Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « marécage ».

Pitiponks, marécage et illusion

Il avait de la boue sur sa robe. Sa robe bleu émeraude. Sa robe préférée ! C'était inadmissible. Vraiment, qu'allait-il falloir faire encore, la prochaine fois ? Grimper sur un arbre ? Traverser le marécage entier à la place de cet imbécile inconnu ? Et pourquoi ne pas chasser le pitiponk pour lui, tant qu'on y était ? Il ne fallait pas rêver non plus.

Il était Gilderoy Lockhart et il ne s'abaisserait sûrement pas à ça. Il faisait déjà un travail conséquent, à ses yeux. Il trouvait les personnes qui avaient réalisé des exploits de découverte ou d'affront de créatures magiques. Il étudiait leurs proches, leur quotidien, vérifiait qu'ils n'avaient encore jamais parlé de cet exploit, ne s'étaient jamais faits connaître pour lui. Et enfin il les retrouvait, les faisait parler, raconter leur histoire à un sorcier de confiance, avec une prestance certaine. Avant de leur effacer la mémoire.

Cette partie était celle qui lui avait posé le plus de problèmes au départ. Il avait eu quelques scrupules. Oh pas bien longtemps, ne nous en faîtes pas. Ce cas de conscience ne l'avait pas titillé pendant plusieurs longues années. A peine quelques heures. Quelques jours peut-être, pendant lesquels il s'était demandé si c'était véritablement nécessaire.

Et puis il avait compris. Aux grands maux, les grands remèdes. Il voulait devenir un homme célèbre. Connu pour ses multiples talents. Ses multiples aventures. Mais son corps lui faisait défaut, c'était tout. Il fallait bien dire qu'une chevelure or d'une telle brillance, un regard et des dents si éclatantes, un tel style, ne pouvaient définitivement pas se marier avec les hautes plaines de Mongolie ou les forêts noires allemandes. Ça n'était tout simplement pas possible.

En de rares occasions, son esprit lui soufflait que c'était le courage également qui lui manquait, mais il avait toujours mis cette idée de côté. C'était totalement ridicule. D'ailleurs, n'était-il pas présentement aux abords d'un marécage à chercher cette cabane de pêcheur dont on lui avait parlé ?

C'était une découverte absolument fantastique. Un vieil homme était capable d'amadouer les pitiponks. Ces êtres tentaculaires fréquentaient les airs marins, ou éventuellement marécageux. Et ici, ils proliféraient, on pouvait presque dire que c'était leur berceau, leur nid.

Ils s'amusaient à perdre les voyageurs, venus visiter les merveilles locales. Le plus souvent, c'était même des sorciers qui se laissaient prendre au piège. On disait que Merlin avait habité ici, un jour, qu'il avait laissé une marque de son passage sur une des pierres hautes du marécage, et nombreux étaient les sorciers venus se déplacer pour la voir. A chaque fois, c'était ce vieillard qui les ramenait du bon côté, là d'où ils venaient, les arrachant aux créatures des marécages.

Gilderoy Lockhart avait entendu parler de cette histoire tout à fait par hasard, dans un pub pas totalement fréquentable, et il avait absolument voulu voir ça de ses yeux. Ça tombait bien, les vacances scolaires commençaient seulement quelques semaines après, ce qui lui avait laissé le temps de faire quelques recherches et de peaufiner son voyage. Il avait prévenu Dumbledore qu'il ne serait pas là pour surveiller les chers bambins et il lui avait semblé entendre un soupir de soulagement de la part de certains professeurs, il avait sans doute rêvé.

Bien sûr. Il était un excellent professeur, et les élèves étaient un peu indisciplinés, mais ça ne l'empêchait pas de réussir à faire des cours passionnants. Les jeunes demoiselles en particulier tombaient sous son charme à tous les coups et il devait avouer que ça lui plaisait. C'était toujours extrêmement flatteur. Certaines d'entre elles, parmi les septièmes années, étaient d'ailleurs à son goût, même s'il n'avait encore rien tenté. Il était certain qu'elles ne résisteraient pas, mais ça n'était pas très éthique. Le Directeur Dumbledore n'apprécierait pas.

Et puis ça n'était pas ce qui allait le sortir de cette eau vaseuse. Mais où habitait-il, ce maudit vieillard ? Il jurait qu'il allait le trouver, et en faire son tout dernier tome ! Il aurait un retentissement fantastique : le professeur Lockhart qui pendant ses vacances, prend le temps de rencontrer un regroupement sauvage de pitiponks et de les dresser ! Une consécration !

Il remonta le bas de sa robe et s'enfonça encore dans l'eau saumâtre. Soudain, une lueur au loin attira son regard. Enfin, il y était ! Ce devait être une lumière dans la cabane de celui qu'il cherchait, par une fenêtre laissée ouverte ! La nuit allait bientôt tomber, il avait cherché cet homme durant des heures déjà et il lui tardait de le trouver finalement.

Il s'avança encore, marchant de plus en plus vite, ne faisant plus attention à l'état de sa tenue qui devait être absolument déplorable. Il fallait qu'il parle à cet homme, que celui-ci lui raconte la façon dont il arrivait à apprivoiser ces créatures. C'était tout bonnement fantastique et cela méritait tout à fait de faire partie de sa collection d'exploits.

Il courut presque, croyant enfin arriver, mais la lumière s'éloignait encore, ce devait être un effet d'optique bien sûr, mais il n'appréciait pas trop ces marécages, avec les arbres qui l'entouraient. Leurs racines baignaient dans l'eau sale, leurs branches noueuses effleuraient parfois son visage et leurs feuilles avaient disparu avec l'automne. Tout ceci avait un côté lugubre tout à fait parfait pour son récit, mais il n'en était pas encore là.

Là tout de suite, il aurait au contraire apprécié que le chemin se fasse plus doux, que l'eau disparaisse et que les arbres aient une forme moins inquiétante. Oh il n'était pas non plus un peureux, il allait très bien s'en sortir, mais cette lanterne l'enfonçait de plus en plus dans les marais, l'éloignant des berges sur lesquelles on trouvait les sentiers de randonnée. Il allait bientôt disparaître dans ses profondeurs.

Un bruit de succion se fit entendre et il lâcha un juron. Voilà, il était tombé à l'eau, c'était malin. Et sa chaussure hors de prix était enfoncée dans la vase jusqu'à la cheville. Il n'avait vraiment pas besoin de ça. Il pesta, insulta la pauvre terre qui, il le savait bien, n'avait rien fait, avant de finir par utiliser un sort pour se sortir de là. Celui-ci projeta de la boue partout et il en reçut une gerbe sur le visage avec un déplaisir non dissimulé, ce qui le fit s'énerver encore plus.

Fichu marais. Fichu marécage. Fichus pitiponks. Fichu vieillards. Fichus racontars. Il détestait vraiment cette partie du travail, cette fois-ci. Il était un écrivain que diable, un inventif, un romancier, un sorcier capable de coucher les mots sur le parchemin avec une dextérité peu commune. Brasser de l'eau vaseuse et des têtards affolés, ça n'était vraiment pas son truc. Sans compter que la lanterne… non, les lanternes s'éloignaient.

Par Merlin, il y en avait plusieurs ! Il ne savait plus laquelle suivre. Son esprit était totalement embrouillé. Mécaniquement, il suivit l'une d'elles, espérant enfin tomber sur ce qui l'intéressait… mais au fait, qu'était-ce ? Quelque part, très éloignée, une petite voix dans sa conscience lui souffla qu'il était peut-être en train de se faire avoir lui-même par ces horribles créatures tentaculaires. Il l'ignora. Ça n'était pas possible, il était le meilleur…