L'hiver gagnait du terrain chaque jour. Les premiers flocons étaient tombés sur la ville. Le vent s'engouffrait entre les hauts immeubles faisant tourbillonner les flocons fragiles qui venaient s'écraser sur le sol. Le mois de décembre était déjà bien entamé.
La jeune femme se tenait à la fenêtre de son bureau, une tasse de café brulant entre les mains, le regard perdu dans la rue bien des étages en dessous. Elle venait de terminer son rapport qu'elle devait apporter à ses collègues policiers, mais elle voulait faire une pause avant cela, se perdant dans ses pensées. Elle était frigorifiée et savourait grandement ce moment où ses doigts se resserrèrent sur la tasse brulante. Elle sursauta en entendant deux coups être donnés à sa porte. Elle soupira profondément et quitta la fenêtre, posant sa tasse sur son bureau et ouvrant la porte doucement.
-Docteur Ogden, je dois vous voir pour une affaire urgente, lança le jeune homme qui se trouvait dans l'embrasure de la porte.
-Euh oui, c'est pour quoi?
Elle n'eut pas le temps de faire quoique se soit, qu'elle le sentit la pousser dans le bureau et fermer la porte derrière lui. Elle croisa son regard et elle comprit dans la seconde. Elle n'eut pourtant pas l'occasion de prononcer un mot qu'il posa une main de chaque côté de son visage et s'empara de ses lèvres pour un langoureux baiser. Elle s'accrocha de toutes ses forces à lui, savourant l'étreinte pendant un long moment, jusqu'au moment où ils durent se séparer pour reprendre leur souffle.
-En effet c'est une urgence, murmura-t-elle en souriant contre les lèvres de William, je comprends que cela ne pouvait pas attendre Inspecteur. Mais vous êtes venu dans mon bureau dans le seul but de me sauter dessus?
-J'avais encore des tas d'autres idées, murmura William d'une voix grave au creux de son oreille.
Elle rit doucement et s'éloigna alors de lui. Il la laissa simplement s'éloigner et la regarda en silence. Elle prit le dossier qu'elle avait sur son bureau et le lui tendit.
-Comme tu es là, ça m'évite de descendre chez vous, le rapport psychiatrique qu'il te fallait.
Il le prit et l'ouvrit rapidement pour y jeter un regard.
-Très bien, merci, je vais l'étudier et en parler à Brakenreid.
Julia le regarda avec intérêt avant qu'il ne lève ses yeux du rapport et ne croise son regard.
-Il te fallait autre chose? Demanda-t-elle doucement.
-Non.
-Tu es vraiment venu me voir dans mon bureau dans le but de m'embrasser?
Il rit doucement et s'approcha d'elle à nouveau en plongeant sa main dans la poche arrière de son pantalon.
-En réalité je voulais te montrer quelque chose.
Elle acquiesça et il lui tendit un papier plié qu'elle prit aussitôt.
-Ce sont des résultats d'analyses? Dit-elle aussitôt. Tu es malade?
-Lis.
Julia ne répondit pas et s'exécuta en silence. Lorsqu'elle eut terminé, elle leva les yeux vers lui à nouveau, la bouche bée.
-Tu…tu as fait des tests? Tu…
-Ils sont négatifs, lança timidement William en posant sa main sur la hanche de la jeune femme.
-Oui j'ai été médecin, je vois bien qu'ils sont négatifs William, lança Julia avec une pointe de colère dans la voix.
-Je voulais être certain, dit-il en posant son autre main sur elle, puisque entre nous c'est du sérieux, je me suis dit qu'il était temps de le faire même si nous n'avons jamais…
Il laissa sa phrase en suspend et Julia resta muette. Alors, il porta sa main à sa joue et la caressa tendrement avant de reprendre la parole.
-Je ne te demande rien en retour Julia, je ne veux pas te mettre la pression ou quoique se soit, je veux juste que tu saches que pour moi tout va bien et que je suis prêt.
Julia ferma les yeux doucement, puis, elle s'éloigna de lui. Elle fit le tour de son bureau et ouvrit le tiroir du meuble sombre avant d'en sortir une feuille. Elle la prit et vint se tenir face à William une fois encore.
-Lis ceci, dit-elle simplement.
Il prit le papier qu'elle lui tendait et s'exécuta. Lorsqu'il eut terminé, il leva ses yeux vers elle à son tour. Il vit un immense sourire illuminer son visage.
-Tu as fait les tests toi aussi, dit-il simplement en souriant.
-Et ils sont négatifs également.
-Alors, nous n'aurons plus l'excuse du préservatif, plus rien ne nous arrête.
-Plus rien, répéta Julia avant de le sentir l'attirer contre lui et l'embrasser une fois encore, mais ce n'est pas pour ça qu'il faut qu'on bouscule les choses William, dit-elle entre deux baisers.
-On fera ça dans les règles, répondit-il avant de l'embrasser encore, on prendra notre temps et se sera merveilleux.
-Oui, merveilleux, répondit Julia avant de l'embrasser à son tour.
Ils restèrent quelques minutes tous les deux dans ce bureau, à partager de tendres baisers, de doux sourires et de chastes caresses. Eh puis, vint le temps pour William de rejoindre son poste, à contre cœur.
-Que faites-vous ce soir Inspecteur Murdoch? Murmura Julia en caressant les cheveux qui se trouvaient dans la nuque de celui-ci.
-J'aimerai te dire que je dîne avec une femme superbe mais pas ce soir, avec ton rapport on a assez de preuves pour procéder aux arrestations et ca risque de me prendre pas mal de temps.
-Je comprends.
-Je suis désolé, dit-il en caressant son nez avec le sien.
-Ne t'en fais pas, soupira Julia en souriant, je te demande une seule chose. Si vous allez appréhender le suspect je t'en supplie fais très attention à toi, d'accord?
-Je ferai attention, je te le promets.
Elle acquiesça et il l'embrassa une fois encore avant de se séparer doucement d'elle et de se diriger vers la porte. Elle le regarda simplement sortir en souriant timidement, puis, une seconde plus tard, la porte se referma, la laissant seule.
Elle avait eu une note sur son bureau deux jours plus tôt. Un horaire, un lieu. En voyant la rose rouge qui l'accompagnait, elle avait tout de suite compris. Elle avait alors simplement prit son téléphone et lui avait envoyé un message.
« Ok »
Eh puis elle s'était remise à son travail, l'esprit en joie.
Ce samedi matin, Julia l'avait passé au lit, savourant un jour de congé bien mérité. Elle s'était levée tard, avait pris une longue et brulante douche et s'était habillée pour aller en ville. Elle rejoignit rapidement le restaurant et avertit le serveur qui arrivait à sa rencontre qu'une table était réservée au nom de Murdoch.
-Monsieur est déjà là, lui avait-il répondu avant de la guider vers la table au fond du restaurant.
Lorsque William la vit approcher, il se leva aussitôt et lui adressa son plus beau sourire.
-Merci, murmura Julia au jeune homme qui s'éloignait déjà avant de se tourner vers l'Inspecteur Murdoch.
Il se pencha vers elle et vint déposer un baiser sur sa joue, juste en-dessous de son oreille avant de s'éloigner d'elle.
-Bonjour Julia, dit-il doucement.
-Bonjour William, répondit-elle de la même façon, dis-moi pourquoi tant de mystères?
Il lui recula la chaise pour qu'elle puisse y prendre place et s'assit en face d'elle.
-J'avais peur que tu ne viennes pas si je te disais pourquoi je voulais te voir aujourd'hui.
-William, murmura la jeune femme en secouant la tête de gauche à droite, refuser de te voir? Vraiment?
Il lui sourit timidement en haussant les épaules, ce qui la fit rire doucement. Elle se pencha alors sur la table et prit tendrement sa main.
-Dis-moi ce que tu manigance.
-Voila, je…je me disais que comme Noël approchait et que je n'avais pas encore fait le moindre de mes achats, si tu voulais, si toi aussi tu ne les avais pas fait, enfin si peut être on pourrait les faire ensembles? Je sais que nous ne sommes pas vraiment un couple, qu'on ne vit pas ensemble et qu'on…
-Qu'on ne couche pas ensembles, continua Julia dans un murmure en souriant.
-Eh bien…
-William, s'exclama Julia, c'est dingue comme tu peux être explicite à propos de sexe lorsque nous sommes seuls alors que là, tu es totalement coincé pour juste en parler. Dois-je te rappeler à quel point tu étais entreprenant ce soir là dans le bar?
-C'était différent, j'avais trop bu, grommela le jeune homme.
-Admettons, et tes appels le soir? Tes intrusions dans mon bureau? J'ai une bonne mémoire mon amour, et je me souviens de certains mots ou caresses plus qu'équivoques. Nous ne sommes peut être pas « vraiment » un couple, nous agissons comme tel. En tout cas, pour moi ça ne fait pas la moindre différence.
Le jeune homme ne répondit pas et baissa les yeux vers la table quelques instants en rougissant. Elle rit alors de plus belle et serra ses doigts sur sa main.
-William, murmura-t-elle doucement pour croiser son regard à nouveau, je t'aime comme tu es et serai ravie de faire mes achats de Noël avec toi.
-Vraiment?
Elle acquiesça vigoureusement et avant qu'elle n'ait le temps de dire quoique se soit, le serveur revint à leur table.
-Je peux vous servir quelque chose messieurs dames?
-Vous avez du champagne? Demanda William.
-Bien sûr Monsieur.
-Bien, alors deux coupes s'il vous plait.
-Du champagne? Lança Julia abasourdie alors que le jeune homme repartait. Nous fêtons quelque chose?
-Une nouvelle étape dans notre relation mon cœur, répondit William en plongeant son regard dans le sien, nous sommes officiellement un couple.
-Oh et quelle sera la prochaine Monsieur Murdoch?
-Tu ne devines pas? Ou dois-je peux être t'attirer dans les toilettes pour te faire un dessin?
-Toujours des promesses Inspecteur, murmura Julia sur ses lèvres, rien que des promesses, soupira-t-elle avant de l'embrasser tendrement.
Ils marchaient d'un même pas dans la rue bondée. Julia se tenait fermement au bras de William. Le vent leur glaçait la peau. La jeune femme était emmitouflée dans son manteau, une écharpe avalant son visage et un bonnet bien calé sur sa tête, laissant échapper ses mèches blondes indisciplinées. William quant à lui avait les mains dans les poches, la tête baissée, tentant de ne plus sentir les flocons mordant la peau de sa nuque. Il sentit la jeune femme trembler à côté de lui et il posa sa main sur la sienne quelques instants.
-Tu es frigorifiée, tes mains sont glacées, dit-il doucement.
-Mon nez aussi, murmura Julia en souriant, je ne serai pas contre aller boire un café William.
-Parce que tu as froid ou parce que tu es en manque? Demanda-t-il en riant.
-Les deux.
-Je sors avec une droguée.
-Oh je t'en prie, lança la jeune femme en riant, dis-moi que tu n'as aucune addiction.
-J'en ai une, avoua William.
-Le travail?
-Oh non, beaucoup plus agréable et vitale.
Ils arrivèrent à l'entrée du Tim Hortons et William lui ouvrit la porte pour la laisser passer.
-Ah oui, et quelle est elle?
Il se pencha alors vers elle alors qu'elle retirait son écharpe et il prit la parole sur ses lèvres.
-Toi, dit-il simplement avant d'y déposer un baiser et la laissant souriante au milieu du restaurant alors qu'il se dirigeait déjà vers le comptoir pour commander.
Ainsi la journée se termina dans les rires et la bonne humeur. Ils avaient fait de nombreux magasins, le plus souvent ensemble, hormis le moment où ils s'étaient séparés pour acheter le cadeau de l'autre. Ils s'étaient retrouvés devant une vitrine dans laquelle un petit ours jouait du tambour. William regarda pendant un long moment l'automate avant de sentir les bras de Julia se glisser autour de lui. Il plaça ses mains sur les siennes et il sentit son souffle chaud dans sa nuque.
-J'ai terminé William, on peut y aller.
Il ne répondit pas et elle resserra son étreinte, regardant elle aussi le petit ours, se souvenant qu'un an plus tôt, presque jour pour jour elle l'avait regardé avec autant d'intérêt. Le Noël précédent, elle l'avait passé seule, à son piano, devant sa cheminée à ruminer sa vie. Et aujourd'hui, elle se trouvait là, avec l'homme qu'elle aimait, l'homme de sa vie. Elle sourit largement et William la regarda avec intérêt avant de caresser sa joue pour la faire retomber sur terre.
-Ca va? Demanda-t-il tendrement.
-Oh oui William, soupira la jeune femme, je suis heureuse grâce à toi.
-Eh bien, j'en suis ravi, répondit-il un peu pris au dépourvu.
-Et si tu me ramenais chez moi maintenant Inspecteur?
-Avec joie Docteur, dit-il en lui tendant son bras auquel elle s'accrocha à nouveau.
Ils marchèrent à nouveau côte à côte dans la rue bondée, chargés de paquets, heureux, sereins, ensembles.
à suivre...
