Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 50
Arrivé au premier étage de la tour, Severus Snape arrêta de courir, activa le charme de Protée lui permettant de contacter Lupin et préféra attaquer les escaliers quatre à quatre en tentant d'assourdir le plus possible le bruit de ses bottes. Il n'entendait aucun son en provenance du sommet de l'édifice, mais en revanche des cris commençaient à retentir un peu plus bas. Qui avait-il bousculé au juste, en arrivant ? Snape étouffa un juron et espéra que Lupin ne tarderait pas.
L'atmosphère se refroidissait au fur et à mesure qu'il montait, les parties hautes de la tour n'étant jamais fermées. Parvenu à l'avant-dernier palier avant de déboucher à l'air libre, l'espion ralentit et gravit marche après marche les derniers degrés de la tour, en veillant à rester dans l'ombre.
Une partie de la conversation parvenait jusqu'à lui désormais et il semblait que deux personnes seulement étaient impliquées. Un vieil homme et une femme. Snape grimaça : Bellatrix Lestrange n'avait sans doute pas pu résister à la perspective de se pavaner dans Poudlard, ni d'insulter une dernière fois Dumbledore. Où était Drago ? Et surtout, où était Potter ?
Parvenu sur la plateforme, Snape comprit qu'il était arrivé à temps et qu'un statu quo précaire tenait encore tous les protagonistes en échec. Bellatrix n'était pas venue seule : l'espion reconnut MacNair, mais aussi les Carrows qui avaient toujours été des imbéciles, dès leurs plus jeunes années, mais des imbéciles dangereux et sadiques. Les cheveux blonds de Drago Malefoy brillaient d'un éclat presque blanc à la lueur lunaire. Le jeune homme se tenait près de sa tante, sa baguette pointée sans grande conviction vers Dumbledore. Dans son autre main, Snape devina la présence de la baguette du vieillard, reconnaissable entre mille aux nombreuses sculptures d'une finesse exquise qui la parcouraient. Le Maître des Potions se rapprocha imperceptiblement et chercha des yeux Potter qui, il le savait, était parti avec le directeur. Ses yeux furent attirés par une masse d'un noir un peu plus dense, parcourue de petits filaments pourpres, aux côtés de Dumbledore. Snape cligna des yeux, mais la vision ne disparut pas. Il savait qu'il voyait la trace d'un sortilège, probablement un Impedimenta, que Dumbledore avait dû placer sur Potter pour s'assurer qu'il ne soit pas détecté. L'espace d'une seconde, l'homme en noir s'émerveilla de l'étroite connexion qui se tissait si vite entre le château, presque vivant, et la personne désignée pour le diriger. Progressivement, les milliers de sortilèges devenaient visibles et les défenses de l'édifice paraissaient se fondre avec sa propre magie. La sensation de pouvoir pouvait sembler grisante, mais le poids de la responsabilité était écrasant.
« Que se passe-t-il ? »
Sa question fit sursauter les Mangemorts qui s'écartèrent et Snape eut la nausée en découvrant la lueur d'espoir qui brillait dans les yeux d'Albus Dumbledore.
« Ah, Snape, siffla Bellatrix d'un air dédaigneux avant de se tourner vers son neveu : allons, Drago…
-Severus, je t'en prie… »
L'espion détourna lentement les yeux du visage de Drago, mouillé de transpiration malgré la fraicheur nocturne et aux traits si crispés qu'ils paraissaient sculptés dans la pierre. Son propre visage, il le savait, n'exprimait plus rien, tant son recours à l'Occlumencie était fort. A quelques mètres au-dessus du château planait encore la marque, hideuse, qui aurait pu être simplement ridicule si elle n'avait pas symbolisé tant de morts. Au loin, on distinguait les eaux sombres du lac à peine agitées par la brise, les lumières du Pré-au-Lard et la masse impénétrable de la forêt interdite donc les arbres bruissaient légèrement.
Snape rentra en lui-même et tenta de trouver une concentration absolue, malgré les paroles répétées du vieillard luttant pour rester debout jusqu'à la fin. Il y avait eu un temps où Severus Snape avait haï Albus Dumbledore, d'une haine tenace et sans cesse entretenue par les multiples injustices que son esprit avait notées avec un soin maniaque au fil des années, mais il l'avait toujours craint. Le Seigneur des Ténèbres détenait un pouvoir considérable et une totale absence de scrupules qui renforçait son aura, mais Dumbledore était bien plus terrible. Il ne l'avait jamais aimé, non, cependant il lui vouait une reconnaissance à toute épreuve.
Snape affermit sa prise sur sa baguette et osa enfin plonger son regard dans celui du vieil homme. Il avait pris soin d'établir le plus fort bouclier qu'il eut jamais mis en place mais ce n'était pas nécessaire : les yeux bleus de Dumbledore n'exprimait qu'une attente et… ce qu'il aurait été tenté de qualifier d'amour. Snape serra la mâchoire. Avait-il été sincère toutes ces années en persistant à lui témoigner une affection filiale à laquelle le Maître des Potions n'avait jamais voulu croire ? À l'abri derrière ses vêtements noirs, muré en lui-même, Snape se sentit pourtant au bord du renoncement et malgré lui, son visage refléta son dégoût de lui-même. Ce qu'il s'apprêtait à faire n'était rien moins qu'un parricide, mais au-delà de sa vie, de celle de Dumbledore et de celles des salauds auprès desquels il gravitait depuis si longtemps, c'était le sort d'innocents qui était en jeu.
L'espion avala un peu de salive, réunit tout son courage et leva lentement le bras droit en direction d'Albus Dumbledore. La haine n'était pas nécessaire pour tuer. Il suffisait d'exprimer une froide détermination. D'une voix ferme, presque en murmurant, Severus Snape accomplit sa mission.
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Assise sur son lit, pétrifiée, Belinda regardait comme hypnotisée le ciel nocturne. Elle cligna plusieurs fois des yeux, mais la vision ne disparut pas. Non loin d'elle, Ann relisait un vieux numéro de Sorcière Hebdo, allongée sur le dos et les jambes gigotant dans le vide. Emilie était assise en tailleur par terre en train de trier des tisanes ou des ingrédients de potions, à vrai dire, personne n'avait trop envie de savoir.
La jeune fille se leva avec lenteur et passa une main sur son visage. Elle avait tout d'un coup mal à l'estomac.
« Belinda ?
-La Marque…
-Quoi ? fit Ann en détournant un peu la tête.
-La Marque, au-dessus de Poudlard ! »
Emilie la regarda en clignant un peu des yeux, sans comprendre, mais Ann s'était relevée et avait déjà couru à la fenêtre. Sentant que quelque chose d'inhabituel s'était produit, Emilie abandonna ses sachets et s'approcha de son amie qui avait porté sa main à la bouche. Dans le ciel s'élevait la Marque de Voldemort : un serpent sortant d'un crâne.
Bellinda s'écarta et fut en trois enjambées à la porte de la salle de bain contre laquelle elle se mit à tambouriner comme une possédée :
« Lucrezia ! Lucrezia ! Sors de là ! La Marque ! »
Des bruits étouffés se firent entendre dans l'autre pièce, tandis qu'Emilie interrogeait Ann à voix basse :
« Qu'est-ce que cela signifie ? Est-ce que Vol-euh… tu-sais-qui…
-C'est le signe de la mort…
-Les Mangemorts sont dans le château, intervint Belinda qui était déjà en train de ramasser ses longues tresses dans un épais élastique et essayait d'enfiler ses chaussures en même temps.
-Pousse-toi ! »
Lucrezia retenait d'une main une serviette de bain contre sa poitrine et maintenait de l'autre ses cheveux dégoulinants réunis dans un équilibre précaire au sommet de son crâne.
« Attendez-moi ! »
La jeune fille fila dans la salle de bain, tandis que ses camarades semblaient tout d'un coup prises de frénésie et se ruaient sur leurs affaires. L'écho de cris et de coups assourdis retentissait de l'autre côté de la porte du dortoir.
Une pagaille monumentale régnait à l'extérieur et il leur fallu dix bonnes minutes pour réussir à gagner la salle commune envahie d'élèves. Les quatre amies se faufilèrent vers la cheminée à la queue-leu-leu en jouant des coudes et furent bientôt rejointes par Peter et deux autres garçons de leur année qui avaient été dans les mêmes groupes d'études. Une bagarre semblait prête à éclater près de la porte d'entrée que plusieurs élèves voulaient franchir, mais les deux préfets grimpèrent bientôt sur une table et s'époumonèrent pour tenter de ramener le calme.
« Silence ! hurla Lisa Turpin : personne ne sort d'ici, c'est un ordre !
-Où est Flitwick ? s'enquit une fille parmi la foule, sa question bientôt reprise par d'autres.
-Roger va aller le chercher dans son bureau, mais le professeur Flitwick est sans doute déjà sur place.
-Où ça ?
-La tour d'astronomie, répondit un grand garçon à l'autre bout de la salle.
-Je vais sceller la porte pour l'instant, cria la préfète en reprenant la parole : et si aucun de vous n'est capable de tenir sa langue, vous rentrerez tous dans vos dortoirs ! Compris ? »
Une partie des élèves exprima son mécontentement à mi-voix, mais la plupart se contenta de soupirer et chacun se prépara à attendre dans une atmosphère lourde de tension. Plusieurs élèves plus âgés allèrent regrouper les plus jeunes et tentèrent de les calmer afin d'éviter un mouvement de panique.
Personne parmi le petit groupe où se trouvait Emilie n'avait envie de parler et chacun regardait qui le sol, qui les murs, qui ses mains en prenant son mal en patience. Belinda avait les lèvres serrées et un air douloureux et tordait des doigts les uns après les autres en soupirant à qui mieux mieux. Lucrezia se rapprocha et lui dit quelques mots à voix basse, mais rien ne semblait pouvoir faire baisser la tension de son amie. Ann était pâle comme un linge, assise contre le mur, presque entièrement dissimulée par les jambes des personnes autour d'elle.
Après ce qui leur sembla une éternité, la porte s'ouvrit enfin et une partie des Serdaigles s'approcha, pour finalement laisser passer Filius Flitwick qui referma la porte et la sécurisa. Le petit professeur avait un air hagard et resta quelques secondes sans rien dire, dévisageant les élèves les plus proches de lui, avant de se reprendre et d'aviser la présence des deux préfets perchés sur une table.
« Mademoiselle Turpin et monsieur Davis, je vous serais reconnaissant de pointer la présence de tous les Serdaigles… le professeur hésita et reprit : des Mangemorts ont fait irruption à Poudlard ce soir, avec la complicité… Flitwick hésita encore : mais ils ont été chassés. »
Leur chef de maison parut sur le point d'ajouter quelque chose, mais se ravisa et passa une main sur son visage en soupirant. Personne n'osait prendre la parole, chacun pressentant que tout n'avait pas été dit. Leur professeur releva la tête et déclara, le visage blême, ses moustaches toujours si soignées, en bataille :
« Aujourd'hui, nous avons subi une grande perte… Albus Dumbledore est mort. »
La nouvelle tomba dans un silence absolu. Trop choqués pour réagir, les élèves gardaient les yeux braqués sur Flitwick.
« Regagnez vos dortoirs ! Mademoiselle Turpin et monsieur Davis, vérifiez que tout le monde est bien là et venez me trouver dans mon bureau. »
Le petit professeur de Sortilèges tourna des talons et rejoignit d'une démarche mal assurée la petite porte qui menait à son bureau.
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Snape fit un pas vers Drago Malefoy et le poussa devant lui en attrapant un de ses bras. De sa main gauche il saisit la vieille baguette que le garçon avait arrachée à Albus Dumbledore, profitant de son hébétude. Le fils de l'orgueilleux Lucius Malefoy paraissait tétanisé et regardait son ancien professeur de Potions avec une peur véritable dans ses yeux gris.
Les sortilèges maintenus par Albus Dumbledore s'étaient défaits à sa mort, et l'espion entendit des bruits de pas dans l'escalier.
« Dehors, maintenant ! »
Snape ne lâcha pas le jeune Slytherin mais l'entraina derrière lui dans les escaliers, se cachant subitement dans l'ombre lorsqu'il arriva à la hauteur de l'homme qui les rejoignait.
« Bellatrix ! Fenryr s'interrompit et eut un sourire mauvais : ah, Snape…
-Nous partons.
-Dumbledore ? » demanda le loup-garou.
Snape ne répondit pas mais, un peu plus loin en arrière, Bellatrix Lestrange partit d'un grand éclat de rire. Sans attendre les autres, l'homme en noir reprit sa progression, trainant toujours sa charge. Arrivé à la base de la tour, il tendit l'oreille, épiant les alentours. On entendait un peu plus loin les cris de plusieurs combattants.
« Gibbon, précisa Fenryr, répondant à la question non formulée du Maître des Potions.
-MacNair, couvre Gibbon et rattrapez-nous à l'orée de la Forêt interdite, ordonna Snape d'un ton sec : Alecto, Amycus, en avant. »
Les Carrows s'exécutèrent, bientôt rejoints par Bellatrix Lestrange et Fenryr. Snape leur laissa une avance de quelques pas et poussa Drago Malfoy devant lui. Parvenue devant l'immense porte de bronze, la petite troupe ralentit, tandis que Bellatrix se ruait vers la grande salle, brisant tout ce qu'elle rencontrait avec une joie malsaine. Snape ne s'avança pas, mais étendit les bras et commanda l'ouverture des portes. Le bruit sourd d'un mécanisme se fit entendre et les lourds ventaux commencèrent à pivoter lorsque MacNair les rejoignit enfin, hors d'haleine.
« Gibbon est tombé ! »
Fenryr et les Carrows jurèrent, mais Snape commença à courir. Peut-être aiguillonné par le bruit d'une poursuite qui commençait à s'organiser dans les profondeurs du château, Drago recouvra un peu de volonté et débuta sa course en dévalant les marches puis en traversant la cour, Bellatrix sur les talons.
Après la pénombre oppressante de Poudlard, le chemin dégagé descendant vers la forêt interdite lui donnait la curieuse sensation d'être à découvert et vulnérable. Ignorant du drame qui venait de se jouer, Hagrid devait encore être en train de veiller, s'il en croyait la lueur vacillante de la chandelle que l'on devinait derrière les carreaux sales de sa maison. Soudain, la nuit s'embrasa et plusieurs langues de feu percutèrent le toit de l'édifice ancien. Bellatrix exultait et il entendait les cris de Greyback. Fou de rage, Snape accéléra sa course, mais il ne pouvait intervenir, à moins d'évacuer les Mangemorts sur le champ.
« Snape ! »
L'espion s'arrêta et se retourna, un bouclier déjà en place le protégeant du sortilège lancé par Potter. L'adolescent tenta une autre attaque que l'homme en noir détourna avec aisance et presque dédain, avant de reprendre son avancée. Un autre cri interrompit sa fuite. Cette fois-ci Potter avait tenté un Sectum sempra et Snape riposta avec violence en envoyant le jeune homme deux mètres en arrière. Il se rapprocha et le mit en garde d'un ton méprisant :
« Vous osez employer mes propres sortilèges contre moi ? La stupéfaction qu'il lut sur les traits de Potter lui conféra une joie mauvaise : et oui, Potter, je suis le Prince de Sang-mêlé… »
Snape se pencha un peu en avant, son visage obscurci par des mèches de cheveux noirs tombant mollement sur son front et ses joues, et laissa tomber la baguette de Dumbledore près du Gryffondor comme s'il le narguait une dernière fois.
« Snape ! hurla Potter en se redressant : lâche ! »
L'homme en noir revint en arrière et attrapa Potter par le bras en lui tordant le poignet avec force.
« Ne me traitez pas de lâche ! »
Son bouclier d'Occlumencie avait volé en éclat et Snape sentait une rage folle s'emparer de lui. Il rejeta le jeune homme en arrière et rejoignit les Mangemorts en quelques enjambées. Une violente douleur à l'épaule et un coup puissant porté contre son dos le jetèrent à terre et seuls ses réflexes de duelliste l'empêchèrent de se faire lacérer par une créature gigantesque, évoquant quelque chimère de cauchemar. Snape se releva en titubant et lança un Videntrailles, tuant l'hypogriffe sur le coup.
L'espion rétablit avec peine un léger bouclier d'Occlumencie sur son esprit, prit une profonde inspiration et abaissa une partie des barrières de Poudlard. Trop troublé pour résister, il laissa Drago Malefoy le faire apparaître à ses côtés.
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Sonné, Alessandro exécutait mécaniquement les ordres que lui dictait madame Pomfresh. Peu de temps après que ses amis et lui aient enfin rallié l'infirmerie, un homme aux cheveux châtains tirant sur le gris et une femme aux cheveux roses qu'il avait reconnus comme les deux adultes qui leur avaient prêté main forte à proximité de la tour d'astronomie étaient arrivés et avaient annoncé la mort de l'un des Mangemorts. Puis McGonagall avait fait son entrée, bientôt suivie par Flitwick qui arborait une mine d'enterrement. Potter était apparu le dernier et avait débité un récit si inouï, si abracadabrant, que tous en étaient restés muets d'ébahissement et que la guérisseuse en avait oublié ses patients.
Walter était assis sur un lit, les jambes étendues devant lui, sa fracture tout juste ressoudée. Il n'avait rien dit depuis une demi-heure. Assis par terre non loin de lui, Oriana et Galaad regardaient droit devant eux. Oriana avait pleuré un peu, mais c'était au tour de Galaad de craquer et de laisser s'échapper de grosses larmes, sans honte. Oriana lui passa une main dans le dos et murmura quelques mots qu'Alessandro ne saisit pas. Les circonstances étaient telles qu'il n'arrivait même pas à ressentir un soupçon de jalousie.
Les Gryffondors étaient regroupés non loin du lit de Bill Weasley. Sa blessure était horrible, mais madame Pomfresh était persuadée qu'il avait évité le pire. La femme âgée avait vite retrouvé son efficacité professionnelle et avait félicité Alessandro d'avoir eu la présence d'esprit d'évacuer l'homme immédiatement. Le Slytherin avait accueilli le compliment d'un œil morne et essayait de faire en sorte de retrouver un semblant de concentration pour suivre les explications que délivrait la petite femme énergique.
Profitant d'un moment de calme, Alessandro traversa la salle et vint lui aussi s'affaler par terre près de ses complices. Tous les quatre échangèrent un regard, mais aucun n'eut la force d'ouvrir la bouche : ils n'avaient pas encore accepté l'information qu'avait délivré Potter. Snape. Pendant tout ce temps-là Snape était resté un Mangemort ? Alessandro se rappela la conversation qu'il avait eue avec Galaad peu avant la fouille des quartiers des Slytherins : tous les faits et gestes du Maître des Potions pouvaient être interprétés de deux façons différentes, mais sa fuite et ce que prétendait Potter mettaient un terme au doute. L'Italien frotta ses bras, la fatigue provoquant un léger refroidissement. Comment Dumbledore avait-il pu se laisser abuser ? Et McGonagall ? Et Flitwick ? Toutes ces années ? Alessandro se frotta les yeux et étouffa un bâillement, puis posa une main sur sa bouche : Emilie ? La mort dans l'âme, il se souvint de la façon dont elle avait défendu son père un an auparavant lorsqu'il avait émis des doutes sur sa loyauté. Avait-elle déjà appris quelque chose ?
La grande horloge sonna minuit. Ils étaient arrivés un peu moins de trois-quarts d'heure auparavant. Est-ce que tout cela n'avait vraiment duré qu'une demi-heure ? Le Slytherin avala nerveusement sa salive, se releva et partit en direction du bureau de la guérisseuse, encore occupée par les soins que réclamait Bill Weasley. En partie dissimulé derrière la porte, il tapota sa baguette contre sa pièce de cinq francs, mais son message n'obtint aucune réponse.
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Tonks et Lupin étaient repartis en silence, chacun de leur côté, afin de vérifier qu'aucun blessé, qu'aucun Mangemort ne trainait encore dans les couloirs.
Poudlard avait un aspect irréel à la lumière des centaines de torches qui éclairaient chaque couloir, grâce aux efforts des Elfes. Lupin se surprit à redécouvrir le château, presque bouche bée d'admiration, relevant ici et là des détails qui lui avaient échappé au cours de ses sept ans de scolarité.
Tonks était partie directement vers la tour d'astronomie, tandis que le loup-garou décidait d'aller jeter un œil près de la Salle sur Demande après avoir entendu le récit de Ron et Neville qui s'y étaient embusqués un peu plus tôt dans la soirée. Il n'avait rien dit à la jeune femme qui l'accompagnait, mais elle avait sans doute perçu qu'il était mal à l'aise et ne désirait pas revenir sur les lieux du combat. Très peu de gens savaient son aversion pour Fenryr Greyback et quelles en étaient les causes. Dumbledore avait su, ses parents aussi bien entendu, et le petit groupe des Maraudeurs à qui il s'était enfin confié lorsqu'ils avaient percé à jour son secret. Même adulte, Fenryr Greyback suscitait en lui une terreur profonde qu'il arrivait à peine à surmonter et se retrouver face à lui, sans la moindre préparation, équivalait à revivre la morsure qu'il avait reçue à sept ans.
Lupin frissonna un peu et mit volontairement de côté ces pensées tout en escaladant les dizaines de marches du grand escalier principal. Il n'arrivait pas à croire à la mort de Dumbledore. Dumbledore était… éternel. On l'avait toujours connu, il avait été le professeur de certains, le directeur de beaucoup d'autres, le vainqueur de Grindelwald, le chef de l'Ordre du Phœnix depuis sa création. Pourtant, Harry avait assisté à son assassinat et Minerva et Filius avaient été avec plusieurs Elfes récupérer le corps désarticulé qui s'était écroulé au pied de la tour.
Lupin donna un grand coup de pied dans une marche et s'arrêta un instant, puis s'assit par terre, la tête dans ses mains. Snape ? Contrairement à Harry qui haïssait l'espion depuis toujours, Lupin n'arrivait pas à accepter sa traîtrise, ni le fait qu'il avait tué Dumbledore. Le vieil homme lui avait toujours témoigné une confiance inébranlable et l'avait côtoyé au quotidien. Il ne s'agissait pas d'un vieillard sénile, mais du plus grand sorcier du siècle ! Trompé par un homme qu'il avait formé et dont il connaissait les agissements ? Désarmé par un élève ? Suppliant ? Éliminé sans combattre ? Lupin secoua la tête, mais les faits s'additionnaient les uns aux autres, dans une équation fantastique et bizarre qui n'avait ni queue ni tête.
Snape avait tué Dumbledore et s'était enfui. Et dire qu'il avait accepté de travailler avec lui pendant des mois ! Le loup-garou soupira et fixa un point au bas des marches, les sourcils froncés, repassant ses souvenirs de ces rencontres à la Cabane hurlante. Pourtant, les renseignements fournis par l'espion avaient toujours été exacts. Tout ce qu'il lui avait relaté était vrai, il l'avait même prévenu de ce plan d'éliminer Dumbledore ! Ah, c'était bien là le plus beau ! Le Slytherin l'avait manipulé en ne lui disant que la vérité, mais pas toute la vérité. Lupin posa ses coudes sur ses genoux. Et il avait été ému ! Il avait pensé que Snape avait fait allusion à sa propre mort ! « Si quelque chose doit arriver… », en effet ! Le loup-garou revécut un instant cette dernière conversation, les sourcils froncés. Il aurait pourtant juré qu'il avait été sincère, mais Snape était sans doute le meilleur Occlumens qu'il ait rencontré et il aurait pu en remontrer à beaucoup en matière de mensonge et de jeu d'acteur. Et sa fille, dans tout ça ? Lupin la connaissait à peine, ne l'ayant croisée que quelques fois pendant les grandes vacances. Elle avait l'air d'une fille bien, sérieuse, le portrait craché de son père… Que savait-elle ?
L'homme se remit debout, la gorge sèche, et pinça les lèvres avant de reprendre son ascension. Comment pourrait-il apprendre à Emilie Snape que son père était un Mangemort, un traître et un meurtrier ?
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L'arrivée d'un Theodore Nott encore comateux et au visage ensanglanté provoqua un nouvel émoi dans l'infirmerie, mais après avoir pris les choses en main, madame Pomfresh put constater, soulagée, que le garçon n'avait que deux coupures peu profondes au sommet et à l'arrière du crâne, conséquences de sa chute après avoir été touché par le Stupefix de Neville Londubat.
Tous les occupants des lieux se turent pendant que la guérisseuse houspillait le Slytherin, les Glyffondors lui réservant des regards assassins, persuadés de sa complicité avec Malefoy. Neville et Alessandro se regardèrent, puis l'Italien rejoignit promptement madame Pomfresh qui lui indiquait le traitement réservé à son voisin de dortoir.
« Qu'est-ce que c'est que ce bazar ? interrogea la guérisseuse en attrapant une poignée de cheveux bouclés d'un côté et en contemplant la joue gauche de Theodore Nott, dégagée par des cheveux plus courts : tu n'as jamais entendu parler d'un peigne et de ciseaux, mon garçon ? »
Nott lui décocha un regard mauvais mais ferma aussitôt les yeux devant la mine soudain coléreuse de la petite femme.
« Et bien, on va couper tout ça, comme cela on y verra un peu plus clair ! »
Sans lui laisser le temps de protester, madame Pomfresh conjura une paire de grands ciseaux et tailla à la va-vite dans la chevelure du Slytherin, puis s'empara une bouteille de désinfectant et frotta énergiquement les deux légères blessures, sourde aux petits gémissements de son patient.
Quand Alessandro lui tendit un petit verre contenant un fortifiant destiné à éliminer les derniers effets du Stupefix, les lèvres pincées et les yeux baissés pour éviter de rire devant l'absurdité de la situation, Nott lui attrapa un poignet et, profitant des rideaux que l'on venait de placer près de son lit, articula presque sans bruit et avec un regard chargé de rancune :
« Londubat ?
-C'était un bon plan, tu ne peux pas le nier, rétorqua l'autre élève en haussant les épaules.
-Je vais te tuer… »
Alessandro n'eut pas le loisir de formuler une réponse car Minerva McGonagall choisit ce moment pour entrer et ordonner à tous les élèves valides de la suivre dans son bureau.
