Rodney avait eu raison, la procédure était simple. Il ne lui fallut que quelques pensées pour atteindre la source du virus, deux de plus pour lancer la réinitialisation, et enfin une dernière pour le supprimer à tout jamais.
Avec un bourdonnement rassurant la cité se relança, les lumières se rallumant les unes après les autres, alors que les systèmes hydrauliques des portes se remettaient en fonction, fermant les battants avec de délicats chuintements.
Ils restèrent tout deux immobiles, lui dans le fauteuil, McKay derrière son écran, tendus dans l'attente d'une confirmation de succès ou d'échec.
« Plus aucune trace du virus ! » annonça enfin victorieusement le scientifique.
« Et la « Mise à jour » ? »
« Parfaitement à jour ! »
Il s'accorda un soupir soulagé, avant de se relever.
« Bon c'est pas tout ça, mais on a un wraith en cavale... »
« Et moi, mon lit m'attend. Avec un peu de chance, je vais pouvoir dormir une petite heure avant d'être rappelé pour lutter contre une autre atroce catastrophe. » bailla Rodney, avant de se boucher les oreilles en jetant un regard assassin au plafond alors que l'alarme de l'autodestruction s'enclenchait.
« Adieu sieste... » gémit ce dernier, le dos rond.
« Je vais aller éteindre cette sirène. Courage, Rodney. » l'encouragea-t-il avant de partir au petit trot jusqu'à la salle technique où se trouvait le commutateur qu'il avait si souvent enclenché et qui réduisait au silence la criarde et sinistre mise en garde.
Deux heures... Dans deux heures, au plus tard, il mettrait la cité en hyperespace pour un vol de deux semaines.
D'ici-là, il fallait que personne ne mette la main sur Todd, et que personne ne trouve le moyen de neutraliser le « verrou galactique ». Pour ce dernier point, il faisait confiance à Rodney, pour le reste, il pouvait tenter de ralentir les recherches, tout en espérant que l'alien s'était trouvé une bonne planque.
La vérité, c'est qu'il n'eut pas grand-chose à faire de ce côté-là. Une fois qu'il fut évident que le verrou ne serait pas désactivé dans les délais, une évacuation en catastrophe fut organisée et la seule priorité devint d'empêcher le wraith de quitter la cité. Une fois en vol, il n'aurait plus aucune échappatoire et ils auraient tout le temps de le chercher. John passa donc l'heure et demie suivante à fouiller des caisses de matériel en partance dans lesquelles il savait pertinemment que Todd ne se trouvait pas.
Tout le personnel n'appartenant pas à l'expédition Atlantis et une bonne partie du matériel avait été évacué alors que le compte à rebours n'affichait plus que quatre minutes.
Carter, les cheveux battus par le vent de la digue Sud, l'air gêné, se balançait d'avant en arrière.
« Je viens de parler à la Commission. Je reste à la tête du SGC, et le Docteur Weir va reprendre la direction de la mission Atlantis. Le problème est qu'elle se trouve actuellement encore à une demi-heure d'ici, et que nous n'avons aucun vaisseau en orbite qui pourrait la téléporter à bord. » commença-t-elle d'un ton pressé.
« Attendez, quoi ? » s'étouffa-t-il, prit de court.
«Vous êtes toujours l'officier le plus gradé de la mission Atlantis, Colonel. Vous allez donc prendre la direction de la cité jusqu'à votre arrivée dans Pégase. Le Docteur Weir vous rejoindra alors par la Porte. »
« Quoi ? Vous ne venez pas avec nous ? »
« Non, colonel Sheppard. Je vais retourner à Cheyenne Mountain. Tout se passera bien, j'en suis certaine. Vous êtes plus que capable, Colonel. »
« Général Carter ! » supplia-t-il, alors qu'elle montait agilement sur le petit ferry qui se balançait comme un bouchon.
Elle lui adressa un dernier petit sourire désolé alors que sa radio grésillait.
« Il reste deux minutes avant autodestruction, Colonel, vous avez juste le temps d'arriver à la salle du fauteuil ! » annonça McKay, plus tendu que jamais.
Deux minutes ! Il lui restait deux minutes, et soit ils partiraient tous en fumée en rayant une bonne partie de la Côte est des cartes, soit leur subterfuge serait découvert et ils finiraient tous en prison, soit la cité retournerait enfin à sa vraie place.
Il piqua un sprint jusqu'au téléporteur le plus proche, puis jusqu'à la salle du fauteuil, s'arrêtant dans une glissade devant ce dernier alors que McKay décomptait sur l'intercom.
« Bonne chance, colonel Sheppard ! » lui souhaita Carter sur sa radio.
« A vous aussi, mon général. » répondit-il, alors que le fauteuil s'enclenchait docilement.
« 12... 11... 10... 9... »
Il ferma les yeux et laissa la cité le submerger, ne se focalisant que sur une seule pensée, un seul concept : Pégase.
« 3... 2... 1... »
Dans un vrombissement assourdissant, la cité invisible s'arracha lentement à la baie de San Francisco.
« Dans dix secondes, activez le bouclier, Colonel.» annonça McKay sur l'intercom.
Il décompta mentalement, puis sentit l'occulteur devenir l'invisible mur qui les protégeait du vide spatial.
« Nous sommes sortis de l'atmosphère, calcul de trajectoire en court. » continua McKay.
Une vibration mentale lui signala que les coordonnées avaient été acquises.
« Au revoir, la Terre. » murmura-t-il, ouvrant d'une pensée une fenêtre d'hyperespace dans laquelle la cité s'enfonça presque avec joie.
« Le compte à rebours est suspendu, fin de l'alerte. » conclut McKay quelques instants plus tard.
Sa mission accomplie, il désactiva le fauteuil.
« On rentre enfin à la maison.» ajouta-t-il pour lui-même.
Todd trouva tout de même le moyen de leur échapper durant quatre jours, malgré un quadrillage soigneux de la cité. Ce fut finalement Lorne qui le trouva, inconscient au milieu d'un couloir non loin de l'infirmerie, sévèrement déshydraté, et en bien piteux état.
Le wraith ne se réveilla que trois jours plus tard, alors qu'ils arrivaient au point médian entre les deux galaxies.
« Hé bien, dans quel état vous vous êtes mis ! Le Docteur Keller n'en revient toujours pas que vous soyez encore en vie. »
« Je serais en parfaite santé sans votre rétrovirus.» cracha Todd de fort mauvaise humeur.
« Il n'est pas encore au point, c'est un fait, mais nous finirons bien par trouver. » répondit-il, se voulant encourageant.
Un feulement mauvais et un regard glacial lui répondirent.
« Au moins, plus personne n'essayera de vous disséquer. Le Docteur Weir ne l'autorisera jamais. »
« Ce n'est plus elle qui commande cette cité. » siffla le wraith.
« Non, mais elle en reprendra le commandement dès notre arrivée dans Pégase. En attendant, c'est moi qui assure l'intérim. »
Todd lui jeta un étrange regard qui n'en finissait pas.
« Quoi ? » finit-il par demander.
« C'est vous qui commandez en l'absence de votre reine... cela fait donc de vous le commandant de cette cité... » murmura le wraith avec un sourire étrangement satisfait.
« Heu...oui, en quelque sorte, mais pourquoi cela semble-t-il tellement vous réjouir ? »
« Parce que vous ressemblez bien plus à un wraith que vous ne voulez le croire, John Sheppard.» répondit ce dernier avec un autre sourire de prédateur.
« Je vais faire comme si je n'avais pas entendu cette phrase. »
« Comme toujours, John Sheppard, comme toujours... »
Le reste du voyage se passa tranquillement. Todd reprit sa place à l'infirmerie et se soumit sans histoire à la pléthore de traitements du Dr Keller, qui se désespérait quelque peu que le Dr Beckett ait fait partie du personnel évacué avant le départ de la cité.
John laissa au wraith un ordinateur, dont tout composant permettant une connectivité avait été retiré, pour jouer à des jeux vidéo, et ce dernier passa le reste du voyage à pulvériser tous les records avec la systématique d'un bulldozer.
McKay, après une nuit de presque vingt-quatre heures, se fit un devoir d'éplucher la moindre ligne de code du virus, du verrou et de la cité en général à la recherche de ce que le wraith y avait caché, il en était certain.
En dix jours, il trouva pas moins de treize programmes malveillants, allant des petits espions discrets aux voraces voleurs d'informations en passant par les vers qui détruiraient toute nouvelle donnée sur les wraiths.
Et John était certain qu'il avait dû en louper un ou deux, quoique le physicien en dise.
Après tout, Todd était Todd, et le jour où il n'essayerait pas de la leur faire un peu à l'envers, il s'inquiéterait sérieusement.
Au treizième jour de vol, ils atteignirent la périphérie de la galaxie, et John sortit la cité de son tunnel hyperspatial.
Comme prévu, le verrou se désactiva avec une sonnerie très satisfaisante, et après une heure de calcul, ils purent composer l'adresse de la Terre.
« Ici le colonel Sheppard dans la galaxie de Pégase. Nous sommes bien arrivés et le verrou est désactivé, mais nous ne pouvons pas garder le vortex ouvert longtemps avec les boucliers activés à pleine puissance. Nous restons en position dix heures, envoyez-nous Elisabeth Weir et tout ce qui peut avoir été oublié avant notre départ. » annonça-t-il, pince-sans-rire.
« Bien reçu, Colonel. Pouvez-vous envoyer le wraith ? »
« Négatif, le vortex ne tiendrait pas. » répondit-il, avant de faire un signe de la tête à Rodney qui coupa la connexion.
Comme prévu, la Porte s'activa moins d'une heure plus tard.
« Ici Hartmann, délégué de la Commission. Nous allons vous envoyer le Docteur Weir, du matériel, et des renforts de personnel. Le wraith est toujours en votre possession ? »
« Oui, Todd est toujours notre... invité. »
« Bien. La priorité est de mettre la cité en sécurité, ensuite l'alien doit être renvoyé sur Terre afin que nous puissions l'étudier. Est-ce clair, Colonel ? »
« Parfaitement, Monsieur. » répondit-il, acerbe.
Il y eut quelques parasites sur la ligne, puis la voix douce de Carter.
« Bon retour dans Pégase, Colonel. Je suis certaine que vous agirez au mieux. »
« Merci, mon général.» répondit-il, un peu perplexe.
Lui disait-elle de remettre Todd aux mains de la Commission ou, au contraire, de le laisser filer ?
« Votre iris est baissé ? »
« Affirmatif, mon général. »
Dix secondes plus tard, deux marines traversaient, portant chacun une grosse cantine métallique, suivis de peu par deux femmes dont les uniformes proclamaient la profession médicale poussant un chariot plein de matériel. En tout, une dizaine de personnes, dont le Dr Weir et quelques marines en mission extra-planétaire au moment du départ de la cité, traversèrent la Porte, tous chargés comme des mulets.
« SGC, tout le monde est bien arrivé. » annonça-t-il depuis la plateforme.
« Bien. Bon courage et bonne chance. »
« A vous aussi. »
Le vortex scintilla encore un instant ou deux, avant de se couper dans un chuintement.
« Bon retour à la maison, Elisabeth ! » salua-t-il à l'adresse de la diplomate qui observait la cité, les yeux brillants de joie.
« Merci, John. »
« Je vous ai gardé votre fauteuil bien chaud et plein de dossiers très épais rien que pour vous ! »
« Trop aimable.» répondit elle avec un sourire tordu.
« C'était un plaisir. Quels sont vos ordres en tant que directrice de la cité, Madame ? » demanda-t-il, la gratifiant d'un salut dans les règles.
« Mes ordres en tant que directrice d'Atlantis ? Poser cette cité, pour commencer, et ensuite, retrouver ceux que nous avons abandonné ici il y a trop longtemps déjà.»
« A vos ordres, Madame! »
C'est la démarche bien légère qu'il se mit en route pour son fauteuil à lui, celui qui pilotait cette merveilleuse cité, sa vraie maison, son chez-lui.
New Lanthea s'avéra un mauvais choix. A peine furent-ils sortis d'hyperespace qu'un satellite wraith détecta leur présence et envoya un signal à toutes les ruches du cadran.
Sans attendre de voir qui viendrait, ils partirent à la recherche d'une autre planète où s'établir.
Une fois les conditions entrées (non peuplé, avec de vastes océans et un climat supportable), il ne restait plus beaucoup de mondes. Une fois ceux déjà colonisés ou à deux pas d'une colonie wraith éliminés, il n'en resta que deux.
Les scans planétaires du premier ne révélèrent rien, mais une inspection en Jumper leur fit découvrir un monde de titans, peuplé de gigantesque monstres marins très agressifs, que Rodney surnomma immédiatement Kraken.
Le second en revanche révéla des océans très salés, mais peuplés d'une faune qui ne semblait pas dépasser en dangerosité celle de la Terre, et quelques continents fertiles à la végétation variée.
Ce fut donc lui qui fut choisi pour devenir New New Lanthea, qui fut abrégé en New lanthea, malgré sa proposition pertinente de l'appeler Atlantica.
Ils s'installèrent donc sur ce nouveau monde tandis que Weir accordait charitablement la première ouverture de Porte à Teyla afin qu'elle puisse aller voir les siens sur New Athos.
« C'est généreux de votre part. Je suppose que si vous avez envoyé Lorne et son équipe avec Teyla, c'est parce que la prochaine destination est Oumana et qu'elle est pour nous? » demanda-t-il, alors que son amie traversait le vortex.
« Oui. Atlantis n'abandonne personne. Ils doivent nous attendre avec impatience. » murmura la directrice en un souffle.
Ils échangèrent un regard lourd de sens. Un regard qui sous-entendait : S'ils étaient encore en vie.
« Vous pensez que le capitaine Giacometti a retrouvé Rosanna Gady ? » demanda-t-il à la place.
« Je l'espère. » soupira la diplomate.
« Nous le saurons bientôt. » conclut-il alors que le vortex se refermait et que l'adresse de la planète agricole était composée.
« Que s'est-il passé ? » demanda John d'une voix blanche alors que Ronon pulvérisait d'un coup de pied furieux un gravat carbonisé.
« Je ne sais pas. Il y a des interférences, mais d'après le détecteur de signes de vie, il n'y a plus âme qui vive ici... » répondit Rodney, aussi perdu qu'eux.
« C'est les wraiths ! » cracha le Satédien, très agité.
« Il a raison, je détecte des radiations résiduelles de tirs orbitaux... » murmura le physicien.
« Mais pourquoi détruire ce village, ils n'étaient pas une menace ?» se demanda-t-il.
« Les villageois n'étaient pas une menace, mais il faut croire que la présence des atlantes était suffisamment gênante pour justifier une extermination ! » persifla Ronon.
John détailla encore pendant une longue minute le paysage ravagé par les tirs, qui n'avaient laissé que ruines noircies de ferme et terre vitrifiée.
Le paysage ressemblait atrocement aux photos d'archive de Nagasaki ou de Hiroshima, et plus encore à Sateda.
Il n'y avait plus personne ici, il était inutile d'infliger cette torture plus longtemps à l'ancien coureur.
Il allait faire demi-tour, lorsque Rodney l'arrêta par le bras.
« Ils ont peut-être pu fuir, et sont ailleurs en sécurité ? » suggéra-t-il avec espoir.
« S'ils sont encore en vie, ils nous auront sans doute laissé un message près de la Porte. Ça ne coûte rien de chercher. » acquiesça-t-il.
Ils explorèrent les alentours de la Porte sans rien trouver d'autre que les restes d'une guérite dont John n'avait aucun souvenir lors de sa dernière visite, près d'un an auparavant.
Alors que le soleil se couchait, ils rentrèrent enfin, bredouilles et porteurs de mauvaises nouvelles.
Elisabeth devint très pâle tandis qu'il lui faisait son rapport. Il vit la culpabilité et la colère se peindre sur ses traits. Il savait combien elle s'en voulait de les avoir laissés derrière. Lui-même en perdait régulièrement le sommeil. C'était ses hommes qui étaient demeurés, parce qu'ils n'abandonnaient jamais personne. C'étaient trois de ses soldats qui étaient restés pour que l'esprit d'Atlantis subsiste dans Pégase, même après leur départ. Et même s'ils l'avaient fait volontairement, en désobéissant aux ordres, il ne s'en sentait pas moins coupable.
Pour la diplomate, c'était pire encore. Trois longues années que cette même charge la rongeait. Trois ans qu'elle vivait avec la certitude qu'elle avait abandonné la plus gentille et la plus délicate d'entre eux entre les griffes de leurs ennemis.
Ils s'étaient raccrochés à l'illusoire certitude qu'ils les retrouveraient tous sains et saufs, et maintenant, ce rêve volait en éclats.
Il soupira.
« Peut-être ont-ils réussi à fuir in extremis et qu'ils n'ont pas eu le temps de laisser de message, ou qu'il a été effacé... » suggéra-t-il, sans grand espoir.
« Oui, peut-être... Colonel...Merci, » répondit Weir, pas dupe, mais reconnaissante de ses paroles.
