Hey.
Je sais, je devrais bosser, médecine, tout ça.
Ma Muse en a visiblement décidé autrement, et j'ai fini par couper ce qui devait être le chapitre 50 en deux (ceci est donc la première moitié du dernier chapitre se jouant à Soul Society, héhéhéhéhéhé) ; sur ce, voici pour vous, en espérant que tout va bien de votre côté et pour votre rentrée :D
Merci ayu pour ta review, et bon courage à toi aussi ^^
Bonne lecture,
Rori H. Nemuri
PS : Je tiens à préciser que j'ai de très bons gardes du corps, que la chanson citée est Gravity, de Maaya Sakamoto.
50, The Tongue-Tied Echo [A Remanent Blue Flame 6]
Rim n'aimait pas ça.
Elle sentait le reiatsu s'effriter entre ses doigts à mesure qu'elle le copiait, le sabre ne suffisant pas pour recréer toute la structure complexe qu'était la pression spirituelle d'un souverain – elle pesta, recommença plusieurs fois, mais merde ! Rien ne fonctionnait, sans le manieur, impossible de parvenir à un résultat concluant – le problème demeurait entier, complexe, et par-dessus tout, douloureusement insoluble.
« FAIS CHIER ! » S'exclama-t-elle soudain dans un sursaut de hargne, criant vers le ciel assombri comme si cela allait lui apporter une quelconque solution.
Et dire qu'au-delà de ce ciel, quelque part dans une autre dimension, il y avait le Roi, son reiatsu et toute cette puissance – de quoi réduire à néant Yamamoto, de quoi retirer le Soukyoku de ce piédestal et en finir, Garde Royale ou pas… Elle frappa du poing contre le bois, rageuse, incapable de contenir davantage sa colère et sa frustration, son désespoir et sa culpabilité – y avait-il pire que de décevoir ainsi toute un groupe de personnes qui avaient osé lui offrir le peu d'espoirs qu'ils avaient ? Sans solution, tout serait réduit à néant, et La Imitadora serait la seule fautive.
Tu connais la solution, la taquina une voix, avec cette pointe d'espièglerie ressemblant si typiquement à son père qu'elle aurait pu les confondre, si ça avait été un homme et non une femme qui murmurait.
Elle ne connaît rien, trancha net le Soukyoku, débattant dans son crâne avec Benihime qui semblait soudain avoir repris vie, les contours écarlates d'un kimono délassé se dessinant dans l'esprit de Rim.
Un ricanement taquin, une brume rouge.
Je ne parierais pas là-dessus, vraiment.
Joueuse, Benihime sembla tendre les doigts et effleurer de ses ongles carmins le bois sombre, prenant un malin plaisir à gratter le reiatsu qui s'effrita sous ses doigts.
Je suis des millénaires d'histoire, souffla la voix éraillée du Soukyoku dans sa tête. Il n'y a pas une chose que j'ignore ou que je n'ai pas vue dans ce monde.
Et c'est bien là tout le problème, ricana Benihime sans se soucier du trouble de Rim qui n'osait pas intervenir dans l'échange entre les deux Zanpakutos. Ils parlaient, parlaient dans sa tête et la dispute allait se poursuivre, mais elle n'avait entendu qu'une seule chose – il y avait une issue, et c'était quelque chose qu'elle connaissait. Repoussant le soulagement immense et sa joie de voir l'épée de son père de nouveau redevenue causante et vivante, La Imitadora se mit à réfléchir, cherchant ce qu'elle avait pu voir qui pourrait lui être utile, leur être utile à tous – qui avait-elle copié ou qu'avait-elle vu, pour que Benihime puisse affirmer sans l'ombre d'un doute que Rim détenait la solution ?
Tout repose justement là, susurra Benihime, drapée dans des vêtements d'un autre âge.
Que n'avez-vous pas vu ?
Rim leva derechef les yeux vers le ciel, à la cherche d'une réponse. Le Roi était quelque part derrière tout ce gris, tous ces nuages, enfermé, probablement à l'agonie car personne n'était éternel – quoique la Garde Royale ait pour ordre de maintenir le souverain en vie jusqu'à ce qu'Aizen soit éradiqué – faisant de Yamamoto le seul et unique héritier direct du Roi des Esprits. Et ça ne sonnait pas très bien, dit comme ça.
« Nous avons trop perdu pour nous arrêter maintenant », gronda-t-elle tout bas, ses poings serrés, ses ongles enfoncés dans ses paumes jusqu'au sang. Je donnerais n'importe quoi, ajouta-t-elle dans sa tête, réellement prête à tout.
Si la fin justifie les moyens, utilise-moi.
Benihime s'agitait un peu, soudain si réactive que c'en était affolant – Rim n'était pas habituée à ce genre de choses, l'esprit d'un Zanpakuto qui bougeait, intervenait et ne pouvait s'empêcher de faire des remarques, d'intervenir partout.
Utilise-moi.
J'ignore comment, songea spontanément La Imitadora, ses doigts glissant sur le bois et abandonnant tout contact avec l'armature soutenant le Soukyoku.
Il y eut un rire, puis un long silence.
L'explosion de reiatsu de Yamamoto la fit soudain sursauter, et son cœur fit une brusque embardée, horriblement rapide dans sa cage thoracique, cognant contre les parois à un rythme effréné, tandis que le Bankai ravageait la colline dévastée de ses flammes – le temps filait et elle n'était pas capable de copier le Soukyoku, ils allaient tous –
Respire, s'amusa Benihime.
Puis elle reprit sa litanie, chuchotant utilise-moi comme si elle n'était jamais qu'un mouchoir bon à jeter une fois sali – ce qui lui rappela étrangement la formule qu'Ichigo avait utilisée avant que la bataille ne commence, une éternité auparavant, statuant froidement que tout le monde mourrait un jour. Benihime devait suivre cette ligne de pensée, aussi – Urahara était mort, et Rim n'était jamais qu'une roue de secours, une copie, mais rien qui pouvait se targuer d'approcher le génie et le ridicule de l'original dans toute leur infinie complexité. Le Zanpakuto cherchait sa mort, et c'était probablement ce qui l'avait réveillé – l'appel de la bataille qui faisait rage sans lui et tous ces reiatsus qui s'embrasaient pour mieux s'éteindre la seconde suivante.
Ichigo répondit plus violemment à Yamamoto, et pour avoir copié ce reiatsu sombre et sinistre, Rim ne le sentit plus si éloigné d'une bête sauvage, prêt à céder sa dernière parcelle de raison au profit du pouvoir – car quitte à vaincre et gagner, tous les moyens étaient bons et tout le monde commençait à s'en rendre compte.
Utilise-moi, Imitadora.
Plus si sûre de pouvoir prétendre à ce titre, Rim inspira profondément avant de répondre.
« Je t'écoute », souffla-t-elle, résolue à tout tenter.
Benihime ricana, ses lèvres peintes d'écarlate s'ourlant en un sourire narquois. Arrogante, elle laissa ses ongles gratter le reiatsu du Soukyoku encore un peu, provoquant la vieille arme qui gisait là – et il intervint de nouveau dans l'esprit de Rim, moqueur, sûr de sa force.
Tu n'y arriveras pas, tu es si petite, si laide. Ton reiatsu pue et portes un Zanpakuto qui n'est pas le tien; c'est illusoire, cette force que tu crois avoir. Tu es une voleuse, quelqu'un de jaloux, l'accusa gravement le Soukyoku, jugeant ses actes et condamnant ses actions après un simple aperçu.
Tu te rappelles, Kurosaki ? La Garde Royale, les manœuvres, le berceau et tous ces cris ? Ils résonnaient sans s'arrêter, et nous en avons tué des centaines avant que ça s'arrête enfin, ces hurlements d'envie et la pauvre Princesse toute pâle dans son lit, à moitié morte et seulement veillée par le silence de sa chambre ?
Rim acquiesça, perdue par le Zanpakuto – mais les souvenirs étaient encore vifs, imprimés avec une précision étonnante dans sa mémoire malgré la soixantaine d'années la séparant de cette date. C'était une nuit de Juillet un peu fraîche et il avait plu la vieille, alors l'air sentait encore l'humidité – la nuit était belle, et on distinguait même les étoiles. Elle les observait, solitaire, patientant hors de la boutique jusqu'à ce que le travail de soit terminé; ils étaient déjà trop à l'intérieur, et mieux valait ne gêner personne dans cette délicate entreprise qu'était la naissance d'Ichigo. A l'époque, ni Masaki ni le Roi n'avaient décidé d'un nom. C'était trop se projeter, lui accorder une importance illusoire, à ce gamin qui ne survivrait peut-être pas à ses premiers jours.
Nous l'avons protégé, cette nuit-là. On aurait pu jeter ses langes ensanglantées dehors, ce monstre dedans, et laisser les Hollows le dévorer, raconta Benihime d'un ton étrangement espiègle, presque mesquin.
« Et donc ? » S'impatienta Rim en chuchotant, sourcils froncés, cherchant la conclusion derrière cette histoire qu'elle connaissait par cœur.
Tu étais là, tu sais ? Avec le garde sans pouvoirs, le Roi sans trône, la princesse sans vie.
Elle était restée comme quelques Mittelsritters et son père, auprès d'Isshin qui cachait Masaki et de Lho qui ne savait pas si partir ou rester était la meilleure solution; ces deux-là tournaient comme des lions en cage, incapables de se décider – fallait-il garder l'enfant, ou mettre fin à ses souffrances ? Le Mittelsritter voyait l'hybride, l'issue que son monde attendait depuis des millénaires; le père voyait son fils et toute une vie d'embûches et d'obstacles, de fuite et de trahisons – la question était restée entière, abréger ses souffrances ou l'aider à vivre, le cacher ? Ils avaient parlé, parlé, parlé mais aucun n'était résolu à prendre une décision définitive. Le débat s'était allongé lors d'une énième nuit où la boutique tremblait sous les assauts des Hollows qui se jetaient, avides et affamés, contre la barrière érigée par Tessai, et les discussions n'étaient plus de simples argumentaires mais devenaient des histoires.
Et Isshin Kurosaki leur avait raconté, lors d'une nuit où il pleuvait à torrent malgré la fin Juillet, à quel point il aurait voulu faire plus – d'eux tous, il demeurait le seul sans pouvoirs et bien que cette perte soit déjà vieille de presque un siècle, la douleur était toujours aussi vive pour l'ancien Garde Royal. Je le savais, pourtant, avait-il avoué avec un sourire amer. Mais il fallait que je le tienne à distance, alors j'ai pas hésité longtemps – il ne me restait qu'une chose à faire. Le dernier problème, avait ajouté Isshin en évoquant Mugetsu, ses poings se serrant et son regard se faisant lointain. Le dernier Getsuga.
Et il n'y avait rien eu de plus à dire.
Tu étais là et tu sais, Imitadora.
Benihime continuait ses provocations, tentatrice et moqueuse. Où voulait-elle en venir, mystère complet – Rim n'était pas sûre d'obtenir la réponse exacte au bout du compte, et le Zanpakuto ne faisait peut-être que la balader, sans avoir la réponse et par simplement pure cruauté. Tu m'as fait survivre alors que j'aurai du mourir. Voilà qui était peut-être le fond du problème, mais elles étaient toutes les deux dans ce cas-là – survivant l'une avec l'autre, en dépit de l'autre. Sors-moi de là, avaient-elles envie de crier. Mais personne ne viendrait, elles tanguaient dans le même bateau. Je ne suis pas censée être ici.
Le ricanement s'évanouit soudain.
Pense, Imitadora; après tout, ce n'est qu'une arme qui a juste la particularité d'être Royale.
La voix devint fantomatique, à peine un murmure dans l'esprit de Rim.
Et comme eux, elle est arrogante.
Colérique, Rim ne put s'empêcher de frapper du poing contre le bois, des larmes de rage envahissant ses yeux – elle n'était pas juste une simple inconnue fraîchement débarquée de son monde natal, on l'avait créée pour ça, merde !
'N'importe qui' ne sera jamais assez bien, souffla le Zanpakuto de son père, posant un index pâle contre ses lèvres rouges. La phrase se répéta à l'infini, son écho se fanant à mesure que Benihime s'effaçait et retournait à son mutisme – elle l'entendait presque lisser les plis de son vêtement, rajuster les pinces et ornements dans ses cheveux, s'installer puis se taire, soudain aussi froide et immobile qu'une statue, son demi-sourire narquois figé jusqu'à ce qu'elle en décide autrement.
. : : .
Anxieux, Umbre observait le ciel devenir d'un gris sombres et se parsemer de nuages noirs et chargés d'orage. Les intempéries étaient de loin les choses les plus singulières du monde humain et de la Soul Society – mais il n'avait pas imaginé le monde des Shinigamis comme ça, quoique la réalité ne soit pas si éloignée de ce qu'il avait pu entrevoir. Rey disait que c'était ordonné, raide, crispé et coincé. Tout allait dans un sens précis, et pas autrement – à quel point ils devaient être perdus, tous ces Shinigamis, lorsqu'on leur expliquait le monde des Hollows et sa hiérarchie chaotique…
Esquive, attaque.
Ils étaient faibles, pour la plupart. Les plus dangereux étaient maintenus à distance par Wald ou Sarugaki qui les éloignait en faisant tournoyer son Zanpakuto – la force brute et les ordres directs aidant, les Capitaines et Lieutenant demeuraient pour la plupart sagement rangés derrière le gros des troupes, stoïques, impassibles, presque étrangers à la bataille. Ils avaient dégainé mais ne faisaient pas un geste, et leur reiatsu était à peine perceptible au milieu de ceux de tous les autres – ils se contentaient d'observer, levant de temps à autre les yeux vers le ciel, et se taisaient, chuchotant à peine entre eux.
Le reiatsu du vieillard était écrasant, pesait sur la nuque de ceux qui pouvaient le ressentir – peut-être était-ce pour cette raison que les Shinigamis de plus haut statut demeurait à quai, placides, tandis que les plus faibles, incapables de comprendre au-delà d'un certain point toute la puissance de leur Capitaine Commandant, étaient envoyés sur les premières lignes. Umbre le ressentait, échangeait parfois un regard avec Gin qui tordait nerveusement les lèvres en désignant vivement le ciel du menton – certains crétins l'imitaient, ici ou là, mais ce n'était pas avec ses yeux qu'il fallait regarder. Non, il fallait procéder plus patiemment, plus méthodiquement, car la fréquence d'apparition des gerbes corrosives noires ou enflammées n'était en aucun cas un indicateur fiable; il fallait utiliser le reiatsu, entendre les échos, comprendre, les yeux écarquillés, que le Capitaine Commandant allait lancer son Bankai au risque de brûler toute la Colline.
« A TERRE ! » S'écria Umbre, vociférant vers Gin, Wald et Hiyori.
Les flammes étaient lourdes, entêtantes et rongeaient la peau comme de l'acide. Umbre sentit son bras gauche fondre, comme si la température était assez élevée pour ne plus brûler mais liquéfier – et c'était infiniment plus douloureux. Passé la langue de flammes, il y eut la fumée et ses odeurs de souffre; Umbre se sentit immédiatement nauséeux, sa tête se mettant à tourner et la bile montant dans sa gorge.
Son Zanpakuto glissa de ses doigts tandis qu'il tombait à genoux, tentant de garder le contenu de son estomac à l'intérieur, de ne pas vomir ou s'évanouir dans un endroit remplis d'ennemis qui n'hésiteraient pas à l'égorger pendant un moment d'inconscience. On appela son nom au loin, mais il n'y avait plus rien à prendre – il entendait plus qu'il ne sentait le contenu liquide de son ventre se vider à ses pieds, son souffle pantelant, les crachats, sa gorge brûlante – qu'y avait-il eu, à l'instant, pour le rendre si malade ? On l'agrippa par le bras, puis il se sentit emporté dans un Sonido loin des affres du gaz qui lui piquait encore les narines, brûlait ses poumons, rongeait sa gorge. Ses propres mains enserrèrent son cou, ses ongles s'enfoncèrent dans sa peau et à mesure que l'étouffant intermède passait, il était de plus en plus conscient de ce qui arrivait, incapable de détacher son esprit d'une pensée écrasante qui soufflait à son oreille Voyez, sales insectes, la puissance de tout un monde contre lequel vous avez cru pouvoir vous lever.
« Respire, Heredero. Ton père ne me le pardonnerait pas si tu crevais », siffla-t-on à son oreille.
On lui envoya une puissance claque dans le dos, comme pour le faire cracher encore davantage – mais il n'y a plus rien à dégueuler, eut-il envie de crier, sa voix bloquée dans sa gorge.
Le vieillard avait dévoilé son Bankai, et la poussée du reiatsu sur sa nuque était trop forte pour qu'il puisse faire autre chose que rester assis, son dos reposant contre la surface raide et dure de ce qui devait être un rocher. Ses doigts étaient gourds et tremblants, comme ses jambes; il aurait été bien incapable de tenir debout si on le lui demandait tout de suite, même dans l'urgence, même pour sauver sa vie et il songea, défaitiste et pris de pitié pour lui-même, ce que je suis pitoyable.
Crever à cause d'un putain de gaz.
« L'air est dangereux, qui l'eut cru ? » Chanta la voix, toujours la même.
Ses yeux piquaient aussi, pleuraient – ses joues étaient trempées et ses paupières brûlantes, comme s'il s'était rincé les yeux avec de l'acide ou du sable. Aveugle, il tâtonna à la recherche d'une prise, ses doigts secoués de tremblements d'une puissance qui l'étonna. On attrapa ses doigts, on les serra –
« Il n'y a rien à craindre, Umbre. »
C'était Wald.
« Le Capitaine Commandant dévoile le grand jeu, et l'air est devenu toxique. La plupart des gens qui étaient juste en dessous sont pris de quintes de toux ou sont brûlés, lui apprit-il, détaillant d'une façon plutôt froide la façon dont se déroulaient les événements.
La gorge trop encombrée pour répondre, Umbre tenta d'avaler, de délier sa langue et d'intervenir, mais rien n'y fit – il demeurait bloqué, bien que la situation s'améliore à chaque inspiration, l'air d'ici étant plus sain que celui qu'il avait respiré auparavant.
- Ce sont les flammes qui provoquent cette odeur d'œuf pourri, Prince. Trop pour tes royales narines, sans doute, mais tu vas rire – y survivre après une trop longue exposition est hautement improbable.
Il ricana d'une manière sinistre, avant d'ajouter, plus bas, tout prêt de l'oreille d'Umbre :
- Heureusement que je suis prévoyant, siffla-t-il, une lueur verte entourant ses doigts.
Il posa sa paume sur le torse du prince qui se sentit soudainement mieux, comme si Wald aspirait le mal à l'aide de ses doigts, déliait ses poumons et le sauvait de cette pression étouffante et de l'odeur d'œuf pourri. Ses paupières cessèrent de brûler et ses yeux de pleurer, mais ses membres étaient encore agités de violents tremblements tandis qu'il recouvrait la vue, d'abord floue, puis de plus en plus nette.
- Tu vas vivre, Heredero. Respire, lui intima Wald en retirant sa paume, la lueur verte disparaissant et la sensation agréable fuyant Umbre qui inspirait encore difficilement.
- M-Merci, articula-t-il difficilement.
Ses yeux s'attardèrent autour de lui, cherchant une accroche. Il entendait des cris étouffés, des gens cherchant désespérément de l'air; Wald glissa son Zanpakuto entre ses doigts, et lui tapota sur l'épaule avant de disparaître.
Umbre se redressa, la pression spirituelle du Capitaine Commandant encore forte sur son dos et sonné – il ne restait qu'une seule chose à faire pour tenir aussi longtemps que nécessaire, jusqu'à ce que Rim soit prête, jusqu'à ce que tout explose une bonne fois pour toute. Et non, merci. Il ne comptait pas crever au milieu de Shinigamis dans un monde beaucoup trop ordonné pour que ce soit net. Ses doigts se resserrèrent autour de la poignée noire, ornée d'un peu de doré - Sombra avait toujours eu cette lame courte, effilée, pas plus longue qu'un avant-bras et recourbée d'une façon si étrange qu'au commencement, Umbre n'avait même été sur de pouvoir la rentrer dans son fourreau après l'en avoir sortie – pourtant il y était toujours parvenu, et ça avait été la promesse de pouvoir l'en ressortir de nouveau à chaque fois.
Umbre songea qu'étrangement, même s'il parlait beaucoup, personne ne savait vraiment le faire sortir de ce rôle bien défini qu'il s'était donné – parler, crier, saturer le silence oppressant du château de son père avec des mots à n'en plus finir, ne jamais laisser se tarir le flot de phrases qui sortaient de sa bouche, combler l'absence, le vide, comme pour oublier que sa mère avait abandonné le Roi et l'avait emmené avec elle. Et lui, pauvre gamin promené d'un endroit à un autre, puis finalement laissé derrière, il comprenait à peine ce que tout ça pouvait bien signifier; alors il babillait sur tout et n'importe quoi, tentant de sortir son père de sa solitude, et bien étrangement, alors qu'il se serait cru le dernier capable de maîtriser un tel pouvoir, Sombra lui avait offert de quoi se glisser dans l'ombre des gens, jusque dans leur cœur pour mieux les y poignarder.
Quitte à protéger les autres du silence, autant s'y laisser tomber – peut-être était-ce là son véritable pouvoir, et c'était amusant, vraiment, parce que le sacrifice semblait être une valeur fondamentalement commune de leur famille. Öderricht ne signifiait pas sauveur, pourtant aucun d'entre eux ne semblait pouvoir s'en empêcher.
C'est justement le point d'une guerre, de tuer ses ennemis, résonna la voix du Roi dans sa tête. Comment comptes-tu empêcher quiconque de mourir sur le champ de bataille ?
Il y avait un moyen, ce sempiternel même moyen – se battre. La lame paraissait frêle et était peut-être légère entre ses doigts, mais Umbre ne doutait pas de son pouvoir.
« Engulle, Sombra », siffla-t-il de la même manière qu'il aurait chuchoté un s'il te plaît.
Il pouvait être dans l'ombre de tout ce monde, les figer, les immobiliser; il pouvait être l'ombre sous leurs pieds, ou celle, minuscule, qui se formait sur leurs fronts, là où leurs cheveux empêchaient le soleil de passer. Il pourrait prouver à son père qu'il avait tort, et sauver toute cette famille si désespérément perdue. Aucune flamme bleue ne brûlait sur son cœur, et il n'en avait pas besoin pour trouver son chemin parmi la nuit perpétuelle construite par sa forme libérée et dans laquelle il se déplaçait aisément, plus vraiment un corps, pas vraiment une ombre.
Le reiatsu construirait le palais d'ombres, les routes et les tunnels conduisant d'ici à là, et, de la même manière qu'Umbre avait secouru Gin, il pourrait tout tenter pour sauver son frère du vieillard malade qui jouait avec ses flammes dans les cieux sombres de Soul Society. La Princesa serait fière, songea-t-il en voyant la traînée noire qu'était Ichigo courir à toute vitesse, narguant presque le brasier vivant à sa poursuite.
« Umbre ! » Appela Gin, sa voix atteignant le Prince à travers la nuit dont il s'était entouré.
Il n'était pas si loin, à l'échelle de celui-ci. Le rejoindre, c'était comme faire un pas et se laisser tomber hors de son ombre, surgir derrière lui, observer avec un plaisir presque malsain à quel point sa surprise était grande – quoiqu'avec Gin, on ne sache jamais vraiment s'il était surpris ou tout simplement indifférent. Ses yeux n'étaient qu'une ligne fine, deux paupières continuellement closes qui laissaient parfois entrevoir une lueur de ce bleu presque trop clair pour être humain.
Il haussa un sourcil en le voyant arriver, seul symbole d'une quelconque réaction, et Umbre lui sourit, un peu gêné. L'attention qu'on portait à sa forme libérée l'intriguait autant qu'elle le dérangeait, car vraiment, n'y avait-il pas pire que lui ? Jaggerjack était décidément plus charismatique, plus sauvage – et que dire du Roi ? Et si Ichigo en avait une, lui aussi, elle serait sûrement époustouflante et un peu impossible – comme lui.
« On rejoint la fête ? » Ricana l'ancien Capitaine, sa tête se rejetant en arrière, ses cheveux clairs tâchés de terre et de sang, des gouttes de sueur roulant sur ses tempes, ses vêtements déchirés et ses doigts retenant presque maladroitement la poignée de son Zanpakuto.
Umbre haussa les épaules, tentant de ne pas sourire trop largement.
Il avait beau être un Hollow, il ne comprenait parfois pas vraiment l'attrait du sang qu'éprouvaient certains de son espèce, son frère ou Gin; il en reconnaissait l'utilité, la nécessité. Et s'il s'amusait parfois de l'angle trop raide d'un coude cassé ou de la couleur des os d'un adversaire trop prétentieux, ce n'était pas ce qui l'attirait le plus – non, Umbre restait étrangement pragmatique face à la mort et aux massacres. De la même façon qu'il ne considérait pas son frère comme un monstre, il ne voyait pas les batailles comme l'ébauche chaotique de centaines d'âmes uniquement là pour s'entretuer – étrangement hors du combat, il se sentait comme spectateur de ses propres actes, comme si son corps n'agissait plus selon sa commande, mais guidé par un instinct plus fort que sa raison. Il faut survivre. Et pour cela, il faut tuer - dans le monde des Hollows, que l'on soit Prince ou juste une poussière, refuser de combattre, c'est accepter de mourir dévoré par ses semblables.
Ses ongles étaient longs, noirs et pointus, et de larges arabesques couraient sur sa peau blanche, sur son torse découvert – des cornes osseuses sortaient de son crâne, passaient entre ses cheveux noirs rallongés jusqu'à ses épaules, et Umbre ne ressentait rien d'autre qu'une curieuse froideur. Le sentiment d'être un étranger dans son propre corps était toujours là, et tout n'était que pragmatisme et logique – je tue par nécessité. Pas par plaisir.
Et, oh, à quel point il aurait préféré que ce soit l'inverse…
« Encore en transe ? Le taquina Gin, un sourire sardonique ourlant le trait qu'était ses lèvres pâles.
Umbre aperçut l'éclat clair de ses yeux l'espace d'une seconde.
- Surveille tes arrières. Si ton frère cède nous serons en mauvaise posture, certes – et ce n'est pas une raison pour se mettre en danger.
Les ombres étaient piquantes, de longues pointes surgissant parfois du sol pour empaler un ennemi qui aurait le malheur de s'approcher trop près, et les montagnes de corps continuaient de s'amonceler autour d'eux.
« Le Colisée des cadavres ! » S'amusa Gin en tournant sur lui-même, une trace carmine coulant sur sa joue gauche, arrivant au coin de sa bouche.
Et il rit, hystérique, son Zanpakuto à peine retenu par ses longs doigts blancs.
Les ombres frappaient encore, transperçant les Shinigamis quelque part dans la conscience vide d'Umbre qui les laissait agir. En haut, les flammes brûlaient. L'odeur d'œuf pourri n'avait pas totalement disparue, mais la pression sur son dos, contre son crâne, s'était évanouie en même temps qu'il s'était fondu dans sa nuit.
Et là où il va, il n'y a que du silence.
Sa forme libérée ne l'avait jamais autorisé à parler. Aucun mot ne franchissait la barrière de ses lèvres, le trait fin et net qu'elles formaient sur son visage parfois souriant, mais toujours aussi froidement détaché, presque professionnel.
« Les Capitaines ne jouent pas, fit Gin avec une moue boudeuse, sa voix sonnant comme celle d'un gamin capricieux. Les Capitaines et les Lieutenants ne jouent pas. »
Et il disait vrai, cet homme deux fois traître qui tenait plus du serpent que de l'être humain. Perfide, il siffla entre ses dents aux cadavres sur lequel il marchait pour se sortir de son Colisée, oh, tu es tellement magnifique.
Mais je dois t'écraser le visage pour m'échapper, milles excuses.
Sa tête tangua, il jeta un regard au Soukyoku toujours dressé vers le ciel, et émit un son dédaigneux – Rim ne bougeait toujours pas, et quelques fussent les maigres espoirs nourris par les Renégats, sa lenteur ne les ravivait pas. Sa moue enfantine se fit rictus agacé, et son pied broya les os d'une Shinigami tandis qu'il sortait du champ de cadavres sanguinolents engendrés par les ombres. Le sol était boueux, rouge, odorant. Umbre posa son regard doré tout autour de lui, et tout ce chaos ne lui inspira qu'une seule chose – le même sentiment glacé de nécessité.
Gin disparut, et de nouveaux soldats vinrent couvrir les corps des précédents, leurs pas claquant dans les flaques, leurs mains tremblantes et quelques odeurs d'urine apparaissant – et il y avait tous ces cœurs qui battaient, ces souffles erratiques, ces yeux grands ouverts sur une réalité qu'ils ne pensaient pas entrevoir un jour, toutes ces choses qui disaient tiens, regarde, nos gorges sont juste là – allez, frappe.
« PUTAIN REGARDEZ CA ! » S'écria la voix d'Hiyori par-dessus la cohue, désignant du doigt l'horizon, abandonnant un instant son Zanpakuto coincé dans les viscères d'un Shinigami.
Une flamme d'un orange aux reflets rouges éclata soudain, s'élançant vers le ciel avec toute la force d'un météore lancé en sens inverse; elle brisa l'épaisse couche nuageuse qui obscurcissait le ciel, atteignit le bleu et retomba, les flammes naviguant autour d'un point central comme des ailes. Le souffle chaud vint jusqu'à eux, vibrant rappel du reiatsu condensé là-haut, brûlant presque la peau de leurs visages, entamant le sol gras de la Colline et éloignant l'orage.
L'oiseau enflammé dans le ciel sembla figer tout le monde, et un instant tous les regards furent rivés sur la forme incandescente juchée là-haut – et comment diable avait-elle réussi ce tour, se demandèrent-ils tous ? Car, étroitement mêlé au reiatsu qui émanait du Soukyoku, on sentait une pointe de celui d'Ichigo, mais aussi Benihime – et le Soukyoku d'origine se mit en mouvement à son tour, attirant l'attention et faisant reculer les Shinigamis qui voyaient là une arme mortelle se mettre en marche de son propre gré.
Le monde était-il devenu si fou, pour qu'une arme millénaire agisse de son propre chef ?
Umbre se serait presque arrêté pour demander, si d'aventure Rim n'avait pas été enfermée dans cet incendie ravageur. Il ne l'apercevait même pas au milieu des flammes orangées, ressentait juste le mélange incongru de reiatsu – il n'y avait pas de doutes possibles, ça devait être elle. Le reiatsu chantait, et l'autre lame devint un large oiseau. Le bec claqua, et des yeux rouges se formèrent au milieu du brasier; le Soukyoku darda ses iris couleur de sang sur sa copie conforme, et on pouvait sentir le mécontentement jusque dans son cri.
Et là haut, dans une portion du ciel qui était encore noire, Ichigo et Yamamoto ne s'étaient pas arrêtés pour regarder ce curieux spectacle, ressentir le reiatsu étrange qui émanait de Rim, observer les deux formes se fracasser l'une contre l'autre et provoquer la chute d'une partie de la colline lors de leur rencontre. Aveuglante, la lumière qui se dégagea de leur rencontre les immobilisa tous, les poussant à se protéger les yeux – et ils attendirent, incapable de voir, que l'éclat retombe. L'onde de choc secoua toute la colline, en écrasa un morceau qui disparut, mais ne chassa pas les nuages – tout était encore plus sombre lorsque les deux formes incandescentes retombèrent. Leurs reiatsus s'étiolaient, s'envolant d'elles en un nombre incalculable de petits points embrasés qui retombèrent sur les combattants blessés et couverts de terre comme de la pluie.
Et c'était comme être éclaboussé par de l'huile bouillante, votre peau vous brûlait sous l'effet des gouttes et rien d'autre que la gêne et la douleur ne vous venaient à l'esprit – dans un premier temps, la plupart des Shinigamis se protégèrent des petits points qui leur mangeaient la peau, avant de remarquer le silence et le ciel soudain assombri.
Et presque trop soudainement, un murmure vous parvient.
Le Soukyoku n'existe plus.
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Ichigo s'était enfoncé au milieu de la nuée de particules spirituelles, dans la douche féérique, et dansait au milieu des lucioles qui ne piquaient sa peau mais glissaient, comme des chandelles miniatures qu'on aurait posé son ses bras ou son visage – et vraiment, il avait presque l'air humain avec toutes ses lumières qui ravivaient son teint blafard. Son oncle était muré dans ses flammes, circulant dans les cieux avec cette odeur de pourri symptomatique de sa vieillesse et ses sourcils froncés qui lui donnaient l'air d'une pomme avariée.
L'hybride avait eu le temps de perdre deux fois son bras gauche à gauche des brûlures, avant que l'ancien ne finisse par l'attraper, le coinçant dans un sort de Kido. Une luciole trop vive s'aventura dans son œil, et un clignement de paupière l'en fit partir comme s'il s'agissait d'un cil ou d'une simple poussière; oh, Yamamoto avait encore du chemin à faire avant de parvenir à l'emprisonner. Mais l'étau se serra autour de son corps, brisant sa colonne, chassant toute chaleur de ses os tandis que sa silhouette d'épouvantail souffrait de la constriction la plus violente du monde. Mais son regard ne faisait montre d'aucune douleur – douleur ? Le sens même du mot commençait à lui échapper; il y avait une lueur sauvage dans ses yeux dorés, et son sang qui faisait du goutte à goutte sur les liens spirituels d'un jaune translucide.
Et les petits pétales de reiatsu flottaient autour d'eux, un peu comme celles de Senbonzakura – et un instant les souvenirs filèrent dans la tête d'Ichigo qui éclata d'un long rire hystérique.
Oh, Diable, ce que j'aimerais partager ton humour.
« C'est terminé », lui parvint la voix dure de Yamamoto, à travers les flammes et ses oreilles bouchées qui commencent à siffler.
Et Oooh, son coude traversa ses côtes, perça quelque chose puisqu'il sentit du sang couler encore davantage, arroser ses liens comme s'ils étaient des plantes réclamant à boire.
Ça fumait, d'ailleurs.
Peut-être pas de l'eau, mais de l'acide – un jardinier mal intentionné serait donc passé par ici, ricana Ichigo, son esprit embrumé par quelque chose d'encore plus grisant que la douleur.
« C'est terminé », répéta le Capitaine Commandant, peut-être plus pour s'en convaincre qu'autre chose.
Il approcha, son bras gauche couturé de cicatrice mais dénué de toute flamme se tendant vers le cou de son neveu qui demeurait intact, miraculeusement épargné par les liens brillants – et les fragments de reiatsu continuaient de flotter, féérique spectacle prêt à s'arrêter.
Les doigts fripés se tendirent jusqu'à son cou et se mirent à serrer autour de sa jugulaire, et il y avait une arrière odeur de pourri, de brûlé et la chaleur des flammes à demi éteintes qui caressaient son visage couvert de terre. Les craquements de son cadavre de corps se firent sinistres, et Tensa Zangetsu tordit son index et son pouce dans des angles improbables. Puis il y eut une autre odeur, comme celle du bœuf que Yuzu faisait parfois revenir à la poêle - ses os mis à nus étaient en train de brûler.
« Tout est enfin achevé, souffla-t-il, son visage proche de celui d'Ichigo qui put sentir son haleine.
Une pointe de sucre et cette arrière-odeur de plantes qui ne mentaient pas.
Du thé.
La mélodie glauque de ses os se craquant les uns contre les autre se poursuivit – hanche et poignets, quoique ça aurait pu être son bras gauche ou sa nuque. Il ne sentait plus le bout de ses doigts et un frisson violent le parcourut, signe avant-coureur de la régénération accélérée qui allait se mettre en place malgré les liens toujours présents autour de son corps. Le fait qu'il puisse mourir d'un coup net et rapide lui effleura à peine l'esprit, et comme embrumé il sourit à son vieil oncle – le sang noir distillerait son poison dans ses veines, et tout deviendrait alors bien plus simple.
Il y avait une lame qui naviguait devant ses yeux, son reflet l'aveuglant parfois – où étaient-ce les flammes entourant Yamamoto ? Les ongles s'enfoncèrent un peu plus vivement dans sa gorge lorsqu'il émit un ricanement amusé.
- Mon bras a repoussé deux fois, tint-il à lui signaler d'une voix curieusement étranglée.
Il s'étrangla un peu à cause du manque d'air, et toute sensation disparut de ses jambes.
C'était curieux comme situation.
- Marmonne, répondit le Capitaine Commandant d'un ton presque monotone. Il y a rien d'autre que tu puisses faire.
- Ah ? Même pas quelques supplications ?
On ne lui répondit pas.
Un rictus narquois ourla ses lèvres et fendit son visage d'un air absolument effrayant.
- Je suis tellement, tellement déçu. »
Ichigo s'étrangla de nouveau, les doigts osseux et brûlants de son oncle resserrés contre son cou – l'air lui manqua, tout d'un coup. Ses vertèbres claquèrent les unes contre les autres, un peu comme des gamins applaudissant un magicien qui aurait réussi un tour impossible.
Ses cheveux balayaient son front, battaient ses tempes et piquaient parfois ses yeux, de même que la brûlure acide de la lueur qui lui coulait le long des joues. Tensa Zangetsu tinta, sa longue chaîne s'enfonçant dans la peau molle d'Ichigo qui serrait les dents. Les ongles s'enfonçaient dans sa gorge, et bien que Yamamoto ne puisse traverser le cuir épais de sa peau, il compressait sa jugulaire de plus en plus fort, approchait son visage de plus en plus près, comme pour savourer davantage les cris des os, la brûlure de la peau.
« Ta mère était folle », commença-t-il d'une voix vieille et éraillée, les mots roulant sur sa langue avec un contentement enfantin, comme s'il avait reçu cette sucrerie qu'il réclamait depuis des heures en martelant la porte et les murs de ses poings.
Il approcha son visage, ses sourcils si froncés qu'on ne distinguait qu'à grand peine son regard.
Son haleine exhalait encore le sucré.
« Hystérique. »
Ichigo le regarda, passif, absent, et pourtant étonnamment là. Son regard doré était vitreux et la pression sur sa gorge empêchait toute intervention verbale – mais c'était comme si une chance insolente allait le libérer du Kido qui broyait ses membres.
C'était provocateur et arrogant.
« Toutes les prières de notre mère ne l'auraient pas sauvée », poursuivit le Capitaine Commandant.
Le sourire s'étira, devint rictus agacé – et c'était encore là,dans ses yeux.
Et Ichigo, à travers son regard opaque et son instinct qui lui martelait de se débattre, songea qu'il n'était rien de plus qu'une carcasse défraichie portée à bout de bras, rejeté comme la peste par une famille déchirée - Yamamoto parlait encore, sa vieille bouche sillonnée de creux prononçant des mots vétustes et dénués de sens, ses sourcils soudain arqués car il souriait, ses ricanements victorieux endormant l'esprit d'Ichigo qui se forçait à garder les yeux ouverts, des malédictions acides pleuvant dans son esprit sans réussir à passer ses lèvres - je te souhaite de cramer comme une cigarette, que ta tête devienne toute noire et qu'elle tombe, s'écrase sur le sol et s'éparpille comme du sable; que ta peau vomisse du sang à travers toutes ses rides. Sa langue cogna contre ses dents, et le gout du sang envahi sa bouche, prêt à s'échapper de la fine ligne formée par ses lèvres closes.
La prise était puissante autour de son cou, et la pointe qui piqua son œil droit s'y enfonça comme dans du sable, glissant à travers la pupille, déchirant l'iris et transperçant le globe oculaire de part en part – comme pressé d'en finir mais pas tout à fait, Yamamoto s'en prenait au peu qu'il restait. Des larmes noires coulèrent sur son visage et vinrent goutter jusqu'au bord de son menton, suintant contre sa peau blême et tombant sur celle fripée de son oncle.
Et plutôt que le thé, l'air embauma soudain le brûlé et les doigts se réajustèrent contre son cou, offrant une ouverture. Le sang avait ce gout amer et désagréable contre la langue d'Ichigo, comme de l'eau un peu trop chaude dans laquelle on aurait mis du poivre et quelque chose de pourri – et c'était immonde, mais l'accès entre son estomac et sa gorge s'était perdu – une prochaine fois, peut-être ?
L'hybride cracha au visage du Capitaine Commandant toute une gerbe de sang noir qu'il avait accumulée en se mordant la langue, l'intérieur des joues et le bord des lèvres, ses dents vernies du liquide visqueux tandis que son oncle lâchait son Zanpakuto, laissait mourir les flammes, se frottait les yeux et les joues – sa concentration se perdit, et les liens de Kido tombèrent en lambeaux tandis que le sang noir courrait déjà dans ses veines pour lui rendre l'usage de ses membres écrasés.
Les sensations affluèrent, revoyant la douleur étourdissante de ses blessures depuis tout son corps, de chaque petite parcelle de peau jusqu'à son œil encore percé dont les restes pendaient sur sa pommette, seulement rattachés à son crâne par un nerf un peu mince; de l'œil valide il capta du mouvement, son oncle qui s'était décidé à attaquer malgré la perte de son Zanpakuto qu'il avait lâché. Sans flammes, sans arme, il n'avait plus l'air que d'un vieillard courbé par le poids des heures, des minutes; mais bien décidé à aller jusqu'au bout de son entreprise, il continuerait – borné, l'oncle se précipita sur lui avec une précision et une rapidité étonnante pour quelqu'un dont le visage venait d'être brûlé, se fiant au reiatsu et aux bruits tantôt diffus, tantôt lourds de la respiration d'Ichigo.
Il chargea dans un cri et l'esquive ne fut pas aussi rapide que prévue – son corps engourdi n'était qu'un traître, et le coup entama la chair de son ventre. Il y avait probablement encore la marque des doigts de son oncle sur son cou et sa ruine d'œil droit n'était pas encore guéri; le vieil oncle étant désormais certain de pouvoir le retenir, même un peu, il lança un sort pour restreindre ses mouvements – l'idée était bonne, mais ça ne durerait pas pour toujours.
Yamamoto se recula, aux aguets.
Ichigo sourit à travers les rigoles de sang noir qui séchait sur son visage, les morceaux écrasés de son corps encore tordus dans des angles impossibles.
« Tu n'aurais pas dû vivre, gronda Yamamoto, pantelant.
La peau de son visage était craquelée et son front se couvrait peu à peu de cloques, de même que sa joue et son nez; une de ses lèvres s'était fendue et s'ouvrait à présent sur ses dents, il y avait aussi une fente dans sa joue découvrant un morceau de ses mâchoires crispées.
- Ils auraient dû te tuer, renchérit-il, crachant à travers les trouées provoquées par le sang d'Ichigo sur son visage.
Mais celui-ci ne répondait pas, demeurait droit, les bras tordus autour de sa taille par le Kidô de restriction.
Son œil se remit soudain en place et il cligna plusieurs fois les yeux d'inconfort avant que tout ne soit de nouveau normal; un de ses genoux craqua, ou peut-être était-ce son dos, et la lueur diffuse du soleil passant à travers les lourds nuages noirs provoquait des reflets étranges dans ses cheveux ternis par la terre ou le sang et tout emmêlés. Son corps était arqué en avant dans un semblant précaire d'équilibre, mais tout d'un coup il se redressa et se tendit en arrière, semblant humer l'air au milieu des petites lucioles de reiatsu qui voletaient encore dans les airs et naviguaient au gré du vent en les effleurant parfois.
- Je vais réparer leur erreur, asséna le Capitaine Commandant en commençant à réciter un Kidô.
L'idée de se salir directement les mains avait l'air de s'être envolée, peut-être par crainte d'un second coup semblable à celui qu'Ichigo lui avait fait – cracher son acide au visage de quelqu'un, c'était vraiment mémorable. Un sourire narquois hantait son visage, et bien que ses bras furent liés par le sort de restriction il ne semblait pas le moins du monde inquiété.
- Bon courage », s'amusa Ichigo, haussant la seule de ses épaules qui n'était pas démise.
Le Kidô bleuit vivement entre les doigts de son oncle. Celui-là, Ichigo ne l'avait jamais vu, mais pour que le vieillard se décide à utiliser une incantation, ce n'était pas le basique Sōkatsui que Rukia avait parfois utilisé lorsqu'ils avaient combattu côte à côte – et tous ces souvenirs ressemblaient presque à des rêves qu'il avait imaginé pour tromper sa solitude, enfermé dans la petite cellule dépressive qu'Aizen avait ouverte pour lui dans son château de malheur.
Yamamoto n'éclata pas de rire, mais le rictus qui tordit les restes de sa bouche valait tous les ricanements dédaigneux du monde; son air criait presque, et comment vas-tu faire, tes poings sont liés !
« C'est un adieu. »
Sa voix était presque déçue, et il n'aurait plus manqué qu'une moue boudeuse – mais le sang noir sur son visage, le squelette brisé et l'air un peu malade sur son visage laissaient à peine passer l'ironie, et donnèrent à cette phrase le ton mortellement sérieux d'une promesse.
La lumière s'intensifia, et Ichigo se jeta vers son oncle, en trois pas dans les airs déjà sur lui, et ses dents s'enfoncèrent dans la chair amorphe, les canines et les incisives y creusant de larges marques de morsure tandis que le sort mourrait entre les doigts de Yamamoto qui hoqueta de surprise.
L'hybride le mordait.
Le reiatsu brûla la langue d'Ichigo, émergeant du plus profond de sa gorge, déchaussant ses dents en même temps qu'il en sortait sous forme de Cero, caressant l'intérieur de ses joues et quittant ses lèvres tandis qu'il pénétrait les chairs molles, fripées et fragiles du vieillard. Sa bouche grande ouverte ne sentait plus le thé. Elle laissa émerger, curieuse ouverture aux bords élargis et à la peau brûlée, quelques jais grisâtres de fumée et une odeur de cuisine – un peu comme quand sa mère préparait du bœuf ou du poulet dans les grandes poêles de la cuisine. Le Cero ainsi projeté dans sa gorge les fit tomber jusqu'au sol de la Colline comme une petite comète, et entrainés par sa puissance ils allèrent s'écraser tout au bord, bien loin du bois mort où de l'agitation qui régnait chez les Shinigamis.
Son corps roula loin de son oncle et Tensa Zangetsu atterrit à proximité dans un long bruit métallique, sa silhouette longue et fine plantée au milieu de la poussière et des débris. Les liens de Kidô lâchèrent, libérant ses membres engourdis et encore cassés, et il sut, au-delà de toute logique, que le Capitaine Commandant était en train de vivre ses dernières minutes sur cette terre – et tout ça, juste à cause d'un crachat et d'une morsure - c'en était presque ridicule, être battu par des dents et du sang alors que vous aviez vécu selon la loi de la lame pendant des siècles et des siècles.
La poussière retombait à peine, piquait un peu ses yeux et fit tousser Ichigo tandis qu'il se redressait en position assise. Les murmures et gémissements étranglés du vieillard à quelques pas de lui étaient encore vifs, acides et désagréables, alors il se traîna jusqu'à ce corps dont tout un morceau avait été arraché par l'explosion du Cero – et l'état général lui rappela d'ailleurs singulièrement Lisa, son regard vitreux et les dernières phrases qu'elle avait dites tandis qu'elle mourrait sur la chaussée glacée de Karakura. La scène se rejouait avec une précision étonnante dans sa tête, ce bonne chance désespérément susurré entre ses lèvres bleues, son visage blême et la neige noire et fondue sous son dos tandis que tout son corps commençait à s'étioler.
Oh non, cette fois-ci, pas de vœu de réussite, de chance ou de victoire. Il n'y aurait qu'un regard vide, une gorge découverte et la certitude d'une haine qui perdurerait encore au-delà de la mort.
« Ils auraient dû te tuer. »
La phrase tomba juste, et Yamamoto n'eut plus l'occasion d'en dire davantage. Son reiatsu disparut, se fanant avec ses derniers mots et l'agitation qui avait régner tout ce temps sur la Colline. Ichigo sourit d'un air narquois, recracha les morceaux de peau et les restes de sang coincés entre ses dents et se releva difficilement.
« Vous auriez vraiment dû m'écouter, s'amusa-t-il en donnant un léger coup dans la tête qui dodelina sur le sol, à peine soudée aux épaules. Mes miracles viennent par paires, vous savez ?
Il fit une moue pensive, tangua un peu puis s'éloigna en ricanant.
- Oh oui vous le savez », siffla-t-il sombrement.
Il marcha hors du cratère, couvert de suie, de terre sombre et de sang; de la cendre voletait tout autour de lui, rappelant singulièrement l'explosion de la maison dans laquelle ils vivaient tous quelques semaines auparavant sous l'égide d'Urahara. La fragrance de brûlé embaumait l'air, capiteuse et étouffante, et Ichigo marchait au milieu de cette tempête, ses vêtements déchirés devenus guenilles, son coude et ses doigts encore tordus dans des angles inhumains se remettant lentement en place, boitillant jusqu'au bord du gouffre que leur chute avait engendré. Ses cheveux retombaient devant ses yeux, son dos était curieusement arqué en avant et on ne voyait que son sourire, large et dévoilant ses dents ensanglantés, sa bouche couverte de rouge et les trainées dégoulinantes qui suintaient sur son menton, tâchaient son tee-shirt aux manches amputées et aux déchirures si larges qu'il aurait tout aussi bien pu ne rien avoir sur le dos.
Le pantalon pendait lâchement sur ses hanches encore émiettées, et il trainait des pieds comme un bagnard épuisé; ses bras n'étaient que deux appendices mous et inutilisables greffés à son corps, si bien que perdant l'équilibre, il s'écroula par terre, ses épaules et son visage heurtant violemment le sol aride de la Colline et égratignant ses joues creusées par le jeun des dernières semaines. Son corps rendait probablement les armes – mais en s'approchant, on constatait le tremblement qui agitait son dos, les sons étouffés qui provenaient de sa forme écrasée au sol – il riait.
Il se tourna sur le dos lorsque ses bras le lui permirent, et son rire emplit la Colline silencieuse.
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Ses yeux s'entrouvrirent, et elle battit des paupières difficilement. Perdue dans les méandres embrumés de son esprit, Rim se sentit revenir à elle, son dos brisé contre la roche dure du sol et des milliers de points lumineux dansant devant ses yeux, brillant d'une lueur dorée sous le ciel sombre et nuageux de Soul Society. L'odeur de brûlé était forte, mais ce qui l'inquiéta le plus était sa respiration sifflante et le fait que Benihime ait soudainement disparu, alors que le capricieux Zanpakuto de son père était revenu l'aider; puis, les derniers événements lui revinrent en mémoire, toutes les phrases désagréables de Benihime qui avait joué, facétieuse, avec ses nerfs jusqu'à ce qu'effectivement, la solution lui saute aux yeux.
Il n'y avait jamais eu qu'une seule famille capable de manier le Soukyoku.
En toute logique, elle devait prendre le reiatsu d'Ichigo pour activer l'arme, puis en suite maintenir ce premier reiatsu en cohabitation avec l'autre pour copier et combattre. En théorie, cela pouvait fonctionner – et c'était visiblement le cas, puisque toutes ces lumières n'étaient certainement pas des étoiles.
Absente, Rim remarqua que ses vêtements étaient trop grands, que son corps avait rétréci jusqu'à revenir à cette toute petite taille de fillette qu'il avait adopté pour mieux subsister – et qu'hélas, la situation n'était plus réversible. Ses cheveux étaient redevenus blancs et elle sentait de nouveau l'inconfortable mais familier sentiment de fuite, de son propre reiatsu qui s'écoulait hors d'elle en emportant avec lui sa vie. Ah, j'ai trop tiré sur la corde, songea-t-elle avec un recul qui l'étonna. Benihime ne pouvait pas maintenir son existence, pas au milieu des deux géants qu'étaient Tensa Zangetsu et le Soukyoku, pas avec cette masse de reiatsu destructrice concentrée en un seul et unique point – elle avait disparu, s'échappant vers la mort avec la clé de la survie de Rim.
Elle était en train de mourir.
Fermant les yeux, La Imitadora soupira longuement, aussi normalement qu'elle le put, ignorant le sifflement sous-jacent probablement dû à quelques côtes brisées. Elle sentit les reiatsus cesser de bouger autour d'elle, les vagues ralentir et s'amenuiser; toute la Colline cessa de bouger, et un instant qui sembla s'étirer des heures, il n'y eut plus de bataille.
Jusqu'à ce qu'Umbre, sous sa forme libérée, ne se glisse hors des ombres pour la rejoindre.
- Hey, lui fit-elle en entrouvrant les yeux sur la forme penchée par-dessus elle.
Elle rencontra son silence, mais Rim savait bien pourquoi il ne répondrait pas – et dans un sens, c'était peut-être mieux, il entendrait tout ce qu'elle avait à dire.
- Je sais ce qui va se passer ensuite.
Et sa voix n'était qu'un murmure, les paroles d'une enfant qui lui mourrait entre les doigts – Umbre aurait voulu crier, mais sa forme libérée le réduisait au silence, lui soufflait, en de vaines vagues rassurantes, que tout ça avait été aussi nécessaire qu'inéluctable.
- Et ce n'est pas grave.
Elle regarda ses doigts, baissa les yeux sur ses vêtements trop grands, ses cheveux redevenus blancs qui cascadaient le long des bras pâles tatoués d'arabesques sombres d'Umbre, et lui fit un sourire fatigué.
- Je ne suis pas d'ici, souffla-t-elle, ses paupières closes.
Ses lèvres étaient d'une teinte violacée effrayante, le sang qui en coulait d'un écarlate étourdissant.
- Je n'appartiens pas à ce monde, Umbre.
C'était comme si elle tentait de le convaincre, et lui ne pouvait rien promettre.
Ses doigts griffus passèrent sur sa joue, ses ongles du même noir que les cernes sous ses yeux.
- Ce n'est pas grave, répéta-t-elle en rouvrant ses yeux pâles, de ce gris inhumain parce que bien trop clair, et il y eut des larmes.
Elles constellèrent ses joues, glissant sur ses pommettes, stagnant ici ou là, continuant de couler jusqu'à son oreille. Et les nuages étaient toujours noirs et lourds dans le ciel, craquant parfois un éclair assourdissant et trop lumineux; pourtant il ne plut pas, il neigea.
Les flocons vinrent s'écraser sur son visage, fondirent et devinrent d'autres gouttelettes stagnantes.
Son regard était fiévreux, déjà parti et il n'y avait personne autour d'eux – Ichigo continuait avec son oncle, Gin tenait les Shinigamis à distance d'Hiyori avec l'aide de Wald, et ils attendirent, face à face sur deux lignes, que quelque chose d'autre arrive. Une comète mêlée de noir et de flammes s'écrasa non loin de l'ancien emplacement du Soukyoku, et le reiatsu d'un vieillard malade se fana jusqu'à ne plus être si oppressant.
- Je suis désolée, souffla Rim, sa respiration devenue sifflante, ses lèvres toutes bleues. J'aurais tellement voulu… Voulu – »
Son corps fut secoué, et elle se plia en deux comme si elle allait vomir, ses yeux révulsés, mais rien ne sortit; ses épaules frêles tremblaient entre ses vêtements trop grands et déchirés, son corps redevenu petit pour maximiser ses chances de survie sans aucun reiatsu auquel se raccrocher.
« En voir la fin », acheva-t-elle avec un sourire un peu rêveur.
Le moment s'allongea, les flocons de neige tombant doucement sur son front, sur ses joues, contre ses lèvres, dans ses cheveux – mais Umbre ne les vit pas, il ne remarquait que le souffle s'amenuisant, les yeux vitreux, les veines trop noires sous sa peau soudain translucide. Ses paupières se fermèrent doucement, elle toussa un peu mais pas aussi violemment qu'un instant auparavant, et se mit à fredonner une chanson.
Les flocons tombaient sur leurs formes immobiles, fondant sur les joues d'Umbre, donnant l'illusion qu'il pleurait à mesure que les gouttes roulaient sur ses joues blanches. La Princesa chantait parfois, et c'était le même air, la même mélodie calme et pourtant mélancolique que Rim reproduisait, les notes parfois détruites par une inspiration qui pourrait être la dernière.
La présence rassurante de son père lui fit lever les yeux, et tandis que le souverain tombait à genoux face à son fils aîné, Rim continua de fredonner, les yeux clos, une chanson qu'ils connaissaient tout deux par cœur; les paroles s'égrenaient dans leurs têtes comme autant de larmes qui coulaient des yeux de La Imitadora.
Been a long road to follow
Been there and gone tomorrow
Without saying goodbye to yesterday
Are the memories i hold still valid?
Or have the tears deluded them?
Maybe this time tomorrow
The rain will cease to follow
And the mist will fade into one more today
Something somewhere out there keeps calling
Am i going home?
Will i hear someone singing solace to the silent moon?
Zero gravity what's it like?
Am i alone?
Is somebody there beyond these heavy aching feet
Still the road keeps on telling me to go on
Something is pulling me
I feel the gravity of it all
Les doigts d'Umbre se resserrèrent autour de ses épaules, ses ongles s'enfonçant dans le tissu. Sa tête vint se poser dans le corps frêle qui disparaissait déjà, ses cheveux sombres glissant sur le ventre mangé par la blessure et couvert de sang, son oreille et sa joue reposant contre la poitrine immobile.
Sa bouche s'ouvrit dans un cri, mais il n'y eut aucun son.
Seul demeurait le silence, et la neige qui tombait sur la Colline.
Et juste comme ça, Rim mourut.
