Le lendemain, après une bonne grasse matinée, les jeunes mariés se rendirent au plateau des tortues, comme prévu. Le tyran apprécia sa balade aquatique avec sa colombe, au grand bonheur de cette dernière…Les tortues avaient l'air de beaucoup l'apprécier ! Mais il était moins à l'aise avec la raie géante…

Après le déjeuner, Aliya remplit sa part du marché en se posant avec lui. Contrairement à ce qu'elle avait pensé, cette oisiveté lui plu et elle en profita pour récupérer de l'activité matinale.

-Tu sais, Pagan, la raie était inoffensive.

-Je n'ai pas supporté quand elle m'a effleuré ! Le contact m'a fortement déplu !

-Froussard…

Elle rit face à sa moue, mais il coupa son élan en allant bouder dans sa poitrine, habitude qu'il avait prise sans demander l'avis de sa femme.

Comme prévu, chacun décidait tour à tour ce qu'ils allaient faire. Pagan aimait les moments calmes comme les visites de monuments alors qu'Aliya penchait pour les activités plus gourmandes en investissement, comme les cours de danses locales. Elle fut fière d'avoir su entraîner son mari dans un cours de cuisine…elle eut du mal à le photographier correctement, tellement elle riait de sa maladresse, et se délecta de louer sa mignonnerie. Bien sûr, pour se venger, le tyran exigea qu'elle utilise les beaux sous-vêtements qu'elle avait achetés…mais au final, ils s'amusaient vraiment.

Quelques jours plus tard, ils se remémorèrent leur activité du jour avant de dormir. Aujourd'hui, c'était bain de mer matinal, tour de l'île en hélicoptère, séance au spa et, exceptionnellement, soirée chic sur un yacht. Alors qu'Aliya taquinait son mari parce qu'il était pompette, il se réfugia encore dans son endroit préféré. Elle lui caressa les cheveux.

-Ah, ils ont poussés.

-Il faudra que je me refasse une couleur, alors.

-Tu ne veux pas revenir à ta couleur naturelle ?

-Non ! Je ne veux pas voir un seul cheveu blanc !

-J'aimerais bien savoir à quoi tu ressembles avec tes cheveux noirs…

-A un beau ténébreux qui fait tomber les femmes comme des pétales de roses.

-Ah, vraiment ?

-Bien sûr. Tu aurais dû voir la ribambelle de prétendantes qui me suivait à Hong Kong…

Elle leva un sourcil devant son air fier.

-Elles étaient toutes folles de moi et faisaient tout pour me faire plaisir…de vraies petites poupées sans âme…

-Je vois…

-Ce n'était vraiment pas intéressant…elles étaient toutes pareilles…

Aliya écoutait son récit, qui lui rappela un peu le Pagan que Yuma lui avait décrit. Mais il attendrit son histoire quand il raconta son arrivée à Kyrat, et semblait un peu gêné à mesure qu'il avançait.

-…Ishwari t'a fait voir un tout autre monde en arrivant dans ta vie, c'est ça ?

-Hm…

Il baissa les yeux un moment. Aliya allait dire quelque chose, mais il la coupa dans son élan.

-Ishwari a été une personne très importante dans ma vie…mais tu l'es encore plus, ma colombe, sois-en sûre. Même en sachant qui j'étais et ce que j'avais fait, tu es restée avec moi…et tu m'as surtout fait retrouver le bonheur que j'ai perdu. Tu as fait tellement de choses pour moi et pour le pays…je t'admire vraiment, tu sais…je t'aime…je t'en prie, ne te tourmente pas avec ce que je viens de te dire…

-Pagan…

-N'y pense plus…je suis désolé, je n'aurais pas dû aller aussi loin dans mon récit si je t'ai blessée, j'en suis vraiment désolé…

La jeune femme était troublée de voir le tyran se mettre dans un tel état et la virulence avec laquelle il se blâmait…il était vrai que les fois où il parlait d'Ishwari, elle se sentait mal à l'aise, voire inférieure…mais ce n'était plus le cas aujourd'hui. Elle lui caressa le visage, l'arrêtant dans son flot d'excuses, et lui sourit.

-Arrête de dire de telles choses et de te faire du mal…ça m'en fait aussi. Je t'aime et je serai toujours là pour toi. Je ne te quitterai jamais…n'oublie jamais ça…

Il la regarda intensément, puis lui offrit un baiser de plus en plus prononcé. A ce moment, il se jura de ne plus jamais évoquer son troublant premier amour. Aujourd'hui, il avait une nouvelle femme dans sa vie. Une femme qu'il considérait comme sa déesse, qu'il aimait éperdument et pour qui il était prêt à tout.

Aliya était émoustillée de la fougue particulière avec laquelle le dictateur parcourait son corps et se courbait sous ses caresses. Elle crut perdre la raison ce soir-là, et ne sut à quel moment elle s'endormit, mais une chose était sûre : elle était heureuse et avait le sourire aux lèvres…

Le lendemain, elle ouvrit lentement les yeux. Elle rougit en repensant à la veille. Elle se leva, s'habilla et se mit à la recherche de son mari. Elle l'entendit parler sur la terrasse extérieure. Quand elle arriva derrière lui, il raccrocha. Elle lui dit bonjour en croisant ses bras autour de son cou. Lui, ferma les yeux en souriant et lui répondit en lui prenant la main.

-A qui tu parlais ?

-A Sati.

-Oh, tout va bien ?

-Oui, ne t'en fais pas. Elle nous embrasse et m'a dit qu'elle s'ennuyait beaucoup sans nous.

-Elle me manque aussi. On se reverra dans deux jours. D'ailleurs, j'aimerais bien lui ramener quelque chose.

-Tu as une idée ?

Elle s'assit à côté de lui et exposa ses pensées, mais elle voulait encore une fois lui acheter des tissus, car la vieille dame lui avait confié qu'elle adorait les motifs d'ici. Il acquiesça, puis baissa les yeux.

-Pagan, tu vas bien ?

-Hm ? Ah, oui…

Aliya posa sa main sur son visage et le fit la regarder dans les yeux. Après quelques secondes, il sourit.

-Je pensais juste à hier soir…ma colombe, je suis…

-Si tu me parles à nouveau de ça, je te jure que je te jette dans l'eau. Je t'ai déjà parlé à ce sujet, alors n'y penses plus. Pense juste…à ce qu'il s'est passé après…

-…C'est sûr que c'est plus agréable…

Il lui lança un regard malicieux, et elle soupira en posant sa tête sur sa main.

-Si j'avais su que quelques verres de trop pouvaient te mettre dans un état pareil…je t'aurais fait boire plus souvent…bien que j'aime déjà ce que tu fais quand tu es sobre…

Il resta muet devant cette réplique et son clin d'œil. Elle rit et se leva en enlevant son peignoir, laissant le tyran voir qu'elle avait mit son maillot. Elle lui vola un baiser avant de courir vers la mer.

-Ahh…j'adore ma petite coquine…

Une heure plus tard, Aliya sortit de l'eau et proposa au tyran de rentrer, ayant l'impression qu'il allait pleuvoir un peu. Quelques temps plus tard, le ciel s'assombrit. La jeune femme, qui s'était changé, se demanda ce qu'ils pourraient bien faire en attendant. Regardant le tyran, elle comprit qu'il voulait flâner avec elle. Ils s'installèrent pour une fois sur le grand canapé et se mirent à discuter.

-Vivement que les travaux reprennent !

-En espérant que tu ne te rendras pas de nouveau malade.

-Mais oui…

-Aliya…

-D'accord, d'accord, j'ai compris, je ferai attention…punaise, à chaque fois que tu m'appelles par mon prénom, je sursaute…

-Ah oui ?

-On ne peut pas dire que tu m'appelles souvent comme ça…au moins, je sais que tu es vraiment sérieux quand je l'entends.

-C'est très bien ainsi. Tu es reine, maintenant, tu devras te limiter.

-N'oublie pas mon côté mercenaire au grand cœur…

-Bien sûr, ma douce, mais n'en fais pas trop.

-Oui, ma petite diva.

-Ne m'appelle pas comme ça ! « Diva » ne me va pas du tout, c'est évident !

Aliya pouffa de rire. Entendant son mari soupirer, elle renforça son étreinte.

-Oh, ne boude pas, « mon p'tit cœur d'amour » !

-Voilà, ça, c'est plus mignon !

-Mais c'est trop long ! Tu n'aimes toujours pas « Min-Min » ?

-Hors de questions que tu m'appelles comme ça !

-Hahaha !

-Et après, c'est moi que l'on blâme avec mes surnoms « nazes », comme tu me le disais si bien !

-Tu m'as contaminée…

Le tyran balança sa tête en arrière, vaincu.

-D'ailleurs…pourquoi tu me surnommes « ma colombe » ?

-Cet oiseau représente l'amour et la paix, et j'adore la blancheur de son plumage. J'ai tout de suite voulu te surnommer comme ça. Tu es simple, divinement belle, pure et libre. Mais surtout, tu apportes paix et amour dans le cœur des gens, le mien en premier. Avec tout ce qu'il s'est passé, tu portes ce surnom à merveille.

-Ouah…merci, ça me touche beaucoup.

-De rien, ma colombe.

-Il faut que je trouve un beau surnom à mon tour, maintenant…comme tu me fais penser à un paon, je voulais t'appeler comme ça, mais ça fait trop bizarre…

-Un paon ?

-Oui. Comme tu aimes les choses voyantes. Et comme tu saisis toujours une occasion de te vanter…

-Je vois…

-Oui, je sais, ce n'est pas super…désolée…je vais bien finir t'en trouver un bien!

-Ne te force pas. J'aime quand ta douce voix prononce mon nom. Peut-être un jour finiras-tu par m'appeler « mon cœur » ou « mon amour », mais dans tous les cas, je ne me plaindrai de rien.

-D'accord.

Il sourit et caressa les cheveux de sa bien-aimée.

-Ce soir, je t'emmène dîner dans un restaurant que Taonui m'a fortement conseillé.

-Ah bon ?! Mais je n'ai rien à me mettre !

-Je lui ai demandé de venir nous chercher après le déjeuner.

-Ah…d'accord.

-Je vois que tu ne réalises toujours pas…quel jour on est, aujourd'hui ?

La jeune femme réfléchit un moment, mais avoua ne pas savoir. Le tyran lui montra son portable.

-Ah ! On est déjà le 31 ?! Ça passe tellement vite ! Où est-ce qu'on va aller ?

-C'est un secret.

A ce moment, Avera leur servit le déjeuner, puis ils s'habillèrent pour sortir. Encore une fois, la jeune reine ne voulait pas qu'il voit ce qu'elle choisira. A son grand étonnement, le tyran lui dit de choisir du bleu. Elle acquiesça et se trouva une belle robe dos nu longue. Elle choisit aussi des accessoires blancs. Puis ils se découvrirent enfin le soir.

-Pagan…tu es vraiment classe ! Ce bleu est superbe sur toi !

-Oh, merci bien, ma précieuse ! Il est vrai que je l'aime bien aussi !

Il s'approcha d'elle en lui effleurant le visage.

-Que dire à part qu'encore une fois, tu es magnifique ?

-Haha…

Il l'embrassa et l'invita à aller dans la voiture. Ils arrivèrent dans un superbe restaurant.

-Ah, souverain de Kyrat, je vous souhaite la bienvenue dans notre établissement ! Veuillez me suivre jusqu'à votre place.

Le serveur les amena sur le toit-terrasse. Ils s'installèrent à leur place et admirèrent la vue.

-On voit un récif entier d'ici ! C'est vraiment superbe !

-Je savais que ça te plairais. Et ce n'est pas fini.

Il lui dit de regarder vers la plage. Des entraîneurs firent leur apparition et débutèrent un spectacle avec des dauphins. La jeune femme était émerveillée, et arborait un grand sourire. Le tyran se délectait plus de ça que du spectacle. Ils dinèrent tranquillement, passant un merveilleux moment. Quand ils eurent fini, Aliya prit les mains de son mari pour le remercier encore, mais il lui répondit de ne le remercier que plus tard. Son sourire l'intrigua, puis elle entendit des bruits de fusées. Quand elle tourna la tête, ses yeux pétillèrent face au feu d'artifice. Il lui dit d'aller à la rambarde pour être le plus près possible. Elle y alla lentement, obnubilée par les éclats de couleurs. Quelques secondes plus tard, il la rejoint en lui mettant sa veste sur ses épaules et en lui tendant une coupe de champagne.

-Je te souhaite une merveilleuse année, ma précieuse.

-Bonne année à toi aussi…mon p'tit cœur d'amour.

Ils se sourirent, trinquèrent, et contemplèrent le spectacle.

-Alors, quelles sont tes résolutions ? Vas-tu enfin décider d'être moins têtue ?

-Seulement quand tu seras moins vantard.

-C'est de bonne guerre…mais plus sérieusement…je veux être un bon mari pour toi…je ne voudrais pas que ton oncle vienne me charcuter…

-Hahaha !

-Devenir un bon roi me semble pas mal non plus. Grâce à toi, il y a vraiment moins de tensions. J'espère vraiment que cette harmonie va durer.

-Je l'espère aussi. Quant à moi…je veux être une bonne femme, une bonne reine et…Plus qu'une résolution…j'aimerais vraiment pouvoir te dire que je pourrai t'offrir ce dont tu n'as pas pu profiter pleinement il y a des années.

Il se tourna et plongea dans ses yeux, puis sourit et la prit dans ses bras.

Le feu d'artifice dura une bonne vingtaine de minutes. Quand il fut fini, ils rentrèrent et se couchèrent.

Ils profitèrent de leur dernière journée pour acheter des souvenirs, puis Aliya tint à nager une dernière fois. Le tyran la regarda encore de sa chaise longue. En fin de journée, alors que sa femme entamait son dernier aller-retour, Sati l'appela.

-Alors, comment se passe cette dernière journée ?

-Très bien. Ma précieuse joue une dernière fois les sirènes pendant que je la regarde de ma chaise longue. Est-ce que tout est prêt ?

-Il y a encore quelques petites choses à peaufiner, mais tout sera fini dans l'après-midi ! Vivement que vous le voyiez, il est magnifique !

-J'espère bien, j'ai encore raqué pour ça !

-Je voudrais juste te poser cette question une dernière fois, mon chéri…

-…Tu peux l'enlever, Sati. J'en suis sûr. Je ne veux plus avoir de liens avec le passé. Même si quelque part, ça me fait quelque chose, je dois le faire. Pour elle.

-D'accord…Comme je suis heureuse d'entendre à nouveau cette force dans ta voix. Après tout ce temps, tu vas enfin mieux c'était quelque chose d'extrêmement important pour moi.

-Merci, Sati.

-A demain, mon chéri. Profitez bien de votre dernier jour j'ai hâte de vous serrer dans mes bras !

-Nous aussi. A demain.

Il raccrocha le sourire aux lèvres, en espérant que son cadeau plaira à sa femme. Cette dernière revint, mais ne s'arrêta pas à côté de lui.

-Pagan ! Viens vite !

Intrigué, il la rejoint et vit qu'elle était revenue avec un dauphin. Ils s'amusèrent avec lui pendant un moment, puis il partit en sautant, comme pour leur dire au revoir.

-Tu as vraiment un lien avec les animaux marins.

-C'est ce que tout le monde dit. J'ai sûrement été une sirène dans une vie antérieure…

-Une magnifique sirène qui chantait avec ses amis à nageoires…c'est mignon…

-Oui…

En souriant, elle commença à chantonner. Puis, elle tourna autour du tyran. Elle lui prit la main pour le raccompagner à sa chaise longue en chantant une partie d'une chanson.

-Oh, c'était mignon !

-Merci. Je t'avoue que…je m'entraînais à chanter quand j'étais seule. Je voulais avoir une voix pas trop horrible pour les moments où je chanterais des berceuses.

Pagan s'attendrit face à ce petit secret, puis pencha la tête.

-Et…crois-tu que tu peux me chanter quelque chose en créole ? J'ai beaucoup aimé t'entendre avec tes cousins.

La jeune femme réfléchit un moment, puis lui chanta un extrait.

-Je trouve ça vraiment joli.

-Contente que ça te plaise.

Par curiosité, il lui demanda de traduire quelques phrases. S'en suivit d'un petit cours de créole qui le ravit.

-En espérant que je me sente moins perdu la prochaine fois que tu chanteras avec Clarisse et Jonathan.

-Hahaha !

-Merci d'apporter de l'exotisme à ma vie, ma douce. Ça me donne des couleurs !

Aliya sourit à l'entente de ces mots. Elle l'embrassa et lui proposa de rentrer. Ils passèrent une soirée toute simple, mais ils surent en profiter pleinement, entre autres avec la dernière tenue de la jeune reine…