Disclaimer : Ni Severus, ni aucun des personnages de cette histoire ne sont à moi, sauf Ioann, Milo, Ivanna, Sergueï, Henrique, Elidjah, Owen et Connors.
Béta : BettyMars
Bonjour à tous, ça y est, j'ai de nouveau mon ordi et c'est un soulagement. Je pense avoir répondu à toutes les reviews du dernier chapitre. Mais si ce n'est pas le cas, je m'en excuse, ce n'était pas voulu mais je vous remercie de vos messages :)
Une chose est sûre, c'est que les Malfoy ont eu la côté la semaine dernière ! Il faut avouer que Lucius en particulier était époustouflant de charisme et de ruse … Narcissa a montré également qu'elle n'était pas une gentille femme au foyer et que le sang des Black coulait dans ses veines^^
Sergueï est de retour en prison, la gazette est hors service pour quatre mois et Severus a récupéré la garde de Ioann... Maintenant il reste tout de même à le retrouver ce garnement … Je vous avais dit, il y a deux chapitres je pense, qu'il allait y avoir du changement… vous allez comprendre pourquoi aujourd'hui… je vous avais dit que la fic irait jusqu'à la fin de la 3eme année de Ioann, et elle ira, mais je ne promet pas que ce sera sans heurt et puis … Rien n'est Jamais Simple … (tiens ça pourrait faire un bon titre pour un troisième tome … mais bon, je désespère déjà d'arriver à boucler celui là avec toutes mes idées transversales alors ne rêvez pas d'avoir une autre suite lol).
Bref, à mercredi pour la suite ! Bonne lecture à tous.
Défi : parler d'Edmond le Géranium Dentu
Chapitre 50 : Qui Ça ?
Lundi 9 Mai 1994.
Il pleuvait, le vent était pénétrant et la circulation dense. Et pourtant, ce n'était pas ce qui poussait Ioann à courir aussi vite. Des cris résonnaient derrière lui mais il ne les écoutait pas. Il se faufilait entre les passants, en bousculant un certain nombre au passage. Mais cela lui était égal. Il n'avait qu'un but et il ne s'arrêterait pas avant de l'avoir atteint. Il devait bien avouer que le soir, quand il s'endormait enfin, il n'avait plus qu'une envie : retourner chez lui et profiter de l'amour de son père. Pourtant il ne le ferait pas. Il ne pouvait pas. Car s'il revenait à Poudlard, alors le Ministère l'emmènerait loin et le donnerait aux bons soins de Sergueï. Et tant qu'il le pourrait, il resterait loin de Lui. Et pourtant, Il n'était pourtant pas si pire que cela …
Il tourna au coin d'une rue. Et se retrouva brusquement seul dans une ruelle. Cela l'affola grandement. Il ne pouvait pas rester ainsi. Il se ferait prendre sinon. Il accéléra en entendant les voix se rapprocher. Il accéléra, changea une nouvelle fois de direction et se glissa dans un soupirail bienvenu. Il soupira en se félicitant d'être petit et fin. Cela lui permettait un bon nombre de sorties. Il se cacha au fond de la cave et attendit. Il attendit longtemps et rien ne se passa. Avec un soupir, il poussa doucement les cartons derrière lesquels il s'était caché. Il s'approcha doucement de l'ouverture et jeta un œil. Rien ne bougeait. Il approcha une caisse tant bien que mal et grâce à elle, il se hissa dans la rue.
Un regard de chaque côté de la rue, lui apprit que la voie était libre. Resserrant son sac contre son ventre, il reprit son chemin d'un pas rapide. Cela faisait presqu'une semaine qu'il avait fugué, et plus rien n'allait. Les larmes aux yeux, il se mit à penser que rien ne lui réussissait et que sa vie était maudite. Quand il avait quitté le collège, il avait pris le Magicobus pour Londres. Il était descendu à la gare afin de se perdre dans la population. Puis il avait pris le métro comme il l'avait si souvent fait avec ses oncles. Il était arrivé au Chaudron Baveur en faisant bien attention de rester cacher sous sa capuche pour que personne ne s'attarde trop sur lui. Là aussi il avait profité de sa petite taille pour passer inaperçu auprès de Tom, le gérant. Il avait d'ailleurs réussi à s'approcher de la cheminée, puis à attraper une poignée de poudre. Il l'avait jetée et s'était projeté dans le foyer tout en murmurant sa destination.
Mais bien sûr, il avait fallu que quelque chose tourne mal. Il avait senti une secousse et un énorme bruit assourdissant l'avait fait gémir de douleur tant cela avait vibré dans ses oreilles. Il avait décidé de partir du pays pour brouiller les pistes mais surtout parce qu'il avait besoin de se recueillir sur la tombe de sa mère. Il ne savait pas ce qu'il ferait ensuite, mais dans l'immédiat, il voulait juste soulager sa peine avec elle. Mais quand il atterrit, à quatre pattes sur un sol dur et froid, il se demanda où il était. Car en levant la tête, il se rendit bien compte qu'il n'était pas dans le bar de liaison de Kazan comme il l'avait demandé. Et le regard dur de l'homme qui était en face de lui, ne lui avait pas inspiré confiance. Et il avait eu raison. Il s'était fait fortement attrapé par le bras et jeter dehors.
Il avait pourtant voulu reprendre la cheminée et retourner à la bonne destination, mais la claque qu'il avait reçue, l'en avait dissuadé en même temps qu'elle l'avait envoyé au sol. Il n'avait réagi qu'après qu'il avait dû y avoir un télescopage entre lui et un autre voyageur, l'envoyant dans une autre destination. Son parrain lui avait raconté qu'une fois ça lui était arrivé et qu'il avait atterri dans le salon d'une dame qui attendait visiblement son amant alors que l'amant était arrivé dans une école de petite section et avait terrorisé les enfants en arrivant presque nu devant eux. Ioann avait ensuite erré dans les rues pour en savoir plus sur l'endroit. Il se fit agresser verbalement plusieurs fois avant de trouver un peu de tranquillité dans un parc ombragé. Là, à l'abri des regards, caché dans un massif de buissons, il avait pleuré, longuement. Car il avait mal. Mal au cœur de se retrouver dans un endroit inconnu qui lui semblait si hostile. Submergé par sa peine et sa douleur, il s'était roulé en boule et avait laissé éclater son angoisse.
Evitant deux policiers en patrouille en s'esquivant derrière une poubelle, il se reconcentra sur l'instant présent. Il ne lui fallut qu'une dizaine de minutes pour se glisser à l'intérieur d'un vieil entrepôt abandonné. Il souffla de soulagement avant de s'avancer avec prudence vers le fond. Une poigne solide s'accrocha à son épaule et l'entraina vers un groupe de personnes qui attendait dans l'obscurité. Une silhouette se détacha et vint s'arrêter devant lui.
- Alors ?
- Tiens, murmura Ioann.
- C'est tout ? Tu es parti depuis ce matin et c'est tout ce que tu as rapporté ? Tu es vraiment un minable. Même Joshan est meilleur que toi, et il n'a que dix ans.
- Je … je ne veux pas faire ça. Laissez-moi partir, je ne dirais rien à personne.
- Bien sûr que tu ne diras rien à personne, tout comme tu ne partiras pas. Tu es sous mes ordres et avec ton air innocent, tu devrais rapporter au moins le double de nous tous. Alors tu vas repartir tout de suite. Ce soir si tu ne rapportes pas un meilleur butin, tu sais ce qu'il va t'arriver n'est-ce pas ?
Oh oui il savait. C'était cela qui lui donnait le plus envie de rentrer à Poudlard. Parce qu'entre Sergueï et Valmir, il ne savait pas lequel était le pire. Les bleus qui lui couvraient une bonne partie du corps démontraient que le jeune homme n'était pas un tendre. Ioann avait eu la malchance de tomber sur lui et sa bande dès son deuxième jour. Au début il n'avait pas compris ce qu'ils attendaient de lui. Une barrière de langue les séparait. Pourtant, lorsqu'il prit sa première raclée quelque chose bougea à l'intérieur de lui. Une sourde chaleur lui avait envahi la poitrine alors qu'il avait eu l'impression que quelque chose déferlait dans ses veines. Il avait déjà connu ça. Au oui. Il y a bien longtemps. Quand Albus lui avait jeté le sort de traduction. Il ne comprenait pas ce qu'il s'était passé. Car juste après, un grand froid l'avait envahi et il avait eu l'impression d'être électrique. Il savait qu'il avait également ressenti cela lorsqu'il paniquait grandement, mais il ne s'était pas attardé dessus. Tout ce dont il en avait retenu c'était qu'ensuite, il pouvait comprendre ce qu'on lui demandait. Après un peu de recul, il s'était dit que sa magie instinctive avait dû enclencher comme une réminiscence ou un effet secondaire du sort de traduction. Après tout, il l'avait supporté plus d'une année, il devait y avoir des restes en lui malgré qu'il soit levé. Quoi qu'il en soit, cela lui avait pour une fois facilité la vie. Et Dieu savait combien il en avait justement besoin.
- Je ramènerais ce qu'il faut.
- T'as intérêt. Allez dégage, tu mangeras dans une poubelle vu que tu n'as pas volé ce qu'on te demandait. Et ce soir, on verra selon ce que tu rapporteras.
Ioann hocha vivement la tête et sortit rapidement du hangar de tôles après qu'on l'ait projeté au sol d'un coup de poing. Il avait voulu épargner des problèmes à son père et il avait plongé tout droit en enfer. Il aurait pu partir étant donné qu'il était seul pour sillonner les rues à la recherche de petits larcins à effectuer. Sauf que Valmir lui avait pris son sac à dos et qu'il ne pouvait pas partir sans ses affaires. Il y avait dedans la gourmette, son Vif, ses photos. Il y avait aussi sa chevalière qu'il avait déposée avant de quitter l'Angleterre. Il aurait pu prendre le large et tenter sa chance ailleurs… mais ses trésors étaient sa vie. Il ne pouvait les abandonner.
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Samedi 21 Mai 1994.
Cela faisait bientôt trois semaines que son fils avait fugué et Severus avait l'impression qu'une éternité était passée. L'injonction contre Milovan avait été levée et celui-ci avait pu reprendre son activité professionnelle sans trop de dommages. Même si parfois il avait à subir le regard sceptique de certaines personnes qui avaient du mal à accepter l'erreur judiciaire. Puis ça s'était tassé étonnamment rapidement lorsque l'avis de recherche de Ioann avait été diffusé. Ils avaient repoussé au maximum cette médiatisation, mais l'absence de bonnes nouvelles les avait poussés à risquer que les Mangemorts mettent la main sur le garçon avant eux. Et Severus espérait que ceux-ci se manifesteraient en demandant une quelconque rançon, cela voudrait dire que le garçon n'était pas perdu quelque part. Il préférait encore payer un lourd tribu, financier ou humain pour le récupérer que le croire mort quelque part.
Oui, Severus était prêt à donner sa vie pour retrouver son fils. Il savait que dans ce cas là, Milo s'en occuperait comme s'il était son fils. Et c'était tout ce qui comptait. Mais dans l'immédiat, ce n'était même pas à l'ordre du jour. Après avoir regardé plusieurs fois le souvenir de Narcissa, ils avaient eu la désagréable surprise de se rendre compte que ce n'était pas Ioann qu'elle avait entrevu mais un enfant lui ressemblant vaguement. Cela avait descendu en flèche le moral du professeur de potions. Il s'était accroché à ça. Il avait cru qu'ils tenaient une piste solide et elle s'était effondrée comme un vulgaire château de carte.
Depuis, Severus était irrité. L'énervement était tel que plus personne n'osait l'approcher à moins d'y être obligé. Les Serpentards avaient perdu autant de points que les autres maisons. Seuls Black, Minerva et Albus affrontaient encore son courroux alors que les autres professeurs le fuyaient farouchement. Pour ce qui était des élèves, ils s'organisaient pour ne jamais se trouver sur son passage et enduraient les cours avec appréhension. Neville avait retrouvé toute sa panique et même le soutien de Draco ne l'aidait pas. Pourtant Severus ne l'avait plus attaqué depuis bien des mois. Mais l'air était tellement tendu à chaque cours, que le pauvre garçon en avait presque les larmes aux yeux en sortant de la salle de cours.
Draco n'avait pas été aussi chanceux. Il s'était violemment fait reprendre pour avoir échappé une fiole de larmes de phœnix. Il n'avait évidement pas fait exprès. Sa main l'avait juste trahi une nouvelle fois alors qu'il tenait l'ingrédient rare. Il avait été profondément ébranlé par la colère de son parrain. Jamais il ne lui avait parlé ainsi et certainement pas devant d'autres élèves. Et la punition qu'il avait récoltée l'avait hallucinée. Lorsque Harry avait pris sa défense, il n'avait fait qu'accentuer la colère du professeur et leurs retenues se passaient dorénavant en binôme auprès de Rusard.
Mais ça, Severus n'en avait rien à cirer. Sergueï avait réussi à lui retirer son fils de la plus horrible façon qu'il soit. Et c'était tout ce qui lui importait. Albus lui avait dit de prendre un congé afin de mieux gérer ça mais il avait refusé. Il avait besoin de s'occuper pour ne pas sombrer. Et pourtant, sans qu'il s'en rende compte, l'acide le brulait petit à petit.
- Severus, vous devriez vraiment prendre du recul. Rentrez chez vous et reposez vous, soupira d'une voix lasse Poppy.
- Pourquoi ? Je ne compte pas baisser les bras comme ça. C'est de mon fils dont on parle !
- Alors prenez un congé et allez le chercher. Severus, vous allez finir par tuer quelqu'un si vous restez à ruminer ainsi.
- Et s'il revient ? S'il revient et que je ne suis pas là ?
- Alors on vous appellera. Où que vous soyez, on vous préviendra. Merlin Severus, vous rendez-vous compte que jamais je n'ai vu Draco aussi effrayé depuis la dernière fois où Lucius l'avait frappé devant Ioann. Il a toujours eu confiance en vous et là il ne sait plus comment réagir avec vous. Il est perdu. Son frère est introuvable et son parrain est plus féroce avec lui qu'un dragon. Partez à la recherche de votre fils, Severus. Rejoignez les Aurors. Mais ne restez pas ici. Cela n'est bon ni pour vous, ni pour ceux qui vous côtoient.
Severus la regarda sévèrement. Il n'aimait pas qu'on lui donne des ordres. Il n'aimait pas quand on lui disait qu'il avait tort. Et encore moins quand les autres avaient raison. Non il n'aimait pas. Aussi il intima l'infirmière de quitter son bureau sur le champ. Et quand ce fut fait, il s'effondra dans son fauteuil. Il aurait dû prendre un foutu Retourneur de temps dès qu'il s'était rendu compte de la fugue de son fils. Il aurait pu alors l'empêcher de faire cette bêtise et tout serait différent. Ils seraient heureux tous les deux ensemble.
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Et il n'avait pas idée de combien cette idée faisait rêver le garçon. C'était à cette image que Ioann s'accrochait actuellement, alors que, assis à côté d'une bouche d'évacuation d'égout, il pleurait. L'odeur était désagréable et le liquide verdâtre, épais et globuleux qui s'écoulait paisiblement à côté de lui, lui retournait l'estomac. Il avait perdu beaucoup en fuyant.
- Oui Petit Garçon, tu as beaucoup perdu. Mais viens avec moi et tout s'arrangera.
Ioann redressa la tête et regarda tout autour de lui. Il ne vit rien avant que la voix ne l'appelle par son prénom. Et là il le vit, le gros, non l'énorme chien noir aux dents acérées et luisantes de bave. Merlin, lui qui avait cru arriver à apprécier ces animaux, cette fois il était fixé. Il préférait rester très loin d'eux.
- Alors suis-moi et il ne te fera rien.
Ioann fronça les sourcils. Qui donc lui parlait ? Il se redressa d'un bond et recula. Il buta contre le tuyau des égouts. Le chien, dont il remarqua les yeux rouges vif, s'avançait progressivement. Mais le garçon resta un moment paralysé.
- Viens et il ne te fera rien.
La voix venait de derrière lui. Il tourna doucement la tête tout en gardant bien un œil sur l'animal. Il n'y avait que cette sortie de tuyau. Certes elle était assez large pour qu'il s'y glisse, mais c'était les égouts. Pourtant un mouvement à l'intérieur attira son attention. Deux yeux brillants apparurent subitement. Il ne voyait pas complètement le reste du visage mais il y avait bien quelqu'un là dedans.
- Qui êtes-vous ?
- Un ami qui te veut du bien. Viens avec moi et il ne te fera rien.
Ioann hésita grandement lorsque le chien gronda. Il tendit la main comme pour tâter le passage. Il frissonna.
- Non…. NON ! S'écria-t-il en prenant peur.
- Tu as tort, petit traitre.
La voix n'avait plus rien de doux mais avait un côté sifflant désagréable et Ioann vit avec horreur, les yeux se fendre tels des yeux de serpent en se teintant de carmin.
- Tu es à moi.
L'adolescent était pétrifié et pourtant quelque chose semblait l'attirer dans ce tuyau. Comme si son corps et son esprit réagissaient différemment. Puis l'image de son père lui rappelant de ne pas suivre des inconnus sembla lui donner un coup de fouet. Il se recula d'un pas. Sans réaliser qu'il n'était plus acculé par un chien, il prit ses jambes à son cou et s'enfuit de cet endroit morbide.
- Je te retrouverais Ioann, et tu seras mien….
Mais Ioann était loin et occultait tout ce qui venait de se passer. Il ne s'était rien passé. Il ne savait pas ce qu'il avait vu, mais il valait mieux que ça reste enfoui au plus profond de lui. Quand il s'arrêta de courir pour reprendre son souffle, il gémit. Il avait laissé son butin là-bas… il devait se dépêcher de mettre les bouchées double s'il ne voulait pas prendre sa raclée. Et repasser dans le quartier sorcier qu'il avait dégoté par hasard car il sentait déjà qu'il lui faudrait prendre une potion pour son estomac s'il voulait garder quelque chose au prochain repas. Heureusement qu'il pouvait les payer avec l'argent qu'il volait car son argent sorcier était toujours dans son sac à dos.
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Dimanche 5 Juin 1994.
Lorsque le Ministère l'appela en ce dimanche matin, il sentit que la journée serait longue. Et bizarrement, son intuition ne l'avait pas trompé. Il arrivait à peine dans la partie carcérale que la charmante voix de son ancien rival vint lui chatouiller les oreilles. Dawlish l'avait arrêté dans la nuit alors qu'il créait des difficultés dans un bar de l'allée des Embrumes. Il avait pris deux hommes à parti et cela s'était envenimé avant de dégénérer quand les baguettes furent tirées. Sirius soupira. Il savait qu'il ne comprendrait jamais la profondeur de la douleur que Severus ressentait, mais il savait que si c'était Harry à la place de Ioann, il serait très certainement lui aussi fou d'inquiétude au point de devenir fou de rage. Plus d'un mois était passé et pas la moindre piste n'était déterminée. La presse à scandale annonçait déjà la mort du garçon dont les restes auraient été dévorés par quelques animaux sauvages.
Et franchement, s'il avait pu faire avaler leur plume à ces journalistes véreux, ce serait avec un grand plaisir qu'il l'aurait fait. Comment ces détracteurs pouvaient-ils ainsi se gausser des malheurs d'un père et de son fils ? Il aurait pourtant cru qu'avec Skeeter puis la Gazette hors jeu, les médias feraient profil bas, mais ce n'était pas le cas. Et de loin.
- Black, fais-moi sortir de là !
- Et pourquoi donc ? Pour que t'ailles encore te battre comme un soudard dans un pub minable ? Snape, ton fils est introuvable, mais ce n'est pas en te faisant mettre en taule que tu le retrouveras. C'est la deuxième fois cette semaine que je te sauve la mise. Mais malgré mon influence, la prochaine fois qu'on te tombe dessus, je ne pourrais plus rien. Et là c'est Azkaban pour un mois avec en prime un autre mois de sursis, minimum. Bordel, t'as été Mangemort et espion, et tu te fais chopper comme un bleu. Je t'aurais cru un peu plus malin.
- J'ai quitté ce milieu depuis bien longtemps.
- Alors réadapte-toi vite. En attendant, des nouvelles du loupiot ?
- Non, rien. Même avec beaucoup de persuasion, personne ne l'a vu. Quant à Lestrange et ses chiens, une rumeur coure comme quoi ils auraient été vus du côté du Little Hangleton.
- Attends, tu tiens ça d'où ? Cette info n'est pas remontée jusqu'à nous.
- Les méthodes des Aurors ne sont visiblement pas aussi ... percutantes que les miennes pour faire parler les gens louches.
- Ferme-là Snape, je ne veux rien savoir, sinon je serais obligé de t'enfermer moi-même sur l'ile. Et franchement, je n'ai pas spécialement envie de te faire ça en ce moment.
Les deux hommes se regardèrent avant que Severus ne soupire lourdement. L'autre avait raison. Ce n'était pas en étant aussi imprudent qu'il rendrait service à son fils. Il avait réussi à cacher certaines de ses activités nocturnes et les sorts qu'il avait utilisés pour trouver la moindre piste. Mais il lui fallait redevenir l'espion d'antan. Lucius ne pourrait pas non plus couvrir ses méthodes longtemps. Pourtant il n'avait pas le choix. Tout était bon à prendre pour retrouver Ioann. Même si plus le temps passait, plus l'espoir de le retrouver vivant s'étiolait.
- Il y a autre chose, Black. Ma marque devient de plus en plus nette.
- Ta ... merde ça veut dire quoi ?
- Je ne sais pas, mais cela fait trop de coïncidences. Les Mangemorts à proximité de là où ont vécu les membres de la famille de Jedusor, ma Marque qui change ... il faut prévenir Albus, j'ai l'impression qu'on va avoir besoin que l'Ordre du Phoenix s'organise plus vite que prévu.
- Si c'est le cas, il faut aussi retrouver ton fils et vite. Voldemort aurait tôt fait de lui mettre la main dessus et Merlin sait ce qu'il pourrait lui faire pour se venger de ta traitrise.
- Oui, le retrouver ..., soupira Severus avant de rajouter avec amertume. Que je puisse au moins lui donner une sépulture décente vu que je suis incapable de m'occuper de lui.
Les récriminations de Sirius ne changèrent rien. Comment son fils pouvait survivre tant de temps seul dans la nature ? Mais Ioann était toujours en vie. Pas en grande forme, un corps passablement douloureux mais toujours en vie. Lorsqu'une nouvelle gifle le faucha, il ne cilla pas. Cela n'avait finalement pas été si difficile de reprendre les vieilles habitudes que Sergueï avait voulu lui inculquer à l'époque. Se taire, ne pas broncher, ne pas pleurnicher et encaisser. Oublier, le temps d'une raclée, voire plus, ce qu'il avait perdu en fuyant. Parce que se rappeler était bien plus douloureux que les coups. Pourtant il avait fait de gros progrès. Maintenant il apportait toujours un peu plus que les autres. Il connaissait de mieux en mieux les rues de Elbasan et les raccourcis de la ville. Il savait exactement où et quand les autorités passaient et où il devait aller pour détrousser le plus de gens. A ça aussi il était devenu habile. En même temps il n'avait pas le choix. Dans la rue la devise était simple, soit fort ou soit mort. Il espérait souvent ne jamais se réveiller, mais quand il ouvrait les yeux le matin, il savait qu'il devait alors être fort. Parce que mourir était pour les lâches et que s'il l'avait été en fuguant, il voulait se rattraper en survivant.
Mais malgré tous ses efforts, ce n'était jamais assez. Il fallait toujours qu'il rapporte plus. Plus de bourses, plus de nourriture, plus de vêtements. Plus ... plus ... plus. Quand on le laissa enfin en paix, il était serein. Aucune larme ne souillait ses yeux. Pleurer était inutile et ne lui apportait que plus de châtiment. Alors tout comme beaucoup de chose, il avait enfoui ses pleurs à l'intérieur. Et depuis deux ans, garder ses secrets au fond de lui était devenu une habitude qui lui facilitait grandement la tâche. Maintenant tout était enfermé quelque part en lui. Très souvent, il n'était plus Ioann Snape, élève de Poudlard en deuxième année à Poudlard. Il était juste Ioann, voleur et enfant des rues. Il n'avait plus de passé et son futur lui semblait bouché. Pourtant à chaque fois que Valmir le frappait, quelque chose s'illuminait en lui. Pas l'amour de son père. Pas celui de son frère, de son parrain ou de sa famille. Pas l'amour. C'était un sentiment de colère qui l'animait.
C'était à cause de Sergueï qu'il en était là. La faute de Lestrange aussi et de la Gazette. Mais c'était surtout la sienne. C'était sa faute. Et si sa vie n'avait plus aucun intérêt, c'était d'abord à cause de lui. Alors s'était à lui de prendre tout ça en main pour avancer. C'était à lui de faire quelque chose. Et c'était en oubliant qu'il le pourrait. Quand il s'endormit, plus tard que les autres et tard dans la nuit, il ne se rendit pas compte qu'une bulle opaque l'entourait. Il frissonna. Il n'avait pas froid à cause de la température fraiche mais il avait froid en dedans. Puis la bulle se rétrécit, tout en s'éclaircissant. Quand elle le recouvrit telle une deuxième peau, elle était devenue blanche et lumineuse. Il n'avait plus froid. Il n'avait plus mal. Il n'avait plus peur. Quand il ouvrit les yeux à l'aube et qu'il vit ses doigts faire de légères étincelles dorées, il sourit. Sa magie était si douce et protectrice. Elle était là pour lui et ça Valmir ne pourrait pas lui enlever. Elle était plus belle qu'avant ... mais avant quoi ? Il n'y avait plus d'avant, il n'y avait plus que des après. Il n'y avait plus que lui, son envie de vengeance et son besoin de prouver qu'il n'était pas un vulgaire objet.
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Vendredi 10 Juin 1994.
Ioann avait la joue enflée, la démarche clopinante et sa main lui faisait un mal de chien. Mais c'était le sourire aux lèvres qu'il se glissait de rues en rues. Quatre jours qu'il trompait Valmir. Quatre jours qu'il ne lui remettait qu'une partie de son butin. Après tout, quitte à prendre une rouste autant que cela soit justifié. Il avait réussi à cacher une bonne partie des recettes de ses larcins ainsi qu'un petit stock de potions et aujourd'hui, à l'aube, après avoir frappé Buzagaz, le veilleur de quinze ans, il avait pris la poudre d'escampette avant que l'alerte ne soit donnée. Il espérait ne pas s'être cassé la main dans l'opération. C'était la première fois qu'il se battait ... enfin c'était son intuition. Il avait l'impression qu'un couvercle avait été posé sur ses souvenirs et à chaque fois qu'il essayait de creuser un peu, une sourde chaleur dans sa poitrine le forçait à penser autre chose. C'était sûrement pour cela qu'il avait laissé ses trésors à Valmir sans même s'en rendre compte.
Une sirène retentit au bout de la rue et Ioann sauta par-dessus le muret d'enceinte d'un immeuble avant de s'accroupir. Il attendit que l'alerte soit passée avant de se relever. Derrière lui, une voix sévère le houspilla et il s'échappa rapidement. Avec un petit sourire en coin, il se dit qu'il avait réellement pris le coup pour éviter les autorités. Mais il aurait du mal à rester en un seul morceau tant qu'il resterait sur le territoire de Valmir et sa bande. Aussi il décida de s'éloigner le plus possible en traversant la ville. Là-bas, dans la banlieue qu'il devrait apprendre à connaitre, il avait plus de chance de dormir en paix. Enfin si la bruine se calmait et que la température remontait un peu. Le temps était vraiment épouvantable depuis quelques temps.
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A Poudlard, l'ambiance était mitigée. Déjà parce que les examens étaient en cours. Certains avaient fini leurs épreuves, comme les troisièmes années, d'autres en avaient encore quelques unes en début de semaine suivante. Mais il y avait aussi ceux qui s'inquiétaient pour Ioann et dans une moindre mesure pour son père, et les autres. Neville faisait parti de ceux qui angoissaient pour les deux Snape. Pour une fois qu'il avait trouvé un bon ami qui l'appréciait pour ce qu'il était, il se sentait démuni de l'avoir peut-être perdu. Il avait voulu garder l'espoir mais il ne pouvait s'empêcher de penser que la presse n'avait pas totalement tort. Comment Ioann pourrait-il être ainsi invisible ? Un enfant seul, dont l'avis de recherche était placardé à presque tous les coins de rues, ne pourrait rester aussi longtemps introuvable. Soit il lui était arrivé malheur, soit quelqu'un l'avait récupéré. Et quelqu'un de malhonnête visiblement, sinon il aurait prévenu les autorités.
Avec un soupir, il ramassa ses affaires. Les examens étaient finis pour lui, mais il avait besoin de s'occuper l'esprit et avait donc repris les cours qu'il connaissait le moins. Il comptait passer le temps d'ici le repas dans les serres de botanique. Au moins cette activité avait la faculté de lui faire oublier le reste. Hermione avait bien essayé de l'entrainer avec elle à la bibliothèque, mais il avait préféré la solitude. Quand la jeune fille avait abandonné, il avait pu entendre Ron marmonner qu'il avait de la chance car lui, il était obligé de la suivre et de réviser alors qu'ils étaient presque en vacances. Harry lui avait tapoté l'épaule en lui disant que Ioann allait bien et que s'il n'avait pas été trouvé, c'était juste que sa petite taille lui permettait de mieux se cacher. Il n'avait pu retenir en sourire avant de le remercier. Le brun à lunettes lui avait alors avoué qu'il espérait réellement que tout rentre dans l'ordre, car même si Slughorn était un professeur agréable, Snape père et ses remarques lui manquaient. Quant au fils, il méritait juste d'être heureux avec sa famille et ses amis.
Neville aimait bien ses amis. Ils n'étaient pas des proches de Ioann mais ils étaient là pour le soutenir à leur façon. Et pourtant tout n'était pas parfait pour eux non plus. Ils ne le savaient pas, mais il était à proximité d'eux quand ils avaient parlé d'un incident lors de l'épreuve de divination. Trelawney aurait annoncé à Harry que le soir même, un serviteur devait retrouver son maître et que celui-ci revivrait plus fort que jamais. Il n'était pas sûr d'avoir tout compris mais visiblement le Trio pensait que Voldemort était derrière tout ça. Et pour Harry, penser au mage noir qui avait tué ses parents et tenté de le tuer, devait être assez perturbant. Et pourtant il avait toujours une parole gentille pour lui.
- Hey Nev', où vas-tu ?
- Hey Draco. Dans les serres. Il y a un géranium dentu qui s'est cassé une tige et elle cicatrice trop doucement. Edmond est très vieux mais surtout très grincheux. Il s'est battu et maintenant il faut le soigner.
- Je peux venir avec toi ? Pansy et Tracey m'énervent à se disputer sur mon dos, Théo a entrainé Blaise dans une série de partie d'échecs. Vincent et Greg sont avec les copains de Ioann pour un match de Quidditch. Et je n'ai pas du tout envie d'aller les rejoindre et voir ce que je ne peux plus faire, déclara amèrement le blond en montrant la raideur de sa main.
- Oui tu peux venir. Mais tu ne fais plus tes exercices ?
- Ah quoi ça sert ? A rien. De toute façon, je ne pourrais plus rien serrer.
- Oui mais regarde, tu as perdu en souplesse et ...
- Londubat, on va voir ton géranium plentu ok ?
- Dentu, géranium dentu. Et d'accord j'ai compris, tu ne veux pas en parler.
Les deux garçons avancèrent vers les serres sans attirer la moindre attention. Si au début cela avait agité les langues de voir un Malfoy et un Londubat ensemble, souvent avec un Snape d'ailleurs, cela faisait de longues semaines que les autres s'y étaient habitués. A moins qu'ils ne se mettent à danser nus autour d'un feu un soir de pleine lune, ils étaient devenus aussi invisibles que n'importe quel autre élève. Surtout depuis plus d'un mois. Car avec le départ de Ioann, ils passaient bien plus de temps ensemble qu'avant. Comme pour se soutenir l'un l'autre. Le Gryffondor se détendit rapidement. Les plantes étaient sa passion et avaient l'avantage de l'enfermer dans une bulle. Draco l'aida avec plaisir. Il n'avait pas spécialement la main verte et était bien moins intéressé par la végétation. Mais l'enthousiasme de son ami lui permettait de se changer les idées. Il ne pensait plus à son frère. Son petit frère. Il avait pensé ironiquement que, quelques mois plus tôt, il avait imaginé qu'en adoptant un autre enfant, ses parents voulaient le remplacer ... mais maintenant, il avait l'impression que c'était son frère qu'on avait remplacé par une petite fille.
Depuis bientôt un mois et demi, il avait perdu une partie de lui. Et le pire était qu'ils étaient brouillés au moment de la fugue. Il avait l'impression que c'était sa faute et que c'était sa punition. Il ne pensait plus non plus à son parrain. Il l'aimait son oncle Severus, mais les derniers temps qu'il leur faisait cours, il avait eu l'impression de revenir dans le passé et que le professeur avait remplacé son père. Mais malgré tout, il lui manquait. Il n'avait plus de nouvelles non plus. Si les adultes en avaient eues, ils ne lui en avaient pas fait part. Il avait l'impression qu'une partie de sa famille lui avait été arrachée et l'absence de nouvelles positives avait relativement diminué ses espoirs et augmenté son vague à l'âme. Il reposa le sachet de bouse de centaures en se disant qu'elle avait intérêt à guérir cette maudite plante car lui, Draco Malfoy, lui avait personnellement garni le pot de cette puanteur sans nom. Il jeta un œil à Neville qui était perché sur un escabeau. Il fronça le nez en voyant l'équilibre précaire de l'échafaudage.
- Nev', tu devrais ... Neville !
En voulant éviter une branche énervée d'un des spécimens accroché au plafond de la serre, le Gryffondor avait fait un faux mouvement. Mais étonnamment, il ne ressentit pas de vive douleur comme il s'y attendait. Même le sol lui avait paru plus souple qu'il ne l'aurait cru. Mais la terre battue n'était pas non plus aussi ferme que la pierre. Il ouvrit les yeux en sentant quelque chose vibrer sous lui alors qu'un grognement s'élevait. Il tomba sur les yeux orageux de Draco.
- Draco ?
- Putain t'es lourd, lève toi !
- Mais qu'est-ce ..., s'étonna Neville en se redressant d'un bond.
- La prochaine fois je te laisse t'écraser au sol, grimaça Draco avant de relever la tête en entendant son ami rire. Quoi ?
- N'essaie plus de jouer au Gryffondor, t'es nul dans ce rôle. Mais merci quand même, sourit le brun. Tu t'es fait mal quelque part ?
- Oui aux fesses, j'envie les tiennes, au moins elles ont le mérite d'amortir tes chutes.
- Je suis peut-être rond mais pas gros !
- J'ai pas dit ça. Juste que tes fesses ont plus de molleton que les miennes et que je trouve que c'est bien pratique dans certains cas, grimaça le blond en se relevant.
- Je peux te passer une décoction d'Arnica, il y a des plants dans la serre deux.
- N'imagine même pas toucher à mes fesses, toi !
Draco s'était approché de lui, l'index pointé sur le nez de son camarade. Il s'était arrêté à quelques centimètres de Neville et celui-ci se trouva troublé d'une telle proximité. Il se fit la remarque que vu d'aussi près, ses iris étaient d'un gris envoûtant et assez perturbant. De son côté, le blond avait les yeux plongés dans ceux de son ami et quelque chose lui fit perdre le fil de son idée. C'était quoi ce regard étrange ? Pourquoi il avait l'impression d'avoir couru tant sa respiration s'accélérait ? C'était quoi ce truc qui lui tordait le ventre ? C'était ...
- Dray, murmura Neville dans un souffle ... tu devrais arrêter les fromages français ... Tu veux un bonbon à la menthe ?
Surpris de cette répartie, Draco écarquilla les yeux avant de les froncer avec humeur.
- Londubat, t'as un tact d'hippogriffe, tu le sais ça ? Dis que je pue de la gueule aussi !
- Alors oui, tu renifles du museau.
- C'est pas possible ça ! Je te sauve la vie et toi tout ce que tu trouves à me dire c'est que j'ai mauvaise haleine ?
- Non, je t'ai aussi dit merci. Allez, faut que je finisse de nourrir l'orchidée venimeuse avant qu'elle ne fasse une crise. Et l'heure du repas approche à grands pas maintenant pour nous aussi.
Draco renifla d'un air hautain, comme s'il lui accordait une faveur. Il se retourna vers le géranium dentu qui remuait ses feuilles avec délice, visiblement ravi des bienfaits de son traitement. Pourtant cela n'avait pas été simple, le blond avait failli y laisser quelques doigts avant que Neville ne relaxe la plante pour lui éviter de mordre. Le Gryffondor finit rapidement ce qu'il avait à faire et ils sortirent côte à côte en parlant avec animation de cette étrange végétation qu'abritait la serre numéro cinq. Cette fois encore personne ne prêta attention à eux. Comme quoi les querelles de maison étaient basées sur bien des futilités qu'il était facile d'effacer...
o0o
Dimanche 19 Juin 1994.
Ioann avait trouvé un coin assez paisible. Il n'était pas très loin de la banlieue et de la ville, ce qui lui permettait de ne pas avoir à aller trop loin pour voler ce dont il avait besoin. Mais il s'était suffisamment éloigné pour se retrouver dans un quartier calme assez proche de ce qu'on nommait « village ». L'avantage était qu'il n'avait pas besoin de s'en faire pour sa tranquillité. Tant qu'il restait invisible aux yeux des habitants, il était tranquille. Il avait même trouvé un abri dans une vieille maison abandonnée, dans une partie moins circulée. Ce qui était très bien, cela lui permettait de dormir à son aise et sans craindre les intempéries. Il s'était fait la réflexion que même à Londres le brouillard ne durait jamais aussi longtemps d'un coup. Et surtout, le froid pénétrant n'était pas de saison ! Mais au moins les gens d'ici étaient sans histoire, avec une vie bien réglée et ne faisaient pas attention à lui.
Il avait réussi chiper quelques nouveaux vêtements avant d'arriver ici et il les enfilait dès qu'il voulait se promener dans le quartier. Ils étaient un peu trop amples pour lui car il avait visiblement perdu du poids. C'était idiot mais même son caleçon avait tendance à glisser de ses fesses. Heureusement que son pantalon le retenait ... Avec un petit rire, il se faufila dans la partie ombragée du parc. Il faudrait vraiment qu'il vole un nouveau caleçon car si jamais son pantalon devait tomber sur ses chevilles parce qu'il était trop grand, il aurait la honte de finir les bijoux de famille à l'air.
Des voix attirèrent son attention. C'était pourtant un coin désert habituellement. Bon, il n'y venait pas tout le temps, mais quand il avait fait ses « courses » et qu'il n'avait plus rien à faire, il aimait venir là. Il s'approcha doucement et remarqua un groupe de six personnes, cinq garçons et une fille. A vue de nez, ils devaient avoir son âge. En y regardant bien, il y en avait bien deux ou trois qu'il avait déjà vu. Ils n'habitaient pas très loin, il les avait vus partir pour l'école dans la semaine. D'un coup plus aucun son ne lui parvint. En relevant la tête il remarqua qu'ils étaient en train de le regarder avec méfiance.
- Qui es-tu ? Demanda le plus grand.
- Ioann.
- Ioann qui ?
- Ioann tout court. Et vous qu'est-ce que vous faites là ?
- Ça ne te regarde pas. T'es pas d'ici, t'as un accent bizarre.
- Peut-être. Mais ça vient de moi ou vous complotez ? Alors qui comptez-vous plumer ?
- On ne complote pas, et certainement pas pour ça ... toi par contre, vu comment tu es habillé, tu dois avoir l'habitude de plumer.
- Ouais mais jamais par ici. J'aime bien votre quartier, il est tranquille, sourit Ioann.
- Calme ? T'es là depuis combien de temps ?
- Une semaine. Pourquoi ?
- Parce que cinq personnes ont disparu ces deux derniers mois et deux ont été assassinées.
- Ici ? S'étonna l'Anglais
- En quoi ça t'intéresse ? Demanda un petit binoclard.
- Je l'ai dit, je l'aime bien votre quartier, et j'aimerais ne pas me faire tuer au détour d'une rue. La police a des pistes ? Elle passe souvent ici ? Demanda Ioann d'un coup tendu.
Les autres le regardèrent étrangement et s'entreregardèrent. Puis ils se reculèrent pour chuchoter tout en lui lançant des regards en coin. Ioann glissa ses mains dans les poches de son pantalon avant de les ressortir et de remonter ledit pantalon. Il faudrait qu'il récupère une ceinture ou des bretelles. Si les autorités étaient souvent dans le quartier, il faudrait qu'il puisse partir vite sans avoir peur de se retrouver cul nu. Les autres enfants se retournèrent vers lui et se rapprochèrent.
- Non, la police ne passe pas souvent. C'est comme si rien ne se passait. Les flics viennent quand il y a eu un drame mais après on ne les revoit plus jusqu'au prochain.
- Oh bien. C'est une bonne chose. Bien, je vous laisse comploter, je vais aller plus loin ... et tenter de ne pas rencontrer le dingue qui sévit dans le coin.
Ioann s'éloigna sans plus rien ajouter. De toute façon il n'aimait pas beaucoup quand il y avait trop de monde autour de lui. La bande à Valmir avait laissé des traces dans sa sociabilité. Et puis si un criminel rodait dans le quartier, il valait mieux qu'il se débrouille pour assurer ses arrières. Sa petite maison désaffectée n'était peut-être pas si sûre que cela finalement. Et pourtant, il s'était rarement senti autant en sécurité depuis qu'il était dans la rue. Il ne savait plus trop depuis combien de temps il était un enfant des rues. De toute façon, il ne se rappelait même plus d'avant alors pourquoi s'embêter à avoir une date.
Il contourna une boite aux lettres et jeta un œil derrière la palissade décrépie de la vieille bâtisse. Le rideau de la fenêtre du premier étage bougea mais il ne vit personne. Le pot d'échappement d'une voiture pétarada bruyamment le faisant sursauter. Voilà qu'il stressait à cause de cette histoire de meurtres. Un bruissement sous une haie à sa gauche le fit s'arrêter un instant. Il entrevit quelque chose de long serpenter dans le feuillage. Et cela le relaxa. C'était quelque chose qui lui était souvent arrivé depuis une bonne semaine. Il avait l'impression parfois d'être suivi par une présence mystérieuse mais cela ne l'inquiétait pas. Il ne se sentait pas menacé par cela.
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Mardi 21 Juin 1994.
Ioann venait de trouver refuge dans la partie boisée du parc. Son cœur battait la chamade et la sueur glissait le loin de son cou. Le matin même il avait de nouveau été confronté à cette apparition à la voix sifflante, aux yeux rouge de serpent et lui intimant de le suivre. Cette fois, il n'y avait pas eu d'énorme chien ni de flatteries. Les menaces de mort avaient tout de suite été à l'ordre du jour. Cela lui avait foutu la peur de sa vie et il avait abandonné l'idée de détrousser les gens. Finalement ce n'était pas un pays si calme qu'il l'aurait cru. Car pour couronner le tout, un nouveau cadavre avait été découvert. A deux pas de son habitation. Voilà pourquoi il n'y était pas allé s'y enterrer.
Mais une nouvelle fois, il tomba sur le groupe d'enfants qu'il avait déjà rencontré. Enfin enfants ... il n'était sûrement pas plus âgé qu'eux mais il avait l'impression d'avoir tellement vécu qu'il se sentait plus grand qu'eux. Il ne s'avança pas vers eux mais s'installa contre un arbre avant d'enfouir sa tête dans ses genoux. Il y avait bien des choses qu'il désirait actuellement. Il avait envie ... il aurait aimé sentir des bras forts et réconfortants autour de lui. Mais il ne savait pas pourquoi cela lui semblait si inaccessible. C'était comme quand il voulait penser à son passé. Juste une sensation mais aucune vision concrète.
- Hey, t'es toujours dans le coin ?
- Ouais, je suis toujours là, répondit Ioann en grognant.
- Il y a eu un nouveau meurtre.
- J'ai vu. C'est pour cela que je suis ici au lieu d'être ... là-bas.
- On a appris qu'il y a vingt cinq ans il y avait déjà eu une vague de meurtres et disparitions dans le coin et brusquement tout s'était arrêté jusqu'à il y a pas longtemps, indiqua l'un des garçons en s'asseyant à ses côtés. Moi c'est Xhavid
- Mais personne ne s'est jamais inquiété. Moi je suis Shëndet. Là c'est Pirro, Imir, Nestan et elle c'est Melika.
- Pourquoi vous me parlez de ça ? S'étonna Ioann.
- Parce qu'on est un peu un groupe de paumés et que toi t'as pas l'air mieux que nous.
- Paumés ?
- Oui, à l'école on est un peu des cas à part, on n'est pas très populaires car on n'est pas dans le groupe des vedettes.
- Oh, d'accord. Il se passe vraiment des trucs louches dans ce coin. Moi qui pensais que ce serait un endroit tranquille pour squatter ... et encore, je ne parle pas des souris et rats que je trouve vraiment très nombreux.
- Ouais, depuis quelques temps, il y a des colonies de rongeurs qui se développent. T'as vraiment pas choisi le bon endroit. Mais t'as quel âge ? Parce que tu parais bien jeune.
- J'ai treize ans.
- Treize ans ? S'étonna la seule fille du groupe. Woaou ! T'es plus âgé que nous ! Shëndet, Imir, Nastan et Pirro ont onze ans et Xhavid et moi on a choppé la douzaine depuis peu. Mais tu parais plus jeune !
- Ouais ouais je sais. Mes parents devaient être des nains.
- Tu ne les as pas connus ?
- Je ne crois pas. J'en sais rien.
- Tu as perdu la mémoire ?
- Aucune idée. Sinon vous en savez plus sur ce qu'il se passe ? Vous avez l'air assez renseigné.
- En fait, il y a quelque chose dans le coin. C'est ... je ne sais pas trop comment te dire, hésita Shëndet. Il y a quelque chose qui rôde. On l'a vu. On ne sait pas d'où il sort, mais il se sert de nos peurs. Je ... il fait ... du sang est sorti de la douche alors que j'étais dessous. Mais mes parents n'ont pas semblé le voir. Et à chaque fois que je suis dans la salle de bain, la baignoire se couvre de sang ... ça m'angoisse le sang ...
- Moi un loup-garou a voulu me dévorer ...
- Loup-garou ? Répéta Ioann en fronçant les sourcils.
Il savait qu'il était un sorcier, sa magie le lui indiquait et le protégeait. Mais ceux là étaient-il aussi des sorciers ? Sans compter que tout ce qui se tramait dans le coin était étrange. Etrange et ... magique ?
- Je sais, soupira Nestan, les Loup-garous n'existent pas, mais ils m'ont toujours fait peur dans les livres et les films.
Bon, ce n'étaient pas des sorciers, au moins c'était clair. Il frissonna et remonta son col. Saleté de temps.
- Et puis ce froid n'est pas normal. On est à la mi-juin, il devrait faire un temps superbe et la brume est toujours plus où moins présente cette année.
Et ça, ça lui rappelait vaguement quelque chose, mais il ne se rappelait plus. Cette fois, malgré la bienveillance de sa magie qui lui bloquait ses souvenirs, il était exaspéré de ne pas pouvoir mettre le doigt sur la nature de ses sentiments.
- Moi j'ai perdu mon oncle, le frère de ma mère. Je l'ai jamais connu car c'était il y a plus de vingt ans, annonça Melika. Il s'est fait tuer mystérieusement et personne n'a jamais su ce qui s'était passé exactement. Mais il y a deux semaines, sa photo dans la cuisine a pleuré. C'était des larmes de sang. Et d'un coup son visage a changé, ses yeux étaient rougeâtre avec la pupille en fente et des crocs étaient apparus dans sa bouche. C'était une horreur.
- Les yeux de serpent, la voix sifflante ..., murmura Ioann.
- Alors toi aussi tu l'as vu ?
- Ouais.
- Parce que mes parents n'ont rien vu ce tout ça. Ils avaient les doigts barbouillés de sang mais ils ne semblaient rien voir.
- Il faut qu'on le retrouve et qu'on s'en débarrasse. Et alors tout rentrera dans l'ordre.
Ioann acquiesça d'un hochement de tête. Oui, il fallait s'en débarrasser et vite ... il n'était pas sûr que ses nerfs supportent une troisième rencontre. Aussi les autres commencèrent à lui raconter les éléments qu'ils avaient recueillis. Et du fait qu'ils étaient persuadés que la tanière du monstre était dans les égouts. Tous leurs incidents étaient arrivés à proximité d'une évacuation d'eau que ce soit ménager ou dans la rue avec les canalisations. Là aussi Ioann confirma. La première fois il était à une sortie d'égout et la deuxième il était assis sur une bordure de trottoir alors que la voix venait d'en dessous de lui ... du caniveau.
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Remus sursauta. Il était tranquillement assis sur son canapé à relire les notes de Zonko depuis maintenant plus d'une heure. Avec le retour d'Horace à la place de Severus, il avait perdu une partie de son travail. Il aurait pu prendre cela pour des semi-vacances si la situation n'était pas aussi tendue. Mais à voir la mine sombre de son ami d'enfance qui venait d'arriver, il se dit que les choses n'étaient pas prêtes de s'arranger.
- Sirius ? Tu as l'air d'avoir été piétiné par un troupeau d'Abraxans.
- J'aurais préféré cela à devoir faire face à Scrimgeour et Fudge d'un coup.
- Réunion au sommet ?
- Ouais. Avec l'approche de la Coupe du Monde et ses préparatifs, l'absence totale de piste pour retrouver Ioann et notre Snape qui est également introuvable, toutes les équipes sont relevées de l'enquête et l'affaire est classée.
- Attend, ils classent l'affaire alors que Ioann est toujours dans la nature ?
- Je n'y peux rien si mes boss sont des abrutis. En attendant, ils ont décidé que soit il était mort et le retrouver n'est donc plus urgent, soit son père l'a retrouvé et qu'ils ont décidé de vivre comme des ermites au milieu de la forêt amazonienne, soit il est encore en vie et visiblement ne veut pas être retrouvé.
- Il ne leur est pas venu à l'esprit qu'il aurait pu être enlevé ? Je préfère ne pas penser à cela, mais avec tous les trafics d'enfants dont on entend parler, je ne comprends pas qu'ils puissent classer l'affaire.
- C'est pour la partie officielle. Officieusement, King', Dora, Sandy, Williamson, deux autres collègues et moi-même restons sur le coup. Alastor nous a également contactés pour se joindre à nous.
- Oui c'est toujours ça, mais c'est une bien maigre compensation.
- C'est le moins qu'on puisse dire, soupira l'Auror. Dis, tu me payes à manger ? J'ai envie de faire Maison buissonnière ce soir. Harry est chez les Weasley pour ce début de vacances et pour quinze jours.
- Si tu veux, mais je n'ai que les restes du pot-au-feu que la voisine m'a apporté avant-hier et quelques fruits.
- Et je suppose que les restes de pot-au-feu sont les légumes ?
- Parce que tu crois que j'aurais laissé la viande toi ?
Sirius grogna sous le ricanement de son ami. Il n'avait vraiment pas envie de rester seul chez lui. C'était après des jours comme celui-ci qu'il regrettait d'être Auror. Mais ses pensées furent rapidement coupées par l'apparition d'un Russe dans le salon.
- Milovan ? Je ne m'attendais pas à vous voir ici ce soir, s'étonna Remus en se levant pour lui serrer la main.
- Mission d'urgence on va dire. J'ai eu des nouvelles de Severus et d'autres nouvelles ... et ce n'est pas très bon.
- Il a retrouvé son fils ? S'enquit Sirius.
- Non. En fait, je ne suis pas certain qu'il n'ait pas abandonné l'idée de le retrouver vivant. Mais commençons par l'autre nouvelle. Il semblerait que mon filleul aurait quitté le pays.
- Mais comment ?
- Par le Chaudron Baveur. D'après les analyses de la cheminée, vous vous souvenez qu'on a trouvé tous les trajets de l'après midi de fugue, sauf pour le télescopage ? Kingsley vient de me joindre pour me dire que les résultats viennent enfin de tomber. Ça a mis du temps à cause des interférences entre les magies des deux voyages. Mais le départ non identifié est arrivé chez un particulier en Albanie.
- Mais en quoi cela pourrait coller à Ioann ? S'étonna Remus.
- Parce que d'après le message que j'ai reçu de Severus hier soir, Bellatrix Lestrange et les deux Carrow seraient partis là-bas pour une mission très spéciale ... et sa marque l'a dérangé à plusieurs reprises. Ce n'était pas quelque chose de douloureux comme au temps de Voldemort mais assez gênant tout de même. Il est persuadé que quelque chose se trame par là bas. Moi je trouve que cela fait beaucoup de coïncidences d'un coup concernant ce pays.
- Comment arrive-t-il à trouver toutes ces informations ? Râla Sirius.
- Je crois qu'il ne vaut mieux pas qu'on le sache, lui répondit sombrement Milo.
- J'espère que le cadavre qu'on a retrouvé il y a trois jours, ce n'était pas lui. Je peux le couvrir pour les esclandres, mais les meurtres ...
- On verra ça en temps voulu, et puis ce n'est peut-être pas lui, relativisa Remus. Beaucoup de gens se font tuer régulièrement. En attendant, pour en revenir à ce dont on parlait, Voldemort connaît bien l'Albanie vu qu'il y a passé bien du temps, plus de vingt ans auparavant.
- Une note de service est parvenue tout à l'heure, réfléchit soudain Sirius. Il était question d'un attroupement de Détraqueurs qui détraquerait le climat en Europe centrale.
- Je suis sûr qu'en fouillant on trouvera qu'ils sont en Albanie.
- Alors je vais avancer pour départ et y aller dès que possible.
- Severus y est parti depuis ce matin. Je crois qu'il s'est lancé sur les traces des Mangemorts afin de se venger de ce que Bellatrix a fait à Ioann. Après tout, c'est un peu le point de départ de sa dépression. Et puis même si nos suppositions sont bonnes, alors rien ne nous dit que mon filleul n'a pas ressauté dans la cheminée à son arrivée pour repartir Dieu sait où.
- On a l'heure du télescopage, je vais me débrouiller pour voir le souvenir de Tom. Avec un peu de chance, il y aura une trace du passage du garçon même si lui ne s'en rappelle plus. On ne l'a pas fait avant car on avait aucune preuve qu'il ait pu être là vu que sa trace s'arrêtait à la gare.
- Et où en sont les Horcruxes ? Demanda Milo.
- Le médaillon a été détruit. Harry avait raison, il était bien dans le salon chez mes parents. Et d'après Lucius, Voldemort aurait demandé à Horace s'il était possible de déchirer son âme sept fois.
- Ce qui ferait six Horcruxes, réfléchit le Russe.
- Sept, coupa Remus. Harry n'était pas prévu.
- C'est vrai. Nous avons déjà : le journal, la bague, le médaillon, Harry. Il nous manque la coupe d'Helga Poufsouffle et deux autres, continua Milo. Il faut qu'on avance là-dessus. Ce qui se trame avec les Mangemorts sent mauvais. J'ai peur que Voldemort ne soit proche de revenir.
- Et si Ioann est réellement en Albanie, sa vie est bien plus en danger qu'on l'aurait cru, soupira Sirius en se disant que décidément, plus cette journée avançait, plus elle empirait.
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Vendredi 24 Juin 1994.
Ioann avait mal à la tête. Le froid lui avait presque gelé les orteils et la nuit avait été atroce. Une souris avait trouvé ses réserves de nourritures et il avait été privé de repas avant d'avoir réussi à en voler un. Mais il fallait croire que la bruine et le froid rendait les gens plus prudents car il avait fini par trainer dans le quartier des restaurants pour récupérer des bricoles dans les poubelles souvent bien garnies. Mais pour l'heure, il était en train de poireauter et de se tremper en attendant que les autres arrivent. Il était dans le petit bois, légèrement plus à l'abri de la pluie grâce au feuillage dense. Il renifla en enfonçant ses mains dans ses poches. Au moins depuis que Xhavid lui avait donné quelques vêtements de base qu'il ne portait plus, il n'avait plus l'impression de se déculotter à chaque fois qu'il faisait un mouvement plus brusque. Mais sa fierté en avait été écorchée quand il avait compris que le garçon lui avait donné car ils étaient trop petits pour qu'il les porte toujours. Mince, il était plus vieux que lui et il rentrait dans ses vieux vêtements !
Des bavardages arrivèrent à ses oreilles. Les voilà. Une nouvelle disparition avait eu lieu la veille. Ils avaient décidé de régler le cas de leur hallucination commune dès que les Albanais auraient fini les cours. Enfin c'était surtout lui qui avait décidé de faire ça. Il avait l'intuition qu'il fallait faire quelque chose rapidement. Et que la magie était là-dessous. C'était bien trop étrange pour être naturel de toute façon. Quand ils furent tous réunis, Shëndet sortit de son sac, une dizaine de fourchettes.
-On ne va pas le manger le monstre, ricana Nestan.
-Non, mais elles sont argent. Et tout le monde sait que les monstres craignent l'argent. Ça pourra toujours nous servir contre lui.
-T'as raison, approuva Pirro.
Les autres furent également de son avis, sauf Ioann qui haussa juste les épaules. Si le monstre était un sorcier, ce n'était pas en lui plantant une fourchette dans le bras qu'ils pourraient s'en débarrasser. A la rigueur, bien enfoncée dans le cœur ça pourrait marcher mais y arriver serait une autre paire de manches. L'idée d'embarquer ses camarades dans cette affaire si un sorcier était derrière lui parut brutalement un peu suicidaire. Mais seul il n'arriverait à rien. Alors qu'ils se dirigeaient vers la sortie des égouts, il ne pouvait s'empêcher de penser que quelque chose n'allait pas. Il y avait quelque chose qu'il aurait dû savoir et qu'il n'arrivait pas à retrouver. Finalement s'il avait été heureux de la protection de sa magie, il la trouvait maintenant un peu pénible.
L'odeur le ramena rapidement à la réalité et lui retourna l'estomac. Il ne savait pas s'il devait être content de ne pas avoir pu manger beaucoup ou au contraire si le ventre plein il aurait autant eu la nausée. Un large tuyau crachait de l'eau souillée de déchets juste à côté d'une porte qui ne semblait pas bien fermer. Les albanais se serrèrent un instant dans les bras pour se donner courage et il recula lorsqu'Imir voulut faire de même avec lui. Comme si son inconscient ne voulait pas qu'il fasse le rapprochement entre cette étreinte et ses souvenirs cachés. Cela lui mina un peu plus le moral.
Aussi, pour donner le change, il avança, poussa la porte et entra le premier. Il faisait noir au-delà de la lumière apportée par l'ouverture. Melika alluma la lampe torche qu'elle avait pensée à prendre et tous les deux en tête, leur petit cortège avança un peu dans le couloir somme toute angoissant. Un bruit devant eux les firent stopper alors que certains brandissaient leur fourchette. Ioann plissa des yeux. Une vague étrange arriva vers eux, avant qu'une nuée de rats se faufile entre leurs jambes pour sortir le long des canalisations. Puis, devant eux, une silhouette longue, large et pourtant rassurante se fit vaguement voir. Viens à moi Ioann, je peux t'aider à être enfin heureux. Celui-ci comprit rapidement que la chose avait parlé en anglais car ses compagnons s'interrogeaient sur ce qui venait d'être dit. La forme s'approcha un peu plus et dans la lueur de la torche, un énorme serpent de dessina.
Ioann sentait le mal de crâne s'intensifier. Parce que cela remuait quelque chose dans sa tête. Mais il n'arrivait pas à poser le doigt dessus. Il avait l'impression que ses souvenirs étaient de la gelée qui glissait entre ses doigts à chaque fois qu'il voulait s'en saisir. C'était plus que dérangeant. Un couinement derrière lui, le fit sursauter. Mais ce n'était que Pirro. Il avait une peur bleue des serpents et celui-ci était de taille très impressionnante. Ioann l'observa attentivement. Ses crocs étaient immondes, gros, acérés, luisants et venimeux. Ses yeux fendus brillaient d'une étrange lueur. S'il avait toujours l'impression d'un réconfort l'entourant, quelque chose l'alertait.
Comme un flash, il vit un autre serpent, plus petit, avec un crâne. Il ne comprenait pas ce que c'était mais ce serpent là lui faisait penser à ça. Il ne savait pas trop ce que c'était. C'était pâle, pas noir comme la plupart des tatouages mais ... un tatouage ? Pourquoi avait-il pensé à cela ? Valmir avait des marques de coup sur le corps mais pas de dessins, ni aucun de ses « hommes de main ». Peut-être que ça provenait d'avant ? Mais encore une fois le souvenir s'échappa comme un morceau de savon mouillé.
Les yeux de l'animal se teintèrent doucement de rouge attirant des petits cris des enfants autour de lui. Pourtant il aurait plutôt associé le vert à ce serpent. Tout comme le tatouage. Bien que sur le bras de son père, il ne l'était pas non plus. Mais il n'était pas rouge pour autant. Et pourquoi pensait-il à cela ? Il ne comprenait pas. Tout comme il ne comprenait pas le rapprochement entre la marque tachant le bras de son père et cet énorme serpent ... Son père ? Marque ? Un autre flash étincela dans sa tête. « Quand j'étais jeune, j'ai fait une grosse bêtise. J'ai suivi un homme mauvais et fait des choses affreuses. Cette marque prouve ce que j'étais. C'est la Marque des Ténèbres».
Nestan poussa un cri de guerre et hurla à l'animal que plus jamais il ne ferait de mal à qui que ce soit. Il se jeta en avant pour planter la fourchette dans le corps froid du serpent. Celui-ci esquiva avec agilité, entoura le jeune garçon de sa lourde queue et le serra fortement. Les gémissements du garçon glacèrent le sang de tous les autres. Xhavid et Shëndet réagirent aussitôt et se jetèrent eux aussi sur le reptile. Celui-ci lâcha son prisonnier pour envoyer les deux autres garçons valdinguer d'un coup puissant de la queue, les assommant brutalement. Puis il se jeta sur le premier qu'il avait relâché et enfonça ses crocs dans son cou tendre. Imir, Pirro et Melika poussèrent un hurlement d'horreur en voyant le corps de Nestan se tendre puis être parcouru de spasmes. Le garçon convulsa longuement avant de se figer. Le serpent le délaissa avant de s'approcher des quatre enfants encore debout, plus menaçant que jamais.
Ioann était pétrifié. Il ne voulait pas penser que Nastan était mort, car cela voudrait dire que c'était à cause de lui. Il voulait oublier mais aussi retrouver ses souvenirs oppressants. Il voulait partir loin et rester en même temps. Il était complètement partagé. Une part de lui voulait montrer à ce monstre qu'il n'avait pas peur et qu'il n'était pas un faible mais une autre voulait lui intimer la prudence et la sécurité en prévenant des adultes. Il était partagé. Comme s'il luttait contre sa magie pour retirer la protection dont elle l'avait entouré. Autour du serpent, une brume noire aux reflets rouges s'éleva. Elle prit vaguement la forme d'un humain mais aux contours flous. Seul ses yeux carmins se détachaient et faisaient écho à ceux de l'animal. Puis un sifflement atroce s'éleva de la gueule du reptile. Un autre serpent se superposa à cette image. Comme un boomerang, tous les souvenirs de Ioann lui revinrent. Le Basilic ... son père, sa fugue, son frère, Sergueï, la Marque des Ténèbres et ... Il hoqueta violement en écarquillant les yeux. Il fit un léger pas en arrière alors qu'un tremblement le secouait ... . Et Voldemort ...
EDIT : maintenant que vous êtes arrivé au bout de votre lecture, sachez que ce chapitre a été posté le 1er avril 2011. C'est juste un gros poisson d'avril. Le vrai chapitre 50, c'est le suivant ; )
