui contiennent de très intéressantes informations, mais qui ne nous ont pas fait avancer dans nos recherches…

Pas plus que ceux feuilletés et lus en diagonale par Rupert…

« Oh ! Vous partez déjà ! J'allais vous montrer quelque chose ! Il n'y en a pas pour longtemps. Venez voir ! » nous interpelle notre guide, alors que Rupert et moi enfilons nos manteaux.

« Eh bien, s'il n'y en a pas pour longtemps. Pourquoi pas. Après tout, nous avons encore dix minutes devant nous…» acquiesce Rupert, sous le sourire heureux de notre guide.

Nous le suivons, hors de l'Ecole, vers une vieille maison qui est son habitation privée. Nous traversons un petit couloir plutôt sombre, puis descendons un escalier qui mène dans une cave au plafond voûté, à la lueur d'une lampe à pétrole.

« Vous allez voir, c'est très beau. » déclare notre guide, dont la voix résonne et se répercute sur les murs de pierre.

Il écarte un casier à vin, monté sur roulettes, dévoilant une porte très basse, qu'il ouvre avec quelques difficultés, sous les protestations des gonds rouillés, avant de s'engouffrer presque à quatre pattes, dans l'ouverture.

Rupert et moi le suivons encore. Et quand je me redresse, je suis émerveillé par ce que je vois…

Les murs de pierre lisse sont couverts de fresques merveilleusement conservées…

« L'artiste qui a peint cela, raconte une histoire… La création du monde, telle qu'il l'imaginait. J'ai découvert cette cave tout à fait par hasard, quand une pierre du mur s'est descellée, il y a quarante ans de cela. J'ai réussi à en enlever quelques-unes des autres et j'ai monté la porte moi-même… Je ne sais pas pourquoi, mais jamais je n'ai osé révéler cela. Peut-être parce que cela déplairait aux autorités religieuses… Après tout, cette vision de la création du monde, n'est pas orthodoxe… Mais à vous, je sais que je peux le montrer… » déclare notre guide, à voix basse et le visage émerveillé tandis qu'il contemple l'œuvre peinte sur les murs.

Rupert et moi échangeons un rapide coup d'œil. Il a raison…

Cette vision de la création du monde n'a rien d'orthodoxe, puisqu'elle représente la vision de la création du monde telle que la racontent les légendes sorcières…

Vallées et Montagnes résultant des pas lourds des Géants. Volcans abritant en leurs seins les Démons qui brûlent la terre et la roche grâce au feu des Dragons qu'ils ont emprisonnés dans les profondeurs. Mers et Océans, conséquences des flots de larmes versées lors des terribles guerres entre les Titans aujourd'hui éteints. Végétaux nés de l'amour des Végélines. Neige et Givre, créés par les Fées des Glaces. Brise ou Bourrasques de Vent, produites par les soupirs des Cupidons ou par les hurlements des Loups-Garous…

Gobelins, Trolls, Fées, Licornes, Lutins, Gnomes, Elfes, Centaures, Acromentulas, Ronflacks Cornus, Eruptifs et toutes les Créatures vivantes, éteintes ou de légende sont représentées et leur rôle dans la création du Monde Magique expliqué sur ces fresques…

Ainsi que l'Ancienne Magie, puissante, sauvage et destructrice, jusqu'au jour où des hommes ont dompté sa force et l'ont maîtrisée grâce à leurs baguettes…

Ainsi sont nés les Premiers Sorciers…

Il n'y a aucun doute… L'artiste qui a peint ces fresques était un Sorcier.

Un Sorcier qui a vécu il y a fort longtemps, avant que n'existe le Sort qui anime nos peintures depuis plus de douze siècles maintenant…

Ces fresques sont protégées par une Magie Puissante, qui fait se hérisser mes cheveux sur ma nuque…

Nul doute que l'Artiste (et d'autres Sorciers après lui peut-être) a pensé à les préserver des détériorations occasionnées par l'humidité et l'usure du temps…

« Pourrons-nous revenir, pour les admirer de plus près ? » murmure-je dans un souffle, sans pouvoir détacher mon regard des peintures.

« Oui, bien sûr… Je ne suis pas là, à partir de demain jusqu'après le dimanche suivant le Nouvel An Orthodoxe. Je rends visite à ma fille avec laquelle je passe toujours les fêtes de fin d'année. Ce sont mes vacances annuelles en quelque sorte. Mais je laisserai les clés du Musée et de ma maison dans la boite aux lettres. Venez, quand vous le voulez. Vous serez toujours les bienvenus ici. » répond notre guide, dans un même souffle.

Je le remercie de sa confiance et lui promets que nous tairons son secret. Puis Rupert et moi prenons congés, nous hâtant pour regagner la maison de nos hôtes où nous arrivons en même temps que les nouvelles du soir…

Le dîner sera bientôt servi et Octavian Enescu, l'oncle de Viktor Krum, déplie le journal, juste pour jeter un œil sur les gros titres…

Et il pousse un juron dans sa langue maternelle, faisant sursauter tout le monde…

« Ils ont attaqué ! Les Mangemorrrts de Bojan Xepa ! Ces Crrréaturrres du Diable ! Ils ont attaqués, ici, en Rrroumanie ! A Bucarrrest ! Mais aussi à Nis, en Serrrbie ! Et à Sofia ! En pleine jourrrnée ! Ils ont fait plusieurrrs dizaine de morrrts ! Et le Ministèrrrre a rrreçu un orrrdrrre de rrreddition ! Le Ministrrre doit se soumettrrre aux Mangemorrrts de Voldemorrrt ou ils mettrrront le pays à feu et à sang ! Sa rrréponse doit êtrrre publiée dans le jourrrnal dans 48H au plus tarrrrd ! Même chose en Bulgarrrie et en Serrrbie ! » s'exclame-t-il, affichant une mine catastrophée.

La consternation est sur tous les visages… Nous nous attendions bien sûr à une action des Mangemorts ici, en Europe de l'Est, mais pas à ce qu'ils attaquent aussi fort…

« La situation est donc encorrre pirrre que nous le pensions ! Nous nous attendions à des rrraids éclairrrs ! Pas à une opérrration de cette enverrrgurrre ! » s'exclame d'ailleurs Dragomir Krum, en venant lire par dessus l'épaule de son beau-frère.

« Oui ! Et il faut en alerrrter Albus tout de suite ! Nous devons rrrevoirrr notrrre orrrganisation et nos plans ! Accélerrer et intensifier nos prrroprrres rrrecrrrutements et entrrraînements ! Et Harrry Potterrr et ses deux amis ne doivent pas venirrr. Ce serrrait trrrop dangerrreux pourrr eux… Je vais tout de suite au Ministèrrre ! Notrrre Ministrrre ne va cerrrtainement pas capituler ! Je vais voirrr quels sont ses plans pourrr prrrotéger la population et lui suggérrrer de mettrrre en place un Sas de Secourrrs comme au Ministèrrrre de Londrrres ! » répond Octavian, en se précipitant vers le hall, pour y prendre sa cape.

« Des océans de larmes… » murmure-je, en repensant brièvement à l'admirable fresque que mes yeux contemplaient il y a peu…

Oui….

Tout comme en Grande Bretagne, des océans de larmes seront sans nul doute versés d'ici peu sur le vieux continent, me dis-je, avant d'écouter Dragomir Krum qui nous lit les tristes nouvelles à voix haute…

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Acte 2 : L'Île De La Vache Blanche (1)

Charly

Le Connemara…

Terre sauvage et farouche, située entre ciel et mer, dominée par ses montagnes silencieuses auxquelles s'accrochent les nuages et ses landes rousses désertes, ses nombreux lacs et rivières alimentés par de joyeux torrents à l'eau glaciale…

Le Connemara…

Verts pâturages, veinés de murets biscornus de pierres grises, où paissent les moutons, sols ingrats où les pas des poneys résonnent sur la caillasse, tourbières exhalant le parfum âcre des matières organiques en décomposition, côtes déchiquetées aux falaises abruptes où les ondes et les herbes ondoient en harmonie sous les rafales de vents, fjords profonds, péninsules, îlots et plages de sable blanc…

Le Connemara…

Climat venteux et rude, où les rares rayons de soleil qui transpercent les rideaux de bruine, parent la nature d'un foisonnement de couleurs du vert le plus pâle à l'ocre le plus chaud, en passant par le roux flamboyant.

Le Connemara…

Genêts jaunes et fuchsias roses, bruyère sauvage et herbe grasse, forêts de rhododendrons et ajoncs épineux, arbres rachitiques ou forts et majestueux qui s'enracinent dans la roche dure ou la tourbe friable…

Le Connemara…

Rares édifices plus ou moins en ruines, villes où domine l'architecture du plus pur style géorgien sobre et uniforme allié à l'excentricité des portes aux vives et joyeuses couleurs, maisons chaulées accrochés aux flancs des collines, villages colorés côtiers nichés dans les fjords, cimetières marins balayés par les vents…

Le Connemara…

Terre de tradition et d'héritage Celtique, pubs chaleureux où les Irlandais vous invitent à faire la fête, à déguster une bonne pinte de bière ou un succulent plat traditionnel en vous racontant leurs nombreuses légendes et leurs mythes hauts en couleurs…

Le Connemara…

Un mois que nous le parcourons et le fouillons systématiquement, Nadya, mes amis Patrick, Ramaya, Evan, Carlotta, Kenneth et moi-même, à la recherche d'une propriété de Lucius Malfoy, dont nous avons appris l'existence grâce au Journal des parents de Terry et Marian Higgs.

Une propriété dont nous sommes convaincus qu'elle a un rapport direct avec les fameuses Cavernes du Diable que nous cherchons…

Une propriété bien cachée quelque part, ici, au Connemara, probablement dérobée aux regards par un Fidelitas et non localisable grâce à un Sort d'Incartabilité…

Et certainement hautement protégée par la Magie Noire et peut-être même par la Magie du Sang…

Nous avons fouiné partout, interrogé tout le monde ou presque, mais nul sorcier ne connaît le nom de Malfoy, autrement que par ce qui en a été dit dans la Gazette et les Moldus n'ont même jamais entendu parler de lui…

On nous a indiqué de nombreuses grottes, creusées par les torrents dans les flancs des montagnes ou par les vagues furieuses de l'océan… Mais aucune n'a pour nom « Cavernes du Diable »…

Nous avons pourtant fouillé chacune d'elles, sans aucun résultat…

Et notre dernier espoir de trouver quelque indice, réside sur la presqu'île de Renvyle, où nous venons de Transplaner, depuis le Sussex où se déroulaient les obsèques de la famille d'Olivier…

Ne plus penser à cela. Rester concentré sur notre mission…

Je laisse courir mon regard vers le Lac Kilmore. A cette heure où il fait nuit, ses eaux ont l'air particulièrement noires et inhospitalières, mais je sais qu'à la faveur du jour, le paysage est superbe. Et que je pourrais nettement distinguer, sur la rive opposée, la magnifique Abbaye nichée à flanc de montagne…

Il y a de la Magie, ici…

Une Magie puissante et très ancienne…

Comme c'est le cas, un peu partout en Irlande et au Connemara en particulier…

Terre de Mythes et Légendes…

Berceau Celte béni par les Druides des temps anciens et soi-disant consacré par les Dieux Elfiques des temps légendaires…

« Eh ! Charrrly ! Je suis gelée. Trrrouvons un pub, il serrra toujourrrs temps de prrrospecter dans le coin demain… » m'invite Nadya, en s'accrochant à mon bras pour m'entraîner à la suite de mes amis.

Je lui souris et la suis volontiers. Moi aussi, je suis frigorifié et une bonne bière locale me fera beaucoup de bien.

Nous entrons dans le premier pub venu. Et le hasard ayant bien fait les choses, il s'agit d'un établissement sorcier, à n'en pas douter… Il n'y a guère que dans un estaminet sorcier, qu'on peut voir des pintes de bière léviter depuis le comptoir jusqu'à la table qui a passé commande.

Il fait chaud et joyeusement bruyant. L'atmosphère est enfumée, mais fleure bon la bonne cuisine traditionnelle. Nous ôtons nos capes métamorphosées en manteaux, pour les suspendre aux patères d'un petit vestiaire, puis Patrick nous dégotte une table dans le fond, pas très loin du comptoir d'où la patronne, une rousse flamboyante et plantureuse nous interpelle pour prendre la commande…

« Alors les jeunes, qu'est-ce c'est-y qu'vous êtes venus faire par ici ! C'est pas la meilleure saison pour les touristes ! » nous hèle depuis la table d'à côté, un vieux type tout ridé, avec un fort accent gaélique.

« C'est pourtant en cette saison que nous avons nos vacances. Derniers embauchés, derniers servis… Et comme nous aimons les légendes et les beaux paysages, Patrick dont le père était originaire d'Irlande, nous a proposé de visiter le coin. Et nous ne le regrettons pas ! C'est superbe, par ici ! » répond Carlotta, en offrant un magnifique sourire au vieux…

Et en faisant signe à la patronne d'ajouter une pinte pour lui…

Elle a le chic pour faire parler les gens du cru, Carlotta. Elle a vite pigé qu'il suffisait d'un rien, un sourire, un mot aimable sur le pays, une bonne pinte et ils vous déballent tout…

C'est qu'ils sont chaleureux, accueillants et fiers de leur région par ici ! Et prompts à vous inviter à leur table et vous raconter leurs contes, leur histoire, leur vie…et celle de leurs voisins aussi, si vous avez des racines qui prennent naissance en Irlande.

« Ouais… Superbe. Un peu rude pour les filles en fleur comme vous qu'c'est-y qu'vous êtes pas du coin cependant ! » commente le vieux, en acceptant avec un évident plaisir la pinte que la patronne lui sert …

« Oh ! Ne vous en faites pas ! Je suis plus robuste qu'il n'y paraît ! » déclare Carlotta, en trinquant avec le vieux, qui rapproche aussitôt sa table de la nôtre, pour s'installer carrément avec nous…

« Eh ! Chad ! Viens t-en donc par ici ! Y a ces jeunots qui s'intéressent à nos contes ! » appelle-t-il, en se levant à demi, vers un groupe qui vient justement d'entrer, avant d'interpeller la patronne : « Et toi, Lavena, fais-nous donc goûter de ta bonne tambouille du soir ! Et lésine pas sur la quantité ! C'est qu'c'est-y qu'ces jeunots sont sûrement affamés ! »

Le vieux accueille ses amis et nous rapprochons d'autres tables, pour que tout le monde puisse s'installer à son aise, tandis qu'un serveur s'avance vers nous pour disposer nappes, assiettes, couverts, miches de pain chaudes merveilleusement odorantes, fromages de brebis et mottes de beurre frais devant nous…

Deux minutes plus tard, la patronne arrive en faisant léviter un grand plateau sur lequel reposent deux grosses soupières et des plats de légumes qui ont l'air fondants à souhait. Evan s'empresse de l'en débarrasser et bientôt les soupières qui contiennent un ragoût de bœuf à la stout et les plats de légumes font le tour de la table, dans une ambiance détendue et joyeuse.

Le ragoût est un pur délice, la bière qui l'accompagne, tiède comme il faut. Le vieux et ses amis nous posent des questions, sur ce que nous avons déjà vu de la région et des histoires que l'on nous a déjà contées…

Et bientôt les plats sont vidés, les chopines bues et les estomacs repus.

« Inis Bó Finne ! » clame soudain le dénommé Chad, en sortant une pipe et une tabatière de sa poche…

Et ses amis se taisent aussitôt. Et tout le monde dans l'estaminet en fait bientôt autant, tandis que Chad se cale contre le dossier de sa chaise et bourre tranquillement sa pipe…

Je vois même les plus éloignés des clients se lever et se rapprocher, s'assoyant sur des hauts tabourets au comptoir, serrant les chaises autour des tables voisines ou restant debout, appuyés sur les murs de pierre, de bois et de torchis…

Mes amis et moi nous regardons…

Nous allons assister à une soirée folklorique du cru sans doute possible… Et peut-être voir tous les efforts fournis ces dernières semaines récompensés… ou déçus…

Je croise les doigts sous la table, en une prière muette : Merlin ! Soyez avec nous ce soir et faites qu'enfin nous ayons des indices sérieux concernant ces fichues Cavernes Du Diable !

Car il ne fait nul doute qu'après les contes et légendes, nous aurons droit à l'actualité et aux rumeurs récentes. Alors, s'il se passe des choses étranges ou inhabituelles dans les environs, nous ne manquerons pas de l'apprendre ce soir…

Le serveur s'empresse de venir débarrasser la table des maigres reliefs de notre repas et la patronne de servir une nouvelle pinte à Chad, qui allume sa pipe et tire deux ou trois courtes bouffées, avant d'exhaler une fumée bleue agréablement odorante.

« Inis Bó Finne ! C'est comme ça qu'on l'appelle en Irlande. » dit-il, en rapprochant sa chaise de la table, sur laquelle il appuie ses bras, pipe vissée au coin de la bouche.

Il nous regarde tour à tour, tirant nonchalamment sur sa pipe et, quand il est sûr d'avoir capté notre attention, il reprend sa pipe en main et son récit commence…

« Inis Bó Finne ! Ça veut dire : l'Île de la Vache Blanche. Partout, on vous racontera qu'antan, l'île avait été ensorcelée, pour ne jamais être vue… Il y faisait brouillard à longueur de temps. Un brouillard qui se mêlait aux flots gris et aux nuages… Mais un jour, des pêcheurs se sont perdus dans ce brouillard et ils ont trouvé l'île. Pour que leurs familles, qui attendaient leur retour à la pointe de Renvyle, sachent qu'ils étaient bien en vie, ils ont fait un feu immense. Et le brouillard s'est dissipé. Oui, mes p'tits loups, dissipé ! Et c'est alors qu'ils la virent… » commence Chad, avant de s'interrompre, pour prendre une bonne lampée de bière.

Puis il tire de nouveau sur sa pipe, prenant le temps de goûter longuement la fumée, coude appuyé sur la table et regard dans le vague.

Le conteur ménage son effet et tout le monde est suspendu à ses lèvres…

Et je devine qu'il s'agit là d'un rituel bien huilé…

Le regard de Chad revient vers nous, glissant de l'un à l'autre, avant de se fixer dans le regard sombre mais brillant de Ramaya

« Qu'est-ce qu'ils virent ? » souffle mon amie, la voix et les yeux avides de curiosité.

« Une vieille sorcière, qui promenait une vache blanche… Elle marchait sur les galets entre lac et mer. La vache s'est approchée de la mer. Mais avant qu'elle ait pu mettre un sabot dans l'eau, la vieille l'a frappée… Et la vache s'est transformée en rocher… » répond Chad, avant de s'interrompre une nouvelle fois

« Qu'est-il advenu des pêcheurs et de la vieille sorcière ? » s'enquiert à son tour Evan, avant de faire signe à la patronne de remettre une tournée de bière à notre tablée.

« La vieille a disparu et les pêcheurs s'en sont retournés chez eux…» répond Chad, qui laisse encore une fois sa phrase en suspend…

« Quelqu'un a-t-il rrrevu la vieille femme aprrrès cela ? » demande Nadya, d'un ton doux

« Ouais ma p'tite ! Elle sort du Lac Bo Finne de temps en temps avec sa vache… Pour annoncer les désastres… Enfin ça, c'est ce qu'on raconte pour le folklore et les touristes… » répond Chad, avant de reprendre une bonne lichée de bière.

« Vous n'y croyez donc pas ? » demande Patrick, l'air sceptique…

Après tout, il est bien placé pour savoir que les Irlandais sont très superstitieux et croient dur comme fer à leurs contes et légendes, même s'il a été élevé lui-même en pays de Galles…

« J'ai dit, c'est ce qu'on raconte pour le folklore et les touristes… » insiste Chad, en plantant son regard clair dans celui de mon ami, tandis qu'autour de nous, les souffles sont une nouvelle fois suspendus.

Et je comprends que l'histoire n'est pas finie…

Nous donnera-t-il la version complète ? Sans doute oui, puisqu'il nous tend une perche… Quoique sa perche à l'air plutôt tendue vers Pat.

Qu'attend-il de lui ?

« Je ne suis pas seulement un touriste. J'ai des racines ici, dans le coin justement. O'Neill, c'est mon nom. Patrick O'Neill…» déclare mon ami, qui ne cille pas sous le regard de son vis à vis.

« Apparenté à Curney O'Neill, de Tully Cross ? » demande Chad, en haussant un sourcil

« Ouais… Cousin au dix-huitième degré. Je suis de la branche qui descend de Kennard… » répond Pat, d'un ton assuré, tandis que des murmures se répandent dans tout le pub.

« Kennard ! T'es un descendant de Kennard O'Neill ! Le brave des braves ! Celui qui a repoussé la horde de pirates de Cowan le Sanguinaire à lui tout seul et mis Cowan en personne aux fers ! » s'exclame Chad, en regardant Pat d'un œil aussi admiratif que si Pat avait lui même accompli l'exploit dont il parle.

Pat approuve d'un simple hochement de tête sous les exclamations à peine étouffées de l'assistance…

« Attends… Ta copine, là, elle a dit d't'à l'heure qu'c'est y qu'ton père était originaire d'Irlande. Alors dis voir, ton grand-père, c'était-y pas Ailin O'Neill de Letterfrack ? » demande le vieux qui nous a présenté à Chad.

Nouveau hochement de tête de Pat, qui affiche un air grave.

« Mais alors, t'es un enfant du pays ! Comment c'est-y qu'ça s'fait qu'tu connais pas nos légendes et notre histoire ! » s'exclame le vieux, en haussant un sourcil.

« Comme vous ne devez pas manquer de le savoir, mes grands-parents paternels et mon père sont morts quand j'étais tout jeune. J'ai plutôt été bercé aux légendes de Galles où ma mère est retournée. Et je n'ai pas eu l'occasion de venir par ici avant…» répond Pat, avec une pointe de tristesse.

« Ben on va faire en sorte que tu connaisses le pays mon p'tit loup ! Et je m'en vais te conter l'histoire complète de Inis Bó Finne pour commencer ! La vraie histoire ! Pas la version qu'on sert aux touristes Moldus. Ni celle qu'on raconte aux touristes sorciers qui sont pas d'ici ou ne sont pas de nos amis proches ! » affirme alors Chad, sous les hochements de têtes approbateurs de l'assistance.

« Lavena ! Remets-nous ça ma belle ! Qu'on fête dignement le retour au bercail d'un enfant du pays ! » s'exclame alors l'un des clients, qui a l'air passablement éméché déjà.

Des éclats de rire explosent aussitôt dans toute l'assistance.

« Ah ! Ouais ! Et dis voir, Hurley, qui qu'c'est y qui va l'payer ce tour ? » s'enquiert le vieux dont nous ne savons toujours pas le nom, en riant aussi bruyamment que les autres.

« Ben l'jeunot ! Bien évidemment ! Faut qu'y la paye son histoire ! En bon liquide de chez nous ! La bière ! » répond le dénommé Hurley, avant d'éclater de rire à son tour, à demi écroulé sur le comptoir…

Il se prend aussitôt un énergique coup de torchon sur la tête, par la patronne.

« Jamais un descendant de Kennard le Brave n'a payé son coup dans mon estaminet ! Et ça depuis Kennard le Brave lui-même ! Ça est une tradition d'la maison, instaurée par mes ancêtres ! Y f'rait beau voir ça que j'la renie ! » s'exclame-t-elle, furibonde.

« Ne vous en faîtes pas, Madame. Mes amis vont se cotiser et la payer cette tournée ! » s'exclame Pat, avant de se tourner vers nous pour ajouter : « Allez les Gardiens et Gardiennes de Dragons ! Mettez la main à la bourse ! Que la bière coule à flots ce soir pour mon retour dans le berceau de mes Aïeux ! »

Un silence épais à couper au couteau fige aussitôt toute l'assistance et mes amis et moi, qui nous empressions de sortir quelques Gallions de nos poches, interrompons notre geste.

Que se passe-t-il ? Pat aurait-il dit quelque chose de travers ?

Pourquoi tout le monde semble soudainement interloqué plus encore qu'en apprenant les origines de mon ami ?

« Gardiens de Dragons ! Vous êtes tous des Gardiens et Gardiennes de Dragons ! Ah ! Ben ça alors ! C'est de mieux en mieux ! » s'exclame soudainement Chad dont le regard admiratif nous englobe tous, tandis que, de nouveau, des murmures parcourent le pub.

Les amis, Nadya et moi hochons de la tête et achevons de sortir nos pièces d'or de nos poches ou de nos bourses, mais Chad m'empêche de poser mes Gallions sur la table, en refermant sa main sur mon bras et en hochant négativement la tête.

« Non. On vous laissera pas faire ça… Même si vous le faites de bon cœur. » déclare-t-il, avec un regard profond, dans le silence qui s'est de nouveau épaissi autour de nous.

Merde ! Nous ne comprenons plus rien, mes potes et moi. Que se passe-t-il donc ? Pourquoi refuser que nous payons cette tournée ? Personne n'a l'air hostile, pourtant…

Bien au contraire, les regards sont bienveillants, souriants…

J'accroche celui du vieux, lui demandant muettement ce qui se passe, en haussant un sourcil interrogatif.

« Pouvez pas payer l'coup les jeunots ! C'est nous qu'on doit l'faire ! Tradition du village ! Depuis plus d'mille ans ! Z'êtes nos invités pour tout votre séjour ! Gîte et couvert ! Alors rangez vos Gallions les jeunots ! Lavena, tu diviseras leur note de ce soir par autant de têtes de pipe qu'y a ici ! En attendant, par ici la monnaie pour payer l'coup ! » réagit-il, en se levant, casquette en main, pour faire le tour du pub.

Et chacun met la main à la poche, avant de jeter quelques pièces dans la casquette tendue.

Les gars, les filles et moi-même nous regardons, ébahis… Cette fois, nous sommes complètement paumés… Vont-ils nous dire ce qu'il se passe à la fin ?

« Amelia et Troy, demain, vous ferez l'tour du village et vous annoncerez la nouvelle ! Nous avons des invités prestigieux ! Que chacun apporte son écot ici ! En espèces ou en nature ! Combien de temps qu'c'est-y qu'vous comptez rester, les jeunots ? Et vous trouvez pas gênés de nous l'dire, hein ! Dites-nous bien ç'que vous aviez prévu ! » déclare le vieux, qui a décidément l'air de s'imposer en chef ici.

« Nadya part demain soir. Cependant, le reste d'entre nous comptait rester deux ou trois jours… Mais vraiment… » réponds-je, considérablement gêné.

« On en reparlera d't'à l'heure… Viendrez avec moi pour le coucher… » répond le vieux, en coupant court à mes protestations.

« Ici les Gardiens et Gardiennes de Dragons, on les aime ! Ils ont sauvé l'village ! Et les ancêtres de quelques-uns d'entre nous ! Par tous les diables ! Un descendant de Kennard le Brave qu'est aussi Gardien de Dragons et ses collègues rassemblés ici ce soir ! Dans mon estaminet ! Ça pour le coup ! C'est la tournée d'la patronne ! Ah mais avant, faut que j'vous serre sur mon cœur les jeunots ! » annonce Lavena, en venant nous embrasser à nous étouffer tour à tour, sous les vivats des clients heureux de se voir servi une tournée gratis…

Ah ! Voilà l'explication ! Une dette de vie… C'est vrai qu'elles se transmettent de génération en génération par ici…

Décidément, notre soirée prend un tour des plus folkloriques !

La tournée est vite servie et le vieux réclame le silence, avant de passer la parole à Chad pour que nous soit contée la vraie histoire de Inis Bó Finne. Les exploits des Sauveurs du village, nous seront racontés après, dit-il…

Chad fait attendre un peu son auditoire, en tirant deux ou trois bouffées de sa pipe, avant de se décider à parler.

« L'histoire s'est passée en l'an 1102. C'était un matin de juin, clair et propice à une belle ballade en mer. Seán O'Connor, un pêcheur Moldu, a donc décidé de mettre son bateau tout neuf à l'eau, avec son équipage tout aussi neuf. Sûr qu'ils auraient dû avoir une belle journée et une bonne pêche. Mais voilà, à peine étaient-ils partis, que le vent a brusquement tourné et monté et que la houle a fait danser la gigue au bateau, l'emmenant lentement mais sûrement, vers la brume d'Inis Bó Finne. Personne, à l'époque, ne savait ce qu'il y avait derrière ce brouillard. Mais tout le monde s'accordait à dire que ce n'était pas un brouillard naturel et qu'il était hautement maléfique. Pour cause ! Nombres de pêcheurs et de navires marchands s'étaient déjà perdus dedans et nul n'en était jamais revenu !
Alors O'Connor a fait ramener les voiles et a mis ses hommes aux rames. Ce qui était la meilleure chose à faire. Mais ses gars ont eu beau ramer de toutes leurs forces, à s'en épuiser, le bateau s'est bientôt enfoncé dans le brouillard et a fini par s'échouer sur une île…
Pendant trois jours, les marins ont essayé de revenir vers Renvyle avec un canot de sauvetage. Mais la mer ne voulait pas. Et le brouillard les retenait… Les marins étaient nerveux. Leurs réserves de nourritures commençaient à s'épuiser puisqu'ils n'avaient pas prévu de rester plus de deux jours en mer. Et puis, surtout, la nuit ils entendaient au loin des cris et des hurlements terribles, sans pouvoir distinguer s'ils venaient de la terre ou de la mer… » raconte Chad, avant de faire une pause, pour s'hydrater la bouche d'une bonne lampée de bière.

Nous restons tous souffle suspendu, tandis qu'il tire une bouffée de sa pipe qu'il rallume avec lenteur. Enfin il exhale la fumée…

« Au quatrième matin, O'Connor a décidé que cela ne pouvait plus durer. Il est descendu à terre avec ses hommes, ne laissant à bord du bateau que le mousse. Un gamin de onze ans tout juste, fils de son meilleur ami. Le gamin ne voulait pas rester sur le rafiot, mais le Capitaine a été intraitable. Il ne savait pas ce que lui et ses hommes allaient trouver dans le brouillard encore plus épais sur la terre et il ne voulait pas faire courir le moindre risque au gamin. Ce qu'il ne savait pas, à propos de ce gosse, c'est qu'il était plus têtu que lui. Le petit est descendu dans la cabine du Capitaine où il a été enfermé par l'un des marins, mais il est passé par le hublot, pour se faufiler dehors et il a suivi les autres. Le Capitaine et ses hommes se sont enfoncés sur les terres. Au bout d'un temps, ils se sont aperçus qu'ils tournaient sûrement en rond et que des ombres les suivaient. Ils ont essayé d'en attraper, mais à chaque fois qu'ils étaient proches d'en prendre une, elle se fondait dans le brouillard pour réapparaître un peu plus loin avec un ricanement mauvais. Les hommes ont pris peur. Ils avaient faim, ils avaient froid, ils étaient perdus dans un brouillard maléfique et les ombres les narguaient comme autant de grandes faucheuses. A la nuit venue, ils se sont serrés les uns contre les autres quand de nouveau les hurlements et les cris se sont fait entendre. Plus près, beaucoup plus près d'eux que les nuits précédentes. Des hurlements à vous faire dresser les cheveux sur la tête, qui semblaient provenir de partout et de nulle part à la fois… Des cris sauvages, des cris de douleur, des hurlements de loups, des hurlements d'enfants ou de femmes qu'on égorge… On aurait presque dit que ça venait des entrailles de la terre avant de se répercuter sur les eaux du Lac puis de se perdre dans le brouillard… » poursuit Chad avant de s'interrompre une nouvelle fois, pour reprendre son souffle.

« Des Banshees ? » s'enquiert alors Carlotta dans un murmure

« Ouais ma p'tite… C'était des Banshees. Cette nuit là, tous les hommes ont vu leurs cheveux blanchir d'un seul coup… Elles hurlaient dans la nuit et le brouillard, pour délivrer leur funeste présage. Et le jeune mousse, qui, soit dit en passant, est le seul à avoir gardé sa couleur de cheveux de naissance, les a vus surgir soudainement, entourant les pêcheurs et leur Capitaine… Elles étaient plus blafardes que la mort elle-même, le visage déformé par la souffrance et toutes de blanc vêtues… Et elles étaient aussi nombreuses que les pêcheurs… Leurs cris étaient si déchirants, qu'ils transperçaient l'âme et le cœur et les hommes se sont effondrés en sanglotant, se recroquevillant sur eux-mêmes… C'est ainsi que le petit matin est venu. Les Banshees se sont évanouies dans le brouillard et de nouvelles ombres les ont remplacées. Des ombres vêtues de longues robes noires… Elles ont chacune brandi un bâton vers les pêcheurs qui sanglotaient toujours et ne les ont pas vus arriver. Et de ces bâtons, une lumière a surgi, frappant les pêcheurs et leur Capitaine de plein fouet, dans un éclair aveuglant. Et quand ces éclairs se sont dissipés, le jeune mousse, qui était bien caché dans un bouquet de buissons épais, a vu à leur place un troupeau de vaches… Des vaches blanches… » révèle Chad, sur un ton captivant tout son auditoire, dont une bonne partie doit pourtant l'avoir entendu faire ce récit à maintes reprises…

« Des Sorciers… » souffle Ken, le regard brillant comme celui d'un petit garçon émerveillé.

« Oui. C'était bien des sorciers. Une famille de sorciers sombres, installée sur l'île depuis des temps tellement immémoriaux que plus personne ne se souvenait qu'ils avaient leur demeure là-bas. Ils ont rassemblé le troupeau et l'ont fait avancer entre mer et lac, sur une bande de terre rocailleuse. Le mousse les a suivis en catimini, espérant pouvoir sauver ses compagnons. L'une des vaches, sans doute le Capitaine O'Connor, s'est soudainement précipitée vers la mer. Mais une vieille sorcière aux longs cheveux blancs a Transplané à côté de lui, juste avant qu'il ne mette un sabot dans l'eau et l'a frappé de sa baguette. Et la vache s'est transformée en rocher. Le troupeau, qui avait suivi, s'est figé net. Et les Sorciers ont repris les vaches en main et les ont menées vers une grande et belle bâtisse de pierres grises. Un petit château fort en bordure de l'eau, dont les portes se sont refermées avant que le mousse ne puisse y entrer. Le gamin ne s'est cependant pas avoué vaincu. Il a grimpé le long de la roche et des pierres, pour tâcher de voir ce qui allait advenir de ses compagnons. Quand il est arrivé en haut, ce qu'il a vu l'a figé d'horreur… Les sorciers avaient tué une vache et l'avait mise en broche, sous les beuglements désespérés des autres vaches… » raconte encore Chad, avant de s'interrompre pour boire une nouvelle gorgée de bière.

« Oh ! Merde ! Ces Sorciers se nourrissaient de Moldus Métamorphosés en vaches ! » s'exclame Evan, avec une grimace d'horreur que nous partageons tous.

« C'est bien ce qu'il semblait, ouais mon gars ! Bien qu'on devrait plutôt dire que les pêcheurs étaient Métamorphosés en bœufs d'ailleurs. Puisqu'il n'y avait que des mâles… » approuve Chad, avant de poursuivre son récit : « Le mousse en était si horrifié, qu'il en est d'abord resté figé, avant de dégringoler tout le long du mur pour tâcher d'aller chercher du secours quelque part. Dans sa précipitation, il a glissé, a rebondi sur les rochers et est tombé dans l'eau froide de la mer… Il est resté sonné un moment, coulant à pic, avant de reprendre ses esprits, à l'instant où il atteignait le fond. Il a donné un bon coup de talon pour remonter à la surface et a réussi à s'accrocher à un rocher pour reprendre son souffle… C'est à ce moment là qu'il l'a vue… »

Chad s'arrête une nouvelle fois, se calant sur sa chaise, pour bourrer une nouvelle pipe.

« Qu'a-t-il vu ? » m'enquiers-je, mes cheveux hérissés sur ma nuque qui dégouline de sueur.

J'ai l'intuition profonde, que l'histoire racontée par Chad va être déterminante pour nous… Que les Cavernes du Diable seront bientôt à notre portée…

Et je suis sur des charbons ardents…

« Une lueur pâle qui transperçait faiblement l'eau, à quelques mètres de lui. Il s'en est approché et a vu une petite ouverture enfouie sous l'eau. Il en a oublié ses intentions premières d'aller chercher des secours et a pris son souffle pour se faufiler par-là. Il a longé un tunnel sur un ou deux mètres, avant d'arriver dans une espèce de grotte, vivement éclairée par des flambeaux. La caverne était petite, mais c'était une vraie caverne au trésor dans laquelle il y avait des tas d'or qui reflétaient la lumière et la faisait briller de mille feux… C'est cette lumière qui pénétrait les eaux… » répond Chad, tandis que je sursaute d'excitation, retenant à grand peine un cri de victoire…

Je ne suis pas le seul à le faire. Mes amis sont aussi excités que moi, je le vois dans leurs yeux plus brillants que jamais et leurs sourires à peine dissimulés…

Nous y voilà ! Les voilà, les Cavernes du Diable ! C'est certain !

Cela ne peut-être autrement !

Nous touchons au but !

« Le gamin a visité tranquillement les lieux, en se foutant pas mal du fabuleux trésor. Ce qui l'intéressait, c'était de trouver une porte qui remonte à la surface, en espérant qu'elle donne dans le château. Ce dont il ne doutait pas vraiment. Il est passé de cavernes en cavernes, toutes aussi emplies d'or et de bijoux, de soierie et d'objets précieux que la première avant de trouver un couloir bordé de plus petites cavernes, qu'il n'a pas pris la peine de visiter. Le couloir menait vers un escalier. Mais avant de monter, il s'est emparé du poignard qui paraît le flanc d'une armure d'or montée comme sentinelle immobile au pied de l'escalier, pour libérer ses compagnons attachés par une corde, là-bas, dans la cour du château. Et il est allé bravement de l'avant, montant les marches de pierres une à une, jusqu'à ouvrir la porte qui donnait sur un corridor sombre. Au bout de ce corridor, il y avait une meurtrière et il pouvait voir la nuit, animée de la lueur de flammes et de rires. Il est allé par-là et a vu la famille sorcière qui mangeait et buvait autour d'un grand feu de camp, en se moquant de ses compagnons. Il a attendu longtemps. Il a attendu pendant des heures, qu'ils se décident à aller se coucher. Et quand cela a été fait, il a attendu encore, que tout le monde s'endorme… Et quand il a été sûr d'être tranquille, il s'est faufilé dans la cour… Là, il a ouvert les portes du château, puis il a libéré ses compagnons et les a menés sur le bateau, qui flottait de nouveau dans la crique. Mais avant de partir, il est retourné au château. Il a réparti de la paille, du bois et de la tourbe un peu partout au rez-de-chaussée et il a mis le feu. Il a dit plus tard, que c'est une voix, la voix d'une fée, qui lui a soufflé de faire ça, pour que ses compagnons et lui puissent fuir… » raconte encore Chad, avant de faire signe à Lavena de lui servir une autre pinte.

« Que s'est-il passé ensuite ? » s'enquiert Nadya qui , comme nous tous, est passionnée par l'histoire que nous raconte Chad.

« Les flammes se sont élevées, très vites, très claires et très hautes, dévorant le bois du plancher, le mobilier, les tapisseries et les tentures. Et à mesure que ça brûlait, le brouillard se dissipait. Le gamin courait à toutes jambes sur le rivage, pour regagner le bateau, quand deux des Sorciers ont Transplané à quelques dizaines de pas devant lui. Un homme et son fils… « Je sais qui tu es, sale morveux ! Attrape-le, Lorcan, nous renverrons sa dépouille à sa mère ! » s'est exclamé le plus âgé des deux. L'autre, un jeune homme qui devait avoir quinze ou seize ans, s'est avancé vers le mousse. Mais au moment où il a jeté un Sort pour immobiliser le petit, une lumière rouge a jailli du gamin et a retourné le Sort contre le jeune sorcier, l'envoyant valdinguer contre son père et les assommant net tous les deux. Le gamin s'est enfui à toute vitesse après ça. Il a rejoint le bateau et quand il est monté à bord, c'était pour constater que ses compagnons avaient repris forme humaine. Ils se sont empressés de se mettre aux rames et cette fois, ils ont pu quitter l'île… Une fois revenu au port, aucun ne semblait se souvenir de ce qui s'était produit… Mais c'était des Moldus. Je crois qu'ils ont préféré ne rien dire pour qu'on ne les prenne pas pour des fous… Seul le gamin a parlé. Mais son histoire s'est perdue avec le temps, parmi les Moldus. Ne retenant que la partie de la vieille qui a Métamorphosé une vache en rocher. Et seuls les Sorciers d'ici connaissent la vraie histoire, d'Inis Bó Finne. » achève Chad, qui tire ensuite tranquillement sur sa pipe.

« Le petit, c'était un sorcier, lui aussi n'est-ce pas ? Que sont-ils devenus, lui et la famille sorcière ? Je doute qu'ils en sont restés là ? » interroge Patrick, avec un regard brillant d'intérêt et de curiosité

« T'as raison mon p'tit loup ! Ça ne s'est pas fini là. Le petit était effectivement un sorcier, même si son père était un Moldu. En vérité, sa mère était une Sorcière, qui avait caché son état à son époux. Et pas seulement son état de Sorcière. Elle était arrivée un jour au village, sans que nul ne sache d'où elle venait et déclarant qu'elle avait perdu la mémoire. En réalité, elle venait d'Inis Bó Finne, d'où elle s'est sauvée parce qu'elle n'était pas d'accord avec ce qu'il s'y passait. Quand son gamin est parti sur la mer, elle n'était pas là. Elle était partie rendre visite à des cousins éloignés, issus de la bonne branche de sa famille. Sinon, elle n'aurait pas laissé faire, car elle savait trop ce que les pêcheurs risquaient. En vrai, la pauvre a sauvé plus d'un bateau quand elle le pouvait, en les empêchant d'approcher du brouillard. Toujours est-il que lorsqu'elle est rentrée et a su que son fils était parti en mer et n'était pas revenu, elle a pris peur. Elle a aidé son fils en lui faisant savoir comment briser le Sort qui retenait le bateau. Le message, elle l'a fait parvenir par l'intermédiaire d'une fée qui lui devait service. Et comme elle savait que sa famille n'en resterait pas là, elle a fait appel à ses cousins de la bonne branche. L'un d'eux, le plus proche par la distance, est arrivé très vite. Il a mis sa cousine et sa famille à l'abri et a attendu les forbans. Ils sont venus très vite eux aussi et en force. Mais le cousin les a tous vaincu à lui tout seul… » révèle Chad, son regard brillant d'une flamme joyeuse posé sur Pat

« C'était mon ancêtre ? C'était Kennard le Brave ? » demande alors Pat, l'air interloqué.

« Ouais mon p'tit loup ! Kennard O'Neill, cousin au cinquième degré de Cowan le Sanguinaire également appelé Cowan le Diable car il apparaissait de nulle part avant d'accomplir ses forfaits et de s'évanouir dans la nature avec sa bande de forbans ! Cowan qui était un Sorcier et un pirate ! Il attirait les bateaux sur Inis Bó Finne, grâce au brouillard maléfique et à des Sorts que sa famille et lui jetaient sur les eaux et le vent. Quand les bateaux touchaient terre, ils les pillaient avant de les couler. Quant à l'équipage, les hommes étaient pendus et leurs dépouilles jetées dans le Lac… Cowan et les siens, attaquaient les Sorciers du Connemara, aussi, pour s'emparer de leurs richesses ou enlever des bébés : les filles pour les engrosser plus tard, afin de perpétuer le nom ou les fils, pour épouser les filles… C'est le plus jeune petit-fils de Cowan, Oran, qui a reconnu le gamin comme son neveu, fils de sa sœur Eleanor, la renégate de la famille. Le petit ressemblait trait pour trait à sa mère, visage fin, chevelure flamboyante, honnête et courageux ! Quand ils ont voulu se venger de l'offense que le petit leur a infligé en libérant leurs prisonniers Moldus et en brûlant leur château auquel le Maléfice du Brouillard était lié, Cowan et tous les siens ont été pris, à l'exception d'un seul. Et ils ont été jugés par un Tribunal Sorcier qui les a condamnés au baiser du Détraqueur. C'est leur mort, que les Banshees annonçaient. Pas celles des pêcheurs… D'ailleurs, à ce propos, il faut quand même que je vous dise que la vache sacrifiée et mangée par les Sorciers la fameuse nuit où le feu a été mis au château, était une vraie vache… Ou un vrai bœuf, comme vous préférez… Le Capitaine a également été libéré et délivré de la pierre. Tous les pêcheurs sont revenus à terre, cette nuit là… » révèle Chad, avec une lueur malicieuse dans le regard.

« Vous avez dit que l'un des membres de la famille de Cowan n'avait pas été pris. Lequel était-ce et qu'est-il devenu ? » m'enquiers-je, le cœur battant et la sueur me dégoulinant plus que jamais sur la nuque…

C'est le nom d'un ancêtre de Lucius Malfoy que Chad va nous délivrer. Je ne sais pas pourquoi, mais j'en suis certain au fond de mon cœur…

« Lorcan Malloy, le fils d'Oran et arrière-petit-fils de Cowan. Il a réussi à filer en pays de Galles où il s'est installé avec la fortune familiale qu'il a récupérée dans les ruines et les cavernes du château où il avait été laissé de garde auprès des enfants et des bébés. Pour ne pas avoir à partager cette fortune, il n'a pas hésité un instant à tuer ses cousins, ses cousines et même son jeune frère. Et arrivé au Pays de Galles, Il a changé de nom, ce diable de pirate assassin !… Pas beaucoup cependant… Il s'est fait appeler Lug Malfoy… Un ancêtre de l'actuel Lucius Malfoy… » répond Chad, tandis que mon cœur bondit de joie, même si mes cheveux se hérissent d'effroi et d'écœurement face à la monstruosité des révélations qui nous sont faites sur ce Lorcan …

J'en étais sûr ! Nous sommes vraiment sur la bonne piste !

« Malfoy ! C'est incroyable ! Cela signifie donc que Lorcan Malloy n'a jamais été inquiété ! Qu'il n'a pas été condamné pour sa piraterie et l'assassinat des enfants et des bébés de sa famille !… » commente Evan, que je sens aussi horrifié et excité tout à la fois que mes amis et moi-même…

Nos recherches ont porté leurs fruits ! Nous savons maintenant où se trouvent les Cavernes du Diable ! Les Cavernes de Cowan le Diable ! Un ancêtre de Lucius Malfoy !

Tout se tient !

« C'était un malin, le bougre… Il s'est tenu tranquille, vivant sur la fortune volée entassée dans les Cavernes par ses ascendants depuis des siècles ! Il s'est marié à la fille d'une vieille et influente famille. Il est devenu influent lui-même et a eu un fils. Et personne n'a jamais pu le coincer. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé. Parce qu'il y en a un, qui s'est attaché à le retrouver et le faire plonger. Le mousse… Ce que je n'ai pas dit encore, c'est qu'avant de quitter le Pays, Lorcan Malloy s'est en partie vengé. Il a réussi à tuer le père du mousse, époux de sa tante Eleanor. Kennard le Brave a pris le reste de la famille sous son aile après ça. A l'époque, on n'allait pas à Poudlard, qui venait tout juste de sortir de terre, aussi facilement qu'aujourd'hui. Kennard a formé lui-même le gamin. Et quand celui-ci a été en âge de prendre son envol, il s'est juré de finir le travail de Kennard et de retrouver son cousin pour le livrer à la justice des Sorciers. Mais il n'a pas réussi, bien qu'il y ait consacré toute sa vie. Cependant, sa famille a poursuivi son œuvre et a gardé un œil sur les Malfoy pendant des décennies et des décennies, sans jamais réussir à coincer l'un de ces pirates. Car ils sont malhonnêtes de père en fils, dans cette famille. Des forbans assassins mauvais comme la peste ! Je ne saurais dire cependant, si la branche du mousse continue à les poursuivre. Trace en a été perdue au siècle dernier…. » répond Chad, en se frottant le menton.

« Cette histoire est extraordinaire ! Mais comment pouvez-vous si bien la connaître? » demande Carlotta, l'air vivement admirative.

« Ah ! Bonne question, ma p'tite ! Et la réponse est simple : je le sais, parce que le mousse avait une sœur aînée dont je suis le descendant le plus direct. Et cette histoire a été consignée par écrit par ma lointaine aïeule, qui ne voulait pas qu'elle se perde avec les ans. Elle l'a même illustrée de quelques croquis et de toiles qui sont chez moi. Cependant, il y a une de ses peintures ici, dans cet estaminet ! Lavena, montre-leur donc la toile qui a été offerte à tes Aïeux par mon Aïeule ! » répond Chad, en se tournant vers la patronne, qui s'empresse d'acquiescer et de décrocher un grand tableau qui se trouve de l'autre côté de la salle.

Elle le fait Léviter à travers la pièce enfumée et Chad le réceptionne, le tournant vers nous.

« Tenez… Kennard le Brave et Cowan le Diable dans leur duel décisif. Vous voyez le gamin, là, en arrière plan ? Mon ancêtre a représenté son jeune frère sur la toile, bien qu'il n'ait pas assisté à ce face à face. Elle voulait lui rendre hommage. Après tout, le gamin a fait preuve d'un courage exemplaire en allant libérer ses compagnons ! » déclare Chad, en pointant son doigt sur chaque personnage.

Je regarde longuement le portrait, tout comme mes amis. Pat en tête de liste, qui n'a d'yeux que pour son ancêtre Kennard le Brave.

Lucius Malfoy ressemble pas mal à Cowan le Diable. Même chevelure d'un blond très pâle, même yeux froids, même plis de bouche dédaigneux. Il n'y a guère que le nez et les sourcils, qui les différencient. Le nez de Lucius est plus fin, ses sourcils un peu plus arqués et nettement moins broussailleux…

Puis mon regard tombe sur le portrait du jeune mousse…

Et je me dis que j'ai déjà vu ce visage quelque part…

« Et le petit, comment s'appelait-il ? » m'enquiers-je, sourcils froncés…

« Nyle Lane fils de Eleanor Malloy et Quinlan Lane ! Il était de tradition de noter le nom de ses descendants, jusqu'à il y a cent soixante-dix ans environ. J'ignore ce qu'il s'est passé à ce moment là, mais l'arbre n'a plus été complété… La lignée s'est peut-être éteinte… » répond Chad, sur un soupir, tandis que mon cœur s'affole encore une fois…

Non ! Ce n'est pas possible ! Ce serait une coïncidence trop incroyable !

« Lane ! Attendez, l'arrière-arrière-grand-mère de mon grand-père Septimus était une Lane. Ina Lane, fille de Louisa Moran et Felix Lane…. Elle était fille unique et s'est mariée à Pollux. C'est tout ce que je sais d'elle.… » dis-je, mes yeux fixant toujours le gamin représenté sur la toile

Et prenant soudainement conscience que c'est à Ron au même âge qu'il me fait penser !

Oh ! Bon sang oui ! Même implantation de cheveux, même yeux bleus, même nez, même bouche, même menton, même air frondeur !

Même courage et même entêtement également me dis-je aussi…

Par les couilles de Merlin ! Ce pourrait-il que le gamin représenté sur la toile que Chad tient dans ses mains soit l'un de mes ancêtres ?

« Felix Lane ! Louisa Moran ! Mais c'est ça ! L'arbre que j'ai s'arrête justement avec ce Felix et sa femme ! Oh ! Boudiou de Boudiou ! T'es un descendant de Nyle ! C'est quoi, ton nom, mon p'tit loup ! » explose Chad, tandis que je suis estomaqué et que des murmures enflent autour de nous…

« Weasley. Charly Weasley… » réponds-je, avec l'impression d'être assommé…

« Ah ! Boudiou ! C'est tout de même une sacrée coïncidence ça ! Ç 'que c'est qu'les méandres du temps qui nous ramène aujourd'hui deux enfants du pays ! Deux enfants qui ne connaissaient pas leur histoire ! Ah ! Boudiou ! On est parents gamin ! Mais dit voir ! Ton père, c'est quand même pas Arthur Weasley, le nouveau Sous-Secrétaire d'Etat ! » s'exclame encore Chad, qui a l'air très ému

« Si… Et maintenant que j'y pense, c'est depuis que Ina Lane a épousé Pollux Weasley, que les Weasley et les Malfoy sont des ennemis héréditaires… Quoique le dernier des Malfoy, ait été adopté par la famille… Nous ne sommes plus ennemis qu'avec son père… » réponds-je, en me disant qu'il va falloir que j'aie une conversation sérieuse avec papa…

Sait-il tout cela ou l'histoire s'est-elle perdue avec le temps ?

Non… L'histoire ne s'est pas perdue…Il doit savoir… Ou peut-être pas…

Mais je suis presque certain qu'il sait… Sinon pourquoi entretiendrait-il des relations aussi tendues et haineuses avec Lucius Malfoy depuis toujours ? Seulement, d'un autre côté, pourquoi ne nous a-t-il rien raconté s'il sait ?

Je me sens presque confus… Ne sachant plus que penser à propos de ces questions…

« Ah ! Mais alors t'es un frère aîné de celui qui est allé au manoir chercher Narcissa Black ! Et de la gamine qui a failli se faire tuer à Halloween puis plus tard par la fille Parkinson ! Et t'es de ceux qui ont botté les fesses de Tu-Sais-Qui la nuit d'Halloween ! Mais dis voir encore ! Ton frère et ta sœur, ils étaient au Ministère quand le Lucius s'est fait avoir comme Mangemort ! » s'exclame encore Chad, qui se tient de toute évidence au courant de l'actualité.

« C'est cela, oui. Vous avez raison sur tous les points… » acquiesce-je, sous les commentaires étouffés de l'assistance, mon regard de nouveau rivé sur le portrait de Nyle Lane.

Son sang coule dans mes veines. Ce brave gosse est mon lointain Ancêtre…

Et je me sens incroyablement fier de lui !

« Ben le moins qu'on puisse dire, c'est que toi et les tiens, vous avez hérité de Nyle Lane ! Tous des sacrément courageux Boudiou ! Ah ! Boudiou de boudiou ! Deux des héritiers de Nyle ont aidé à coincer l'héritier de Lorcan ! La mort de Quinlan Lane, notre Aïeul Moldu est enfin vengée ! Ça se fête ça ! Lavena, une tournée générale sur mon compte ! » s'exclame Chad, tandis que des applaudissements explosent dans la salle

Chad, me serre dans ses bras, heureux dit-il de retrouver un membre de sa famille, même si nos racines communes sont très lointaines…

Quant à moi, il me tarde soudainement de rentrer à la maison pour raconter tout cela à ma famille et de leur apprendre que nos racines les plus profondes sont ici, au Connemara et que les Malfoy et les Weasley ont un ancêtre commun, appelé Cowan le Sanguinaire ou encore Cowan le Diable…

Et je sens que la chose qui plaira le plus à Papa dans cette histoire, s'il ne la connaît pas déjà bien entendu, ce sera de savoir qu'à l'origine de la branche de cette famille sur laquelle nous sommes assis, était une rebelle ayant épousé un Moldu…

Elle me plait bien à moi aussi, cette Eleanore Malloy… ma lointaine, très lointaine Ancêtre Irlandaise…

Nous faisons la fête pendant deux heures encore, trinquant et re-trinquant à la santé de Kennard le brave, de Nyle Lane et des Gardiens et Gardiennes de Dragons dont Chad nous narre également les exploits lointains…

J'avoue ne plus avoir un souvenir très clair de cette histoire là, car nous commencions à être un peu imbibés quand Chad nous l'a racontée.

C'est l'air frais de la nuit, quand Lavena nous a finalement tous mis dehors, qui nous a un peu remis les idées en place…

Le vent était glacial, la pluie pénétrante. Heureusement, le vieux qui nous a invités à dormir chez lui n'habitait pas très loin, dans une grande et belle maison de Maître. C'est seulement quand nous sommes arrivés chez lui qu'il nous a enfin dit son nom : Fergus McNamara, chef du clan McNamara d'Irlande et des sorciers du village.

Tradition depuis les temps immémoriaux encore une fois…

Avant de nous montrer nos chambres, il nous propose de passer un moment au salon, pour boire un thé et une Potion préventive de la Gueule de Bois. Ce que nous acceptons avec plaisir, car il n'est rien de pire que de se réveiller avec la bouche pâteuse et un mal de crâne qui vous vrille le cerveau…

Le salon est confortable et bien chauffé quand nous y pénétrons. Et les fauteuils dans lesquels nous nous assoyons infiniment moelleux. Fergus appelle un Elfe de maison, qui nous apporte très vite Potion et thé accompagné de quelques sandwichs, que nous dévorons à belles dents…

« Prenez l'temps de manger, les jeunots. De mon côté, j'appelle Albus pour lui dire qu'c'est-y qu'vous êtes arrivés ici… » dit-il, en s'approchant de la cheminée.

Pour le coup, j'en avale mon morceau de sandwich de travers…

« Albus ? » m'enquiers-je, pas très certain d'avoir bien entendu.

« Ben oui… Albus Dumbledore. Il m'a appelé vers les 18H30, pour me prévenir qu'y a un groupe de jeunes qu'allait peut-être passer dans l'coin et de prendre soin d'eux si qu'c'est-y que j'les voyais. Il s'est bien gardé cependant, d'me révéler qu'c'est-y qu'vous êtes des Gardiens de Dragons ! Ah ! Pour sûr qu'j'aurais piaffé d'impatience d'vous voir et qu'c'est-y qu'j'aurais pas pu tenir ma langue ! Cependant, il vous avait bien détaillés ! J'vous ai reconnu à la description qu'il m'a fait de vous, dès qu'c'est-y qu'vous êtes entrés dans l'estaminet d'Lavena. Au fait, j'ai un message pour vous ! Vous allez devoir rentrer dès qu'c'est-y qu'vous aurez fini de prospecter dans l'coin. Y a du ramdam qu'il a dit et il vaut mieux qu'vous rentriez. Il a dit aussi d'appeler dès que qu'c'est-y que j'vous aurais vu. Alors je l'appelle et j'vais lui dire qu'c'est-y qu'j'vous ai ramené chez moi…» annonce Fergus, dont l'accent est davantage prononcé encore sous l'effet de l'alcool, avant de jeter une poignée de Poudre de Cheminette dans l'âtre et de plonger sa tête dans les flammes vertes.

Trois minutes plus tard, Albus en personne arrive en Transplanant avec Fumseck. Il nous donne les nouvelles reçues par l'oncle de Viktor et nous apprend que Nadya, Nally, Viktor et lui-même partent bien comme prévu demain soir, mais que Harry, Ron et Hermione n'iront pas là-bas.

J'imagine assez leur déception, car ils se faisaient une joie de ce voyage. Mais comme le dit Albus, il ne serait pas prudent d'entreprendre ce périple en Roumanie avec Harry, alors que les temps sont troublés là-bas. Il en a déjà bien assez avec les risques qu'il court chez nous…

Puis nous lui racontons à notre tour ce que nous avons appris…

« Eh bien, Fergus, tu ne m'avais jamais parlé de cela… » commente le professeur Dumbledore, l'œil pétillant.

« Bah je pensais pas qu'cette vieille légende t'aurait intéressé. Et pis, le lien entre ce Lorcan et Lucius Malfoy, j'l'ai appris qu'ce soir, en même temps qu'les jeunots… C'est qu'c'est-y qu'Chad est pas si disert d'habitude, même si c'est notre conteur officiel au village. Il avait jamais donné le nom de famille de Cowan le Sanguinaire, ni celui du mousse. J'savais même pas qu'c'est-y qu'il descendait d'la sœur aînée du mousse d'ailleurs ! Et pourtant, on s'connaît depuis les langes ! C'est d'avoir l'descendant d'Kennard le Brave à sa table qu'a dû lui délier complètement la langue… Cette fois, j'suis sûr qu'il a déballé l'histoire en plein ! Il était trop heureux d'avoir retrouvé un membre d'sa lointaine famille pour cacher d'autres secrets ! » répond Fergus, en haussant les épaules, avant d'ajouter : « Et puis c'est qu'c'est-y qu'ma mission ici, c'est seulement d'ouvrir l'œil et de te rapporter s'il y a des mouvements suspects… Et j'ai rien remarqué, pour la bonne raison qu'c'est-y qu'j'étais pas chez moi ces derniers mois. J'suis rentré depuis trois jours seulement ! Tu l'sais bien ! Et tu m'as toujours pas dit si qu'c'est-y qu'je pouvais enrôler Chad qu'c'est-y qu'est bien meilleur observateur qu'moi et a toujours l'oreille aux aguets des potins ! »

« Eh bien, il semblerait que oui, tu peux enrôler ton vieil ami. Après tout, il a effectivement l'air d'être bien au fait de la vie des environs. Et après avoir entendu ce qu'il vous a raconté ce soir, je ne pense pas qu'il voudrait nuire à Charly et ses amis… » répond le professeur Dumbledore, l'œil allumé d'une lueur malicieuse.

Nous convenons ensuite avec lui que Nadya, les copains et moi irions voir cette Île de la Vache Blanche de plus près demain et que, quoiqu'il arrive, nous ferions en sorte de le rejoindre en Roumanie lundi matin au plus tard…

J'espère avoir le temps de faire un petit crochet par le Terrier avant…

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(1) Ce lieu existe et je me suis largement inspirée de son paysage (image 10 notamment ) et également un peu de sa légende.

Voir site : http : / ww w. terres celtes. net / Inishbofin. html (enlever les espaces)

L'idée de situer cette action au Connemara m'a été insufflée par Mistycal ma super bêta !

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Verdict?

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