Chapitre LI: Contrariété.

-Et voilà!

Le ton fier et satisfait d'Aleksandre résonna dans la chambre silencieuse. Il attrapa une pièce beige métallique du bout des doigts et ses yeux louchèrent sur le plan à suivre. Allongé sur le sol frais de sa chambre, il essayait de construire un semblant de bateau comme indiqué dans le livret d'exemple qui était posé à côté de lui. Pour plus de place, il avait enroulé le tapis vert qui recouvrait une partie du sol et il l'avait poussé sous le lit.

C'était un des cadeaux de son père. Il avait déballé un énorme paquet avec excitation. Dedans, il avait découvert une grande boîte en carton où se trouvait une quarantaine de pièces métalliques magiques qui s'emboîtaient les unes dans les autres. C'était un jeu de construction très célèbre chez les sorciers, notamment chez les enfants. Avec les pièces de toutes les formes, plusieurs pots de gouaches magiques étaient ajoutés et il pouvait colorer ainsi les pièces à son gré. De plus, il n'avait qu'à passer un chiffon magique dessus pour que la peinture disparaisse! Durant la journée, Aleksandre avait construit une petite maison dont les murs étaient colorés de bleus et de violets avant qu'il ne s'attaque à un projet plus important: un bateau. Malgré le plan, le garçon peinait à emboîter les pièces aux bons endroits sans se perdre!

Parmi le tas de cadeaux qui s'entassait sous l'immense sapin lumineux, Aleksandre avait découvert une pile plutôt conséquente à son nom en ce matin du vingt cinq décembre. Non seulement, son père lui avait offert ce jeu de construction magique mais aussi deux peluches, un cahier de coloriage, un révélateur qui était une sorte de petite gomme parfaite pour découvrir quelque chose de cachée. Il avait aussi reçu des pochoirs aux formes de différents animaux pour créer tout un univers féerique par peinture!

Ça avait été… Sublime n'était même pas assez fort pour décrire tous les sentiments par lesquelles il était passé en déballant ce petit amas de paquets lui étant réservés. C'était la première fois qu'il recevait autant de cadeaux. Et des si merveilleux. Il avait manqué de fondre en larme, l'esprit dévoré par l'émotion, au troisième cadeau déballé mais son père était venu près de lui pour l'aider à déchirer le papier magique en le soutenant doucement.

-Ça se met comme ça, chuchota t-il d'un air concentré. Ah, non plutôt là.

Dépité, le garçon attrapa une autre pièce sensée terminer la coque du bateau et il plongea son autre main dans le sachet de cinq kilos de bonbons de chez Zonko que Drago lui avait offert. Il fourra dans sa bouche une poignée de Suçacide qui lui procura des picotements sur la langue. Avec amusement, il tira sa langue et essaya de voir le trou qui s'était formé par la friandise. Il eut un sourire en se rappelant le gémissement désespéré de son père lorsqu'il avait brandi sous son nez l'énorme sac de friandise que Drago lui avait offert.

La porte s'ouvrit doucement et Severus soupira en voyant le bazar qui régnait dans la chambre. La plupart des cadeaux de Noël qu'avait reçus Aleksandre traînaient au sol puisqu'il avait voulu tout essayé dans son impatiente précipitation. Il grimaça en voyant une de ses voitures noires rouler sur une pièce du puzzle de milles pièces que Lucius et Narcissa lui avaient offert. Severus était certain que toutes les petites voitures de son fils allaient trouver leur place dans le coffre à jouet au pied de son lit, maintenant que le garçon avait de nouveaux jeux.

En regardant son fils jouer, inconscient de sa présence, un sourire attendri se dessina sur ses lèvres. Il ne put retenir l'étouffant bonheur qui lui enserra la gorge en pensant au petit cadeau original qu'Aleksandre avait fabriqué pour lui à l'Hôpital. C'était un pot à crayon bleu foncé avec des petits dessins peints de sa main. À la peinture rouge, il avait écrit « papa » dessus d'une main légèrement tremblante. Honnêtement, Severus ne pensait pas qu'il allait prendre le temps de lui confectionner un cadeau et son ravissement avait rassuré son fils qui craignait de le voir rejeter le présent. D'ailleurs, Aleksandre s'était surpassé pour créer des cadeaux originaux et jolis pour toutes les personnes qu'il considérait comme importantes!

-Il faut aller au lit maintenant Aleksandre.

Sa voix soyeuse brisa le silence concentré, en faisant sursauter le garçon qui tourna la tête vers lui. Immédiatement, l'ordre lui fit prendre une moue boudeuse mais Severus alla fermer les volets en lui adressant un doux sourire. Il résista pour ne pas céder aux yeux brillants que son fils lui lançait, lui demandant encore quelques minutes. Ah, Severus était certain, sûr même, que Lucius lui avait conseillé de faire ce genre de regard blessé et humide pour le faire flancher puisqu'il avait déjà inspiré à Jonathan de le faire quelques années plus tôt.

Poussant un soupir volontairement fort et exagéré pour lui faire part de son mécontentement, Aleksandre rangea toutes les pièces inutilisées dans la boîte en faisant attention à ne pas faire tomber l'ébauche de son bateau. Il avait déjà mis tellement de temps à assembler ces quelques pièces! Pendant ce temps là, Severus débarrassa le lit pour qu'il puisse s'y allonger. Il eut un sourire en observant un instant l'ingénieux cadeau que Jonathan avait fait à son cousin : deux faux journaux intimes dont il gardait un exemplaire pour parler avec lui à tout instant de la journée. Aleksandre n'avait qu'à écrire dans le carnet pour que Jonathan le reçoive dans son propre exemplaire lorsqu'il l'ouvrirait, et vice-versa. Cela permettrait aux deux adolescents de rester en contact sans trop de difficulté.

Déçu d'être obligé d'aller se coucher si tôt, Aleksandre farfouilla dans son armoire pour trouver un pyjama propre. Il laissa tomber quelques vêtements au sol sans entendre le claquement de langue agacé de son père qui veillait toujours à ce que tout soit en ordre autour de lui. Finalement, le garçon extirpa un pyjama gris du tas de vêtement en boule qui s'entassait dans un compartiment de son armoire. Il déposa le vêtement sur son bureau, faisant par la même tomber les quelques parchemins au sol, avant de prendre dans ses bras les habits tombés sur le parquet qu'il rejeta dans l'armoire.

-Demain, tu as intérêt à me ranger cette chambre, prévint Severus en jetant un regard morne au fouillis l'entourant. Et je ne veux entendre aucune objection, c'est clair?
-Pour de vrai? Se formalisa Aleksandre, l'air véritablement outré par l'ordre de son père.
-Je ne plaisante pas, rétorqua l'homme en lui donnant un regard sévère. Au lit, maintenant. Tu peux lire un petit peu si tu veux avant d'éteindre ta lumière.

Calmement, Severus poussa les couettes au bout du lit de son fils et alluma la petite veilleuse en haut de sa tête de lit. Il était toujours impossible pour Aleksandre de s'endormir sans que la lumière ne soit allumée. Mais souvent, Severus venait l'éteindre lorsqu'il allait se coucher. Un geste qu'Aleksandre appréciait car il avait l'impression de ne plus avoir besoin d'une lumière rassurante durant toute la nuit mais juste pour l'aider à s'endormir.

Rapidement, Aleksandre se déshabilla pour obéir à son père. Une fois en slip, il l'ôta puis enfila son pyjama sans se soucier de la présence de son père. Pour faire plaisir à ce dernier, il fit mine de plier son pantalon pour le ranger dans son armoire mais celui-ci l'arrêta d'un regard noir. Puis il enleva la gourmette en argent qui portait l'inscription A.S.S pour les initiales de son nom: Aleksandre Severus Snape. C'était Elena qui lui avait offert ce cadeau et le garçon avait décidé d'en prendre très soin, touché à l'idée de porter quelque chose l'associant à son père. Aleksandre sauta joyeusement dans son lit et laissa son père le recouvrir des draps et de sa couette.

-Bonne nuit mon chéri, chuchota Severus en l'embrassant sur le front. Je ne veux pas que tu lises trop longtemps, d'accord?
-Dix minutes, promit Aleksandre en regardant son horloge. Quand l'aiguille elle sera à 5.
-Il sera alors neuf heures vingt cinq, informa l'homme. Je t'apprendrai à lire l'heure sur une horloge demain.

oOo

Le lendemain après-midi, Aleksandre était assis sur le sol. Une moue boudeuse et agacée était peinte sur son visage et sa gorge se serra. Il sentait sa patience s'effriter doucement, surtout lorsque Gabriel exécuta un magnifique sortilège d'entrave sur Hermione qui fut libérée immédiatement après. Joyeuse, la jeune fille éclata de rire et félicita le garçon pour son sortilège réussi. Aleksandre eut envie d'hurler que lui aussi était capable d'utiliser un tel sortilège! En fait, il n'en était même pas certain mais faire de la magie sans baguette était un niveau bien plus élevé qu'un simple sortilège d'entrave, non? La voix tranchante de son père retentit au milieu du boucan de la grande salle et au lieu de féliciter Gabriel pour ses compétences comme le faisait aimablement Hermione, il lui ordonna de recommencer.

Avec l'aide de la magie sans baguette, sa chambre avait été rangée dans la matinée comme son père le lui avait commandé la veille. Cela avait certainement pris plus de temps que s'il l'avait fait lui-même mais à chaque fois qu'un objet allait se ranger où il le désirait, l'excitation montait en lui. Aussi croyable que cela puisse paraître, il avait été déçu lorsque toute sa chambre fut rangée. Il était tellement pressé de contrôler définitivement ce pouvoir! Aleksandre espérait un jour pouvoir se faufiler dans la bibliothèque de Lucius où il était sûr de trouver au moins un livre sur ce sujet! La bibliothèque du Manoir était plus composée de bouquins de potions et de sortilèges. Aucun n'évoquait la magie sans baguette. Tout du moins, Aleksandre n'avait pas épluché chaque livre pouvant en parler!

À présent, la grande salle vide à côté de celle de réunion de l'Ordre avait été réaménagée pour permettre des duels. Trois pans des murs étaient recouverts par un épais matelas molletonneux pour éviter toutes blessures durant les chutes. Les entraînements que Sirius avait suggérés aux vacances précédentes, idée appuyée par plusieurs autres membres de l'Ordre, venaient de commencer alors que les adolescents n'y croyaient plus. Il était vrai que personne n'en avait reparlé jusqu'au matin même où Elena avait annoncé d'une voix calme qu'ils devaient être prêts après le déjeuner. Les adolescents en avaient conclu que cette décision avait été prise lors d'une des innombrables réunions de l'Ordre du Phénix.

Tout le monde y participait.

Sauf lui évidemment. Aleksandre sentit ses yeux se remplir de larmes en regardant Lucius, son père et Sirius qui dirigeaient l'entraînement. Il avait été mis de côté sans que quiconque ne prenne la peine de lui demander s'il désirait participer à cet apprentissage. Est-ce que tout le monde pensait qu'il était un sorcier médiocre simplement parce qu'il avait un déficit mental? Ce nom était tellement stupide! Mrs Weasley lui avait demandé s'il voulait confectionner un gâteau avec elle pendant que les autres s'entraînaient mais Aleksandre avait refusé. C'était tellement banal de faire un gâteau alors que les autres lançaient des sortilèges et s'affrontaient en Duel!

-Contre qui souhaitez-vous vous mesurer Mr Weasley? Demanda calmement Lucius alors qu'il renvoyait Ginny près de Sirius pour perfectionner son sortilège de stupéfixion.

Le rouquin eut un sourire suffisant, secrètement satisfait de l'attention que lui portait Lucius Malefoy. L'homme n'était pas considéré comme un excellent duelliste sans raison! Son regard bleu s'arrêta une demie seconde de plus sur Aleksandre qui était appuyé contre le mur près de la porte d'entrée, les regardant avec amertume. Honteux, Aleksandre détourna le regard et croisa celui inquiet de son père.

Aleksandre avait été surpris par le comportement de Ronald durant le début de ces vacances. En effet, le rouquin qui ne perdait pas une occasion pour le railler, ne lui avait pratiquement pas adressé la parole depuis la longue semaine qui s'était écoulée. C'était tout juste s'il ne l'ignorait pas. Étrangement, cette indifférence l'avait beaucoup plus blessée que si Ron avait continué à se montrer méchant. Abattu, le garçon se mit sur ses pieds lorsque Ronald suggéra Jonathan en tant qu'adversaire.

Durant ce premier entraînement, Jonathan s'était rapidement démarqué des autres adolescents par ses talents exceptionnels de duelliste malgré son jeune âge. Son seul problème était de ne pas réussir à contrôler la trop grosse vague de magie qui coulait en lui. Drago et les jumeaux Weasley étaient les trois sorciers les plus puissants après Jonathan. Ce dernier avait reçu discrètement l'ordre de ne pas utiliser la magie noire même s'ils étaient basiques et non dangereux pour son adversaire.

Contrairement à la grande croyance populaire, les sortilèges appartenant à la branche de la magie noire n'étaient pas tous forcément mauvais et dangereux pour les autres. Ceux que les élèves de Durmstrang apprenaient à partir de la quatrième année consistaient plus à des sorts ménagers dont les commerçants s'étaient plaints puisqu'ils faisaient chuter leurs ventes. À partir du douzième siècle, de tels sortilèges avaient été prohibés afin de rehausser l'économie du pays. Par la suite, le gouvernement avait installé une véritable psychose chez la population pour la convaincre de cesser d'user de ces sorts. Il était vrai qu'à présent, les maléfices de magie noire étaient principalement mauvais, mais en remontant à la source de cette branche, tous pourraient s'apercevoir de l'erreur qu'ils commettaient.

-Au lieu de fanfaronner comme un stupide paon Weasley, concentrez vous deux minutes, cingla la voix sèche de Lucius en secouant violemment le garçon qui poussa un couinement de protestation. Un seul commentaire et j'interdis votre participation à cet entraînement.

Aleksandre eut un rictus narquois qui s'effaça rapidement en voyant le Gryffondor baisser rageusement la tête en direction du sol, se soumettant pour ne pas se retrouver comme un idiot dans sa chambre. Lassé, Aleksandre laissa ses yeux se promener sur Gabriel, son nouveau colocataire. Le garçon avait le visage pâle et des cernes immenses se creusaient sous ses yeux. Ses longs cheveux blonds se balançaient au rythme de ses pas et il semblait sur le point de s'écrouler de fatigue. Sans trop savoir comment l'expliquer, Aleksandre était certain que l'entraînement n'était en rien la cause de cet état de fatigue poussée. Il sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine en voyant son père tendre un verre d'eau au garçon qui avait perdu de ses couleurs durant ce duel contre Hermione.

-Vous devriez vous reposer, Mr Avril, commenta calmement Severus pour ne pas laisser percevoir son inquiétude de voir un adolescent aussi mal en point. Vous ne nous êtes pas très utile en étant sur le point de faire un malaise.
-Je vais très bien, assura Gabriel d'une voix chevrotante en serrant fermement sa baguette entre ses doigts après avoir vidé son verre.

Severus afficha une moue sceptique avant d'hausser les épaules. Cela ne faisait que quelques jours que le jeune français avait élu domicile au Manoir et son extrême timidité commençait à l'agacer. Il avait l'impression de se retrouver face à Aleksandre quelques mois plus tôt lorsque le garçon sursautait et rougissait dès que quelqu'un lui adressait la parole. Néanmoins, le Maître des Potions se gardait bien de faire un commentaire désobligeant à l'adolescent qui venait de traverser une période particulièrement sombre et difficile. Par ailleurs, il ne souhaitait pas tellement effrayer un enfant qui pour une fois montrait un réel intérêt pour l'art noble des potions. Même cette idiote de Granger n'éprouvait pas tant de plaisir en évoquant cet art puisqu'elle apprenait uniquement dans le but de prouver aux autres qu'être une enfant née de Moldue n'était pas un handicap à une bonne scolarité.

D'ailleurs, si le gamin souhaitait réellement se tourner vers une future carrière de potioniste, Severus envisageait de lui donner un petit coup de main. Malgré les antécédents qui entachaient son dossier, Severus conservait une bonne réputation auprès des écoles formant les maîtres des Potions. Après tout, il n'était pas le plus jeune Maître des Potions depuis une bonne décennie sans raison! Il était tellement rare qu'un étudiant soit passionné par cette matière qu'il en ressentait une bête excitation. Même Aleksandre continuait à détester cette matière et Jonathan ne s'y intéressait pas assez pour lui demander plus que quelques conseils pour un devoir.

Gabriel esquiva habilement le sortilège d'entrave qu'Hermione lui lançait. La jeune fille poussa une protestation sourde, enragée de ne pas réussir à le viser. Gabriel afficha une moue embarrassée mais le plaisir l'envahissait intérieurement. Il n'était pas aveugle. Il avait parfaitement remarqué le haut potentiel d'Hermione et il était flatté de pouvoir la battre dans un duel. Après tout, son père lui avait enseigné de bonnes bases et… la soudaine pensée vis à vis de son père le figea de douleur et il se reçut de plein fouet le sortilège de stupéfixion de la Gryffondor qui poussa un cri de victoire en le voyant tomber au sol.

-Enervatum, murmura Severus en direction du garçon qui se releva difficilement. La prochaine fois, empressez-vous de réussir ce sortilège Granger.
-Merci Professeur, ironisa la fille en adressant un sourire immense à Gabriel.

Attristé par ce début d'après midi, Aleksandre alla s'affaler devant le poste de télévision et il commença à regarder un dessin-animé. Il soupira. Habituellement, le garçon adorait ce dessin-animé dans lequel un petit canari jaune tourmentait un gros chat noir et blanc. Pourtant, il se sentait malheureux ce jour là et le cartoon l'ennuyait plus qu'autre chose. Il était tout juste quatorze heures mais il s'ennuyait affreusement puisque Jonathan était trop occupé à jeter des sortilèges pour pouvoir jouer avec lui!

Dans le salon à l'étage inférieur, un soudain silence tomba lorsque des coups forts furent frappés à la porte d'entrée. Surpris, Remus tira sa baguette magique de sa poche suivi immédiatement par Molly, Nymphadora et Elena qui préparaient la prochaine réunion de l'Ordre du Phénix, prévue pour le soir même.

-Je viens avec toi, déclara Tonks en se levant silencieusement.
-Personne n'a cette adresse, s'opposa Molly, le regard rempli d'inquiétude. Il faudrait peut-être prévenir Dumbledore.
-Nous ne pouvons pas laisser cet individu à l'extérieur sans savoir ce qu'il désire. Je doute que les Mangemorts prennent la peine de sonner à la porte, contesta le Loup-garou.

En quelques enjambées, Remus et Nymphadora furent devant la lourde porte en bois de l'entrée du Manoir, baguettes à la main. C'était très étrange que quelqu'un se présente à la porte alors que des dizaines de sortilèges entouraient le Manoir ainsi que le sortilège de Fidelitas dont le gardien était Dumbledore. Uniquement Severus avait la possibilité de permettre à un étranger de pénétrer dans la demeure étant donné qu'il en était le propriétaire.

Ouvrant sèchement la porte, les deux membres de l'Ordre du Phénix menacèrent avec leur baguette l'étranger dont les yeux s'écarquillèrent de surprise. L'homme leva vivement les mains pour prouver qu'il ne présentait rien de menaçant afin d'éviter de se recevoir un sortilège en pleine tête. Les sourcils de Remus se haussèrent d'étonnement et il baissa son arme.

-Mr Petrovitch? S'étonna t-il.
-Bonjour Mr Lupin, salua Ivan d'une voix chaleureuse bien que ses yeux tournaient régulièrement vers la baguette que Tonks pointait toujours en sa direction. Bonjour Mademoiselle, je suis Ivan Petrovitch, le psychiatre d'Aleksandre et je souhaiterais voir son père.

Avec hésitation, Nymphadora tourna la tête vers Remus qui d'un geste de la main lui permit de ranger sa baguette magique. Beaucoup plus chaleureusement, la jeune fille aux cheveux roses se déplaça pour le laisser rentrer et elle assura d'un sourire à Elena et Molly qui attendaient nerveusement derrière eux pour s'assurer que tout allait bien.

Ivan détailla avec intérêt l'endroit où il se trouvait, une fois qu'Elena le reconnut et la salua chaleureusement. Le domaine du Manoir Snape était indubitablement magnifique, surtout le Parc que la bâtisse sombre surplombait. Aleksandre devait s'épanouir dans un tel environnement. C'était un changement radical après avoir vécu dans un placard exigu et une sombre chambre dont la fenêtre était condamnée par des barreaux.

Une fois certaine qu'il ne représentait aucun danger, Molly se dirigea dans la cuisine pour lui préparer une tasse de thé qu'il tenta de décliner, en vain. La petite femme replète lui assura qu'elle allait faire monter le service à thé pour lui et Severus dans le bureau de ce dernier dans une dizaine de minutes. Elena déclara qu'elle allait trouver Aleksandre et lui annoncer sa présence, chargeant quelqu'un d'autre d'aller chercher Severus.

-Je vous emmène à Severus, proposa Remus en désignant le grand escalier en marbre du bras, une fois qu'Elena eut disparu. Vous savez où vous vous trouvez?
-Évidemment, répondit calmement le psychiatre en regardant autour de lui avec attention. Le repère de l'Ordre du Phénix, n'est ce pas? Severus m'a communiqué cette adresse en cas de nécessité. Et j'ai justement besoin de parler sérieusement avec lui. Il m'a soumis à un sortilège pour m'empêcher de la révéler si c'est ce qui vous inquiète.
-Bien. Il s'occupe actuellement des enfants avec Lucius et Sirius.

Bien qu'il fut surpris par le nom d'un célèbre prisonnier, Ivan ne laissa transparaître aucune émotion. Il inclina seulement de la tête pour prouver qu'il avait bien entendu et il suivit l'homme à travers le long couloir, montant jusqu'au deuxième étage. Était-ce vraiment Sirius Black qui était avec des enfants dans une pièce? L'histoire du traître le plus connu de l'Histoire de ce siècle avait traversé les frontières en même temps que la victoire du jeune Potter sur Voldemort, voyageant jusqu'en Russie où il résidait à cette époque.

À présent que son patient était Harry Potter, Ivan décidait de ne plus s'étonner de rien. Dans le cas contraire, il ne cesserait d'être surpris chaque jour! C'est pourquoi Ivan avait conscience qu'il était plus simple de prendre cette résolution que de l'appliquer puisque le simple fait qu'un étudiant de l'Hôpital Tarkovski soit Harry Potter était ahurissant. Mais il savait aussi que la plupart du temps, Severus avait une bonne explication pour éclaircir telle ou telle chose.

Arrivé devant une salle aux doubles portes, les fins sourcils du Russe s'élevèrent légèrement. L'Ordre du Phénix entraînait-il des enfants pour les jeter prochainement dans un combat? Ivan en doutait puisque cela nuirait non seulement aux enfants mais aussi à leur famille. Quels parents sains d'esprits autorisaient leur progéniture à participer à une bataille remplie de Mangemorts? Néanmoins, Severus ne lui avait pas caché que certaines familles étaient entièrement dévouées à l'Ordre du Phénix dans le but d'éradiquer Voldemort de la Terre.

Assis au sol, un jeune homme reprenait sa respiration, une bouteille d'eau dans la main. Ses cheveux noirs étaient ramenés en arrière tandis que ses yeux noirs suivaient les deux rouquins qui s'affrontaient sous les directives de Severus et d'un autre homme aux longs cheveux qu'Ivan jugea étant Sirius Black. L'homme était bien différent des photographies qui circulaient encore sur lui, les forces de l'ordre toujours à sa recherche. Il n'était pas aussi décharné et sale que le laissait prétendre cette photo prise quelques semaines après son arrivée à Azkaban, de longues années auparavant. Ivan devait même reconnaître qu'un certain charme émanait de Black. C'était donc lui le Parrain d'Aleksandre qui manquait tellement au garçon.

Au côté du premier adolescent, deux autres jeunes hommes étaient tranquillement assis mais également essoufflés. Tout deux étaient blonds bien qu'un d'eux avait les yeux gris, ses cheveux courts mais collés à la tête avec plein de gel, alors que les cheveux du second étaient tressés et que ses yeux bleus étincelaient d'une lueur innocente mais marquée par la fatigue. D'ailleurs, ses membres tremblaient légèrement même s'il semblait s'obstiner à le cacher. Par Merlin, ils semblaient si jeunes!

-Severus! Appela Remus d'une voix forte alors que le Maître des Potions expliquait quelque chose à une jeune fille aux cheveux en broussaille.
-Quoi? Grogna celui-ci en se tournant vers eux.

Tous les regards convergèrent vers Remus et Ivan qui affichait un sourire aimable, bien qu'il se sentit mal à l'aise par tous les visages scrutateurs le dévisageant sans aucune once d'embarras. Le psychiatre inclina légèrement la tête en direction de Severus dont les sourcils s'étaient haussés, visiblement étonné de le voir au Manoir en ce vingt-six décembre. Immédiatement, l'inquiétude se peignit sur les traits du Maître des Potions mais Ivan le rassura en secouant doucement la tête.

Curieux par la présence d'Ivan, Jonathan et Drago échangèrent un regard. Il était évident que Remus et Lucius connaissaient l'étrange homme à l'accent si particulier et que Sirius se doutait de qui il était. D'ailleurs, l'inquiétude s'installa sur le visage du fugitif mais Ivan lui fit volontairement un sourire pour le rassurer. Maintenant qu'il avait accepté de garder le silence sur le fait qu'il était le psychiatre d'Harry Potter, il devait consentir à avoir de nombreuses autres choses à dissimuler.

-Continuez ce que vous faîtes, assura Ivan en faisant un geste évasif de la main en direction de la jeune fille qui reprenait son souffle, soulagée de l'intervention. Je peux patienter quelques instants et j'attends Aleksandre que Miss Snape a été chercher.
-J'ai fini dans deux courtes minutes, promit Severus en se tournant sèchement vers sa victime qui déglutit, ses doigts se resserrant autour de sa baguette.

Ivan observa le père de son patient ordonner à la jeune fille dont le nom de famille était Granger de se repositionner. D'un ton cassant, il lui apprit qu'il fallait se tenir droit dans un combat afin que le sortilège lancé ne dévie pas, ce qui était malheureusement le cas lors d'une mauvaise posture. Sirius Black dont le visage était émacié et blafard par le manque de soleil apprenait un nouveau sortilège à une autre fille dont les cheveux roux flamboyant et à un garçon, encore roux, qui devait être son frère. Lucius Malefoy s'occupait de deux garçons qui se ressemblaient fortement, des jumeaux.

C'était la curiosité qui poussait Ivan à rester sur le pas de la porte pour observer toutes ces personnes qui faisaient partie de la vie de son patient. Son ancienne et sa nouvelle vie, comme Aleksandre les nommait, étaient rassemblées dans cette pièce mais le garçon était justement absent. En regardant les adolescents qui paraissaient déterminés à étudier bien que la fatigue commençait à se faire sentir, Ivan tentait d'assimiler un nom à leur visage.

-Sans indiscrétion, qui êtes-vous? Demanda poliment le garçon aux cheveux noirs dont les joues étaient encore rougies par l'effort.
-Ivan Petrovitch, se présenta t-il en souriant. Je travaille à l'école d'Aleksandre. En fait, je suis son psychiatre. Je suppose que vous êtes Jonathan, n'est ce pas?
-En effet, répondit le Serpentard, déconcerté.
-Aleksandre m'a beaucoup parlé de vous, s'expliqua Ivan. Et vous devez être Drago?

Le jeune homme blond qui écoutait la conversation tout en fixant les jumeaux Weasley tourna vivement la tête vers Ivan, surpris que l'homme puisse le connaître. Alors Aleksandre parlait de lui à son psychiatre? Cette idée fit naître une étrange sensation au creux de son estomac alors que l'image furtive du baiser échangé avec Aleksandre traversa son esprit. Drago acquiesça en un hochement de la tête, détaillant son visage avec plus d'attention. Le mot psychiatre, chez les Moldus comme chez les sorciers, portaient de lourds préjugés. La première pensée d'un grand nombre de personne était d'associer le psychiatre avec ces personnes folles qui se frappaient la tête contre les murs et parlaient tout seul pendant des heures. Drago savait que la réalité était tout autre.

Après la mort de Samaël, dont la santé avait toujours été fragile, sa mère avait été anéantie par le chagrin. Ni l'aide de Severus qui essayait de le préserver de cet étalage de tristesse pour son âge mais qui en même temps tentait de faire relever la tête à son père dont la culpabilité d'être celui-ci ayant transmit les gênes malades à son second fils était écrasante, ni la présence constante d'Elena, arrivée un an plus tôt, avaient suffi à lui faire retrouver le moral. Désemparé, Elena avait timidement émis l'idée que Narcissa aille consulter un psychiatre pour s'échapper de sa peine.

Drago était trop petit à cette époque pour se rappeler de l'ambiance morose au Manoir Malefoy mais il avait quelques réminiscences parfois. Il se souvenait qu'Elena, qui en même temps était au cœur d'un divorce tumultueux pour échapper à son mari violent, s'était occupée de lui et de Jonathan pendant des semaines entières tandis que son père noyait son chagrin dans l'alcool et que Narcissa passait des heures chez son psychiatre, un homme de confiance tenu de surcroît par le secret professionnel.

Un goût amer remonta en lui et il détourna brusquement le visage pour dissimuler la vague d'émotion qui déferlait en lui. Son petit frère était mort et Drago se sentait stupidement coupable d'être encore en vie, sauvé de justesse par le Lord Noir à la demande de son père qui craignait de voir son fils unique, à l'époque, mourir. Par un sortilège ancien, datant de plusieurs millions d'années, et uniquement utilisés par les Fourchelangs, Lord Voldemort avait vaincu la maladie héréditaire qui s'était infiltrée en lui à sa naissance.

En plus de cette culpabilité, Drago songeait parfois avec amertume à quel point son enfance avait été perturbée par la mort de Samaël. En plus de sa propre tristesse, il avait regardé ses parents s'enfoncer dans le chagrin sans qu'il ne puisse agir, âgé seulement de cinq ans. Il ne les blâmait pour cela, loin de là. Lucius et Narcissa Malefoy étaient des parents exceptionnels et Drago n'avait jamais souhaité grandir dans une autre famille.

-Et alors? Grinça une voix dans le couloir.

Ivan qui observait discrètement du coin de l'œil les trois adolescents silencieux près de lui, reconnut la voix d'Aleksandre. Il put tout de suite affirmer que le garçon était soit de mauvaise humeur soit fatigué. Son jeune patient apparut dans son champ de vision et immédiatement, il vit son visage afficher la surprise avant qu'il ne s'égaye.

Hésitant un instant, Aleksandre s'arrêta par la surprise et regarda Ivan qui était appuyé contre une des portes de la salle d'entraînement. Que faisait-il là alors que c'était les vacances? Il ne put s'empêcher de jeter un regard meurtrier à Jonathan, jaloux de ses talents en magie, ce qui évidemment déstabilisa son cousin.

-Ivan! Qu'est ce tu fais?
-Oh, je passais dans le coin alors je suis venu te saluer, répondit nonchalamment l'adulte en quittant la pièce pour le rejoindre. Comment vas-tu?
-Ça va, assura Aleksandre en mentant légèrement. Suis content de te voir.
-Moi aussi. Justement, j'aimerai discuter avec toi aujourd'hui.
-De toute manière, je fais rien, répliqua amèrement Aleksandre, en croisant les bras contre sa poitrine.

Severus apparut et referma les doubles portes derrière eux en jetant un regard menaçant à son neveu qui commençait à tendre discrètement l'oreille. Il s'excusa auprès d'Ivan pour l'attente mais l'homme lui assura que ce n'était rien et au contraire très instructif. En opposition, Aleksandre renifla dédaigneusement, les yeux fixés sur un point du mur à l'opposé de son père. Ce dernier lui jeta un regard surpris mais Aleksandre mit beaucoup de cœur à l'ignorer.

Évidemment qu'il était furieux contre son père! Pourquoi agissait-il comme les autres adultes? Pourquoi le mettait-il de côté, le classant immédiatement comme un garçon stupide et incompétent? Il était encore meilleur que tous ceux-là! Qui d'entre eux exécutait de la magie sans baguette? Aucun à ce qu'il sache alors que lui, il s'améliorait de jour en jour!

-J'aurai aimé réquisitionner Aleksandre pour cet après-midi, expliqua Ivan.

Ce fut ainsi que vingt minutes plus tard, Ivan refermait doucement la porte de son bureau derrière son patient qui était soulagé d'avoir quitté le Manoir. L'ambiance était trop joyeuse pour lui qui se sentait mortellement morose en cette journée de décembre! D'ailleurs, il avait jeté un dernier regard furieux à son père avant de partir à la suite d'Ivan, sous le regard éberlué de Severus qui n'avait pas compris ce comportement. Aleksandre ôta ses chaussures et ramena ses pieds sur la banquette. En plus de cela, voir Ivan était agréable.

Tel un rituel, Ivan servit un verre de jus de raisin à Aleksandre et se prit lui-même une tasse de café avant de s'installer dans son fauteuil. S'il avait saisi une occasion de passer une après-midi entière avec Aleksandre, c'est parce qu'il avait décidé de pousser son jeune patient à avancer. Après le retour inattendu des Dursley dans sa vie, Ivan avait craint que celui-ci ne reste bloqué, hébété par cette épreuve mais il avait étonnement bien rebondi, préférant occulter ce week-end plutôt que de rester figé dessus. Cet état d'esprit montrait une nouvelle fois le chemin parcouru par le garçon depuis plusieurs mois.

À présent, il restait un sujet encore obscur sur lequel ils n'avaient jamais travaillé. Comme il lui avait expliqué quelques semaines plus tôt, ils retraçaient le parcours effectué ensembles pour éclairer certains points et en faire accepter d'autres à Aleksandre. Le plus simple avait été les questions sur son entourage, pour ensuite se rediriger vers ses anciens amis et ennemis. Il y avait ensuite eu quelques passages douloureux à Poudlard mais Ivan réservait cette période brumeuse pour dans quelques semaines afin de lui laisser le temps de s'y préparer. Maintenant, le plus difficile était les viols récurrents subits.

C'était ce thème qu'Ivan souhaitait aborder durant cette journée qui s'annonçait bien sombre. En fait, il préférait commencer un tel travail pendant les vacances scolaires durant lesquelles Aleksandre pourrait rentrer chez lui à toute heure auprès de son père, en toute tranquillité. Et Ivan était rassuré de savoir que le garçon ne s'isolerait pas après une telle discussion. Il comptait particulièrement sur la présence de Jonathan.

Certains psychiatres ou psychomages appréciaient peu l'idée de plus ou moins pousser leur patient dans leurs retranchements personnels mais Ivan trouvait que cette méthode était plutôt efficace. Il savait que certaines personnes étaient tout simplement incapables d'avancer positivement d'eux même. Les traumatismes étaient durs à surmonter et certains n'y arrivaient pas. Les dommages prenant trop de place dans leur vie. C'était le cas pour Aleksandre et même si le moment était difficile à passer, un soulagement persistait et la guérison se faisait à petits pas douloureux mais bénéfiques.

-Tu as passé un bon Noël? Commença calmement Ivan.
-Oui! Exulta Aleksandre avec un large sourire. Narcissa a adoré la boîte à gâteau que j'ai offert! Et Lucius a accroché la carte dans son bureau. C'est lui qui me l'a dit!

Ainsi, Aleksandre décrivit avec beaucoup de joie et d'émotion tous les cadeaux déballés à Noël. Il relata aussi toutes les réactions face aux cadeaux que lui-même avaient offerts à sa famille et aux Malefoy. Même Drago avait été satisfait de son marque page peint par lui-même. Évidemment, cela n'équivalait pas le sachet de bonbons que le blond lui avait donné. Il raconta également comment son père avait grogné lorsque Mrs Weasley lui avait tendu un pull-over vert tricoté main. Cependant, Aleksandre avait été très touché par le geste de Molly qui avait tout de même pensé à lui offrir un présent alors qu'elle n'y était pas obligé.

Par curiosité, Aleksandre interrogea Ivan sur son propre Noël qui resta très vague dans ces explications. Cette fête n'avait malheureusement pas été aussi joyeuse et familiale qu'au Manoir Snape étant donné qu'il l'avait passé devant la télévision en songeant amèrement à ses deux frères, Sevastyan et Stanislas, qui devaient sûrement festoyer avec leurs familles en Russie. Néanmoins, Ivan s'interdisait de s'apitoyer sur son sort puisque c'était lui qui avait pris la décision de quitter la Russie, dans l'espoir d'attirer un peu l'attention de ses parents sur lui.

-J'ai vraiment envie que nous parlions du difficile aujourd'hui, exprima t-il en regardant calmement Aleksandre.

Instantanément, le visage du garçon perdit ses quelques couleurs et il se renfrogna dans son canapé. Son air joyeux s'effaça pour être remplacé par un mélange de colère et de crainte. Ivan savait que la suite allait être très difficile mais à présent qu'il avait ouvert le chemin pour la discussion à venir, il ne pouvait plus reculer.

Aleksandre remonta ses genoux contre sa poitrine et les entoura de ses bras. Pour se protéger. Un frisson traversa son corps et il fut heureux d'avoir reposé son verre sans quoi il aurait été échappé et brisé à cause de ses tremblements nerveux. Pourquoi la journée devait-elle vraiment être nulle? Elle avait mal commencé et visiblement, elle finirait tout aussi mal! Tout le monde avait décidé d'être agaçant avec lui, visiblement!

-Tu te souviens ce qu'est le 'difficile'? Je te l'ai expliqué il y a quelques semaines.
-Oui, répondit Aleksandre à contrecœur. Oncle Vernon…
-En effet mais nous pouvons commencer par discuter de ton cousin Dudley ou de ta Tante Pétunia, rassura Ivan. Nous avons toute la journée pour cheminer jusqu'à ton oncle.
-J'ai pas envie d'en parler, murmura le garçon.
-Je sais. Je le sais parfaitement Aleksandre et ça va être très difficile d'en parler. Jamais je ne te dirais que la guérison va être facile mais t'exprimer sur ce qu'il s'est passé avec cet homme va t'aider à guérir. Tu dois te dire que je raconte des salades, n'est ce pas? Cependant, tu dois me croire.

Bien! Ivan voulait qu'il parle et qu'il raconte pour guérir? Qu'il dise tout ce qu'il ressentait quotidiennement en pensant à l'Oncle Vernon et à ce qu'il lui avait fait? Qu'il raconte toutes ces choses horribles qu'il devait subir chaque jour sans rechigner par crainte de recevoir pire? Ça n'allait pas le soigner mais plutôt le faire sombrer dans le passé! Était-ce si dur de concevoir qu'il voulait seulement oublier?

Même son père continuait à essayer d'aborder ce sujet avec des questions débiles auxquelles il répondait toujours négativement! « Tu es sûr que tu ne veux pas m'en parler Aleksandre? » « Et ce cauchemar? » Toujours de cette voix stupidement gentille qui le faisait sentir tellement confiant. « Tu peux tout me dire, tu le sais! Je suis là pour ça même si ce que tu as à me confier te fais souffrir! »

En même temps, Aleksandre ne pouvait combattre ce désir de tout raconter à Ivan pour déverser sa tristesse et essayer de s'en défaire. À chaque fois qu'il quittait ce bureau, ses épaules paraissaient plus légères et ses soucis moins envahissants. À force de parler avec son psychiatre, ses cauchemars s'étaient espacés jusqu'à pratiquement disparaître. Et confier de petits secrets à l'homme le soulageait… alors pourquoi envisager l'idée de parler de l'Oncle Vernon le terrifiait?

D'un autre côté, cela permettrait, selon Ivan, de l'aider à guérir. C'était son rêve le plus cher, après celui de toujours garder son papa auprès de lui. Devenir grand pour être aussi intelligent que Jonathan et tous les autres, ce serait… étonnant et ça le libérerait! Il voudrait grandir pour faire taire Ronald qui s'acharnait à lui faire comprendre qu'il n'était qu'un débile gamin envahissant. Et aussi Dumbledore selon qui il n'était pas assez bon et intelligent pour intégrer Poudlard. Grandir… c'était devenu, pour lui, un mot merveilleux qui représentait la réussite. Il serait si fier de lui de se sentir comme un adolescent de quinze ans. Il ne se rappelait plus comment cela faisait. Quel effet il ressentirait et quelles différences se feraient sentir entre son âge normal et celui actuel où il avait tout juste neuf ans.

-Je… j'ai peur, chuchota t-il d'une voix tremblante.
-De quoi as-tu peur? Que crains-tu Aleksandre?
-Il est là. Souvent, il est là et j'ai peur qu'il refasse comme avant… parce que… parce que je veux pas qu'il recommence à me toucher. Ça fait… ça fait très mal et j'ai peur.

Les yeux fermés, Aleksandre se laissa submerger par les souvenirs. Il ne fut pas difficile de se remémorer sa petite chambre, ou plutôt le taudis misérable qu'il occupait au Privet Drive alors que se souvenir de certains détails à Poudlard étaient difficiles. Le matelas troué et sale sur le parquet défraîchi aux lattes chancelantes. Les trous dans les murs défoncés, la peinture écaillée qui avait été recouverte de son propre sang. il se rappelait avoir essayé de faire disparaître le sang en frottant les murs, se blessant ainsi lui-même sans même en prendre conscience. Tout ce rouge séché et sombre lui donnait la nausée et il se souvenait être incapable de regarder son propre sang salir les murs.

Sa petite pièce était à la fois rassurante et effrayante. Il pouvait se dissimuler dans un coin sombre en silence jusqu'à ce que l'Oncle Vernon ne décide qu'il était l'heure de venir le voir. Le plus terrifiant était sûrement la planche grinçante du sol juste devant sa porte qui craquait lorsque le lourd pas de l'Oncle Vernon se posait dessus, signe qu'il approchait pour le punir. Au début, l'Oncle Vernon lui donnait des raisons. Marge est malade à cause de toi. Dudley est malheureux de ta faute, tu es le responsable de son renvoi. C'est toi qui as fait cela. Et ceci. Au bout de quelques jours, il n'y avait plus eu de raisons et seulement le désir de le punir pour ce qu'il était. Ça avait été à ce moment là qu'Aleksandre avait cessé de se débattre, de le supplier d'arrêter et d'essayer de le mordre ou de le frapper de ses poings.

Aleksandre se revoyait en train de trembler, recroquevillé dans le coin près de la fenêtre condamnée. Il ne se rappelait plus quand son esprit avait commencé à voyager pour s'arrêter dans l'enfance. En parlant avec Ivan, Aleksandre s'était imaginé que son esprit était une petite voiture ou alors une grosse fusée capable de remonter le temps. Sa propre fusée s'était arrêtée à neuf ans.

-Quand avait-il commencé à te toucher? Demanda à voix basse Ivan en insistant sur l'utilisation du passé.
-Je… je sais pas, avoua Aleksandre, la gorge serrée de larmes. Je sais pas.

Et c'était vrai. Quand tout avait-il commencé? Il n'avait pas le souvenir d'une enfance heureuse. Sirius lui avait toujours dit, ainsi que Remus, qu'il avait été un bébé heureux et choyé par ses parents mais lui, n'en avait pas le souvenir. C'était une époque tellement lointaine qui se résumait uniquement dans son esprit à un rayon vert frappant sa mère à la poitrine. Il ne se rappelait plus non plus que Tante Pétunia l'ait un jour pris dans ses bras pour le nourrir ou simplement lui offrir un moment de tendresse. Toutes ces effusions de sentiments étaient réservées seulement pour Dudley.

En même temps, se faire embrasser par les joues osseuses de sa Tante ne l'attrayait pas, loin de là. Et il n'imaginait pas Vernon se pencher vers lui pour l'étreindre. Dans un sens, cela aurait été marrant de voir l'horreur s'étaler sur le visage de Pétunia qui se serait empressée de nettoyer les joues de son mari avec une serviette propre avant de le tirer jusque dans son placard ou sa chambre.

-Ce n'est pas grave, rassura l'homme. Nous allons retrouver ensemble. Je suis là pour ça. Il te touchait à chaque fois que tu rentrais de Poudlard?

Quelques rires lointains résonnèrent dans le parc. L'hôpital était relativement vide durant les vacances mais certains parents déposaient leur enfant à l'école lorsqu'aucun proche ne pouvait le surveiller. Les infirmiers se relayaient pour travailler un ou deux jours durant les vacances. Ainsi leur salaire subissait une nette hausse agréable à découvrir. Beaucoup de psychiatres et psychomages organisaient des séances comme le faisait Ivan afin que les enfants ne soient pas livrés à eux-mêmes durant deux semaines.

Aleksandre était soulagé qu'Ivan lui pose des questions car il était incapable de trouver quoi dire. Avoir les yeux fermés lui permettait de se remémorer avec plus de distinction le passé. Il relâcha son souffle qu'il avait inconsciemment retenu pendant que ses pensées voyageaient jusqu'au 4 Privet Drive. Parler lui écorchait la gorge car la crainte de voir l'Oncle Vernon surgir subitement devant lui et lui décrocher un coup de poing pour avoir trahi le pacte, était toujours très présente.

Le pacte. Ce n'était pas son Oncle qui avait utilisé ce mot mais Aleksandre l'avait choisi pour désigner le contrat auquel il avait été obligé de se plier. Dès que les coups étaient apparus dans sa vie chez les Dursley, l'homme terminait toujours sa besogne en grognant une phrase semblable à: «dis le à quelqu'un et tu vas voir… » d'une voix tellement menaçante qu'il ne pouvait qu'acquiescer. Et se taire.

La désillusion en arrivant à Poudlard avait été immense. Après l'euphorie de découvrir un endroit tel que le Château de Poudlard et de se savoir éloigné des Dursley pour une durée de dix mois, la déception l'avait submergé. Il avait tout fait pour ne pas repenser au retour chez sa famille Moldue, espérant qu'à présent qu'il était revenu au centre du monde sorcier, quelqu'un se proposerait pour l'accueillir chez lui. Aleksandre se souvenait que chaque année, tel un rituel sordide, il repoussait le moment où son retour chez les Dursley arrivait.

En même temps, il espérait que quelqu'un comprenne ses réelles conditions de vie. Il prévoyait réellement qu'une personne à Poudlard réaliserait qu'il y avait bien plus qu'un mépris farouche pour la magie chez les Dursley. Mais ni Ron, ni Hermione ne l'avaient remarqué malgré les signes évidents que parfois il laissait. Tous deux commençaient à être aveuglés par l'importance que sa célébrité prenait d'années en années. Personne n'avait compris et chaque été, à chaque fin du mois de juin alors que des épreuves terribles étaient survenues à Poudlard, il montait à bord du Poudlard Express et se retrouvait à nouveau dans sa petite chambre.

Ça avait été horrible de comprendre qu'il devait attendre d'avoir dix-sept ans pour quitter la maison.

-Moins souvent, fit Aleksandre en levant soudainement les paupières, dévoilant deux iris noirs troublés. C'était moins souvent que là.
-Moins souvent que cet été où ton papa est venu te chercher? Résuma Ivan en notant quelque chose sur son carnet. Sais-tu pourquoi il était plus en colère cet été là?
-Sais pas… Il buvait tout le temps.

Ivan n'était pas étonné. L'alcool décuplait souvent la force et les sentiments. Si cet homme exécrait Aleksandre en étant sobre, une haine farouche devait tempêter en lui lorsque l'alcool altérait sa conscience. La peur de la magie ne pouvait pas expliquer toute cette colère qu'il déchaînait contre le garçon. Au contraire, cette crainte aurait dû le repousser afin d'éviter de déclencher une protection magique instinctive ou autre chose. Selon Severus, Dumbledore avait prévenu la famille de l'importance qu'Harry Potter avait dans le monde magique. Ils auraient dû bien plus craindre la magie de leur neveu après cela.

À certains moments, Ivan pensait que le principal sentiment qui dictait les actes de Dursley père était la jalousie. Il avait beaucoup à envier à Harry Potter. Tout d'abord la richesse grâce à son héritage familial. Richesse que sa Tante devait plus ou moins connaître. Ensuite, la célébrité mondiale avec son statut de Survivant. Les pouvoirs magiques ouvrant les portes d'une prestigieuse école, lui offrant de nombreux dons. Oh oui, les Dursley avaient de quoi jalouser leur neveu qui valait tant malgré ses maigres épaules.

-Tu penses pouvoir me décrire le déroulement de ces instants? Demanda Ivan en choisissant soigneusement ses mots pour ne pas terrifier Aleksandre.
-Je… j'étais dans la chambre toute petite et froide. Le noir, y'avait tout le temps…

Le souffle d'Aleksandre s'accéléra et il plongea sa tête entre ses genoux, de forts tremblements le secouant. L'obscurité à tout moment de la journée était un détail qu'il ne pouvait effacer de sa mémoire, l'obligeant encore à dormir avec une veilleuse. La manière dont se passait les moments où l'Oncle Vernon venait s'enfermer dans sa chambre restait un souvenir intact dans son esprit. Il lui était impossible d'oublier alors que cela le hantait depuis des années. Et les cauchemars le lui rappelaient de temps en temps comme pour s'assurer qu'il garde en mémoire son ancienne vie.

Pour entendre parler Aleksandre, Ivan devait à présent tendre l'oreille. En plus de cela, la capacité d'expression de l'adolescent régressait provisoirement à chaque fois où l'anxiété se faisait trop forte, comme c'était le cas actuellement. Précautionneusement, le psychiatre plaça sa baguette magique devant lui pour pouvoir l'immobiliser en cas de besoin. Il n'avait pas l'intention de devoir, encore une fois, joindre le Manoir Snape pour annoncer une nouvelle crise.

-Quand il venait, je devais pas parler, se rappela Aleksandre en chuchotant, ses mains se serrant autour de ses chevilles alors que tout son corps était recroquevillé. J'étais… j'étais par terre parce que j'aimais pas le matelas. Il faisait très mal. C'est là qui… qui me touchait…

Aleksandre souffla le dernier mot avec hésitation. Quelque part dans son esprit, une petite voix lui disait que les gestes qu'Oncle Vernon avaient eus envers lui étaient uniquement réservés pour deux personnes s'aimant mais Aleksandre préférait l'ignorer. C'était immonde d'imaginer que des personnes fassent ce que Vernon lui faisait subir sous le simple prétexte qu'ils s'aimaient. Sa respiration devenue erratique était glaciale. Il s'aperçut distraitement que ses mains tremblantes étaient froides. Néanmoins, il garda ses yeux fermés, un souffle frais quittant sa bouche entrouverte.

Assis sur son siège en cuir confortable, Ivan jeta un regard inutile à sa cheminée où le feu ronflait doucement. Son regard marron balaya son bureau où il se sentait si à l'aise. Il y avait quelque chose dans l'air, qui faisait vibrer l'atmosphère. Ses mains se serrèrent instinctivement autour de ses accoudoirs et il reporta son attention sur Aleksandre dont le corps tremblait violemment. Se levant d'un bond, il voulut s'approcher du garçon mais une force invisible le repoussa au fond de son fauteuil. Son souffle se coupa sous l'impact au moment où les grandes fenêtres tremblèrent.

Que se passait-il?

Ou plutôt, que faisait Aleksandre?


J'ai finalement résolu le problème d'ordi et vous avez le chapitre en temps et en heure! J'espère en tout cas qu'il vous a plus! La 'première' erreur de Severus vis à vis d'Aleksandre mais après tout, ça arrive à tout les pères, non? Et que fais donc Aleksandre? ^^
Sinon, je n'ai pas pu répondre à toutes vos reviews! Je suis vraiment désolé! Mais celle sur ce chapitre, je le ferai promis ^^ Donc n'hésitez pas à en poster =)
A mercredi prochain,
Patmol25.