Chapitre 50 : C'est un souvenir
Je fais apparaître mes Chakrams. J'ai compris que Zexion est celui qui pense, et je suis celui qui me bat. Nous avançons dans un couloir qui est exactement identique à celui que nous venons de quitter.
-Étrange, je commente simplement.
Nous ne disons rien. Je crois que Zexion est trop concentré sur ce qu'il perçoit, et moi, trop à l'affût de ce qui pourrait surgir de ce blanc immaculé. Il y a des escaliers, nous les franchissons, pour atterrir dans un nouveau couloir.
-Eh bien, c'est presque une balade de santé.
-C'est parce que nous n'avons pas de cœur. Sinon, je ne sais pas ce qui se passerait... Le Château semble avoir un mécanisme d'auto-défense, explique-t-il tandis que je le presse de mon regard inquiet. Il joue avec les souvenirs et les sentiments qu'il perçoit dans le cœur de ceux qui se présentent ici. Mais nous sommes en sécurité, le mécanisme ne devait pas prévoir qu'un jour, des êtres comme nous existeraient...
Nous continuons. Je ne sais pas combien de temps passe alors que nous montons toujours. Les pièces sont toutes semblables, c'est un vrai cauchemar. Je ne suis pas vraiment à l'aise. La fatigue physique commence à se faire sentir, tous ces escaliers se ressemblent et c'est très troublant. Nous faisons une halte contre un mur immaculé, je donne une potion à Zexion, et tout en la portant à ses lèvres, ce dernier demande:
-Tu t'entends bien avec Marluxia, je me trompe...?
Ah. Je m'y attendais, à celle-là. Je suis de moins à moins à l'aise, mais pas à cause de la question qu'il m'a posé: j'ai ma vue qui se trouble un peu par intermittence, ça doit être la faute à mon rêve étrange et mon affaiblissement au milieu des ténèbres. Je réponds avec un léger rire:
-Quoi, on est dans une Organisation si stricte que même sympathiser est interdit?
Zexion me jette un coup d'œil en buvant sa potion d'un coup sec, et reprend en penchant légèrement le visage:
-Tu transpires, tout va bien?
-Mais oui, tout va bien! je m'exaspère en balayant quelque chose de la main. Arrête un peu d'être toujours sur mon dos!
J'oublie tout ce que je dois à Zexion. Il n'a rien dit à Xemnas sur mon rêve, il ne s'est pas moqué de moi comme Xigbar, il m'a sauvé la vie dans les ténèbres. Irrité, je me redresse, et marche d'un pas raide vers la porte que nous devons de nouveau franchir. Je pose mes deux mains sur le battant, je le pousse sans un regard en arrière, et j'en franchis le seuil en plissant les yeux.
Il y a en effet une forte lumière et j'ai un léger gémissement. Quand la lumière faiblit, j'entrouvre les paupières, et ce que je vois me désarme complètement.
C'est une chambre. Celle d'un enfant, apparemment. Zexion s'empresse de me suivre et détaille ce qui nous entoure, étonné. Une chambre qui est dans des tons chaleureux, tout en bois, avec des livres, des vêtements, des bibelots en tout genre un peu partout (dont une sorte de masque étrange). Sous l'unique large fenêtre il y a un lit défait. Celui qui vit ici ne prend pas bien soin de ses affaires, on dirait moi. En tout cas, c'est très large, très spacieux, mais encombré de milliers de petits trucs en désordre. Ça ne ressemble à rien de ce que nous avons vu jusqu'à présent.
-On est toujours dans le Château? je demande,surpris.
-Oui, mais... C'est un souvenir.
Nous échangeons un regard. Nous n'avons pas de cœur, alors à qui peu bien appartenir ce souvenir? Je fais quelques pas en plus et j'attrape négligemment un bout de bois taillé qui repose contre le mur. On dirait une sorte d'épée, ce jouet (car c'est évidemment un jouet) me dit quelque chose. Je brandis l'épée de bois en l'air par ce que je pense être le garde et je demande:
-Qu'est-ce que c'est?
-Une Keyblade, répond Zexion qui semble brutalement très méfiant.
-Je ne savais pas que les Keyblade étaient en bois, je me moque en faisant quelques mouvements dans les airs avec.
-C'est un jouet en forme de Keyblade, rectifie-t-il en levant les yeux au ciel.
La vision disparaît subitement, nous sommes de nouveau dans une salle blanche, et je ne tiens rien du tout dans ma main. Perplexe, je me retourne vers Zexion, interrogatif.
-Euh, c'est normal tout ça?
Le Numéro VI a un comportement pour le moins étrange. Il regarde encore ma main vide, les sourcils froncés. Puis il se retourne légèrement, comme s'il y avait quelqu'un derrière lui. Alors, je comprends.
-Il y a quelqu'un dans ce Château, c'est ça?
-Oui, mais je n'arrive pas à le sentir, c'est très étrange.
-Pourquoi nous montrerait-il une chambre d'enfant? Est-ce que le Maître de la Keyblade est ici?
Je sais exactement où se trouve le Maître de la Keyblade, mais je l'ai dit pour ne pas alerter Zexion. En tout cas, cette histoire est intrigante. Si quelqu'un se cache dans ce palais et s'amuse à nous provoquer, c'est une très mauvaise idée, parce que je suis très joueur et que je n'aime pas perdre. Mais, pris d'un doute, je demande:
-Tu crois que le Château pourrait être hanté?
-Ne sois pas stupide Axel.
Il reprend sa marche vers la porte suivante.
-S'il y a quelqu'un, nous le trouverons.
