Milles excuses pour mon retard ! C'est un été assez compliqué pour l'instant de mon côté, j'ai pas mal de problèmes au niveau personnel qui ralentissent l'écriture de cette fic, et je m'en veux parce que vos commentaires sont justes géniaux (je reconnais que je relis souvent certaines reviews pour me remonter le moral ^^)

Merci donc à Red Candies, Flo29jmbPotter, Doucetbete, Copperspoon, Tfmalo (haha oui, tu es bien impatient ^^), Atsuchi, Twinkle Wave, Bloclang, Aliena (aaaah merci, je commence sérieusement à être accro à tes reviews!) et Loan-Luka !

Chapitre 43: Des efforts de conciliation

Il était cinq heure du matin lorsque Sirius entendit le premier ronflement de la nuit. Un ronflement léger et inhabituel qui le fit presque sursauter, tant il brisait la monotonie des bruits de respiration simulés par chacun des trois garçons.

Sirius se tourna face au mur, frustré et agité. Malgré des heures passées à essayer de se vider de ses émotions turbulentes, il n'arrivait toujours pas à trouver le sommeil. Son esprit était engourdi par la fatigue et le choc, mais son corps fourmillait encore d'une énergie et d'une colère qu'il n'avait pas totalement pu évacuer et qui se transformaient progressivement en une obstination des plus imprudentes. Il n'y a rien à comprendre, rien, se répétait-il avec force.

Il se retourna une nouvelle fois et se mit sur le dos. Il fixa les draperies de son lit à baldaquin pendant un long moment. Il s'était toujours senti en sécurité dans l'intimité de son lit, mais aujourd'hui il lui donnait l'impression que le lourd tissu rouge allait se détacher et l'engouffrer entièrement, et qu'il allait suffoquer. Avec un grognement, il se dégagea de sa couverture. Son cœur manqua un battement lorsqu'il ouvrit les rideaux du lit. Le centre de la pièce était illuminé d'une lueur argentée cauchemardesque qui semblait flotter dans l'atmosphère silencieuse du dortoir. Un léger frisson le parcourut. Il pouvait presque entendre résonner le mot que James avait prononcé quelques heures auparavant.

Loup-garou.

Le mot se répéta dans sa tête, comme la palpitation douloureuse d'une blessure que l'on pense inguérissable. Le coup asséné avait été puissant, et Sirius avait senti sa colère s'assoupir progressivement pour laisser place à une torpeur morne. Personne n'avait osé prononcer le mot jusque là, comme s'ils craignaient tous la lourde responsabilité qui en découlerait, mais James avait toujours été le plus courageux des trois garçons et c'est lui, le visage pâle et le regard angoissé, qui avait enraciné la vérité. Ils avaient essayé de parler ensuite, mais rien n'y faisait: l'effroi et l'hébétement n'avaient pas laissé de place à une discussion lucide et constructive. Très vite, James avait déclaré qu'ils feraient mieux de se coucher.

Brillante idée, James, pensa Sirius en refermant brusquement ses rideaux. Maintenant on passe notre nuit à se morfondre pour un...

Son cœur se resserra et il se laissa mollement retomber sur son coussin. Pour un quoi, au juste ?

Un menteur ? Un monstre ? Un... ami ? Dans quel ordre devaient venir les mots ? Qui avait menti ? L'ami pour avoir été un monstre, ou le monstre pour leur avoir fait croire qu'il était un ami ?

Quelque chose martelait dans sa tête, et il poussa un grognement frustré. Ils n'avaient rien mérité de tout ça. Eux qui avaient été si attentionnés envers Remus, si bienveillants... N'avait-il vraiment rien remarqué ? Les nuits blanches de James, la surprenante solidarité de Peter, et... les propres douleurs de Sirius, obstinément mises de côté au profit d'une inquiétude malsaine pour son ami, le loup-garou qui n'avait jamais eu à souffrir de la cruauté de ses parents.

Les paupières lourdes, Sirius se sentit enfin somnoler. Il rêva de sa mère, terrifiante dans sa rage et déchirante par son indifférence, du père de Remus, miteux, fatigué et inoffensif... Plus que tout, Sirius rêva de cette journée de l'an passé où les quatre garçons avaient si formellement scellé leur amitié. S'ils avaient su dans quoi ils s'engageaient... auraient-ils tendu la main au petit garçon pâle, malade et solitaire ?

Il avait honte de ne pas en être sûr.

0000

Lorsque Sirius se réveilla, le dortoir ne paraissait plus aussi sombre. Il se sentait terriblement fatigué, mais l'envie de se lever et de faire quelque chose bon sang était plus forte. Il étouffa un bâillement et ouvrit les rideaux de son lit. Il sursauta lorsqu'il vit qu'il n'était pas le seul à être réveillé.

- Bordel, James, tu m'as fichu la trouille.

Le dos tourné vers lui et les coudes posés sur le rebord de la fenêtre, James haussa les épaules. Il ne dit rien pendant un moment, mais détacha finalement son regard de la fenêtre et se tourna vers lui. Ses yeux noisettes étaient entourés de cernes violacés et ses cheveux étaient encore plus désordonnés que d'habitude, mais ce qui frappa Sirius était la lassitude générale qui semblait émaner de lui, renforcée par l'aspect lâche de son pyjama. James eut un faible sourire en coin en remarquant l'inspection.

- Tu admires mon corps d'athlète ?

- J'admire ton mauvais humour, répliqua platement Sirius.

- Oh, ne dis pas ça, Sirius, répondit James en s'asseyant sur son lit d'un air qu'il voulait nonchalant. Alors, de quoi devrions-nous parler en cette belle matinée ? De la météo ? Du Quidditch ? De la nouvelle coupe du professeur Sinistra ?

- La nuit t'a rendu étrangement loquace, James, répondit Sirius avec sarcasme. Au risque de me répéter, tu n'es pas drôle.

- 'Suis bien d'accord, marmonna alors une voix ensommeillée.

James et Sirius tournèrent la tête vers le troisième lit, dont les rideaux venaient d'être ouverts, et virent Peter émerger lentement de ses couvertures.

- Qu'est-ce que j'ai raté ? demanda-t-il.

- James qui se conduit comme une autruche, voilà tout, rétorqua Sirius d'un air agacé.

Quelque chose vacilla dans le regard de James. Son sourire de façade s'évapora et pendant un bref moment, il apparut étrangement... vulnérable. En silence, il se posta une nouvelle fois devant la fenêtre et observa la forêt interdite, visible depuis leur Tour. Sirius réprima un soupir et se mordit la lèvre; il n'aurait pas dû être aussi dur.

- Qu'est-ce que tu regardes ? lui demanda-t-il finalement.

- Je ne sais même pas, pour tout te dire, répondit James en secouant légèrement la tête. Je me suis dit que...

Il se pencha un peu en arrière et regarda le réveil posé sur sa table de chevet. Il indiquait 8h15. Sirius choisit d'ignorer le fait que leur premier cours commençait dans trois quarts d'heure et se tourna vers James.

- Tu t'es dit qu'il pourrait être là, pas vrai ? compléta-t-il en le regardant droit dans les yeux. Tu le cherches depuis ce matin.

James haussa les épaules d'un air vague, mais ne chercha pas à le contredire. Peter se leva et le rejoignit à la fenêtre, se mettant sur la pointe des pieds pour mieux apercevoir le parc.

- Où... Où est-ce que vous pensez qu'il va ? demanda-t-il tout doucement. Pour... Vous savez...

Sa voix s'estompa, et il regarda ses amis d'un air impuissant.

- Qui sait ? répondit Sirius en haussant les épaules. C'est pas comme s'il te dirait la vérité si tu lui demandais...

- Sirius..., commença James avec une nuance d'avertissement dans la voix.

- Quoi ? l'interrompit-il d'un ton brusque. J'ai pas raison ?

James se mordit la lèvre et se tourna vers Peter en quête de soutien, mais le garçon avait cet air indécis qu'il adoptait involontairement lorsqu'il était pris à partie par l'un de ses deux amis. James secoua la tête et se passa une main dans les cheveux d'un air contrarié.

- Écoute Sirius, reprit-il après un instant de silence, je sais que... je sais que Remus nous a menti, mais –

- Ah donc on oublie ? le coupa Sirius en haussant les sourcils. Pif paf pouf, on oublie tout ?

- J'ai pas dit ça, Sirius, répondit James en secouant la tête d'un air agacé. Je n'ai jamais dit qu'on oubliait quoique ce soit. Parce que... Remus, c'était notre ami, pas vrai ? On ne peut pas se permettre d'oublier ça. Il nous a menti et je... je déteste ça mais... Je ne sais pas ce qu'il se passe dans sa tête. Je ne sais pas ce que c'est d'être... ce qu'il est.

Sirius sentit un frisson lui parcourir l'échine. Il ferma les yeux un bref instant pour essayer de bloquer l'image du monstre gris et sauvage qui s'était soudainement matérialisée dans sa tête, et hésita avant d'articuler:

- Donc... Ça ne te fait rien qu'il soit... un...

James eut un rire, mais il était creux, et sombre.

- Ça ne servirait à rien de prétendre le contraire..., dit-il en secouant la tête. Ouais, ça me fiche la trouille de savoir que j'ai partagé mon dortoir avec un loup-garou pendant plus d'un an, mais...

Sirius ouvrit la bouche, mais James ne le laissa pas l'interrompre.

- Mais il y a encore tellement de choses à comprendre, Sirius... Je ne veux pas le juger tant je n'en saurais pas plus.

Le regard droit et criant de sincérité de James lui faisait mal, et Sirius préféra fermer les yeux plutôt que de l'affronter. La seconde d'après, une marée de souvenirs déferlait dans sa tête. Des mots, des unes de journaux, des photos... Il rouvrit les yeux.

- Des gens innocents ont souffert à cause des créatures des ténèbres, dit-il à voix basse. Je sais que... Mes parents... Enfin, disons que je suis bien placé pour le savoir.

Peter, qui n'avait que très peu parlé, regarda Sirius avec un mélange de pitié et de prudence. Mais James secoua la tête.

- Tu ne peux pas faire une généralité, Sirius, dit-il d'une voix rauque. Je comprends ce que tu veux dire, et je te crois quand tu dis que des innocents ont souffert à cause de certains loups-garous. Mais... C'est de Remus dont il s'agit. Je ne peux pas être certain mais... Comment savoir si on ne lui donne pas une chance de s'expliquer ?

Les yeux baissés, Sirius ne répondit pas. Ses propres émotions lui paraissaient floues et peu fiables, comme déformées par diverses influences, et il ne savait pas laquelle croire. Ce que disait James lui paraissait si juste... et pourtant si irrationnel à la fois. La simple perspective de voir Remus le pétrifiait; il ne pensait pas qu'il supporterait de l'entendre s'expliquer.

- Bon... Qu'est-ce que tu suggères ? demanda-t-il finalement à James.

James l'observa un instant en silence, puis se leva et alla vers sa malle. Il l'ouvrit doucement et en retira une étoffe fluide et transparente. Sirius sentit son rythme cardiaque s'accélérer.

- James...

- Je n'ai jamais dit que tu devais m'accompagner, répondit James en commençant à s'habiller. Tu viens, Peter ?

Peter le regarda avec de grands yeux.

- Tu vas où ?

- Chercher Remus.

- Mais... tu sais où il est ?

- Non, reconnut James en enfilant un pantalon. Le soleil est levé depuis un bon moment, donc je ne pense pas qu'il soit encore... là où il était. Je vais aller faire un tour à l'infirmerie. Vu qu'il met en général plusieurs jours à revenir, il reste peut-être là-bas.

Il regarda Peter qui n'avait toujours pas répondu à sa question.

- Alors, tu viens ?

- J'aurais... J'aurais bien voulu, commença le garçon en se tripotant les doigts, mais... Mme Chourave m'aime vraiment bien, et je... Je te jure James, je serais vraiment venu si –

- C'est bon je te crois, l'interrompit James en essayant de contenir son agacement. Vous n'avez qu'à aller en cours tous les deux et moi je... j'en sais rien de ce que je vais faire mais je verrai bien.

Il termina de lacer ses chaussures et rangea sa baguette dans une poche. Il posa la main sur la poignée de la porte, mais hésita avant de partir.

- Si je le trouve, commença-t-il, je ne vais pas essayer de lui parler. Je pense qu'on devrait faire ça ensemble, c'est la moindre des choses. Je veux juste... le voir.

Sirius hocha la tête, mais essaya de ne pas penser d'avantage à ce que son ami avait dit.

- On se revoit plus tard, dit-il. Je dirai à Chourave que tu as de la fièvre.

James acquiesça puis, avec un dernier soupir résigné, quitta le dortoir.

0000

James arpentait les couloirs de l'école, soigneusement caché sous sa cape d'invisibilité. Des élèves de toutes les Maisons se dirigeaient vers la Grande Salle pour le petit déjeuner, et il devait faire preuve d'agilité pour les éviter. Les voir rire et bavarder avec insouciance lui donnait l'envie de se joindre à eux, mais James serra les poings et continua à avancer.

Son coeur battait à la chamade. Il ne savait toujours pas pourquoi il faisait ça. Seul, qui plus est. Quelque chose lui disait qu'il avait besoin de voir Remus de ses propres yeux, de contempler la vérité sans aucun filtre – enfin – mais il était terrifié de ce qu'il allait découvrir. Un loup-garou... Une créature des ténèbres. Un monstre déguisé en humain. Le genre de bête qui peuplait les cauchemars et les histoires d'horreur. Toutes ces choses, James les avait déjà entendues, mais Remus... Merlin, Remus était si différent. Timide et modeste, généreux et altruiste et si...si jeune, si frêle. La voix de Sirius gronda dans sa tête, simulée mais terriblement réaliste. Ne te fait pas avoir. As-tu déjà oublié ce qu'il nous a raconté ? Les loups-garous sont des êtres manipulateurs.

James secoua la tête et se concentra sur son chemin. Il ne fallait pas qu'il s'encombre l'esprit avec des pensées superflues. Voir Remus. Je veux juste voir Remus.

Son pas était de moins en moins assuré, mais James arriva finalement au premier étage. Il resserra ses doigts autour de l'étoffe invisible et s'arrêta devant l'entrée de l'infirmerie. Il leva la tête et déglutit. Il se sentait tout petit face aux lourdes portes de bois... Son courage lui filait doucement entre les doigts. James réalisa brusquement que s'il n'agissait pas maintenant, il ne le ferait probablement jamais. Hochant brièvement la tête, il prit une grande inspiration et poussa silencieusement les portes. Il pensa vaguement à la réaction des patients s'ils voyaient les portes de l'infirmerie s'ouvrir toutes seules mais, par chance, la salle principale était vide. James cligna des yeux et s'arrêta net.

Vide ?

Mais où était Remus alors ?

James fit quelques pas incertains et se planta au milieu de l'infirmerie, déconcerté.

Peut-être qu'il s'était trompé ? Peut-être que Remus n'était pas à l'infirmerie, après tout. Mais ça n'avait aucun sens... Le soleil était déjà levé depuis longtemps. La respiration de James s'accéléra et il regarda frénétiquement autour de lui. Les lits étaient vides. Les tables de nuits étaient vierges de toute potion. La panique s'empara de lui. Et si on avait abandonné Remus à son propre sort ? Et si personne ne s'était inquiété de son absence ?

James essaya de calmer le martèlement de son cœur contre sa poitrine et se précipita vers le bureau de l'infirmière, mais il vit que celui-ci était également désert. Il ignorait si c'était une bonne ou une mauvaise nouvelle. À court d'idées, et envahi par la confusion, la crainte et l'inquiétude, le garçon s'adossa à un mur et se laissa glisser contre lui.

Il ne devait pas céder à la panique. Il jugeait relativement improbable que personne à Poudlard ne soit au courant de la lycanthropie de Remus Lupin, mais si c'était le cas... James devait absolument le retrouver. Il ne savait pas exactement ce qu'il ferait ensuite – il n'avait pas vraiment prévu de lui parler aujourd'hui – mais pour l'instant...

James poussa sur ses deux jambes et se releva, déterminé à parcourir la totalité de la forêt interdite s'il le fallait pour retrouver Remus. Il était presque arrivé aux portes de l'infirmerie lorsqu'il entendit un léger clac.

Il tourna brusquement la tête et plissa les yeux. Au fond de la salle, à l'endroit où il n'y avait eu qu'un pan de mur blanc, était apparu une petite poignée de bronze. La bouche entre-ouverte, James vit les contours d'une porte se matérialiser et il vérifia aussitôt que sa cape d'invisibilité était bien en place. Mme Pomfresh ouvrit la porte. Elle tenait diverses fioles dans ses mains et portait un tablier blanc recouvert d'étranges taches brunes. James fronça les sourcils. Même à cette distance, il pouvait voir à quel point ses traits étaient tirés.

Chargée comme elle l'était, elle ne referma pas complètement la porte et alla dans son bureau, d'où il entendit aussitôt des bruits de verres entrechoqués.

Sans même réfléchir, James se précipita vers la porte sur la pointe des pieds. Son instinct lui hurlait que Remus était là. Mais le soulagement qu'il ressentit en le sachant en sécurité fut obscurci par une myriade d'appréhensions et d'incertitudes. Qu'allait-il exactement trouver derrière cette porte ? Et si Remus sentait sa présence ? Et s'il se révélait être dangereux ? Sa tête grouillait de ces sombres pensées, mais James les rejeta avec force. La main tremblante, il poussa doucement la porte et la referma soigneusement pour ne pas attirer l'attention de l'infirmière. Il fit quelques pas et cligna des yeux.

La pièce dans laquelle il se trouvait était petite et sommairement meublée. Un lit, une chaise en bois, une table de nuit. Les murs étaient les mêmes que ceux de la salle principale – blancs, froids, et quasiment vierges. Seules une horloge et une fenêtre, d'où s'échappaient des rayons de soleil, brisaient leur continuité. Ce n'était pas la pièce la plus chaleureuse qu'il ait connue, mais James sentit son rythme cardiaque se rétablir. S'il mettait de côté la désagréable odeur qu'il ne parvenait pas à qualifier, l'endroit paraissait étonnamment... normal.

Il laissa s'échapper un souffle tremblant et secoua la tête avec incrédulité. Qu'avait-il imaginé ? Une pièce lugubre ? Des barreaux aux fenêtres ? Un lit rudimentaire aux couvertures ébranlées par la force d'un loup-garou féroce ?

Un étrange sentiment d'ivresse et de légèreté s'empara de lui. Il eut presque envie de rire. Il avait vraiment été ridicule... Remus n'était pas si différent, après tout. Juste un garçon malade.

Un léger sourire commençait à étirer les lèvres de James lorsqu'il entendit quelque chose qui le fit se figer. Un gémissement. Un bruissement de couvertures. Encore un gémissement.

James eut l'impression qu'une pierre venait de lui tomber dans l'estomac. Ce n'était pas le gémissement qu'il entendait quand Peter avait faim ou quand Sirius se plaignait d'un excès de devoirs – non, c'était un gémissement de douleur. Un son brisé, discontinu, faible.

L'amas de couvertures sur le lit auquel James, dans son sentiment irréel de soulagement, n'avait pas prêté attention jusque là révéla soudain un visage bien trop familier. Hébété, James tituba jusqu'au lit. Il eut un haut le coeur lorsqu'il vit Remus.

Sa peau, luisante d'un éclat maladif, était un mélange de blanc et de gris, le genre de teint que James espérait de tout son cœur ne plus jamais voir. Ses cheveux étaient sales – une masse emmêlée et collée à son front par une substance épaisse qui n'était pas de la sueur... Il ne s'attarda pas sur les croutes au coin de ses yeux et passa son regard sur l'avant bras de Remus, qui dépassait des couvertures et qui était recouvert en partie d'un bandage zébré de rouge. Le reste de son bras était sillonné de cicatrices argentées.

Un nouveau gémissement étranglé fit sursauter James et il ne put que regarder, désemparé, Remus secouer fiévreusement la tête et se débattre faiblement avec ses couvertures. Il eut soudainement l'envie irrépressible de poser une main sur son épaule et de le réveiller, de le tirer de ce sommeil qui le blessait plus qu'il ne lui faisait du bien. La main tendue vers la peau humide de sueur de Remus, et hypnotisé par ce qu'il voyait, James mit quelques secondes à réaliser que des bruits de pas se rapprochaient dangereusement de la pièce. Il sursauta et ramena rapidement sa main sous la cape, au moment même où Mme Pomfresh ouvrait brusquement la porte et se précipitait vers son patient, les lèvres pincées. James recula silencieusement et fixa l'infirmière d'un regard vide. La jeune femme s'était penchée vers Remus et passait doucement sa main dans ses cheveux.

- Allons Remus, tout va bien..., murmurait-elle d'une voix douce. C'est le matin, la pleine lune est finie... Je sais que ça fait mal, je sais... Tu vas devoir attendre encore deux heures avant de pouvoir reprendre de l'anti-douleur, mais je sais que tu tiendras bon, Remus. Tu es tellement, tellement courageux...

Tout en continuant à le caresser, Mme Pomfresh sortit une potion de son tablier et la posa sur la table de chevet. Mais James ne prêta pas attention à l'étiquette apposée sur la fiole. Ses yeux avaient été une nouvelle fois attirés par les taches brunes qui salissaient le tissu du tablier.

Du sang, réalisa-t-il brusquement.

L'odeur de la pièce devint soudainement suffocante et il n'eut plus qu'une seule envie: fuir. Fuir l'odeur étourdissante du sang, les gémissements misérables, et fuir le garçon, cette chose fragile, maigre et chétive qu'il peinait à reconnaitre.

Le regard trouble, James se précipita hors de la pièce. La terrible odeur disparut aussitôt, mais la nausée et le choc ne le quittèrent pas. Il tituba un peu et se laissa glisser contre un mur. Il relâcha un souffle tremblant et se prit la tête entre les mains. La honte, la culpabilité et l'horreur déferlèrent impitoyablement sur lui.

Il n'avait qu'une certitude: il devait parler à Sirius.

0000

Ce n'est qu'une heure et demi plus tard (après avoir complètement séché le cours de Botanique et s'être attiré les foudres de McGonagall pour être arrivé en retard en Métamorphose) que James trouva l'occasion de parler à Sirius. Dissimulé sous sa cape, il était resté à l'infirmerie pendant un long moment et avait soigneusement réfléchi à ce qu'il allait dire à son ami. Mais Sirius l'avait à peine regardé depuis qu'il s'était assis à côté de lui. James savait pertinemment pourquoi, mais il refusait de se laisser avoir. Il se racla bruyamment la gorge.

- Ce que raconte McGo est si intéressant que ça ?

Sirius trempa consciencieusement sa plume dans son encrier et continua à écrire, s'appliquant avec un zèle que James ne lui avait jamais connu en classe. James croisa les bras et plissa les yeux, sa propre plume délaissée depuis longtemps sur un parchemin.

- Ah donc tu vas m'ignorer, tout simplement ?

- Pas maintenant, James, répliqua Sirius entre ses dents. Tu vois pas que je prends des notes ?

James secoua la tête d'un air agacé.

- Franchement Sirius c'est pas à moi que tu vas faire croire ça. Tu ne prends jamais de notes.

Sirius leva les yeux au plafond et montra son parchemin du plat de la main, où se mélangeaient schémas et incantations.

- Et c'est quoi, ça ? demanda-t-il en haussant les sourcils.

- T'es ridicule, grogna James. Juste parce que –

- Mr Potter ! l'interrompit le professeur McGonagall. Arriver en retard ne vous suffit pas ? Cessez d'importuner Mr Black ! Pour une fois qu'il daigne être attentif pendant mes cours... J'enlève dix points à Gryffondor pour votre nature viscéralement bavarde !

James attendit que le professeur se retourne vers le tableau et lui tira la langue. Il sentit sur lui le regard excédé de Lily Evans, et il lui lança un sourire innocent. La jeune rousse secoua la tête d'un air irrité mais ne fit aucun commentaire et se concentra sur les explications de McGonagall.

- Donc, comme je vous le disais, la durabilité de votre métamorphose dépend également de la matière que vous décidez de modifier. Les plus habiles d'entre-nous seront bien-sûr capables de...

Peter renversa par mégarde sa bouteille d'encre sur son parchemin et James sursauta légèrement. Il regarda l'encre noire tracer de longs sillons sur la feuille et s'agglutiner par endroits, et l'image des pansements tachés de sang de Remus lui revint en mémoire. Il se demanda s'il s'était réveillé, et si ses douleurs s'étaient atténuées. Probablement pas, pensa-t-il en regardant la montre de Peter qui essuyait tant bien que mal son parchemin avec un mouchoir. Les deux heures n'étaient pas encore passées...

Son cœur se serra. Voilà ce que Remus endurait tous les mois, et c'était injuste, tellement injuste. Et il était encore plus injuste que des personnes qui avait prétendu être son ami lui tournent le dos pour quelque chose qu'il ne méritait pas et qu'il n'avait sûrement jamais voulu.

James jeta un regard à Sirius et eut soudainement envie de lui arracher des mains son foutu parchemin. Au lieu de ça, il prit une grande inspiration et se pencha vers lui.

- Écoute-moi bien, Sirius, chuchota-t-il. J'ai quelque chose à te dire.

Sirius continua d'écrire.

- Je sais que Remus nous a menti, poursuivit James. Je me sens obligé par principe de détester ce qu'il a fait, mais je veux aussi comprendre. Je veux savoir pourquoi il en est arrivé là et savoir s'il mérite réellement d'être associé à... à tous les trucs qu'on dit sur les gens comme lui.

Sur le parchemin, le schéma que recopiait Sirius devenait de plus en plus détaillé.

- Je sais qu'on s'est conduit comme des abrutis avec Remus, mais... On ne peut pas renoncer à une amitié du jour au lendemain.

Sirius rajouta une flèche et prit soin de la repasser plusieurs fois. James avala difficilement sa salive et continua:

- J'ai vu Remus... Il est à l'infirmerie. Il est blessé et il souffre.

La plume s'immobilisa quelques secondes sur le parchemin, et une tache d'encre se forma à l'endroit où elle avait été posée. Sirius grogna et épongea le résidu d'encre avec une manche de sa robe. Il ne disait toujours rien.

- Il gémissait de douleur quand je suis arrivé, dit James, la gorge serrée. Si tu l'avais vu, Sirius... tu n'aurais plus tous ces doutes. Le gars que j'ai vu ne ferait pas de mal à une mouche. C'est notre ami. La seule chose qui change... c'est que maintenant, on sait.

Cette fois, Sirius reposa totalement sa plume et serra son poing. Il évitait toujours le regard de James.

- Tu dois lui parler, Sirius. On mérite tous d'avoir une conversation honnête.

James vit la mâchoire de Sirius se contracter. Son regard gris était impénétrable lorsqu'il leva enfin les yeux, mais James savait qu'un débat houleux retentissait dans sa tête. Sirius ferma brièvement les yeux et acquiesça.

- Très bien. Je veux bien lui parler. Quand il reviendra.

James exhala un long soupir et esquissa un sourire. Une conversation. Il n'en demandait pas plus – pour l'instant.

- Content de voir que tu as encore un gramme d'humanité, Black, dit-il avec une pointe amusement.

Sirius haussa les épaules et commença à rassembler ses parchemins en un tas. James fronça les sourcils, perplexe.

- Prends-les, dit Sirius en poussant le tas vers lui. Tu pourras les donner à Remus.

James le regarda sans ciller.

- Pourquoi tu ne le fais pas toi ? Tu pourrais aller lui rendre visite à –

- Laisse tomber, James, l'interrompit Sirius en secouant la tête. J'ai dit que je lui parlerai, pas que je lui changerai sa couche tous les soirs.

James acquiesça, mais il ne put empêcher le sentiment de froid qui se propagea dans son corps. La lassitude et la déception qui s'écoulaient de chacune des paroles de Sirius faisaient tout aussi mal que s'il avait hurlé. Remus l'avait blessé, et Sirius n'était pas prêt de l'oublier.


Ugh. Je ne vous dit même pas le casse-tête que ça a été pour écrire ce chapitre...

Sur une autre note, je peux comprendre que certains d'entre-vous soient déçus par la réaction de certains personnages mais (dans ma tête en tout cas), tout a un sens :) Si vous souhaitez en discuter, n'hésitez pas ;)

Je vais vraiment essayer de publier le prochain chapitre pour le mois de septembre, mais on n'est à l'abris de rien :) Très bonne fin de vacances à vous tous !