Violette : pensées pour un bon rétablissement
Tonksinette : eh oui, Philéas s'est fait avoir par la double puissance de frappe Morwenn en mission spéciale... et Arthur... n'arrivera jamais à se lever correctement le matin. C'est un cas désespéré :)
Valir : mmm... de simples élèves, hein ? Ben ils vont avoir beaucoup de mal... surtout qu'ils sont en plein rush sur l'affaire Grassy qui va monopoliser l'attention de tout le monde... ça va encore être le bronx au lycée quoi...
Choupaa : profite bien de tes vacances en tout cas ! et merci d'être toujours fidèle au poste ;).
Julie : c'est clair qu'il est super sympa Kramer... et il risque de le devenir encore plus !
LolOW : bien sûr, la réaction de Philéas est... humaine, trop humaine... quant à Léon, il va passer du côté obscur de la force et prouver définitivement son allégeance à Camelot avec ce chapitre, au prix de toute son intégrité policière !
Tinette : comment ça, j'te réponds pas ? Désoléééé :). Oui, je prends mon temps, pas ma fauuuute ! la crève ;). J'me fais pardonner, je poste ce soir !
Theod : le réveil du Roi, fallait pas l'oublier ;). Merlin améliore sa technique avec les siècles, tu remarqueras ! Les filles aussi sont passées au stade supérieur... et Léon risque d'en surprendre plus d'un.
Legend : ah bah voilà, j'peux toujours faire rire, c'est bon ça ;).
Lele35 : le problème de la magie va être résolu, mais d'abord, c'est l'affaire Grassy qui doit être résolue... chaque chose en son temps, et il va falloir qu'ils nous la jouent 24 heures chrono sur ce coup-là ;)
Princesse Kawaiii : excellente question, ça fait partie du suspense pour la suite ;). J'vais pas tout raconter maintenant mais la solution commence par un d.
Avalon : je ne connais pas la chanteuse en question mais un grand bonjour au Canada de ma part !
Lily-Anna : désolé pour l'attente ! j'essaie de revenir à l'assaut !
Merci pour vos pensées anti-crève, Choupaa, Legend, Evermore, Princesse Kawaii et Lily Anna ça va un peu mieux, assez pour que je vous envoie un petit chap ce soir :)
Sinon... bon... j'suis pas flic... et j'suis pas non plus dans la police scientifique... et j'suis nul en chimie XD. Et aussi, j'fais pas dans les intrigues policières d'habitude ;). Donc j'ai fait comme je pouvais sur ce passage ;). Le but étant de montrer le formidable travail d'équipe, à retenir dans un coin de vos esprits XD.
CHAPITRE 49
Léon pénétra dans son service à sept heures trente et s'installa à son bureau. Il resta les yeux fixés sur son horloge murale pendant les trente minutes qui suivirent, attendant le coup de fil du commissaire en tambourinant furieusement sur l'accoudoir de sa chaise avec ses doigts tant il était nerveux, incapable de se lever pour aller jusqu'à la machine à café de peur de rater la sonnerie du téléphone.
Quand celle-ci retentit, il sauta presque sur-place avant de décrocher aussitôt, les doigts tremblants.
-Inspecteur Knight !
-Oui commissaire ?
-Je n'arrive pas à joindre l'inspecteur Kramer, je ne sais pas où il est passé ! Je n'ai personne aux commandes de mon unité spéciale sur l'affaire Grassy, et j'ai besoin de quelqu'un pour continuer les auditions immédiatement. Lâchez tout ce que vous êtes en train de faire et rappliquez en salle 21A, vous êtes déféré sur l'enquête pour la journée !
-Très bien, répondit Léon.
-Ah, et... Knight ?
-Oui ?
-Je compte sur vous pour donner tout ce que vous avez dans le ventre, s'exclama le commissaire.
-Evidemment, dit Léon, en avalant sa salive.
Et il raccrocha, encore abasourdi, en pensant : ça a marché.
Puis il prit une profonde inspiration et, prenant une allure déterminée, il se dirigea vers le plateau pour entrer en scène.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooo)
Gwen ne se sentait pas vraiment rassurée, en fin de compte, d'avoir adopté un personnage de call girl hyper sexy. Surtout maintenant qu'elle et Morgane étaient installées dans le salon de la maison de Philéas Kramer, et que l'inspecteur subjugué les dévorait des yeux avec cette expression concupiscente plaquée sur la figure. Quelque chose dans son cerveau ne cessait de lui crier : Alerte ! Alerte ! Et elle aurait vraiment aimé qu'Arthur soit là tout à coup, pour casser la figure à cet espèce de mollusque rien qu'à cause de la manière dont il osait la regarder.
Elle avait mis les choses au point avant le début de leur jeu de rôle : si elle devait embrasser quelqu'un, ce serait Morgane, et pas ce type qu'elles étaient parties entourlouper, dont elle ne voulait certainement pas sentir la langue dans sa bouche.
Maintenant qu'elles étaient en situation, Gwen avait encore moins envie de s'y coller qu'avant, parce que l'inspecteur Kramer ne lui inspirait vraiment rien qui vaile en matière de baisers.
Mais elle se demandait comment elle pourrait éviter d'en passer par là, parce qu'il avait l'air d'être sur le point de lui sauter dessus à n'importe quel instant pour la toucher partout comme un obsédé.
Un petit frisson d'horreur la parcourut alors qu'elle jetait un coup d'oeil inquiet en direction de Morgane.
Elle se demandait si son amie maîtrisait vraiment la situation, ou si, malgré son air très sûre d'elle, tout au fond, elle n'en menait pas large ?
-Je n'arrive pas à croire à la chance que j'ai d'être tombé sur deux beautés comme vous, dit Philéas Kramer en entourant du bras les épaules des deux jeunes femmes. Nous allons vraiment bien nous amuser tous les trois, mes chéries.
L'homme tendit ses lèvres mouillées vers Gwen qui dut réprimer une grimace écoeurée et appela Morgane « au secours » d'un regard horrifié.
La sorcière, captant instantanément son message d'alerte, cria d'un ton satanique:
-Assez !
Philéas Kramer se figea sur-place et la dévisagea d'un air désorienté.
-Euh...
-Nous allons nous amuser si je décide que c'est le moment de s'amuser, dit Morgane, en lui adressant un regard autoritaire. Je respecte toujours mes commandes à la lettre... et donc... comme vous le savez, Monsieur Silas, c'est moi la Maîtresse du Jeu, et vous... l'esclave qui fait ce qu'on lui dit.
L'inspecteur Kramer eut un regard incrédule vers la beauté aux yeux verts.
Sacré Monsieur Silas ! Alors comme ça... il avait commandé un trio SM avec une maîtresse domina en cuissardes noires ?
Il réfléchit à toute allure...
Il n'avait jamais vraiment été fan de SM. Sauf quand c'était lui qui commandait. Mais en même temps, changer les modalités du trio d'anniversaire maintenant revenait à admettre qu'il n'était pas le bénéficiaire prévu au départ, et il ne pouvait quand même pas semer le doute dans l'esprit de ses deux jolies invitées alors que les choses paraissaient si bien engagées...
Il eut un nouveau regard vers la « Maîtresse » du jeu et vit ses dents blanches apparaître entre ses lèvres rouge framboise.
Bon sang ! Elle était belle à damner un saint...
Et après tout... franchement... que risquait-il à se laisser diriger... Ce n'était quand même pas une fillette comme celle-ci qui allait lui faire peur ? Même si elle se mettait à le frapper... il était prêt à parier qu'elle ne lui ferait pas grand mal avec ses petites mains.
-A vos ordres, Maîtresse, dit-il, avec un petit sourire joueur.
Et la beauté aux yeux verts lui renvoya un regard ensorcelant en tirant de la poche de son manteau une paire de menottes.
-Petite maline, souffla Kramer entre ses dents.
Pour toute réponse, la créature se saisit de sa cravate et se mit à le tracter derrière elle en direction des escaliers comme s'il était un chien au bout d'une laisse.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooooo)
-Et voilà, messieurs, dit Lancelot, d'une voix aimable, lorsqu'il immobilisa sa voiture devant le lycée Queen Mary. En temps et en heure... comme promis !
-Nous ne sommes pas en retard, constata Arthur stupéfait, en remarquant que la montre du tableau de bord indiquait huit heures pile.
-Jamais, quand c'est moi qui roule, répondit Lancelot, en haussant un sourcil.
-C'est bien ce que je disais, toujours parfait, lâcha Arthur, démoralisé.
-Merci Lancelot, dit Merlin, en serrant affectueusement l'épaule du chevalier. A ce soir !
-A ce soir, Merlin, et surtout, travaillez-bien en classe tous les deux ! répondit Lancelot avec un sourire.
Les garçons quittèrent la voiture en courant, parce que le timing était quand même serré pour rejoindre les salles de classe...
-Allez, un dernier petit sprint, dit Merlin, en devançant Arthur.
-Pfff... je n'en peux plus de faire du sport, gémit le Roi, qui haletait dans son sillage.
-C'est bon pour votre santé, Arthur, encore un petit effort et vous pourrez passer le reste de la journée assis sur vos grosses fesses !
-Merlin ! Mes fesses ne sont pas...
Le sourire de Merlin se figea quand il découvrit le comité d'accueil qui se tenait planté devant l'entrée, ignorant totalement le fait que la sonnerie avait déjà retenti deux fois. Mona, Paul, Matthias, Eléa, Gérard, Amy, Amir, Yin et Geoffrey les attendaient tous les deux de pied ferme, avec des regards noirs à mi-chemin entre la fureur et le désespoir, et, avant que Merlin n'ait le temps de dissiper le malentendu, Paul et Matthias, devançant tous les autres, se précipitèrent sur lui en chuchotant d'un ton stressé :
-Merlin ! Qu'est-ce qui se passe avec la magie ? Pourquoi s'est-elle arrêtée tout à coup ?
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooooo)
Merlin regarda ses amis catastrophés et leur répondit d'un ton ferme :
-J'ai été obligé de la couper.
-C'était vrai, alors ? dit Arthur, choqué, qui ne l'avait pas cru quand il le lui avait dit ce matin.
-Bien sûr que c'était vrai, dit Merlin, en lui lançant un regard plein de reproches. Tu croyais que c'était un stratagème pour t'apprendre à te lever plus tôt ?
-Eh bien..., fit Arthur, d'un air coupable.
Paul adressa à Merlin un regard horrifié et interrompit Arthur en s'exclamant :
-Ce n'est pas possible. Nous ne pouvons pas rester comme ça sans magie.
-Merlin. Il faut la faire revenir, intervint Mona. Tu as failli donner une crise cardiaque à Paul ce matin. Je veux dire, que je ne puisse pas faire voler les assiettes dans le salon, c'est une chose. Mais ce n'est pas juste une question d'amusement pour lui... et pour Matthias encore moins.
-Et pour moi, alors ! s'exclama Geoffrey, indigné, dont l'acné semblait avoir triplé. Vous croyez que c'est une partie de plaisir pour moi ?
Amir ne pouvait plus parler, mais il plissa les yeux d'un air particulièrement mécontent.
-Ne vous mettez pas en colère... s'il vous plaît ? dit Merlin.
-Imagine que tu te retrouves incapable de bouger les jambes à chaque coupure, intervint Matthias. Ou que tu sois subitement transformé en fille au beau milieu de ce que tu étais en train de faire parce que la magie s'est tarie ! Ou que tu sois sourd à nouveau alors que tu pouvais entendre pour la première fois de ta vie ! Mets-toi un peu à notre place ! Il y a quand même de quoi se sentir perturbé !
-Je suis vraiment, vraiment désolé, répondit Merlin d'un ton d'excuse, en essayant de faire un geste d'apaisement. Je sais que c'est difficile, je sais que c'est comme de se retrouver... handicapé, alors qu'on était de nouveau valide.
-Tu n'as pas le droit de prononcer ce mot-là, dit Matthias, avec un regard assassin. Tu ne sais pas ce que c'est d'être handicapé ! Mais moi, je sais. Et peut-être que j'arrivais à vivre avec... avant de découvrir l'effet que ça faisait de pouvoir de nouveau me tenir debout... mais maintenant... je ne peux plus ! Je veux la magie, ramène-là !
Neuf paires d'yeux exigeants se retrouvèrent braquées sur lui.
-Vous croyez que ça m'amuse de faire ça ? répondit Merlin en les regardant tous. Vous croyez que j'aime... vous torturer, tous autant que vous êtes ? Vous êtes mes amis, je veux autant que vous que vous vous sentiez bien ! Mais il y a plus en jeu... que mon bien-être, ou le vôtre, dans cette histoire. Le retour de la magie a ouvert la porte à des tas de problèmes que je ne sais pas comment régler pour l'instant. La nuit où elle a jailli... vous n'avez pas été les seuls à le ressentir. Des dizaines d'autres magiciens-nés se sont révélés... et tous n'ont pas vécu l'éveil de leurs pouvoirs aussi positivement que vous. Des accidents sont arrivés. Des incendies... des catastrophes... des gens ont été blessés. Et maintenant, certains des nôtres sont en prison, et si leurs pouvoirs sont découverts, et si les autorités réalisent que la magie existe vraiment, nous serons tous en difficulté.
Arthur serra la main de Merlin dans un geste de soutien silencieux qui lui donna le courage de continuer.
-Vous n'étiez pas là il y a deux mille ans, dit-il, en secouant la tête. Vous n'avez pas vu à quel désastre peuvent conduire des pouvoirs magiques débridés quand ils ne peuvent plus être placés sous contrôle.
Les nouveaux membres de la table ronde dévisagèrent Merlin avec perplexité.
-Vous avez déjà entendu parler de la bataille de Camlann, non ? demanda-t-il.
-Bien sûr, dit Mona. C'est celle où Arthur est... Arthur...
-... est mort, compléta Paul, en jetant un coup d'oeil à Arthur.
-Ce n'est pas qu'une légende ? demanda timidement Eléa.
-Non, dit Arthur en secouant la tête. C'est bien comme ça que les choses se sont passées.
- Arthur n'a pas été le seul à mourir. Tout le monde est mort, dit Merlin d'une voix tendue. Toutes les personnes que j'aimais, et aussi... la dernière des dragonnes, Aithusa... celle dont nous avons pu rassembler les œufs dans cette époque. Ca a été une bataille meurtrière... qui s'est terminée dans un véritable bain de sang.
-C'est vrai que l'histoire des chevaliers du Roi Arthur ne s'est pas vraiment bien finie, quand on y pense, murmura Eléa d'un ton désolé.
-Tout ça, à cause de sorciers dont les pouvoirs étaient devenus ingérables, reprit Merlin. Je ne veux pas d'une deuxième Camlann dans les temps modernes. Je ne veux pas d'un autre bain de sang, d'une autre apocalypse. Et je ne veux pas non plus que certains des nôtres soient enfermés en prison, ou... pire, pour avoir été dépassés par l'éveil de leur magie, comme à l'époque où les sorciers finissaient sur le bûcher, comme à l'époque...
-...où régnait mon père, conclut tristement Arthur, en lui serrant la main plus fort.
Puis il expliqua à leurs amis :
-Il détestait la magie... il avait peur d'elle... et je suis prêt à parier que les autorités d'aujourd'hui réagiraient exactement comme lui si elles la découvraient.
-Alors, c'est vrai, je ne sais pas... ce que vous pouvez ressentir, parce que je ne suis pas... handicapé, dumoins, pas comme certains d'entre vous, quand la magie n'est pas là, dit Merlin. Mais je sais exactement ce que ressentent les trois magiciens qui sont en garde à vue en ce moment, parce que ça m'est déjà arrivé, et je sais que je ne souhaite ça à personne. Nous devons être solidaires les uns des autres maintenant... nous devons nous soutenir... entre magiciens. C'est ça qui est le plus important. Même si ça nécessite de nous sacrifier pendant un temps en renonçant à la magie, puisque c'est la seule solution qui soit sûre pour l'ensemble des nôtres. Si nous ne réfléchissons pas comme ça, croyez-moi... nous n'arriverons jamais à rien dans cette époque.
Paul soupira.
-Qui est en prison ? demanda-t-il.
-Jérémy Grassy, Madeline Jost et Safia Faouaz, répondit Merlin.
Et il leur raconta ce qui était arrivé.
Avant la fin de son récit, les membres de Camelot avaient oublié leur indignation et leurs regards étaient remplis de compassion.
-Pauvre Safia, c'est affreux, dit Mona.
-Qu'est-ce que nous pouvons faire pour les aider ? demanda Gérard.
-Un de nos amis, Léon... un ancien chevalier aujourd'hui inspecteur de police, est en train de s'en occuper en ce moment même, répondit Merlin. Il va tenter de reprendre le contrôle de l'affaire... et de faire innocenter les trois suspects.
-Léon ? dit Arthur, abasourdi. Léon va mentir pour couvrir ces gens ? Il serait incapable de faire une chose pareille.
-Détrompe-toi. Il avait l'air très déterminé ce matin, dit Merlin en haussant un sourcil. Et Morgane est partie avec lui pour l'aider. Elle devait intercepter l'inspecteur qui a été nommé sur l'affaire... un certain Philéas Kramer, pour le mettre hors circuit.
-Et nous ? demanda Mona. Comment pouvons-nous les aider ? Y a-t-il quelque chose que nous puissions faire ?
-Pour l'instant... non, dit Merlin, en secouant la tête. A part nous tenir prêts au cas où ils auraient besoin de nous. Et prendre patience. Je vous promets de chercher une solution pour ramener la magie d'une manière qui soit sûre pour nous tous. Mais il va falloir m'accorder un peu de temps pour trouver le moyen d'accomplir ça.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooo)
Philéas Kramer avait rassemblé une équipe de cinq hommes sous ses ordres pour conduire l'enquête.
Deux de ses coéquipiers travaillaient au labo et trois à l'enquête de terrain.
Kramer s'était chargé lui-même des premières auditions des suspects dont les comptes rendus avaient déjà été tapés et les auditions de Safia Faouaz avaient toutes été filmées, comme le voulait la procédure en cas d'interrogatoires sur une personne mineure.
Léon commença par lire attentivement les notes de Kramer pour avoir une idée précise de ce dans quoi il mettait les pieds.
Les faits étaient les suivants.
Dans la nuit du vendredi au samedi, à trois heures quarante, Jérémy Grassy, un étudiant de dix-neuf ans dont les parents s'étaient absentés la veille pour partir rendre visite à une tante maternelle à la campagne, se trouvait seul à son domicile quand un incendie spectaculaire par sa vitesse de propagation s'était déclenché.
Le point de départ du foyer était le salon.
Les experts s'étaient d'abord demandés si une bombe n'avait pas explosé en plein milieu, mais ils n'avaient retrouvé aucune des composantes traditionnelles à ce cas de figure sur les lieux.
Le produit inflammable utilisé était resté introuvable aux analyses. Le jeune homme avait eu le temps de sortir en courant avant que les flammes ne ravagent sa maison.
L'incendie s'était propagé à travers le jardin pour atteindre la propriété voisine, puis la suivante. Grassy avait eu la présence d'esprit d'alerter les occupants en danger, qui avaient à leur tour averti les pompiers.
Il avait fallu six heures pour éteindre les flammes.
A trois heures quarante, Madeline Jost, une mère célibataire de trente-deux ans qui rentrait de l'enterrement de vie de jeune fille d'une de ses amies proches, avait fait une sortie de route spectaculaire sur le périphérique. Sa Ford avait bondi par-dessus la rambarde de sécurité et heurté un poids lourd lancé à pleine vitesse en sens inverse.
La conductrice avait sauté du véhicule en marche avant le choc et s'en était miraculeusement tirée sans une égratignure. Elle avait ensuite trouvé le moyen d'arracher le conducteur du poids lourd à sa cabine et de le mettre à l'abri en l'espace de deux minutes, délai supposé entre la collision et l'explosion qui avait soufflé le poids lourd, raison pour laquelle cet homme était toujours vivant. Une conductrice roulant sur la voie dont était sortie Madeline était arrivée sur les lieux au moment de l'explosion. C'était elle qui avait alerté les pompiers.
Les projections avaient brisé le pare-brise d'un véhicule qui déboulait un peu trop vite sur les lieux de l'accident, sur la même voie que le poids lourd qui avait été percuté. Jasper Desmond, quarante ans, et sa petite fille Shelly, cinq ans, se trouvaient à l'intérieur. Un brutal coup de volant avait entraîné un triple tonneau et ils avaient tous les deux été grièvement blessés. .
Cette même nuit, Safia Faouaz était partie à la fête d'anniversaire d'Eléanore Inkbell, sa meilleure amie, et elle était restée dormir chez elle. Pendant la soirée, les deux filles s'étaient violemment disputées devant témoins pour un motif inconnu. A trois heures quarante, alors qu'elles étaient descendues faire une incursion en cuisine, Eléanore Inkbell avait été électrocutée par une source inconnue. Au même moment, un incendie s'était déclenché dans la maison. Safia Faouaz avait commencé par s'enfuir, mais elle était revenue trois minutes plus tard pour tirer le corps inconscient d'Eléanore Inkbell hors de la maison. Des voisins étaient venus aider les parents de la jeune fille, et son petit frère, à quitter la propriété en sautant par les fenêtres du premier étage avant qu'ils ne soient intoxiqués au dioxyde de carbone. Eléanore Inkbell était encore à l'hôpital, plongée dans le coma.
Mariam et Youssouf Faouaz, les parents de Safia, tous deux professeurs, avaient été arrêtés à leur domicile et placés en garde à vue peu après leur fille.
Actuellement, les prévenus étaient déjà en garde à vue depuis quarante-huit heures, mais le procureur avait sollicité une extension jusqu'à soixante-douze heures en espérant obtenir des aveux de leur part pendant ce délai.
Malgré les soupçons qui pesaient sur eux, aucune preuve directe de les accusait pour l'instant d'être le auteurs volontaires des faits qui s'étaient produits et aucun d'eux n'était passé aux aveux en s'accusant d'avoir intentionnellement provoqué le départ des flammes. Sauf Grassy, qui avait affirmé les avoir allumées « avec la force de sa pensée », et qui était en attente d'une expertise psychiatrique pour découvrir s'il souffrait de psychose.
Toutefois, deux éléments reliaient les incidents entre eux, donnant du poids à l'hypothèse d'une action coordonnée : l'heure de passage à l'acte et le produit inflammable utilisé (dont il n'avait été retrouvé aucune trace).
M. et Mme Faouaz, Madeline Jost et Jérémy Grassy étaient tous les trois en isolement. Aucun d'entre eux n'avait les moyens de se payer un avocat privé pour les assister dans toutes leurs auditions mais les Faouaz et Madeline Jost avaient usé de leur droit de s'entretenir avec un commis d'office au début de leur garde à vue.
Safia, en tant que mineure, bénéficiait de l'assistance d'une psychologue qui l'accompagnait pour le temps de son placement provisoire.
Léon avait deux objectifs par rapport à cette enquête.
Convaincre ses supérieurs que la concordance horaire entre ces trois incidents n'était que le fruit du hasard et leur prouver que le produit inflammable utilisé n'était pas une nouvelle technologie terroriste qui risquait de donner lieu à une vague d'attentats meurtrière.
Il allait devoir rendre des conclusions qui démontreraient la « coïncidence malheureuse » et disculperaient les prévenus de manière efficace avant que ceux-ci ne soient poussés dans leurs retranchements et ne commencent à attirer l'attention sur eux par la similtude entre leurs incohérences.
Qu'une personne prétende avoir allumé le feu avec la force de son esprit était une excentricité... que trois s'y mettent en même temps, et ça devenait une possibilité...
La grosse difficulté de Léon était qu'il arrivait après le passage de la police scientifique.
Il allait falloir trouver un moyen de discréditer les premiers résultats obtenus en urgence.
La solution lui apparut très vite.
J'ai besoin de retrouver les prélèvements mis sous scellés pour les corrompre et de planter le système informatique du labo, pensa-t-il. Ca obligera la police scientifique à faire un deuxième passage sur les scènes de crime... qu'il faudra arriver à modifier entre temps pour aboutir à la preuve que les premières conclusions de l'enquête étaient erronées.
Malheureusement, il ne connaissait pas de hacker qui puisse lui fournir le virus informatique dont il avait besoin pour affoler les instruments du laboratoire.
Peut-être l'un des autres avait-il ça sous la main ?
Qui ne tente rien n'a rien, pensa Léon.
Et il décida d'envoyer un SMS à tout hasard.
De : Léon.
A : Gauvain, Elyan, Perceval, Lancelot, Mithian, Gwen, Arthur, Merlin, Morgane
« Urgent. Besoin d'un virus informatique discret et efficace pour planter le PC du labo, est-ce que l'un d'entre vous a une idée ? »
Après deux minutes, Elyan lui répondit :
« J'ai peut-être quelqu'un sous la main qui pourrait te faire ça. Je te recontacte plus tard pour confirmation»
Léon consulta le fichier informatique pour découvrir dans quel coffre les preuves récoltées sur les trois scènes avaient été placées sous scellé et réfléchit.
Comment faire en sorte qu'il soit impossible de les réutiliser pour une deuxième expertise?
Le plus pratique qu'elles partent à la benne... pour ça, il suffisait d'une erreur d'étiquetage. Les gars de la maintenance passaient tous les jours à onze heures et ne cherchaient pas à comprendre la nature des objets qui partaient à la destruction... ils se contentaient de les récolter conformément à leurs instructions qu'ils recevaient directement de la centrale. Il fallait donc qu'il arrive à les modifier à la source... mais comment infiltrer le PC d'où partaient les commandes ?
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooo)
Elyan prétexta une urgence pour pouvoir s'absenter de son travail et se rendre chez Grégory Power.
C'était un ami Nigérian qu'il avait rencontré à l'époque où il était sans papiers, et qui s'y connaissait sacrément en informatique. Elyan savait qu'il trempait dans pas mal de combines, y compris en matière de hacking informatique, et, il savait aussi que ça lui rapportait pas mal, étant donné la manière dont il vivait alors que c'était sa seule source de revenus.
Par-contre, il ne savait vraiment pas pourquoi Léon, le grand inspecteur de police au sérieux irréprochable, toujours si respectueux de la loi, avait besoin de quelque chose d'aussi illicite qu'un virus informatique.
Mais Léon était Léon : le capitaine de la garde de Camelot et son ami.
S'il avait besoin d'un service en urgence, quel qu'il soit, Elyan était disposé à tout mettre en œuvre pour lui venir en aide dans les plus brefs délais.
Grégory était surpris de le revoir, et quand Elyan lui exposa les raisons de sa venue, il lui adressa un regard amusé en s'exclamant :
-Craquer le système informatique de la police ? J'adore cette idée. Ton ami a les moyens de payer, au moins ?
-Combien vas-tu lui demander pour ça ?
Grégory sourit.
Elyan contacta Léon quelques minutes plus tard pour lui exposer les modalités de travail, puis, passa la communication au pirate.
-Oui, dit Grégory. J'ai ça en stock. Un virus d'une discrétion parfaite, qui peut planter tout un réseau en... disons trente minutes, avec perte de toutes les informations à la clé...garanties irrécupérables. Non, c'est indétectable. Le virus se présente sous forme d'un CD de mp3 : tu l'insères dans le PC principal pour écouter de la musique... et il fait son œuvre tranquillement sans se faire remarquer... Ah, tu aurais aussi besoin de prendre la main sur un des postes de tes collègues... tu es un bon, toi. Quoi, maintenant ? Bon, attends. J'ai besoin de l'adresse IP du PC que tu veux hacker...non, reste en ligne, je vais te piloter par téléphone. Elyan t'enverra la note plus tard.
Enfermé dans son bureau, Léon suivit les instructions téléphoniques de l'ami d'Elyan, qui en connaissait décidément un rayon sur l'informatique, ne pouvant s'empêcher de suer à grosses gouttes à chaque fois que, dans un éclair de lucidité, il réalisait la gravité de ce qu'il était en train de faire.
Je suis un terroriste, pensa-t-il, horrifié. Si je me fais prendre, c'est moi qui suis bon pour la prison.
Grégory l'aida à s'introduire à l'intérieur du PC depuis lequel étaient données les consignes de maintenance et il envoya tous les scellés relatifs à l'affaire Grassy, dont il avait noté les numéros au préalable, tout droit à la benne. Pour éviter que sa sélection ne paraisse suspecte, il expédia les preuves relatives à d'autres affaires à la destruction, en essayant de piocher parmi celles qui étaient déjà résolues ou en voie de l'être. Il devait brouiller les pistes, pour que l'erreur finale ne paraisse pas particulièrement ciblée. En espérant qu'elle serait rapprochée de la panne informatique du labo qui suivrait un peu plus tard.
-Le CD est prêt, lui dit Elyan, en reprenant le téléphone, dès qu'il eut terminé la phase un de son travail de sape avec l'assistance du pirate. Tu veux que je passe te le déposer au bureau ?
-Pas au bureau, répondit Léon. Il y a un café en face du poste, laisse-le au garçon pour moi dans une enveloppe. D'ici combien de temps est-ce que tu peux me l'apporter ?
-Une demi-heure.
-Merci, Elyan.
-Pas de problème, Léon. Si tu as besoin de quoi que ce soit d'autre, fais-le moi savoir.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooo)
Morgane et Gwen avaient entraîné l'inspecteur Philéas Kramer jusqu'à la chambre, où il était en train de se liquéfier sur-place tandis qu'elles le provoquaient de loin en s'effleurant du bout des doigts pour le maintenir en haleine. Elles s'étaient légèrement effeuillées pour maintenir le suspense, et elles étaient à présent en soutien-gorge, debout l'une à côté de l'autre tandis qu'il les observait de loin, assis sur le lit, la bouche entr'ouverte et la langue à moitié pendante.
Il était manifeste que l'homme avait depuis longtemps dépassé le stade où il était encore en mesure de raisonner normalement.
Il n'avait plus qu'une seule envie : se jeter sur elles pour les dévorer vivantes.
Mais à chaque fois qu'il tentait une approche dans leur direction, Morgane prenait son ton de maîtresse domina intransigeante pour le renvoyer à sa place.
Et ces manifestations d'autorité suffisaient à l'obliger à reculer.
Raison pour laquelle il était assis sur le lit, d'où il continuait à les regarder avec des yeux exorbités.
-Vous êtes dures avec moi, les filles..., gémit-il, au supplice.
-Les filles ? répliqua Morgane, courroucée, en brandissant la règle qu'elle avait trouvée sur le bureau en guise de menace.
Elle lui avait déjà donné une claque sur les doigts avec quand il avait essayé de toucher les fesses de Gwen un peu plus tôt, et ça lui avait bien refroidi les ardeurs.
Maintenant, au moins, il savait qu'elle n'hésiterait pas à s'en servir contre lui.
-Mesdames ! se corrigea aussitôt Philéas Kramer. De très jolies dames, qui aiment à me mettre au supplice...
-Parce que tu aimes ça, animal, rétorqua Gwen, d'un ton méprisant.
-Eh bien..., protesta l'inspecteur.
-Bien sûr que tu aimes ça, l'interrompit Gwen. Sinon tu te montrerais beaucoup plus obéissant.
-Dis-le, ordonna Morgane, en avançant vers lui, la démarche menaçante.
-J'aime ça, articula Philéas Kramer, en louchant sur son décolleté. J'aime vraiment, vraiment ça...
Morgane lui asséna un coup de règle sur la jambe, qui lui fit pousser un cri de douleur.
-J'aime vraiment ça...
-Maîtresse ! compléta-t-il hâtivement.
-Joseph Silas, tu es un élève rebelle et indiscipliné, dit Morgane d'un ton sans appel. Mais nous sommes là pour nous charger de ton éducation, et d'ici la fin de cette séance, tu sauras comment t'adresser à qui de droit.
Elle brandit les menottes qu'elle avait prises à Léon ce matin et les agita sous le nez de l'inspecteur.
-Maintenant, l'heure de ta punition est arrivée, dit-elle, avec un sourire carnassier.
-Oh, oui, dit Kramer, enchanté. Punissez-moi, Maîtresse, je n'attends que ça...
Pour toute réponse, Morgane attacha une des menottes à son poignet, et referma la seconde sur les barreaux du lit.
Puis, elle saisit une chemise pour lui attacher l'autre poignet, et le fixer au second montant.
Gwen s'approcha de l'homme, et lui retira ses chaussures une à une avec un petit sourire.
Morgane s'occupa de lui enlever son pantalon.
-Enfin... s'exclama Kramer, à deux doigts du paradis.
Gwen lui attacha les chevilles pour l'immobiliser complètement.
Morgane posa une main sur son torse...
-Et maintenant..., dit-elle.
-Maintenant, punis-moi fort, répondit-il, mort d'impatience.
Morgane jeta un coup d'oeil à la bosse sur son caleçon et eut un petit sourire.
-Oh, ne t'inquiète pas pour ça, mon chéri. Tu vas être puni. Vraiment puni. N'est-ce pas, Lily ?
-Oh, oui, Sérapha. C'est tout ce qu'il mérite...
-... tu vas rester ici, sans bouger, jusqu'à seize heures, comme un bon garçon... et si tu te tiens bien, peut-être... je dis bien, peut-être, que quand nous viendrons pour te détacher, tu auras droit à une récompense.
Philéas Kramer regarda les deux femmes qui le surpombaient en souriant victorieusement. Et soudain, la situation cessa de l'amuser. Jusqu'à seize heures ? réalisa-t-il horrifié avec une pensée haineuse pour Joseph Silas. Franchement, quelle espèce de malade demandait à être attaché huit heures d'affilée pour son anniversaire ? Ca n'allait pas du tout. Il avait une enquête à mener... du travail à faire. La surprise était censée durer une heure grand maximum... pas s'étaler sur toute la journée ! Et encore moins devenir un remix de Midnight Express à domicile !
-Non non non, dit-il, soudain très sérieux. Stop. Temps mort. Assez joué. Détachez-moi les filles.
-Ecoute-moi ça, Lily. Ce vilain monsieur Silas essaie encore de nous donner des ordres ?
-Il n'a pas compris qu'il est notre prisonnier, Sérapha... Peut-être que tu devrais lui rafraîchir la mémoire ?
Morgane tapa sur la cuisse de l'inspecteur avec sa règle.
-Aïe ! s'étrangla-t-il. Mais ça fait mal !
-C'est toi qui l'as cherché, lui signala Morgane.
-Non, pas du tout, se rebella Kramer. Ce que je voulais, moi, c'était un gentil petit trio, sans doutes ces histoires de SM et de bondage par-dessus le marché, et là, la coupe est pleine, alors... détachez-moi !
-Ooh, Monsieur Silas a décidé de jouer les rebelles, dit Gwen en haussant un sourcil.
-Peut-être qu'on devrait le laisser attaché pendant vingt-quatre heures ? dit Morgane, en se retournant vers elle.
-Arrêtez... ça suffit. Je ne suis pas Monsieur Silas, d'accord ? Vous vous êtes trompées d'adresse. Je m'appelle Philéas Kramer, je ne suis pas adepte du bondage, je suis censé aller travailler aujourd'hui et j'exige que vous me détachiez immédiatement !
Morgane recula et prit un air choqué.
-C'est une blague, dit-elle d'une voix glaciale.
-Non, je suis très sérieux. Regardez dans la poche de mon pantalon si vous ne me croyez pas et vous verrez bien... je ne suis pas votre foutu Monsieur Silas, d'accord ? C'est... une méprise, alors arrêtons tout, et restons-en là.
Gwen alla fouiller ses poches et en ressortit son passeport, qu'elle ouvriit et fit mine d'examiner.
-Philéas Kramer, Sérapha. C'est écrit noir sur blanc, ce type n'est pas Joseph Silas !
-Vous voulez dire que vous nous avez fait perdre... une heure de notre temps, alors que vous n'êtes pas notre client ? dit Morgane, en se retournant vers lui d'un air mécontent.
-Non. Oui... qu'importe ! Maintenant vous savez la vérité... alors détachez-moi !
-Ca fait une heure que vous nous prenez pour des imbéciles ! Mais ce n'est pas une prestation gratuite, figurez-vous, répliqua Morgane. Est-ce que vous allez nous payer ?
-Payer ? s'écria Philéas Kramer, dépité et furieux. Payer pour quoi... pour m'être fait taper dessus avec une règle... par une espèce de folle furieuse ? Et puis quoi encore ? Détachez-moi vous dis-je !
-Joseph Silas aurait payé pour cette prestation, lui, répondit Morgane, courroucée. C'est vous qui vous immiscez dans les fantasmes des autres, pour... profiter gratuitement d'un service qui ne l'est pas ! Vous nous avez fait perdre un client aujourd'hui, c'est vous qui êtes en tort !
-Vous devriez vous excuser ! renchérit Gwen. Et nous rembourser !
-Allez au diable toutes les deux !
Morgane le dévisagea d'un air pensif.
-Vous savez quoi ? J'ai bien envie de vous laisser ici... vous débrouiller tout seul pour vous en sortir. C'est tout ce que vous méritez pour nous avoir fait perdre notre temps comme ça !
-Quoi ? dit Philéas Kramer, paniqué. Non ! Attendez ! Vous ne pouvez pas me laisser comme ça !
-C'est vrai, nous ne pouvons pas...
Gwen dégaina son tube de rouge à lèvres, et s'approcha de lui avec un grand sourire.
Elle le lui appliqua sur la bouche avant qu'il ait eu le réflexe de détourner la tête et s'exclama joyeusement :
-Voilà, comme ça vous êtes parfait, Monsieur Kramer ! Embrassez les pompiers pour moi quand ils viendront vous détacher du lit !
-Espèce de... aïe !
-N'essayez même pas d'insulter mon amie ! le prévint Morgane, la règle à la main. Tout ça, c'est de votre faute ! La prochaine fois que vous voudrez rouler votre monde... peut-être que vous y réfléchirez à deux fois ! Ce n'est pas parce que nous sommes des call girls que nous sommes complètement stupides !
-Attendez ! Revenez ! Je vous ordonne de...
Les deux femmes se dirigeaient vers la porte sans l'écouter.
Morgane rafla le portable de l'inspecteur au passage dans la poche de son téléphone et l'agita dans les airs avec un sourire :
-MON TELEPHONE ! QU'EST-CE QUE VOUS FAITES AVEC MON TELEPHONE ?
-Confisqué, dit Gwen en haussant un sourcil.
-Espèce de petites... Noooon, ne partez pas !
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooooo)
Gwen et Morgane sortirent de la maison, leurs affaires sous le bras, et se rhabillèrent rapidement sur le perron.
-Mon Dieu ! Quel espèce de pervers ! dit Gwen en roulant des yeux. J'ai bien cru que nous n'arriverions jamais à l'empêcher de nous violer sur-place ! Heureusement que tu es drôlement crédible en maîtresse SM... Tu sais quoi ? On croirait que tu as fait ça toute ta vie !
-Je me sens plutôt à l'aise dans le rôle, reconnut Morgane, en fermant la porte d'entrée à double tour, avant de cacher les clés sous le paillasson. Mais j'ai trouvé que tu n'étais pas mal non plus dans ton genre. Lily.
Gwen eut un rire amusé avant d'avertir :
-Surtout, ne va pas raconter ça à Arthur.
-Jamais. Tu me connais...
-Oui, justement. C'est bien ça qui m'inquiète. Toute la planète est au courant pour l'arbre...
-Oh... tu sais très bien que ce n'est pas pareil, dit Morgane en roulant des yeux. Cet arbre était vraiment énorme, je n'ai pas pu m'en empêcher...
Gwen se mordit la lèvre, amusée, en repensant à l'aventure qu'elles venaient de vivre. C'était énorme aussi, quoi que puisse en dire Morgane.
-Qu'est-ce que tu l'as fait courir, quand même... et le coup de la règle ! Je n'en revenais pas quand tu as commencé à le frapper !
-Il fallait bien que je l'aide à se canaliser un peu, nota Morgane.
-Et maintenant ?
-Maintenant... il est bien au chaud... il ne peut pas appeler à l'aide...
Elles avaient abandonné le portable de Kramer sur la table du salon, au moment où elles quittaient la maison, alors qu'il était encore en train de beugler : « je vous retrouverai ! ».
-... Léon a le champ libre, résuma Morgane.
-J'espère juste que Kramer ne parle pas trop sérieusement quand il dit qu'il nous retrouvera, nota Gwen. Il est quand même inspecteur de police, ce serait vraiment ballot s'il se mettait à nous courir après.
-Crois-moi, il n'aura aucun intérêt à ébruiter l'affaire... s'ils apprennent chez les flics qu'il a été retrouvé menotté à son lit avec du rouge à lèvres plein la bouche, c'en est fini de sa réputation, dit Morgane en riant.
-Et tu vas le laisser attaché comme ça jusqu'à quand ? demanda Gwen, un peu inquiète.
-Demain matin au plus tard. J'enverrai Wildor pour le détacher...
-Qu'est-ce qu'il va lui dire ? demanda Gwen les yeux ronds.
-Oh ! Il trouvera bien quelque chose, ne t'inquiète pas. Je lui dirai de se faire passer pour le patron d'Entre nous et il lui présentera ses plus plates excuses pour le comportement indigne de ses filles, ça devrait le calmer, ça, tiens. L'important, c'est que d'ici là, Léon aura eu le temps de faire ce qu'il doit pour disculper nos magiciens, et tout sera rentré dans l'ordre.
-Si tu le dis ! soupira Gwen.
Elle referma son manteau et ajouta :
-Je vais prendre le bus pour rentrer à la maison... tu viens avec moi ?
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooo)
Léon continuait à réfléchir en attendant de réceptionner le CD d'Elyan.
S'il voulait truquer cette enquête, il ne suffirait pas d'inventer de fausses preuves. Il allait avoir besoin du concours de chacun des prévenus pour manipuler les faits de manière subile..., ce qui signifiait qu'il allait être obligé de trouver le moyen de leur parler seul à seul.
Par chance, aucun des prévenus ne s'était attardé sur la manière dont les accidents s'étaient déclenchés hormis, Grassy, pour lequel Kramer avait demandé une expertise psychiatrique qui devait être réalisée dans la journée.
Madeline et Safia avaient toutes les deux affirmé avoir été complètement prises au dépourvu par les explosions et ne pas comprendre comment les incendies étaient partis.
Pour Safia, les choses se corsaient un peu par rapport à l'électrocution de sa camarade...
Instinctivement, Léon sut qu'il devait parler à l'adolescente en premier c'était sans doute elle qui avait le plus besoin d'être rassurée, et pour qui l'élaboration d'un mensonge crédible serait le plus compliqué...
Il décida de le faire sans attendre.
Quand il pénétra dans la section spéciale où la collégienne de treize ans avait été placée en garde à vue, il se retrouva face à une femme de type méditerranéen, d'une trentaine d'années, vêtue d'une veste de tailleur noire, d'un jeans, d'une chemise bleue. Elle avait de longs cheveux noirs bouclés et des yeux fatigués qui le torpillèrent sur-place lorsqu'il fit son entrée au pas de charge en s'exclamant :
-Bonjour. Je voudrais parler à Safia Faouaz, où est-elle ?
La jeune femme se redressa de toute sa taille pour se planter face à lui, l'air tout sauf impressionnée.
-C'est une adolescente de treize ans et elle a déjà subi deux interrogatoires en l'espace de quarante-huit heures. Vous avez les vidéos des précédents entretiens, votre collègue lui a déjà posé toutes les questions possibles et imaginables. Pourquoi vous acharner sur elle ?
Léon dévisagea son interlocutrice et répondit poliment :
-Excusez-moi pour mon entrée en matière un peu brutale. Je suis l'inspecteur Léon Knight, je remplace l'inspecteur Philéas Kramer sur cette enquête aujourd'hui. A qui ai-je l'honneur ?
-A la seule personne de cette institution qui ait le moindre souci déontologique, répondit sèchement la jeune femme.
-..., fit Léon.
-Je suis sa psychologue.
-Mademoiselle...
-Torez, répondit la psychologue, en croisant les bras sur sa poitrine. Je m'appelle Térésa Torez, et je n'apprécie pas du tout les tentatives d'intimidation sur les mineures de quinze ans pour tenter de leur faire avouer des fautes imaginaires. C'est ce qu'a fait votre collègue, l'inspecteur Kramer, avec Sofia Faouaz au cours de ces deux derniers jours. Au point que j'ai été obligée d'interrompre le dernier entretien. Cette jeune fille a treize ans, elle culpabilise énormément d'avoir eu peur et de s'être enfuie en laissant sa meilleure amie inconsciente à l'intérieur de la maison au moment où l'incendie s'est déclaré. Ses parents ont été arrêtés, menacés d'incarcération et d'expulsion, et elle pense que c'est à cause d'elle. A trop la pousser, vous risquez de lui faire raconter n'importe quoi... sauf la vérité ! Alors je vous préviens...
-Mademoiselle Torez, coupa Léon, d'un ton posé. Je ne suis pas l'inspecteur Kramer. Je ne veux pas interroger Safia Faouaz, je souhaite lui parler. Hors caméras... et hors procédure d'enquête. Vous saisissez la nuance ?
Térésa Torez le dévisagea avec perplexité.
-Oui. Mais je saisis aussi que vous n'êtes pas du tout censé faire ce genre de chose... inspecteur Knight. Alors j'aimerais que vous m'expliquiez... de quoi voudriez-vous vous entretenir avec Safia ?
-C'est confidentiel.
-C'est hors de question.
-C'est dans son intérêt. Je promets de ne pas la menacer. Ni d'exercer sur elle aucune pression. Et je vous assure que vous ne regretterez pas de m'avoir laissé faire après coup, parce qu'elle se sentira beaucoup mieux.
La psychologue le dévisagea d'un air sceptique.
-J'ai été formé aux auditions des victimes de violences, argumenta Léon. Et j'ai travaillé pendant deux ans pour la brigade des mineurs. Je ne suis pas un sauvage, Mademoiselle Torez. Je vous demande juste... de me faire confiance. Je fais ça dans l'intérêt de Safia, pas contre elle.
La jeune femme l'affronta du regard un moment de plus, puis, elle soupira.
-Très bien. Allez-y. Mais si je retrouve Safia en pire état que je ne l'ai laissée, vous aurez affaire à moi.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooo)
Léon pénétra à l'intérieur de la pièce où était détenue l'adolescente et Safia leva sur lui de grands yeux noirs soulignés de cernes profondes. Elle était toute jeune, à peine plus qu'une enfant, mais quand elle ouvrit la bouche, sa voix était pleine de défiance, cherchant à masquer sa peur.
-Qui êtes-vous ? demanda-t-elle.
-Je m'appelle Léon Knight. Je remplace Philéas Kramer aujourd'hui.
-Qui est Philéas Kramer ? dit Safia, méfiante.
-L'inspecteur qui t'a interrogée hier ? répondit Léon en pensant : ce bougre aurait au moins pu lui dire son nom.
-Alors vous êtes un flic, vous aussi, déduisit l'adolescente.
Et elle se hérissa aussitôt.
-Allez-vous en, je n'ai rien à vous dire.
Léon s'assit face à elle et affirma :
-Tant mieux. Parce que comme ça, tu vas pouvoir m'écouter.
La jeune fille le dévisagea avec stupéfaction.
-Nous n'avons pas beaucoup de temps pour parler ensemble en privé. Je suis ici pour t'aider Safia, mais il va falloir que tu me fasses confiance.
La collégienne lui adressa un regard sceptique.
-C'est quoi, dit-elle, cherchant la faille. Le jeu du gentil et du méchant flic ? Je regarde les Experts, vous savez, monsieur Knight. Je sais comment ça marche. Si vous croyez que je vais commencer à vous raconter ma vie parce que vous faites semblant d'être cool, vous vous fourrez le doigt dans l'oeil jusqu'au coude. Je connais mes droits. Je ne vous dirai rien.
-Je n'ai pas besoin que tu me racontes ta vie, parce que je la connais déjà, répondit Léon avec autorité. Tes parents sont tous les deux professeurs et tu es leur fille unique. Ils ont quitté le Pakistan pour l'Angleterre parce qu'ils voulaient que t'offrir une chance de faire des études, de choisir un métier, et de décider par toi-même de ta vie. Tu as toujours été la meilleure élève de ta classe et tu n'as jamais fait de vagues... pas plus qu'eux, d'ailleurs. Jusqu'à ce vendredi soir, où il s'est produit quelque chose que tu n'as pas compris et que tu serais bien incapable d'expliquer même si tu étais disposée à le faire. Et maintenant, tu te retrouves ici, accusée d'avoir électrocuté ta meilleure amie à dessein et d'avoir mis le feu à sa maison, et tout le monde croit que tes parents sont des talibans. Mais ils n'en sont pas. Pas plus que toi. Et si je le crois, c'est parce que je sais, moi, ce qui s'est passé dans la nuit du vendredi au samedi.
-Non, vous ne pouvez pas savoir, dit Safia, en secouant la tête, les yeux dilatés. Vous n'étiez pas là.
-Tu étais en colère contre ton amie, vous avez eu des mots.
-Je croyais qu'elle et moi, nous étions comme des sœurs, murmura Safia. Mais à sa soirée d'anniversaire, j'ai découvert... qu'elle racontait des choses sur moi derrière mon dos. Et quand j'ai réalisé... à quel point elle avait pu être hypocrite... j'ai eu envie de la tuer.
-Ce sont des choses qui arrivent, dit Léon. Tout le monde peut avoir... ce genre de pensées.
-Sauf que pour les autres, ça reste des pensées, dit Safia, en lui adressant un regard bouleversé. Alors que pour moi...
-Qu'est-ce qui s'est passé, Safia ?
-J'étais obligée de rester dormir chez elle, parce que c'était ce qui était prévu, et quand nous nous sommes disputées il était déjà trop tard pour que je demande à mes parents de venir me chercher. Alors nous sommes allées nous coucher sans nous parler. Mais pendant la nuit, elle est allée aux toilettes et elle m'a réveillée en tirant la chasse d'eau. J'ai voulu reparler des choses qu'elle avait dites sur moi et elle a dit que c'était cette idiote de Noémie qui avait raison à mon sujet, et que je n'étais qu'une sale Pakistanaise. Ca m'a rendue furieuse, alors je lui ai répondu que j'allais rentrer chez moi maintenant, même si je devais y aller à pied. J'ai pris mes affaires et je suis descendue... elle m'a poursuivie en me demandant de m'arrêter... elle m'a empoignée en me disant que stupide comme j'étais, j'allais réussir à me faire tuer sur le chemin du retour, et là, j'ai... j'ai...
Safia secoua la tête, les yeux pleins de larmes.
-Tu as senti une force te submerger, résuma Léon pour elle. L'instant d'après, Eléanore était à terre, et la maison était en feu, et maintenant, tu te sens coupable, parce que tu penses que c'est toi qui as provoqué ces deux évènements.
-C'était moi, souffla Safia. Je sais que c'était moi. J'étais tellement en colère. Mais il n'y a jamais eu de bombe... ou de produit...que j'aurais ramené de la maison, comme l'a dit l'inspecteur Kramer. C'est juste... arrivé, comme ça, d'un seul coup. Ce n'est pas de la faute de mes parents, inspecteur Knight. Ils n'ont rien fait, ils sont innocents. Si quelqu'un doit aller en prison... c'est moi. Pas eux. C'est moi qui ai fait du mal à Eléanore... c'est moi qui l'ai abandonnée alors que la maison était en train de prendre feu, parce que... parce que j'ai paniqué.
La collégienne plaqua une main sur sa bouche.
-Mais tu es revenue, et tu l'as sauvée, dit gentiment Léon.
-J'ai... j'ai...
-Safia, tu n'es pas responsable de ce qui s'est passé. C'était un accident.
Elle lui jeta un regard terrifié.
-Et si ça recommençait ?
-Non, ça ne recommencera pas, dit fermement Léon.
-Comment pouvez-vous le savoir ?
-Parce qu'un de mes amis y veillera, répondit-il.
-Quel ami ? Comment pouvez-vous savoir toutes ces choses à propos de ce qui s'est passé vendredi soir ?
-Safia... écoute-moi, dit Léon en lui saisissant les mains. Tu n'es pas une jeune fille ordinaire, tu es une magicienne. Tu n'es pas seule dans ton cas, il en existe d'autres. Cette nuit-là, tes pouvoirs se sont manifestés pour la première fois, et comme tu étais bouleversée, ils ont provoqué l'incendie.
-Mais... c'est impossible, dit Safia en secouant la tête. Les magiciens, ça n'existe pas !
-Ca existe. Mais c'est un secret. Et ça doit absolument... rester un secret. Tu comprends ? Personne ici n'est au courant, en-dehors de moi, et personne ne doit découvrir que tu as ces dons... pas même tes parents. Sinon, tu seras en danger, et beaucoup d'autres magiciens le seront, également. Il ne faut pas que tu aies peur. Je vais reprendre cette enquête... et je vais me débrouiller pour vous sortir d'ici, toi, et tes parents.
-Ils ont dit qu'ils m'enverraient en maison de redressement et que mes parents seraient renvoyés au Pakistan et que je ne les reverrais plus jamais, dit Safia, en larmes.
-C'est faux. Tu vas rentrer chez toi avec eux, je t'en fais la promesse. Il faut juste... que tu me donnes un peu de temps. Et que tu me fasses confiance. Quand toute cette histoire sera derrière vous, je te mettrai en contact avec des gens qui pourront t'aider... à contrôler tes dons, avec le temps, de manière à ce que tu puisses les utiliser pour faire du bien autour de toi.
-Pourquoi est-ce que vous feriez ça pour moi, dit Safia, en le dévisageant avec perplexité.
-Je te l'ai dit, affirma Léon. J'ai des magiciens parmi mes amis et en te protégeant, c'est aussi eux que je protège. Ils m'ont chargé de venir t'aider... je leur ai donné ma parole... et je tiens toujours ma parole.
Safia prit une inspiration, l'observa quelques instants de plus, puis, prit une profonde inspiration et dit :
-D'accord.
-Tu vas devoir être courageuse. Et surtout ne parler à personne de ce que je viens de te dire. Est-ce que tu comprends ?
Elle acquiesça à nouveau.
-Nous allons devoir expliquer ce qui s'est passé chez toi d'une manière rationnelle, dit Léon. Et il va falloir que ton témoignage concorde point par point avec les preuves que je fabriquerai. Alors, maintenant, écoute-moi attentivement...
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooo)
Après en avoir terminé avec Safia Faouaz, Léon savait comment la disculper pour l'électrocution.
Mais il avait besoin de renseignements complémentaires, et une seule personne pouvait les lui donner. Il décrocha son portable, et appela un ami.
-Allô, Percy ?
-Oui ?
-Tu es à l'hôpital en ce moment ?
-Oui, pourquoi ? dit l'infirmier étonné.
-Parfait. Alors écoute-moi attentivement. J'ai besoin que tu ailles regarder le dossier d'une patiente qui a été admise aux urgences vendredi soir. Elle s'appelle Eleanore Inkbell, elle a treize ans, et elle a été électrocutée. Je veux connaître le voltage présumé au vu des dommages dont elle a souffert.
-Léon... qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Pourquoi me demandes-tu de faire ça ? demanda Perceval, stupéfait.
-Je n'ai pas le temps de t'expliquer. J'en ai besoin alors fais ce que je te dis et sois discret. Que personne ne te voie... c'est une question de vie ou de mort !
Léon racrocha son téléphone et se força à expirer lentement.
Il nageait en plein stress alors qu'il réalisait la folie de son plan d'action.
Si jamais qui que ce soit s'apercevait de ce qu'il était en train de faire... il était complètement fichu !
Il attendit que Perceval le rappelle, le cœur battant, pendant ce qui lui parut être des heures.
Quand le téléphone sonna enfin, il sauta dessus.
-Entre deux cents quatre vingt et trois cents volts, elle s'est pris une sacrée décharge... si l'exposition avait duré plus de deux secondes, elle aurait sans doute fait un arrêt cardiaque... sinon, tout le monde a trouvé ça bizarre ici, parce que ce n'est pas le voltage classique d'une prise de courant domestique... et maintenant, est-ce que tu vas me dire pourquoi...
-Non. Pas le temps, répondit Léon.
Et il raccrocha.
Deux profondes inspirations de plus, et il composa le numéro de Morgane.
-Allô ? dit-il d'une voix tendue.
-Léon? répondit Morgane. Comment les choses évoluent-elles ?
-Lentement. J'aurais besoin que tu me procures un Taizer, plus puissant que ceux qui sont autorisés dans le commerce, avec un voltage entre deux cents quatre vingt et trois cents. Et j'aurais besoin que tu me le procures vite. Disons pour dans une heure au plus tard.
-Je n'arrive pas à le croire ! Tu me prends pour une trafiquante d'armes ou quoi ?
-Oh, arrête, je sais très bien que tu as tous les contacts qu'il faut pour trouver ce genre de chose ! Alors fais-les marcher... si tu veux que j'arrive à arranger la situation !
-Laisse-moi passer un coup de fil ou deux, Léon. Et essaie... de te détendre, ou tu vas nous faire un infarctus.
Léon jura entre ses dents.
-Autre chose, Morgane, dit-il, sans se donner la peine de lui répondre.
-Oui, quoi ?
-J'ai besoin que tu exposes ce Taizer à un feu magique d'intensité similaire à celui que Safia Faouaz a déclenché chez son amie.
-Léon, est-ce que tu es sourd ? dit Morgane, avec humeur. Tu n'as pas entendu ce qu'on a dit ce matin ? Merlin a coupé le flux, il l'a...
-Eh bien, dis-lui de le rallumer le temps que tu t'en occupes ! Cinq secondes suffiront, il ne va rien arriver en l'espace de cinq secondes ! C'est le seul moyen dont je dispose pour expliquer de manière rationnelle comment Safia Faouaz a électrocuté Eléanore Inkbell. Et si elle s'est servi d'un foutu Taizer avant l'incendie, et qu'elle l'a laissé tomber par-terre... il a forcément brûlé avec le reste !
-Léon, Merlin ne peut pas...
-Il va falloir, Morgane. Il va vraiment falloir, dit Léon, en plein stress. Parce que je suis en train de jouer contre ma propre équipe pour vous sauver la mise, que je n'ai personne pour travailler avec moi sauf toi. Alors en l'absence de labo pour falsifier des preuves... c'est toi qui vas devoir t'y coller. Tu vas rassembler les éléments dont j'ai besoin... et faire ce que je dis avec ! Sans discuter ! Compris ?
Morgane roula des yeux en murmurant « oui mon capitaine », puis, poussa un profond soupir.
Un Taizer. Heureusement, elle connaissait quelqu'un qui avait des tas d'objets dangereux en stock.
-Qu'est-ce qui se passe ? demanda Gwen, qui était assise à côté d'elle, dans le bus.
-Un imprévu... mais ne t'inquiète pas. Rentre à la maison comme prévu... je vais descendre au prochain arrêt.
Morgane planta un baiser sur la joue de son amie et s'approcha de la porte pour pouvoir descendre à a station qui approchait.
Lorsqu'elle fut dehors, elle agita la main pour dire au revoir à Gwen, puis composa le numéro de la personne qui était la seule à pouvoir l'aider...
Elle prit sa voix la plus charmante quand elle décrocha en s'exclamant :
-Brahim ? J'aurais un petit service à te demander... est-ce que tu pourrais passer me chercher ?
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooo)
Léon sortit récupérer le CD qu'Elyan lui avait déposé au café du coin.
Il voulait attendre onze heures avant de déclencher la panne informatique, pour éviter qu'elle n'interfère avec la destruction des scellés.
Il avait d'autres choses à régler en attendant.
Notamment, la question du produit inflammable...
A ce stade, il regrettait ses lacunes en chimie. Comment savoir quels éléments rajouter sur les scènes de crime pour que les trois incendies semblent avoir un point de départ logique et rationnel ?
Il avait, de nouveau, besoin d'un coup de pouce.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooooo)
De : Léon à Elyan, Gauvain, Mithian, Perceval, Arthur, Merlin, Morgane.
« Urgent, besoin d'aide... comment expliquer de manière rationnelle un incendie qui s'est propagé à l'intérieur d'une propriété privée selon ces constantes. »
Léon avait noté la vitesse de propagation et l'intensité de la chaleur.
Arthur fronça les sourcils quand son téléphone se mit à biper en plein cours de maths, lui attirant un regard courroucé de la part du professeur qui s'exclama d'un ton furieux :
-Monsieur Dubois !
-Désolé !
-Coupez-moi ce téléphone immédiatement !
-Oui M'sieur, marmonna Arthur en faisant mine d'obéir.
Voilà qui ne va pas améliorer mon dossier scolaire, pensa-t-il, en se souvenant du savon que lui et Merlin s'étaient pris en arrivant en cours avec vingt bonnes minutes de retard (la faute à la discussion avec les membres de la nouvelle table ronde).
-Qu'est-ce que c'est ? souffla Merlin d'un ton stressé en se penchant sur lui.
-Une histoire de réaction chimique, lui répondit Arthur, en fronçant le nez. Léon doit être en train d'essayer de trouver une explication logique à cette histoire d'incendies mystérieux...
-Qu'est-ce que nous pouvons faire ? dit Merlin. Nous n'y connaissons rien en réactions chimiques...
-Mais peut-être que quelqu'un connaît quelqu'un qui peut nous aider ? lui répondit Arthur d'un ton plein d'espoir.
-Monsieur Dubois et Monsieur Emrys ! rugit le professeur de maths. Quand vous aurez terminé vos messes basses, peut-être vous intéresserez-vous aux probabilités !
-Tu penses à quelqu'un en particulier ? demanda Merlin à Arthur.
-Monsieur Emrys !
Merlin leva les yeux, pris en faute.
-Oui M'sieur ?
-Sans doute jugez-vous être tellement en avance sur le programme que vous pouvez vous intéresser à autre chose qu'au cours ?
-Euh... non, M'sieur ?
-Mais si... Venez donc nous démontrer votre prodigieuse intelligence des nombres en nous faisant la démonstration de cet exercice au tableau.
-Oh, la barbe,souffla Merlin, démoralisé.
-Vas-y..., murmura Arthur entre ses dents.
-Mais je n'ai rien suivi de cette histoire de probas, j'étais en train de me faire du souci pour...
-Je sais, vas-y quand même ou on va de nouveau se retrouver chez le proviseur. J'envoie un SMS aux autres, pour passer le message.
-Monsieur Emrys !
-J'arrive, soupira Merlin en se levant.
De : Arthur. Fwd : a : Mona, Paul, Matthias, Amy, Geoffrey, Gérard, Amir, Yin, Eléa
«Urgent – affaire Grassy. L'un d'entre vous connaîtrait-il quelqu'un qui puisse répondre à cette question ? »
Arthur jeta un coup d'oeil à Merlin, qui écrivait des chiffres incohérents au tableau sous le regard ahuri du professeur de maths, tout en suivant l'ordre d'arrivée des accusés de réception du coin de l'oeil.
-Sérieusement, dit Merlin, confus, en s'interrompant au milieu de sa démonstration abracadabrante. Sans faire de maths... on peut dire que la probabilité de tirer le numéro gagnant au loto est d'une sur plusieurs millions... alors à quoi ça sert de la calculer précisément ?
La classe toute entière éclata de rire.
-Dites-moi que vous le faites exprès, Monsieur Emrys, lâcha l'enseignant, désespéré.
-Euh... non ? dit Merlin, avec une grimace. Je me pose vraiment la question, parce qu'en fait...
-Ca sert à avoir le BAC. Mais dans votre cas, je dirais très clairement que c'est mission impossible. A votre place. Immédiatement. Et je ne veux plus vous entendre !
Merlin reposa sa craie avec un soupir.
Deux minutes plus tard, le téléphone d'Arthur, passé en mode silencieux, affichait une réponse.
De : Matthias à Arthur
« Mon cours de chimie se termine dans 10 minutes... et si je posais la question au prof ? »
Arthur tapa précipitamment sa réponse.
De : Arthur à Matthias
« Bonne idée ».
De:Matthias à Arthur
« Besoin de tous les éléments pour obtenir une réponse précise... possible me les envoyer par email ? J'ai la connexion internet sur mon téléphone. Matthiasc arobase gmail. com »
De : Arthur à Léon
« Merci d'envoyer les précisions à cette adresse... Matthias interroge notre prof de chimie pour toi ».
De : Léon à Arthur.
« Bien reçu, j'attends son éclairage »
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooooo)
Léon envoya l'email détaillé concernant l'incendie qui s'était produit chez Jérémy Grassy et celui qui avait eu lieu chez Eléanore Inkbell, ainsi que le descriptif de l'accident de voiture qu'avait eu Madeline Jost, au Matthias dont Arthur lui avait indiqué les coordonnées. Il aurait préféré avoir l'éclairage d'un expert, mais il ne pouvait pas attirer l'attention d'un de ses collègues du labo sur ses questionnements... alors pourquoi pas un professeur de chimie ? Ce serait toujours mieux que rien.
