Bonjour à tous !
C'est avec un grand plaisir que je vous propose enfin le dernier chapitre en date de cette longue fanfic, chère à mon cœur pour plus d'une raison. Je ne vous cacherai pas que j'ai eu des doutes, de gros doutes. Et je suis agréablement surprise de m'être trompée, car en posant le point final de ce chapitre, j'étais aussi sûre de moi que je peux l'être en tant qu'auteure de fanfic :)
Désolée pour la très longue pause ! Je crois qu'au bout d'un certain temps, avoir besoin de prendre du recul, c'était inévitable. J'aimerais être capable de publier régulièrement une histoire qui compte maintenant 500 pages avec la même fluidité qu'au premier jour, mais ce n'est pas possible ! Peut-être que ce n'est pas plus mal, c'est bien aussi de prendre son temps, enfin du moins, c'est essentiel d'aller à son rythme si on veut garder un tant soit peu de qualité. Il y a toujours des périodes fastes où on écrit très vite, d'autres qui demandent qu'on laisse mûrir les choses dans son esprit. Quand j'écris une fic, j'y pense beaucoup, tous les jours. Je ne peux pas avoir cet investissement-là en permanence, à plus forte raison parce que j'écris plusieurs histoires en même temps.
Dans tous les cas, re-bienvenue dans cette fic, et je tiens à remercier tous ceux qui me suivent, tous ceux qui sont encore là, et ceux qui arrivent peut-être !
Alors, pour la reprise, j'ai fait une grosse ellipse. J'ai décidé de reprendre le cours de mon histoire en la situant juste après l'arc Tartaros, pour deux raisons. D'abord, parce que je trouve l'arc Tartaros assez passionnant, mais que je n'avais nulle envie de le re-raconter ni même de le réinterpréter. Je considère donc que les événements se sont passés comme dans l'histoire originale. La deuxième raison, c'est parce que j'avais envie de raconter ma propre histoire sur ce qui a pu se passer pendant l'année où les membres de Fairy Tail sont séparés, et d'aborder ainsi des thématiques qui me sont chères, et qui je pense sont utiles ici pour faire grandir et avancer mes personnages. Alors c'est là-dessus que je pars pour les prochains chapitres :)
L'instant musical : Lost in the Snow sur l'OST de FFXV, Never Meant to Belong sur l'OST de Bleach, et Photon de VNV Nation :)
Enjoy !
« I thought for so long that time was like a line. [...] But I was wrong. It's not like that at all. Our moments fall around us like rain... or... the snow. »
Nell dans The Haunted House, série adaptée librement du roman de Shirley Jackson par Mike Flanagan.
I
Grey
Trois mois plus tard
Planté au milieu de la rue, Grey regarda le QG de la guilde qui se découpait dans la lumière orangée et le ciel bleu de l'été indien. La soirée était douce, et quand bien même il n'était pas du genre frileux, il avait froid. Il avait passé la plus grande partie de sa vie ici. La meilleure partie de sa vie. Il serra les poings et sentit la démangeaison familière sur son annulaire gauche. Il baissa les yeux et regarda la bague de fiançailles offerte par Natsu, et sa gorge se serra. Puis, il reporta son attention sur le grand bâtiment vide auquel il faisait face, et le froid en lui s'accentua. Ce n'était pas la sensation qu'il connaissait bien, qu'il associait à son énergie vitale, à sa magie. Ce froid-là parlait de mort, de souvenirs enfuis, des ténèbres qui approchaient. C'était un froid qui s'emparait de lui comme une entité étrangère et au lieu de le revigorer et de lui donner confiance en lui, il plantait des millions d'aiguillons glacés dans ses tripes.
Il n'arrivait toujours pas à croire tout ce qui s'était produit en seulement trois mois. Les attaques aléatoires et meurtrières de Tartaros. La guerre qui s'était ensuivie. La rencontre avec son père, ressuscité par un nécromancien. Jubia qui avait dû prendre la décision horrible d'achever le nécromancien, tuant ainsi son père une deuxième fois, sous ses yeux. La disparition de tous les dragons. Sting, Rogue, Gajeel, Natsu. Tous orphelins. Le calvaire d'Erza. Lucy forcée de se séparer pour toujours de celle qu'elle considérait comme son amie d'enfance. Des souffrances et des drames intimes pour chacun d'entre eux. Et enfin, la décision brutale et sans appel de Makarov. Du jour au lendemain, la guilde était dissoute. Le matin du jour où Makarov allait annoncer sa décision, Grey s'était réveillé en trouvant un mot laconique sur l'oreiller :
« Je pars m'entraîner. »
Cela faisait déjà trois semaines. Et pas la moindre nouvelle de Natsu.
Une part de lui était en colère. Une autre se trouvait tout à fait incapable de juger son fiancé, parce qu'il ne cessait de se répéter qu'il aurait fait la même chose. Une autre était ravagée par l'anxiété. Il se demandait ce qu'il devait faire. Tout s'était passé si vite... Il n'avait pu faire ses adieux à personne, exceptées Lucy, Erza et Akira. Elles étaient restées pour lui dire au revoir et l'informer de leurs projets. Il ignorait tout des autres. Ses coéquipières avaient cherché à le rassurer, concernant Natsu. Il avait simplement besoin d'un peu de temps, avaient-elles assuré.
Mais maintenant qu'il regardait cette guilde vide, Grey se disait surtout qu'il l'avait abandonné, et il réalisait en même temps qu'il n'avait jamais sérieusement envisagé cette possibilité. Il ne l'en aurait pas cru capable. Il pensait que si l'un d'entre eux devait se barrer sans prévenir, ça aurait été lui. Et maintenant, il se sentait encore plus con. Natsu n'était plus là, et il se tenait debout devant le QG déserté de sa guilde, qui commençait déjà à devenir un souvenir, alors même qu'il l'avait devant les yeux. Et il était seul. Ironique, pour lui qui, pendant des années, avait cru souffrir de solitude. Maintenant qu'il faisait face à la vraie, il s'apercevait qu'il avait été un véritable idiot. Ses amis s'étaient dispersés aux quatre vents, son fiancé avait pris le large. Il ne lui restait plus personne. Enfin... Sauf que ça aussi, ce n'était pas tout à fait vrai.
« On y va, Grey ? »
Le mage de glace se tourna vers son vieux camarade, celui avec qui il avait partagé une enfance marquée au fer rouge par le deuil impossible à porter de celle qui avait remplacé leurs mères.
Il acquiesça.
« Merci pour tout... Leon. »
Son condisciple haussa les épaules et lui adressa un sourire triste.
« Pas de quoi. T'en aurais fait de même pour moi, non ? »
Grey hocha la tête. Il ramassa son paquetage et jeta un dernier regard à la guilde. Puis, il se détourna et suivit Leon dans les rues de Magnolia avec l'impression qu'il jouait au Petit Poucet avec les morceaux de son cœur brisé. Il les semait à chaque pas, et il se demandait ce qu'il en resterait quand Leon et lui auraient atteint Marguerite.
Quand ils arrivèrent le lendemain, la ville lui parut différente de ses souvenirs, et pourtant, cela ne faisait pas si longtemps qu'il était venu pour la dernière fois.
Ce n'est pas la ville qui a changé, c'est moi... Mes yeux ne sont plus les mêmes. Je reviens endeuillé, et je reviens sans lui.
« Il reviendra », dit soudain Leon, comme en écho à ses pensées.
Grey n'était même plus sûr de ça. Peut-être que cette fois, c'était fini. Ça aurait du sens. Natsu et lui avaient tous les deux grandi brutalement, et peut-être qu'ils n'étaient pas, comme ils l'avaient cru, destinés à partager le reste de leur vie. Peut-être que leurs chemins s'étaient simplement séparés. Après tout, Fairy Tail n'existait plus. Peut-être que cela impliquait qu'eux non plus, en tant que couple, n'existaient plus.
« Grey. J'en suis certain.
— Tu fais chier, Leon. Pourquoi tu dis ça ? T'en sais rien.
— C'est toi qui fais chier. Et arrête de rester planter en plein milieu de la rue, tu vois pas que tu gênes ?!
— Oh... Pardon. »
Il rejoignit le trottoir, poursuivi par les injures et les poings levés d'habitants mécontents par son intrusion sur la voie réservée aux véhicules, mais il les remarqua à peine. Quelques minutes plus tard, ils avaient rejoint l'appartement de Leon. Son camarade s'apprêtait à lui préparer un thé glacé, mais Grey râla pour avoir une bière à la place. Leon haussa les épaules et s'assit avec lui sur le canapé avec une bière bien fraîche pour chacun.
« Je n'ai pas eu l'occasion de te le dire avant, mais... Je suis désolé pour ton père. »
Grey acquiesça.
« Merci. M'enfin, c'est pas comme s'il était pas mort... avant d'être à nouveau mort. »
Leon songea à l'engueuler pour son cynisme, mais renonça. Après tout, avec ce qu'il avait vécu, Grey pouvait bien dire tout ce qu'il voulait.
« Qu'est-ce que tu comptes faire, maintenant ? » demanda-t-il.
Grey haussa les épaules.
« Pour l'instant, j'en sais rien. J'ai besoin d'un peu de temps pour réfléchir.
— Prends ton temps. Pas d'urgence. Et si tu veux venir bosser avec moi... Y a pas de soucis.
— Merci. J'y penserai. »
Un silence flotta. Ce n'était pas un silence embarrassé, mais un silence triste, et Leon décida qu'il fallait qu'il fasse quelque chose. Voir Grey comme ça, ça le déprimait totalement. Il n'avait aucune idée de ce qu'il pourrait faire au juste, mais il trouverait bien. En attendant, ils pouvaient bien se soûler sans penser au lendemain. Ils étaient assez forts dans cet exercice-là.
Vers minuit, ils étaient ivres et de nouveau silencieux. Après avoir raconté des bêtises pendant quelques heures, ils reprenaient soudain conscience de ce qui les préoccupait. La nuit paraissait soudain plus vaste, plus inhospitalière, et même dans l'appartement confortable de Leon, on aurait dit que les ombres s'étaient épaissies. Grey éprouva à nouveau cette étrange sensation de froid... Il réalisa alors que ce froid-là était différent de celui qu'il connaissait parce qu'il ne contenait rien : aucune émotion, aucun souvenir, aucune imagination. C'était le froid émanant du vide qui envahissait sa vie et son être. Grey n'avait pas envie de le laisser gagner. Il ne voulait pas se rendre. Il voulait savoir ce que ça signifiait, et affronter ce qui lui arrivait. Il ignorait si Natsu l'avait vraiment quitté sans vraiment le dire, il ignorait la nature de ses propres émotions vis-à-vis de la rencontre post-mortem avec son père, il ignorait le sens qu'il devait donner à sa vie maintenant que sa guilde avait été dissoute, mais il trouverait. Il devait trouver. Le Grey qui renonçait et se laissait submerger par l'obscurité, il l'avait laissé derrière lui. Natsu lui avait donné la force. Il devait continuer, même si avenir lui apparaissait sombre et confus, son passé douloureux, et son présent plein de vide, comme une pièce que viennent de quitter des êtres chers, et dans laquelle on se retrouve soudain tout seul. Il pouvait faire mieux que ça. Il devait faire mieux que ça.
Et il y avait peut-être une chose qui pourrait l'aider.
« Leon, tu te souviens quand tu avais dit qu'on devrait retourner là-bas, cet hiver ? »
Là-bas. Sur la tombe d'Oul.
Leon acquiesça en silence.
« Et si on avançait le voyage ? Et j'aimerais... J'aimerais aussi retourner sur celle de mes parents. Je n'ai pas... Après... enfin. Tu sais.
— J'ai un peu de sous de côté, alors je peux me permettre de prendre des vacances. On y va quand tu veux.
— Demain ? »
Leon leva les yeux au ciel.
« Demain, on sera en train de décuver en prêtant serment sur nos grands dieux qu'on boira plus jamais. Pas moyen qu'on soit motivés.
— Humpf... T'as pas tort. Après-demain, alors ?
— Vendu. »
Le lendemain se déroula comme l'avait prévu Leon. Aucun d'entre eux ne se leva de toute la journée, à part pour picorer dans le frigo et aller dans la chambre de l'autre pour regarder des films. Le surlendemain, requinqués, ils partirent à l'aube, alors que la ville était encore déserte. Ce serait long, mais ils avaient choisi de faire le chemin à pied. Ils ne voulaient pas remonter le temps d'un seul coup, et savaient que visiter la région de leur enfance allait ressusciter toutes sortes de souvenirs. Ils avaient tous les deux besoin d'y aller doucement. D'autant qu'ils n'y étaient jamais retournés ensemble, à cause de la rancœur, de la colère et du chagrin qui les avaient séparés pendant des années. Ils voulaient y aller en se souvenant qu'en dépit de tout ce qui s'était passé, ils étaient avant tout des amis. Liés par leurs souvenirs autant par les efforts qu'ils avaient accompli pour s'en libérer.
Le village existait encore, et la maison d'Oul aussi. Elle la leur avait légué, mais ni l'un ni l'autre n'y avait jamais remis les pieds après sa mort. Elle se situait en périphérie de la petite localité, nichée au pied d'une colline recouverte de sapins. Les années étaient passées par là : les volets pendaient, décrochés, une fenêtre avait été cassée et la peinture s'écaillait sur la porte et les clôtures, mais c'était bien la maison de leur enfance, banale en apparence, mais pour eux, reconnaissable entre mille. Le village se trouvait sur un plateau en altitude, au cœur d'un massif montagneux que Oul avait choisi pour les conditions climatiques idéales pour un mage de glace : ici, il neigeait la moitié de l'année. Présentement, un manteau immaculé recouvrait le toit et le jardin. Tout était immobile, suspendu dans une étrange tranquillité hors du temps. Aucune trace de pas ne venait déranger l'harmonie de la neige. Aucune présence ne venait troubler le silence des lieux.
Leon et Grey ne s'étaient décidés qu'au dernier moment. Visiter le cimetière, d'accord. Mais revenir ici ? Et puis, ils s'étaient dits que cette maison signifiait bien davantage qu'une simple tombe. Après tout, elle leur appartenait. Ce passé leur appartenait, même s'ils avaient tous les deux, chacun à leur manière, tenté de le nier. Et si Oul avait recueilli Leon alors qu'il n'était encore qu'un bébé, Grey avait passé les premières années de sa vie non loin d'ici, dans une ville voisine en contrebas, plus proche des plaines. Ce serait leur étape suivante, mais pour l'heure, ils allaient séjourner dans cette maison glacée où ils avaient appris la majeure partie de ce qu'ils savaient maintenant. Oul avait été plus qu'une mère, plus qu'une professeure : elle avait été les deux à la fois, mais aussi une amie, et la raison pour laquelle ils étaient devenus ces deux personnes qui revenaient arpenter leurs souvenirs en quête de réponses. Deux jeunes hommes accomplis qui avaient su maîtriser et perfectionner leur magie, et surtout, qui avaient su comment survivre. Ils existaient grâce à elle, et d'une certaine façon, à travers elle. À travers sa volonté, tout ce qu'elle leur avait légué, et à travers son regard gris sombre qui s'illuminait chaque fois qu'elle posait les yeux sur eux.
Ils échangèrent un regard, encore hésitants. Puis, Leon posa la main sur le portail et tourna la poignée. La grille pivota sans un bruit en creusant dans la neige. Ils remontèrent l'allée invisible, bataillèrent quelques minutes pour convaincre la porte gonflée d'humidité de bien vouloir s'ouvrir, et débarquèrent dans un salon obscur jonché de reliques du passé, tendus de vieilles toiles d'araignée. Rien n'avait été touché depuis ce jour-là... Le jour où Grey s'était enfui de la maison pour aller affronter Deliora, seul. Le jour où Oul l'avait suivi en emmenant Leon avec elle. Le jour où elle était morte.
Grey s'assit dans un coin et regarda ce qui l'entourait, la poitrine comprimée par toutes ces réminiscences qui le submergeaient, violentes, amères et glaciales comme les bourrasques d'une tempête de neige. Il se sentait mal. Mais il savait que c'était normal. Qu'il le fallait. Il devait juste serrer les dents.
Leon s'assit contre le mur à côté de lui, et en lui jetant un bref coup d'œil, Grey se douta qu'il était en train d'éprouver les mêmes émotions. Alors, il ne dit rien, et laissa le silence se remplir de leurs souvenirs.
Et ils restèrent là, assis par terre, à regarder la lumière du jour décliner sur les silhouettes floues qui rejouaient devant eux les scènes enfouies d'un passé à la fois terriblement proche et si lointain que ça donnait envie de hurler. Comme si ce passé presque palpable leur échappait chaque fois qu'ils croyaient le retrouver. Comme si leurs souvenirs s'obstinaient à se montrer sous la forme d'un rêve. Comme si... Ils n'avaient jamais vraiment vécu tout ça.
Non... Ils l'avaient bien vécu. Seulement, en regardant cette pièce vide et abandonnée, ils réalisaient que c'était terminé. Ce qui était perdu, l'était pour toujours. Ce qui avait été vécu ne le serait plus jamais. Ce qu'ils en retiendraient, ce qu'ils deviendraient... ne dépendaient que d'eux-mêmes. Et en y pensant, Grey avait un vertige terrible. Il avait l'impression que le sol se dérobait sous son poids. Alors, il regarda de nouveau Leon, et se rappela qu'ils étaient deux à tomber à 200 km/h au fin fond de leurs peurs, de leurs chagrins et de leurs joies d'enfance. Que le sentiment incommensurable de perte qu'il éprouvait, Leon l'éprouvait aussi. Il ne trouvait pas cela à proprement parler réconfortant... Mais il avait l'impression que ça rendait les choses plus acceptables. Plus supportables.
II
Natsu
Il n'avait pas réfléchi. Pas réfléchi du tout. Non que ce soit inhabituel chez lui, seulement...
Il s'arrêta sur la route gravissant le massif montagneux et se retourna, mais il était déjà trop tard pour voir Magnolia.
Je reviendrai, pensa-t-il. Ce n'est que temporaire. Grey se débrouillera. Et puis, malgré tout ce qui nous est arrivé, la guilde est toujours debout. Tout ira bien.
« J'en ai besoin. » C'était la phrase qu'il se répétait chaque fois qu'il se sentait coupable. Et c'était vrai. Pour autant... Il avait juste laissé un mot... Mais c'était temporaire. Il reviendrait. Combien de temps ça pouvait prendre, après tout ?
Natsu.
Il tressaillit. La voix d'Igneel habitait ses pensées, de plus en plus souvent ces temps-ci.
Ses traits se crispèrent.
Non, pas maintenant. Tu es mort, tu te rappelles ? Tu n'as plus le droit de me parler. Tu m'as abandonné.
Il savait que c'était injuste et immature, et il s'en foutait.
Je ne veux plus de tes conseils. Cette fois, Happy et moi, on se débrouille tous seuls. Je dois aller de l'avant. Et ça signifie être plus fort. Je ne peux pas les protéger si je ne peux pas me protéger moi-même. Les combats qui nous attendent exigent de moi beaucoup plus que ce que je suis capable d'accomplir. Je dois trouver la force.
La force... la puissance... Il savait qu'elles existaient, tapies au fond de lui. Sa magie avait déjà subi plusieurs transformations radicales au cours des dernières années, mais il avait toujours senti qu'il ne faisait que gratter la surface. Chaque fois que le pouvoir se déployait en lui comme une bête furieuse, il ressentait aussi les profondeurs de sa propre magie qui demeuraient intouchées, plongées dans les ténèbres de son ignorance, et peut-être... De son inexpérience. Les personnes qu'il côtoyait, et Erza entre toutes, lui avaient appris une chose : certains secrets ne se révèlent qu'au feu de la souffrance. Il ne s'agissait pas de masochisme, mais d'une résilience qu'on ne pouvait développer qu'en se confrontant à l'adversité. Il avait besoin de se plonger en lui-même, d'affronter son deuil. Il avait besoin de grandir. En l'état, il savait au fond de lui qu'il n'était plus grand-chose d'autre qu'un gamin orphelin qui en voulait à la terre entière, et il ne pouvait plus avancer en se reposant sur sa seule colère. Pour la première fois de sa vie, il avait besoin d'accepter son chagrin.
Il ignorait complètement comment il allait s'y prendre. Son chagrin était comme un nouvel ennemi dont il ne comprendrait pas les capacités, un adversaire doté d'une puissance dévastatrice dont il serait incapable de trouver les points faibles. Quand bien même. Les situations désespérées n'avaient jamais arrêté Natsu. Alors il affronterait son chagrin comme, un jour, il affronterait Zeleph. Comme il affronterait Grey quand il reviendrait et que son fiancé le haïrait probablement. Comme il affronterait le reste de sa vie, qui ressemblait pour l'instant à une vaste plaine de ténèbres. Il y ramènerait le feu. La joie. L'énergie. La passion. Il noierait le monde de flammes avant que le monde n'ait raison de sa détermination à vivre. Et à vivre heureux.
Quelques semaines plus tard
« Dis, Natsu ?
— Quoi, Happy ? »
Les deux compagnons se tenaient devant un feu de camp qui flambait avec un enthousiasme contrastant quelque peu avec leur humeur.
« Pourquoi on n'a pas emmené Grey ? »
Natsu fronça les sourcils.
« Je te l'ai dit. C'est quelque chose que je dois faire seul.
— Mais tu lui as juste laissé un mot... Tu crois pas qu'il va être furieux ?
— Sans doute que si. Mais tu sais, Happy, lui aussi, il a ses propres trucs auxquels penser. Et puis, les copains sont avec lui.
— T'en es sûr ?
— Évidemment ! Lucy, Erza Akira et tous les autres vont pas le laisser tomber. »
Happy fit une petite moue pensive. Il n'était pas entièrement convaincu, mais il ne voulait pas contrarier Natsu, même si son comportement l'étonnait. Ça ne lui ressemblait pas. Natsu était perdu... Non, pas perdu. Il était triste. Ça lui faisait de la peine, mais il était sûr que Natsu s'en remettrait. C'était pour ça qu'il était parti. Il avait besoin de devenir plus fort, et il le deviendrait.
Natsu s'étira et bailla à s'en décrocher la mâchoire.
« J'espère que les gens du coin ont dit vrai sur le gros monstre de la montagne. J'ai vraiment envie de taper sur quelque chose.
— Je crois pas qu'ils auraient inventé un truc pareil, Natsu...
— Si tu le dis ! Espérons-le. Bon... Je vais me coucher. »
Happy regarda son ami s'enrouler dans les couvertures et son expression s'assombrit. Depuis des semaines, ils enchaînaient les contrats non payés, se contentant de les exécuter contre un peu de nourriture, et parfois, un logement. Natsu semblait ne jamais vouloir s'arrêter. Même lui allait finir par s'épuiser, à ce rythme. Happy n'osait pas le dire, mais il n'était pas tout à fait sûr qu'il s'agisse du meilleur moyen pour que son ami développe sa magie. N'avait-il pas besoin... D'une sorte de prof ? Certes, Happy s'était improvisé comme tel, mais même lui se rendait bien compte qu'au fond, il n'y connaissait rien en magie du feu, et encore moins en magie de chasseur de dragons. Et puis, Fairy Tail lui manquait. Et il était sûr qu'à Natsu aussi.
Le chat bleu poussa un gros soupir et s'enroula à son tour dans ses couvertures. Quoi qu'il en soit, il accompagnerait Natsu jusqu'au bout du drôle d'entraînement qu'il s'était imposé. Et lui aussi, il allait devenir beaucoup plus fort !
Le lendemain, Happy et Natsu se réveillèrent aux aurores, débordants d'énergie. Aujourd'hui, ils affrontaient le monstre ! D'après les habitants, il s'agissait d'un crapaud géant tapi au fond du caverne et qui guettait les voyageurs et les troupeaux qui passaient par le col de Minji. Le job ne semblait pas très difficile à Natsu, mais savait-on jamais ! Il ne voyait qu'un seul moyen de devenir plus fort : s'entraîner tous les jours, avec acharnement. C'était aussi la seule méthode qu'il connaisse et qui soit efficace pour lui éclaircir les idées, et pour éviter de s'appesantir sur son chagrin.
Il se sentait perdu et savait qu'il aurait pu demander conseil. À Grey. À Gildarts. Au vieux. À la place, il avait préféré foncer tête baissée. Mais c'était son style : il improvisait.
Comme il allait improviser ce matin. Ils repérèrent rapidement la caverne et le mage de feu se planta devant, poings sur les hanches.
« Oï, le crapaud, tu m'entends ?! Sors de ton trou, enfoiré ! T'es prévu au dîner ! »
Happy lui jeta un regard craintif.
« Euh, Natsu... T'es sûr que ça se mange, un crapaud ?
— Bah, pourquoi pas ! Tout ce que je peux faire griller, ça se mange !
— Tu fais griller des maisons ! Ça se mange pas, des maisons !
— Humpf... Je peux les faire griller, mais je peux pas en faire des grillades.
— C'est pour ça qu'il faut être précis sur son vocabulaire, Natsu !
— Si j'avais voulu qu'on me fasse des réflexions, j'aurais emmené Grey !
— T'es de mauvaise humeur, Natsu ? »
Le mage de feu lui jeta un coup d'œil et ses traits se détendirent. Il faisait ça très souvent, ces temps-ci, et Happy avait la désagréable impression que c'était pour le rassurer. Natsu ne voulait pas qu'il voit l'étendue de son chagrin, mais il ne se rendait pas compte qu'il la voyait très bien, quels que soient ses efforts pour dissimuler ses émotions.
« T'inquiète, reprit Natsu gentiment. Si t'as trop peur, t'as qu'à rester derrière.
— Moi, peur ? » Le chat détourna le regard et croisa les pattes sur son torse. « Je suis juste déçu qu'on n'attaque pas un gros poisson.
— Promis, après, on va sur la côte. Y aura sûrement des monstres marins à griller.
— Le poisson, c'est meilleur cru ! »
Natsu s'apprêtait à répliquer quand une gigantesque langue rose et poisseuse s'enroula autour de lui et l'entraîna à l'intérieur de la caverne... et jusqu'à la gueule grande ouverte du crapaud.
« Natsuuuuu ! » s'époumona le chat bleu.
Avant d'avoir eu le temps de faire quoi que ce soit, Natsu se retrouva dans l'estomac du crapaud géant. La puanteur était monstrueuse. Il s'enflamma et le liquide épais qui l'entourait se mit à flamber en dégageant une épaisse fumée noire. La créature se mit à tousser d'une façon déconcertante, et l'expulsa comme un chat le fait avec une boule de poils. Natsu roula sur lui-même en toussant à son tour.
« Qu'est-ce que c'est que ça ?! s'exclama le crapaud d'une voix paniquée.
— Tu parles, espèce d'enfoiré ? cria Natsu en se relevant, dégoulinant de fluides gastriques. T'es au courant qu'on peut pas se permettre de bouffer les gens comme ça ?! »
Natsu n'était pas au bout de ses surprises, puisque le monstre se mit à pleurer à chaudes larmes.
« Je ne le fais pas exprès ! sanglota-t-il.
— Comment ça, tu le fais pas exprès ?! brailla Natsu en agitant le poing. Espèce de gros dégueulasse ! »
Le crapaud continua à pleurer comme un enfant. Happy se posa sur sa tête et la tapota d'une patte compatissante.
« Allons, allons... Ne te laisse pas impressionner par Natsu. Quelqu'un t'a forcé à le faire ?
— N-Non... Toute la région est imprégnée d'une magie étrange... Les plantes, les animaux, les gens... Ils... changent.
— Comment ça, ils changent ? Personne m'a parlé de ça au village ! » s'énerva Natsu, qui cherchait toujours à se débarrasser du liquide immonde en s'enflammant.
Le crapaud renifla.
« Sans doute parce qu'ils ont peur, alors ils ont juste parlé de moi... Mais... Il se passe tout un tas de trucs étranges, par ici. Les arbres parlent et se déplacent la nuit. Les animaux deviennent plus gros et plus féroces. Les gens font des rêves bizarres et parfois ils deviennent fous ! Il paraît que c'est à cause d'une ancienne magie qui se trouve sous la montagne. Un genre d'objet enterré là et qui aurait corrompu toute la région.
— Tu racontes ça parce que tu veux pas te faire griller, hein ?!
— Non ! Demande aux gens ! Ils te diront la même chose ! Et dis-leur de ne plus venir par ici ! Je peux pas m'empêcher de les manger... Et j'ai toujours faim...
— Si je trouvais cette ancienne magie, tu crois que tu redeviendrais comme avant ?
— Je... j'espère... »
Natsu se gratta la tête.
« Humpf. J'imagine qu'on a pas trop le choix. Happy, on retourne au village !
— Aye sir ! »
Ce fut en redescendant vers le village que soudain, ça frappa Natsu comme un coup de poing au visage.
Il était déjà venu ici. Avec Igneel. Il ralentit le pas pour observer plus attentivement son environnement : aux quatre points cardinaux, les sommets se chevauchaient les uns les autres comme un océan figé dans la pierre. Le paysage semblait avoir été modelé par des forces sismiques colossales, ou bien par les battements d'ailes de cent mille dragons.
Comment avait-il pu oublier ?!
Il se figea, submergé par une marée de souvenirs. Igneel lui avait montré cet endroit, pour une raison bien spécifique...
Il n'avait pas besoin d'aller au village. Il savait ce qui se cachait sous la montagne.
Mais comment est-ce que ça avait pu « corrompre la région » ? Peut-être que ça n'aurait pas dû rester sous terre aussi longtemps ? Est-ce qu'il était censé venir le chercher plus tôt ? Encore des questions à ajouter sur la longue liste de celles qu'il aurait voulu poser à Igneel, s'il en avait eu le temps. Le dragon était parti avec ses souvenirs, ses secrets, et tout ce qu'ils ne s'étaient jamais dit. Quand il y pensait, il était partagé entre la rage et la tristesse, deux sentiments qui s'associaient plutôt mal, si on lui demandait son avis.
Quoi qu'il en soit, il en était certain, maintenant : il n'était pas venu ici par hasard. Quelque chose l'y avait conduit. Ses souvenirs enfouis, son instinct, ou peut-être la part d'Igneel qui vivait encore en lui. Il n'aimait pas cette dernière supposition : il lui en voulait encore d'avoir disparu, ce jour-là. Il avait dit que c'était pour le protéger mais Natsu ne voulait pas l'entendre. C'était trop à encaisser. Il avait passé sa vie à le chercher, à entretenir l'espoir, à s'accrocher à un rêve qui s'était évanoui en seulement quelques minutes, l'espace de retrouvailles brèves et bouleversantes. À peine le temps de se dire merci. De se dire adieu. Un combat, puis la mort. La perte définitive de son enfance et d'une bonne partie de ses espoirs. C'était injuste. Si injuste que sa colère ne cessait de le consumer, et il savait qu'il devait trouver un moyen d'y mettre fin.
Après avoir subi l'épreuve brutale et glaciale d'un bain improvisé en plein lac de montagne pour se débarrasser des sucs gastriques du crapaud – Grey aurait adoré ça, pensa-t-il par réflexe – Natsu se rhabilla et entraîna Happy sur un sentier étroit qui s'enroulait sur lui-même en descendant dans un immense ravin déchirant le flanc des montagnes environnantes. En fait de montagnes, il s'agissait plus exactement d'une chaîne de volcans. Même ça, il l'avait oublié. Quand il avait regardé la carte, il n'avait reconnu aucun des noms de localité, de pics ou de vallées. Il n'avait jamais été quelqu'un de très attentif, mais maintenant, il ne comprenait pas comment il avait pu ne pas reconnaître les lieux. Il avait passé toute son enfance au cœur d'un volcan à plusieurs centaines de kilomètres de là, et lui qui employait toutes ses journées à jouer dans le magma et à chasser dans la forêt avoisinante, il avait été tellement excité d'accomplir un tel voyage ! Igneel et lui avaient survolé tout le pays, à très haute altitude parce que le dragon insistait sur la discrétion. Natsu ne lui avait jamais demandé pourquoi il se cachait. Il ne l'avait compris que bien plus tard, quand il avait su que par le passé, les dragons avaient failli anéantir l'humanité. Ce voyage en avait été d'autant plus précieux, parce qu'il avait été le seul. Il ne l'avait pas réalisé à l'époque, mais pour son père, ça avait dû ressembler à une sorte de pèlerinage. Comme Natsu aujourd'hui, Igneel avait traversé le passé pour revenir au point de départ. Il avait remonté le temps, et avait emmené Natsu là où tout avait commencé. Là où il avait choisi de lui laisser son héritage.
Emprunter à nouveau cette route-là, c'était comme marcher dans sa propre enfance. Seule la présence de Happy lui rappelait à quel moment de son existence il se situait, parce que dans son cœur, il était redevenu un gamin qui entreprenait un grand voyage avec son père. Il sentait l'air vrombir autour de lui comme autrefois, un tout petit garçon qui s'efforçait de ne pas pleurer alors que le vent glacial des cieux lui giflait le visage, assis sur le dos d'un magnifique dragon qui fendait les nuages de sa silhouette majestueuse, inébranlable... invincible. Quand il baissait les yeux, il voyait le chemin défiler sous ses pieds, et chacune de ses aspérités devenait les minuscules accidents de relief contemplés depuis le ciel ce jour-là, tandis qu'il s'accrochait aux écailles brûlantes d'Igneel, admirant la vue splendide du monde déployé à des dizaines de kilomètres en contrebas.
On va où, papa ?
Je vais te montrer un endroit très spécial. C'est là où je suis né. J'y ai caché quelque chose pour toi. Quelque chose que tu reviendras prendre quand tu auras dix-huit ans. Dix-huit ans, Natsu ! Pas avant. Et pas après.
Pourquoi ?
Tu comprendras au moment voulu.
Natsu émergea de sa rêverie et écarquilla les yeux. Il avait presque un an de retard ! Toute sa colère s'évanouit. C'était lui qui avait foiré, sur le coup. Comment avait-il pu oublier ?! Certes, il s'était passé beaucoup de choses dans sa vie. Mais... Là, il avait fait fort.
Pardon, papa...
Seul le silence lui répondit. Ou plutôt, ses souvenirs lui répondirent.
Un jour viendra où tu sentiras que tu auras atteint la limite de ton pouvoir. Mais crois-moi, ce ne sera pas le cas. Tu auras besoin de ce que j'ai caché dans la montagne. Et tu deviendras l'un des mages les plus puissants de ton époque.
Ouah... Et personne pourra me vaincre ?!
Oh, que si, Natsu... Ne pense jamais qu'il n'existe personne de plus puissant que toi. Ou tu te feras tuer. Tu m'entends ? Tu te feras tuer. Tu ne dois jamais sous-estimer tes adversaires. Et même quand tu auras acquis cette puissance, tu devras encore progresser. Tu devras apprendre à t'en servir. Et ne jamais cesser d'avancer. Tu te rappelles ce que je t'ai dit sur le pouvoir ?
Euh... Qu'il est fait pour protéger ?
Oui. Mais j'ai une autre chose à t'apprendre sur le pouvoir : il ressemble à la personne qui l'utilise. Autrement dit, ta puissance dépend avant toute chose de ton âme, et non de ton talent ou de la quantité de magie que tu es capable d'accumuler dans ton corps. La magie prend l'aspect, la forme, la couleur de son utilisateur. Elle évolue comme lui, à chaque instant de sa vie. Ne considère jamais ton pouvoir comme acquis. Ton pouvoir est ce que tu es. Ta magie et ta vie ne font qu'un. Ne l'oublie jamais.
Mais Natsu l'avait oublié. Il avait cessé d'écouter. Il avait cessé de croire en Igneel. Et s'il continuait comme ça, sa magie allait finir par s'éteindre, ou même par se retourner contre lui-même. Il l'avait senti au cours des semaines passées. Au lieu de devenir plus fort, il s'affaiblissait. Happy n'avait encore rien remarqué, mais ça ne tarderait plus. Chacun des combats qu'il avait mené l'avait laissé plus effrayé. Sa magie s'étiolait, il la sentait lui échapper. Elle devenait autre chose que lui-même. Et c'était seulement maintenant qu'il se souvenait des mots d'Igneel. Il était tellement en colère, et malgré toute sa bonne volonté, il savait au fond de lui qu'il ne parvenait pas à affronter son chagrin, seulement à le noyer dans la rage. Il devenait un étranger à lui-même, et c'était pour ça qu'il était parti, et c'était pour ça qu'il avait oublié, pour ça que sa magie lui échappait.
Papa, est-ce que ma magie est éternelle ?
Elle l'est, dans le sens où notre monde est tout entier imprégné de magie. Quand tu mourras, elle reviendra se mélanger à l'ensemble des choses qui existent. Comme ton corps. Tu ne la possèdes vraiment que pendant le temps où tu es en vie. Fais-en bon usage, car le temps que tu perds ne te seras pas rendu.
Il avait oublié. Il ne pouvait pas revenir sur ce qu'il avait fait ou dit. Et s'il n'était pas du genre à s'appesantir sur le passé, il n'avait jamais vraiment su pourquoi. Il n'avait jamais vraiment compris pourquoi Grey semblait prisonnier de ses souvenirs et de ses traumatismes. Il suffisait juste de vivre, non ? D'apprécier l'instant présent, de vivre à fond, aussi fort qu'on le pouvait. Maintenant, il savait. Il n'avait fait que fuir. Il croyait aller de l'avant, mais en vérité, il fuyait. Il avait toujours fui. Il n'avait pas voulu croire que son père l'avait abandonné. Il n'avait pas voulu croire que c'était fini. Jamais.
Mais c'était fini. Et il n'y avait rien qu'il puisse faire. Rien à cogner, rien à vaincre. Seulement un très long chemin à emprunter. Celui-là même qui commençait à lui faire saigner les pieds parce qu'il avait, de rage, balancé ses zoris dans le ravin quelques minutes plus tôt.
Le temps que tu perds ne te sera pas rendu.
« Natsu ? Pourquoi est-ce que tu pleures ?
— Je ne pleure pas, Happy.
— Natsu... »
Le chasseur de dragons ne répondit pas. Il accéléra le pas, pour s'enfoncer plus loin dans le passé, pour poursuivre les fantômes qui le précédaient. Un dragon immense et un tout petit garçon qui faisaient leur premier voyage ensemble, et qui avaient cent mille kilomètres d'avance sur le jeune homme déprimé d'aujourd'hui qui essayait tant bien que mal de faire son deuil.
Mais... Il pouvait encore les rattraper.
