Chapitre 53: des amis

« Rogue n'a pas l'air d'avoir passé un joyeux Noël » lança Ron moqueur à la ronde, alors qu'ils quittaient le grand hall après le dîner. « Il n'a sûrement pas reçu ce qu'il souhaitait, le pauvre. » Sa voix se transforma en un rire amusé.

Il avait l'air d'être pressé. Lavande n'avait pas encore fait un pas en sa direction et le roux voulait éviter au moins ce soir d'être oppressé par ses baisers fougueux.

Harry avait nouveau l'air très sérieux. Durant les premiers jours de vacances il n'avait parlé pratiquement que des machinations supposées de Rogue et Malfoy. Ça avait encore l'air de travailler dans sa tête. Il venait tout juste de parler du serment inviolable. Hermione regarda Ron, qu'un instant plus tôt elle avait voulu remettre à sa place, d'un air reconnaissant car il avait détourné Harry sur un autre thème.

Hermione savait qu'il soupçonnait Rogue plus que jamais. D'y penser lui enfonçait une épine dans le cœur. Dans l'état hébété qui l'avait saisie durant les vacances, elle n'avait plus eu une seule pensée pour la lettre que Ron lui avait écrite. Et même en cet instant, où le regard amer de Harry lui rappelait qu'il considérait toujours Rogue comme un Mangemort avoué, elle murmurait encore et encore en son for intérieur : in dubio pro rea. In dubio pro reo. In dubio pro reo1. Professeur.

Durant le repas elle s'était en permanence forcée à ne pas regarder vers la table des professeurs. Elle l'avait promis à Severus. Sans parole. En son for intérieur. Un pacte de silence.

Le seul souvenir de la chaleur de son étreinte avait tant nourri le désir de tenir sa promesse qu'elle avait même refoulé son envie de le chercher des yeux.

Elle avait tenu sa promesse jusqu'à ces deux coups d'œil volés. La première fois elle avait vu que son regard était fixement dirigé sur l'assiette devant lui. La seconde fois il l'avait aperçue en retour. Ron avait d'accord. Son visage n'était plus rien, rien qu'un masque fixe de mauvaise humeur. Il y avait même eu en lui quelque chose comme l'ombre du malheur. Hermione avait été saisie d'une agitation qui n'avait plus rien en commun avec la précédente. Trop de choses étaient arrivées. La certitude que ce qui s'était passé dans le cottage n'avait pas été un rêve. Le dévoilement de sa mère et sa réaction à cela.

Elle savait que l'Hermione qu'elle avait été auparavant lui aurait en ce moment battu les oreilles de ses reproches. Tu as ensorcelé ta mère, à quoi pensais-tu à ce moment ? Tu n'es pas mieux que le Prince de Demi-Sang. Tais toi, je l'ai fait pour Severus. Tu n'as jamais aimé, alors tais toi.

« Allons dans la salle commune. » dit Ron. « J'ai encore un cadeau pour toi, Hermione. De ma mère. »

Oh Ron, pensa-t-elle et elle sourit légèrement, bien qu'elle ne sache pas très bien ce qu'elle ressentait en ce moment. Une joie frétillante se mêlait aux soucis causés par l'expression tendue du visage de Severus. Des milliers de pensées tournoyaient dans sa tête. A nouveau l'ancienne Hermione prit à nouveau la parole. N'as-tu pas vu son visage ? Il a l'air encore plus malheureux que d'habitude. Tu ne sais même pas s'il veut te revoir.

Hermione serra les lèvres. La vieille Hermione avait raison. Il pouvait à tout moment changer d'avis.

Mais il m'aime. Il m'aime tant qu'il est resté après que j'ai eu les visions. Il m'a rendu si heureux, à un degré que tu n'imagines même pas.

Il t'aime. Qu'est-ce que cela change ? Il est dissimulateur. Compliqué. Plus âgé de vingt ans. Il est-.

Tais-toi ! Je l'aime. Je ne peux pas revenir en arrière. Nous sommes à Poudlard. Ici tout est plus compliqué.

Il est ton professeur, Hermione, ton professeur. Tu as dormi avec ton professeur. Hermione Granger n'aurait jamais fait une telle chose.

Je suis Hermione Granger. Il est Severus Rogue. Je l'aime. Je vais encore un an et demi à l'école, et après-.

Tu ne sais pas ce qui arrivera. Tu ne sais pas –qui il est- tu ne sais rien-

Tais-toi, je ne suis plus toi.

Ensemble ils montèrent dans la salle commun, où Ginny, Seamus et Neville étaient déjà assis. Hermione leur fit un faible sourire en guise de salut, avant qu'elle ne se laisse tomber sur le canapé aux côtés de Ginny. Dans la cheminée brûlait un feu et il répandait une chaleur agréable. Hermione laissa son regard dériver vers les cristaux de glace à la fenêtre.

« Tu n'as pas l'air le moins du monde reposée. » remarqua la rousse, qui était assise à côté de Seamus. Ron disparut dans le dortoir des garçons, pour farfouiller dans sa valise à la recherche du cadeau. Harry lança un regard amouraché après l'autre en direction de Ginny, qu'elle récompensait de temps à autre avec un clin d'œil gêné. Mais comme elle était encore avec Dean elle n'osait pas montrer d'avantage d'émotions, bien que chacun sache qu'elle était plus qu'agacée par leur relation.

« Noël à la maison est toujours très exigeant chez moi. Surtout avec mon père. »

« Oh oui, c'est sûrement très difficile avec de tels parents. »

« Non, c'est mon PERE- il se comporte chaque année comme un trouble-fête, tandis que ma mère tente de sauver la fête de Noël. »

Ginny sourit d'un air gêné. Elle appréciait toujours autant les Noël au Terrier et elle savait qu'Hermione aurait aussi aimé être là-bas. Elle n'avait jamais pu s'habituer à la pensée que des parents pouvaient se séparer. Mais peut-être que c'en était autrement chez les Moldus. Certes ses parents se disputaient aussi, mais cela faisait partie de leur mariage tout comme la respiration et cela finissait toujours avec des petits baisers et des sourires de réconciliation.

« Mais cette année ça a dû particulièrement mauvais. Tu as l'air si pâle, Hermione. Comme si tu avais été malade. »

« Seulement un refroidissement. Et la dispute de Noël avec mon père. Mais maintenant je vais mieux, Gin. Et qu'avez-vous fait ? Chassez des trolls ? »

« Oui, d'où le sais-tu ? » répondit Ginny en souriant. « Ils étaient vraiment pénibles cette année. Ron, Harry et moi nous sommes également un peu entraînés au Quidditch. Mais pour une raison ou une autre ce n'est pas la même chose dans la neige. »

A côté d'eux Rogue explosa dans un grand bruit. Neville essuya gêné son menton roussi, tandis qu'une carte fumante planait vers le sol. Ginny se retourna et se pencha vers Hermione. « Harry est intéressé par moi ! Qu'est-ce que je dois faire ? »

Hermione regarda un instant Ginny sans aucune inspiration. Elle-même n'avait encore jamais eu de petit copain dont elle doive se débarrasser. Elle devait penser au visage endormi de Severus. En cet instant une profonde satisfaction l'envahit et elle sut qu'elle avait juste à penser à ce visage lorsque le doute reviendrait l'envahir.

Elle savait qu'elle ne voulait personne d'autre. Aussi difficile que cela serait.

« Et qu'en est-il avec Dean ? »

Le visage de Ginny prit une expression torturée. « Il m'énerve. Il m'énerve depuis plus d'une semaine. Il parle toujours de tellement de choses qui ne m'intéressent pas le moins du monde. Mais-. »

« Oui ? »

« C'est si difficile de dire à quelqu'un que tu- enfin tu vois, que tu ne veux plus de lui. »

Hermione se mordit la lèvre inférieure d'un air songeur. « Et tu t'intéresses aussi à Harry ? »

« Oui. » souffla-t-elle. « Avec tout ce qui va avec. Je me sens toujours drôle quand il me regarde. »

« Alors finis-en donc avec Dean. »

La rousse la regarda d'un air presque angoissé. Hermione la comprit, tout comme elle n'avait que trop bien compris Ron quand il avait parlé de Lavande.

« J'en ai peur. Après tout je le vois tous les jours. »

« Quand même, on doit savoir où on en est. »

« Cela semble si raisonnable, Hermione. Pourquoi est-ce si difficile d'être raisonnable ? »

Je ne suis plus la bonne personne pour ce genre de questions depuis bien longtemps, songea Hermione. Elle inspira profondément et rassembla les mots sur sa langue. « Dumbledore m'a un jour dit quelque chose. Il a dit, le chemin le plus facile n'est pas toujours le bon. »

A ces paroles Ginny se mordit pensivement la lèvre inférieure. Elle ne pouvait se douter que la fille assise en face d'elle avait souvent pensé aux paroles de Dumbledore ces derniers jours.

« Il y a quelque chose de vrai là-dedans. » murmura la rousse.

Hermione soupira doucement. « D'après l'opinion que je me fais de Dean, il y survivra. »

« Harry a de si beaux yeux. J'aime ses yeux verts. Ils me rendent toute rêveuse. »

Hermione dut soudain rire tout bas en voyant le sourire rêveur de Ginny. « Alors tu sais donc ce que tu dois faire. »

Ginny se redressa et offrit à Harry un autre clin d'œil timide.

« Voilà ! » Hermione entendit la voix de Ron. L'odeur de la laine Weasley lui monta dans le nez. Il pressa un petit paquet dans ses mains. « Avec de joyeux vœux de bonheur de la part de ma mère. Tu sais déjà sûrement ce que c'est. »

Oui, Hermione le savait. Mrs Weasley avait de célèbres aiguilles à tricoter magiques. Elle sentait l'étoffe molle du cache-nez multicolore sous le papier cadeau crissant. Elle fit semblant d'être surprise. Et tout à coup, tandis qu'elle déballait le cadeau sous les regards chaleureux et amicaux des personnes présentes et s'enroulait heureuse le cache-nez tricoté autour du cou, elle sentit qu'elle était heureuse. D'une façon remarquable, vibrante. Pas même l'incertitude concernant le comportement de Rogue ne lui parvenait.

En ce instant elle ressentit à quel point elle s'était renfoncée dans sa coquille ces derniers mois. Même si elle ne pouvait parler à personne de sa relation avec Severus, elle savait que ces personnes autour d'elle ne la laisseraient jamais tomber.

« Il est magnifique, Ron. Envoie à ta mère mes chaleureux remerciements, veux-tu ? »

« Qu'est-ce qu'il y a Hermione ? Est-ce que l'écharpe est si horrible qu'elle te fait pleurer ? »

Hermione qui remarqua seulement maintenant que de fines larmes couraient sur ses joues, s'essuya précipitamment les joues. « Non ! » répondit-elle avec un rire doux, clair.

« Le plus beau cadeau que j'ai eu, vraiment. Je suis seulement tellement contente d'être à nouveau ici. Avec vous. »

Ginny regarda Ron d'un air autoritaire. « Laisse-là, Ron. Elle a un Noël horrible derrière elle. Elle se réjouit seulement d'être à nouveau parmi ses amis. »

Elle passa le bras autour d'Hermione et lui sourit. « C'est bien cela, ou bien ? »

Hermione s'essuya une dernière fois les joues. « Et comment. » répliqua-t-elle et elle caressa de ses doigts la douce, chaude laine Weasley.

1 Formule latine renvoyant à la présomption d'innocence