Saint-Germain, 1661

Que je sçache, Votre Majesté me donna la permission de vous escrire, ainsi me donnay -je un peu plus de liberté, et je le fais.

Ah! Votre Majesté me trouve imprudente, puisque je luy escris tant de bestises en mesme jour, mais je ne puis plus supporter ma solitude et la privation de sa présence! Pourquoy n'estes-vous point icy?

C'est cruel de votre part, me laisser seule dans ce chasteau, n'ayant que les oiseaux pour me tenir compagnie. Mais je suppose que Votre Majesté trouva déjà quelqu'un qui puit l' amuser.

Non ? Je me trompe? Je l'espère ! Hélas mon seigneur ! Tant de cruauté de votre part ! Je dépéris icy et vous, cela ne vous regarde guère. Que je suis malheureuse ! Si mon noble père, le grand Charles IV d'Espagne ne m'avait point donné à vous, je n'aurois pas été si désespérée !

Six mois passèrent, et votre lit chauffe déjà une autre ! Comment pustes- vous déjà oublier le serment du jour de notre mariage. Votre cœur glacé oublia les moments heureux que nous avions passés ensemble, les jours où Votre Majesté ne pouvoit estre un seul instant sans moy ! Que j'étois heureuse en ce temps-là !

Et maintenant je dois attendre le moment où vous repousserez vos maistresses pour regagner ma place dans votre lit et dans votre cœur.

Si vous avez encore un peu de compassion pour ma douleur et mon infortune, soyez miséricordieux et permettez-moy de vous accompagner en public, si vous ne voulez plus que nous partagions le mesme lit.

Je vous remercie encore une fois de m'avoir permis d'avoir votre noble mère pour compagne dans cette prison.

Votre femme tout à fait dévouée

Marie-Thérèse