Hey~
Merci beaucoup à Ai-neha et Ic'ilver pour leurs reviews !
Ic'ilver : Je lui balancerai bien ma master ball dans la gueule ._."
Sur ce je vous souhaite une bonne lecture ! N'hésitez pas à laisser un petit commentaire à la fin :)
Cressel : the fairy doll
Son irrépressible envie de meurtre ne se tarit pas à la vue du Lord. La petite foule rassemblée dans le hall posait sa coupe, pleine de vin ou de champagne, pour l'applaudir, alors qu'il n'avait fait qu'apparaître dans ses grands airs au sommet des escaliers de marbre. Les murs sertis de tapisseries et de tableaux magnifiques tremblaient devant l'effervescence qu'avait déclenchée le sourire de Nergal, à croire que chaque geste qu'il esquissait était une source de joie. Le chirurgien croisa négligemment les bras à défaut de les imiter : ces comportements ridicules de phoques de cirque l'exaspéraient sans compter en plus le sourire niais qui étirait la bouche de la cyborg telle une enfant en admiration devant son idole hors d'atteinte. Elle était pendue à ses lèvres tout le long de son discours pompeux pour remercier ses invités, buvant chacune de ses paroles à la paille.
Après ça on leva les verres en l'honneur de l'hôte cadavérique et l'orchestre sur l'estrade à leur gauche put débuter sa délicieuse symphonie. Les archets frottaient les cordes des violons en de douces notes agréables à l'oreille qui accompagnèrent les pas tout aussi délicats d'une créature que personne ne s'attendait à voir apparaître. Les paupières s'ouvraient plus grand sur son passage et les têtes tournaient, bien évidemment. Mais il y avait de quoi !
Ses cheveux étaient de longues vagues tissées en fil d'or qui se terminaient sur ses hanches, couvrant par leur masse la peau de pêche de ses épaules graciles. Partout où se posait son regard ambré des ruisseaux d'étoiles semblaient se répandre tant elle inspirait émerveillement et adoration. Ses doigts fins, vernis, jouaient sur les pans des longues manches de sa robe qu'un bustier orné de dentelle venait rehausser. Elle levait la tête, ni fière ni hautaine, rien qu'un sourire bienveillant fixé à ses belles lèvres rouges. Sa démarche était celle qui sied à une impératrice aimée, mais son expression celle d'une jeune femme ordinaire quoique trop rayonnante pour prétendre se faire minuscule dans sa foule d'admirateurs : tous de pâles beautés face à son visage en coeur d'où se dégageait une chaleur immense. Sa parure et ses bijoux semblaient à peine exister sur sa chair désirable. On n'était obnubilé que par la divinité qui se mouvait avec élégance dans ses drapés et non par ces extravagances de la noblesse. L'attention que lui portait ses semblables ne manqua pas d'attirer la leur.
Alors qu'une telle beauté naturelle était supposée éveiller la jalousie de la gente féminine les dames rougissaient sur son passage et Moineau n'y fit pas exception ! Quant aux hommes le caprice crevait les yeux. Ils avaient sans l'ombre d'un doute très envie d'elle mais elle restait apparemment un fantasme hors de leur portée si bien qu'on ne l'abordait pas. Le chirurgien eut un mouvement de recul en prenant conscience qu'elle se dirigeait droit vers eux. Le sang lui monta aux joues. Il était totalement pris au dépourvu ! Tout s'embrouillait dans sa tête mais il savait sûr et certain que cette mystérieuse poupée de porcelaine tout droit sorti d'un rêve n'avait rien à envier au titre de « plus femme du monde » ! Lorsqu'elle s'arrêta son exquise bouche pulpeuse et vermeille s'entrouvrit, prête à les ensorceler de la voix cristalline qu'ils espéraient et qui s'avéra être la sienne.
-Je me permets de me présenter... murmura-t-elle discrète malgré les regards flatteurs qui la couvraient. Mon nom est Cressel. Je suis la sœur de Nergal, que vous avez déjà rencontré je suppose.
Il haussa les sourcils, surpris. Entre ses airs candides, mais à la fois séduisants, et l'arrogance crâne de l'aristocrate cadavéreux il n'y avait pas grand point commun ! Excepté peut-être les paillettes d'or qui bordaient leurs pupilles. Il remua le bout de sa langue dans le vide avant de réussir à parler tant il était estomaqué par cette rencontre.
-T-Trafalgar Law… babilla-t-il encore surpris.
Il jeta un coup d'œil à la cyborg cachée derrière son épaule, toute pivoine. Elle fit un pas sur le côté pour se présenter à son tour.
-Moineau… susurra-t-elle tête baissée comme si elle tentait de faire une révérence.
Un courant électrique la traversa en sentant la chaleur maternelle de cette paume qui venait tout juste de se poser contre sa joue droite. Elle monta les épaules jusqu'au cou et se pinça les lèvres.
-C'est donc vous, Moineau, dit la blonde soudain moins souriante. Nergal aimerait vous dire deux mots tout à l'heure.
La manière dont elle la touchait semblait exprimer un certaine inquiétude alors qu'elles se voyaient pour la première fois. Lorsqu'elle retira sa main longiligne de sa joue son sourire reparut et elle se déporta vers le grand loup, qui semblait bien être le seul à ne pas faiblir devant ses pommettes rondes et rose. Les babines du mink étaient légèrement retroussées sur ses crocs, et ses longues oreilles, plaquées contre son crâne comme s'il la mettait au défi d'approcher. Law et Moineau froncèrent les sourcils choqués de le voir si hostile face à une innocente jeune femme, magnifique qui plus est.
-Euuh… Sylver ? se risqua la cyborg en attrapant sa manche. Ça ne va pas ?
Un grondement sourd en provenance du docteur la fit sursauter. Mais qu'est-ce qui lui prenait ? Jamais il ne réagirait comme ça ! Et surtout pas envers une humaine si vulnérable ! Le regard du loup sur la noble était plein de reproches – la connaissait-il ? Peu importe car dans tous les cas celle-ci perdait lentement de son assurance et de sa lueur féerique. Elle n'était plus qu'une petite proie recroquevillée qui tenait les larmes aux yeux les bouts de sa robe, effrayée du prédateur que la cyborg essayait tant bien que mal de ramener à la raison. Il eut tout à coup un rictus sadique qui accentua sa grimace meurtrière.
-Comment tu peux prétendre m'avoir oublié Samantha ? Après ce que tu as osé me faire… (Sa langue caressa méchamment la pointe de ses canines.) Tu étais la seule en qui j'avais confiance ! Tu mériterais que je t'humilie, comme tu l'as fait pour moi auparavant… stupide humaine.
Un grognement siffla entre ses crocs avant qu'il ne se retourne et parte à grandes enjambées, encouragé par tous ces regards accusateurs qui pesaient sur lui. Son départ laissa sa victime pétrifiée. Cressel esquissa un mouvement vers l'avant comme si elle eut voulu rattraper sa blouse immaculée, mais il devenait déjà un point dans la foule, deux grandes oreilles fières qui la mettaient dans tous ses états. Elle entreprit de sécher ces perles translucides qui gâtaient la beauté qu'elle feignait d'avoir et hocha la tête en guise d'au revoir avant de se précipiter sur ses pas. Son coeur se serrait à l'idée que son frère ait pu voir ça ! Pitié qu'il n'ait rien vu… Mais le connaissant il devait être plus intéressé par le goût fruité du vin sur les lèvres des femmes qu'il embrasse que par les fréquentations de sa sœur. Elle rejeta en arrière les boucles blondes qui caressaient ses épaules et passa les portes du château au regret de tous ses prétendants qui attendaient une entrevue avec elle, mais dont elle se fichait bien après les avoir examinés chacun de la tête aux pieds. Il n'y avait juste pas moyen qu'elle se plaise avec quelqu'un comme ça ! Leurs traits prétentieux ne lui apportaient que du dégoût pour elle-même qui appartenait contre son gré à cette société vaniteuse.
La Lune était toute étincelante au milieu de ses innombrables boutons de lumière qui tachetaient la soie noire qu'était le ciel. Malgré les courants d'air glacés qui faisaient frémir sa peau elle n'hésita pas une seconde à descendre les marches de pierre menant aux jardins. Elle eut un léger pincement au coeur en retrouvant le fugitif. Il était assis sur le rebord du pavillon à côté de la serre, une jambe repliée, l'autre se balançant dans le vide. Le clair de lune semblait former un halo contre sa blouse. Cressel joignit ses mains, assez émerveillée du spectacle. Le grand loup leva tout à coup son museau en l'air comme s'il flairait un parfum particulier et elle songea à la brise de ce soir sans aucun doute assez forte pour porter son odeur ! Ses joues s'empourprèrent. Elle s'accroupit derrière un buisson croisant les doigts pour qu'il ne l'ait pas vue, en vain.
-Ne t'approche pas de moi.
Elle plaqua une main contre sa bouche, prête à repartir en d'incroyables sanglots. Se relever de sa cachette lui demanda un effort colossal. Elle eut tout juste assez de courage pour se retourner. Le regard haineux du mink l'anéantissait complètement sans qu'elle sache pourquoi. Elle se sentait coupable sans avoir rien fait. Cressel se pinça les lèvres avant d'oser faire un pas de plus vers lui, s'attirant aussitôt un grognement bestial qui la fit sursauter.
-Vas-t'en ! Ou tu préfères que je te morde imbécile ? T'aurais mérité que je le fasse ce jour-là !
Sa respiration avait beau être désagréable elle retint fort ses pleurs et continua d'avancer, lentement, dalle après dalle, jusqu'à arriver près des petites marches du belvédère et constater avec stupeur que son expression avait changé du tout au tout. Il était mi en colère mi-effrayé. Ses oreilles disparaissaient contre son crâne et sa queue touffue balayait nerveusement la rambarde. Néanmoins il montrait toujours les crocs tel un prédateur contrarié.
-Dégage je te dis…
Elle ne réussit pas à contrôler cette perle froide qui dévalait sa joue pour finir sa course sur son menton. Ses pensées et ses idées s'emmêlaient dans son esprit. Toutes les phrases auxquelles elle avait songé se volatilisaient une par une la laissant toute grelottante et muette comme une idiote devant ces yeux qui la dévisageaient, incrédules et sûrement impatients de tenir le bon prétexte pour l'insulter encore une fois. Elle prit son courage à deux mains et courba le dos, les mains jointes sur la poitrine.
-Je suis terriblement désolée ! clama-t-elle la tête en bas. J-Je ne suis pas celle dont vous parlez… Je ne suis pas Samantha. Mon nom est Cressel Van Burnhell ! Et je vous demande de me pardonner…
-Quoi ?
Les oreilles de Sylver s'étaient redressées vers le plafond du kiosque. Il se leva d'un bond, un pli soucieux entre les paupières. A son regard elle comprit qu'il n'était pas tout à fait convaincu, et comme pour témoigner de sa méfiance il ne se gêna pas pour s'approcher d'elle, non sans une grimace, et renifler ses cheveux lâchés à une distance qui se voulait toutefois respectable telle qu'il prévoyait s'être trompé. Ses yeux s'écarquillèrent tout à coup en respirant son parfum. Plus que surpris il était totalement confus ! Ses puissantes mâchoires s'ouvraient et se refermaient sans prononcer le moindre mot.
-Pardonnez-moi… Je devrai vous laisser… s'excusa-t-elle une énième fois les joues rouges d'embarras avant de pivoter sur ses talons.
Une main dotée de griffes et de poils se referma brusquement sur son bras. Elle sursauta, stoppée dans son élan.
-Tu… Euh, vous ! (Il retira vite sa main comme s'il craignait de s'être brûlé.) Excusez-moi j'ai été stupide avec vous ! Je pensai vraiment que… enfin, je vous ai prise pour une autre. C'est à moi de m'excuser, mademoiselle Van Burnhell. Je vous ai manqué de respect.
Il s'inclina à son tour et encore plus bas qu'elle n'avait fait. Ses longues oreilles frôlèrent la poitrine de la jeune femme paralysée au cours de sa révérence. Celle-ci esquissa un petit sourire, attendrie par les sincères excuses du loup. Malgré ce malentendu encore assez perturbant elle se permit de poser une main sur son épaule – une invitation silencieuse à se relever – mais qu'il déclina.
-Je suis tellement navré mademoiselle. J'ai dû vous paraître… tellement agressif, lâcha-t-il avec une certaine amertume dans la voix.
-P-Pas du tout ! Au contraire c'est moi qui ai eu peur de vous avoir offensé !
-C'est entièrement ma faute…
-Il n'y a pas de quoi vous en vouloir je vous assure ! insista-t-elle. Alors relevez-vous, je vous en prie… Sinon je vais me sentir mal à l'aise.
-S-Surtout pas ! s'écria-t-il en se redressant aussitôt.
Le sourire de l'aristocrate s'agrandit. Elle émit un petit rire cristallin qui fit frémir son interlocuteur, avant de brusquement éternuer à cause des courants d'air froids qui attaquaient sa fragile silhouette. Sylver, ne sachant plus où se mettre tant il était embarrassé par la tournure des événements, s'empressa de retirer sa blouse immaculée pour en habiller les épaules dénudées de la jeune femme.
-Vous n'auriez pas dû sortir Cressel. V-Vous allez tomber malade à cause de moi…
Son inquiétude innocente la fit rougir. Depuis combien de temps elle n'avait pas entendu quelque chose d'aussi mignon ? Sa poitrine s'échauffait elle aussi alors qu'il bégayait d'énièmes excuses. Elle se recroquevilla entre les pans du vêtement trop large. Une odeur fraîche s'en dégageait, comme une ballade solitaire en pleine forêt. Elle se surprit à retenir par coeur chaque senteur. Son regard se tourna vers le malheureux loup encore confus de son attitude.
-Excusez-vous encore une fois et je vais vraiment me sentir coupable Sylver ! menaça-t-elle le sourire aux lèvres.
-J-Je…
-Oui ? Vous ?
-Très bien, vous avez gagné… céda-t-il.
Elle lui jeta un regard malicieux.
-Vous me boudez ?
-Je tenais simplement à vous faire savoir ma sincère culpabilité ! répondit-il en se grattouillant le museau, mine de rien véritablement en train de bouder.
-Oh je pense qu'au bout de dix fois c'est assez sincère !
-Vous vous moquez de moi j'espère ? Je me suis si mal exprimé envers vous ! J'aimerais pouvoir me racheter…
Elle croisa les bras sous sa poitrine généreuse et se pencha légèrement en avant.
-Laissez-moi toucher vos oreilles et nous serons quittes Sylver !
-… je vous demande pardon ?!
Un ongle coloré caressait sa pommette rose.
-Honnêtement depuis que je vous ai vu je n'arrête pas de me dire à quel point elles doivent être douces ! s'exclama-t-elle gênée. Mais j'imagine que je vais trop loin, on vient à peine de se rencontrer… Pardonnez, c'était déplacé de ma part. Quoi qu'il en soit ce n'était qu'un petit incid…
Il ne lui laissa pas le temps d'en dire plus et courba l'échine de sorte à ce qu'elle n'ait qu'à lever le bras pour atteindre l'objet de ses convoitises.
-Il suffisait de demander, ricana-t-il.
Si elle n'en faisait qu'à sa tête la jeune femme se serait volontiers mise à sauter dans tous les sens tant elle était heureuse de palper ces longues oreilles toutes poilues. Et quand elle fut à peu près sûre de son geste, car ne sachant rien de son espèce elle craignait de toucher un point sensible, elle se permit de les frotter un peu plus fort puis même de les chatouiller. Sa fourrure était telle qu'elle l'imaginait ! Toute douce et chaleureuse. Le loup ne retenait d'ailleurs pas quelques jappements de satisfaction sous ses tendres caresses. Elle se recula subitement, il releva la truffe.
-Pardon… je vais un peu loin…
-Non, je vous assure c'était très bien ! s'écria-t-il. Enfin… je veux dire que c'était… euh… agréable…
-Vraiment ?!
Une étincelle de curiosité brillait dans ses yeux dorés.
-A quel point sont-elles sensibles ? Et votre museau ? Je peux le toucher aussi ? Oh désolé, se renfrogna Cressel. Je dois vous paraître tellement stupide. J'étais très surprise en vous voyant… Ici, il n'y a que des humains, alors ne prenez pas mal mes questions je vous en prie. Je veux rester polie mais j'ai tellement de choses à vous demander que ce serait impossible à faire sans vous importuner !
-Non, ce sera un plaisir d'y répondre mademoiselle.
Elle serra ses mains contre sa poitrine et s'élança aussitôt hors du pavillon, faisant signe au mink de la suivre, ce qu'il s'empressa de faire complètement absorbé par sa chevelure éparpillée telle des épis de blé sur son dos et ses épaules. Aveuglé par la colère que lui évoquait sa beauté similaire à la fille de son passé il n'avait pas vu à quel point la sienne était différente. La noble, loin d'être suffisante, exposait une timidité adorable qui méritait toute l'attention qu'on puisse porter à une femme. Sylver ne cachait pas son besoin de s'excuser encore un millier de fois pour son impolitesse mais tout ce qui sortait de la bouche vermeille l'hypnotisait littéralement, alors il obéissait sagement à sa demande qui disait de ne plus s'en vouloir pour cet incident.
-Mademoiselle ? Où m'emmenez-vous ?
-Chuuut… Entre nous c'est Cress ! dit-elle sur un ton de bonne amie. Et je vous emmène à la bibliothèque ! C'est mon endroit préféré dans le château. On y sera tranquilles.
-Vous êtes sûrs que c'est convenable pour vous de… vous éclipser comme ça de la fête ?
-Ah, vous trouvez que ça ressemble à une fête ? fit-elle un peu moqueuse. Ça c'est encore une des mascarades ridicules de mon frère ! Mais attendez un peu qu'on soit à la bibliothèque, il y a tellement d'histoires que j'ai envie de vous raconter !
Et sur ces mots elle se retourna vers lui, faisant voltiger les diamants en forme de goutte qui pendaient de ses oreilles mignonnes à croquer. Elle se glissa derrière son dos pour le traîner de force hors des jardins car elle voyait bien qu'il était hésitant. Sylver haussa finalement les épaules et se laissa mener comme un louveteau docile par les sourires éclatants de la blonde. Il était assez surpris que son silence qui n'admettait que quelques politesses typiques de l'aristocratie se soit transformé en un flot de questions et de rêveries qu'elle semblait prendre plaisir à partager avec lui, en privé, tel un secret. Il jeta un regard par-dessus son épaule vers la petite arche de pierre reliant la cour fleurie et le grand hall où étaient postés deux gardes en uniforme. Son instinct protecteur lui disait comme toujours d'aller veiller sur son oisillon, tandis qu'une autre part de lui était toute envoûtée par cette nouvelle rencontre. Un soupir franchit ses babines. Il ne mit pas longtemps à trancher. Moineau était assez grande pour rester prudente tout de même… et puis cette fameuse bibliothèque l'intéressait autant que celle qui en faisait les louanges.
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Le chirurgien et l'ex-commandante avaient tous deux esquissé la même grimace lorsque la jeune femme s'était précipitée entre les invités à la recherche du loup.
-Très en colère ton chien… nota-t-il en ramassant une coupe de champagne sur le plateau d'un serveur affolé qui courait d'un bout à l'autre de la salle.
-La ferme, tu veux ? Je sais pas du tout ce qu'il a contre elle et je me demande bien d'où il la connaît !
-Oh dans ce cas allons demander à notre cher hôte. (Il but une gorgée, un sourire en coin.) Nan mais regarde un peu sa petite altesse là-bas, entourée de sa bande de groupies…
Elle ne manqua pas de retenir la jalousie de ses mots mais jeta néanmoins un coup d'œil de l'autre côté. Il n'était pas difficile à louper : là où il y avait de grandes robes bouffantes et des parures brillantes, Nergal se trouvait simplement au centre, comblé d'attention par toutes les jeunes filles de la soirée encore célibataires. Elle eut du mal à taire un grognement face à cette vue dégoulinante d'hypocrisie que les commentaires de Law n'arrangeaient pas.
-Contente ? C'était bien ce que tu voulais voir nan ? Ça, c'est leur réalité Moineau, et il n'y a rien que tu puisses faire pour changer ça, ricana-t-il. Pour lui c'est un jeu.
-Arrête de parler comme si tu savais tout.
-Je sais au moins reconnaître un crétin de prince quand j'en vois un ! Tu veux qu'il te fasse la cour c'est ça ? Tu as vraiment envie de ressembler à ces idiotes ?
-Je suis différente !
-Oh ça oui tu l'es. Mais au final, te traitera-t-il différemment ?
-Tu vas me critiquer toute la soirée ?
-Jusqu'à ce que tu lâches l'affaire. Tiens, voilà ton cadavre adoré…
Elle eut un brusque sursaut en croisant à nouveau le regard or du noble à travers la foule, à travers ses admiratrices à qui il ne portait pas le moindre intérêt. Elle rougit. Cet échange lui donnait la naïve impression d'être la seule, l'unique demoiselle à qui il désirait vraiment faire la cour. Un sourire indescriptible allongeait les lèvres pâles de l'aristocrate tandis qu'il se frayait un chemin dans leur direction et elle le lui rendit aussitôt. Lorsqu'il arriva finalement devant eux, son verre en cristal à la main, le pirate ne cacha pas son amertume.
-C'était pas la peine de vous déplacer petit Lord, on s'amusait bien sans vous !
-Quel plaisir de vous revoir Trafalgar Law, répondit-il en faisant valser son fond de vin rouge. Je me disais justement que l'ambiance aurait été meilleure avec lady pour seule compagnie.
-La « lady » est déjà accompagnée, persifla le noiraud.
-Ce que vous pouvez être rude, je ne faisais que plaisanter… Enfin quoi qu'il en soit j'espère que vous profitez tous les deux du banquet à disposition, et malheureusement je vais devoir demander à mademoiselle de bien vouloir me suivre. Vous m'avez laissé très curieux à votre sujet et j'estime mériter quelques réponses ! lança-t-il d'une voix de velours.
Sa mâchoire manqua de se décrocher. Elle tressaillit, jaugea de haut en bas le capitaine visiblement en désaccord, et glissa volontiers sa main droite dans celle de leur hôte.
-A plus tard Law. Essaie de pas trop boire.
-Avec un peu de chance je finirai assez soûl pour oublier à quel point t'es tordue… (Il se tourna vers le maître des lieux.) A une excellente soirée, Lord.
Celui-ci répondit un hochement de tête poli avant de gravir les marches de marbre, la jeune fille toujours à son bras. Sa poigne était froide, de même que ses yeux en dépit de ses sourires. La proximité entre eux lui permettait de mieux détailler son visage qu'auparavant. Ses contours et ses paupières étaient bien plus sombres qu'elle ne le croyait, d'autant plus qu'il n'y avait que l'or de son regard à exprimer un peu de vie. Le reste était figé sous son teint de cadavre.
D'une petite pression au creux de la paume il l'incita à le suivre au détour d'un couloir. Dès lors il se stoppa et lâcha sa main pour effectuer une petite révérence.
-Je commençai à me demander si nous aurions enfin une minute seuls ! Au moins pour le protocole je me devais de me présenter à vous correctement. Nergal, Lord de la Maison Van Burnhell. Et vous êtes ?
-Moineau…
-Moineau… ?
-Juste Moineau. C'est un pseudonyme.
Contrairement à ses arrières-pensées il prit très bien le fait qu'elle ne veuille pas dévoiler son identité, cela sembla même ravir sa curiosité puisqu'il la regarda d'un air très intéressé.
-Je vois. Lady Moineau, je me demandai très sérieusement ce qui vous amène sur cette île. Vous savez nous ne sommes pas une société bien particulière. Nous ne faisons que poursuivre l'héritage laissé par nos familles, sans jamais rien changer à notre histoire, et cherchant à tout prix à conserver les barrières sociales. Vous voyez où je veux en venir ? Personne n'est enchanté de savoir qu'un vaisseau pirate a élu domicile au large, celui d'un rookie de surcroît. J'aimerais aborder un tout autre sujet avec vous mais malheureusement comme vous avez pu le constater il m'est impossible d'entretenir une conversation avec le capitaine Trafalgar Law. Alors, dites-moi, chère lady si j'ai raison de me méfier. Quel genre d'homme est-il pour pendre tant de risques ? Et vous, est-ce que vous avez conscience du temps que vous perdez chaque seconde à ses côtés ?
Elle arqua un sourcil, néanmoins un sourire au coin des lèvres.
-Oui, vous devriez vous méfier de Law. Et même s'il refuse de faire bonne impression devant vous c'est prétentieux d'appeler un homme renommé une « perte de temps ».
-Je voulais dire par là que vous avez certainement plus à gagner… auprès d'une discrète influence.
-Je vous demande pardon ? chuchota-t-elle intriguée. Est-ce que…
-Vous m'avez compris lady. La suite dépendra entièrement de vous. Sachez que je suis tout à fait disposé à remettre le moindre de mes secrets entre vos mains très chère, si toutefois vous vous sentez prête à partager le poids d'une telle collaboration.
-J-Je ne comprends pas bien ! balbutia-t-elle dans un mouvement de recul.
-Ce n'est pas si compliqué : vous correspondez au profil que je cherche. En clair, je vous veux à mes côtés Moineau pour accomplir un projet spécial qui me tient à coeur. (Il fronça les sourcils.) Oh. C'est peut-être un peu soudain comme manière de vous aborder. Je m'excuse lady ! J'aurais dû tout d'abord vous exposer les faits au lieu d'être si prompte dans ma demande. En voyant les archives j'imagine que vous comprendrez mieux mes intentions et en quoi nous pouvons nous aider mutuellement.
Ses fossettes hautaines lorsqu'il souriait avaient beau la faire fondre elle ne retint pas une moue sévère.
-Lady, entonna-t-il d'une voix soudainement plus douce et prévenante, je vous promets que jamais je ne me permettrai de me jouer d'une femme. Je serai honnête en affaires comme en relation.
-Et si je vous répondais que ma loyauté envers le capitaine Trafalgar est au-delà de vos ambitions cupides de noble ?
-Dans ce cas je ne dirai rien, hormis que mes ambitions que vous traitez de « cupides » sans même en avoir eu les détails profitent à notre communauté toute entière. Même aux plus démunis. Alors, suis-je toujours aussi cupide que mes semblables ?
La cyborg croisa les bras, pesant le pour et le contre alors qu'au fond elle était déjà convaincue de ses intentions. Elle esquissa un hochement de tête singulier et il reprit sa main dans la sienne.
-Rien ne vous engage, je serai le seul à donner de ma personne.
-… ?
-Vous avez un don particulier lady Moineau, j'en suis certain. J'en ai un moi aussi mais malheureusement il n'est pas au goût de tout le monde ! Enfin, il est encore tôt pour vous le dévoiler ! Laissez-moi partager avec vous un premier secret à la place. Il y a au deuxième couloir à droite une porte toujours close et je suis le seul à en détenir la clé. A votre avis, qu'est-ce que je garde à l'intérieur ?
Elle haussa nonchalamment les épaules.
-Des trésors ?
-Je doute que ce soit un trésor pour vous, bien que ça l'est à mes yeux.
-Des souvenirs alors ?
-Oui, mais pas les miens. Suivez-moi lady.
Il ne lui laissa pas le temps de répondre et l'emmena avec lui jusqu'à une porte taillée dans un bois d'une étrange couleur. Elle ignorait si c'était la lumière des bougeoirs ou ses problèmes mentaux qui lui faisaient voir du rouge carmin à des nuances presque sanguines. Il ouvrit la porte à l'aide une petite clé rongée par la rouille. Un long couloir sombre se profilait devant eux. Il s'empara d'une chandelle pour éclairer le chemin et lui fit signe de passer devant. Elle plissa les paupières, inquiète. Hormis le charme naturel du noble cadavérique elle avait noté dans un coin de sa mémoire son étrange comportement, ainsi que son aversion pour les gens de sa classe. Elle mit un pied derrière la seconde porte, un deuxième, puis celle-ci se referma derrière Nergal. Krys se rendit vite compte que la faible lumière d'une bougie n'était pas suffisante pour qu'elle se sente en sécurité, et de peur d'être choquée par ce qu'elle pourrait découvrir elle n'osait pas allumer sa vision nocturne. Tout à coup il tourna le menton par-dessus son épaule pour la regarder dans les yeux, elle sursauta.
-Avez-vous une idée de pourquoi la décoration du château est coupée en deux ?
En effet elle avait été surprise de voir à son entrée dans la noble demeure un hall au sol de deux couleurs réparties en parts égales. A gauche les dalles noires, à droite les blanches.
-Vous détestez Cressel, c-c'est bien ça ? se risqua-t-elle comme à une question-piège.
-La haine est un euphémisme pour décrire le rejet entre nous ! En fait c'est plutôt courant dans nos familles de trouver quelques rivalités pour la succession, mais Cress et moi, c'est une toute autre histoire. Je sens que je peux être honnête avec vous Moineau. Peut-être même que vous comprenez mes sentiments irrationnels. Alors je vais vous avouer un autre secret : j'ai tenté de tuer ma sœur à plusieurs reprises.
Elle s'immobilisa.
-Pourquoi…
-Faut-il toujours un motif à un meurtre ? ricana-t-il de bon coeur. J'étais encore un adolescent, je n'avais pas conscience de son utilité en tant que femme de notre Maison ! (Il se stoppa à son tour.) C'est ici. Faites attention en entrant, je ne laisse pas les domestiques venir faire le ménage dans cette pièce alors c'est un peu sale.
La cyborg l'entendit trop tard et à peine eut-elle posé le pied à l'intérieur qu'elle trébucha sur un objet qu'elle ne réussit pas à identifier dans l'obscurité. Le Lord appuya sur un petit bouton enfoncé dans le mur et des lampes s'allumèrent, éclairant la pièce qui se trouvait être en fait une minuscule galerie, voir un désordre de tableaux, pinceaux, toiles vierges et palettes colorées. Elle jaugea le petit tabouret qu'elle avait renversé et le remit sur ses pieds.
-Vous êtes peintre ? demanda-t-elle timidement.
-C'est exact ! s'exclama-t-il avec un sourire pas peu fier comme s'il lui présentait là son ultime qualité.
Elle ouvrit des yeux curieux en s'approchant des toiles disposées en vrac. Il avait beau attacher de l'importance à son talent d'artiste, ses œuvres, elles, ne semblaient pas bénéficier de toute son attention. Pourtant elle trouvait de l'intensité aux couleurs sombres qui composaient la majorité de ses paysages.
-Moineau ? Venez par là.
Elle s'approcha lentement de l'aristocrate posté devant un grand drap où se dessinait la forme rectangulaire d'un autre de ses tableaux.
-Puisque vous êtes ici autant vous les présenter. (Il abaissa d'un coup théâtral le rideau en soie.) Voici mes parents. Orias et Elizabeth Van Burnhell.
Contrairement à toutes les autres toiles pour lesquelles il ne semblait pas avoir une once d'affection celle-ci devait lui tenir à coeur. Le cadre était soigneusement sculpté, mettant en valeur la noblesse des deux personnages au centre – le visage sévère de l'homme et celui plus empathique de la femme qui le tenait par le bras. Elle reconnut immédiatement les yeux pailletés de Nergal dans ceux de cet homme, et ses cheveux noirs dans la longue tresse ébène qui pendait sur l'épaule de la femme. Pour sa sœur, tout l'inverse excepté les yeux. Krys déglutit, embarrassée de savoir si cette peinture avait été faite en leur mémoire. Le Lord confirma ses doutes.
-Ils sont décédés il y a deux mois, annonça-t-il neutre, cependant une pointe de colère dans son ton. Le festival auquel vous avez assisté ce matin est appelé « Révolution ». Notre Maison est la plus influente de l'île alors on nous considère comme les dirigeants. Ce festival était pour leur rendre honneur, mais aussi pour confirmer officiellement que je leur succède.
-Je suis désolée…
-Inutile de l'être. Personne ne les regrettera. Et puis ça fait de moi le nouveau Lord alors ce n'est pas si mal.
Ses yeux s'écarquillèrent sous le choc de ses mots. Il revêtit son sourire prétentieux et déblaya le bureau couvert de crayons et pinceaux de toutes tailles et de toutes formes. Moineau en avait encore le souffle coupé. Comment pouvait-il rester si insensible au décès de ses propres parents ?! Le noble fouillait les tiroirs comme si de rien n'était, alors qu'il l'avait littéralement statufiée. Pour se rassurer elle songeait à ce magnifique tableau qu'il avait fait de ses parents. C'était probablement sa manière à lui de marquer son deuil et de passer à autre chose, du moins elle espérait. Il arqua un sourcil.
-Ne faites pas cette tête. Être émotif n'a ici aucun intérêt, sauf si vous comptiez plaindre mon sort comme déjà une bonne dizaine d'hypocrites.
-Je me disais juste que pour quelqu'un qui a eu la chance d'avoir des parents vous n'étiez pas très attaché.
-Si vous en saviez un tant soit peu sur nos coutumes vous comprendriez à quel point la famille se résume à un obstacle. J'en ai fait assez pour eux, cracha-t-il en lançant un regard haineux aux deux nobles sur la toile. Enfin, n'en parlons plus.
Il avait sorti un bouquin aussi gros qu'une encyclopédie et poussiéreux comme s'il avait connu dix siècles de ses tiroirs. Les pages étaient si jaunies qu'elle se demanda même depuis combien de temps il moisissait là ! Mais d'après Nergal ce n'était qu'un détail, le plus important était à l'intérieur car l'auteur n'était pas un seul et même homme, mais chacun de ses ancêtres qui les uns après les autres avaient semblerait-il laissé une trace de leur passage au château.
-Les premières mémoires remontent à plus d'un millier d'années, et ça n'en parlez à personne je vous prie, on pourrait penser que ce livre contient des indices sur le Siècle Manquant et je n'aimerais avoir à traiter là-dessus avec le gouvernement mondial, vous comprenez ?
-Tout à fait… déglutit la cyborg.
-Bien. Sachez que j'ai eu beau examiner la vie que mes ancêtres ont menée il n'y en avait pas une de similaire à celle de mes parents, et j'ai vite compris pourquoi. (Il ouvrit le bouquin et pointa un passage du doigt avec assurance comme s'il en connaissait chaque recoin.) Ici. Arthur Van Burnhell évoque la situation financière d'un royaume. Je ne saisissais pas au début de quel royaume il parlait, puis j'ai fait le lien entre notre emblème et le nom de ce royaume, "Taimun". Une façon de dire lune et soleil. Plutôt… surprenant vous ne trouvez pas ?
-Hmm ?
Son sourire s'accentua. Il décrocha la petite broche sur sa poitrine et la jeta sur le bureau avant de croiser les bras sur sa poitrine gonflée de fierté. La cyborg ramassa l'objet et l'examina sous toutes les coutures. C'était un croissant de lune, noir, renversé, avec en son centre un soleil blanc.
-Ça symbolise l'éclipse. C'est un phénomène très apprécié ici. Il signifie le renouveau et parfois le passage à une nouvelle génération.
-… ?
-Hum, en clair, le royaume Taimun était celui des Van Burnhell.
-Oui ça je l'ai bien compris mais je ne vois toujours pas le rapport avec moi en fait.
Il la saisit délicatement par les épaules, elle frissonna.
-Je me fiche pas mal de savoir pourquoi notre royaume n'est plus, mais depuis que je suis au courant de notre sang royal je ne pense qu'à restaurer la monarchie. C'est mon droit de régner et je refuse de poursuivre les erreurs de gens sans aucune ambition ! Nous pourrions être une si grande nation si on admettait à nouveau un régime politique ! Mais je n'y arriverai jamais seul et j'ai cruellement besoin d'une personne comme vous Moineau, qui saura me renseigner et m'apprendre comment vivent les plus pauvres afin que je puisse devenir un bon dirigeant ! En échange je vous offrirai tout. Et par « tout », j'entends bien le moindre de vos désirs. De la plus modeste bague aux joyaux scintillants, il vous suffira de demander.
Sans prévenir le Lord prit ses mains entre les siennes et sans même se soucier de sa prothèse en métal comme si c'était tout ce qu'il y avait de plus naturel au monde. C'était si différent de la curiosité ou de la peur à laquelle elle se heurtait parfois qu'elle lui rendit son sourire, émue pour un rien. En y repensant il n'avait jamais montré le moindre dégoût face à son œil en titane, lui faisant presque oublier un instant qu'elle était différente. Toutefois elle ne laissa pas une seconde libre cours au magnétisme qu'il exerçait sur elle et retira sa main avant qu'il ne puisse poser ses lèvres dessus. Il releva la tête, un poil déçu.
-Comment dois-je le prendre ?
-Pas mal, mais je ne voudrais pas que vous vous fassiez de faux espoirs quant à mes intentions… Nous sommes ici pour faire le ravitaillement alors je vous demanderai juste en échange de donner aux Heart Pirates ce qu'ils vous demanderont.
-C'est généreux Moineau, en sachant que vous auriez pu facilement me dépouiller de mes richesses avec une telle promesse !
Un soupir franchit la barrière de ses lèvres.
-Une première chose Nergal, notre loyauté ne s'achète pas et quand on est loyal, on pense en premier à l'intérêt des siens. Peu importe l'offre.
-Très belle morale ! Mais je suis riche et loyal envers ma Maison, répliqua-t-il en brandissant son médaillon, alors je ne rends de compte à personne !
-Ne me demandez pas de vous apprendre des trucs sur notre monde si c'est pour me contredire ensuite ! bouda la jeune fille en croisant les bras sur sa maigre poitrine.
-Lady je respecte vos paroles mais elles ne s'appliquent à moi !
-Alors il va bien falloir ! Vous ne régnerez pas en vous souciant juste de votre petite bulle ! Il faut voir plus loin que ça même si c'est ainsi que messieurs les nobles sont élevés.
-Et vous vous moquez de moi en plus…
-Faites un effort Lord. Pensez à votre communauté.
-Bien. J'y travaillerai !
Il jeta une de ses mèches noires en arrière d'un air prétentieux presque risible et et tira la révérence.
-Merci de ton honnêteté. C'est plaisant, je l'avoue, d'avoir quelqu'un à qui exposer ses secrets sans gêne. J'ose espérer qu'il en sera de même pour toi.
Sa familiarité la surprit d'abord avant de vite la faire rougir. Elle fit mine d'hausser nonchalamment les épaules comme si ça lui était égal alors que ça la démangeait de se dévoiler autant qu'il le faisait. Penser au capitaine pirate probablement en train d'enrager dans son coin la retenait de tomber dans un piège. Aider le Lord était une chose mais lui livrer ses faiblesses sur demande ? Jamais ! Ou tout du moins pas maintenant. Il était trop tôt pour déterminer quel genre d'aristocrate il faisait pour rêver de royauté et ce qu'il avait laissé entendre sur sa famille ne la rassurait guère. Bien que ça la choque qu'on puisse être si méprisant envers son propre sang, elle s'identifiait facilement à Nergal.
