Hello !
Voici le chapitre suivant. Il est assez dense, je vous préviens.
Bonne lecture !
52. Transcendance
La chaleur ne dérangeait pas Lea. Il vit Aqua s'arrêter deux secondes pour s'essuyer le front, avant que la sueur ne coule devant ses yeux. Les flammes du dragon les cernaient de part en part, empêchant toute tentative de fuite, et ses écailles dures comme la pierre minimisaient l'impact de chaque coup.
Lea jouait les appâts pendant qu'Aqua frappait. Technique classique, mais généralement efficace... lorsqu'on savait où viser. À défaut d'autre chose, sa coéquipière ciblait la gorge, principalement à l'aide de sa magie. Lea ne comprenait pas comment elle parvenait à en avoir encore en stock. Cette fille était un vrai réservoir à sortilèges ! Peut-être même rivaliserait-elle de puissance avec une véritable sorcière.
À ce propos, justement…
Le dragon poussait des hennissements. De douleur ou de fureur, ça, Lea serait incapable de le dire. Les yeux sans pupilles du reptile se tournèrent vers Aqua. Ses narines se mirent à renâcler furieusement. Elle s'apprêtait à lancer son assaut. Lea ne la laissa pas faire.
« Eh, la moche ! Par ici ! »
Il envoya sa Keyblade ricocher entre les ailes du dragon pour le distraire, mais le coup eut l'air de lui faire autant d'effet que l'effleurement d'une brise légère.
« Attention, Aqua ! »
Trop tard. D'un bond, Lea se précipita pour se mettre entre les flammes et son amie. L'action lui parut comme au ralenti, et ses propres mouvements également. Il se sentit décoller, eut beaucoup trop conscience de son saut devant la gueule du dragon, eut le temps de voir celui-ci souffler un embryon de flammes vertes…
Le temps se figea. Un nuage sombre, celui qui planait sinistrement au-dessus du combat depuis le début, se mit à engloutir le ciel, le dragon, puis Lea, puis tout le reste.
Sora éprouva une sorte de satisfaction froide en se retrouvant devant le véritable Xehanort, après tout ce que celui-ci lui avait fait subir. Il souffrait encore par sa faute en ce moment-même, et il éprouvait une envie dévorante de vengeance.
Et ils arrivaient à temps ! Riku gisait inconscient, du sang séché maculant ses cheveux près de la tempe, mais il paraissait vivant. Tout du moins, il respirait. Une autre silhouette gisait étendue sous un amas de pierres, les yeux ouverts, remuant faiblement.
Le soulagement dans son esprit se mélangeait à sa haine contre leur ennemi. Sans attendre, il lança sa Keyblade en direction du vieil homme, qui ne fut pas suffisamment rapide pour vacilla également, son esprit ayant l'impression que c'était lui-même qui se prenait la clé de plein fouet. Il serra les dents. Tant pis pour la douleur ressentie, du moment qu'il faisait mal au vieil homme au passage.
Roxas, jusque là posté derrière lui, le dépassa pour venir se poster devant lui, en position de garde. Sora allait un peu mieux. Juste à côté, voir Terra se débattre, les jambes écrasées sous le rocher gigantesque, l'aidait à oublier un peu la douleur qu'ils partageaient. Devant ce spectacle, il ne pouvait plus ignorer que ce n'étaient pas ses jambes qui étaient détruites, mais bien celles de l'autre homme. C'était étrange, de se sentir mieux à la vue de la souffrance de quelqu'un...
Il sentait, via Xehanort, le véritable Terra lutter pour retrouver sa propre conscience, et la chose le déconcentrait fortement, comme si attention se trouvait à plusieurs endroits à la fois. Roxas avait peut-être raison de se placer devant lui, parce qu'il arrivait au bout de ce qu'il pouvait supporter... Tant physiquement que mentalement.
Xehanort tituba dans leur direction, Keyblade rasant le sol.
« Ah, bien joué. Sincèrement, bravo, héros de la Keyblade ! Vous m'avez donné du fil à retordre. Mais c'est trop tard... »
D'un doigt ganté, il désigna le ciel. Le nuage informe et noir s'était agrandi et planait désormais au-dessus d'eux, menaçant. Et pire, il grandissait. À une vitesse folle. Xehanort exultait. Sora sentait sa joie alimenter sa propre terreur.
Bientôt, le nuage fut sur eux, les aveuglant tous.
Even avait décidé de suivre la petite Naminé, faute de mieux pour le moment. Et puis, il lui devait bien ça. Elle n'était pas armée, et le coin pouvait s'avérer dangereux. Certes, lui-même était blessé et s'avérait un piètre combattant, mais ce serait toujours mieux que rien.
Ses plaies le tiraillaient affreusement, mais elles ne semblaient pas prêtes de se rouvrir, grâce aux soins de la jeune fille. Dire que, quelques minutes plus tôt, il se préparait à accepter la mort...
Il craignait de rencontrer Mélodie, mais davantage encore de croiser la route d'Ienzo. Décidément, il n'était pas encore tiré d'affaire... Ses anciens « alliés » se chargeraient de le supprimer sans aucun remords, s'ils réalisaient sa traîtrise.
D'un côté, la mort valait sûrement mieux que l'alternative que Mélodie lui offrait, une existence de servitude, à assister aux pires horreurs au nom du bien. Il ne souhaitait plus participer à cette guerre insensée.
« Où sont tes compagnons ? demanda-t-il à Naminé au bout de quelques minutes de marche silencieuse.
-Donald et Dingo sont sains et saufs à la Contrée du Départ. Je les aient ramenés là-bas. Je cherche Xion et Vanitas. C'est sûrement lui qu'on repérera en premier.
-Ah oui ? »
Elle ne répondit pas. Il semblait à Even que ce silence relevait davantage de l'oubli que de l'impolitesse. La question l'avait perdue dans ses pensées, à en juger par son air triste. Il décida de ne pas insister.
Ils avançaient sur des ruines dévastées, davantage encore que ce matin. Lorsqu'ils étaient arrivés, la ville croulait sous le poids des siècles passés. À présent, leur bataille avait fait de plus gros dégâts que les années, et presque aucun bâtiment ne tenait debout. Il ne restait que des gravats. Qui serait capable de déployer une telle puissance ? Mélodie ? Ienzo ? Comment se faisait-il qu'il reste des survivants en ce Monde, après une telle démonstration de force ?
Ils ne marchèrent pas longtemps avant d'apercevoir le Nescient. L'énorme monstre volant leur tournait le dos, et s'appliquait à détruire tout ce qui passait à proximité de ses énormes bras. Mystère résolu. Oh, Even doutait de plus en plus de sortir vivant de cette affaire…
« Mes amis sont là-bas » déclara Naminé avant de courir dans la direction du monstre.
Sidéré, il la retint par le bras.
« Serais-tu devenue folle, jeune fille ? Nous ne pouvons pas nous montrer face à cette chose !
-C'est un Nescient ! C'est Vanitas qui le contrôle, il ne me blessera pas ! Oh, mais vous devriez peut-être rester ici pour le moment… Il risque de ne pas apprécier votre présence.
-Et tu lui fais confiance ? »
Peut-être Mélodie allait-elle trop loin, mais Even devait admettre qu'elle avait raison sur un point : il fallait être fou pour croire en la sincérité d'un être entièrement composé de Ténèbres ! Naminé lui renvoya un regard agacé, qui faisait presque tâche sur ce visage ordinairement calme.
« C'est mon ami. Et je vous ai bien fait confiance, à vous.
-Ce n'est pas par-
-Naminé ! »
Une silhouette brune se dirigeait vers eux. Ah, le pantin ! Ou plutôt, Xion. Ainsi, elle en était ressortie vivante ? Bonne nouvelle. Le scientifique éprouvait une certaine sympathie à son égard, une pointe d'admiration devant sa force de caractère. Naminé se précipita vers elle, tandis qu'Even suivait plus lentement.
La nouvelle arrivante lui jeta un regard méfiant lorsqu'elle le vit.
« Tout va bien, il est avec nous, la rassura Naminé.
-Tout ne va pas bien ! Vanitas a complètement perdu les pédales.
-Je vais lui parler, décréta la Simili d'un air déterminé.
-Non ! J'ai déjà essayé. »
Xion paraissait bouleversée.
« Je le connais mieux que toi, argumenta Naminé. Il m'écoutera.
-J'en doute. Il a essayé de me tuer. Il n'est… Il n'est plus lui-même.
-Que s'est-il passé ? intervint Even. Qu'est-ce qui a la mis dans cet état ?
-Ienzo lui a dit que Riku était… mort. »
Elle grimaça de douleur au dernier mot. Even hocha la tête. C'était bien le genre d'Ienzo, de frapper là où ça faisait mal.
« Où est-il, à présent ? »
Xion ouvrit la bouche pour répondre, puis la referma, à court de mots. Ses yeux parlaient pour elle, néanmoins. Même après tout ce qu'ils lui avaient fait subir, ils exprimaient la compassion. Even n'eut aucun mal à déchiffrer ce silence.
Ainsi, Ienzo était mort. Ienzo son protégé et Ienzo le scientifique illuminé, tous les deux disparus sans espoir de retour. Définitivement. Anéanties en même temps, les deux facettes d'un même être, celui qu'Even haïssait au delà de toute raison et celui qu'Even avait aimé comme un fils.
« Je suis désolée...
-Non, souffla Even d'un ton qui se voulait rassurant. C'était la meilleure issue possible. »
Dans ses espoirs les plus fous, son ancien disciple revenait à la raison, redevenait le garçon silencieux et discret qu'il connaissait, mais il s'agissait là de rêveries, nécessaires pour supporter son infâme quotidien. Il avait toujours su cette possibilité hors d'atteinte. Pourtant, y renoncer lui apparut plus compliqué qu'il n'aurait cru. Il secoua la tête.
« Et Mélodie ? s'enquit-il.
-Elle se bat avec Cheshire, aux dernières nouvelles.
-Cheshire ?
-Le Chat de Cheshire. C'est l'incarnation des Ténèbres. Ils sont de niveau égal, et, clairement, s'interposer entre eux serait du suicide.
-D'accord, déclara Even en se surprenant lui-même par son sang-froid. Lumaria ?
-Je ne sais pas, répondit franchement Xion.
-Parfait. »
Plus loin il se trouvait de Lumaria, mieux il s'en porterait. Il décida de se retirer de la conversation et de laisser les deux jeunes filles décider de la suite. Après tout, il ne s'agissait plus de son combat. Naminé souhaitait tenter de raisonner Vanitas, ce à quoi Xion s'opposait fermement, et la discussion tournait en rond. Even tapait du pied nerveusement, fixant la créature dans le lointain, qui semblait chercher des êtres vivants à anéantir. Heureusement, elle ne regardait pas dans la bonne direction...
Et dans le sens opposé, le ciel se teintait de lourds nuages noirs, à l'allure fort peu naturelle. Even sentit ses poils se hérisser. Le phénomène était sinistre. Et il s'étendait de façon bien trop rapide pour ne pas l'inquiéter.
« Excusez-moi jeunes gens, intervint-il. Je pense que vous devriez voir cela. »
L'une des filles poussa une exclamation de surprise.
« C'est par là que les Porteurs combattent, expliqua Naminé d'une voix qui tremblait quelque peu. Ça ne me dit rien qui vaille.
-Néo. »
Sans préavis, Xion commença de courir dans la direction du nuage.
« Attend ! l'arrêta Naminé. On ne peut pas intervenir ! La prophétie…
-Je me fiche de la prophétie !
-Et Vanitas, alors ?
-On ne peut rien pour lui ! Peut-être qu'on peut aller chercher de l'aide là-bas ! »
Elle n'avait pas tort, se rendit compte Even. Pourquoi suivaient-ils à la lettre un plan qui n'arrangeait que Xehanort, après tout ? Et de ce côté de la bataille, la situation se trouvait complètement bloquée. Autant aider là où elles le pouvaient. Naminé se tourna vers lui, l'interrogeant du regard.
« Ce n'est pas mon combat, annonça-t-il. Je ne peux pas décider pour vous. »
Comme il se faisait l'effet d'un lâche, il ajouta :
« Je vais essayer de trouver Mélodie, pour vous tenir au courant de la situation quand vous reviendrez.
-Essayez de ne pas retomber sous son emprise, conseilla Naminé.
-Je ne promets rien, répliqua Even avec un demi-sourire. Mon coeur est faible. Je vais essayer. »
Et il le pensait. Cela changerait, pour une fois, de faire les choses correctement. De tenter, au moins. Naminé hocha la tête et lui sourit, avant de se lancer à la poursuite de Xion, déjà partie en courant. Even poussa un soupir, invoquant son bouclier trop lourd pour lui. Ses blessures l'élançaient toujours.
Il devrait contourner le périmètre du Nescient, et espérer que Mélodie ne l'élimine pas pour sa traîtrise. Ses chances de s'en tirer étaient très minces. Bah, peu importait ! Il n'avait pas beaucoup d'autres choix, de toute manière. Foutu pour foutu...
L'électricité dans l'air la prévint : la X-Blade serait très bientôt achevée. Mélodie sentit les cheveux de sa nuque se dresser. Elle n'avait plus de temps à perdre dans cet affrontement futile ! Les secondes étaient comptées.
La Pierre de Lune lui conférait nettement plus de puissance que son adversaire, mais la lutte ne s'avérait pas facile pour autant. Après tout, le Kingdom Hearts avait créé Cheshire de force égale à Mélodie. Mais il était rouillé, rendu mou par la paresse et les années de complaisance ! Et elle possédait la Pierre. Dans d'autres conditions, la bataille aurait pu durer plusieurs années, sans peut-être trouver de vainqueurs. Ce serait nettement plus rapide avec son avantage.
Mais il fallait qu'elle se débarrasse de lui tout de suite. Faisant surgir toute son énergie restante, elle envoya l'onde de choc lumineuse tout autour d'elle. Le Chat – il ne possédait pas d'autre nom que celui qu'il s'était donné – s'écroula sur la terre, sans se départir de son sourire méprisant. Sa taille le désavantageait également. C'était à se demander pourquoi il avait choisi une forme si pathétique...
« Eh bien, tu y vas fort, très chère.
-Quelle horreur. Tu ne devrais même pas être autorisé à m'adresser la parole, toi qui a corrompu le Kingdom Hearts de tes ombres !
-C'est pourtant lui qui m'a créé. Pulsion d'auto-destruction ? Il en avait peut-être assez de te supporter. Un suicide aurait été plus rapide, tu ne crois pas ?
-Assez ! Finissons-en, ici et maintenant. »
Le Chat de Cheshire devint peu à peu translucide,puis invisible, en émettant des bruits de langue moqueurs. Peu après, Mélodie sentit sa présence flotter juste près de son oreille.
« Oh, ma chère, si tu le désires, s'en est fini de toi ! Mais ce ne sera pas de mon fait. Bye bye !
-Non ! »
Elle déploya de nouveau sa force, dans le but de le détruire une bonne fois pour toute, mais il s'était déjà volatilisé, disparu dans les méandres de l'Entremonde. Mélodie poussa un cri de rage. Le lâche !
Elle s'apaisa bien vite, en songeant qu'elle gagnerait, quoiqu'il advienne. Lorsqu'elle accéderait au Kingdom Hearts, elle pourrait tout simplement effacer son existence de l'équation, ainsi que toute trace de Ténèbres ! Le pouvoir qu'elle obtiendrait alors lui permettrait cela, et tellement plus ! Cet idiot de Chat ne faisait que s'accorder un très court sursis.
Mélodie se tourna vers le nuage dans le ciel, à travers duquel elle entrapercevait l'éclat métallique de la clé de sa victoire. La brume grandissait. Elle devait se hâter.
« Ma Reine… »
Baissant les yeux, elle aperçut son second qui arrivait dans sa direction, bien mal en point. Malgré ses blessures, il la contemplait de son habituelle expression fanatique. Tiens donc, elle l'avait pratiquement oublié…
« Tu m'as fait une piètre impression sur le champ de bataille, Lumaria. »
Il eut au moins la décence de paraître dévasté par le reproche. Ah, elle s'en occuperait plus tard ! Où étaient passés ses autres alliés ? Even se trouvait en route vers elle, d'après ce qu'elle percevait de la Lumière qu'émettait son cœur, quoique cela importait peu au vu de son utilité.
Elle ne sentait plus la présence d'Ienzo en ce Monde. L'hypothèse de la désertion lui semblait bien peu probable, alors il ne restait qu'une conclusion possible… La nouvelle l'agaça quelques peu, mais elle s'y attendait. Ce n'était qu'une question de temps, de toute façon. Aucun mortel ne pouvait prétendre maîtriser autant d'âmes et vivre bien longtemps. Les morts avaient dû le ronger de l'intérieur, voilà tout. Elle avait espéré qu'il tienne jusqu'à la fin du combat. Elle songea à Arlène, disparue sans laisser de traces à la veille de la guerre, échappant à sa vigilance. Le manque d'effectifs se faisait cruellement sentir.
Un soupçon de Ténèbres à l'autre bout de la ville lui arracha un froncement de sourcils. Ces incapables s'étaient retrouvés incapables d'éliminer Vanitas ! Tant pis. Cela ne lui prendrait que le temps d'une respiration, lorsqu'elle régnerait sur Tout.
« Lumaria, rend-toi utile et attend Even, pour le guider jusqu'à moi. Le temps presse, je ne peux point me permettre de vous attendre. »
Et elle avança vers son Destin.
Au début, Kairi ne vit rien du tout. Elle sentait sous ses pieds un sol intangible, mais qui parvenait à la maintenir debout, ce qui l'interrogea fortement. Comme de marcher sur un fil maintenu en équilibre, avec la certitude qu'on ne tomberait pas. Puis elle pensa à ouvrir les yeux. Sans avoir l'impression d'avoir effectué ce geste, elle se mit à voir.
Le lieu était sombre, mais la lumière brillait en quantité suffisante pour y voir comme en plein jour, rayonnant à partir du sol du Pallier et des rayons parcourant le ciel noir autour d'eux.
La première chose concrète qui attira son attention fut la X-Blade. Elle la reconnut tout de suite, sans l'avoir jamais vue. De l'arme émanait quelque chose de... puissant. Ni de Lumière, ni de Ténèbres, ou peut-être d'un équilibre si parfait qu'aucune des ascendances ne l'emportait.
Xehanort se trouvait là, face à elle et aux autres Gardiens, lesquels s'échangèrent des regards confus. Que se passait-il ? Où se trouvaient-ils ? Pas à la Nécropole en tout cas, ou bien ça n'en avait pas l'air. Le lieu était... éthéré.
Sous leurs pieds, un pallier transparent, et un ciel noir moucheté de lueurs. Au dessus d'eux, des volutes de couleurs, aurores boréales tantôt vertes, rosées, bleues, qui dansaient, qui donnaient le tournis à Kairi. Elle ferma les yeux, tenta de se raccrocher à la partie d'elle qui se trouvait dans le monde réel, le monde physique. Naminé...
Xehanort leur faisait face, l'air d'avoir déjà gagné. Seul de son côté du pallier, tandis qu'eux se trouvaient tous les sept sur le même bord. Alors, Kairi comprit : c'étaient leurs esprits, ou leurs cœurs, qui se trouvait ici, pas leurs corps ! Et Xehanort se tenait seul. Un instant, peut-être, elle eut pitié de lui.
Riku ne se sentait plus nauséeux. Cette brutale impression de mieux l'inquiéta. Était-il mort ? Il regard autour de lui, les explosions de couleurs, les étoiles, et ses amis qui se tenaient à ses côtés. Cela l'étonnerait qu'ils aient tous péri.
Et Xehanort se trouvait là également, en face d'eux de l'autre côté du Pallier de verre, le dos bien droit, les mains le long du corps, bien loin de son éternelle position un peu voûtée de vieil homme. Aussi déconcertant que cela puisse sonner, il paraissait... plus en forme. Plus vif.
En observant les autres Porteurs, il se rendit compte qu'aucun d'entre eux ne portait les stigmates de la bataille. Honnêtement, il n'était pas sûr que ce soit une bonne chose... Ce n'était pas normal.
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda Sora à la cantonnade, aussi perdu que lui.
Personne ne trouva les mots pour lui répondre.
La X-Blade se trouvait là, au centre de l'endroit, flottant paisiblement. Peut-être devraient-ils se précipiter pour la prendre avant que Xehanort ne se décide à le faire ? L'idée lui vint, mais ses pieds ne bougèrent pas. Est-ce qu'il ne voulait pas, où est-ce qu'il ne pouvait pas ?
« Gardiens de la Lumière, annonça Xehanort de son ton le plus solennel, la véritable guerre pour le Kingdom Hearts commence dès à présent ! »
Découragé, Riku manqua de soupirer. La première partie avait bien failli le tuer, et ce n'était que le début ? Vraiment ?
Aqua se tenait prête. Elle affronterait tout ce qui se présenterait à elle. Ça irait. Ils étaient unis, et leur ennemi se trouvait seul.
Si elle comprenait bien, ce serait un test de volonté. Ce seraient leurs coeurs qui s'affronteraient, cette fois-ci. Et de la volonté, elle en avait à revendre. Ses amis également. Pourtant, Xehanort ne semblait pas inquiet. Serait-ce de l'arrogance ? Non... Il avait un plan.
« Eh, comment ça ? » questionna Lea, direct comme toujours, en s'avançant.
Leur ennemi étira un sourire satisfait, beaucoup trop satisfait.
« Notre conflit précédent n'avait pour but que de forger la X-Blade, expliqua-t-il. À présent, il faut déterminer à qui elle échouera. Qui ouvrira la Porte.
« La Porte... répéta Mickey.
-Celle du Kingdom Hearts, précisa inutilement Xehanort.
-Et après, quoi ? le provoqua Roxas. Quelle utilité ?
-La plus noble qui soit, voyons, mon garçon. Percer tous les mystères de ces Mondes ! »
Aqua secoua la tête, au-delà de la consternation. Tous ces morts pour ça ? Juste une soif de connaissances inextinguible ? Toutes ces vies brisées, dont la sienne...
Un nœud se forma dans sa gorge, et il lui sembla qu'il y resterait logé à jamais.
Quelle absurdité. Quelle folie. Roxas ne saisissait pas. Il haïssait cet homme de tout son être. Lui aurait échangé tout ce qu'il savait pour juste un jour de plus à regarder le soleil couchant avec Axel et Xion.
Et comment étaient-ils supposés faire, pour atteindre la X-Blade ? Juste courir et en saisir l'une des poignées ? Bizarrement, ça ne lui semblait pas si simple que ça.
Il tenta de bouger les jambes, mais quelques chose l'en empêcha, sans qu'il rencontre pourtant de résistance. Juste comme si ses muscles avaient décidé de ne pas bouger. Pourtant il parvenait à baisser les yeux vers son corps, à le percevoir, à le mouvoir, mais pas à avancer.
Les autres semblèrent dans le même cas. Jusqu'à ce qu'Aqua fasse un pas, qui résonna comme un son de carillon sur la plateforme translucide. Lentement, comme luttant contre un blizzard démoniaque. Puis un deuxième.
Et Roxas réalisa, en voyant son regard déterminé, ses dents serrées : il ne pouvait pas bouger les jambes parce que ses jambes ne se trouvaient pas réellement ici. Ce n'étaient pas leurs corps qui se trouvaient là, mais leurs cœurs, sous forme de projection de leur apparence. Ce n'était pas à ses muscles qu'il devait dicter de bouger !
Alors il pensa à ce qui le poussait à vouloir arrêter Xehanort, son fort sentiment de justice, sa haine pour celui à cause de qui tout ça était arrivé, tout ces drames, son existence, l'Organisation, Axel.
Son pied commença enfin à quitter le sol de verre.
Avec stupéfaction, il en vit certains avancer plus vite que lui, quoique difficilement aussi : Aqua en première, puis Sora et Kairi, Riku et puis le Roi. Lea ne bougeait toujours pas. Et Xehanort, évidemment, se rapprochait dangereusement...
Une ombre lumineuse passa sous le pallier de verre et Roxas sursauta. Un rire se fit entendre, cristallin, dangereusement envoûtant.
« Eh bien, murmura Mélodie de son ton chantant, voilà la fameuse X-Blade... »
Elle apparut à leur droite, tout au bout du pallier, superbe comme toujours, peut-être légèrement transparente, encore plus irréelle et impossible de pureté que d'ordinaire, et ses cheveux n'avaient besoin d'aucune brise pour flotter, de même que les pans de sa robe d'or.
Elle se tourna vers Xehanort, qui affichait un air indéchiffrable, impassible, sans qu'aucune émotion ne fuite de son visage, autre que sa sévérité habituelle. Mélodie parla, et le monde se tut.
« Je ne suis pas sûre que tu sois digne d'une telle clé, Xehanort, après toutes les monstruosités commises pour l'obtenir.
-Eh bien ? J'ai simplement appliqué les méthodes préconisées. C'était un mal nécessaire.
-Suffit. Ton cœur est rongé par les Ténèbres ! Je ne peux pas laisser cette obscurité souiller davantage le Kingdom Hearts. Je vais réquisitionne cette clé. Mais tu n'existeras pas suffisamment longtemps pour contempler mon nouveau monde, puisque quelqu'un comme toi ne peut en faire partie. »
Elle commença à avancer d'un pas conquérant, quoiqu'au ralenti. Roxas sentit ses entrailles se liquéfier. Il se mit à perdre peu à peu tout espoir de triomphe.
Even et Lumaria arrivèrent devant Mélodie, qui ne bougeait plus. Une jambe en avant comme figée au milieu d'un mouvement, les lèvres étirées en un sourire exquis de ravissement. Même ses cheveux restaient immobiles face à la brise qui soufflait dans la vallée.
« Ma reine ? » s'enquit Lumaria avec un timbre chevrotant, qui toucha presque Even.
Celui-ci jeta un œil en contrebas dans la vallée qui servait de champ de bataille, et ce qu'il vit le fit froncer les sourcils.
Il vit les silhouettes des Porteurs, il vit la bataille qui se jouait en bas... Tout était figé comme un tableau. Il y avait des silhouettes étendues à terre, d'autres debout, immobilisées en plein geste... Et un dragon dont les flammes se trouvait figées également. Il y avait une personne juste devant le souffle de la créature. Even grimaça. Il n'aimerait pas se trouver à sa place lorsque le temps reprendrait ses droits en ce lieu...
Qu'est-ce qui avait bien pu provoquer cela ? Il leva le nez, pour voir à travers les lourds nuages la forme caractéristique du Kingdom Hearts, lumineux, bleu, diffusant son aura apaisante tout autour d'eux. Cela lui offrit un début de réponse.
« Que fait-on ? » souffla-t-il à Lumaria.
Celui-ci lui renvoya un regard noir, comme si la réponse à cette question relevait de l'évidence.
« Nous attendons que notre reine revienne à elle. »
Cela risquait peut-être de ne pas se produire... Mais Even préféra taire cette possibilité. Même blessé ainsi, l'autre restait plus fort que lui, et facile à contrarier.
Pourtant, il ne se trouvait pas en grande forme, Lumaria... C'était un miracle qu'il tienne encore debout, vu son pas hasardeux et sa respiration sifflante, la sueur qui perlait à son front et sa veste maculée de sang dans le dos.
Even décida de s'asseoir dans la poussière, quoique son associé l'observa d'un air désapprobateur. Lorsqu'il l'avait trouvé, errant au hasard parmi les décombres, Lumaria n'avait pas remis sa fidélité en doute, lui ordonnant simplement de le suivre, afin qu'ils retrouvent Mélodie sur le terrain de jeu de Xehanort, affirmant qu'était venue l'heure de vérité.
Even avait songé à ses résolutions, à sa décision, à sa lassitude... Il avait également songé que Lumaria conservait son arme à la main, et qu'il pouvait aisément, même amoché ainsi, le couper en deux. Il avait acquiescé alors, avait déclaré du bout des lèvres : « Ienzo est mort ». Lumaria avait émis un reniflement dédaigneux, sans répondre, avant de se mettre en route.
Poussant un soupir de tristesse, Even observa la silhouette immobile de Mélodie, se demandant si elle avait réellement raison. Elle ne voulait pas détruire les Mondes, mais les reforger, plus beaux, plus lumineux. Cependant, les moyens employés...
Il songea de nouveau à Ienzo, plus que l'ombre de lui-même depuis que Mélodie lui avait soufflé ses idées de grandeur. Il songea à Lumaria, profondément mauvais. Il songea aux Ténèbres et à la Lumière, qu'il avait toujours considéré comme des synonymes de « mal » et de « bien ».
Peut-être faisait-il fausse route depuis le début ? Il songea à Xehanort, au temps où il faisait partie des apprentis d'Ansem, sans pouvoir tirer une conclusion claire à tout ceci, hormis qu'il se fichait pas mal de toute cette mascarade. Rien de tout cela n'avait de véritable sens, dans le fond. Le bien, le mal, tout ceci ne prenait nullement en compte la vie réelle, concrète, l'existence simple et éphémère de la plupart des créatures en ces Mondes.
Ce n'était pas concret, et Even restait un scientifique en premier lieu. Il ne désirait pas se battre ainsi, pour des idées, aussi bienveillantes ou immondes soient-elles. Il aurait juste voulu qu'on le laisse en paix... Aeleus n'avait pas suivi Ienzo, lui. Il avait décidé de rester au Jardin Radieux, et sans doute avait-il pris la meilleure décision possible. Si Even sortait de tout ceci en vie, il n'était pas impossible qu'il aille le rejoindre. Ce pourrait être comme au bon vieux temps, quoique juste tous les deux. Les journées paisibles de travail...
Lumaria, las sûrement de faire les cent pas, tourna vers lui un regard suspicieux.
« Ma foi, tu as l'air de t'en être bien sorti durant la bataille, Even... Tu sembles étrangement en forme. Aurais-tu fui le combat, hm ?
-J'ai été assommé au début des hostilités, mentit le scientifique. J'ai eu de la chance que ces gamins soient plutôt tendres avec leurs ennemis.
-Il y a du sang sur tes vêtements, pourtant.
-Probablement pas le mien. »
Il ne le croyait pas. Cela se vit à son expression sèche, cruelle.
« Eh bien, nous verrons ce qu'en pensera Mélodie à son retour. »
Et il se remit à arpenter la falaise tel un lion en cage. Even se retint de pousser un soupir triste. Il se faisait des illusions. Il ne pourrait pas retourner en vie au Jardin Radieux. Il n'aurait jamais l'occasion de réinvestir le château et le laboratoire d'Ansem, d'entamer de nouvelles recherches, plus éthiques que par le passé. Il n'aurait pas le temps de pleurer son ancienne vie, de laisser les sombres moments s'effacer au profit des bons souvenirs, de laisser l'image d'Ienzo dans son esprit se transformer de nouveau en ce petit garçon silencieux et attentif.
Non, Mélodie lirait en lui comme dans un livre et l'éliminerait pour sa traîtrise, ni plus ni moins. Pourquoi s'en priverait-elle ? Il ne lui était d'aucune utilité, rien qu'une pièce rapportée par Ienzo, car ils avaient eu besoin de toute l'aide disponible, à ce moment-là. Mais c'était fini.
Il leva les yeux vers son futur bourreau, cette superbe femme qui irradiait la Lumière, qui était la Lumière, et qui l'assassinerait froidement aussitôt que le Temps la libérerait de son immobilité. Son regard tomba sur la Pierre de Lune, retenue autour du cou de Mélodie par un lien fragile. L'artefact irradiait quelque chose, lui aussi, quelque chose que même Even percevait. Des promesses. Pas des paroles creuses comme celles de Lumaria, puisque la Pierre ne parlait pas. Des promesses de pouvoir.
Even eut un bref sourire en imaginant... S'il avait été aussi puissant qu'un dieu...
Il voulait juste retourner étudier, lui ! Il aurait mis un terme à ce conflit, rapidement, proprement, et serait retourné à sa petite vie tranquille. Au fond, il aurait fait bien meilleur usage de la Pierre que n'importe lequel de ces possesseurs jusqu'à ce jour ! Il ne s'en servirait que pour éliminer des personnes qui ne méritaient réellement pas de vivre, à commencer par Lumaria, cet être abject qui, il venait de s'en rendre compte, incarnait exactement tout ce qu'il détestait en ces Mondes. Il détruirait Xehanort également, pour lui avoir volé sa vie, et peut-être même Mélodie, pour la punir de ces mauvaises actions. La Pierre lui chuchotait tout cela, cet avenir possible, pas si hors de portée que cela, finalement.
Peut-être même la Pierre l'aiderait-elle dans ses recherches. Si elle offrait le pouvoir, peut-être renfermait-elle également un puits de connaissance ?
Ce serait si simple. Lumaria ne s'y attendrait pas, et il était blessé, ralenti. Mélodie demeurerait peut-être figée ainsi des heures durant. Ce serait facile, il n'avait qu'à se lever et prendre la Pierre, lever délicatement la chaîne qui l'attachait autour du cou de l'incarnation de la Lumière, la faire glisser depuis son front jusque ses cheveux, sans même lui faire le moindre mal – du moins, pour le moment. Et ensuite...
Ensuite, il pourrait rentrer à la maison. Même ressusciter les morts, pour ce qu'il en savait. Ansem le Sage, Dilan, Braig. Ienzo. Tout redeviendrait comme avant.
Et pourquoi pas ? Pourquoi ne pas essayer ? Au pire ? Au pire il mourrait un peu plus tôt que prévu. Au mieux, il pouvait mettre un terme à cette folie, purement et simplement.
Alors, Even attendit que Lumaria se trouve à quelques mètres de là, le dos tourné, puis se leva. Mélodie ne broncha pas lorsqu'il se posta devant elle. En un instant, il eut les doigts autour de la Pierre de Lune. Et voilà. Et à présent, plus personne ne pourrait jamais l'entraver.
« Even ! Qu'est-ce qui te prend ? Arrête tout de suite ! »
Oh, mais c'était trop tard.
Boum.
Vous vous y attendiez ?
Even est un personnage qui n'était pas sensé avoir autant d'importance, à la base. Je suppose que je m'y suis attaché à force d'écrire les parties d'Ienzo de son point de vue. Et, bien sûr, c'était pas du tout prévu qu'il se rebelle... Mais eh, moi j'aime bien. Je sais pas pour vous, ahah. N'hésitez pas à me donner avis !
À très vite !
